YEGG Magazine

Le féminin rennais nouvelle génération

Février 2015

Coup de cœur

Magnifiques veilleuses de chagrin

Il y a Yvonne et Marguerite, les inséparables, Andrée, Geneviève et Anne-Claire. Elles sont cinq, « le front aux vitres comme font les veilleurs de chagrin » de Paul Eluard, leurs regards délavés scrutant l’horizon, attendant de voir revenir l’absent, dans le calme pesant de leurs intérieurs ou dans l’angoisse de la tempête qui bat leurs fenêtres d’embruns et de sel. Elles crèvent l’écran, actrices d’un quotidien fait d’espoir et de silence seulement rompu par le fracas des vagues. Captives de leur destin de femmes de marins. Cinq témoins rares de cette vie suspendue aux caprices de la mer. Trois sont veuves et disent avec pudeur leur malheur. Les deux autres sont seules à terre de longs mois, partageant leur quotidien avec leurs enfants que les pères n’ont souvent pas vus naître. Derrière la caméra, une réalisatrice pleine de talent, Frédérique Odye. Cette fille de marin pêcheur normand a ici réuni ses deux amours, la mer et l’art. Son documentaire, Les Veilleuses de Chagrin, est un bijou délicat et fort, poétique et feutré. Jamais elle ne tombe dans le pathos ni dans la surenchère esthétique, ou pire dans le voyeurisme outrancier. Plus qu’un hommage, elle livre une ode fragile et bienveillante, fidèle et brutale, aux femmes de marins.

Les Veilleuses de Chagrin, de Frédérique Odye, produit par Delphine Benroubi, Palikao Films.

Coup de gueule

Merci l'hypocrisie

Doit-on se méfier de la réforme du congé parental ? Le 31 décembre dernier, deux décrets ont été publiés au journal officiel dans l’objectif  de mieux répartir le temps de congé des parents. Le 1er décret transforme le nom de la prestation versée en « Prestation partagée d’éducation de l’enfant » et le 2ème décret étend de 6 mois la durée du congé parental. Pour un premier enfant elle passe ainsi de 6 mois à 1 an (à condition que les deux parents en fassent la demande) et dès le deuxième enfant, reste fixée aux trois ans du petit, pourvu que les deux concernés ne prennent que 24 mois maximum chacun. Le hic selon les opposants ? 97% de ce congé est pris par les femmes et peu de pères le solliciteront dans l’avenir ! La mère semble donc lésée pour rien. D'autant que les femmes percevant de faibles revenus ne s’arrêtent pas systématiquement de travailler par envie, mais bien parce que le nombre de places en crèche est limité et que le coût d’une assistante maternelle est souvent aussi élevé que leur salaire. Elles n'ont donc pas le choix : autant bénéficier des prestations et s'occuper de leurs enfants. Alors le gouvernement veut-il tout simplement baisser la prise des durées d’indemnités et faire des économies ? La question se pose et l’hypocrisie est plus que suspectée…