YEGG Magazine

Le féminin rennais nouvelle génération

Septembre 2018

Coup de cœur

Nanette, un seule-en-scène brillant et bouleversant

« J’ai fondé ma carrière sur l’autodérision. C’est la base de ma carrière. Et je n’ai plus envie. Parce que vous comprenez ce que signifie l’autodérision quand ça vient de quelqu’un qui est déjà en marge ? Ce n’est pas de l’humilité, c’est de l’humiliation. Je me rabaisse pour parler, pour obtenir le droit de parler. Et c’est terminé. »

Jamais auparavant un spectacle comique nous avait fait pleurer. Avec Nanette, c’est chose faite. La spécialiste australienne du stand-up Hannah Gadsby, qui a quitté la Tasmanie – où l’homosexualité était un crime jusqu’en 1997 - quand elle a appris qu’elle était « un peu lesbienne », explose et décortique les codes de la comédie pour créer une œuvre coup de poing extrêmement brillante et viscéralement bouleversante.

Parce qu’elle parle sans filtre avec les tripes d’une femme discriminée et blessée, profondément marquée par la tristesse et la colère. De ses émotions et expériences, elle en tire des réflexions politiques, engagées et humanistes.

« Trump, Picasso, Bill Cosby, Harvey Weinstein, Woody Allen, Polanski… Ces hommes ne sont pas des exceptions, ils sont la règle. Ce ne sont pas des individus, ce sont nos histoires. (…) Ces hommes contrôlent nos histoires. Et pourtant, leur lien avec leur humanité réduit à vue d’œil et ça ne nous dérange pas tant qu’ils conservent leur précieuse réputation. Réputation mon cul ! Le recul est un don du ciel. », scande-t-elle avec force. Entre soulagement, indignation, empathie et remise en question, Hannah Gadsby frappe là où il faut et comme il faut. Avec intelligence et hargne.

Coup de gueule

Le sexisme, discipline sportive à part entière

De sa tombe, Pierre de Coubertin – restaurateur des Jeux Olympiques en 1894 et fondateur du Comité International Olympique – doit se réjouir. Lui qui se proclamait en faveur de la colonisation et contre l’intégration des femmes aux JO serait certainement fier de constater que le monde du sport reste raciste et misogyne.

Dernière preuve en date : l’inutile polémique sur la tenue portée par l’une des plus grandes joueuses de tennis au monde, Serena Williams – qui se sentait comme « une princesse guerrière dedans » - lors de l’édition 2018 de Roland-Garros. Fin août, dans une interview accordée à Tennis Magazine, le président de la Fédération Française de Tennis, Bernard Giudicelli, ne revient pas sur les performances de la sportive mais sur sa combinaison noire à ceinture rose, expliquant que ce type de tenue ne sera plus accepté sur le court. Parce qu’il « faut respecter le jeu et l’endroit. »

L’hypocrisie est grande : nombreux sont les joueurs à avoir fait sensation, et toujours l’objet d’une bonne communication et diffusion, avec leurs styles décalés. Ici, une joueuse se détourne de la jolie jupette et elle se voit critiquée de manière péjorative… Le fait qu’elle se sente puissante dans une tenue confortable, favorisant la circulation sanguine et faisant référence au film Black Panther serait-il à ce point irritant pour les dirigeants d’une fédération sportive ?

Serena Williams a tenté d’apaiser le débat, justifiant le port de ce vêtement en raison d’une complication post-partum. Aurait-elle dû le révéler avant ? On s’en fout, là n'est pas la question, elle fait ce qu’elle veut, merde. Et comme une actualité sexiste en chasse une autre, on apprend au moment de boucler ce numéro que la joueuse française Alizé Cornet a reçu un avertissement pour avoir retiré son maillot, qui était à l’envers. La sanction provient d’un article du règlement du tournoi newyorkais (US Open) qui ne s’applique qu’aux femmes. Décidément…