YEGG Magazine

Le féminin rennais nouvelle génération

Violence animale dans l'art de la contorsion

Célian Ramis

Dans le cadre du Temps Fort des Arts du cirque, organisé par Ay-Roop, les deux artistes britanniques Iona Kewley et Joseph Quimbly ont livré une performance originale de contorsion accompagnée d’arrangements musicaux progressifs, les 25 et 26 mars au Théâtre du Vieux Saint-Etienne, de Rennes.

Géraldine Werner, co-directrice de la structure “Ay-Roop” a repéré le duo dans le cadre du dispositif Circus Next, dispositif européen de soutien et de repérage dans les Arts du Cirque. Le duo nous livre une performance corporelle et musicale en parfaite harmonie. De là se dégage une série d’émotions viscérales entre la violence à l’état brut, l’animalité et la brutalité, dans un lieu particulièrement bien choisi, le Théâtre de Vieux Saint-Etienne. Un cadre permettant de révéler le duo : la danseuse Iona Kewney se saisit de tout l’espace offert pour l’occuper pleinement, à l’image de l’intensité de l’écho du style électronique progressif utilisé par le musicien Joseph Quimby.

La performance gestuelle de Iona Kewney, femme à la fois féminine, musculaire avec un corps enfantin et sans tabou, est un coup de poing, un combat que la contorsionniste livre contre elle-même et que l’on prend en pleine face.

Son corps qui se déforme, se transforme, s’agite, n’est pas accompagné de parole, juste des respirations hâletantes, râles et cris évoquant une forme de communication animale. Le spectateur assiste de manière très brute à cette violence, et se voit mis en difficulté par effet de transposition sur son proper corps. Une situation qui peut s’avérer stressante sans toutefois parler d’agression.

Les gestes déshumanisés, presque animaux, sont en parfaite harmonie avec le caractère progressif de la musique électronique type scandinave de Joseph Quimbly, au clavier. Cette harmonie et progression permet au spectateur une compréhension des émotions dégagées : le spectacle semble une approche primaire du combat de la vie, de son intensité, de sa difficulté et bien sûr de sa rapidité.

L’aspect animal apporté par la danseuse se fait également de par l’utilisation des élements (terre, eau, branche d’arbre) entremelés aux déformations et mouvements de son corps. Ce spectacle provoque le spectateur, l’amenant également à une recherche, une interrogation sur le sens de leur utilisation autour des contorsions.

Le public est alors absorbé par la magie de la prestation et cherche à comprendre cette progression des contorsions afin de partager les émotions avec Iona Kewley.