YEGG Magazine

Le féminin rennais nouvelle génération

Football gaélique : Un sport en plein essor

Célian Ramis

Football gaélique : Unies dans un sport en développement
La diversité, force de l'équipe rennaise
Une bonne entente en Coupe de France

Sport collectif à part entière, emprunt de foot, hand, rugby ou encore volley, le football gaélique est une véritable institution en Irlande. Pourtant, dans l’Hexagone, cette discipline est quasiment inconnue. En tout cas, bien trop méconnue. En France, 23 clubs, principalement dans l’Ouest mais pas seulement, développent activement ce sport et 12 clubs sont en création, majoritairement dans le Sud Est.

Parmi toutes les associations sportives de la Fédération de Football Gaélique, toutes n’ont pas encore d’équipe féminine. La capitale bretonne peut se vanter de son côté d’en avoir une. Et pas des moindres ! Championnes de Bretagne et doubles championnes de France, les joueuses rennaises sont en passe d’être sacrées triples championnes, la finale se déroulant le 11 juin à Clermont-Ferrand.

Ce jour-là, certaines d’entre elles seront sélectionnées pour les championnats du monde, le stage de pré-selection ayant eu lieu le 28 mai à Rennes. Rencontre avec l’équipe et découverte d’un sport aussi varié que les profils des joueuses.

C’est en 1994 que des expatriés irlandais fondent le premier club de football gaélique, dans la capitale française. Quatre ans plus tard, les Celtes du nord ont l’idée d’en faire de même à Rennes, créant ainsi Ar Gwazi Guez. Les Oies Sauvages ont depuis fait des émules, dans la Bretagne historique qui compte une Ligue spécifique à la région, mais aussi dans le reste de la France, pays à la particularité de fonctionner pour certains clubs avec des équipes mixtes pour cause de manque de joueuses. Pourtant, la capitale bretonne détient une équipe féminine, au top du classement. Comment s’est développé le football gaélique et qu’est-ce en fait la force ?

Au mois de mai, les averses et les ciels menaçants n’auront pas raison de leur envie d’en découdre avec le ballon rond.

Un mercredi soir, alors que la fraicheur et l’humidité se font sentir, elles arrivent un peu avant 20h au compte goutte sur le terrain de rugby de Beauregard, qu’elles partagent chaque semaine avec leurs homologues masculins.

Au nombre de 7, elles démarrent l’entrainement avec des exercices de répétition : le ballon dans les mains, elles s’élancent tour à tour, vers un premier plot, y effectuent une reprise au pied (le solo, le fait de lâcher le ballon tenu dans les mains sur le pied avant de le reprendre dans les mains pour pouvoir poursuivre sa progression, ndlr), tournent autour de ce plot avant de shooter au pied. D’autres plots sont disposés à distance plus éloignée, permettant ainsi de multiplier les solos.

En deux équipes opposées, elles s’encouragent les unes et les autres, se motivent conjointement, jurent sans vergogne lorsque la trajectoire du ballon n’atteint pas l’espace entre les deux poteaux de l’en but (but en H) et rigolent beaucoup. Tout en maintenant sérieux et rigueur, imposés par leur détermination à progresser et leur coach, Yves Le Priol.

Découvrir ce sport est souvent le fruit d’un heureux hasard. Parce qu’on connaît un-e ami-e ou un-e collègue qui le pratique. Ou parce qu’on connaît ou qu’on est un-e Irlandais-e. Il y a quatre ans, Fanny Jaffres, alors âgée de 20 ans, effectuait sa 3e année de Sciences Po à Pékin.

C’est son maitre de stage qui lui a alors conseillé le football gaélique : « Il y a pas mal d’expat’ irlandais dans les villes asiatiques. Quand je suis rentrée à Rennes, après un an en Chine, j’ai voulu reprendre le basket que j’avais laissé en partant, mais je ne m’y suis pas retrouvée. J’ai donc poursuivi le football gaélique. » Depuis, elle n’a jamais arrêté, et très rapidement est devenue la capitaine de l’équipe féminine du club Ar Gwazi Guez, qui compte 17 joueuses dont Jessica Chapel, 26 ans, la présidente intégrée depuis 2 ans.

« Je suis cheffe de projet dans une banque et je travaille avec le coach, c’est comme ça que j’en ai entendu parler. », explique-t-elle, précisant en plaisantant qu’aujourd’hui elle recrute des joueuses dans les bars. Boutade qui n’en est pas une puisque les soirées dans les pubs installés en France à parler football gaélique entre expatriés sont à l’origine des premiers clubs hexagonaux. Cependant, aujourd’hui, ils ne sont plus en majorité dans les équipes, preuve d’un développement et d’une appropriation du jeu qui tend vers un brassage des cultures, celtes ou non.

RACINES CELTES ET BONNE AMBIANCE

Anna Marie O’Rourke, elle, fait partie de celles qui n’ont pas découvert le football gaélique au détour d’un bistrot. Elle a véritablement baigné dedans depuis sa naissance et a commencé à taper dans le ballon dès l’âge de 7 ans, à Coolkenno, au sud de Dublin. En Irlande, c’est le sport national, une institution incontournable.

« On joue pour le club de la commune puis celui du ‘comté’. On n’a pas le droit de jouer ailleurs, sauf avec une dérogation. On nait dans un club, on meurt dans ce club. C’est très familial, centralisé autour des pubs, et continuer ici en France, c’est conserver mes racines. »
s’enthousiasme la doyenne qu’elle est du haut de ses 42 ans.

Plus jeune, elle a joué dans la même équipe que ses 3 sœurs et a intégré avec l’une d’elles l’équipe du comté. Elle se souvient des heures quotidiennes passées sur le terrain mais aussi en dehors. Une passion qu’elle ne met pas de côté en arrivant en France il y a 13 ans et dont elle puise les ressources pour trouver l’énergie d’être responsable bien-être des joueurs en Europe, formatrice d’entraineurs-euses, arbitre et joueuse.

Infirmière en parallèle, elle a à cœur « d’être autant impliquée ici qu’en Irlande. » Elle est affirmative : « Plus qu’un sport, c’est ma vie. Je fais des études en soins palliatifs, je travaille au quotidien avec la mort et quand je viens sur le terrain, je trouve la vie. C’est ça mon équilibre ! »

Ses coéquipières ne sont pas aussi catégoriques mais leur motivation vibre à l’unisson. Elles apprécient toutes, sans exception, l’ambiance qui règne dans et autour de ce sport, bordé de convivialité et d’esprit d’équipe, généralement très prégnant dans les sports collectifs. Même son de cloches du côté des autres équipes, présentes à Rennes le 30 avril dernier pour la troisième manche de la coupe de France (lire encadré).

En raison du faible nombre de joueuses ce jour-là pour certaines villes, comme ce fut le cas par exemple pour Angers et Niort, des ententes se forment afin que toutes puissent jouer et ne pas rester sur le banc en spectatrices. « On reste toujours solidaires, il n’y a pas vraiment de compétition. », déclare alors Kaleigh O’Suilivam, qui après avoir joué à Rennes, puis à Niort, a fondé le club d’Angers dont elle est devenue l’entraineuse, avec Sinead Riordan.

« Clermont-Ferrand n’a pas encore assez de monde, l’équipe vient de se lancer cette saison, du coup, on prête parfois des joueuses comme nous on est 17 et que sur le terrain, il faut être 7 ou 9, ça dépend des compétitions, ça permet à tout le monde de participer. », complète fièrement Jessica.

Pour Emilie Pasquet, ingénieure qualité dans l’industrie automobile à Vitré, licenciés et licenciées de football gaélique forment une grande famille. Il y a les entrainements, les réunions, les week-ends de match, les soirées, comme celle du 3 juin qui à Liffré accueille les sportifs venus disputer un tournoi jeunes.

À 25 ans, Emilie partage sa première année de football gaélique entre deux équipes. Liffré donc et Rennes. La première n’ayant pas d’équipe féminine comme tel est le cas dans la majorité des clubs, dont le nombre tend à se réduire de par la féminisation grandissante de ce sport en France. « L’ambiance est super dans les deux villes », se réjouit-elle, rejointe par Laura Andrieu, capitaine de l’équipe de Clermont-Ferrand :

« On est une jeune équipe. On a connu ce sport par le biais des copains qui en jouaient, on a donc suivi le mouvement. Et on a créé une équipe en septembre. On était venu pour essayer, par curiosité et on s’est rendu compte qu’on pouvait faire plein de choses, qu’il y avait une grande liberté de jeu grâce à toutes les techniques. On est avec les copains, l’ambiance est bonne, et il y a aussi une grande solidarité. Les entraînements ont lieu deux fois par semaine. Mais ce sont surtout les tournois qui demandent de l’énergie au final, car il y a des déplacements, ce qui est assez prenant. »

Et Fanny Jaffres ne peut qu’approuver, elle, qui en tant que capitaine, se doit de porter le moral de son équipe au sommet. Calmer les esprits qui s’échauffent parfois par perfectionnisme, motiver les troupes, rappeler qu’elles sont les meilleures et qu’elles vont gagner, tout en donnant le bon exemple, tel est le rôle qu’elle assume sans pression. « C’est plaisant ! Et puis l’équipe est super, sans prise de tête, on n’est pas là pour la compétition mais pour se faire plaisir. »

Et se défouler rajouteront certaines joueuses lors du tournoi, le 30 avril, ou de faire des rencontres intéressantes. À l’instar des Lorientaises qui témoignent de la diversité générationnelle de leur équipe, permettant des échanges riches entre elles et la constitution, en entrainements, « d’équipes rigolotes ».

UN SPORT COMPLET ET COMPLET

Au-delà de cette ambiance chaleureuse et conviviale, argument majeur des sports collectifs, le football gaélique a un avantage non négligeable pour les joueuses de l’Ar Gwazi Guez.

Elles sont unanimes, c’est un sport complet. Qui allie aussi bien du football, du handball, du volley, du basket ou encore du rugby. En résumé, il se joue à la main comme aux pieds, avec des manchettes, des buts en H (valant 1 point) et des buts avec filet sous la transversale (valant 3 points).

Les pratiquant-e-s peuvent traverser le terrain en se faisant des passes, en avant comme en arrière, ou en utilisant des techniques – le rebond au sol (dribble) ou le solo - tous les quatre pas. Si les règles peuvent paraître complexes, il suffit de quelques dizaines de minutes sur le terrain pour les intégrer.

« Ça peut paraître étrange mais c’est très libre comme sport. En jouant, on comprend facilement. Il n’y a pas de hors jeu ni d’en-avant. On n’a pas le droit non plus aux tacles du foot ou aux plaquages du rugby. On doit jouer de notre corps mais il n’est pas question d’impact. », précise Fanny.

Un point qui séduit de nombreuses joueuses, comme Claire Bonnal dans l’équipe féminine depuis 2 ans. Après 10 ans au Stade Rennais Rugby, en équipe 1, elle a envie de changer d’air : « Les années se suivaient et se ressembler. Et avec l’âge (35 ans, ndlr), j’étais de moins en moins chaude pour plaquer et pour les contacts. Sans compter qu’il y a également beaucoup moins de matchs, c’est plus souple et il y a un très bon état d’esprit. » Le compliment revient souvent. La souplesse et l’accessibilité, également.

DES DIFFÉRENCES : UNE QUESTION DE SEXE ?

« On mélange plusieurs sports et des techniques différentes. Suffit d’être dégourdie avec les mains et/ou les pieds. Ce n’est pas comme au hand ou au foot où là si on est moyenne, c’est difficile d’être intégrée. Le foot gaélique est un sport accessible à tou-te-s et surtout pas excluant. Au contraire, je trouve qu’il y a de la place pour tout le monde au sein du collectif. », livre Estelle Roche, 23 ans, employée chez Suez, dans le recyclage des déchets.

Toutefois, si les plaquages et les tacles ne sont pas autorisés sur un terrain de football gaélique, les contacts sont possibles, limités à un duel d’épaule contre épaule. Pour les hommes seulement. Les femmes répondant à des règles spécifiques à leur sexe, établies par une fédération féminine distincte de celle masculine en Irlande. Comme le poids du ballon rond, semblable en apparence à celui utilisé en volley, ou le fait de pouvoir récupérer un ballon au sol avec les mains tandis que les hommes doivent, pour se faire, se lever avec le pied (le pick-up).

« On n’a pas le droit non plus de jurer sur le terrain, on peut avoir un avertissement ! », se plaint Fanny, en rigolant. Yves Le Priol, coach des rouges et noires, nuance la remarque. « Les hommes non plus n’ont pas le droit aux injures !, souligne-t-il. Il y a des contacts pour les équipes masculines, mais encadrés, on ne fait pas n’importe quoi. Ce n’est ni un sport de combat, ni un sport violent. Il y a une image de sport barbare à cause de la méconnaissance qu’il y a autour. »

Clichés mis à part, certaines sportives évoquent un léger regret au fait de ne pouvoir aller au contact, qui semble parfois dépendre de l’arbitrage qui sifflera la faute plus ou moins rapidement. Mais en règle générale, elles avouent un soulagement à exercer une discipline limitant les risques de coups et de blessures.

Autre différence notable : la taille du terrain, réduit pour les femmes. Ce qui s’explique par le nombre de joueurs et de joueuses. Les hommes jouant à 11 contre 11 en Europe – en dehors de l’Irlande où ils sont 15 contre 15 – et les femmes à 7 contre 7, voire 9 contre 9 dans certains cas. Ce qui ne choque pas les filles, qui parlent également de différences physiques naturelles pour expliquer l’écart technique existant entre un football gaélique masculin et un football gaélique féminin.

Même si Kaleigh O’Suilivam ne veut y voir « ni un sport pour les filles, ni un sport pour les garçons, mais un sport irlandais avant tout. » Un point qui met tout le monde d’accord. Néanmoins, une spécificité française subsiste : la mixité. Là aussi, due au faible nombre, pour le moment, des joueuses.

PROGRESSER EN MIXITÉ ET EN NON-MIXITÉ

Certaines préfèrent s’entrainer avec les hommes, d’autres aspirent à la non-mixité pour une meilleure progression. Si les discours sont discordants, ils se rejoignent sur les avantages et les inconvénients qu’il y a des deux côtés. À Liffré par exemple, Emilie s’entraine avec les hommes et regrette qu’il n’y ait pas d’équipe féminine, d’où sa présence à l’entrainement des Rennaises. Jouer entre filles est plus confortable niveau physique. Jouer avec les hommes permet le dépassement de soi.

« Les règles françaises prévoient la mixité en compétition. Quand je joue un tournoi avec les gars, on adapte à moi le règlement féminin. C’est un équilibrage pour ne pas que les filles soient « un handicap », j’aime pas ce terme, parce que ce n’est pas ça précisément… »
justifie Emilie Pasquet.

Si une équipe non-mixte conçoit un espace confiné dans lequel chaque sportive peut développer sereinement ses capacités physiques et stratégiques, sans la pression d’être « un poids », et prouve son efficacité par des constats de progression fulgurante, la complémentarité des entrainements est appréciée par un grand nombre, dont Lisa Hamon, 25 ans, service civique pour l’association rennaise Electroni-k, fait partie.

Aux côtés des Oies Sauvages depuis janvier 2016, elle aime se mesurer aux sportifs. Depuis petite, elle pratique des sports de ballon, du handball pendant très longtemps auprès d’une équipe du Saint-Grégoire Rennes Métropole Handball, ainsi que du football avec des ami-e-s. Elle est plutôt du genre douée qui impressionne les garçons.

« C’est comme ça que je me faisais respecter d’eux. J’aime bien foutre des raclées aux mecs, c’est mon côté féministe ! Quand on s’entraine avec eux – quand on n’est pas suffisamment nombreuses pour faire un entrainement entre filles – je trouve que ça casse la fracture filles/garçons, c’est bien aussi. Ça permet de se confronter à meilleur que soi et c’est toujours mieux de jouer contre plus fort, aussi bien des gars que des filles d’ailleurs. Mais les mecs, c’est certain, courent plus vite, et moi je reste dans le même état d’esprit que quand j’étais petite, alors je fonce ! », lance-t-elle, d’une voix enjouée.

Pour Claire Bonnal, un point est à soulever impérativement dans ce débat autour des dissensions – qui ont l’air de rester minimes et ne pas créer la polémique - : le fait que l’équipe, dans sa globalité, au-delà des sexes donc, se soutient et s’encourage.

« Je me souviens d’une journée de tournoi, où les gars ont été éliminés, et nous on avait encore des matchs. Ils sont venus sur le bord du terrain pour nous soutenir. Ils étaient très fiers de nous, et on sait qu’ils sont pour le développement des équipes féminines. C’était très fort et intense. », dit-elle, la gorge nouée : « Oui, j’en suis encore émue en en parlant. »

DE LA DIVERSITÉ ET DE LA MOTIVATION AVANT TOUT

Dans l’ensemble, les joueuses démontrent des « caractères ». À la fois souples et rigoureuses, elles affichent des profils divers mais un enthousiasme commun. Elles sont toutes assez sportives, mais pas forcément issues des mêmes disciplines. Fanny a fait beaucoup de basket, Jessica de la boxe, du tennis et du judo, Estelle de l’athlétisme, de la course à pied, du futsal – qui peut se rapprocher du soccer – et du hand, Claire du rugby, tout comme Emilie, Lisa du hand et du foot, et Anna Marie du football gaélique. Sans oublier l’entraineur, Yves, qui a pratiqué pas mal de foot et de rugby avant de découvrir le football gaélique en 2000.

Pour de multiples raisons, les joueuses ont cessé leurs activités respectives et trouvent aujourd’hui un véritable plaisir à contribuer à la réussite de leur équipe. La force qui fait leur palmarès ? C’est à n’en pas douter. Individuellement, elles ont toutes des qualités techniques. Débutantes ou non, elles ont encore toutes des points à travailler et toutes ont fait des progrès, certaines démontrant immédiatement des capacités et une aisance, que ce soit avec les pieds ou les mains, ou même les deux.

Mais ce qui prime pour Yves Le Priol, c’est leur motivation. Elles sont championnes de Bretagne cette année et doubles championnes de France. Le 11 juin, elles confirmeront ce titre, à Clermont-Ferrand, pour la troisième année. De quoi être fières et s’en vanter. Mais l’équipe est modeste et lucide.

L’entraineur précise cela dans le contexte : c’est parce que les autres équipes féminines ne sont pas très développées que Rennes est première. La capitaine l’affirme quand on évoque l’écart de point entre son équipe et les autres du classement : « On n’a pas de concurrence. Franchement, on est bien meilleures que les autres équipes. » Et si ça fait réagir Lisa au moment où elle exprime ce positionnement, Fanny a raison.

Et poursuit : « Mais faut pas croire que c’est plaisant, parce que finalement les meilleures victoires sont celles que l’on va chercher ! On a été malmenées lors du championnat de Bretagne, on a eu peur et finalement on a mis pile les points qu’il fallait. Ça, c’était chouette ! » Yves ne peut qu’approuver, convaincu du potentiel des joueuses qu’il entraine. S’il ne souhaite pas établir de comparaison entre le palmarès des féminines et celui des masculins, il voit toutefois des différences à l’entrainement :

« Je ne veux pas tomber dans les clichés mais les filles sont plus à l’écoute, plus en demande conseils. Alors oui, parfois faut les recadrer lors des exercices, mais elles sont quand même assez concentrées. Je pense que la grande différence est là : les filles sont plus intéressées à progresser. »

DES AMBITIONS POUR DE NOUVEAUX DÉFIS

Pour lui, leur niveau se mesurera fin septembre en Irlande lors d’une semaine de rencontre inter clubs européens. Mais avant cela, plusieurs rennaises devraient s’envoler pour la terre mère du football gaélique lors des World Games qui se dérouleront à Dublin du 7 au 14 août. La pré-sélection a eu lieu à Rennes, le 28 mai dernier.

Dix joueuses de l’Ar Gwazi Guez étaient pressenties pour l’équipe de France qui sera constituée le 11 juin. C’est à Clermont-Ferrand, à l’occasion de la finale de la coupe de France, qu’elles seront fixées et qu’elles sauront si elles participent au stage de formation début juillet. Jessica Chapel ne cache pas sa joie :

« On est une équipe soudée qui compte de vraies machines de guerre ! Moi, je viens plutôt de sports individuels mais elles sont nombreuses à être issues des sports collectifs et ça se voit. Elles ont vraiment quelque chose que je n’ai pas, elles ont une vision générale du jeu et repèrent très vite les stratégies à adopter, là où moi je mets plus de temps à comprendre ce que je dois faire. »

Les « machines de guerre », Claire Bonnal les qualifie, elle, d’intouchables. Et a conscience d’en faire partie. « J’ai vécu avec le Stade Rennais Rugby des moments sportifs avec beaucoup de tensions, beaucoup de matchs durant la saison. Là, on en a moins, et je ne me suis pas mise la pression le 28 mai. », explique-t-elle. Estelle Roche, de son côté, n’était pas aussi sereine : « J’aimerais vraiment y participer, vivre cette expérience. Je sais que ma place n’est pas acquise, je suis nouvelle dans l’équipe, mais je fais tout pour me mettre à niveau. »

Ce qui les anime par dessus tout, c’est de partir en Irlande, disputer des matchs face à d’autres joueuses partageant la même passion. Si toutes ne partageront pas l’expérience au mois d’août, elles se rattraperont en septembre. Pour Claire, c’est ce qui compte :

« Il y a le côté sportif mais aussi découverte. Aller en Irlande entre copines, on s’entend tellement bien, c’est vraiment bien. Ce qui sera plus difficile au niveau d’une équipe de France, ce sera de réussir à s’ouvrir aux autres, créer de l’interaction avec les autres joueuses. »

Sans aucun doute, l’équipe féminine a à cœur de défendre les couleurs rouges et noires, tout comme les couleurs bleues, blanches et rouges, et de participer aux entrainements, à hauteur de l’investissement qu’elles peuvent y mettre. Lisa Hamon le dit elle-même :

« Quand je jouais au hand, c’était plus intense en terme d’engagement. Et j’ai sacrifié pas mal de ma vie perso. Je veux maintenant faire la part des choses et si je ne peux aller à un entrainement, ce n’est pas grave même si plus je fais de sport, mieux je me porte. Je ne peux pas aller en Irlande en août parce que je travaille mais j’espère vraiment être présente en septembre. On m’a dit il n’y a pas longtemps que choisir, c’est renoncer. J’essaye de l’appliquer. »

UN DÉVELOPPEMENT À VENIR ET À TRAVAILLER

Si la pratique est amateure et résulte d’un loisirs, les sportives ne lâchent rien et s’engagent pour le développement de cette discipline trop méconnue encore en France, même si Yves relativise quant à sa faible portée : « En 2000, il y avait 2 ou 3 clubs seulement. Aujourd’hui, on en compte plus d’une vingtaine. »

Si le football gaélique est sous-médiatisé, l’espoir persiste grâce à cette rapide évolution. L’aspect atypique attise de plus en plus la curiosité et séduit. L’attention du club de Rennes, ainsi que dans les autres villes bretonnes ou non, le Sud Est de la France tendant également à composer de nouvelles équipes, est au développement du sport importé d’Irlande. Anna Marie est intarissable sur le sujet, le jeu est beau et il en vaut la chandelle :

« C’est un vrai bonheur de voir son évolution en France. Nous sommes très impliqué-e-s pour le faire grandir davantage, aller dans les écoles, les collèges et les lycées pour en parler, pour faire découvrir le foot gaélique. Et nous organisons aussi des initiations à Rennes, ça fonctionne bien, et on aime bien faire ça. »

Claire, professeure des écoles à Orgères, n’a pas pu faire de cycle football gaélique avec sa classe de CE2-CM1 cette année, mais projette néanmoins de faire découvrir aux élèves une après-midi durant les bases de ce sport qu’elle chérit.

Les jeunes ne sont pas, actuellement, assez nombreux à se signaler intéressé-e-s pour constituer une équipe pour les moins de 16 ans. A contrario du club de Liffré qui comptabilise trois groupes jeunesse parmi les 80 adhérent-e-s. Les objectifs sont clairs : amener les filles et les garçons de tout âge au football gaélique.

Et sans se décourager, à force d’enthousiasme, d’initiations, de sensibilisation, de communication et de victoires vitrines d’une qualité d’entrainements, joueurs et joueuses en prennent le chemin.