À l’occasion du festival Mythos, Mina Tindle offre une respiration nouvelle. Un espace pour reprendre son souffle, ralentir et prendre soin de soi. Vendredi 3 avril, l’artiste envoutait le public de sa musique pop folk intimiste et planante.
Dès les premières notes, elle donne le ton : son spectacle est une invitation au lâcher-prise et à l’écoute méditative. La douceur et la légèreté nous enveloppent instantanément de par la musique aérienne et l’atmosphère évanescente qui s’installent dans nos corps et esprits. C’est un cocon sonore que l’artiste crée et dans lequel elle nous glisse avec générosité et bienveillance.
UNE PARENTHÈSE PRÉCIEUSE
Entre deux chansons, Mina Tindle s’assure que tout le monde va bien. Elle partage quelques mots rapides, souvent très courts. Non pas par timidité ou manque d’inspiration. Au contraire, elle le dit, elle est très bavarde et risquerait de ne plus s’arrêter. Elle préfère partager sa musique avec le public, « venu pour ça » avant tout. Elle s’exprime dans son art accompagné des guitares et tisse une toile sensible où chaque morceau offre une respiration, un instant apaisant. « Il me semble que c’est une chose précieuse de jouer ensemble », souligne-t-elle, avant de laisser sa musique parler dans une parenthèse appréciée. L’imaginaire domine dans ce voyage de contemplation. On s’évade, on se laisse voguer, sans opposer aucune résistance. On ferme les yeux et on flotte.
C’est la magie de Mina Tindle, pseudo derrière lequel se cache Pauline de Lassus, autrice-compositrice qui manie l’art de la pop-folk intime, aussi bien en français qu’en anglais. Après 5 années éloignée du tumulte de la scène musicale, elle revient avec un nouvel album, Compass Rosa, décrit comme une boussole émotionnelle guidée par la mémoire et les liens intimes. Son besoin de se recentrer face au bruit du monde, on le perçoit dans une intense délicatesse. Tout en sensibilité, cet opus se ressent dans toutes les cellules du corps. Elle partage ses fragilités et crée une force invisible qui circule dans l’air et fédère les esprits. Son titre « Lady », sorti le jour-même, s’inscrit dans cette continuité. Comme un cadeau ou une confidence au public, il prolonge cet effet d’instant rare et suspendu.
AU RALENTI
Tout est ralenti ce soir-là dans le Magic Mirror. Ce qui nous saisit, c’est cette capacité qu’elle a, Mina Tindle, à rendre palpable l’indicible. Dans l’air, des étoiles étincelantes se matérialisent. On quitte la brutalité de notre plan pour pénétrer dans une bulle protectrice et nourrissante. La parenthèse dans laquelle nous sommes invité-es à prendre part est une ressource pour la suite. On oublie le dehors pour se blottir dans le calme intérieur, malgré la chaleur étouffante et le fracas de l’actualité. Elle nous extirpe sans violence de la condition humaine et on fait corps avec sa proposition artistique, sans se poser de questions. On lâche prise, on se détend et on étend le temps. On libère nos pensées.
Son univers, qu’elle façonne dans cet album aux côtés notamment de Sufjan Stevens et Bryce Dessner, ancre cette douceur et tendresse dans une forme de résistance. Une manière d’exprimer et réparer les failles, sans les nier ou les minimiser. Sans les chasser du système de pensées mais en anéantissant le monde de la binarité au profit de quelque chose de plus vaste et de plus nuancé. On contemple les visages, les silhouettes, le plafond illuminé, les contrastes qui s’en dégagent, l’infinité des possibilités. On ralentit, on respire et, dans l’ouverture de cette accalmie, de cette invitation à la décélération, on se recentre. Sur l’essentiel, sur le précieux. Sur la simplicité. Mina Tindle, c’est un souffle, une expérience pour descendre doucement au plus profond de soi et pour se connecter durablement avec ce qui nous entoure. Entre douceur, sérénité et poésie, l’artiste offre une ode au silence dans le vacarme du monde, à la force dans la délicatesse et la fragilité et à l’union dans une société distordue.