YEGG Magazine

Le féminin rennais nouvelle génération

Sciences : Laboratoire des inégalités ?

Célian Ramis

Femmes & Sciences, la mauvaise équation ?
Les femmes prennent la tangente
Les entreprises ont besoin de femmes
Les mentalités engluées dans les clichés
Florilège de réflexions sexistes
Élève en mécatronique, le bel exemple de Claire

Le 10 décembre se tient la journée « Filles et maths, une équation lumineuse ». Elle vise à encourager les jeunes filles à s’orienter vers des études scientifiques, à intégrer des écoles d’ingénieur… Car elles y sont encore trop peu nombreuses. À Rennes, pour la 3e édition, l’École Normale Supérieure, l’Institut National des Sciences Appliquées, l’École Nationale de la Statistique et de l’Analyse de l’Information, les universités Rennes 1 et Rennes 2, le rectorat et l’Office National d’Information sur les Enseignements et les Professions, reçoivent 80 lycéennes venues de Saint-Malo, Combourg et Saint-Brieuc.

L’occasion pour YEGG de s’interroger sur l’absence des filles dans ses filières et sur la place des femmes dans les sciences. Un état des lieux consternant. Si on note un frémissement quant à la prise de conscience sur ce manque cruel de filles dans ces cursus et du besoin de plus de mixité dans les écoles et les entreprises, les mentalités n’évoluent que trop lentement, les stéréotypes de genres persistent et le conditionnement des enfants génère toujours trop d’inégalités.

Connaissez-vous Stephanie Kwolek, Lise Meitner, Françoise Barré-Sinoussi, pour ne citer qu’elles. La première a inventé le Kevlar, fibre textile synthétique très résistante. La seconde a découvert la fission nucléaire, pour laquelle son collègue Otto Hahn a reçu le Prix Nobel en 1944. La troisième a été co-lauréate du Prix Nobel de Médecine en 2008, mais on a oublié son nom, ne retenant que celui de son confrère avec lequel elle a isolé le virus du Sida, Luc Montagnier.

Des découvertes essentielles pour l’humanité, des femmes brillantes, totalement ignorées. Aujourd’hui encore, quand une scientifique publie l’objet de ses travaux d’études, on lui conseille de co-signer avec un homme afin d’apporter du crédit à ses propos, ou on remet ses recherches en cause.

Quand ce ne sont pas leurs compétences, c’est leur physique ou leur caractère soi-disant spécifique à leur sexe qu’on attaque.

Le prix Nobel de médecine, Timothy Hunt, a ainsi déclaré cet automne : « Laissez-moi vous dire ce qui se passe quand elles arrivent dans les labos, vous tombez amoureux, ou alors elles tombent amoureuses de vous, et si jamais vous leur faites une critique, elles se mettent à pleurer ». Dévalorisées et dissuadées de suivre des carrières scientifiques, les filles en sont arrivées à s’auto-persuader de leur incapacité à faire des sciences.

ESPRIT CONDITIONNÉS ET STÉRÉOTYPES PERSISTANTS

De la même façon qu’on dit encore aux petits garçons qu’ils doivent être forts et aimer le foot, on dit aux petites filles qu’il n’est pas grave et même normal qu’elles ne soient pas bonnes en maths. « Au lycée, oui, les profs peuvent encore dire cela, c’est pesant ! Même si ce n’est ni conscient ni malveillant », assure Andréa, 19 ans, en 3e année de Génie Maths à l’INSA (Institut National des Sciences Appliquées, situé sur le campus de Beaulieu). Nous en sommes encore là.

Rozenn Texier-Picard, mathématicienne, maître de conférence, vice-présidente de l’ENS (École Normale Supérieure) de Rennes, chargée de la parité et de la diversité, s’appuie sur l’étude La menace du stéréotype pour démontrer le phénomène :

« C’est un test neuro-scientifique classique réalisé auprès d’élèves de 6e et 5e séparés en deux groupes mixtes. On leur demande d’observer une figure géométrique complexe pendant une minute, puis de la reproduire, individuellement. À l’un des groupes on dit qu’il s’agit d’un exercice de dessin, à l’autre d’un exercice de géométrie. Dans le premier groupe, les filles réussissent mieux. Ce sont des résultats probants et troublants. Les clichés sont si présents qu’ils nuisent aux performances des filles ! ».

Plus tard encore, on continue de les stigmatiser, comme le raconte Anne-Marie Kermarrec, ancienne directrice de recherche à l’INRIA (Institut National de Recherche en Informatique et en Automatique), fondatrice de la startup Mediego :

« J’ai vu beaucoup de lettres de recommandations dans lesquelles il est écrit « gentille » pour les étudiantes et « brillant » pour les étudiants ».

Un déterminisme social et éducatif fort instauré dès l’enfance qui perdure donc.

« Il faut former les instituteurs et les enseignants et faire en sorte que les gens de l’enseignement supérieur aillent plus encore à la rencontre des plus jeunes. Mais les filles sont aussi formatées par leur entourage familial et amical… En outre, le combat contre les préjugés se fait des deux côtés et en même temps : dire aux filles qu’elles peuvent conduire un camion et aux garçons qu’ils peuvent avoir peur et pleurer ! », affirme Marie Babel, maître de conférence à l’INSA.

Prises au piège dès l’enfance, les femmes se laissent donc convaincre et finissent par s’interdire d’envisager des études scientifiques.

LES FILLES S’AUTOCENSURENT

Déjà en 1990, la sociologue Marie Duru-Bellat racontait - dans son ouvrage L’Ecole et les filles. Quelle formation pour quels rôles sociaux ? - comment le conditionnement pèse sur leur manque d’ambition et leur autocensure. Même arrivées à un haut niveau, elles continuent d’éprouver ce sentiment d’incertitude :

« Ça m’a touchée, à 35 ans ! J’ai alors pris conscience que j’avais au fond de moi cette idée de ne pas avoir les compétences, pourtant je suis maître de conférence dans une grande école ! »
confie Rozenn Texier-Picard.

En s’auto-dévalorisant, les filles finissent par avoir peur d’échouer et cela joue sur leurs performances. Sur les 15 derniers thésards qu’elle a jugé à l’INRIA, Anne-Marie Kermarrec se rappelle qu’il y avait deux filles, et deux filles en manque cruel de confiance en soi. La cheffe d’entreprise nomme cela les « biais de l’inconscient ».

Chimiste théoricienne, chercheuse au CNRS de Rennes, Karine Costuas l’observe également lors des tables rondes et des rencontres auxquelles elle participe comme « Un métier ça n’a pas de sexe » : « Les filles pensent faire un bac +2 ou 3, c’est tout, elles ne comptent pas aller plus loin, elles se cantonnent à cela puisqu’au départ on ne les aide pas à imaginer qu’elles peuvent faire plus. Tout cela est lié à la structuration sociale : c’est l’homme qui doit avoir une bonne situation, un bon métier ».

Mais comment se projeter et envisager de suivre de telles études quand peu d’efforts sont faits au niveau même des locaux et de l’accueil des filles dans les prépas et les écoles : « À l’internat du lycée Chateaubriand, en 2010, chaque garçon de prépa avait sa chambre à lui quand les filles étaient « parquées » par dortoir de 4. On les accueille mal ! », signale Fabienne Nouvel, maître de conférence à l’INSA. Romane, 22 ans, en 4e année de Génie des Matériaux dans la même école, indique qu’il suffit de vouloir aller aux toilettes pour constater que les filles ne sont pas attendues dans les écoles d’ingénieur :

« Les WC des filles sont tout petits ! Parce que ce sont de vieux locaux, pas réaménagés, mais c’est révélateur ».

Tout est donc fait pour rebuter les filles.

MÉCONNAISSANCE DES MÉTIERS ET MAUVAISES ORIENTATIONS

Étudiantes, enseignantes, chercheuses, entrepreneuses, toutes s’accordent à dire qu’il y a un problème de représentation et d’orientation. Une étude s’est récemment intéressée à ce que les enfants imaginent du métier de scientifique à travers des dessins : « Dans la majorité des cas, ils dessinent des hommes avec des machines. Ils ne voient pas le contact humain, le travail d’équipe. Je suis persuadée que le fait de croire à tort qu’il n’y a pas de relations humaines dans nos métiers est un frein pour les filles », relate Rozenn Texier-Picard.

Un sentiment confirmé par l’enquête Rose, réalisée auprès de jeunes de 15 ans dans une vingtaine de pays sur la perception des scientifiques et la projection dans leur vie professionnelle.

Les réponses sont assez variables d’un pays à l’autre, c’est donc un fait culturel. Il y a néanmoins un point commun : la réponse des filles à la question « Voudriez-vous travailler avec des machines ou avec des humains ? », 80 % d’entre elles répondent « avec des humains ». Des éléments pertinents dans la compréhension de l’orientation.

Andréa, Fanny, Diane, Marie, Iman et Romane, élèves de l’INSA, sont formelles : elles ne savaient rien des filières scientifiques avant de croiser, par hasard, une prof de math, le père ingénieur d’une amie, ou d’aller surfer elles-mêmes sur Internet… « Peut-être que les conseillers d’orientation sont aussi mal renseignés », avance Andréa.

Iman, 20 ans, en 3e année d’informatique l’assure : « L’orientation est très vague au lycée, il faut l’améliorer et ce dès le collège, il faut aller montrer les métiers scientifiques aux enfants ! ». Son amie Diane, 20 ans, en 3e année d’informatique, acquiesce, navrée :

« Si on a envie de faire quelque chose, on le fait, peu importe le qu’en dira-t-on, mais encore faut-il savoir que ça existe ! Or, on ne nous dit rien, c’est à nous d’aller chercher les informations ».

Outre ce problème de méconnaissance des débouchés des cursus, des concepts surannés encombrent encore les esprits : l’image du geek enfermé dans sa chambre ou celle du matheux boutonneux asocial ont la vie dure. Là aussi, les stéréotypes demeurent, et les filles en souffrent.

FÉMINITÉ, BEAUTÉ, MATERNITÉ

À l’origine de la journée « Filles et maths, une équation lumineuse », les Associations Femmes et Mathématiques ont fait un constat surprenant : « Elles ont découvert que faire des maths et être féminine peut générer trop de pression chez beaucoup de jeunes filles. Cette image de matheuse pèse notamment très fort sur les collégiennes. De surcroit, comme elles sont peu nombreuses dans ces filières, elles sont trop regardées. Ce sont des questions très subtiles sur la féminité », commente Barbara Schapira, mathématicienne et maître de conférence.

La scientifique raconte comment elle-même s’est laissée prendre au piège face à une consœur belle et élégante, dont elle a découvert par la suite les brillants travaux. Trop féminine et trop belle, ou pas assez, il y a toujours quelque chose de douteux chez les femmes scientifiques. Une autre pression pèse sur elles : la maternité.

« Le désir d’enfant est un autre facteur qui freine les filles, car on pense que ces métiers sont inconciliables avec la vie de famille, c’est totalement faux ! »
remarque Rozenn Texier-Picard.

Si l’on peut se réjouir de vivre dans un pays où le congé maternité est relativement assuré et où les enfants sont accueillis dans des structures publiques dès leur plus jeune âge, restent certaines ombres au tableau.

« Lors de ma première grossesse, je me suis rendue compte qu’à la fac personne ne savait à quoi j’avais droit et que si j’accouchais l’été, comme nos heures de cours sont annualisées, je n’avais droit à aucune décharge d’enseignement. Deux de mes trois filles sont nées l’été, ce n’est pas une science exacte ça ! », reproche Barbara Schapira.

Elle s’est battue et a contribué à ce qu’en avril 2012 un décret réglemente les congés maternité des enseignantes chercheuses. Car le monde universitaire est encore archaïque par certains côtés.

Il n’a ainsi pas encore pris en compte que parmi ses membres il y a aujourd’hui beaucoup de couples. « Or, on nous demande de la mobilité mais nous n’avons pas le droit au rapprochement familial. Mon mari a obtenu son poste à la fac de Rennes en 2012, il a été très compliqué pour moi d’obtenir ma mutation ici, je viens juste d’arriver… » poursuit Barbara Schapira.

LA CONQUÊTE DE BASTIONS MASCULINS

« Les garçons de notre école adorent quand on organise une fête avec Pharma ! », sourit Fanny, 20 ans, en 3e année d’informatique à l’INSA. Car il est des secteurs scientifiques que les filles ont largement investis. « Des filières où les filles sont même devenues majoritaires, c’est le cas en médecine. Cette inversion s’est produite y’a 15 ans », relève Rozenn Texier-Picard. Elles sont également majoritaires en Pharma et Véto.

Mais tout n’est pas si rose, puisqu’on entend, depuis l’arrivée en masse des filles dans ces métiers, qu’ils sont dévalorisés ! Comme on le dit de l’Éducation Nationale.

« Quand un métier perd du prestige, il se féminise, ou inversement. L’autre souci de ces disciplines aujourd’hui dominées par les femmes, est qu’il n’y a plus de mixité »
note Anne-Marie Kermarrec.

Heureusement, pour briser la prédestination des sexes, les clichés et le sexisme, des projets sont mis en place depuis quelques années.

LES INITIATIVES POSITIVES

« En France, on commence à faire des efforts, par le biais de la discrimination positive notamment. Quand on m’appelle pour des jurys parce qu’il faut une femme de rang A, je joue le jeu même si je ne suis pas pour. Car il faut provoquer les choses, les imposer pour que ça devienne une habitude. Si cela permet de mettre en valeur les capacités des femmes, pourquoi pas. Ce n’est pas la panacée, mais je l’accepte », confie Karine Costuas.

Maître de conférence, mais également élue à Acigné, Marie Babel travaille avec le collège de sa ville sur la prochaine journée de la femme (8 mars 2016) avec le projet « Casser les clichés sur les métiers ». Si les métiers n’ont pas de genre, la scientifique note néanmoins que « notre société patriarcale est difficile à faire bouger ! ». Enfin, à Rennes, le premier trimestre de l’année scolaire est ponctué de plusieurs journées organisées pour inciter les filles à s’orienter vers les sciences.

« Lors de la journée du 10 décembre des témoins, étudiantes et scientifiques, viennent parler de leurs cursus aux collégiennes afin de désacraliser les maths. On leur montre que c’est possible pour tout le monde, pour qu’elles n’aient plus peur d’y aller. Cela se déroule autour de rencontres et d’une pièce de théâtre suivie d’un débat »
énonce Fabienne Nouvel.

En octobre les élèves de 3e et de seconde peuvent assister à la journée « Le Numérique, des métiers en tous genres ». Fin novembre, une action est consacrée aux sciences de l’ingénieur au féminin.

« Si beaucoup d’associations sont investies et que depuis 30 ans le Ministère a des politiques en ce sens, que l’égalité est inscrite dans la loi, les choses bougent très lentement, c’est effrayant car ça reste sporadique finalement, la sensibilisation est trop peu faite et les politiques ne sont pas appliquées partout. En outre, il faut aborder le sujet avec une approche scientifique, s’appuyer sur des travaux de recherches, des études et ne pas tenir de discours militant et passionné, au risque d’échouer dans notre mission », confie Rozenn Texier-Picard. Le chemin est encore long et périlleux.

Regard infiniment bleu sur lequel glisse une mèche brune, Claire Livet, 18 ans et demi, ne se départit jamais de son sourire. Heureuse et bien dans sa peau, assurément, déterminée aussi. La jeune fille est en 1ère année de mécatronique à l’École Nationale Supérieure de Rennes. Comme un poisson dans l’eau, elle évolue là avec aisance, parmi les 14 garçons de sa promo, et aux côtés des deux autres filles de sa classe.

Quel est votre parcours ?

En seconde générale, je voulais faire médecine et m’orienter vers un bac S option SVT. Mais j’ai réalisé que certaines choses me gênaient, je ne supportais pas les dissections ! Alors j’ai changé de lycée pour faire un bac S option Sciences de l’ingénieur, c’était plus simple pour moi : apprendre comment ce qu’on a créé marche !

Puis j’ai poursuivi avec une prépa PTSI (Physique, technologie et sciences industrielles) et en 2e année de prépa j’étais en PT Etoile (PT*. Les meilleures prépa sont étoilées, ndlr). J’ai passé les concours et j’ai réussi l’ENS. J’y suis entrée en septembre 2015 en mécatronique.

Qu’est-ce que la mécatronique ?

C’est une jeune discipline, ça ne fait qu’une vingtaine d’années qu’elle existe. C’est de la mécanique et de l’électronique. Ce sont deux systèmes différents, découplés. Là, on a les deux enseignements pour une parfaite synergie des deux, car il était stupide de les séparer finalement, c’est assez logique d’avoir les deux ensemble, et même totalement cohérent.

Et justement, le mélange des deux c’est ce qui me plait. Vraiment, j’aime beaucoup, on apprend énormément pour mettre en pratique tout de suite. (Pluridisciplinaire – car aussi automatique et informatique - cet enseignement vise la conception de systèmes automatiques, de produits dont on augmente ainsi le fonctionnement, les performances, ndlr)

Aviez-vous beaucoup de filles à vos côtés dans vos classes ?

Le bac S Sciences de l’ingénieur est peu connu, alors nous n’étions que 3 filles sur 30 élèves en première, puis plus que 2 sur 30 en terminale… En classe prépa PTSI nous étions 8 filles sur 38 élèves… Peu donc.

Est-ce qu’on est plus solidaires entre filles du fait d’être peu nombreuses ?

Pas forcément, cela dépend du tempérament. Pour ma part j’ai un contact plus naturel avec les garçons, je suis plus à l’aise avec eux.

Avez-vous souffert de sexisme de la part des élèves garçons, des enseignants ?

Des blagues, oui forcément, mais que des blagues. Je n’ai jamais eu aucun problème. Plutôt de la discrimination positive, comme j’étais tête de ma classe, les profs me faisaient plus confiance. Quand il s’agissait de faire un choix par exemple, de « piocher », on me choisissait comme « main innocente » ! Je ne souffre d’aucun sexisme, néanmoins je ne nie pas que certaines filles le subissent et je trouve cela aberrant ! Moi, j’ai sans doute beaucoup de chance.

Comment avez-vous été accueillie à l’ENS en mécatronique ?

On est plutôt bien accueillies, comme il n’y a pas beaucoup de filles, les garçons et les enseignants ne veulent pas nous effrayer ! Ils sont tellement contents qu’on soit là et veulent faire venir plus de filles, donc ils agissent en conséquence. Ils nous mettent très à l’aise, ils sont bienveillants, ils ne font pas de différences, en tout cas c’est ce que je ressens.

Alors oui, les choses ont évolué, ce n’était peut-être pas comme ça avant, je suis sans doute arrivée au bon moment ! Ma génération souffre sans doute moins de la situation !

Comment expliquez-vous la quasi inexistence des filles dans les sciences ?

Je pense que c’est un problème d’éducation : on apprend encore aux petites filles à jouer à la poupée et à faire la cuisine et aux garçons à jouer aux voitures, et les idées préconçues durent, les clichés sont toujours très forts. Moi, mon père m’a guidée quand j’ai dit que je ne voulais pas faire de bac S SVT, que je ne pouvais pas suivre d’études de médecine.

Chez moi, il y avait l’exemple de mes deux frères aînés. Ils ont également fait des études de mécatronique. Et donc, sous l’impulsion de mon père, je suis le même cursus, sans que personne ne se pose la question de savoir s’il peut y avoir une différence avec mes frères…

Il y a peut-être aussi un problème au niveau de l’orientation, il faudrait revoir le procédé, moi ça m’a saoulée ! On nous en parle tout le temps, trop tôt, on n’a aucune idée de ce que l’on veut faire et dès la 3e on nous parle du bac… Et finalement on n’a pas beaucoup d’informations sur les différents bacs, il faut revoir tout ça !

Qu’est-ce qui pourrait faire évoluer cette situation ?

Pour changer les choses il faut faire des campagnes d’information – d’ailleurs je participe à l’une d’elles - cela permet de faire bouger les choses, mais c’est progressif, c’est lent, trop lent. Peut-être qu’à force de voir des filles en sciences, cela va devenir normal. Je crois qu’on a déjà bien avancé, il y a déjà une belle évolution.

À quoi vous destinez-vous ?

J’aimerais être professeure de prépa en sciences de l’ingénieur. J’ai adoré l’ambiance de la prépa, vraiment super, j’ai trouvé hyper intéressant ce que faisait mes enseignants. Et le chemin le plus direct pour y parvenir c’est l’ENS, c’est la voix royale.