YEGG Magazine

Le féminin rennais nouvelle génération

Juin 2015

Coup de cœur

Déroute esthétique

Blanc. La couleur de la pureté, de la perfection, de la virginité. Blanc. La couleur de l’enfermement, la solitude, la folie. Pourtant, Paloma Fernandez Sobrino, metteure en scène et comédienne associée à L’âge de la tortue, à Rennes, se passionne pour le gris (lire notre interview YEGG #36 – mai 2015 – p.22 et 23). Et c’est ce qu’elle nous montre avec son spectacle Déroute(2), présenté en avant-première dans le théâtre du Vieux St-Etienne, le 15 mai dernier, avec la chanteuse lyrique Justine Curatolo. Inspirée par le vécu de sa grand-mère, mariée à l’église par amour et enfermée dans sa solitude, et les témoignages de nombreuses femmes, l’artiste espagnole explore la capacité d’un individu à s’épanouir et à trouver du bonheur malgré la désillusion. L’esthétique et l’originalité de la proposition vont de pair dans une mise en scène soignée aussi bien au niveau de la disposition intimiste qu’au niveau de la parole, soufflée, murmurée, intense, chantée – en français et en espagnol – et des odeurs de lessive - retour à la propreté et à la pureté – qui nous saisissent les narines et nous ramènent dans les draps vieillis de notre enfance. Tout dans cette création est fait pour nous emporter dans un univers peu familier mais qui résonne dans nos entrailles. Loin d’une leçon moralisatrice, Paloma Fernandez Sobrino et Justine Curatolo – et toute l’équipe – réussissent à nous bercer entre apaisement et violence d’un instant suspendu et déstabilisant. À découvrir lors du festival Les Tombées de la nuit, les 3 et 4 juillet au théâtre La Paillette à Rennes (deux représentations par jour : 17h30 et 19h30).

Coup de gueule

L'égalité pro, on s'en fout ?

1981, François Mitterand est élu. Yvette Roudy devient ministre des Droits des femmes, et instaure en 1983 la loi pour l’égalité entre les femmes et les hommes en entreprise. Plus tard, elle œuvre pour la féminisation des noms de métiers, grades et fonctions, mais aussi pour la parité dans les institutions et la constitution, en créant L’Assemblée des femmes, en signant et initiant plusieurs manifestes en ce sens également, etc. Un matin de mai 2015, Yvette Roudy, 86 ans, se lève, découvre l’actualité et trésaille. On la comprend. L’actuel ministre du Travail, François Rebsamen, propose un projet de loi voué à simplifier le dialogue social. Bémol : les outils de l’égalité professionnelle, tels que le Rapport de Situation Comparée ou la Commission égalité pro’ – visant à analyser les différences entre les femmes et les hommes, permettant de réduire les écarts de salaire - seront supprimés. Les associations féministes montent au créneau, à l’initiative d’Yvette Roudy, et lancent une pétition sur le site #SOS Égalité professionnelle ; le ministre parle de « malentendu » et promet un amendement pour calmer les énervées. Nous pourrions nous essuyer le front et souffler de soulagement, mais non : l’égalité des sexes n’est toujours pas prise en compte par les hommes politiques et constitue une bataille de tous les jours. Aucun droit n’est jamais acquis, loin de là. #Fatigue #Onnelâcherarien