YEGG Magazine

Le féminin rennais nouvelle génération

#Trans2016 : Invitation à des voyages expérimentaux

Célian Ramis

Deuxième soir au Parc expo pour cette 38e édition des Trans Musicales. Retours sur les concerts de The Barberettes, Nova Twins et No Zu, trois propositions riches et intéressantes, néanmoins pas toujours à la hauteur de nos espérances.

THE BARBERETTES – HALL 8 – 00h10

Toutes les trois alignées, bandeaux de couleur dans les cheveux et robes pastel avec petit col Claudine blanc, pas de doute, le trio venu de Corée du Sud entend nous faire voyager dans le temps. Et nous plonger dans les années 40 à 60.

Et même un peu avant puisqu’elles puisent la base de leur formation sur le style barbershop, issu du début du siècle dernier, reposant sur des harmonies vocales a cappella. Ici, elles sont accompagnées par des instruments mais conservent l’esprit d’un style né chez les barbiers qui influencera par la suite le doo-wop.

Les Barberettes ont un air malicieux, une tenue et une coiffure impeccables et un sourire large. Leur manière de chanter et d’exécuter quelques mouvements synchronisés de danse n’est pas sans rappeler les trios ou quatuors féminins de la première moitié du 19e siècle, à l’instar des Ronettes qu’elles reprennent parmi les premières chansons du set.

Et Be my baby est d’office un succès. Le public n’hésite pas à joyeusement le reprendre en chœur avec les trois vocalistes qui s’inspirent également des Chordettes, de The Andrew Sisters ou des Kim Sisters pour ne citer que quelques unes de leurs influences. Dans la foule, ça danse et ça twiste même à certains moments.

La musique choisie pour les reprises coïncide évidemment avec l’univers choisi. L’univers de la culture populaire des années 50 et 60.

Les chanteuses coréennes alternent entre titres pop venus des Etats-Unis et de Corée. Et c’est là sans doute leur atout, de nous faire voyager et découvrir une culture peu connue en France (et même de nous faire découvrir notre propre répertoire en reprenant la chanson française Pop art de Tienou).

Car en dépit du fait qu’il est fortement appréciable de bouger son corps sur des morceaux aussi identifiés à une époque ou à des films pour certains, il est parfois difficile de comprendre ce que le trio apporte de différent et de singulier par rapport aux versions originales.

Les reprises sont parfois trop fidèles aux morceaux que l’on connaît déjà bien et on finit par se lasser.

Le trio garde malgré tout l’attention du public grâce à l’esthétique sonore des harmonies vocales qui s’adaptent parfaitement à leur voix soul, leur musique jazzy et leur côté un peu gospel.

On aimerait entendre leurs arrangements, leurs adaptations personnelles. Heureusement, la fin du concert laisse place à des compositions du trio qui semble alors plus à l’aise et ose davantage se lâcher. Les trois membres des Barberettes se révèlent alors dans une plus grande liberté que celle qui les confinait jusqu’ici dans l’ombre de leurs idoles.

Les sonorités, naturellement, sont plus modernes en cela qu’elles échappent au mimétisme de l’époque adulée et correspond plus à une réalité actuelle.

Le plaisir est présent et on se sent embarqué-e-s dans un univers simplement créé et non recréé. Dommage qu’il ait fallu attendre les dernières minutes du concert.

 

NOVA TWINS – HALL 3 – 1H10

Amy Love et Georgia South ne sont pas réellement sœurs mais peut-être âmes sœurs de cœur. À la manière de Thelma et Louise, à qui elles font référence dans une de leurs chansons. De véritables acolytes dans la musique et dans le besoin d’exprimer leur intériorité.

Et ça, elles ne s’éterniseront pas à nous le faire comprendre. Arrivées sur scène, munies d’une guitare et d’une basse, elles envoient dès les premières notes, soutenues par la puissance de la batterie, un avertissement : ici pas de chiqué, ce sera féroce et viscéral ou ça ne sera pas.

Le flow est lancé et il se déverse à vive allure, signe d’une contestation depuis longtemps nourrie de hargne et de volonté.

La volonté de ne pas se taire. Au contraire, de se battre, la tête haute et le bras en l’air. Le phrasé hip hop de la chanteuse impressionne, se confrontant frontalement à une musique agressive et puissante.

Cinglante et rock. Les britanniques de Nova Twins qualifient leur style de punk urbain. Et ça fonctionne.

Pas étonnant donc pour ce duo avide d’explorations et d’expérimentations de puiser dans différents genres composant l’underground londonien. Et de se laisser glisser par conséquent vers le grime, qui mêle au garage de la dance et de l’électro.

Le public est instantanément séduit et se fait embarquer dans des lignes électro avec un panache incroyable.

Leur énergie paraît sans limite. Des deux musiciennes se dégage un esprit rebelle, provocateur et guerrier. Sans forcer. Sans bouger dans tous les sens, elles captent l’attention, intègrent leur dynamisme et leur message à leur corporalité et savent les partager.

Le hall est rapidement blindé et de tous les côtés, ça danse, ça bouge, ça scrute. Personne ne semble rester indifférent à la proposition.

La performance des Nova Twins est sans faille. Elles démontrent toutes les deux, dans leur domaine, que ce soit par le chant ou à la basse, une maitrise totale de leur instrument. Elles savent où elles vont et savent où elles veulent en venir.

L’envie d’y aller et la verve combattive apparaissent comme l’essence même du projet musical et cet esprit se propage comme une trainée de poudre entre les rangs serrés et bouillonnants de la fosse.

Quarante minutes ne suffiront pas à les rassasier et nous non plus. On aurait voulu continuer une partie de la soirée à les regarder contrôler la scène.

Mais on se contentera d’un show dément complètement subjuguant dont la musique et l’attitude des Nova Twins résonneront dans notre tête et notre corps encore plusieurs heures après leur passage dans le hall 3.

 

NO ZU – HALL 9 – 2H

C’est donc l’esprit prêt à recevoir de nouvelles sensations et énergies que l’on se dirige vers le hall 9 qui accueille alors l’octuor australien No Zu. Un enthousiasme qui retombera comme un soufflet.

Pourtant, leur projet serait plutôt du genre intéressant et carrément transcendant s’il n’était pas répétitif et interminable…

Dès leur installation, le groupe s’affiche en tribu déjantée prise entre sonorités orientales, percussions, cuivres et chant ou incantation, peut-être plus. Ils appellent ça du heat beat et à ce niveau-là on leur fait confiance.

La scène est alors assiégée de sonorités très riches et mouvements incessants des musiciens qui bougent et dansent de manière viscérale.

Ça sonne jazzy et ça groove pas mal. Mais les morceaux sont longs et tournent en boucle. Les vocalises syncopées de la chanteuse, alliées à la voix samplée d’un des percussionnistes, dérangent l’oreille et percent les tympans.

On est alors assailli-e-s d’un sentiment de malaise, d’insécurité. Un sentiment désagréable qui nous donne envie de prendre la poudre d’escampette.

Malgré tout, on reste le cul vissé dans notre fauteuil. Car No Zu propose quelque chose d’unique, d’intriguant. Une techno tribale, un funk chamanique.

Sur le papier, on adhère aisément au projet. Mais en live, l’effet est perturbant.

Et au-delà de la déroute, la répétition des boucles, le peu de présence au micro de la chanteuse - qui passera plus de temps à se dandiner derrière - et la voix d’outre-tombe interfèrent avec notre enthousiasme initial. On aurait voulu apprécier l’instant mais au lieu de sauter au milieu de la foule, on reste hermétique aux créations présentées.