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Mythos 2016 : La folie d'un théâtre de science-fiction

Célian Ramis

Le groupe artistique belge Clinic Orgasm Society présentait les 21 et 22 avril, leur nouvelle création Si tu me survis,… au théâtre de l’Aire Libre, à Saint-Jacques-de-la-Lande.

À quoi ressemblerons-nous et dans quel monde vivrons-nous en 2046 ? Cette curiosité pour l’avenir a poussé Ludovic Barth et Mathylde Demarez, à l’initiative et la direction du groupe artistique, à imaginer un spectacle futuriste dans lequel s’alternent les instants entre les projections du futur et les souvenirs du passé.

Les deux comédiens dialoguent, autour de leur propre création Si tu me survis,…, sorte de flash back pour les deux personnages de 2046, qui ne sont autre que leurs propres doubles. En plus âgés. En plus étranges. Avec des voix robotisées. Pris par une manière de terminer le spectacle, les Ludo et Mathylde de 2016 sont ancrés dans leur présent, tandis que leurs alter ego de 30 ans de plus sont hantés par le passé.

À quel point sommes-nous hantés par ces « souvenirs qui sortent tous seuls, comme de l’incontinence » ? Et à quel point avons-nous peur de vieillir, de paraître vieux ? La pièce soulève des questions existentialistes qui peuvent se révéler obsessionnelles chez certaines personnes. Le pari est risqué. Une fenêtre ouverte sur un monde en devenir encore très incertain relève presque de la folie au théâtre.

Ça passe ou ça casse. Là, en l’occurrence, ça casse. Passant d’un monde à un autre dans des scénettes parfois incompréhensibles, la confusion règne parmi les différentes expérimentations trop conceptuelles à notre goût. Si la science fiction se prête au dépassement de l’entendement, le genre est régit par des règles comme celle de rester accessible au-delà d’un cadre basé sur de nombreuses hypothèses et d’un pouvoir délirant d’imagination et d’anticipation.

Ici, l’absurde prend le pas sur l’éventuel effort à intégrer le public dans cette dimension parallèle futuriste. On est sceptiques, on tente de se raccrocher à des éléments simples et identifiables, comme la complicité dans les binômes et l’attachement de l’un à l’autre qui se maintiennent encore 30 ans plus tard. Puis on lâche, l’esprit vagabonde puis sombre dans leur folie un court instant par instinct de survie. Avant de se dire que c’est interminable.

Pourtant, l’idée est séduisante et les acteurs talentueux. Mais la déroute ressentie n’est pas de celle que l’on apprécie tant on sort angoissés de n’avoir pas saisi les ficelles tirées par le groupe artistique. L’émotion ne prend pas. Dans la salle, certain-e-s rigolent. D’autres restent de marbre.