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Mythos 2016 : Road-trip nocturne et coloré avec Minuit

Célian Ramis

Des tenues étincelantes, un groove électro disco et une forte signature années 80, le groupe Minuit a proposé un flash musical ambiancé et enthousiaste dimanche 24 avril, dernier jour du festival Mythos, au Cabaret botanique.

Dès les premiers mots que la chanteuse prononce, elle ne peut tricher sur son héritage familial. Fille de Catherine Ringer et de Fred Chichin, Simone Ringer a développé la même voix et manière de chanter que sa mère. Avec son frère, le guitariste Raoul Chichin, elle monte le groupe Minuit, accompagné de quatre autres musiciens.

Ensemble, ils sortent un EP en septembre 2015, Minuit, dans lequel ils perpétuent le son d’un des couples mythiques du rock français. Mais sans la prétention de reproduire les chansons des Rita Mitsouko. Non.

Malgré le clin d’œil et les influences clairement puisées dans la musique des années 80, le groupe Minuit travaille à son propre grain de folie.

Et de cette époque vieille de 30 ans, ils s’imprègnent des histoires et de la manière de les raconter. Avant chaque chanson, Simone Ringer délivre une phrase, une exergue, poétique qui pose le décor de ce qu’elle va nous conter. L’exil, l’envie d’ailleurs, l’appel des racines, le manque du ciel gris de Paris, les routes, la brume, le vertige…

C’est un road trip musical que nous propose Minuit ce dimanche dans le parc du Thabor. Et si le concert commence à 18h et que le règne du jour ne s’achèvera que quelques heures plus tard, l’ambiance instaurée sous le chapiteau nous fait oublier l’extérieur. On visualise la nuit qui tombe, le champ des possibles qui s’étend à perte de vue devant nous.

À présent, tout est envisageable. On peut passer d’une nuit de défonce avec « Caféine » à une résolution psychique vitale dans « Recule ». La chanteuse conte le quotidien, réaliste ou psychédélique, et nous invite à l’évasion mentale.

Ici, pas de fatalité, pas de noirceur qui assombrit le présent et l’avenir. Mais de l’émotion simple, spontanée, transposée dans une écriture qui nous emporte au cœur de leur univers.

L’instant est agréable. Pas transcendant mais bon. Tout simplement. On se laisse prendre par le déhanché qui nous titille sur les sonorités électro du synthé et les notes aigues des guitares.

Minuit nous emmène dans un road trip non linéaire. On y prend parfois des virages, on y fait parfois des arrêts. On se prend une caisse la veille, et on repart au petit matin, quand le jour commence à peine à se lever. On croise des personnages mythiques comme la sensuellement dangereuse Poison Ivy.

La musique est alors plus lascive, les rythmes lancinants, les accords plus tendus. Une passion électrique, un charme évident. On est séduit-e-s instantanément et pendu-e-s aux lèvres de l’interprète qui se glisse avec talent dans la peau de cette femme fatale. Elle a un côté théâtral, Simone Ringer, une lueur de folie dans le regard. Mais elle aborde sa théâtralité et sa sauvagerie avec justesse, finesse et retenue.

Ce qui lui permet de jouer entre les niveaux de lecture des textes qu’elle dévoile. Une sorte de détachement à la Philippe Katerine se note lorsqu’elle chante sur « le mal de crâne ». L’étincelle Minuit n’est pas encore la flamme Mitsouko mais certains morceaux sont déjà des succès comme « Flash » ou « Caféine », preuves que le groupe s’est imposé sur la nouvelle scène française.

En nous embarquant dans leur périple d’aujourd’hui et d’hier, aussi rock qu’électro pop teinté de disco, Minuit crée l’événement et parcourt surement et sagement son chemin coloré, entrainant et séduisant. On veut entendre davantage de récits, trainer quelques heures de plus avec eux dans les rues parisiennes quand le jour débarque une fraiche journée d’été ou encore croiser d’autres figures mythiques.

Et une dernière figure emblématique d’une époque musicale surgira de leurs instruments pour un hommage à un artiste adulé par le groupe, décédé quelques jours plus tôt : celle de Prince et de son tube « Kiss ». Un clin d’œil qui clôture le concert sur une note emplie d’émotions et de sourires.