Célian Ramis

Emma de Caunes construit et déconstruit les Châteaux de sable

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Cinéma Gaumont, Rennes
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Emma de Caunes sera, dès le 1er avril, à l'affiche du film d'Olivier Jahan, Les châteaux de sable. Elle y joue Éléonore, une femme en deuil de son père, déboussolée, amoureuse et en proie à ses peurs de faire un choix.
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 Jeudi 5 mars, l’actrice Emma de Caunes était accompagnée du réalisateur Olivier Jahan afin de présenter leur nouveau film, Les châteaux de sable, en avant-première au cinéma Gaumont de Rennes. Visible en salles dès le 1er avril.

Les châteaux de sable, un titre en référence à la chanson de Brassens, à l’image de quelque chose qui se construit et se déconstruit, à l’enfance. Parce que ce film aborde tous ces points. À travers le personnage principal, interprété par Emma de Caunes, le scénario tisse des situations émotionnellement intenses autour de différents questionnements, notamment l’après-couple, le deuil et la difficulté à faire un choix.

Au départ, l’histoire se veut simple. Éléonore, photographe à Paris, doit se rendre dans les Côtes d’Armor pour y vendre la maison de son père (Alain Chamfort) décédé deux mois auparavant. Elle demande à Samuel (Yannick Renier), son ex-compagnon, de l’emmener. Ils vont partager leur vie à nouveau, le temps d’un week-end. Ni amis, ni ennemis. Ils vont mettre les rancœurs de côté, puis les déballer, s’en libérer, jusqu’à tout presque mettre à plat pour envisager un nouveau départ, ensemble ou séparément.

Olivier Jahan joue subtilement avec les émotions toujours à vif, à fleur de peau, pour maintenir une tension soutenable, et livre ici une vision sans jugements de ses personnages. « À la base, c’est un peu mon histoire. On a tourné dans la maison de mon père, celle dans laquelle il a vécu les dernières années de sa vie. Puis j’ai connu justement les visites pour la vente, l’agent immobilier qui nous parle pendant des plombes de la fosse sceptique… Et il faut se dire qu’il y en a 2 dans la maison ! », plaisante-t-il.

Son film, il en parle avec modestie et fierté. Les yeux brillants, le sourire large et l’envie de transmettre tous les bons moments et souvenirs du tournage rapide et intense. Une aventure à laquelle il a immédiatement convié Emma de Caunes, qu’il connaît bien pour avoir travaillé avec elle à plusieurs reprises.

« Même sans lire le scénario, j’aurais pu lui dire oui, tellement je lui fais confiance. Et je savais qu’il pourrait écrire un rôle quasiment sur mesure pour moi », explique l’actrice.

UN RÔLE SUR MESURE POUR EMMA DE CAUNES

Et ce rôle, elle l’incarne avec une justesse et un naturel qui lui est propre. Puisant dans son vécu pour donner vie à son personnage, elle précise néanmoins, et à juste titre, qu’elle ne ressemble pas à Éléonore. Qu’elle rêvait simplement de cette proposition :

« J’étais tellement contente que l’on me donne un rôle de Femme avec un grand F ! De mon âge ! Éléonore est à une période charnière, elle doit faire un choix, et elle doit avancer. C’est exactement ce dont j’avais envie ! »

Pour l’actrice, le cinéma français n’offre pas suffisamment de rôles aux femmes de 40 ans et plus. Elles sont les femmes de, les personnages secondaires ou les héroïnes de films d’action, en costumes. Trop rare est le visage de la quadra porté au devant de l’écran. Ce phénomène, Emma de Caunes l’interprète de manière personnelle, en fonction de son parcours : « En France, on aime que les gens entrent dans des cadres et y restent. Moi, j’ai un peu brouillé les pistes je pense, en étant comédienne, actrice, djette et en faisant une émission de musique sur Canal +… Et j’ai connu le succès très rapidement et très jeune. Je ne regrette rien mais si je devais refaire certaines choses, je prendrais plus mon temps je pense. Mais chez les de Caunes, on va toujours là où le vent nous porte, on aime faire ce que l'on veut. »

Un point sur lequel elle s’accorde avec Olivier Jahan, absent pendant 15 ans de la réalisation de long-métrage. « J’étais catalogué sélectionneur de la Quinzaine des réalisateurs, et puis j’avais fait un premier film qui n’avait pas trop marché… À une époque, on acceptait que le premier film ne fonctionne pas très bien et on accompagnait les jeunes artistes, maintenant c’est fini. Je suis arrivé à une période où ce n’était plus possible. Donc difficile de faire un deuxième film. », confie-t-il.

UN VOYAGE INITIATIQUE, FÉMININ ET UNIVERSEL

Et à force de persévérance, et un coup de folie qui a transformé une partie de son histoire en un film, Les châteaux de sable éclosent et nous délivrent un instant de vie soigneusement pensé. D’une histoire banale, on passe à un voyage initiatique original -  « couillu et moderne » aussi nous dira Emma de Caunes en rigolant - grâce à l’apport de la narration en voix off. Un procédé qui nous emmène dans les souvenirs des personnages, qui nous renseigne sur qui ils sont et surtout qui nous accompagne dans les différentes réflexions. En laissant le soin aux spectateurs-trices d’interpréter les diverses réactions, et de s’approprier leurs émotions.

C’est ça la force du film. Apporter des pistes de réflexion sans se noyer dans des vérités absolues, banales et dangereuses. Simplement montrer cette femme adulte, déboussolée, qui vient de perdre son père, qui doit vendre la maison familiale. Encore séduite par cette Éléonore qui fait sens en tant que personnage féminin, qui interroge la place d’une femme dans son évolution, mais en tant également que personnage universel, Emma de Caunes s’enthousiasme :

« Elle est magnifique ! Au début du film, c’est une petite fille qui perd son papa et elle termine en étant grandie. Elle a fait un choix et elle avance. »

Le film aborde les difficultés relationnelles père-fille et homme-femme sans lourdeurs et sans superflu. Le talent de ce film, que l’on doit aux acteurs mais aussi au réalisateur et aux scénaristes, réside aussi dans la capacité à garder l’histoire légère tout en partageant des émotions brutes, sans viser l’apaisement que l’on finit malgré tout par ressentir.

Pour le réalisateur, « Les châteaux de sable, c’est un couple déconstruit qui va petit à petit se reconstruire ; c’est la mort d’un être aimé ; c’est l’acceptation du deuil ; le choix de rentrer dans l’âge adulte… C’est tout ça à la fois, on a voulu faire plusieurs points d’entrée dans le film. » Fait dans l’urgence, le film progresse pourtant à vitesse modérée, sans prendre de détours dans les actions montrées, mais sans oublier toutefois de nous conter une histoire intelligente et intelligible, ambitieuse et émouvante.

Célian Ramis

Tiens-toi droite : le chaos de la poupée moderne toute option

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Cinéma Gaumont, Rennes
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La réalisatrice Katia Lewkowicz propose, dans Tiens-toi droite, une vision belle et sombre de l'oppression des femmes par les femmes. Rencontre.
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Tiens-toi droite, deuxième long-métrage de Katia Lewkowicz – qui sortira au cinéma le 26 novembre prochain – était présenté en avant-première au Gaumont de Rennes, vendredi 17 octobre. L’occasion de faire le point avec la réalisatrice, accompagnée de l’acteur Michaël Abiteboul, sur la condition féminine, des années 50 à aujourd’hui.

Au départ de l’histoire, 3 femmes : Louise, Lili et Sam, interprétée respectivement par Marina Foïs, Laura Smet et Noémie Lvovsky. Chacune incarne une vie différente. La première quitte le pressing familial pour travailler dans une grande entreprise de fabrication de poupée dans laquelle bosse son amant. La deuxième est Miss Pays Francophones et fait la rencontre d’un riche industriel.

Et la troisième accouche de deux jumeaux qui viennent compléter une famille nombreuse. Ce qui les réunit, c’est leur envie d’évolution, d’accomplissement personnel régi par une oppression des femmes par les femmes. Par leur entourage. Par leur famille. Par elles-mêmes.

Et finalement, la naissance d’un modèle unique caractérisé par toutes les normes, obligations et volontés féminines. Celles-là même qui vont tendre à la disparition des figures masculines qui les entourent. Dans un rythme effréné, dans la palpitation émotionnelle et dans une dynamique tendue, la réalisatrice Katia Lewkowicz déclenche aux spectateurs-trices un sentiment de suffocation dans une ambiance de chaos, qui lui est propre et chère, et que l’on retrouve dans son premier long-métrage Pourquoi tu pleures ? avec Benjamin Biolay, Emmanuelle Devos, Sarah Adler et Valérie Donzelli.

Dans ce deuxième opus, elle souhaite dresser une mosaïque des femmes, en multipliant les points de vue et les regards. Partie de l’image publicitaire des femmes dans les années 50 – « celle de la femme avec son gigot » – elle a alors observé la place que l’on donne aujourd’hui aux personnages de sexe féminin :

« Elles sont toujours pressées dans les pubs, elles courent partout ! Car elles doivent aller préparer le diner pour les enfants et parce qu’elles doivent en même temps se préparer pour aller diner avec leur amoureux… Les femmes ne sont devenues qu’une ! »
Katia Lewkowciz, réalisatrice et actrice.

La réalisatrice s’interroge alors sur l’évolution naturelle – ou pas – de ces dernières. Le constat n’est pas surprenant : deuil permanent d’une partie de nous même et culpabilité. « On ne sait pas d’où elle vient… Mais elle est typiquement féminine. Quand on regarde de près, on s’aperçoit par exemple que dans l’Histoire, à l’école, on apprend que tous les sauveurs sont des hommes. », explique-t-elle. La société est régie de règles que l’on transmet et véhicule de génération en génération, sans se poser de question, selon Katia.

« On avance sans savoir où on va. Je suis une fille de la ville et j’ai tout le temps la sensation de « faut y aller ! » Et au bout d’un moment, on se demande : « Mais quand est-ce que j’ai décidé de faire ci ou ça ? » », ajoute-t-elle.

Tiens-toi droite, expression au sens beau et noble qui cristallise le poids de l’héritage féminin, est retenue en titre du film au montage seulement. La réalisatrice ayant initialement choisi « État de femmes », pour souligner l’effet de catalogue. « Ce film ne donne pas la vérité car il n’y a pas qu’une seule vérité. On est plein de bouts, plein de points de vue. En voyant ce film, j’espère que le spectateur se dira « Là, je peux agir comme ci ou comme ça c’est vrai ! », ça peut commencer par des petites choses qui nous amènent à trouver des solutions concrètes. », imagine la réalisatrice qui conçoit le 7ème art comme un élévateur de conscience, qui ne peut fonctionner que sur la complémentarité du produit et du public. « Je fais une partie du chemin, j’espère que les spectateurs feront l’autre », précise-t-elle.

POUPÉES TOUTE OPTION

Dans le film, pas de réponse pré-fabriquée, simplement un constat tissé autour d’un fil rouge qui réunira les 3 actrices sur la fin du film, celui d’une innovation : lancer une nouvelle poupée, plus proche des caractéristiques modernes de la femme. Et ce fil rouge pousse à la réflexion – la réalisatrice niant pourtant le désir d’intellectualiser son questionnement qu’elle définit non pas comme tel mais comme un constat – autour de cet objet d’admiration : est-ce la poupée qui s’adapte à la femme ou est-ce l’inverse ? Et si le personnage de Marina Foïs donnera son avis lors de la scène finale, pour Katia Lewkowicz, la fin s’interprète différemment :

« On essaye toutes de ressembler au modèle de la poupée. On termine sur la conclusion qu’il y a encore du travail. Et Louise s’en aperçoit, on imagine une réaction de sa part… Qu’elle ne nous donne pas, mais que j’imagine tellement que je le vois ! »
Katia Lewkowicz, fascinée par ses personnages.

Car, pour elle, l’important réside dans le chemin. Le chemin de l’évolution mais également le chemin des 3 femmes qui vont finir par se rencontrer, se juxtaposer. « J’ai voulu représenter la Maternité, le Travail et la Féminité, qui sont les figures les plus connues, les plus représentées. En y ajoutant la garantie de la sœur, de la nounou, etc. (D’autres personnages satellites incarnent diverses facettes de la Femme, ndlr) Et après, ce sont les actrices et acteurs qui ont apporté le reste avec leurs corps, leurs voix… Je laissais tourner la caméra pour capter les instants les plus naturels, ceux où le corps réagit de lui-même. », raconte-t-elle.

Et c’est cette manière de travailler qui a séduit Michaël Abiteboul, qui dans le film incarne le mari de Sam (Noémie Lvovsky). Pour lui, rien de plus agréable que « de s’abandonner et d’oublier que l’on joue ! J’avais très envie de tourner avec Katia et j’ai été embarqué par le scénario. »

Pourtant, à l’écran, l’acteur doit s’effacer, disparaître écraser par sa conjointe qui s’émancipe, obnubilée par son besoin d’indépendance. « Ce n’est pas désagréable de disparaître de l’écran, dit-il en souriant. C’est très intéressant ! Surtout que j’étais le seul mec dans le décor. Mais j’étais bien. Je sortais d’un film où on était dans les tranchées, qu’avec des gars et de la boue. Alors là, ça me paraissait extrêmement doux. »

L’apaisement décrit pourrait alors faire l’objet d’une seconde lecture de l’œuvre de Katia Lewkowicz qui apparaît pourtant d’une violence inouïe. Un joyeux chaos, comme elle le définit, mais qui arbore des airs de peinture sociale brutale qui prend les tripes et qui laisse entrevoir une noirceur angoissante, parmi laquelle elle dissémine des scènes ludiques de comédie venues alléger et soulager ces réalités.

La crise identitaire liée à la condition féminine tourbillonne autour de ce film et s’abat sur les spectateurs-trices dans un fracas silencieux. Chacun serre les dents, comme un miroir de ce qui transparait à l’écran. Mais de Tiens-toi droite se dégage également une grande beauté. Celle qui inspire l’envie de marcher aux côtés de ces femmes combattantes et déterminées à se trouver et à trouver une place dans la société. La poupée moderne sera-t-elle donc toute option, « avec musculation du périnée ! » incluse ? Ou ce modèle unique sera-t-il amené à disparaître

Célian Ramis

Alexandre Arcady, derrière les yeux d'une mère

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Rennes
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Jeudi 6 mars, le réalisateur Alexandre Arcady était de passage à Rennes pour présenter son nouveau film, 24 jours, dont la sortie au cinéma est prévue le 30 avril. Le film revient sur l’enlèvement et la mort d’Ilan Halimi, en 2006.
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Jeudi 6 mars, le réalisateur Alexandre Arcady était de passage à Rennes pour présenter son nouveau film, 24 jours, dont la sortie au cinéma est prévue le 30 avril. Le film revient sur l’enlèvement et la mort d’Ilan Halimi, en 2006.

« C’est un événement qui a bousculé la France. C’était impensable à l’époque. Tous les citoyens ont été choqués, décontenancés face à cette abomination ». Cette abomination que décrit ici Alexandre Arcady se produit le 20 janvier 2006. Emma, une inconnue qu’Ilan a rencontré dans le magasin pour lequel il travaille, lui propose un rendez-vous dans un bar ce soir-là.

Elle sert d’appât. Il sera enlevé, séquestré et torturé pendant 24 jours, avant d’être brûlé et relâché pour finalement être retrouvé inconscient à Sainte-Geneviève-sous-Bois (dans l’Essonne). Il décède le 13 février, de faim et de froid. « On connaissait l’histoire. Avec la fiction, on passe par le cœur. La fiction est un chemin important pour sensibiliser les cœurs et nos concitoyens », déclare Alexandre Arcady.

Et pour traiter ce fait divers, il a « volontairement choisi d’être du côté de cette famille, modeste, qui vit normalement », en s’inspirant du livre 24 jours : la vérité sur la mort d’Ilan Halimi, écrit par Ruth Halimi, sa mère – interprétée à merveille par Zabou Breitman – et Emilie Frèche, écrivain. « En étant derrière la mère, et derrière la police, j’emmène le spectateur dans la famille », précise-t-il.

Pendant presque 2 heures, le réalisateur nous plonge dans le cauchemar traversé par les parents, les sœurs et l’entourage d’Ilan Halimi durant ces trois semaines de février 2006. Les spectateurs suivent alors l’enquête menée par les équipes du quai d’Orsay sur les traces de ceux qui seront nommés sous « le gang des barbares », décrit dans le film comme une bande de « bras cassés des cités », animée par l’appât du gain financier et dirigée par Youssouf Fofana alias Django, arrêté le 20 février à Abidjan, en Côte d’Ivoire puis extradé vers la France pour y être jugé et incarcéré.

En mars de la même année, le tribunal reconnaît officiellement la circonstance aggravante d’antisémitisme. Dans son livre, Ruth Halimi explique – elle le dira notamment à la radio face à Marc-Olivier Fogiel – qu’elle souhaite « que la mort d’Ilan serve à donner l’alerte ». Un objectif que le réalisateur rejoint : « il n’est pas question de révisionnisme ou de refaire l’histoire. Il s’agit là de la description d’une réalité terrible et d’une sonnette d’alarme qu’il faut tirer ». Son choix se porte alors sur l’histoire d’une mère « qui va vivre 24 jours comme n’importe quelle mère peut vivre la disparition, de manière aussi abjecte, de son enfant ».

À la sortie de la projection, les réactions sont vives, partagées ou encore sceptiques. Le sujet est sensible, ne laisse pas insensible mais se heurte à la question de l’intérêt servi ici : y voir un acte antisémite pur ou un acte de barbarie qui se chargera par la suite de circonstances aggravantes liées au crime antisémite. Derrière cette piqûre de rappel, peut-on y voir simplement un film bien réalisé, ultra-réaliste et subtilement porté par la force du jeu de ses acteurs (Jacques Gamblin, Pascal Elbé, Zabou Breitman, Sylvie Testud,…) ?

Célian Ramis

Le beau regard de Nicole Garcia

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C’est ce mercredi que sort le nouveau film de Nicole Garcia, Un beau dimanche. La réalisatrice, accompagnée de Louise Bourgoin et Pierre Rochefort, était à Rennes pour l'avant-première.
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C’est ce mercredi que sort le nouveau film de Nicole Garcia, Un beau dimanche. La réalisatrice, accompagnée de Louise Bourgoin et Pierre Rochefort, était à Rennes vendredi 31 janvier pour présenter cette œuvre en avant-première au cinéma Gaumont.

« Le film a commencé autour de la personnalité de Pierre Rochefort, explique Nicole Garcia. Sa réserve, sa douceur, son innocence, son côté solitaire mais aussi aventureux, ses contradictions. Il m’a inspiré le personnage de Baptiste ». Baptiste est un instit’ remplaçant qui ne reste jamais très longtemps au même poste. En contrat dans le sud de la France, il se retrouve à s’occuper d’un enfant lors du week-end de Pentecôte et rencontre Sandra, la maman de Mathias, saisonnière dans un restaurant à Montpellier.

« C’est la première fois que je place, de manière aussi décisive, l’amour au centre d’un de mes films », déclare Nicole Garcia. Un film qui démarre autour d’une équation simple : « lui, elle et un enfant qui les relie ».

Les personnages sont symboliques des œuvres de Nicole Garcia. Endormis au départ, ils se relèvent et se révèlent. Baptiste est discret, réservé, il cultive une part de mystère. Sandra rêve de sortir de sa situation précaire. « Il va dire non à son héritage, il a besoin de rupture avec sa famille qui vient d’un autre milieu. Et elle, elle veut s’en sortir par elle-même, elle vit sa vie avec son temps et son époque », explique la réalisatrice de L’adversaire. Il y a en eux des enjeux existentiels, un besoin de délivrance de chaque côté.

Que ce soit l’envie de fuir ses origines ou fuir les difficultés financières. Nicole Garcia capte les spectateurs à travers le réalisme de l’histoire ancrée dans un contexte social lourd dans lequel elle oppose les milieux sociaux, brise les préjugés et pose un regard assez juste. Elle saisit également les forces et les contrastes des acteurs qu’elle fait jouer. « J’ai été vraiment touchée qu’elle m’imagine ailleurs, dans un autre registre et qu’elle me fasse confiance pour être à l’aise dans la mélancolie, dans un jeu plus contenu », déclare Louise Bourgoin.

Pour la rennaise, il va sans dire qu’elle a interprété dans ce film son plus beau rôle : « Ce ne sera jamais un film de plus, et je serais certainement plus exigeante à partir de maintenant dans le choix de mes rôles ». Touchée par le personnage de Sandra, sa force, sa volonté de s’en sortir, sa tolérance et sa bienveillance, Louise Bourgoin dévoile une certaine fierté d’appartenir désormais à la famille des personnages de Nicole Garcia (dans laquelle figurent Daniel Auteuil, Jean Dujardin, Gérard Lanvin, Marie-Josée Croze ou encore Vincent Lindon pour n’en citer que quelques uns), qu’elle définit comme des « personnages riches aux mondes intérieurs très développés ».

Il en va de même pour le fils de la réalisatrice, Pierre Rochefort : « Nicole Garcia a puisé dans les forces de ma vie mais a aussi trouvé d’autres couleurs en moi. Dans le film, Baptiste se raccroche à ses valeurs, à son plaisir d’instit’, il finit par trouver son rythme et son véritable plaisir ».

Célian Ramis

Karin Viard, mise à nue

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L’actrice de Délicatessen endosse le rôle de Lulu dans le nouveau film de Solveig Anspach, Lulu femme nue. Karin Viard était à Rennes mardi 7 janvier pour l’avant-première, qui s’est déroulée au cinéma Gaumont.
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L’actrice de Délicatessen endosse le rôle de Lulu dans le nouveau film de Solveig Anspach, Lulu femme nue. Karin Viard était à Rennes mardi 7 janvier pour l’avant-première, qui s’est déroulée au cinéma Gaumont.

Lulu femme nue, c’est à première vue l’histoire banale d’une mère de trois enfants qui va passer un entretien d’embauche pour trouver du travail. Mais voilà, tout ne va pas se dérouler comme prévu. Si Lulu est pleine de motivation et bien décidée à travailler, cet entretien va être un élément déclencheur dans son quotidien.

Elle ne va pas rentrer chez elle et décider de s’octroyer quelques jours loin de la pression familiale. Solveig Anspach nous propose une tranche de vie qui prend des allures de parenthèse dans le quotidien de Lulu. Karin Viard nous transporte à l’intérieur même de ce personnage en quête de liberté et désireuse de retrouver la femme qu’elle est.

Sans artifices, le film nous offre un bel instant de vie, entremêlé de douceur, de violences psychologiques et de force. « Quand Solveig est venue me voir avec la BD (le film est l’adaptation de la bande dessinée d’Etienne Davodeau, ndlr), j’ai tout de suite aimé cette femme qui décide de partir et qui ne veut pas rentrer tout de suite », explique l’actrice principale.

Pour Karin Viard, si quitter le domicile conjugal et familial peut sembler encore tabou et mal vu, elle avoue « n’avoir aucune moralité » dans les rôles qu’elle joue : « Je pourrais jouer une mère infanticide, ça ne me dérangerais pas ». Quand elle parle de Lulu, elle incarne cette femme qui « a peut-être pris une voie de garage, qui doit arrêter de penser aux autres et s’interroger sur son désir ». Partir quelques jours ? « Ce n’est pas grave ! Même si c’est des semaines, merde ! » Pour l’interprétation, l’actrice veut comprendre son personnage de l’intérieur et se base sur une indication, notée dans le scénario : « Elle se colore petit à petit ».

Un tableau en noir et blanc qui prend ses couleurs au fil du temps. Et c’est ce que nous montre et nous fait ressentir Karin Viard : une femme qui se rencontre, prend confiance et s’affirme « avec toute l’audace des plus grands timides ». Lulu femme nue, c’est aussi une histoire de sexualité retrouvée, de sensualité, de confiance et de liberté. Des sentiments inspirés par l’actrice au regard du film. Une Lulu qui avance, évolue et s’enrichit au travers des rencontres qu’elle fait lors de son séjour. Et en face de Karin Viard, de grands acteurs : Bouli Lanners, Claude Gensac, Corinne Masiero pour n’en citer que quelques uns, qui donnent des couleurs incroyablement belles et douces à cette nouvelle œuvre de Solveig Anspach.

Célian Ramis

De Barcelone à New-York, Cédric Klapisch passe par Rennes

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Casse-tête chinois, le dernier film de Cédric Klapisch, était présenté en avant-première mardi 18 novembre, au cinéma Gaumont de Rennes, en présence du réalisateur et de celui qui incarne Xavier depuis 11 ans, Romain Duris.
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Casse-tête chinois, le dernier film de Cédric Klapisch, était présenté en avant-première mardi 18 novembre, au cinéma Gaumont de Rennes, en présence du réalisateur et de celui qui incarne Xavier depuis 11 ans, Romain Duris.

« À la fin de L’Auberge espagnole, je ne pensais pas faire de suite. Puis j’ai fait Les poupées russes. Je voulais attendre 10 ans avant le troisième volet, j’ai finalement attendu 8 ans. J’avais besoin de continuer, de faire la suite », explique Cédric Klapisch. La suite des aventures de Xavier, interprété par Romain Duris, qui, de Barcelone à New-York en passant par Saint-Pétersbourg, poursuit sa vie « compliquée », « bordélique ».

Il a maintenant 40 ans, deux enfants, est devenu écrivain et s’installe à New-York, où il est encore une fois confronté à un véritable casse tête chinois. Le réalisateur et l’acteur évoquent tous deux l’âge de la maturité décrit dans Casse-tête chinois, en salles le 4 décembre. À croire que le fameux âge con serait passé…

Autour de Xavier, trois femmes : Wendy, Isabelle et Martine (Kelly Rilley, Audrey Tautou et Cécile de France). « C’était une évidence pour moi de réunir cette bande de 4 avec laquelle il y a un vrai plaisir de jeu », explique le réalisateur. Dans le triptyque, nombreuses sont les personnalités féminines qui gravitent autour du personnage principal. « À 20 ans, on est très entouré de la gente féminine, à 40, on est avec sa femme et sa bande d’amis rétrécit. C’est toute l’histoire du cercle familial », précise-t-il. Une volonté très marquée de réunir une majorité de personnages féminins qu’il a voulu garder tout en resserrant les liens qui les unissent.

Klapisch souligne également la relation centrale et particulière avec Isabelle : « Xavier la définit constamment comme son pote. Il y a entre eux aussi bien une complicité masculine qu’un rapport étroit avec le monde des femmes ». Dès L’Auberge espagnole, Xavier se lie d’amitié avec Isabelle, une lesbienne belge qui vit sa sexualité sans complexes et sans difficultés, évolue dans sa vie professionnelle – dans le monde de la finance – et fonce droit devant. Elle représente alors les bons côtés des relations entre hommes et femmes, et c’est sur ce point que le réalisateur insiste.

Klapisch, entre fiction et réalité

Encore une fois, celui qui a révélé Romain Duris en tant qu’acteur dans Le péril jeune (1994) nous fait voyager à travers le temps et l’espace. Il nous laisse percevoir à travers les différents volets du triptyque son vécu et sa vision du temps qui passe.

En effet, placer l’action au cœur de New-York n’est pas un hasard pour Cédric Klapisch qui y a étudié le cinéma. « J’y ai vécu de 23 à 25 ans et je n’y étais pas retourné depuis. Dans les 8 dernières années, je suis allé 4 fois en Chine et je pensais tourner là-bas. Mais si tourner aux Etats-Unis était compliqué, le faire en Chine l’était encore plus », déclare-t-il. Malgré des techniques de tournage très différentes de celles qu’il maitrise en France, il s’oriente vers la ville cosmopolite dans laquelle « tout le monde est un immigrant, ce qui convient parfaitement au thème de ces gens qui se sont rencontrés en Erasmus ».

Là aussi, Klapisch établit un lien entre la fiction et sa réalité, sa sœur ayant effectué son année d’Erasmus à Barcelone, en colocation avec « cinq étudiants de nationalités différentes, qui parlent chacun une langue étrangère », d’où l’idée initiale de L’Auberge espagnole.

De nombreux ponts s’établissent alors entre le réalisateur, qui semble parler à travers les propos de Xavier (il emploiera à plusieurs reprises la première personne pour évoquer et expliquer l’état d’esprit du personnage principal), et ce dernier, soulignés par une complicité forte entre Cédric Klapisch et Romain Duris. « C’est un travail à part, nous avons commencé ensemble et nous sommes devenus amis. Il n’a plus besoin de terminer ses phrases pour me diriger », commente l’acteur qui a collaboré à 7 reprises avec Klapisch. Si ce dernier parle de troisième et dernier volet de la série, sa proximité avec Xavier nous laisse penser que l’histoire ne cessera pas de si tôt et dépasse largement son existence sur le grand écran.

Célian Ramis

Bertrand Tavernier et les femmes du Quai d'Orsay

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Mardi 8 octobre, le grand réalisateur Bertrand Tavernier présentait son nouveau film Quai d’Orsay en avant-première à Rennes. L’occasion de discuter avec lui, entre autre, des différents personnages féminins qui émergent au sein de cette comédie.
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Mardi 8 octobre, le grand réalisateur Bertrand Tavernier présentait son nouveau film Quai d’Orsay en avant-première à Rennes. L’occasion de discuter avec lui, entre autre, des différents personnages féminins qui émergent au sein de cette comédie.

Quai d’Orsay est une adaptation de la bande-dessinée, de Christophe Blain et Abel Lanzac, du même nom. Bertrand Tavernier y ajoute sa vision personnelle, change l’ordre de certaines scènes, amplifie l’importance du personnage de Marina et apporte quelques nouveaux éléments – tels que la rédaction des questions et des réponses pour les députés à l’Assemblée nationale.

« Mais c’est quand même la réalité », précise le réalisateur du film. La réalité de la vie au sein du cabinet du ministre des Affaires étrangères. Nous suivons les débuts d’Arthur Vlaminck (Raphaël Personnaz), fraichement débarqué au quai d’Orsay en tant que chargé du langage. C’est lui qui rédige les discours du ministre, Alexandre Taillard de Vorms, interprété par Thierry Lhermitte « avec la grâce et la faculté de ne jamais jouer « comique » dans une comédie ».

En effet, celui qui a réalisé Que la fête commence, Le juge et l’assassin, L.627, Holy Lola ou plus récemment La princesse de Montpensier, signe avec brio une comédie (genre peu commun dans la filmographie de l’auteur), à découvrir en salle dès le 6 novembre. Entre la folie, les manies, le comportement obsessionnel, la détermination du ministre – fonction occupée par Dominique de Villepin (2002 – 2004) – et les différents caractères, quelques peu particuliers, des conseillers du cabinet, Arthur va devoir apprendre à composer dans cet univers où tension, exigences et réactivité sont de mises. « Ce qui m’amusait, c’est que dans cette folie qui émane du quai d’Orsay, Alexandre Taillard arrête un génocide en Afrique, résiste aux néo-conservateurs américains et prononce l’un des plus beaux discours des anales de la diplomatie française de ses 20 dernières années », explique Bertrand Tavernier.

Un hommage en opposition au gouvernement actuel « sage, rationnel, certes, mais qui ne traite aucun dossier ». Et au service de cette croustillante adaptation, un casting brillant : entre la majestueuse présence de Thierry Lhermitte, la justesse d’interprétation de Niels Arestrup, la fraicheur du jeu de Raphaël Personnaz, la distribution masculine est riche et imposante.

Quatre femmes sur le podium

Tavernier, qui craignait de restituer un univers trop masculin, met aussi le paquet sur le côté féminin et fait ressortir quatre personnages forts dans le film. D’un côté Marina qui incarne une jeune femme vive, sexy, drôle et surtout « est l’égale de son compagnon, Arthur ». Une scène appuie justement le parallèle entre les deux membres du couple, à travers une cour d’école envahie d’enfants et des couloirs du ministère grouillant de conseillers et de fonctionnaires.

Le réalisateur accorde au personnage d’Anaïs Demoustier une place plus importante que dans la bande dessinée, en lui attribuant un travail d’enseignante et un engagement auprès d’une famille de sans-papiers dont les enfants sont scolarisés dans son école. D’un autre, Valérie, conseillère Afrique au ministère, qui joue la charnelle diplomate plongée dans ce milieu de costards cravates. Sans aucun doute l’atout charme d’un scénario qui ne s’étend pas, à juste titre, sur l’attirance que peut ressentir le jeune Arthur à son contact. La belle Julie Gayet endosse le rôle de « la séductrice habillée en Chantal Thomas et en cuir, qui se révèle salope » mais qui a toujours des propos sensés et intéressants. « Une vraie force », s’exclame Tavernier en parlant de son actrice.

En parallèle de ses deux forces vives, nombreuses sont les employées – secrétaires – noyées dans cet univers viril mais qui n’en demeurent pas moins essentielles à l’appui et à l’efficacité du travail de l’équipe. Deux particulièrement marquent la vie de ce cabinet. L’une, jouée par Marie Bunel, « qui doit en voir de toutes les couleurs avec le ministre qui passe et qui fait valser les dossiers ; je ne sais pas combien de fois elle doit ramasser les feuilles et ranger son bureau ».

L’autre, jouée par Alix Poisson, « qui protège le pauvre Maupas (haut fonctionnaire du quai d’Orsay, ndlr) et qui prend soin de lui comme si elle en était amoureuse », décrit Bertrand Tavernier, qui semble revivre les moments passés en présence des personnages et des actrices. Des rôles féminins secondaires dans le scénario, justifiés par le réalisme de l’histoire, néanmoins très bien servis et signifiés par l’œil critique et avisé du metteur en scène.

Passionné par l’Histoire, le réalisateur nous plonge au cœur des tourments d’un ministère en ébullition permanente. Le spectateur, entrainé dans cette course folle, oscille entre rires et compassion. Entre fiction et réalité, entre histoire politique et histoire des hommes, chacun saura déceler la part de vérité dans les coulisses du pouvoir diplomatique.