Célian Ramis

Le Grand Soufflet 2015 : Frissons et grosse énergie pour les 20 ans !

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Soirée spéciale pour les 20 ans du Grand Soufflet, le festival accueillait le 2 octobre au Thabor, à Rennes, les artistes qui ont marqué les éditions précédentes dont Wendy McNeill et Whiskey & Women.
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Pour fêter ses 20 ans, le festival d’accordéon Le Grand Soufflet proposait vendredi 2 octobre une soirée spéciale rythmée par des invité-e-s qui ont marqué les éditions précédentes. Et ce sont des musiciennes qui ont ouvert cette session originale sous le chapiteau, installé dans le parc du Thabor à Rennes : Wendy McNeill, suivie du trio de Whiskey & Women.

En arrivant sur la scène du Grand Soufflet, accompagnée de deux musiciens – un à la contrebasse et l’autre à la batterie, Wendy McNeill définit leur formation comme une bande de « rêveurs hardcore ». Leurs chansons sont bâties comme des contes et nous transportent dans des histoires merveilleuses, imaginaires, pleines de rebondissements et péripéties.

Munie de son accordéon, sa voix et sa pédale à boucles, l’artiste canadienne insuffle sous le chapiteau un vent chaud de douceur mêlée à une atmosphère parfois sombre et que l’on imagine tortueuse. À la manière de Maïa Vidal qui nous avait aussi transcendé sur la scène de ce même festival, la légèreté de la noirceur dissipe l’angoisse et capte l’attention du public, pendu à ses lèvres, tant elle interprète avec justesse les histoires qu’elle raconte.

La voix théâtralisée de Wendy McNeill et le trio instrumental s’unissent dans des mélodies simples et rythmées servant à mettre en relief les textes poétiques de celle qui était déjà venue au Grand Soufflet en 2009. De la comptine sur le pouvoir de la musique au voyage tumultueux d’un homme en quête de sa mémoire perdue, en passant par la biographie d’Edith Piaf dont la voix a brisé le cœur de Wendy McNeill pour lui « revenir encore plus fort », la musicienne nous embarque dans son univers singulier et décidément séduisant.

Mais c’est aussi son goût du partage et sa sincérité qui touche les spectatrices et spectateurs qui lui rendent généreusement cet instant délicieux. En participant activement lorsqu’elle les met à contribution pour donner le rythme en tapant des mains ou en lui posant des questions directement entre deux chansons pour qu’elle nous présente les personnages de sa chanson suivante…

Et lorsque la jeune femme oublie ses paroles et arrête sa dernière chanson, elle lâche sa guitare électrique prise pour l’occasion et enchaine sans interruption. A capella, elle interprète seule sur scène une dernière ballade enivrante. Le temps est suspendu, Wendy McNeill termine sur un interlude de pureté qui ne cesse encore de nous faire frissonner.

WHISKEY & WOMEN, DIRECTION LA LOUISIANE

On les attendait avec impatience. Les trois californiennes avaient mis le feu au chapiteau en 2012, et trois ans plus tard, elles assurent toujours autant et nous régalent encore de leur dynamisme entrainant et leur bonne humeur communicative. Pas de doute, elles sont dopées à l’adrénaline de la scène et survoltées par la soif de spiritueux endiablés dont elles aiment tant encenser les mérites.

Ce vendredi soir, le trio envoie d’entrée de jeu une grosse énergie à base de vieux blues et de musique cajun venue tout droit de Louisiane, et arrangée à leur sauce folk et rock’n’roll.

« Mes parents écoutaient beaucoup de folk mais aussi de punk. J’ai baigné là dedans. Un jour, j’ai trouvé un violon dans la poubelle, c’était le signe que je devais apprendre à en jouer. Je suis forcément inspirée par les musiques de mon enfance », explique Joan, violoniste.

Ses deux comparses Rosie (violon en 2012, percussions cette année) et Renée (accordéon), deux sœurs, ont elles aussi baigné dans les musiques folk et celtiques qu’elles enrichissent toutes les trois lors des arrangements finaux.

« Medicine for the blues – titre de leur dernier album, ndlr – est un mix de folk, blues et rock avec du cajun. Nous aimons ajouter ces styles à des musiques traditionnelles », soulignent-elles. 

Et quand on leur demande ce qui les inspire pour écrire les textes des chansons, elles répondent en chœur et sans hésitation : le whiskey. Sur scène, elles le revendiquent :

« Il faut boire avant la prochaine chanson car elle parle du whiskey fait main et de l’homme des impôts qui veut prendre la machine à faire le whiskey. Et nous, on veut pas ! »

Attitude rock, énergie déjantée, naturel souriant, Whiskey & Women est un groupe impressionnant qui nous transporte dans les bars reclus de la Louisiane profonde, nous fait user les talons contre le plancher et nous surprend avec un blues sur un temps de valse et une chanson a cappella dont la rythmique est donnée par leurs coups de pieds et claquements de mains.

Ou encore en interprétant la chanson française « Chevaliers de la table ronde » - un chant sur le bon vin ! oui oui oui – en invitant Etienne Grandjean, directeur du festival, à venir jouer avec elles. Ce dernier s’exécute au violon cette fois, après avoir interprété « In bocca al Lupo » à l’accordéon avec Wendy McNeill, quelques dizaines de minutes plus tôt.

Célian Ramis

Mythos 2015 : Le rap fougueux de Sianna

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Antipode, Rennes
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Vendredi 10 avril, devant l’Antipode à Rennes, il pleut sur la file de jeunes gens qui attendent avec impatience le concert de celle qu’on dit relève du rap français, Sianna.
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Vendredi 10 avril, devant l’Antipode à Rennes, il pleut sur la file de jeunes gens qui attendent avec impatience le concert de celle qu’on dit relève du rap français, Sianna. À tout juste 19 ans, elle a sorti le 9 mars dernier un premier EP éponyme dans lequel se mêlent technique et énergie.

« Rennes est-ce que vous êtes chauds ? » scande la jeune rappeuse qui crée dès les premières minutes du concert, un lien et une interaction intense avec le public.

Elle et son backer Fanko, font sauter, danser, crier la salle et instaurent un jeu de scène énergique et positif pour le plus grand plaisir de la foule présente.

La musique est puissante, les bass prenantes et Sianna pose son flow incisif et insolent sur des morceaux aux sonorités tant hip hop que r’n’b, mais aussi orientales voir slaves. On assiste véritablement à un show qui donne le sourire mais surtout à une démonstration technique qui impressionne.

« Je force pas le destin, je laisse les choses se faire », dit-elle dans son titre « Quoi qu’il en soit », et a priori, pour l’instant cela lui réussit ! Après des débuts fulgurants, Sianna semble s’imposer comme une vraie référence de la nouvelle scène rap française, une artiste tout en promesses et de potentiel, à suivre dans les mois, voire années qui viennent !

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Sianna : « Il y a très peu de kickeuses françaises »

Rencontre avec Sianna un peu avant sa montée sur scène à l’Antipode, qui évoque ses débuts, la scène française du rap et son EP.

YEGG : À seulement 19 ans vous sortez un premier EP, on peut parler de débuts assez fulgurants, comment a débuté votre carrière ?

Sianna : J’ai commencé à écrire du rap vers 11 ou 12 ans juste comme ça, faire des rimes etc et en 2012 on a formé Crack House avec deux amis à Beauvais. Au départ on faisait ça pour rire mais ça s’est vite concrétisé. Au bout d’un moment on a décidé de faire un break et j’ai pu bosser un an sur ma musique. J’ai été repérée et signée chez Warner/Chappell mais j’ai aussi été beaucoup soutenue par Mac Tyer qui après avoir écouté un seul de mes sons m’a donné pas mal de conseils.

Vous avez été en partie découverte grâce à Internet, pensez-vous que c’est l’avenir pour tout artiste qui veut se faire connaître ?

Je pense qu’Internet est propulseur mais ça reste quelque chose qui peut être à double tranchant. Tout le monde est sur Internet et c’est difficile de sortir du lot, c’est pour ça que je pense qu’il vaut mieux faire le plus de scène possible.

On vous compare souvent à la rappeuse Diam’s, alors qu’a priori votre musique n’est pas vraiment similaire. En France, la scène féminine du rap n’est-elle pas un peu vide ?

J’écoutais Diam’s quand j’étais plus jeune comme beaucoup de monde oui et je pense qu’elle a influencé pas mal de gens mais c’est vrai qu’il a très peu de kickeuses françaises et d’ailleurs je n’en écoute pas vraiment. C’est extrêmement différent des États-Unis, il y a peut-être un certain manque de confiance de la part des filles. Aux USA il y a des femmes qui m’influencent et qui m’ont influencé comme Nicki Minaj, EVE, Missy Elliot ou Laureen Hill.

A priori que des femmes avec un assez fort caractère…!

(Rires) Ah oui, c’est peut-être ce qu’il faut pour faire du rap en tant que fille…

À votre passage au festival Bars en Trans au mois de décembre à Rennes, vous étiez accompagnée de Fanko sur scène, allez-vous faire des scènes seules dans le futur ?

Fanko est ce qu’on appelle mon backer, ça se fait beaucoup dans le rap. Il est là pour m’appuyer sur scène donc je vais continuer comme ça. Après, la scène reste à mon nom et l’EP aussi.

On parle de vous comme la relève du rap français. C’est quelque chose que vous exprimez dans votre EP ?

Je ne sais pas si je suis vraiment la relève mais en tout cas je fais partie d’une nouvelle génération de rappeur, une génération qu’il faut pousser au maximum. Je pense qu’on fait changer les choses et qu’il faut l’accepter. Dans mon EP, j’ai deux titres un peu plus personnels dont « Incomprise » mais la plupart des titres sont de la technique, du flow. J’y fais par exemple du kickage, c’est-à-dire que je change de flow et de l’ego-trip, c’est-à-dire qu’on se met en avant.                  

Quels sont vos prochains projets ?

Pour l’instant je vais continuer la tournée pour l’EP, je n’ai pas envie d’enchaîner les projets, je pars du principe qu’il vaut mieux ne pas être partout si on ne veut pas être nulle part (rire). Quand tu es jeune, tu te demandes si tu vas rester et pour moi, pour ça, il faut de la sincérité, alors je vais continuer à faire mes trucs.

Merci beaucoup Sianna.

Merci à vous !

Célian Ramis

Mythos 2015 : Yael Naim, grandiloquente et puissante

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Thabor, Rennes
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Vendredi 10 avril, la chanteuse franco-israélienne Yael Naim a saisi le public du Cabaret botanique, installé au Thabor, pour l’emmener dans un ailleurs enchanteur.
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Vendredi 10 avril, la chanteuse franco-israélienne Yael Naim a saisi le public du Cabaret botanique, installé au Thabor, venu à l’occasion du festival Mythos, pour l’emmener dans un ailleurs enchanteur.

Son nouvel album, Older, est jeune de tout juste un mois, mais déjà Yael Naim s’impose de par sa maturité vocale et musicale. En 7 ans, personne n’a oublié sa chanson « New Soul », qu’elle interprétera ce soir-là, tout comme sa reprise de « Toxic », ni sa gaieté enfantine. Ici, elle crée la rupture avec l’image de la jeune chanteuse de pop ensoleillée pour transporter les spectateurs vers un univers plus travaillé et plus complexe.

Yael Naim, ce n’est pas notre came. Mais il faut bien l’avouer, elle a quelque chose d’envoûtant. Assise à son piano, elle parsème de sa douceur ici et là et nous emmène dans ses histoires personnelles, sombres ou joyeuses. Elle parle ce soir-là de transition, d’expérience qui change la vie, qui change une personne. La venue d’un enfant suppose-t-on instantanément, à la manière dont elle l’évoque. Mais elle ne reste pas centrée sur cette naissance et aborde dans ses textes la vie, la mort, le deuil et les erreurs du passé, comme on peut l’entendre dans « Coward ».

Son album, Older, est une introspection de sa vie, et celle de David Donatien, son compagnon, toujours présent dans son travail puisqu’ils forment ensemble un duo à la ville comme à la scène. Et la chanteuse restitue leurs aventures de vie avec émotions, légèreté et détachement. Ce sont les différents registres musicaux qui viennent affirmer l’épanouissement et l’aspect grandissant de cet opus.

Entre folk, pop, soul et gospel, Yael Naim nous transporte dans un ailleurs lointain, dans des paysages grandiloquents et des espaces aérés. Sa puissance vocale, marquée par de belles envolées lyriques, met tout le monde d’accord, elle est de ces grandes voix virevoltantes et envoutantes, qui suspendent le temps, pendant une ou plusieurs chansons.

En ajoutant des chants sacrés à son disque, mystifiés davantage par la venue des choristes de 3somesisters, elle nous plonge dans la profondeur de ses textes, pas toujours mis en évidence ou en accord avec le style musical choisi, et nous maintient dans une relation intimiste et spirituelle, qui peut parfois même aller jusqu’à bercer le spectateur jusqu’à la somnolence.

Yael Naim convainc le public du Magic Mirror qu’elle peut à la fois allier douceur, gaieté, noirceur et énergie communicative, dans les paroles de ses chansons, tout comme dans les puissantes mélodies qu’elle délivre avec conviction.

Célian Ramis

Mythos 2015 : Emmanuelle Hiron brise le tabou de la vieillesse

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L'Aire Libre, St-Jacques-de-la-Lande
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Du 8 au 10 avril, Emmanuelle Hiron a présenté sa nouvelle création, Les résidents, à L’Aire Libre. Un théâtre documentaire qui a l'art d'interroger notre rapport à la vieillesse.
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Pendant trois jours – du 8 au 10 avril – la comédienne Emmanuelle Hiron a présenté sa nouvelle création, Les résidents, au théâtre L’Aire Libre, à St-Jacques-de-la-Lande. Un théâtre documentaire sur les résidents de l’EHPAD de Vezin-le-Coquet, et plus largement, sur le tabou de la vieillesse.

Pendant un peu plus d’une heure, Emmanuelle Hiron est seule sur scène. Elle interprète un monologue philosophique sur la place des personnes âgées dans notre société. Une société pleine de gêne et de rejet face à ses vieux. Derrière elle, un écran sur lequel on découvre les images qu’elle a pu filmer dans l’EHPAD (Établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes) de Vezin-le-Coquet, là où elle a suivi une gériatre, Laure Jouatel, dans son travail quotidien auprès des résidents.

Le monologue et la projection vidéo se répondent et se complètent, en alternance. Emmanuelle Hiron, dans ce travail de création élaboré avec la compagnie L’Unijambiste, s’appuie sur ce qu’elle a vu, vécu, entendu et ressenti pendant une année à l’EHPAD. Que ce soit au contact des résidents, des familles et de son amie gériatre. À travers cela, elle bâti sa réflexion et surtout son questionnement autour de ces personnes, atteintes de démence, que l’on place dans des maisons de retraite et que l’on tait de nos vies et de nos esprits. Comment expliquer et comprendre le rejet de la société, qui finit par en faire un tabou alors qu’il est de notre lot commun de vieillir ?

Le rapport à la mort est omniprésent dans la pièce Les résidents, tout comme le rapport à la vie. La comédienne, interpelée par la redondance de la question de la « qualité de vie », pose à son tour le sujet sur la table. Que signifie cette qualité de vie ? De quoi parle-t-on quand on aborde la fin de vie ? Peut-on parler de qualité de vie quand on sait que la meilleure option est de faire rester la personne âgée à domicile ?

OBJECTIF ATTEINT

Que l’on adhère ou non à son discours, qui peut s’apparenter parfois à une leçon de morale, elle atteint son objectif : nos esprits s’animent au rythme des interrogations soulevées dans le spectacle et l’envie d’en débattre se fait sentir. La prise de conscience est immédiate, prend pour certains la forme d’un électrochoc et pour d’autres d’une piqure de rappel.

Au fil du spectacle, l’artiste nous place en déroute. Entre son franc-parler et son expression neutre sur le visage, on cherche sa position sur le sujet. Peut-être une manière de ne pas chercher la notre. « Tout le monde a un avis sur la question », affirme-t-elle dès le début. Toutefois, tout le monde n’explique pas ce rejet, ce silence, face à celles et ceux qui deviennent les « boulets » de la société, qui préfère toujours garder en tête l’image de la jeunesse et de la beauté, qui vont de pair.

Culpabilité, responsabilité, rejet, fin de vie, qualité de vie… Les thématiques abordées sont lourdes de sens et Emmanuelle Hiron a la force de ne pas s’en priver, de ne pas se censurer. Elle témoigne ici, en faisant parler son amie gériatre dans sa propre bouche, de son ressenti, de son vécu et de son engagement. Elle replace les résidents, grâce aux extraits vidéos du documentaire, à la fois touchants et (trop) bienveillants, au centre de sa création mais aussi au centre du débat. On ne parle pas de soins, de prises en charge médicales, mais de volontés, désirs et besoins des personnes âgées, parfois, et souvent, aliénées par la démence.

Célian Ramis

Mythos 2015 : Procès rennais d'un Hamlet "borderline"

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Salle de la Cité, Rennes
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La salle de la Cité s'est transformée en tribunal avec un spectacle qui nous transporte dans une affaire judiciaire rennaise, entre quartiers populaires et histoires de familles malsaines.
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Le jeudi 9 avril se tenait à la salle de La Cité, dans le cadre du festival Mythos à Rennes, le premier d’une série de trois vrai-faux procès inspirés du classique de Shakespeare, Hamlet. Conçu par l’artiste néerlandais Yan Duyvendak et le metteur en scène catalan Roger Bernat, « Please, continue (Hamlet) », ne nous transporte cependant pas au royaume du Danemark mais bien dans une affaire judiciaire rennaise, entre quartiers populaires et histoires de familles malsaines.  

En arrivant salle de La Cité, on demande aux personnes du public de soigneusement noter leurs noms et âge sur une liste, avant de fournir à chacun, un carnet et un stylo, en leur précisant de bien vouloir prendre des notes pendant la séance. Le public s’installe silencieusement dans les gradins.

La situation semble assez sérieuse et plus encore quand la présidente, nous annonce les règles à suivre. Les spectateurs ne bronchent pas, il faut dire que chaque représentation voit la collaboration de membres du Barreau de la ville concernée, pour accompagner les acteurs : un président, un avocat général, un avocat de la défense, une avocate pour la partie civile et un huissier ainsi qu’un expert-psychiatre.

La pièce est jouée sans répétitions, les professionnels et acteurs n’ayant pour seules indications que les différents rapports et procès-verbaux composant le dossier d’instruction traduit et modifié en fonction de chaque pays, il est ainsi de leur fait d’interpréter leur personnage et d’adapter leur discours à leur bon vouloir. Chaque représentation est unique : « le déroulement du procès et son issue sont inconnus du public mais de nous également » précise Yan Duyvendak à l’assemblée.

Font ainsi face au public un Hamlet instable et immature voire « borderline » selon l’experte-psychiatre, une Gertrude vulgaire et au franc-parler qui fait pouffer le public et une Ophélie mal-à-l’aise et naïve. Lors d’une soirée arrosée et agrémentée de quelques « joints » selon Ophélie, qui célébrait le récent mariage de Gertrude (mère d’Hamlet) avec Claudius, oncle paternel d’Hamlet, une dispute éclate entre la mère et le fils. Polonius, père d’Ophélie, qui s’était caché derrière le rideau de la chambre, prend, en plein cœur un coup de couteau à cran d’arrêt par un Hamlet qui croyait s’en prendre à un rat.

« Ce n’est pas un homicide, c’est un raticide ! »

Accusé et témoins vont tour à tour passer à la barre sous les questions des différentes parties et avocats. Rapport d’autopsie et de dératisation, photos ou évaluation psychiatrique à l’appui, les avocats essayent de convaincre le public et peut-être les membres du futur jury, de l’innocence ou de la culpabilité d’Hamlet.

Vient le moment des plaidoiries, situation où la limite entre les métiers d’avocat et d’acteur semble presque inexistante : à coups d’envolées lyriques, de grands gestes, d’exclamations et d’une bonne dose de rhétorique, les professionnels rennais concluent les trois premières heures de ce procès qui tend vers la bouffonnerie tragique. Il est temps, quelques personnes ont déjà quitté la salle, d’autres croquent dans leur sandwich ou piquent du nez quand la présidente appelle les huit jurés tirés au sort.

Huit ans d’emprisonnement

Après un entracte de vingt minutes pendant lesquelles le tout frais jury a délibéré, la sentence tombe pour l’accusé devant un public quelque peu choqué : huit ans d’emprisonnement requis. A priori le public n’a pas cru à l’histoire du rat. Ce soir-là sera donc une nouvelle sentence pour le personnage de Shakespeare, qui dans neuf pays et sur plus de 120 procès n’aura été acquitté qu’une cinquantaine de fois. Le verdict est comme à chaque fois unique, la plaidoirie des avocats ou le jeu des nouveaux acteurs sauveront peut-être la prochaine fois, un Hamlet dont le procès n’en finit pas.

Célian Ramis

Mythos 2015 : Adeline Rosenstein, passionnée et militante

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Thabor, Rennes
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Les 8 et 9 avril, le théâtre de la Parcheminerie accueillait le spectacle-documentaire Décris-ravage d’Adeline Rosenstein. Une artiste qui propose une lecture percutante de l’Histoire de la question de la Palestine.
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Les 8 et 9 avril, le théâtre de la Parcheminerie accueillait, dans le cadre du festival Mythos, le spectacle-documentaire Décris-ravage d’Adeline Rosenstein. Une artiste qui propose ici une lecture originale de l’Histoire de la question de la Palestine.

Avec Décris-ravage, la comédienne Adeline Rosenstein n’aura pas fait l’unanimité. Mais aura suscité la curiosité des festivaliers et réussi le tour de force de soulever de nombreuses questions, à commencer par celle de l’Histoire au théâtre. Comment aborder des faits historiques sur scène, par le biais de l’art ? Sa proposition est originale, conceptuelle parfois, et surprenante, voire déroutante pour qui ne s’y attend pas. Elle parle de spectacle-documentaire, « pas sur le conflit (israélo-palestinien, ndlr) lui-même mais sur la question de la Palestine. », explique-t-elle jeudi midi au micro de Canal b.

Depuis 2009, elle a réuni des témoignages d’occidentaux ayant vécu en Palestine ou en Israël à différentes périodes, autour desquels elle ajoute des extraits de pièces de théâtre historiques en arabe (les extraits ont été traduits en français), traitant des mêmes événements. Privilégier la parole des artistes originaires des pays arabes concernés plutôt que d’orienter le discours et l’Histoire vers la pensée occidentale, c’est le parti-pris de la suissesse Adeline Rosenstein.

L’artiste va alors bricoler une pièce en fonction des éléments récoltés depuis plusieurs années, en 4 épisodes, intelligemment abordés en conférence théâtrale et partiellement illustrés par 4 comédiens (3 femmes et 1 homme) présents sur scène tout au long de la représentation.

Mimes, mises en situation, représentation fictive de la carte géographique de l’Empire Ottoman, mouchoirs trempés dans l’eau violemment projetés contre des planches en bois disposées au fond de la scène… Adeline Rosenstein se lance le périlleux défi de ne rien donner à montrer visuellement, ni photos, ni vidéos, ni cartes physiques, ni documents d’archives. Ce qui lui vaudra peut-être de perdre certains spectateurs, ennuyés de cette conceptualisation étonnante qui appelle à entrer directement dans le propos, et uniquement dans le propos.

Tout repose sur les textes, sur les interprétations des comédiens, sur les intonations, tantôt magistrales et objectives, tantôt cyniques et piquantes. La violence est omniprésente, de la conquête de l’Égypte par Bonaparte à la militarisation des Palestiniens, en passant par la guerre de Crimée et le génocide arménien. Mais de par ses choix artistiques et scéniques, la comédienne ne fige ni la pensée, ni l’interprétation des spectateurs, qui découvrent ou redécouvrent, la source internationale de la question de la Palestine, un tout petit territoire « à partager en 2 peuples mais finalement il y avait un peuple qui n’était plus là. Et ça, on l’a refoulé de nos consciences » - extrait d’un entretien d’un colon arrivant en Terre Sainte.

DES QUESTIONS PLEIN LA TÊTE

Décris-ravage décortique le nœud du conflit « gros de plus de cent ans », le déroule du début XIXe au début XXe, avec un regard militant sur l’Histoire et les histoires vécues dans cette partie du monde, sans toutefois enfermer le public dans un discours moralisateur, et sans porter de jugements maladroits sur les diverses communautés ou religions présentes sur ces territoires. On ressent l’ébullition intellectuelle à laquelle se confronte l’artiste qui attache de l’importance à explorer de nombreux chemins pour en découvrir sans cesse davantage et qui n’hésite pas à remplacer les points d’exclamation par des points d’interrogation, pour emprunter encore d’autres routes non explorées par les Occidentaux (ou qui n’en ont pas encore révéler les crevasses).

Adeline Rosenstein, révoltée depuis longtemps, par la nature de ce conflit, se présente passionnée face au public de la Parcheminerie et presque apaisée, comme délivrée du poids de l’information qu’elle partage, les yeux brillants, pendant les 2 heures de représentation. Entourée de ses comédiens, elle pose la question de l’interprétation individuelle, la responsabilité de chacun à ne pas poser de questions, à agir sans savoir, du poids des Nations ironiquement bienveillantes et désireuses de « fédérer les peuples » en les écrasant, les colonisant, les expulsant, les armant…

Des thèmes violents, dérangeants parfois même, mais qui ont le mérite d’être mis à plat dans ce théâtre de l’Histoire que toute l’équipe porte avec ferveur. S’il est difficile à certains moments de focaliser son attention sur chaque propos ou chaque point développé, Adeline Rosenstein réussit à nous maintenir sur le fil des histoires qu’elle dévoile et à susciter l’intérêt et la curiosité pour le sujet comme pour la forme proposée, qui n'était que le premier volet d'une histoire encore en mouvement.

"Les Anglais prennent la Palestine. Les Français reçoivent un pourcentage sur le pétrole en Irak. STOP, la suite au prochain épisode."
conclut Adeline Rosenstein, dans ce premier Décris-ravage.

Célian Ramis

Mythos 2015 : Dans l'intimité, la liberté et la féminité d'Arhur H

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Thabor, Rennes
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Imaginaire débordant, poésie déjantée, énergie communicative et liberté accrue... Arthur H était au Cabaret botanique, à l'occasion de Mythos, le 8 avril. Une exception à notre ligne éditoriale s'imposait.
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Mythos, 19e édition. Mercredi 8 avril, Arthur H, profil idéal, était l’invité du festival des arts de la parole. Pour l’occasion, le fils Higelin à l’identité bien marquée se produisait dans le Cabaret botanique, pour présenter son dernier album, Soleil dedans (2014), mais pas que.

Plus qu’emportée par les textes, la musique et son imaginaire, la rédaction de YEGG fait une exception à sa ligne éditoriale et se saisit du passage de cet artiste masculin – qui assume pleinement sa féminité (lire l’interview ci-dessous) – en terre bretonne pour profiter de son concert et le rencontrer, dans les jardins du Thabor.

Dans l’imaginaire collectif, Arthur H, c’est une voix grave, chaude, du mystère, du détachement, un univers poétique, du romantisme, de la mélancolie… Il n’est pas seulement fils de, on le sait depuis longtemps, il est lui, chanteur-musicien-poète-déjanté à l’univers extra-terrestre, intimiste et sauvage. Une identité de plus en plus assumée. Et qui ne cesse de se montrer et de s’affirmer, dans sa globalité et au travers de toutes ses facettes, du voyageur solitaire au chercheur d’or…

Avec son charisme, sa sensualité, sa manière de bouger son corps, de s’habiller – il se présente ce soir-là sans chapeau et avec une veste pour le moins lumineuse – sa voix maitrisée, son habileté à nous faire voyager, sa capacité à se renouveler dans sa musique tout en gardant son extravagance, sa poésie et sa sensibilité propre… le chanteur, qui entame le concert au piano dans l’intimité des lumières brumeuses, conserve sa hargne scénique et nous transporte avec lui dans un tunnel intergalactique et spatio-temporel.

UN ARTHUR H COSMIQUE

Dire de lui qu’il est un ovni serait un abus de facilité. Arthur H est là où on ne l’attend pas tout en restant fidèle et loyal à son public. Ce soir-là, il oscille entre chansons lunaires, solaires et cosmiques de son nouvel album, Soleil dedans, qu’il chante avec une voix parfois aérienne, libérée et libératrice – on pense notamment à « Femme qui pleure » - qui met les poils à toute la salle – et chansons plus anciennes (entre Adieu tristesse, 2005, et Baba Love, 2011 principalement) sans trop puiser dans ses premiers disques.

C’est un voyage dans l’univers d’Arthur H, autant dans son imaginaire que dans sa carrière, dans lequel il nous plonge pendant 2h avec simplicité et générosité. Taquinerie parfois même lorsqu’il titille le côté « chauviniste » des Rennais qui se laissent volontiers voguer dans les grands espaces naturels, alambiqués ou même absurdes, dans lesquels il nous invite.

Dans la lune, dans un western, dans un supermarché, dans New-York City, Arthur H ne cesse de planer, avec ou sans son costume de Super H ou de H-Man, à la découverte des cultures et des éléments, à la rencontre de la femme étoile, des papous ou encore des clandestins. La chaleur nous entoure, l’énergie déborde des sourires et des corps qui s’animent au fil des chansons et du concert. « C’est explosif », murmure-t-on dans les rangs, « Toujours aussi incroyable ! ».

UN ARTHUR H LIBRE

L’artiste navigue avec aisance sur des musiques mélodieusement pop, jazzy et rock, avec parfois des sonorités 70’s et notes rétro futuristes, qui nous électrisent instantanément, en nous faisant danser, rêver, virevolter au firmament des envolées lyriques, ou en nous apaisant au son de la voix grave et berçante du musicien. Les émotions règnent au pays d’Arthur H qui exprime toujours autant d’attachement à l’intime liberté qu’il couve amoureusement et qu’il partage doucement et prudemment, avant d’enfourcher son Cheval de feu.

« Quelque chose dans le vent / Me dit qu’il est temps » Ses paroles résonnent dans nos songes jusqu’à ce que Morphée nous emporte vers d’autres contrées lointaines. C’est certain, à chacun de ses passages, Arthur H nous rend Baba love.

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Arthur H : « J’ai parfois une sensibilité extrêmement féminine »

Rencontre avec Arthur H, dans les jardins du Thabor, qui nous parle de ses inspirations, des femmes et de sa sensibilité artistique. Interview.

YEGG : On vous entend souvent parler de vous en disant que vous vous sentez vilain petit canard. Qu’est-ce qui vous fait ressentir vilain petit canard dans la musique française et est-ce que ce sentiment évolue avec le temps ?

Arthur H : (Rires) Je ne le dis pas souvent. Je retire ce que j’ai dit, je suis un très joli petit canard (Rires). Pourquoi je suis un vilain petit canard ? (Silence) Malheureusement, ce n’est pas parce que je suis entouré de cygnes. Non, je ne me sens plus vilain petit canard, je ne suis plus dans cet état d’esprit là, je suis un joli petit cygne maintenant.

Vous parlez de deux marraines, en référence à Barbara et Brigitte Fontaine. Expliquez-nous l’importance de ces deux artistes dans votre travail et dans votre carrière. Est-ce qu’elles vous ont aidé ?

Elles ne m’ont pas aidé directement mais inspiré, beaucoup. Par cette espèce de rapport très direct, très cru à leur sensibilité, comme s’il n’y avait presque pas de filtre. C’est deux femmes qui avaient de la tendresse pour moi quand j’étais petit mais ça, ça n’a pas forcément influencé mon parcours artistique. Mais du coup moi-même j’ai développé beaucoup de tendresse pour elles.

Vous évoquez aussi la liberté artistique de Brigitte Fontaine. Un point important pour vous, qui êtes reconnu pour votre capacité à vous renouveler au fil des albums, vous prenez des risques. Le rapport entre Brigitte Fontaine et vous, il est là, non ?

Ouais ! Ouais ! Je suis clairement influencé par le courage de Brigitte Fontaine, cette espèce de façon qu’elle a de se jeter dans le vide et de ne pas avoir peur de qui elle est. Et elle a aussi un rapport à l’inspiration très particulier. Elle considère que l’inspiration est un flux naturel. Tu demandes à Brigitte d’écrire une chanson, tu lui donnes une feuille blanche et un stylo, elle s’enferme pendant une demi heure et elle écrit une chanson. Et la plupart du temps ce sera une très belle chanson. Parce qu’elle a décidé qu’écrire, c’était facile. Ça, c’est une idée très efficace je trouve.

Vous arrivez à faire la même chose ?

Maintenant oui. Ça ne veut pas dire que ce que je fais est intéressant ou plus intéressant que si c’était difficile à faire, ça je ne sais pas. Mais par contre je ne me pose pas la question de la difficulté d’écrire, de l’inspiration. Après, l’enregistrement, ça, c’est différent. Là, je suis toujours dans une forme de difficulté. Mais être connecté à quelque chose qui nous dépasse, ça c’est facile.

Vous dites que l’enregistrement est plus difficile pour vous. Pour votre album, vous avez enregistré à Montréal. Est-ce que d’être dans des contrées lointaines, avec des grands espaces, c’est plus facile pour vous qui avez un imaginaire débordant, qui nous embarquez dans des voyages et parlez aussi de voyage initiatique…

Oui, y a quelque chose de plus facile parce qu’à Montréal, il y a énormément d’énergie donc je suis porté par ça. C’est aussi pour ça que j’aime y aller. Évidemment, il y a plus d’espace mais ce n’est pas que ça. Il y a aussi plus d’énergie positive chez les gens en général. Une espèce d’enthousiasme qui est un peu intact et qui du coup fait du bien. Dès qu’on arrive là-bas, on le ressent. Après, changer d’équipe, partir à l’aventure avec des gens que je ne connaissais pas, ça ce n’est pas de tout repos non plus.

Est-ce que, en enregistrant à Montréal, l’esprit de Lhasa règne sur cet album ?

Complètement ! C’est grâce à elle que j’ai rencontré tous ces gens, ces musiciens. Les musiciens de Patrick Watson, Patrick Watson. C’est grâce à elle que j’ai eu envie de faire un album à Montréal. C’est grâce à elle que j’aime Montréal, donc j’ai beaucoup pensé à Lhasa en faisant ce disque.

En écrivant aussi ?

En écrivant, pas spécialement mais en enregistrant oui.

Tendresse pour Barbara, admiration pour Brigitte Fontaine, découvertes avec Lhasa… Elles alimentent votre sensibilité pour parler des femmes dans vos textes ? Est-ce que vous pensez aux femmes de votre entourage personnel et professionnel, ou est-ce totalement imaginaire ? Les figures féminines dans vos chansons étant tellement variées, cosmiques, charnelles, sensuelles… Vous vous mettez même à la place de la femme qui pleure, dans la chanson du même nom…

C’est un phénomène très naturel je pense, pour tous ceux qui écrivent, racontent des histoires. De partir de quelque chose que l’on a vécu très précisément et le transcender. Quelque chose peut-être même que l’on a ressenti mais sans l’expliquer. Et ça ressort sous forme d’histoires, de paraboles, d’images. Donc ça part toujours du réel, bien sûr.

Quand vous écrivez des textes sur les femmes, est-ce que vous vous posez la question de l’interprétation du public, s’il va se dire que c’est du cliché ou que vous prônez l’égalité femmes-hommes ?

Pas du tout. On parle de rapport social, là, dans la société. Moi, je ne suis pas trop là dedans. Je suis plutôt dans quelque chose de beaucoup plus intime en fait. Où du coup les rapports - y a pas de question d’égalité - ils sont très ouverts, ou libres, ou poignants, vivants. Pas enfermés par les codes de la société. Je peux même aller jusqu’à dire que je suis une femme qui pleure car à l’intérieur de moi, il y a toute l’histoire des femmes, non seulement que j’ai connu mais celle de ma famille aussi, et je le sens en moi, c’est en moi.

C’est votre héritage…

Ouais, ça vit en moi. En plus, j’ai parfois une sensibilité extrêmement féminine. Et encore en plus, mes amies de cœur, avec qui j’ai l’impression de me livrer, de vraiment communiquer, sont exclusivement des femmes. Et si je rajoute encore un « en plus », je trouve que la sensibilité artistique, le rapport artistique au monde, il est très très féminin aussi. En grande partie. Pas que féminin mais en grande partie.

Quand vous parlez de rapport social, qui n’est pas votre truc à la base, vous faites une espèce d’ode aux caissières. Là, il y a un rapport social. Profiter des caissières maintenant, avant qu’elles ne soient remplacées par des machines…

Ouais. Ce n’est pas vraiment ça le message mais on peut dire ça effectivement que malgré, disons, la dureté de la condition, il y a la possibilité d’un rapport humain, qui un jour n’existera plus. C’est plus un rapport poétique sur les caissières et sur les supermarchés. Ce n’est pas un brulot pour dénoncer les supermarchés, même si, je pense, que ce n’est pas des situations normales ni pour la nourriture, ni pour les gens, ni pour rien… Mais je trouve qu’on doit parler de tout et qu’on peut parler de tout dans une chanson.

Parler de tout. Ça tombe bien, vous êtes dans un festival des arts de la parole, vous y êtes déjà venu, il y a de la proximité avec le public, avec vos textes par conséquence. En tant qu’artiste, quel ressenti par rapport à ce type de proposition, comme celle de ce festival rennais ?

J’aime beaucoup ça car, de par l’espace qui est créé, il y a une vraie volonté de rencontre, que les gens se rencontrent. C’est le Magic Mirror, c’est facile de parler à ton voisin, après tout le monde va boire des coups ensemble, c’est extrêmement convivial. Donc ça, c’est assez rare les endroits comme ça. Il y en a quelques uns en France, c’est extrêmement agréable.

Au niveau de la thématique, les arts de la parole. Cette édition, forcément, invite à parler de la liberté d’expression. En regardant votre carrière, dans vos textes et votre musique, vous parlez de liberté d’expression ou de liberté artistique globale ?

De liberté tout court. La liberté pour moi, c’est de ne pas être enfermé dans une identité. C’est se rendre compte que l’on peut être plusieurs personnes à la fois, ne pas avoir honte de soi, ne pas trop se limiter, s’auto-limiter, ne pas faire trop attention au regard des autres. La liberté, c’est quelque chose d’intime, que l’on a en soi et qui est important de développer. Ce n’est pas forcément dans les grandes déclarations. Encore une fois, pour moi, c’est plutôt dans l’intime que ça se joue.

Dans cet album, on voit beaucoup de liberté, de chaleur humaine, de soleil dedans justement, de joyeusetés intérieures, qui se voient à l’extérieur. On parle de libération de votre voix. Est-ce que vous atteignez le chemin de cette liberté dont vous parlez tant ? Est-ce qu’avec cet album, vous décollez ?

Le disque, je ne sais pas, parce que j’ai toujours l’impression de rater complètement mes disques donc je fais toujours une dépression après (Rires). Je ne sais donc pas si c’est vraiment la liberté mais par contre sur scène, je me sens complètement relié aux gens, sans trop de barrières. Cœur à cœur. Ça danse, ça parle, ça rêve… Je dois constater que c’est vraiment les femmes qui s’amusent le plus dans un concert. Qui ont vraiment une capacité de se lâcher, de se donner du plaisir avec la musique, qui pour nous quand on est sur scène est indispensable ! Quand tu vois une ou deux filles qui s’éclatent, c’est bon, ça nous permet d’être dans la musique. Si tu n’as que des mecs devant toi qui font la gueule, c’est plus difficile de rentrer dans le son. Je ne suis pas du tout anti mecs mais on a toujours besoin de filles, quelque soit leur âge, leur beauté, peu importe… Faut juste qu’on sente qu’elles soient dans la musique. C’est ça qui change la vibration d’un concert.

Merci beaucoup Arthur H.

Merci à vous.

DR

Mythos 2015 : Les femmes (minoritaires) prennent la parole !

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Rennes
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Cette année, les femmes se font discrètes dans la programmation. Toutefois, l’engagement des artistes présentes, et leur volonté de prendre la parole et raconter, n’en est pas amoindri. Gagnez vos places ici !
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Du 7 au 12 avril, le festival des arts de la parole Mythos reprend ses quartiers dans la capitale bretonne et sa métropole. Dix places vous sont offertes ici pour assister à des spectacles créés par des artistes féminines engagées et expressives.

Cette année, les femmes se font discrètes dans la programmation de Mythos. Toutefois, l’engagement des artistes présentes n’en est pas amoindri, et elles démontrent leur volonté de prendre la parole et de raconter, que ce soit dans « Please, continue (Hamlet) » de Yan Duyvendak & Roger Bernat, dans « Le grand frisson » de la compagnie des Femmes à barbe ou encore dans « Les résidents » d’Emmanuelle Hiron.

PLACES À GAGNER

• Décris-Ravage, d’Adeline Rosenstein : 4 places

Adeline Rosenstein attise déjà toutes les curiosités avec son théâtre documentaire, « Décris-Ravage », qui mêle témoignages d’artistes occidentaux ayant vécu en Israël ou en Palestine à des pièces de théâtre historiques traitant des mêmes événements. C’est avec originalité, espièglerie et humour qu’Adeline Rosenstein s’empare du sujet du conflit israélo-palestinien pour poser le débat, sans jamais éviter les questions inconfortables, les tensions.

2 places à gagner pour la représentation du mercredi 8 avril, 18h, au théâtre de la Parcheminerie, Rennes
2 places à gagner pour la représentation du jeudi 9 avril, 20h30, au théâtre de la Parcheminerie, Rennes.

• Voyage extra-ordinaire, de La grosse situation : 2 places

Le trio de La grosse situation propose une déambulation imaginaire à l’occasion d’une représentation unique de « Voyage extra-ordinaire ». Alice Fahrenkrug, Bénédicte Chevallereau et Cécile Delhommeau sont définies comme comédiennes, auteures, metteures en scène, escaladeuses, botanistes, raconteuses d’histoire, chanteuses d’occasion, bricoleuses du quotidien et exploratrices chevronnées. Rien que ça. Ou tout ça pour emmener un groupe de volontaires dans un voyage vers l’imprévu.

2 places à gagner pour la représentation du jeudi 9 avril, 21h, au Campement Dromesko, St-Jacques-de-la-Lande.

• Sianna (+ Set&Match) : 2 places

Déjà repérée lors de Bars en Trans en décembre dernier, Sianna est une révélation sur la scène rap. Ses inspirations sont variées : du r’n’b au rap français en passant par la soul et le blues afro-américain, la jeune artistes livre ses rimes avec énergie et dynamisme. Habituée à partager la scène avec d’autres artistes urbains, la rappeuse se présentera seule devant le public de Mythos et promet une explosion d’émotions.

Ce soir-là, elle partagera non pas la scène mais l’affiche avec le groupe r’n’b Set&Match, au ton décalé et raffiné.

2 places à gagner pour le concert du vendredi 10 avril, 20h30, à l’Antipode MJC, Rennes.

• Yael Naïm (+ récit de Nicolas Rey & Mathieu Saïkaly) : 2 places

La réputation de Yael Naïm n’est plus à faire. D’Israël à Paris, ses chansons voyagent au fil des langues et des pays et l’artiste est de celles qui chantent avec insolence et cruauté, de celles qui savent que l’art n’a pas grand chose à voir avec la politesse. Avec son compagnon, David Donatien, qui signe les arrangements, ils instaurent une ambiance particulière et entrainent le public dans une sorte de doux rêve dont il est difficile de s’extirper mais agréable de s’y glisser.

Avant le concert, découvrez « Et vivre était sublime », une histoire née de la rencontre entre deux hommes et deux univers, l’écrivain Nicolas Rey et le musicien Mathieu Saïkaly.

2 places à gagner pour la soirée récit-concert du vendredi 10 avril, 20h30 (récit) et 22h30 (concert), dans le parc du Thabor, Rennes.

Pour gagner vos places, soyez les premiers à nous contacter à l’adresse redaction@yeggmag.fr, en précisant la représentation qui vous intéresse (avec date et heure).

Merci de nous préciser votre nom, prénom, adresse et mail.

Célian Ramis

Femmes aux TransMusicales 2014 #3

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Parc expo, Rennes
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Moins nombreuses le vendredi 5 décembre, les femmes ont néanmoins défendu avec force leur style et univers musical, dans le Hall 8 du Parc expo.
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Au synthé dans Grand Blanc ou au chant dans Metà Metà , c’est dans le Hall 8 ce vendredi 5 décembre que se sont faites entendre les femmes, hélas bien minoritaires au Parc expo.

 
21h45 – GRAND BLANC – FROIDEUR ADDICTIVE

 

 

 

À peine installés, ils instaurent déjà un climat de tension dans le Hall 8. Les musiciens de Grand Blanc imposent à vitesse éclair leur univers fortement inspiré par le rock new wave des années 80. En référence, on les classe sur les traces de Joy Division mais dans la langue de Bashung et de Ferré.

Des influences qui ravissent les festivaliers qui fourmillent dans la fosse, en direction de la scène, comme attirés par la lumière. Grand Blanc a ce pouvoir d’envoûter les esprits et d’envahir les corps pour les figer, curieux de l’expérience en cours. Dégré 0 commence, la voix de Camille, également aux claviers, brise les sonorités électro et entame une chanson qui résonne comme une ode à un mal-être profond avide de torpeur.

Et c’est pour conjurer le sort et éviter la léthargie que ce nouveau groupe français prend la scène jusqu’à la posséder en l’enrobant d’une atmosphère froide et angoissante. La formation musicale joue avec les rythmes entre calme déstabilisant et accélérations brutales en réussissant à surprendre le public qui attend l’explosion des notes et qui reste en attente de sensations fortes.

« On va vous jouer un morceau qui parle de notre adolescence, de notre nullité au football et de comment on essaye de se construire… Je parle de ça parce que je crois que Rennes joue ce soir non ? », lance le chanteur. Derrière le trait d’humour, la voix tremblotante laisse apparaître la sensibilité du chanteur. Un écorché vif dans la retenue.

Il alterne le chant avec Camille, dont la voix rappelle fatalement les années 80, épousant le style vestimentaire Madonna de cette époque – ou Olivia Newton John à la fin de Grease – et tous les deux apportent un sentiment d’urgence, de précipitation sans pourtant nous saisir les entrailles. Peut-être pas encore assez abouti, on ne doute pas que Grand Blanc saura évoluer dans les eaux troubles du rock français.

 

 

 
23h20 – METÀ METÀ – MOUVANCE JAZZY

 

 

 

 

Dès la première chanson, le hall se remplit de convivialité et de chaleur. Les lumières blanches, électrisantes de Grand Blanc ont laissé la place à des lumières rouges orangées. Guitare, basse et batterie révèlent immédiatement leur puissance et la chanteuse vient y mêler son énergie vocale pour un ensemble dynamique et rafraichissant.

Les compositions très instrumentales, portées par le saxophone, nous transportent directement dans une ambiance de club. Dans un lieu intimiste, confiné. Pour mieux en exploser les murs et les frontières puisque les brésiliens de Sao Paulo sont des génies du brassage musical et culturel. Les sonorités latinos rencontrent ainsi le chant et les rythmes du Candomblé, une religion afro-brésilienne.

La samba prend des airs psychédéliques, le jazz s’enivre et flirte avec l’afro-punk dans un mélange délirant et entrainant qui laisse présager une sorte d’urgence, de précipitation, mêlée  aux chants traditionnellement adressés aux divinités. Le côté folklorique invite à une danse conviviale et festive tandis que les inspirations de rock tendu lacèrent nos entrailles. 

Les musiciens dégagent une belle énergie et transmettent inéluctablement leur passion transpirante pour le live et cet univers imaginaire et neuf. Avec Metà Métà, pas question de rester passif. On est tout le temps pris dans le mouvement. Tourbillon de fraicheur sur la scène musicale brésilienne, il ravit les spectateurs venus puiser dans les découvertes de cette édition TransMusicales.

Célian Ramis

Femmes aux TransMusicales 2014 #2

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Parc expo, Rennes
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Première soirée réussie pour les TransMusicales au parc expo de Rennes, ce jeudi 4 décembre. Les quatre groupes féminins ont fait exploser la scène du Hall 3.
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Ce jeudi 4 décembre, les groupes féminins se sont succédés dans le Hall 3 du parc expo de Rennes. Tous les quatre ont marqué la scène des TransMusicales de par leurs empreintes singulières.

 
21h30 - COURTNEY BARNETT – ROCKEUSE DÉSINVOLTE

 

 

La chanteuse/guitariste et ses 3 musiciens s’installent et révèlent dès la première chanson un son très empreint de garage rock. La musique et la manière de chanter rappellent instantanément Hole, les distorsions en moins et des cachets de valium en plus. Dr Martens au pied, pantalon noir serré, chemise large à pois et attitude désinvolte, la jeune australienne s’aligne dans la grande tradition du « slacker rock ».

Au fil du set, les influences folk croisent celles du garage grunge, Courtney Barnett ayant évolué plusieurs années dans deux groupes, garage d’un côté et psyché/country de l’autre. En 2012, elle lance son propre label Milk ! Records et sort son 1er EP, I’ve got a friend called Emily Ferris. Puis un 2e, How to carve a carrot into a rose. Pour finalement les combiner dans The double EP : a sea of split peas, en 2013.

Les paroles de ses chansons marquent les esprits comme dans « Avant Gardener », dans laquelle elle raconte son choc anaphylactique et sa piqure d’adrénaline. Celle qui se décrit de manière humoristique comme une Lena Dunham musicale aborde également sa relation avec la chanteuse australienne Jen Cloher, avec qui elle a joué quelques temps, et parle librement de masturbation.

Après quelques morceaux folk/rock aux effets acoustiques, le groupe repart sur des notes carrément plus rock au style des années 90. Le public est à bloc. À l’aide de la basse, de la batterie et de deux guitares, les quatre musiciens font monter l’intensité avec de l’instrumental pur, tirant vers le punk rock.

Courtney Barnett bouge nonchalamment son corps en secouant ses cheveux avant de soudainement se tourner vers le batteur et de le rejoindre sur son carré installé légèrement en hauteur. Animés par l’attitude rock de la chanteuse-auteure-compositeure, les festivaliers se déchainent face aux musiciens qui prennent leur pied à balancer les notes brutes. « Merci d’avoir écouté la musique plutôt que de taper dans les mains », crie la chanteuse avant de conclure sur des crissements de guitare qui font durer notre plaisir.

 

 

 

 

23h20 - KATE TEMPEST – RAPPEUSE THÉÂTRALE

 

 

 

Si on ne change pas de hall après Courtney Barnett, on change en revanche radicalement de style avec la britannique Kate Tempest. À son arrivée, les cris et applaudissements  cessent instantanément dès lors qu’elle prend le micro et se lance dans une performance technique stupéfiante.

Son débit de parole, qui provoque en nous un sentiment d’urgence tout en nous figeant de longues secondes durant, est impressionnant, et son phrasé parfaitement articulé. La rappeuse anglaise n’est pas là depuis plusieurs minutes qu’elle met tout le monde d’accord. Le cul scotché au Hall 3, le public des Trans prend une claque.

« Je voudrais pouvoir faire tout ça en français. Je ne peux pas. Je suis désolée, très désolée », annonce-t-elle d’emblée. Il y a une force combattive dans sa voix, dans sa manière d’interpréter sa musique.

Renforcée par les sonorités électro, produites instrumentalement sur scène par ses musiciens, et par l’appui vocal de la choriste hip-hop, l’énergie circule et se diffuse aussi vite que les mots qui sortent de sa bouche.

Et quand elle s’arrête, c’est pour laisser les gros sons trip hop envahir et saisir nos entrailles. La poétesse, reconnue pour son talent d’écriture qui lui vaut d’être qualifiée d’un des plus grands talents actuels, manie l’art de faire passer des émotions.

Les sonorités parfois énigmatiques qui nous plongent dans une atmosphère angoissante viennent contrecarrer son chanté viscéral qu’elle renvoie pourtant avec légèreté et bonne humeur.

On aime sa façon de raconter des histoires, sans en comprendre la finesse des mots qu’elle aligne à vitesse éclair. Elle maitrise les rythmes, pose parfaitement sa voix pour nous captiver et capter notre attention et joue de toute sa théâtralité, un art pour lequel elle est également salué en Angleterre. « Vous êtes putain de brillants ! C’était magique. Vous êtes putain de géniaux. Merci pour la soirée », lâche-t-elle avec émotion, à l’image de son concert.

 

 
 
00h50 – A-WA – TRIO ENVOÛTANT

 

 

 

Les trois chanteuses figurent en ligne sur le devant de la scène. Elles sont sœurs. Tair, Liron et Tagel Haim sont au centre du groupe A-Wa (prononcer Ay-Wa), venu d’Israël. Elles chantent dans un dialecte arabo-yéménite des chansons issues de la tradition orale, enregistrées dans les années 60 par les chanteur-auteur-compositeur yéménite Shlomo Moga’a.

Amour et protestations féminines, le trio joue le contraste de profondeur et légèreté dans des chants qui résonnent à travers leurs voix unies. Ces dernières percent les murs du Hall 3 pour se briser au loin, accompagnées par les notes et rythmes entrainants des guitares, de la basse et de la batterie.

Leur premier album, qui devrait arriver prochainement, produit par Tomer Yosef, Israélien vivant à New-York, propose une approche moderne des chansons folk yéménites mixé à de l’électro dance.

L’ensemble produit une sensation de fraicheur groovy qui séduit les spectateurs-trices, se laissant entrainer dans des pas de danse, au rythme des instruments et des voix parfois a cappella, parfois en chœur. Radieuses, les trois femmes partagent leur musique à la fois ensoleillée et tortueuse avec un élégant brin de retenue.

Là encore, une belle énergie se dégage de cette formation originale. Elles mêlent au fil du concert percussions, sollicitations du public et violon, le temps d’une chanson à chaque fois. Juste le temps de tisser une relation avec leur auditoire, qui s’affine avec les minutes tardives qui défilent, et de nous plonger dans une ambiance intimiste.

La force des voix épouse la fragilité qui émane des textes et nous invite à l’évasion. « Nous allons vous chanter une chanson d’amour yéménite qui parle de la façon dont l’amour peut vous consumer de l’intérieur », explique une des chanteuses. Si certains rêvassent debout, d’autres dansent à n’en plus finir en investissant l’espace qui se libère au fur et à mesure.

 

 
2h20 – MOLOTOV JUKEBOX – COCKTAIL EXCENTRIQUE

 

 

 

 

« J’ai découvert ce groupe il y a 2 ans. Ils devaient venir l’an dernier mais bon la chanteuse s’est fait mal… Aujourd’hui, ils sont là, c’est Molotov Jukebox ! », s’écrie Jean-Louis Brossard, co-directeur des TransMusicales en guise d’introduction du groupe, mais également de clôture de cette première soirée au parc expo.

Dès leur arrivée, les membres du groupe débordent d’énergie. Natalia Tena affiche un large sourire qu’elle ne lâchera pas du concert. Accordéon, trompette, violon, batterie et guitare démarrent en trombe pour y faire éclater des sonorités de fanfare de l’Est.

Rien à dire, nous ne sommes pas déçus d’avoir patienter un an de plus pour les découvrir en live.La musique est entrainante, festive, à la limite de l’excentricité.

Les genres se mélangent. Molotov Jukebox, qui vient pour la première fois en France, passe de chansons explosives parlant d’un ancien amant à des chansons jazzy à la James Bond. « On a toujours voulu faire une chanson à la James Bond », déclare le violoniste Sam Apley, sourire en coin. Le début est jazzy, la voix soul.

D’un registre à un autre, l’aisance est la même, l’énergie est semblable. Toujours empreinte de bonne humeur malgré l’heure tardive et le peu de festivaliers restants.

Accordéon accroché aux épaules et robe noire moulante, Natalia Tena, que l’on connaît pour ses rôles dans Harry Potter et Games of throne, déploie la puissance de sa voix qu’elle s’amuse à varier entre ton très nasal et échappées vocales.

Jusqu’à entamer des chansons plus pop rock et même une chanson en hommage à la capitale anglaise, Londres « qui pour sûr est une femme ! » Impossible de ne pas bouger ses pieds et son corps pendant cette dernière heure tant l’énergie impulsée est grande.

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