Célian Ramis

TransMusicales 2017 : Un samedi sous le signe du clubbing...

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Parc Expo, Rennes
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Dernier soir des Transmusicales au Parc Expo, ce samedi 9 décembre. Retour sur les concerts de Confidence Man et de Tshegue.
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Dernier soir des Transmusicales au Parc Expo, ce samedi 9 décembre. Loin d’être en majorité – excepté dans la Greenroom ce soir-là – les musiciennes ont malgré tout fait danser deux halls entiers. Retour sur les concerts de Confidence Man et de Tshegue.

CONFIDENCE MAN – HALL 9 – 1H30

Le quatuor australien fait une entrée fracassante. Parce que le chanteur et la chanteuse, tous les deux vêtus d’un mini short, entament une chorégraphie synchronisée survitaminée. Mais aussi parce que les musiciens, à la batterie et au clavier, sont munis d’une burqa. On a du mal à saisir le concept.

Le groupe distille son électro-pop survolté, à la croisée des musiques de jeux vidéos à la Mario Bross et de l’univers de Gorillaz. La foule qui envahit massivement le hall 9 est conquise. Nous moins, en revanche.

Confidence Man affiche clairement son univers. Avec eux, c’est du fun, des refrains répétitifs – parfaits pour danser – et des chorégraphies dynamiques, lascives et décalées. Le show est assuré mais les rythmiques, en boucle, et les sonorités très électro nous lassent très rapidement.

Et quand le duo s’éclipse de la scène, on perd également le seul intérêt visuel auquel on se raccrochait désespérément… À leur retour, leurs tenues ont légèrement changé et le concert prend un nouveau tournant.

Pas dans les pas de danse et les attitudes mais dans les sonorités, qui se font de plus en plus électro-clubbing des années 90.

La pop sympathique du début qui se mêlait à l’esprit Gorillaz est troquée contre des influences house-techno qui nous surprennent. Parce qu’on s’attendrait à voir débouler Gunther et les Scissors Sisters pour un mash up de Ding Dong Song et Let’s have a kiki.

Et si on apprécie la perspective de ce joyeux mélange, en revanche la réalité nous laisse sceptiques. Impossible d’entrer dans la proposition qui en vient même à nous taper sévèrement sur les nerfs. C’est définitif, on quitte le hall 9.

 

TSHEGUE – HALL 8 – 2H10

On place alors tous nos espoirs dans la formation franco-congolaise, menée par la chanteuse Faty Sy Savanet, Tshegue, comme on surnomme les enfants des rues de Kinshasa, là où elle est née.

De son enfance et de son adolescence, elle puise des influences musicales variées. La rumba tout d’abord, puis le r’n’b ou le rockabilly.

Avant de s’orienter vers le punk. Et de rencontrer Nicolas Dacunha, véritable virtuose des percussions et guitares congolaises.

Le concer de Tshegue sera à la hauteur de cette promesse de diversité et d’intensité, en introduisant la proposition par un chant presque tribal, porté par la voix grave de la chanteuse qui ne mettra pas longtemps avant d’envoyer un son bien rock, mêlé à un phrasé de hip hop.

Faty Sy Savanet n’hésite pas à convoquer le punk, la techno et l’afrobeat pour soulever la foule et la mettre en transe dans une danse qui sort des tripes.

Parce que c’est aussi le principe de l’EP Survivor : faire éclater à l’extérieur ce que la chanteuse porte à l’intérieur.

Elle parle de liberté, d’expression, de minorités, de métissages et des origines. Et mêlent donc les multiples musiques de son pays natal, démontrant la pluralité des influences et le côté festif de cette musique « large » dans laquelle elle prône l’acceptation de soi.

Et c’est carton plein pour Tshegue qui fait résonner un afrobeat entrainant et puissant, qui prend au fil des chansons des airs très électro. Le hall 8 se transforme instantanément en dancefloor, sur lequel la foule se déhanche et se défoule. Ça claque.

Célian Ramis

Transmusicales 2017 : Un vendredi à la croisée des cultures

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Parc Expo, Rennes
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Deuxième soir des Transmusicales au Parc Expo, ce vendredi 8 décembre. Retour sur les concerts d’Altin Gün, House Gospel Choir, Oreskaband et Tank and the Bangas.
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Deuxième soir des Transmusicales au Parc Expo, ce vendredi 8 décembre. Ce soir-là, les artistes féminines se sont illustrées dans des performances explosives. Retour sur les concerts d’Altin Gün, House Gospel Choir, Oreskaband et Tank and the Bangas.

ALTIN GÜN – HALL 3 – 22H55

Altin Gün, c’est le mélange du psyché occidental et des musiques traditionnelles turques. Basé au Pays-Bas, le groupe ressuscite la scène alternative des années 60 et 70 d’Istanbul. Leur nom signifiant d’ailleurs « l’âge d’or ».

La chanteuse turque, Merve Dasdemir, porte dans sa voix le folk oriental, soutenue par le joueur de saz, Erdinc Yildiz Ecevit. Accompagné par les percussions et le clavier, le duo nous emmène en voyage à la fin des 60’s, dans une Anatolie au milieu underground bien vivant.

C’est un rock psychédélique oriental que le sextuor décortique. Les registres s’entrecroisent, sans qu’aucun n’écrase l’autre. Chacun sa place.

Chacun son moment sous les projecteurs pour mieux se retrouver ensuite et ne faire qu’un.L’énergie circule entre la scène et le public, qui se saisit de cette convergence des styles pour s’en délecter à chaque chanson.

Et quand, Erdinc Yildiz Ecevit fait vibrer les cordes de son saz, l’accompagnant simplement d’un chant traditionnel puissant, amplifié et très pur, il nous provoque inévitablement des frissons. La salle est en suspend. La foule est soudainement particulièrement attentive.

À cet instant contemplatif, les musiciens ajoutent crescendo un côté psychédélique, avant d’envoyer les guitares et la batterie, passant ainsi de la tension à la libération. Altin Gün maitrise la variation des styles, des chants, des introductions de morceaux et des rythmes.

On savoure chaque note et chaque sonorité. Chaque découverte. Parce que celle-ci est omniprésente dans le set et dans l’esprit de la formation. Le hall 3 est rapidement plein à craquer. Se balançant d’un pied sur l’autre ou agitant la tête de haut en bas, la foule semble conquise et inlassablement entrainée par la proposition.

Et tandis que l’on progresse petit à petit vers un son plus psychédélique, la chanteuse maintient de par son chant, l’attachement aux musiques traditionnelles turques, appuyé par les percussions.

Et quand elle pousse la voix, les instruments répondent à son appel et prennent entièrement possession de l’espace.

La dynamique est sans faille et plus on s’approche de la fin du concert, plus les sonorités aigues s’aiguisent à allure folle, jusqu’à mettre la foule en trans, acclamant et applaudissant sans relâche le sextuor.

Altin Gün n’hésite pas à s’amuser avec les styles, les influences et les rythmes pour fabriquer une musique résolument moderne, dans un set explosif qui ne lasse jamais son auditoire. On en redemande même.

 

HOUSE GOSPEL CHOIR – HALL 9 – 00H25

C’est acclamée par la foule que la chorale gospel britannique entre sur scène. Ou plutôt l’envahit de sa vingtaine de chanteurs-euses et de musiciens. Si les premières notes sont jazzy et plutôt lentes, House Gospel Choir brise le rythme et envoie la sauce en quelques secondes seulement.

La chanteuse déploie sa voix puissante de soprano et la bonne humeur générale se répand dans les rangs qui dansent et sautent avec entrain et enthousiasme.

On passe du gospel à la house et on se balade entre les années 80 et 2000. Avec ou sans transition, on s’en fout, on se prend au jeu instantanément.

C’est une ébullition de joie sur la scène comme dans la fosse à laquelle on assiste, ébahi-e-s par l’énergie et l’immédiateté de sa contagion. Tout le monde, quasiment, danse.

Dans le hall 9, les corps s’expriment et les voix se chauffent. Si SheZar mène la danse de sa troupe gospel, les choristes prennent à tour de rôle le lead des chansons.

Entre gospel, r’n’b, house et soul, les voix, toujours accompagnées du saxo, du clavier et de la batterie, sont toutes impressionnantes. À couper le souffle. Les sourires trônent sur tous les visages et c’est à regret qu’il nous faut quitter le hall au milieu du concert.

 

ORESKABAND – HALL 3 – 00H35

Parce qu’au même moment, les six japonaises d’Oreskaband montent sur la scène du hall 3 pour y balancer un ska hallucinant sur une reprise de Wannabe, des Spice Girls, qui nous scotche radicalement sur place.

Au saxo, à la guitare électrique, à la basse, au trombone et à la trompette, les musiciennes sont alignées – devant la batterie – et assurent le show avec une patate à vous clouer le cul par terre sans avoir le temps de réaliser ce qui vous arrive. Décoiffant et délirant.

Pour les sceptiques du ska dans notre genre, la claque est magistrale. Les cuivres envoient un sacré son groovy qui se marie parfaitement avec la rythmique ska punk et les chœurs pop.

Le phénomène Oreskaband, qui prend parfois des airs de fanfare à la  Molotov Jukebox – qui avait d’ailleurs foulé la scène de ce même hall quelques années auparavant – avant de bien rappeler sa singularité, met le feu à la foule.

Elles ont la pêche et donnent la pêche. Leur aisance, leur manière de posséder la scène et leur constant partage avec l’audience… Tout est orchestré pour nous maintenir dans un état d’excitation intense. Magique.

Les musiciennes ne relâchement jamais la pression et enchainent les chansons, plus énergiques et plus rythmées les unes que les autres. Les rythmiques sont rapides et la rencontre entre le ska et le punk est explosive. Autant que leur manière de bouger et de s’éclater d’un côté à l’autre de la scène.

« Nous sommes japonaises, vous êtes français, mais la musique n’a pas de frontière. La musique peut justement nous connecter. Quel merveilleux monde ! », lance la chanteuse avant de balancer un gros son très punk qui ne manquera pas de confirmer l’étendue de leurs talents de musiciennes et de performeuses à l’énergie débordante.

Oreskaband, c’est de la dynamite pure qui prend aux tripes et qui nous ordonne de tout envoyer péter, de lâcher prise et de se défouler. Et pour une fois, on répond sans aucun signe de protestation à cette injonction au bien-être !

Surtout au moment du rappel, lorsqu’elles demandent au public de s’asseoir afin de pouvoir se lever d’un coup, de bondir et de danser. Sans plus penser.

Ce sont des meufs en folie qui s’illustrent sur la scène des Transmusicales et qui fédèrent les festivalier-e-s derrière leur délire bien barré. Et putain, ça fait du bien.

 

TANK AND THE BANGAS – HALL 8 – 1H30

C’est peut-être pour ça qu’on aura du mal par la suite à entrer pleinement dans la proposition de Tank and the Bangas qui pourtant ne nous laisse pas indifférent-e-s. Accompagnée de ses musiciens et de sa choriste, Tarriona Ball a elle aussi le sens aigu du show.

Elle n’hésite pas à théâtraliser sa prestation, à jouer de nombreuses mimiques ou encore à robotiser sa gestuelle. Sans pour autant négliger les performances vocale et instrumentale. Le show est complet et le public y adhère, interagissant régulièrement avec la mise en scène.

D’une voix nasillarde, qui pourrait s’apparenter à celle de Duffy, à une voix de reine de la soul, en passant par une voix enfantine, elle se construit un personnage humoristique, attachant, qu’on aurait tendance à aimer détester tant elle s’engage des bouffées délirantes pleines d’artifices.

Néanmoins, elle intrigue et la proposition est loin d’être sans intérêt, et surtout loin d’être sans énergie et inventivité. Parce qu’elle présente dans son set sa propre vision de l’héritage afroaméricain, mêlant jazz, r’n’b, blues, soul et bounce music (forme de hip hop née à la Nouvelle Orléans à la fin des années 80).

On aime la regarder et on aime l’écouter exprimer cette sorte de dialogue entre voix pleine et puissante et voix nasillarde et enfantine, entre adulte et enfant. Mais l’émotion est plus franche lorsqu’elle s’empare uniquement de sa voix jaillissante et profonde. Il y a plus de frissons, plus de facilité à se laisser porter par la pureté de son instrument vocal.

Si elle explore différents styles de musique et impressionne de par sa tessiture, soutenue par la force des cuivres et de la batterie, elle n’en oublie pas dans ses textes d’être sérieuse et engagée. Voire enragée. Parce que le système est répressif et que la politique actuelle est nauséabonde.

Et parce qu’elle propose sa vision singulière de l’héritage afroaméricain dans sa musique, elle l’expose également dans son écriture, dénonçant un système dressé contre la jeunesse noire américaine et un esclavagisme invisible car banalisé et ordinaire mais bel et bien réel, encadré par des violences et des pressions psychologiques.

Célian Ramis

TransMusicales 2017 : Un jeudi bien groovy

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Parc Expo, Rennes
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Premier soir des Transmusicales au Parc Expo, ce jeudi 7 décembre. Retour sur les concerts de Tanika Charles et de Lakuta.
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Premier soir des Transmusicales au Parc Expo, ce jeudi 7 décembre. Si peu de femmes figurent dans la programmation, celles qui étaient sur scène ont assuré des performances soul et groovy. Retour sur les concerts de Tanika Charles et de Lakuta.

TANIKA CHARLES – HALL 3 – 22H05

La puissante voix soul de Tanika Charles met une première claque. Puis vient la deuxième avec la dynamique portée par l’ensemble des musiciens et la choriste. Le groupe, venu tout droit du Canada, compte bien transmettre son énergie communicative, aux accents rétro mais dans un langage résolument moderne.

Les musiciens entament les chœurs en mode pop des années 60 et la chanteuse dévoile une soul classique née dans ces années-là. Elle raconte sa relation passée. Une relation toxique durant laquelle elle ne cessera de faire des va-et-vient entre la rupture et le retour vers une situation confortable aux côtés de l’être aimé. Jusqu’à ce que ce soit lui qui coupe le contact. Et qu’elle lui court après, désespérément.

Pourquoi ce comportement ? C’est ce qu’elle analyse dans un des titres de son album, Soul run. Son thème de prédilection : chanter l’amour. Les rapports de couple, complexes et compliqués. Imparfaits. Sur des rythmes lents, du fond de sa voix grave.

Si on laisse aisément bercer par la pureté du style, le rythme s’essouffle cependant rapidement et on trépigne d’impatience à l’idée de passer la seconde.

Mais l’énergie, elle, ne faiblit pas. La batterie tient en éveil et en haleine, soutenant implacablement les propos de la chanteuse, qui se voit offrir un « joyeux anniversaire » de la part du public. Et comme si tout cela avait été orchestré, le concert prend un tournant plus jazzy, avec la mise en avant du clavier et des sonorités plus tropicales.

La machine est lancée et avec, un regain de modernité. Celle-là même qui avait embarqué le hall 3 au début du set. Des décennies de soul s’entrecroisent, Lauryn Hill rencontre Tina Turner dans le corps de Tanika Charles et le mélange avec le r’n’b, s’il n’est pas surprenant, est tout du moins détonant.

Les récits se corsent aussi, on sent plus d’affirmation de la protagoniste dans ses histoires d’amour, plus de force dans le discours. Une évolution crescendo qui nous fait presque rougir d’avoir pensé quelques instants à un début mal engagé et qui nous ravit. D’autant plus lorsque le groupe entame le titre phare de l’album, au nom éponyme, le fameux « Soul run ».

« Vous savez la personne de tout à l’heure que j’ai quittée… puis je suis revenue, puis je suis partie, puis je suis revenue, puis je suis partie, puis je suis revenue. Et ben, un jour, j’ai vraiment décidé de partir. Et maintenant, vous savez quoi ? Je suis heureuse ! Here we go ! », scande l’artiste.

Sa voix déploie alors encore plus de puissance et son corps suit le mouvement. C’est une explosion de groove qui assaille la scène des Transmusicales. Une explosion que l’on doit également aux guitaristes, qui prennent désormais le pas sur la batterie et le clavier. La bonne humeur et le second degré envahissent la salle et entrainent la foule sans difficulté.

L’ensemble se veut plus rock, plus électrique et plus électronique. Comme s’il suivait le fil de l’évolution du registre de la soul, tout comme celle des mentalités.Tanika Charles « et les Wonderful » terminent le concert avec la grosse patate et nous aussi.

 

LAKUTA – HALL 3 – 1H05

S’il nous faut garder qu’un seul nom de cette première soirée au Parc Expo, ce sera sans hésiter Lakuta. En swahili – langue maternelle de la chanteuse Kenyanne-Tanzanienne Siggi Mwasote – il signifie « trouver, rencontrer, partager ou être comblé ».

Et il ne faut pas très longtemps pour s’apercevoir que c’est une évidence pour ce collectif composé de neuf artistes, basés au Royaume-Uni mais provenant d’origines diverses (Kenya, Tanzanie, Ghana, Malaisie, Espagne, Royaume-Uni).

On voyage et on danse en permanence. On parcourt le monde du jazz, du funk, de la soul, du zouk ou encore de l’afrobeat et pour ce faire, on effectue quelques escales en Afrique, dans les Caraïbes ou en Amérique du Sud. Et ça balance du groove, sans relâche.

Lakuta dynamite la scène et envoie une énergie totalement dingue. On est suspendu-e-s à chaque sonorité, à chaque registre, à chaque rythmique et à chaque phrase.

La moindre paillette – qui se loge jusque sur les chaussures de la chanteuse – nous éblouit et nous embarque dans cette aventure ensoleillée et diversifiée.

Pourtant, les thèmes abordés dans les chansons ne sont pas des plus positifs et réjouissants. « Nos mots sont importants et nos musiques sont belles, j’espère que vous pouvez percevoir les deux. », lance Siggi Mwasote qui entame « Afromama », un titre sur la condition des filles et des femmes en Afrique.

Elle y réclame la liberté des femmes et proclame que ces dernières ne sont pas des propriétés à posséder. Et au fil des chansons suivantes, elle poursuit son action en diffusant le message auquel tient le collectif : l’unité dans la diversité et l’humanité. Dire non à la brutalité, non aux enfanticides, non aux féminicides. Et non au Brexit.

Parce qu’il est synonyme de fermeture. Tout ce que refuse Lakuta qui prône le vivre-ensemble – l’album s’intitule Brothers & sisters – et qui démontre la beauté et la richesse des références et influences différentes.

La world music prend le contrôle de la scène, mêlant à la fois du reggae et du jazz, du zouk et de la soul, de l’afrobeat et du funk, grâce aux talents des cuivres (saxophone, trombone, trompette), des percussions (congas, bongos, shékérés,…), des cordes (guitare, basse, cora) et de la batterie. Sans oublier le coffre et la puissance de la chanteuse, à l’énergie débordante et au sourire communicatif.

Passant d’un flow impressionnant de par sa rapidité à des envolées plus soul, le phrasé de Siggi, soutenu et accompagné par l’ensemble des musicien-ne-s, renforce le sentiment d’urgence et d’exigence qui émane des textes, toujours en lien avec l’actualité (une chanson aborde également les violences sexuelles et la communauté LGBTI).

Une force incroyable se dégage de sa voix, de son corps mouvant, de sa manière de bouger, de croiser ou de lever les poings en l’air mais aussi de chaque rythmique, de chaque mélodie et de chaque sonorité. Le collectif envoie la sauce sans vaciller un seul instant et sans jamais perdre le fil de cette énergie débordante et explosive, qui monte en puissance tout au long du set. Eblouissant, dans le fond et dans la forme.

Célian Ramis

Le Grand Soufflet 2017 : Doll Sisters, le duo rétro rock'n'roll

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Sylvie Jourdan et Dominique Brunier sont les Doll Sisters. Pour la 22e édition du Grand Soufflet, les malouines se produisaient le 12 octobre en concert, au sein de la chapelle St Yves, à Rennes.
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Sylvie Jourdan, accordéoniste, et Dominique Brunier, violoncelliste, sont les Doll Sisters. Pour la 22e édition du festival Le Grand Soufflet, les malouines se produisaient le 12 octobre en concert, au sein de la chapelle St Yves, à Rennes.

Sur la pochette de leur album, sorti fin avril 2017, Sylvie et Dominique affichent un côté Thelma et Louise. Preuve de leur sens de l’humour et de leur côté rock’n’roll. Ici, l’une est à l’accordéon et au chant et l’autre au violoncelle. Elles ont du peps, de la gouaille et une belle complicité apparente.

Ce soir-là, elles ne sont pas assises dans une bagnole, prêtes à se jeter dans le vide, mais trônent sur une estrade installée pour l’occasion dans la chapelle St Yves, accolée à l’Office du tourisme de Rennes, en se partageant un verre de blanc.

On se souvenait de la voix de Sylvie Jourdan, ancienne membre des Oisives ou de Fuckin’hell Orkestar qui avait manifesté l’envie de chanter ses chansons dans son album Rochebonne. On était donc ravi-e-s, et on n’était pas les seul-e-s apparemment, de retrouver sa voix rauque et grave. Une voix qui vient se marier parfaitement aux sonorités du violoncelle.

Les musiciennes savent impulser le sentiment d’urgence et de tourmente et manient leurs instruments comme des accessoires au spectacle qu’elles proposent. Les cordes crissent et vibrent, le soufflet se tend et s’étend… Pour instaurer des ambiances, pour réaliser des bruitages. Toujours pour servir le propos.

Parce que les Doll Sisters nous embarquent dans leurs histoires, qui peuvent être loufoques ou nostalgiques. Ou même les deux à la fois. Elles parlent d’amour, de sexe, de désir, sur fond de paysage breton. En tout cas marin. On prend le ferry, on se ballade sous la pluie, à Brest ou à Saint-Malo, où on croise d’anciens amants et des vieux loubards, on rend hommage à tous les pépés du monde. Ça fait plaisir.

Le rythme est soutenu et le duo s’amuse à varier l’intensité des mélodies autant qu’à jouer de leurs instruments et de leurs langues. Avec elles, même sans être particulièrement sensible au registre chansons françaises à la matelote, on s’enivre. Dans la chapelle, face au Café du port, on prend la mer et la tangente.

Dynamiques et enjouées, elles tapent dans le côté pêchu du rock rétro des années 80 et assument avec le sourire. Ça le fait et ça le fait bien, mine de rien. Elles ont de l’humour et des trucs à dire.

Dommage que le concert soit assis, on se serait bien levé-e-s, à leur santé, mais aussi pour danser et nous aussi clamer « l’espace et la liberté », tout comme ce sentiment partagé que « ça me ferait du bien, tous ces petits riens / j’ai pas peur du vide, j’ai compté mes rides (…) / J’ai pas peur du vide, je suis apatride. »

Célian Ramis

Inspiration Riot Grrrls

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De Buenos Aires à Rennes, en passant par Olympia et Washington DC, le Jardin Moderne proposait en juin et juillet un tour d’horizon, non exhaustif, dans le féminisme underground et DIY, des années 90 à aujourd’hui.
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De Buenos Aires à Rennes, en passant par Olympia et Washington DC, le Jardin Moderne proposait en juin et juillet un tour d’horizon, non exhaustif, dans le féminisme underground et DIY, des années 90 à aujourd’hui.

Au début des années 90, Internet n’existe pas. Le grunge s’apprête à exploser mais il n’est pas encore délimité. Sur la côte Ouest des Etats-Unis, la ville d’Olympia est en pleine émanation musicale. Et les femmes sont partie prenante de la production.

« Elles vont se rendre compte que le personnel est politique, que ce qu’elles ressentent est politique, qu’elles ont envie de prendre des instruments et faire de la musique : elles s’interrogent alors sur la place des femmes dans la société underground et plus largement dans la société. », explique Manon Labry, docteure en civilisation nord-américaine, dont la thèse a porté sur les relations entre culture mainstream et sous-cultures underground, à travers l’étude du cas de la sous-culture punk-féministe.

FAIRE ENTENDRE LEURS VOIX ET LEURS IDÉES

Le 28 juin dernier, au Jardin moderne, elle racontait la naissance du mouvement Riot Grrrls. Un récit qu’elle publie en avril 2016 dans son ouvrage Riot Grrrls, chronique d’une révolution punk-féministe. Newsletters, fanzines féministes, concerts, esprit DIY, la création est en pleine ébullition. Et prend d’autant plus d’ampleur quand la scène olympienne rencontre la scène washingtonienne, « plus politique, plus organisée ».

Les musiciennes féministes de l’underground étatsunien vont révolutionner le paysage musical punk et porter des revendications encore tristement d’actualité en 2017. Les groupes emblématiques tels que Bikini Kill (qui comptabilise dans ses rangs Kathleen Hanna et Toby Vail), Bratmobile ou encore Heavens To Betsy font entendre leurs voix et dénoncent des pratiques qu’elles trouvent inacceptables.

« Les féministes s’emparent de la scène underground et produisent des choses qui n’ont encore jamais été entendues, même si le terrain avait déjà été tâté par L7 », précise Manon Labry. En effet, L7 abordait déjà la question du plaisir féminin et de la masturbation, entre autres. Pourtant, elles ne prendront pas part au mouvement.

« Pour autant, elles ont beaucoup influencé les Riot Grrrls, ont collaboré et se sont entraidées. Elles étaient, si on peut dire ça comme ça, des collègues de lutte. Les Riot Grrrls ont continué sur la lancée, en ajoutant les violences faites aux femmes, les viols, les incestes. », souligne-t-elle.

SUR LE DEVANT DE LA SCÈNE

Entre 1990 et 1995 – période sur laquelle Manon Labry focalise son récit, correspondant alors à la naissance du courant – les groupes émergent, tout comme les fanzines féministes se répandent, comme Jigsaw ou Riot Grrrls. On prône alors l’esprit DIY, l’émancipation (sans jalousie entre meufs) mais aussi le retour aux idéaux premiers du punk :

« À cette époque, on déchante un peu du punk qui se veut horizontal mais les scènes masculines sont majoritaires et les comportements machos sont pléthores. « Girls to the front » (réclamer que les femmes accèdent aux devants des scènes et faire reculer les hommes) est alors une stratégie, que Bikini Kill explique lors des concerts mais aussi sur des tracts, pour que l’espace ne soit pas dominé par des hommes. »

Le mouvement est inspirant, puissant, contagieux. Et controversé. Pas au goût de tout le monde. Elles sont régulièrement la cible des médias mainstream qui les décrédibilise, les faisant passer pour des hystériques criant dans leurs micros. Dans son ouvrage, la spécialiste détaille l’ampleur que prendra cette médiatisation de la haine, allant des menaces (de viol, de mort…) jusqu’à l’exécution de ces dernières.

Si le mouvement a disparu de sa forme originelle, il a fait des émules – comme par exemple avec l’ovni Le Tigre, groupe dans lequel on retrouve Kathleen Hanna - et a poursuivi son chemin en souterrain.

À l’instar du collectif dont les dessins, manifestes et photos étaient à découvrir au Jardin Moderne jusqu’au 31 juillet dans l’exposition « Desde Buenos Aires, Contra Ataque Femininja Mutante » mais aussi du groupe punk féministe Nanda Devi (trio rennais), « qui compte parmi les 12% du Jardin moderne », qui jouait le 28 juin, après la conférence, et portrait fièrement l’inscription « No, no, no »  (du nom d’une de leurs chansons) sur leurs t-shirt :

« Parce que c’est important de se positionner en tant que meufs et de savoir dire non ! »

Célian Ramis

Mythos 2017 : Calypso Rose, reine de l'humanité

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Parc du Thabor, Rennes
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Calypso Rose, c’est un vent chaud de liberté et l’expression joyeuse d’un monde empreint d’inégalités. Rien de mieux pour clôturer la 21e édition du festival Mythos, dimanche 9 avril, dans le cabaret botanique.
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Calypso Rose, c’est un vent chaud de liberté et l’expression joyeuse d’un monde empreint d’inégalités. Rien de mieux pour clôturer la 21e édition du festival Mythos, dimanche 9 avril, dans le cabaret botanique.

Elle aura 80 ans en 2020. Si en entrant dans le magic mirror, ses pas sont lents, Calypso Rose, une fois le pied sur la scène et la musique dans les oreilles, place son énergie au service d’un spectacle aussi enflammé que sa carrière – initiée en 1955 - et que la ferveur de son engagement.  

À 23 ans, elle est la première femme dans l’histoire à remporter le concours Calypso King. Son titre lui colle encore à la peau, à une exception de langage près.

Elle est la « Calypso Queen » comme elle le chante sur une reprise travaillée de « Clandestino », clin d’œil à Manu Chao, producteur artistique de son dernier disque, Far from home.

Elle est loin de chez elle, loin de Trinité-et-Tobago, où elle est née, loin des Etats-Unis, où elle habite, loin de l’Afrique, où elle puise ses racines.

C’est avec « I’m an african » qu’elle débute son concert dans le magic mirror. Son sourire est aussi communicatif que son énergie. Des deux, elle en déborde.

Pourtant, les sujets qu’elle traite dans ses chansons ne prêtent pas à rire ou à se réjouir. Avec « No Madame », elle aborde la condition de travail, en 1974, des domestiques de son archipel natal et appelle à la désobéissance parce qu’elle se souvient des pleurs de ces derniers qui travaillent pour un salaire de misère.

Elle qui a toujours cru au pouvoir de la musique pour renverser les choses est servie : avec cette chanson, le gouvernement se voit voter une loi pour une augmentation significative des salaires des domestiques.

Elle dénonce la situation de son arrière-grand-mère kidnappée et vendue tout comme elle s’insurge contre les violences conjugales, dans « Abatina » par exemple. Elle s’engage pour les droits des femmes, pour l’égalité entre les sexes. Les applaudissements retentissent quand elle invite les femmes à ne pas épouser des hommes riches :

« N’épousez jamais un homme comme Donald Trump. Sa femme est toujours derrière, avec l’air triste. Lui, il est à la Maison blanche. Elle, elle est dans la tour Trump à New-York. N’épousez jamais un homme qui a de l’argent ! »

La Miriam Makeba des Caraïbes, comme certain-e-s la surnomment, fait passer ses messages avec un sourire large et chaleureux. Elle est solaire et sa bonne humeur est contagieuse. Tout comme son sens de l’humour et sa manière de bouger le bassin et le ventre, qu’elle nous montre à plusieurs reprises soulevant son haut d’un air malicieux, avant de donner plusieurs baisers à un homme du public auprès de qui elle déclare sa fougue : « J’adore ton sourire et j’adore ta barbe ! »

Calypso Rose transpire la liberté et l’indépendance. Elle qui a du s’affirmer contre son père pasteur convaincu que le calypso était la musique de l’enfer a choisi de briser ses chaines et les tabous sur des airs fortement endiablés. Mélange de jazz, blues, soca et ska, l’alliance des percussions, cuivres et cordes se marie à son énergie et son envie d’en découdre joyeusement.

Et si la chanteuse quitte deux fois la scène pour recharger les batteries, son groupe composé de musiciens et de choristes assure l’intérim sans problème, maintenant la dynamique généreuse et colorée de l’esprit Calypso Rose. Un instant gravé dans les mémoires qu’il est bon de se remémorer lorsque la pression devient trop forte, pour se laisser chalouper sur les rythmes enjoués de sa musique, son sourire imprimé devant nos yeux illuminés.

Célian Ramis

Mythos 2017 : The Pirouettes, joyeux brassage dans la pop française

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Parc du Thabor, Rennes
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Samedi 8 avril, le duo hype de la pop synthé française, The Pirouettes, répandait leur feel good musique dans le parc du Thabor, au cabaret botanique précisément, à l’occasion du festival Mythos.
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Samedi 8 avril, le duo hype de la pop synthétisante française, The Pirouettes, répandait leur feel good musique dans le parc du Thabor, au cabaret botanique précisément, à l’occasion du festival Mythos.

Au lycée, Léo écrit une chanson d’amour à Vickie. Depuis, le couple a donné naissance à un duo musical prénommé The Pirouettes. Sur scène comme sur leur premier album, Carrément carrément, Vickie Chérie et Léo Bear Creek naviguent à travers les époques et entre les styles.

Dès les premières chansons, les inspirations sautent à la tronche. Il y a là la vague sur laquelle surfe La Femme, repêchant les sonorités pop synthé des abysses des années 80 en les mélangeant à un rap des années 90. Ainsi, The Pirouettes convoquent leurs multiples et éclectiques influences, allant de Michel Berger à Booba, en passant par Jacno. Large.

Mais on croise aussi Etienne Daho – qui les a d’ailleurs pris sous son aile -, Lio, Oxmo Puccino et bien d’autres. Et on s’amuse de cette vive effervescence, alliée à une écriture faussement naïve et expressément second degré. Ils chantent l’amour, le couple, le quotidien, le succès, l’ailleurs et la fête.

Le Magic Mirror, ce soir là, ressemble à une boom pour adultes, ou grands ados, sans les slow et le quart d’heure américain. Ou devrait-on dire le quart d’heure français puisque le duo prône la langue de Molière, honorant leur génération, leurs idoles et la nouvelle catégorie d’électro pop hexagonale.

Ça fonctionne plutôt bien. L’ambiance est bonne, les attaques instrumentales permettent de lâcher la pression, les accords répétitifs défoulent, le flow est rapide et efficace, et le tout file la patate. On se voit « chanter sous les cocotiers », avec « Un mec en or » avant de se jeter dans le « Grand bassin ».

Pourtant, on n’est pas carrément carrément conquis-es par la prestation live. Après 5 ou 6 chansons, on se lasse de la redondance musicale. Malgré leur énergie communicative, on sait que la scène n’est pas leur domaine de prédilection. Peut-être leur retenue apparente mériterait le lâcher prise auquel leurs chansons nous incitent pour dépasser le stade du concert « sympa ».

 

Célian Ramis

Mythos 2017 : Olivia Ruiz, chanteuse vénéneuse

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Parc du Thabor, Rennes
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Son énergie est communicative et libératrice. La chanteuse Olivia Ruiz était en concert à Rennes, dimanche 2 avril, au parc du Thabor. À l’occasion du festival Mythos, elle présentait son nouvel album, À nos corps aimants.
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Son énergie est communicative et libératrice. La chanteuse Olivia Ruiz était en concert à Rennes, dimanche 2 avril, au parc du Thabor. À l’occasion du festival Mythos, elle présentait son nouvel album, À nos corps aimants.

Elle se tient droite, chignon serré sur la tête et regard franc. Elle a la rigidité et la tête haute d’une danseuse de flamenco. Elle interprète « La dame-oiselle », chanson figurant sur son dernier album en date, À nos corps aimants. Le désir en est le fil rouge et elle chante en ouverture son envie d’être mère.

Le frisson parcourt le magic Mirror, suspendu aux lèvres de la chanteuse qui enchaine rapidement sur des sonorités plus rock, quittant sensuellement son haut, dévoilant la robe choisie par les internautes.

Avec ses cheveux qu’elle détache, elle lâche les chevaux. L’énergie est explosive, sa voix maitrisée à souhait, sans surprise.

Elle a ce talent que possèdent les grandes chanteuses de cabaret, qui proposent un show parfaitement rythmé. On ne la quitte pas des yeux et on la laisse nous embarquer dans ces folles histoires qui s’avèrent teintées de sombre extravagance.

Une manière de conter la société et la condition des individus, qui n'est pas sans rappeler Thomas Fersen (qui sera en concert à Mythos le dimanche 9 avril, au parc du Thabor également). Mais Olivia Ruiz a un univers et un style propre et singulier.

Elle s’affiche en femme dangereuse, flirte avec le mystère et envoute son public. Le genre de personne qui vous hypnotise pour pouvoir vous manipuler selon ses désirs et intentions, avant de doucement vous empoisonner.

Elle joue sur les facettes multiples qui se dévoilent une fois la nuit tombée, parle des instincts primitifs que la noirceur nocturne provoque et des retours à la norme une fois le jour levé.

Et sa manière de mettre en perspective le décalage entre sa voix, son parlé franc et bobo-populaire et son camaïeu de sensualité en est presque jouissive.

Elle oscille entre poésie, candeur et assurance mature. Et dégage un sentiment d’épanouissement et d’accomplissement. Elle aborde dans ses textes le désir.

Le désir de réaliser des choses, de fantasmer librement, de ressentir son corps et la chaleur de l’Autre, de s’exprimer sans détour. Et surtout sans tomber dans les travers des clichés.

Interprétant aussi bien ces nouvelles chansons comme ces classiques, dont « La femme chocolat », « Les crêpes aux champignons » ou encore « Elle panique », Olivia Ruiz se montre multiple à l’instar de son titre « Le tango du qui », véritable défilé de personnalités diverses, aussi loufoques que fantasques.

« Je suis qui bon me semble », chante-t-elle. Mère depuis l’année dernière, elle fait part de son vertige face à ce petit être et entame avec le public une berceuse pour Nino « qui dort juste à côté » en espagnol avant de nous emmener dans « les rues de Barcelone, de La Havane ou de Bogota, avec une fiole de rhum pour se lâcher parce que c’est comme ça que ça se passe ! »

Femme fatale aussi, ou encore femme fragile, femme en prise à la peur d’être oubliée, femme déjantée, femme posée, femme forte, avec un penchant pour le cannibalisme… Elle est une femme libre sur scène, généreuse et entrainante. Son venin est mortel et dans ces conditions, on aime se faire piquer.

Célian Ramis

Lumières sur Ellie James

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Tambour, Rennes 2, Villejean
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Elle s’était fixée l’objectif d’un concert seule-en-scène avant ses 25 ans. C’est chose faite depuis le 13 février dernier, date à laquelle elle a donné sa première représentation de Lumières, un ciné-concert dévoilé lors du festival Travelling, au Tambour à Rennes.
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Elle s’était fixée l’objectif d’un concert seule-en-scène avant ses 25 ans. C’est chose faite depuis le 13 février dernier, date à laquelle elle a donné sa toute première représentation de Lumières, un ciné-concert dévoilé lors du festival Travelling, au Tambour à Rennes.

De son museau le loup fait rouler la lune dans la forêt, les plaines et les montagnes pour qu’enfin jaillisse la lumière. À Buenos Aires, un homme tente d’avoir une idée bien éclairée pour que la vie ne soit plus rythmée uniquement par la lumière du jour. Et tandis que quelque part sur la planète bleue, un petit bonhomme astique le soleil tâché, un écureuil et une chauve-souris se disputent une luciole dans les entrailles de la terre, là où s’activent les rouages du jour et de la nuit.

Durant l’été 2016, la chanteuse et musicienne Ellie James s’est attelée à la sélection de quatre courts-métrages destinés à sa première création solo, proposée par L’Armada productions. Un projet qui a ensuite rejoint l’envie de l’association Clair-Obscur de présenter un ciné-concert au jeune public, à l’occasion de leur festival annuel, Travelling.  

« J’aime beaucoup le cinéma mais l’animation, j’avais plus de mal. Donc j’ai été un peu pénible, plaisante Ellie James. Mais j’étais trop excitée, je n’ai jamais fait un concert toute seule, sur des films en plus. Clair Obscur m’a passé des DVD des films jeune public qui ont concouru les années précédentes à Travelling. Et j’en ai cherché plein de mon côté. Fin septembre, début octobre, on a choisi définitivement, et le thème de la lumière est venu comme une évidence. »

LA MUSIQUE EN INTRAVEINEUSE

Si le cinéma d’animation n’est pas sa spécialité, en revanche la musique oui. Elle baigne dedans depuis toujours. Parce que sa mère est chanteuse et musicienne et son père, ingénieur du son et fabricant de cool drum. Parce qu’elle a été nourrie à la maison par les chansons des Beatles, des Who ou encore des Beach Boys.

Petite, elle a pris des cours de chant et de piano. Puis a arrêté. Avant de s’y remettre au lycée avec des amis de son frère (membre du groupe rennais Totorro). « On a joué à la fête de la musique de Saint-Brieuc et c’est là que j’ai été repérée par les gars de Bumpkin Island qui cherchaient une chanteuse. C’était intimidant car ils avaient 10 ans de plus que moi, je devais réussir à prendre ma place, tout en rentrant dans le moule mais en gardant mon univers ! », se souvient-elle.

Elle intègre le groupe en 2011, en parallèle de sa licence en génétique et de ses cours de chant lyrique au Conservatoire de Rennes. Quelques années plus tard, elle entre dans la formation de Mermonte qui a alors besoin de voix. Et participe également au projet de Florian Jamelot, Mha. Prendre la route pour partir en tournée, enregistrer en studio (Bumpkin Island vient de sortir son nouvel album, début février, et Mermonte devrait en faire autant au début de l’automne 2017), assurer au micro, au clavier et aux percussions, elle gère.

À LA DÉCOUVERTE D’UN UNIVERS MULTIPLE

Face au projet de ciné-concert, la musicienne ne recule pas devant le défi d’une composition intégrale à réaliser seule. Et dans un temps plutôt court. « Fallait que j’utilise la MAO ce dont je n’ai pas l’habitude, que j’achète du matériel et que je fasse la musique. J’ai passé des journées entières à tester des choses et c’est marrant à quel point les différentes versions musicales créent des lectures très différentes du film. Finalement, je me rendais compte que je revenais souvent à mes premières versions. Tant mieux, ça m’a montré que je pouvais me faire confiance. », s’enthousiasme-t-elle.

Ellie James, elle est pétillante. Pleine d’entrain. Sur scène devant ses instruments comme autour d’une table de café, elle transmet une joie de vivre, d’expérimenter et de partager. Parmi les courts-métrages projetés dans Lumières, elle démontre sa sensibilité, son humour et sa poésie. Un univers qu’elle retranscrit en musique, à travers des ambiances planantes, mêlant de la pop à de l’électro, des percussions à des sonorités organiques.

Et évidemment, sa voix. Qu’elle considère comme un instrument à part entière. Qu’elle sample et boucle. Qu’elle répète et harmonise. Qu’elle libère en anglais et en français. C’est rond et chaleureux. Hypnotisant et doux. Une invitation à s’envoler et à voyager au fil des animations, dessinées ou réalisées en stop motion, mais aussi à travers son histoire familiale.

« Je voulais absolument avoir un hang drum, instrument qui a fasciné mon père lorsqu’il l’a découvert, et d’un cool drum. Et puis j’ai un harmonium indien aussi que ma mère m’a ramené d’Inde. Je voulais faire profiter les autres de cet instrument et trouver des manières de le faire sonner autrement. », commente Ellie James.

L’ABOUTISSEMENT PERSONNEL

Mais ce n’est pas uniquement pour des raisons intimes qu’elle s’entoure de tous ces instruments et de ces baguettes lumineuses. Elle évoque également leur aspect ludique à regarder et instinctif à jouer. Des arguments importants pour la création d’un spectacle jeune public (à partir de 3 ans) : « Il fallait penser à attirer l’attention et l’œil, surtout pour les plus petits. Et surtout qu’entre les films, il y a un écran noir. Il faut alors pouvoir leur dire « coucou, je suis là, c’est pas fini ». »

De cette expérience, elle tire une grande satisfaction. Celle d’avoir osé et d’être aller au bout du processus : « Ça me faisait peur mais ça me trottait dans la tête. Je m’étais fixée de faire un concert seule avec mes 25 ans. Je n’avais encore jamais été complètement moi ! Être seule sur scène, c’est un réel apprentissage. C’est comme une chorégraphie, faut que ça devienne mécanique et avoir des roues de secours en cas de problème. »

Elle est déterminée, bosseuse et passionnée. Talentueuse, solaire et tenace. Lumineuse et créative. La preuve que les femmes ont leur place sur scène, ça, elle en est convaincue, elle qui a souvent pu constater qu’en festival, elle était souvent une des rares artistes femmes.

« Vous n’avez pas vu cette affiche sur laquelle les noms des hommes étaient enlevés ? Il ne reste plus grand chose… », scande-t-elle (dans un registre plus global au niveau des arts, HF Bretagne révélera les chiffres 2016/2017 concernant la place des femmes dans le spectacle vivant en Bretagne, le 3 mars, à la Maison Internationale de Rennes, à 17h45).

Pour la suite, elle jouera Lumières le 30 avril à Bruz et le 15 juin à Paris. Et espère qu’en septembre, d’autres dates s’ajouteront à son agenda déjà bien rempli (à noter également que Bumpkin Island sera aux Embellies, à Rennes, le 10 mars) : « Tout foisonne en ce moment, je suis trop contente ! »

 

Les courts-métrages présentés lors du ciné-concert Lumières :

  • Lunette de Phoebe Warries
  • Luminaris de Juan Pablo Zaramella
  • Le trop petit prince de Zoïa Trofimova
  • Tôt ou tard de Jadwiga Kowalska

Célian Ramis

#Trans2016 : Convocation d’artistes engagé-e-s

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Parc expo, Rennes
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La légende des Trans Musicales voudrait que le vendredi soit le meilleur soir du Parc expo. C’est pourtant la programmation de ce samedi 3 décembre qui a révélé les sensations les plus puissantes.
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La légende des Trans Musicales voudrait que le vendredi soit le meilleur soir du Parc expo. Pour la rédaction, c’est pourtant la programmation de ce samedi 3 décembre qui a révélé les sensations les plus puissantes.

AISHA DEVI – HALL 9 – 23H

Après une dizaine d’années à se produire sous le nom de Kate Wax, la voilà de retour sous son vrai nom, Aïsha Devi. Dans le hall 9, devant ses platines et son ordinateur, elle est plongée dans le noir. Seul un grand écran l’éclaire, diffusant images et vidéos à l’esthétique psychédélique subjuguante.

La programmation parle même de « créations psychédéliques et transhumanistes du photographe et vidéaste Emile Barret ». On ne savait pas réellement à quoi s’attendre, on se réservait la surprise pour le live. À l’écran, ce sont des images détourées de statuettes égyptiennes et incas et des gravures bibliques qui défilent avec en fond un homme au visage entièrement maquillé et au look tribal, qui danse une sorte de trans.

Au fur et à mesure du concert, les clips évoluent. On voit alors passer des têtes de mort, des dessins d’hommes éventrés, des dessins anatomiques ou encore des formes démultipliées à la manière d’un kaléidoscope. Aucun doute, l’œil est accroché.

Il est même fait prisonnier de cet étrange dispositif qui tend à dévoiler des images de plus en plus trash, laissant apparaître des scènes de domination, d’asservissement, quasiment de torture, ainsi que des corps déchiquetés et mangés par des humains avant de laisser place à des images de nains indiens.

Et malgré la violence de certains visuels, il est difficile d’en détourner le regard. Comme s’il s’agissait là d’un acte volontaire pour se laisser guider vers une hypnose certaine, clef d’un état de transe à venir. Car la musique que produit Aïsha Devi est plus qu’une incantation. Elle est un rite initiatique au chant chamanique.

Ces influences népalaises et orientales, qu’elle puise dans ses origines, résonnent dans les percussions mais aussi dans sa voix. Une belle voix amplifiée qui inonde par vagues récurrentes le hall 9. Ce sont surtout des vocalises qu’elle développe et qu’elle enveloppe de quelques paroles qui sonnent comme une langue ancienne et morte.  

Les modulations de sa voix impressionnent. Et viennent se fondre dans les sonorités techno et robotiques. Aïsha Devi nous plonge dans un univers plutôt angoissant dans lequel on avance très lentement, prudemment, face à une lumière aveuglante. On est comme happé-e-s par ce halo imaginaire hypnotisant et intriguant.

On est pris-es dans la toile de cette chimère envoutante. Notre esprit voudrait changer d’air mais notre corps s’y refuse. Il faut affronter les notes stridentes qui déraillent comme des cris. Des sons insupportables et intenables, comme si on nous cisaillait les tympans. Mais le hall 9, pas encore bondé, semble suspendu. En attente d’une explosion électro et post dubstep, qui arrive sans trop languir.

La foule se met doucement en mouvement, synchronisé et cadencé. Elle répond présente et partante à l’univers infernal et chaotique d’Aïsha Devi qui finit ces morceaux en atteignant le sublime à travers des a cappella surnaturels et purs, bruts. L’artiste soprano crée la déroute et on accepte rapidement cette expérience insolite.

Sa voix puissante et magnifiée nous hisse au sommet d’une chaine de montagnes népalaise, où la neige et la roche, divines, s’entrelacent, comme les mandalas et les dessins d’enfants qui s’enlacent sur le grand écran qui trône sur la scène du hall 9.

 

REYKJAVIKURDAETUR – HALL 8 – 2h10

On les attendait avec impatience depuis la découverte de la programmation. Les filles de Reykjavik – traduction littérale de Reykjavikurdaetur – sont nombreuses. Plus d’une dizaine foulent la scène du hall 8 pour y mettre le feu nourri de leur talent de rappeuses et leur féminisme exacerbé.

Elles arrivent vêtues chacune d’une chemise blanche et d’un dessous type body ou t-shirt et shorty et donnent le ton d’entrée de jeu. Elles assument tout. Elles ont la pêche, des choses à dire, des messages à faire passer et du plaisir à (se) procurer. Et surtout, elles affichent une véritable envie de faire ce que bon leur semble.

S’allonger, vapoter, danser ou autre, tout est permis pour ces Islandaises qui alternent entre l’anglais et leur langue maternelle. Leur rap est métissé. À la fois tranchant, il peut être également langoureux comme festif et joyeux, bestial comme combattif et cru.

Si elles chantent en solo, en duo ou en trio, les autres restent présentes. Ensemble, elles font poids, elles font corps, et cette unité massive donne la sensation que les membres du collectif possèdent la scène et la maitrisent.

Autant que les discours qu’elles diffusent. « Cette chanson parlait de moi et mon mec, qui est un naze. Donc appelez-moi ! », lance l’une à la fin d’une chanson. « Celle-là est dédiée à mon ex : FUCK YOU ! », scande une autre quelques minutes plus tard, ajoutant en conclusion : « Il va brûler en enfer, je vous le jure. »

Armées de leurs voix et de leurs textes cinglants, elles optent également pour une attitude terriblement rafraichissante. Une attitude rap parée de grands sourires qu’elles conserveront jusqu’au bout du concert. Sans oublier la fraicheur de leur jeunesse revigorante qui claque sur leurs visages enjoués.

Elles font rapidement tomber la chemise, mais pas forcément la serviette que certaines ont sur leurs épaules, telles des boxeuses prêtes à mettre leurs adversaires KO, à coups de palabres bien senties. Elles assument leur corps, leurs formes, leur féminité, leur masculinité, leur humanité, leur sensualité, etc. Elles sont inspirantes.

La musique, travaillée par la DJ derrière ses platines au fond de la scène, est rythmée, puissante, changeante et évolutive. Elle peut être déstructurée par moments, ronde sur d’autres temps mais toujours pleine de vibrations et de profondeurs. À cela s’ajoute une diversité des voix qui tirent parfois sur de la soul et du r’n’b.

Elles s’affichent libérées, n’hésitent pas à mimer des branlettes, faire des gros doigts d’honneur, se mettre la main sur le sexe ou encore à onduler le corps. Affranchies des assignations qu’elles combattent dans leurs chansons, elles se font du bien et nous font du bien. Nous donnent la hargne tout en nous apaisant l’esprit.

Et quand elles demandent qui a envie d’un doigt dans le cul, tout en interprétant une chorégraphie lascive en mode « chevaucheuses », le public s’emballe. Leurs sourires ne les quittent pas. Au contraire, ils s’agrandissent. Tout comme leur énergie mordante et enthousiaste. Elles parlent de sexualité, de sodomie, de plaisir. Car le droit de parler de sexe n’est pas l’apanage des hommes.

« Nous pouvons faire ce que nous voulons. Je peux porter ce que je veux porter, boire autant que je veux et ne pas demander l’autorisation. », lâchent-elles vers la fin du set. Reykjavikurdaetur a quelque chose de contagieux. Et on espère que le message girl power, d’émancipation, pour le droit à disposer de nos corps et de nos vies, sera entendu de tou-te-s.

 

SAUROPOD – HALL 3 – 2H30

C’est sur les chapeaux de roue donc que l’on déboule dans le hall 3, pour la deuxième moitié du concert de Sauropod. Le trio norvégien a déjà bien réchauffé le public de son rock saisissant qui nous embarque instantanément dans son univers, qui n’est pas sans rappeler celui de Nirvana.

Ou du moins le temps d’une chanson. Car lorsque Jonas Royeng (guitare et chant) et Kamilla Waal Larsen (basse et chant) donnent de la voix en chœur, l’ensemble fait davantage écho aux Pixies. Leurs influences rock alternatif des années 90 ne sont pas dissimulées.

Elles planent au dessus du groupe, sans toutefois tomber dans des imitations caricaturales ou lassantes. Au contraire, Sauropod propose une énergie nouvelle, renforcée par un jeu de batterie puissant et la rapidité du guitariste dans l’exécution des notes et accords, produisant un rock déjanté.

Les chansons passent comme des éclairs. L’effet est fulgurant. On n’en a jamais assez et on ne s’ennuie pas une seconde.

Le trio fait naitre un sentiment d’urgence. De celui que l’on aime voir aux Trans Musicales. De celui qui puise dans des guitares saturées et des chants viscéraux.

On se laisse alors complètement subjuguer par les créations de Sauropod, qui nous bringuebalent à toute berzingue dans des courses poursuites psychotiques. Lui a la mâchoire serrée, une voix nasale et la gorge striée de veines prêtes à éclater. Elle, a une voix aérienne, sécurisante et marquée de simplicité. Sans artifices.

Et quand ils allient leurs voix, l’osmose de leurs contrastes est sublime. Le trio renvoie le sentiment d’un besoin vital de s’exprimer. Une nécessité à être là et envoyer ce rock acidulé, qui ne manque pas de piquant, et s’emplit au fil des chansons d’émotions authentiques et communicatives.

C’est une évidence. Un plaisir qu’ils partagent entre la scène et le public et qui se voit sur leurs visages. Dans un bien autre style que les rappeuses islandaises, les punks rockeurs norvégiens apportent une touche rafraichissante à la musique et à la soirée, à travers une proposition forte et joviale.

L’opportunité de terminer la 38e édition des Trans Musicales par deux véritables coups de cœur. Dommage que les deux projets aient été superposés dans la programmation. Quoi qu’il en soit, on retiendra ces artistes parmi les révélations du cru 2016.  

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