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Temps fort : Extrémités, le spectacle qui fait trembler

Célian Ramis

Pour la première soirée de son Temps fort, Ay-Roop accueillait le Cirque Inextremiste, jeudi 28 mars, au théâtre du Vieux Saint-Etienne, pour présenter Extrémités, un spectacle bondissant.

On pourrait penser que le trio du Cirque Inextremiste est complètement barjo. Et on n’aurait pas forcément tort. Jeudi dernier, dans l’imposant théâtre du Vieux Saint-Etienne, les trois circassiens ont joué avec les nerfs des spectateurs, prévenus au préalable que les personnes présentant des risques cardiaques étaient invitées à quitter la salle.

La scène est vide. Dans le fond de la salle, plusieurs planches de bois et des bouteilles de gaz orange. Un des artistes, en fauteuil roulant depuis un accident de trapèze, entre et s’installe sur une planche, posée au sol. Il appelle à l’aide.

Ses deux compagnons vont alors s’en donner à cœur joie en le malmenant tour à tour, en lui piquant ses objets et sa chaussure, qu’ils se feront un plaisir de lancer à plusieurs reprises dans le public. Après quelques minutes de jeu expressément puéril, les choses « sérieuses » commencent. La planche est installée sur une bouteille de gaz. Les deux compagnons d’un côté, le circassien en fauteuil roulant de l’autre.

Avec une difficulté supplémentaire pour ce dernier qui se tient en équilibre sur les roues de son fauteuil. C’est là que le rythme cardiaque des spectateurs s’accélère, les poussant à lancer quelques onomatopées de stupeur et d’angoisse. D’autres bouteilles de gaz et d’autres planches vont se rajouter aux différentes installations mises en place au fur et à mesure du spectacle et plusieurs exercices d’équilibre vont s’enchainer. Le stress règne dans le public, qui retient par moment sa respiration.

Ça se gâte !

Tout est parfaitement maitrisé du côté des artistes qui se lancent dans un jeu jouissif de mimes et de discrimination envers « le plus faible », comme on peut y assister dans une cour de récréation. Tout est parfaitement synchronisé et chorégraphié. Sans pour autant nous offrir un spectacle lisse et dénoué de rebondissements. Le trio est sans cesse en interaction avec le public qui s’amuse aussi à se moquer du circassien handicapé, en s’appliquant à ne pas lui rendre sa chaussure. Jusqu’au moment où cette dernière lui est restituée.

Il se fera alors un malin plaisir à faire venir une jeune femme assise au premier rang sur la scène afin de le rechausser. Mais la supercherie ne s’arrête pas là, puisque la spectatrice est invitée, voire forcée, à exécuter quelques pas de danse avec un des deux compères qui regardait la scène d’un air malicieux. Une petite chorégraphie qui amènera le duo à monter sur la planche. En position de danse de salon, « le bras pas trop rigide et les jambes bien tendues », ils s’apprêtent à bondir dans les airs. La bouteille de gaz, posée à l’horizontal, permet à la planche de faire balançoire.

L’un s’élance d’un côté, le duo décolle de l’autre et vice-versa pendant quelques secondes, ou minutes (la notion de temps étant complètement obsolète à ce moment-là). Des chandelles, un salto arrière (pour l’artiste seul) et encore des chandelles… Une sensation de peur mais aussi une sensation de légèreté et une immense dose d’adrénaline.

Le spectacle s’achève sur une note explosive. Les bouteilles de gaz, groupées, sont mises sur le devant de la scène, l’une d’elles accueillant une mèche, qui sera bien évidemment allumée par le circassien, cigare au bec, qui a relevé son fauteuil de manière à pouvoir se sentir debout. On en ressort les jambes tremblantes, le sourire aux lèvres et des cabrioles incroyables en tête.