YEGG Magazine

Le féminin rennais nouvelle génération

Journée des femmes : Des voix pour agir

Célian Ramis

Armées de paroles, et plus encore...
Action n°1 : Grandir dans l'égalité
Action n°2 : Gagner du terrain
Action n°3 : Entretenir le dialogue

« Prendre la parole et agir », c’est le thème défendu du 3 au 28 mars à Rennes à l’occasion de la journée internationale des femmes. Un thème défini, comme chaque année, par le comité consultatif d’habitants réuni au lendemain de l’édition précédente. Associations féministes, structures culturelles, collectifs engagés, femmes et hommes militant-e-s, professionnels et particuliers sensibilisés à la question, citoyennes et citoyens, se sont associé-e-s à la Ville de Rennes pour bâtir ensemble un programme autour de la condition féminine, avec un budget modeste de 16 000€ environ.

Par le biais des arts, de la réflexion, du débat, de la manifestation, elles prennent publiquement la parole et occupent l’espace pour transmettre, éduquer, dénoncer, partager. Et surtout agir pour l’évolution des droits des femmes, toujours pas acquis, voire même constamment en péril. Tour d’horizon non exhaustif des valeurs et des combats mis en lumière en ce mois de mars mais prônés toute l’année par les actrices et acteurs de ce programme.

  • Les jeux ont-ils un sexe ?

« Les jeux constituent une manière d’apprentissage. Jouer à la poupée n’apprend pas la même chose que jouer aux petites voitures. » Jessie Magana est éditrice, directrice de collection et auteure, entre autre, de Comment parler de l’égalité filles-garçons aux enfants ? ou de Les mots indispensables pour parler du sexisme, co-écrit avec Alexandre Messager (lire Focus - YEGG n°28 – Septembre 2014). Le 18 mars, elle est invitée par la Bibiothèque de Cleunay à animer un café-citoyen à la MJC Antipode de Rennes autour du sexisme dans les jeux et jouets.

« Les poupées, c’est pour les filles ! Les voitures c’est pour les garçons ! » promet d’être interactif, et les participant-e-s sont invités à apporter des catalogues et publicités pour alimenter les échanges : « Je tiens vraiment à faire participer la salle et je voudrais faire réagir les professionnelles de la ludothèque aussi. » Exit les publicités montrant une petite fille en salopette jouant avec des Lego, bienvenue aux jouets bleus et roses trônant fièrement sur les étals des supermarchés. Le « marketing genré » prend de l’ampleur depuis une vingtaine d’années, fait disparaître les jouets mixtes et/ou neutres, les féministes voient rouge et en dénoncent les conséquences.

« Avant, on avait des jouets de toutes les couleurs ! s’insurge l’auteure. Aujourd’hui, pour vendre, on se cache derrière les différences biologiques. Pas si nombreuses que ça en plus ! »

Et c’est cela même contre quoi se bat Jessie Magana, militante pour l’égalité des droits, ancienne « ado rebelle, contre l’ordre établi ». Un caractère qui lui permet de s’interroger sur la nature des discriminations et sur nos représentations individuelles et collectives. Les jeux dits physiques sont porteurs de stéréotypes, c’est un fait : « Et ils introduisent des comportements différents. Si on prend par exemple la cour d’école – et cela est très bien expliqué dans Espace – on voit que les garçons sont au centre avec les jeux de ballon, et les filles autour. La confiance en soi sera forcément différente, le rapport aux autres également. »

Jessie a à chœur de réfléchir et d’échanger autour de cette problématique, donner un accès à tous à l’éducation à l’égalité. « Car c’est simple pour nous, les bobos éduqués. Mais certains n’ont accès qu’au marketing genré », précise-t-elle. Un point important : proposer à l’enfant de jouer à des jeux variés ou avec des objets neutres, « les Kapla sont très bien, par exemple, mais il n’y a pas que ça…». Rien de pire, selon elle, que quelque chose qui va de soi. « Mais attention, il ne s’agit pas de lutter contre qui on est. Il est difficile pour un parent de s’affranchir de son sexe pour jouer avec l’enfant », souligne Jessie Magana.

Consciente du poids de la société, de l’environnement, du matraquage publicitaire, de la pression familiale, elle ne cesse de questionner petits et grands, par l’écrit ou l’oral, à propos de leurs représentations des femmes et des hommes, en espérant que l’évolution sera positive, certaine que cela doit passer par l’éducation à l’égalité.

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  • L’égalité, sur la table et sur les murs

Le 2 mars, la classe de 3e du collège rennais Les Ormeaux inaugurait l’exposition « Le féminisme rennais d’hier et d’aujourd’hui », visible au sein de l’établissement jusqu’au 27 mars. À l’initiative de Claire Mazet, Bruno Genton, professeurs de français et d’histoire, et l’association Histoire du féminisme à Rennes, elle a été réalisée en plusieurs étapes, au fil de l’année, afin de sensibiliser les élèves à l’égalité des sexes.

Après avoir suivi les traces des luttes féministes dans le Rennes des années 70 grâce à une visite guidée, ils ont reçu différents acteurs et actrices des combats pour les droits des femmes : Ghislaine Mesnage, ancienne caissière à Mammouth, ex-membre de la commission Femmes de la CFDT, Olivier Bernard, médecin ayant pratiqué des avortements illégaux à Rennes et Jocelyne Bougeard, ancienne élue aux droits des femmes et à l’égalité, membre du Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes.

« Ils ont été vraiment très intéressés, ils se posent des questions sur l’évolution des droits. J’ai insisté sur l’importance de l’autonomie financière pour les femmes. »
Ghislaine Mesnage, également adhérente d’Histoire du féminisme à Rennes.

Les collégiens et collégiennes ont travaillé en parallèle sur des phrases symboliques de l’égalité et des luttes passées, accrochées sur les murs du collège, à quelques mètres des visuels réalisés par Nelly Kerfanto, photographe et adhérente de l’association féministe. « Les filles faisaient les garçons et inversement. C’était ludique et ils ont pu bosser sur des attitudes assez stéréotypées, ce qui les a amenés à réfléchir », précise-t-elle.

Selon Nelly, l’objectif était de leur transmettre des informations afin de les pousser à la réflexion, de leur donner les moyens de discuter de sujets peu abordés en classe : « c’est casse-gueule, surtout depuis l’ABCD de l’égalité… Mais les gamins ne sont pas idiots, ils ont leur libre arbitre et peuvent agir pour changer les choses. Si aujourd’hui, ils ne saisissent pas toute la complexité du sujet, cela résonnera plus tard en eux. » L’association développe actuellement des outils à destination des scolaires.

  • Espace réduit, dès la cour d’école

La répartition femmes/hommes dans les espaces urbains, publics, privés, etc. démontre souvent les inégalités subsistant entre les sexes. À travers un croquis, Ni, 8 ans et demi (au moment du tournage en juin 2013), dessine sa cour d’école, investie principalement par les jeux de ballons, réservés quasi exclusivement aux garçons. « Ils colonisent la cour », explique la jeune fille dans le court-métrage Espace, réalisé par la grenobloise Éléonor Gilbert. Les petites filles sont alors invitées à occuper les quelques espaces libres, souvent peu aménagés pour prendre ses aises, et à jouer à la corde à sauter, plutôt qu’au football.

« C’est un très beau témoignage. Une parole spontanée qui raconte la géographie du genre et pose des questions essentielles : qu’est-ce qu’être une fille et un garçon ? Quelle représentation de l’espace avons-nous ? », explique Edith Maruejouls, militante féministe et géographe du genre à Bordeaux, à la suite de la diffusion du documentaire, aux Champs Libres en novembre dernier.

Pour la réalisatrice, le discours de Ni est révélateur du « positionnement de l’individu dans l’espace social ». Un positionnement qui s’infiltre dans les esprits dès la petite enfance et nous suit dans nos vies d’adulte. Le 7 mars, les Champs Libres diffuseront à nouveau Espace (en présence d’Éléonor Gilbert) dans le cadre de Documentaires au féminin, organisé par l’association Comptoir du Doc. D’autres moyens et longs métrages, autour de la condition féminine, seront projetés les 7 et 8 mars.

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  • Prendre la rue en mémoire des luttes

Le 25 février, une dizaine de femmes, et un homme, sont réuni-e-s autour des deux chorégraphes rennaises Anne-Karine Lescop et Pénélope Parrau, au centre social Ty Blosn, à proximité du Triangle. Ensemble, le groupe va apprendre et répéter les enchainements qui constitueront la marche chorégraphique dans la cité, à l’initiative du CIDFF 35 (Centre d’Information sur les Droits des Femmes et des Familles) et de l’association Danse à tous les étages.

En effet, le 7 mars, une soixantaine de Rennais-es investira la place de la Mairie, en descandant la rue Le Bastard, pour attirer l’attention des passant-e-s sur les droits des femmes. Mais surtout pour « faire signe », comme l’exprime Anne-karine Lescop, aux femmes qui se sont battues pour les droits d’aujourd’hui, « pour l’avortement, contre les violences, pour l’égalité des salaries, et j’en passe… » Ce soir-là, au Blosne, ça échange, ça discute et ça débat. De la manière dont elles marcheront, de la façon de se comporter, de la conclusion de l’événement…

Ce groupe restreint est un test, un pilote en quelque sorte. « Pour voir si ce que l’on a prévu avec Pénélope fonctionne ou non. Et ensuite, elles seront des « modèles » pour les autres, le jour-J, même si nous répéterons dès 12h30 au théâtre de verdure, dans le parc du Thabor avec tout le monde », explique Anne-Karine. À la file indienne, liées les unes aux autres par les mains, elles marchent lentement en silence, avec de s’enrouler en spirale, afin de former des cercles dans la salle. Puis doucement, elles commencent à chuchoter des phrases. Toutes différentes. « On ne nait pas femme, on le devient », « Mon corps m’appartient », « Femmes, égalité des droits » ou encore « Un esprit libre dans un corps libre » et « Le viol est un crime »…

La rumeur s’élève, le brouhaha s’amplifie, certains mots s’isolent et nous titillent les oreilles, attisent la curiosité, suscitent l’intérêt, les mains se détachent et chaque volontaire exécute des gestes chorégraphiés en lien avec leurs propos. C’est hypnotique, fort et prenant. « Quand tout le monde sera là, ça donnera l’impression d’une manifestation festive », espère Pénélope Parrau. La marche chorégraphique dans la cité relève de la performance artistique sur fond militant.

« Scander un slogan avec une chorégraphie, c’est une affirmation du corps, de sa façon d’être. Quand on fait le geste de s’exposer dans la rue, c’est vraiment affirmer quelque chose de soi. Et la rue appartient à tout le monde ! »
développe Anne-Karine Lescop.

Sans se désigner militantes féministes, les deux chorégraphes souhaitent saluer la mémoire des femmes qui se sont battues pour leurs droits, nos droits. Qui ont eu du caractère et la force d’affronter les luttes d’hier. « On ne les a pas vécu mais cela fait parti d’une mémoire collective. On a eu le droit à l’IVG, avec cette marche, je fais signe à Simone Veil, je la remercie ! », poursuit-elle.

De la reconnaissance tout d’abord mais aussi une mise en garde pour les générations futures. Les droits acquis sont fragiles et nos libertés sont à préserver. La marche aura donc plusieurs niveaux de lecture et d’interprétation et devrait résonner dans les esprits des ancien-ne-s comme dans ceux des plus jeunes qui sont de plus en plus invités à réfléchir autour de la répartition de l’espace public, mal partagé entre les hommes et les femmes.

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Les femmes osent-elles davantage prendre la parole en public ? Quel est le rôle de la parole dans le partage du pouvoir entre les femmes et les hommes ? Mercredi 18 mars, à la Maison Internationale de Rennes, l’association féministe rennaise Questions d’égalité organise une rencontre-débat, autour de temps d’échange et du slam – en partenariat avec Slam Connexion.

L’occasion également pour les membres de l’association de présenter les résultats de leurs observations quant à la répartition de la parole lors d’un conseil municipal en 2014. « Nous ne faisons pas ici de généralité, nous avons assisté à une séance ! », explique Rozenn Moro. Aussi, elles apporteront un éclairage plus large en rendant compte des recherches de Corinne Monnet, féministe ayant déjà consacré plusieurs études à ce sujet. « Nous avons pris le thème à la lettre, nous souhaitons encourager les prises de parole ce soir-là, pour justement trouver des solutions ensemble », conclut Rozenn.

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  • Entre chants partisans et en signes

On peut prendre la parole de différentes façons, sur différents rythmes… Et pourquoi pas, en chantant. C’est ainsi que MixCité a interprété le thème de ce mois-ci, et imaginé déambuler dans les rues de la ville en entonnant airs féministes et refrains revendicatifs. « Cette année, il y a un décalage avec les événements que l’on peut voir traditionnellement en mars. Notre idée, cette fois, est de prendre de la place dans la rue, dans le bon sens du terme, car c’est toucher plus de monde, et nous sommes à la base une association de rue, nous allons au contact des gens », confie Aude Le Bras chez MixCité.

Très vite, les membres du mouvement féministe ont eu envie de partager leur « Chorale Ambulante » avec 10 Doigts, la compagnie de créations artistiques bilingue langue des signes-français, avec laquelle ils avaient déjà collaboré au Printemps 2014 lors d’un café poussette autour de contes féministes pour enfants. « Intégrer tout le monde, et notamment les personnes avec un handicap, a toujours été une idée forte et très importante pour nous », révèle Aude. Il était par conséquent logique pour MixCité de proposer l’aventure à une minorité, en l’occurrence des femmes sourdes ou malentendantes.

Deux comédiennes se tiendront donc en tête du groupe et traduiront en langage des signes les cinq chansons choisies.

« Contribuer à la Chorale Ambulante Bilingue c’est rendre accessible aux sourd(e)s un événement local, c’est participer à la journée de la Femme – qui nous est chère puisque notre équipe est majoritairement féminine - c’est faire découvrir le chant-signe (chanter en langue des signes) et tout cela sur la place publique, qui, à notre sens, est le premier lieu de transmission et d’échanges pour toutes et tous »
explique Olivia de 10 Doigts.

Le parcours n’est pas défini au mètre prés et variera sans doute au gré des réactions des badauds. La chorale débutera à 10h30 au métro Sainte-Anne. Elle cheminera jusqu’au marché des Lices où elle fera une « halte en chansons » sans doute en haut des escaliers, avant de revenir sur ses pas et de prendre la direction de la place du Parlement pour s’arrêter au Thabor vers 12h où elle doit retrouver la Chorégraphie Ambulante.

Et que chantera-t-on ce 7 mars ? « L’Hymne des femmes, La Vaisselle et La Reine du Créneau d’Anne Sylvestre, Babette du Quartet Buccal (qui raconte un amour lesbien) et la chanson de MixCité, une composition maison un peu provocatrice aux paroles bien tranchantes, sur l’air de La Vie en Rose », sourit Aude.

  • Poésie, intime partage de nos émotions

« Ce n’est pas anodin de prendre la parole en public ». Aurélia Décordé, (sur)chargée - comme elle dit en rigolant - de projet et d’administration pour l’association Slam Connexion, sait bien de quoi elle parle. Quand on aborde le thème choisi cette année pour le 8 mars, elle répond naturellement : « Prendre la parole en public, c’est déjà une démarche engagée. » Et engagée, elle l’est. Pour les droits des femmes, l’égalité des sexes mais aussi pour la défense de l’art qu’est le slam, pour favoriser les échanges entre les individus et les accompagner dans leur expression, écrite ou orale.

« Ce que l’on remarque sur les scènes slam, c’est que certains se livrent, parlent de leur ressenti. Et ce qui marche bien, c’est l’auto-dérision souvent, faire rire de ses défauts… Et d’autres ne se livrent pas, parlent de la pluie, du beau temps. On tend malgré tout vers l’universel, que les paroles soient personnelles ou non. »

Jeudi 12 mars, l’association proposera un espace de partage et d’échanges au Pôle associatif Marbaudais, où se situe le local de Slam Connexion, après un atelier d’expression poétique, qui aura lieu le jour même. En non mixité, les 12 participantes seront invitées à partir des représentations que l’on a des femmes, des hommes, de l’égalité. En individuel et en collectif. Puisque le rapport à l’écriture est différent du rapport à l’oralité, même si tous deux font appel à l’intime. Et puisqu’en non mixité, « tout est possible. »

Aurélia souhaite animer un atelier sans jugement, sans réponse concrète, avec simplement des mots, « on construit des armes, car l’éducation populaire aide à se sentir mieux armée, et les mots sont le premier pouvoir ! » Les femmes pourront, à travers la poésie et l’écriture, exposer des situations d’égalité, de discriminations, de violences, etc. : « Elles seront libres. La thématique c’est « Paroles d’égalité ». Après ce sont elles qui définissent ce qu’elles veulent dire, ce qu’elles ne veulent pas dire, si elles font de la poésie ou non. L’association prône vraiment cette liberté de dire ce que l’on souhaite. »

Et concernant la répartition de la parole entre les femmes et les hommes, hors ateliers non mixtes, l’association balaye volontiers devant sa porte. Plus d’hommes se présentent lors des scènes slam pour déclamer leurs textes mais les femmes sont également présentes « pour dire des choses, ou simplement écouter ». Aurélia Décordé et sa collègue Charlotte Bonnin s’interrogent actuellement sur les raisons qui motivent les femmes à monter sur scène, ou à l’inverse, à rester spectatrices. « Nous souhaitons nous associer à Questions d’égalité qui cherche justement à recueillir des données chiffrées et à les analyser. C’est une vraie question, la question de la légitimité, que nous voulons porter ! », conclut Aurélia.

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  • Parlez-moi d’amour, redites-moi des choses tendres

Et si tout se jouait avec l’éducation et l’amour ? La journaliste et plasticienne Christine Barbedet, la photographe et vidéaste Stéphanie Priou et la dessinatrice Martine Sauvage, en semblent convaincues. Mues par ce postulat de départ, elles sont allées poser appareil photos, caméra et crayons au Blosne - un quartier qu’elles connaissent bien - depuis plusieurs semaines déjà, et comptent s’y installer un temps. « Le mois de la Femme est le point de départ du projet, lequel nécessitait que l’on prépare le terrain et s’inscrira dans la durée », explique Christine Barbedet.

Elle est l’initiatrice de «C’Elles du Blosne racontent», souhaitant, d’une part, pérenniser le travail effectué lors de sa résidence à La Paillette, « Objet qui compte et qui (ra)conte », (lire YEGG n° 24, avril 2014), et interpeller, d’autre part, les femmes sur la transmission faite aux garçons. Car, lors d’un reportage dans le quartier voilà quelques mois, un gamin de 11 ans lui a lancé « dégage, on ne parle pas aux femmes ici ».

Heurtée, elle a réfléchi à la responsabilité des femmes dans ce genre d’attitude. « En combinant les deux, j’ai imaginé le projet « Quel objet messager souhaitez-vous transmettre à votre fils de sang ou de cœur ? », l’idée étant de demander aux femmes du Blosne quel « objet messager » elles aimeraient leur léguer et par là même les interroger et les faire parler sur l’éducation faite aux garçons », explique-t-elle. Ensuite, elle prend des photos et écrit les textes qu’elle exposera.

Christine n’aime pas travailler seule, aussi a-t-elle ouvert sa réflexion à Stéphanie et Martine, dont elle apprécie le travail. La première s’est lancée dans un exercice vidéo sur l’amour, « Mesdames, parlez-nous d’amour », dans lequel elle donne la parole aux femmes afin qu’elles racontent une histoire personnelle, intime, ou plus générale, qu’elles ont vécu ou entendu. La seconde va dessiner « Ce qui nous origine » en captant certains propos recueillis dans le cadre du projet :

« D’habitude, je travaille sur mes racines au travers de dessins aux nombreuses ramifications, qui s’entremêlent. C’est très personnel et très intérieur. Cette fois, je vais m’inspirer des autres pour créer des paysages intérieurs et interroger de façon onirique les racines des femmes rencontrées », raconte Martine.

Les propos, photos et dessins devraient s’exposer sur de grandes bâches modulables et nomades d’1 mètre 20 sur 60 cm, l’idée étant que différents lieux l’abritent. « Nous travaillons avec beaucoup d’associations – Carrefour 18, Ty Blosne, le Centre culturel islamique…etc. – il faut que le dispositif soit visible dans plusieurs endroits, accessible au plus grand nombre », souligne Christine. Car si le projet démarre avec le mois de la Femme, il ira au-delà, il est ainsi envisagé que chaque 8 du mois (pour rappeler le 8 mars) un événement ait lieu.

« C’est un projet et un quartier qui ne s’improvisent pas et qui méritent qu’on prenne le temps, il faut aussi que cela essaime. L’idée est que les femmes se mettent au travail, on veut les inciter à la réflexion et à parler. Nous ne cherchons pas le nombre dans la participation, mais la qualité », ponctue la plasticienne. Les trois artistes croient à la synergie et à l’imbrication aujourd’hui nécessaire entre l’art et le social, en outre, elles sont convaincues que donner la parole aux femmes aujourd’hui n’est pas anodin… A suivre donc.

+ d’infos : http://femmesdublosne.wix.com/2015

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« Prendre la parole, agir », il n’y a pas si longtemps encore, les femmes se sont battues pour cela, rien que pour cela… C’est instantanément ce à quoi Anne-Françoise Taillard, Sophie Regnauld et Françoise Cognet du Collec’Actif Agence Zen Com,  plasticiennes et photographes, ont pensé. « Pour notre génération le combat des suffragettes est très important, nous l’avons toujours à l’esprit. Ce n’est pas évident pour les plus jeunes, elles l’ont oublié ! », précisent-elles en chœur. Navrant, car la conquête n’est pas si vieille, 70 ans cette année, seulement.

Nos trois artistes invitent donc le public à venir déposer dans une urne ses souhaits féminins ou féministes, les changements qu’il aimerait voir venir, ou simplement son regard sur les femmes… Ne se contentant pas de la laisser à disposition de chacun et d’attendre, elles accompagnent leur urne. Cela a débuté le 3 mars avec une lecture de textes féministes. Le lendemain, l’urne était installée à la maison de quartier de la Touche, elle y sera jusqu’au 10 mars.

Ce même jour aura lieu le vernissage d’une exposition mêlant six portraits de femmes dont les actions ont participé à l’émancipation des femmes – Hélène Boucher, Louise Weiss, Hubertine Auclert, Amélie Beaury-Sorel, Louise Bodin et Caroline Rémy dite Séverine – à des œuvres personnelles qui interpellent. Ainsi, Anne-Françoise Taillard a repris une affiche scolaire des années 1960 qui servait aux leçons de vocabulaire. On y voyait un papa lisant le journal dans son fauteuil, aux pieds duquel jouait un petit garçon pendant que sa mère faisait la cuisine et que sa sœur mettait le couvert.

« J’ai tout inversé ! et nommé cela « Le jeu des 7 différences, à vous de les trouver », j’attends de voir les réactions ! », ponctue-t-elle. Sophie Regnauld a choisi l’intime pour évoquer la cause féminine, en l’occurrence sa mère, dont elle expose des photos à plusieurs âges de la vie pour montrer l’effacement progressif d’une femme qui n’a jamais eu la parole. Françoise Cognet présente quant à elle deux montages photos sombres faits de morceaux de femmes repigmentés avec des produits de beauté, et une photo de femmes à la piscine Saint-Georges. On peut aussi y voir une photo d’Annette Miller.