YEGG Magazine

Le féminin rennais nouvelle génération

Mai 2017

Coup de cœur

Un succulent réveil théâtral

Des journées qui commencent comme celle du 7 avril, on en voudrait beaucoup plus souvent. Alors que les premiers rayons matinaux percent les feuillages qui bordent le carré Duguesclin, la compagnie brestoise Dérézo concocte un petit-déjeuner gourmand et littéraire, à déguster dans le magic Mirror, installé dans le parc du Thabor à l’occasion du festival Mythos.

Anaïs Cloarec et Véronique Héliès, talentueuses actrices-cordons bleus, accueillent les sorti-e-s du lit autour de leur comptoir en bois, proposent thé, café, chocolat chaud, viennoiseries, œufs, jambon, tartines de confiture et jus d’oranges pressées. Ainsi, une trentaine de personnes partagent l’instant intime et néanmoins commun à chacun-e du breakfast, moment encore empreint de la nostalgie du lit, des rêves et des draps et pourtant si plein de promesses et de possibilités se profilant à l’horizon d’une journée nouvelle.

On casse l’angoisse de l’inconnu à venir ainsi que le jeûne, et non le jeune - « d’où l’importance de l’accent circonflexe » -, en écoutant les deux cheffes-comédiennes converser sur la dichotomie de la langue, l’art des astres et les nouvelles fraiches étalées dans la presse. Et en dégustant des madeleines faites maison, on les écoute réciter Proust, s’abreuver des Miscéllanées de Monsieur Schott et se nourrir de la singularité de la paradoxale poésie matinale. Un délice !

Coup de gueule

À quel point sommes-nous irresponsables ?

Mais bordel, qu’est-ce qui ne tourne pas rond dans ce bas monde ? Comment peut-on encore en 2017 cultiver la haine et la peur de la différence et de l’autre ? Début avril, le journal indépendant russe Navaïa Gazeta a révélé, à travers une enquête illustrée de témoignages, une vague de persécutions envers des hommes supposés homosexuels en Tchétchénie, emprisonnés et torturés.

Certains parlent même de camp de concentration. « Il est difficile de faire le point sur ce qui est vrai », déclare Selene Tonon, présidente du CGLBT Rennes, lors du rassemblement de soutien organisé le 25 avril, place de la Mairie. Elle rappelle en revanche que les persécutions homophobes du pouvoir en place, « ça, c’est la réalité. » Tout comme la mort de trois hommes dans cette affaire. Le gouvernement tchéchène dément alors, argumentant que les homosexuels n’existent pas sur le territoire puisque dans l’éventualité où ce serait le cas, ils seraient assassinés par leurs familles.

Aucun mot n’est assez fort pour décrire l’horreur du discours et surtout de la situation. On ne peut que naïvement se demander « pourquoi ? » mais on ne peut se satisfaire d’aucune réponse. Notre irresponsabilité, passant par l’inaction, le laisser dire et le laisser faire – comme tel est le cas pour la Manif pour tous en France – conduit non seulement à la haine des autres mais aussi à la haine de soi, causant assassinats et suicides. Pourquoi ?