YEGG Magazine

Le féminin rennais nouvelle génération

Septembre 2019

Coup de cœur

Les crocodiles sont toujours là

En soi, ce n’est pas une bonne nouvelle. Rembobinons : en 2012, Thomas Mathieu découvre le documentaire de Sophie Peeters, Femme de la rue, et questionne ses amies quant à leurs vécus personnels. Il constate alors qu’elles aussi vivent le sexisme au quotidien, s’exprimant à travers un harcèlement de rue allant du « Vous êtes charmante » aux agressions sexuelles et viols, en passant par les insultes.

Il lance le tumblr Le projet crocodiles, basé sur des témoignages, dont le premier album paraît en 2014. Cinq ans plus tard, le remarquable tumblr Paye ta schnek a marqué toute une génération d’individus, tout comme #metoo et toutes les frasques autour de l’exercice et de l’omniprésence de la domination masculine dans les espaces public et privé.

Le 18 septembre 2019, aux éditions Casterman,Les crocodiles sont toujours là. L’ouvrage, signé Juliette Boutant et Thomas Mathieu, relate précisément ce fléau. Dans la rue, les transports, au travail, chez les professionnel-le-s de la santé ou encore chez les forces de l’ordre… Les actes sont terribles, terrifiants, glaçants, gerbants.

Mais cette BD au parti pris clair et franc nous rappelle que nous ne sommes pas seul-e-s à subir ces agressions à cause desquelles nous mettons en place les stratégies d’évitement. Tout comme les livres d’Emma, faire circuler Les crocodiles entre les mains et les cerveaux vaut sans doute mieux que de vains discours énergivores, face aux plus ou moins sceptiques, concernant l’importance des luttes féministes (et la putain de différence entre la drague et le harcèlement !). 

Coup de gueule

Lourdes peines... Toujours pour les femmes !

« Je pense que jamais un gouvernement ne s’est autant mobilisé sur ce sujet », a déclaré le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner, le 17 septembre dernier à propos des féminicides. Pourtant, à l’heure où nous bouclons ce numéro, 106 femmes sont mortes, tuées par leurs ex-compagnons ou compagnons. Chaque année, elles sont environ 130 à décéder parce qu’elles sont des femmes.

Non, Monsieur le ministre, on ne peut pas dire que le gouvernement soit mobilisé dans les actes contre ce massacre sexiste. Nous ne voulons plus compter nos mortes, comme le signalent les messages affichés sur les murs de plusieurs villes, dont Rennes, à l’initiative d'un collectif de militantes contre les féminicides.

Ni celles qui sont assassinées, ni celles que le corps médical aurait négligé en raison de leur sexe, identité de genre, orientation sexuelle et/ou de leurs origines réelles ou supposées. Ni celles qui décèdent des LGBTIphobies ou des suites d’un avortement clandestin (on pense fort aux Equatoriennes, dont le Parlement vient de refuser la dépénalisation de l’avortement).

Elles meurent dans l’indifférence et dans l’impunité la plus totale. Mais quand au Salvador, les femmes font une fausse couche, elles peuvent être jugées pour homicide (c’est d’ailleurs l’objet du documentaire Volar Lejos de Celina Escher). En 2018, elles étaient 26 à être incarcérées pour ce motif.

Le contrôle exercé sur le corps des femmes est immense et omniprésent. Partout. Mobilisons-nous contre les violences faites aux femmes le 23 novembre à Paris et à Rennes et le 28 septembre, à Rennes, pour le droit à l’avortement, légal et gratuit, pour tou-te-s.