Chez nous - Lucas Belvaux

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À travers le regard aigue du cinéaste qui scrute son personnage, c’est bien la pensée et l’argumentaire du parti d’extrême droite qui sont visés.
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Pauline, une jeune infirmière qui vit dans le Nord Pas-de-Calais, s’occupe seule de ses deux enfants et de son père malade ancien métallurgiste. Dévouée et généreuse elle est très appréciée par les patients qu’elle soigne. Héroïne du quotidien, Pauline est une femme courageuse au sein d’une population durement touchée par l’isolement, la précarité et le chômage.

Habitante d’une petite commune située entre Lens et Lille, elle est repérée par les cadres du parti populiste appelé le Bloc. À l'approche de l'élection locale, ces derniers la poussent à se présenter en tête de liste du parti aux élections municipales. D'abord, abasourdie et réticente, la jeune infirmière se laissera par la suite charmer et convaincre d’entrer en politique.

Dès lors le parcours va s’annoncer mouvementé et plein de surprises. Séduite par le discours, le parti nationaliste et d’extrême droite finira par créer le malaise auprès de la novice en politique. Lucas Belvaux filme une fois encore, après Pas son Genre, le nord de la France. Le réalisateur filme l’instrumentalisation d’une jeune femme à des fins politiques. Investi, le récit du film est bien là pour véhiculer un discours, illustrer un type d'électeurs et dénoncer un radicalisme.

Si le parti ressemble trait pour trait au Front National, Lucas Belvaux persiste et signe un réquisitoire très critique à l’égard de celui-ci. À travers le regard aigue du cinéaste qui scrute son personnage, c’est bien la pensée et l’argumentaire du parti d’extrême droite qui sont visés.

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Fleur de tonnerre - Stéphanie Pillonca

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Loin d’une démonstration d’acting, la talentueuse Déborah François incarne ici une Fleur de tonnerre multiple et complexe, traumatisée, malmenée, mais aussi sensible, dévouée, machiavélique et angoissante.
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En 1803, dans le Morbihan, nait Hélène Jégado. Surnommée Fleur de tonnerre par sa mère, une femme froide et apathique, elle passe son enfance à ressentir la vibration des pierres bretonnes et à écouter les sombres légendes que ses parents partagent lors des veillées. En grandissant, Hélène devient cuisinière.

Partout où elle passe, elle sème la mort, convaincue d’être au service de l’Ankou, l’ouvrier de la mort, allant même jusqu’à devenir cet être morbide. Elle sera guillotinée à Rennes, sur la place du Champs de Mars, en février 1852. C’est en lisant le livre de Jean Teulé, Fleur de tonnerre, que Stéphanie Pillonca décide de l’adapter au cinéma, optant davantage pour le développement humain de la plus grande empoisonneuse française.

Loin d’une démonstration d’acting, la talentueuse Déborah François incarne ici une Fleur de tonnerre multiple et complexe, traumatisée, malmenée, mais aussi sensible, dévouée, machiavélique et angoissante. Pour son premier long-métrage de fiction, la réalisatrice fait des choix audacieux, tant dans sa réécriture que dans le casting ainsi que dans le contexte historique et social qu’elle retrace en filigrane des souvenirs livrés par Hélène Jégado au juge Vannier quelques jours avant son exécution. Une œuvre brillamment orchestrée.

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Primaire - Hélène Angel

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Les qualités que l'on connaît et reconnaît de Sara Forestier dans tous ses rôles sans exception ne suffisent à effacer les traits caricaturaux de cette histoire un peu trop fouillie.
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Florence est professeure des écoles à Grenoble et se dévoue corps et âme pour ses élèves de CM2, vivant une période charnière de leur scolarité. Et lorsqu’elle rencontre Sacha, un élève d’une autre classe en grande difficulté, notamment au niveau familial, elle redouble d’engagement pour aider cet enfant, délaissant sa vie de femme ainsi que son fils.

Ces quelques semaines d’acharnement la pousseront à remettre en question sa vocation professionnelle. Au-delà des valeurs qui animent profondément cette institutrice au mépris de sa propre vie sociale et familiale, la réalisatrice souhaite présenter le portrait d’une femme résolument passionnée.

À ce niveau, Sara Forestier défend avec talent et justesse le personnage de Florence. Pourtant, les qualités qu’on lui connaît et reconnaît dans tous ses rôles sans exception ne suffisent à effacer les traits caricaturaux de cette histoire un peu trop fouillie, de par les multiples angles qui sont traités entre sa vie de professeure seule contre tou-te-s, de femme célibataire séduite par l’ex beau-père de Sacha encore quelque peu adolescent dans sa tête et sa vie de mère imparfaite.

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La fille de Brest - Emmanuelle Bercot

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Si la dimension du film est parfois un peu technique, la réalisatrice met en scène le sujet à travers un récit hyper rythmé et conçu comme un thriller. Un film poignant et nécessaire.
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Irène Frachon est une pneumologue de l’hôpital de Brest. Au fil de ses recherches elle découvre que le Mediator, un médicament vendu depuis 30 ans, aurait des effets secondaires et conséquences graves sur la santé des patients qui s’en font prescrire. Il serait même responsable d’un certain nombre de morts.

Décidée à révéler l’affaire aux institutions médicales et aux médias, elle entre dans un combat titanesque et redoutable. Les embuches et manœuvres douteuses contre son entreprise sont le symbole d’une lutte contre vents et marrées. Épaulée par un chercheur, le docteur Le Bihan, elle se lance dans cet affrontement contre le laboratoire qui commercialise le médicament afin de le faire interdire à la vente.

Une volonté à toute épreuve mais qui se heurtera tout de même à sa hiérarchie ne souhaitant pas froisser une entreprise qui finance la recherche. Derrière une interprétation tout en finesse de Sidse Babett Knudsen, Emmanuelle Bercot réussit très bien à nous plonger au cœur d’un scandale sanitaire.

Un film coup de poing sur cette femme qui cherche à faire triompher la vérité. Sous une masse d’informations techniques et médicales la réalisatrice parvient à mettre en lumière le combat du pot de terre contre le pot de fer. Si la dimension du film est parfois un peu technique, la réalisatrice met en scène le sujet à travers un récit hyper rythmé et conçu comme un thriller. Un film poignant et nécessaire.

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Captain Fantastic - Matt Ross

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L’œuvre est un road-movie irradiant de bonheur et de joie de vivre. Une œuvre sensible au point de vue fort entre comédie et tragédie au paradis des alters.
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Ben et sa femme vivent avec leurs six enfants en quasi autarcie sur des terres en forêt qu’ils ont acheté dix ans auparavant. L’éducation des enfants est au cœur du système de réflexion des parents. Une famille unie qui se paye le luxe d’ignorer le roi dollar au pays du libéralisme économique. Isolé du monde, Ben est un père dévoué à ses enfants. Le développement du corps et de la pensée domine leur mode de vie.

Ils font pousser leurs légumes et chassent selon leurs besoins. Les enfants sont extrêmement cultivés et aussi bien calés en physique qu’en philosophie ou littérature. Si ces choix marginaux les mettent à l’écart de la société, Ben et sa femme ont produit des enfants prodigieux de par leur vivacité et vision du monde.

Le ciment fédérateur de cette famille va s’effriter lorsque la mère de famille, souffrant d’une maladie psychique, met fin à ses jours. La question de respecter ses derniers vœux pour ses funérailles est délicate. Après débat et sentiment d’injustice partagé par l’ensemble des enfants, Ben et ses derniers se mettront en marche vers le Nouveau Mexique afin de faire respecter les dernières volontés bouddhistes de leur chère et tendre mère et femme.

Traverser le pays donnera lieu à une série de micro séismes qui ébranleront les convictions utopiques des membres de la famille. L’œuvre est un road-movie irradiant de bonheur et de joie de vivre. L’acting de Viggo Mortensen est empreint d’un charisme bouleversant. Une œuvre sensible au point de vue fort entre comédie et tragédie au paradis des alters.

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Juste la fin du monde - Xavier Dolan

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Entre drame et comédie, on reconnaît bien là la signature du jeune prodige du cinéma. Xavier Dolan jette comme à son habitude le spectateur au sein de conflits internes au lourd passif de non-dits et de forts sentiments.
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Louis, écrivain à succès, sait qu’il ne lui reste que peu de temps à vivre. Décidé à le révéler à sa famille, il entame un voyage et traverse son pays natal pour rejoindre sa famille. Après 12 années d’absence il retrouve sa mère, son frère et sa sœur pour une journée dans la demeure familiale. Dès son arrivée Louis sent que l’ambiance est électrique et que chacun à des choses à dire.

Alors que sa mère a tout mis en œuvre pour organiser une réunion familiale sous les meilleurs auspices, Antoine son frère est querelleur et provocant et sa sœur Suzanne essaye avec nervosité et maladresse de mieux connaître ce frère prodige mais qui a tant brillé par sa quasi disparition.

Le sixième film de Xavier Dolan est le premier qui ne résonne pas avec l’accent québécois et pour cause tous les acteurs sont français. Entre drame et comédie qui a fait le succès de ses précédents films on reconnaît bien là la signature du jeune prodige du cinéma. Si l’adaptation de la pièce de théâtre Juste la fin du monde de Jean-Luc Lagarce est une prise de risque pour le réalisateur, l’intrigue minimaliste et les choix de mises en scène sont de vrais partis pris.

Xavier Dolan jette comme à son habitude le spectateur au sein de conflits internes au lourd passif de non-dits et de forts sentiments. Si le déjeuner de famille houleux peut quelque peu épuiser par sa longueur et le bâillonnement du rôle de Louis, il n’en reste pas moins puissant et indéniablement fascinant.

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Divines - Houda Benyamina

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Divines est une bourrasque passant du tragique au comique et de la chronique sociale au polar haute tension. Un film coup de poing bien dans son époque.
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Dounia vit dans une cité en bordure de l'A3 et passe ses journées avec sa meilleure amie Maimouna. Pour s’en sortir elles volent des bonbons et sodas au supermarché du coin qu’elles revendent à la récréation de leur lycée. Mais cette vie ne les fait pas rêver. Passer son BEP accueil n’a rien de captivant pour ses deux gamines des quartiers qui rêvent d’argent facile.

Elles rencontrent alors Rebecca, une dealeuse du quartier très respectée qui fait travailler bon nombre de petits malfrats. Rebecca va leur donner l’opportunité de faire leurs preuves. Dounia va alors gravir peu à peu les échelons jusqu’à avoir de réelles responsabilités au sein de la petite entreprise de la caïd Rebecca.

La force et l’énergie de Divines s’expriment à travers les dialogues enflammés et le talent frais et éblouissant de ses actrices. Le film de Houda Benyamina se réapproprie les codes du film de cité en les féminisant. Le film est social et politique. Si les filles ne se satisfont pas des prêches de la mosquée elles préfèrent et choisissent la réhabilitation à travers l’argent roi.

Gagnées par le capitalisme, voitures de sport, ray ban, parfum et voyages, elles finiront par en dégringoler brutalement, selon un dur discours d’apprentissage. Divines est une bourrasque passant du tragique au comique et de la chronique sociale au polar haute tension. Un film coup de poing bien dans son époque.

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L'effet aquatique - Solveig Anspach

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L'alchimie quasi parfaite entre le rythme et les personnages provoque le rire. Cette œuvre est marquée par la sincérité de sa créatrice, Solveig Anspach, qui aura marqué la grande histoire du cinéma.
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Entre Samir, grutier, et Agathe, maître-nageuse, naît une histoire d’amour. Cette histoire trouve son point de départ à la piscine municipale de Montreuil en banlieue parisienne. Samir qui a remarqué la très surprenante Agathe la suit sur son lieu de travail et va feindre ne pas savoir nager afin d’avoir des cours particuliers avec elle.

En quête de séduction et bien décidé à ne pas lâcher celle qui le chamboule tant, Samir prolongera l’histoire en Islande où se tient le congrès international des maîtres-nageurs. Si la relation atypique et basée sur le mensonge a bien mal démarré, elle trouvera grâce au cœur des sources chaudes de l’Islande. Solveig Anspach propose une formidable histoire d’amour poétique.

Si la réalisatrice signe l’un de ses plus beaux films, la réussite de celui-ci tient en la facilité d’avoir su allier simplicité, humour et émotion. Les situations cocasses et délicates sont interprétées à merveilles par les deux acteurs principaux du film, Samir Guesmi et Florence Loiret-Caille. Entre situations de la vie quotidienne et humanité brute l’auteure dépeint une romance pas tout à fait comme les autres.

Une alchimie quasi parfaite entre le rythme et les personnages qui provoque le rire. Cette œuvre est marquée par la sincérité de sa créatrice. Solveig Anspach signe un film posthume toujours et comme le reste de sa cinématographie, avec bienveillance et singularité. Une femme qui aura marqué la grande histoire du cinéma.

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Dégradé - Arab et Tarzan Nasser

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Aborder les joies et peines des femmes palestiniennes, malgré des personnages un peu caricaturaux, semble être l’objet assumé de ce premier film audacieux. Un film plein de lumière qui sensibilise.
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Dans la bande Gaza de nos jours, le salon de beauté de Christine, jeune immigrée russe, déborde de clientes. C’est toute une mosaïque de femmes de notre époque : une jeune fille en passe de se marier, la mère et la belle-mère de la future mariée, une divorcée amère, une religieuse, une toxicomane lunatique ou encore une femme enceinte et sa sœur.

Comme un havre de paix ce salon est la promesse d’un moment de partage et de détente. L’attention sera pourtant détournée et le moment interrompu par des coups de feux dans la rue. Un conflit entre une famille mafieuse et le Hamas a lieu dans les rues voisines du salon. Prises au piège, les femmes se retrouvent coincées dans le salon. Ce sera pour elles le moment de se dire les choses.

Les esprits s’échauffent et les comptes se règlent. Dégradé est une comédie noire. Si le contexte est éprouvant pour ces femmes, le huit clos prend une tournure tragico-comique. C’est avec beaucoup de sarcasmes que chacune affrontent l’adversité. Les réalisateurs attirent notre regard sur la double peine du peuple palestinien qui subit occupation israélienne et conflit interpalestinien.

Pour ces femmes victimes de la violence qui s’infiltre partout dans leur quotidien, le temps des coquetteries n’échappe hélas pas à la règle. Si les personnages tendent à être quelque peu caricaturaux, aborder les joies et peines des femmes palestiniennes semble être l’objet assumé de ce premier film audacieux. Un film plein de lumière qui sensibilise.

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Julieta - Pedro Almodovar

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Vrai drame aride sur la maternité qui mêle trahison amoureuse, deuil, quête spirituelle et culpabilité, Julieta est une façon habile de dire la fragilité entre les êtres.
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Julieta, la cinquantaine, fait ses valises pour le Portugal et se prépare à quitter Madrid. En couple avec un homme depuis plusieurs années elle redoute la solitude. Mais en quelques instants tout bascule et Julieta ne souhaite plus quitter Madrid. Elle décide de se réinstaller dans son ancien appartement où elle a vécu avec sa fille.

Fruit d’une rencontre avec une amie d’enfance de sa fille Antía, Julieta se voit bouleversée par cette entrevue furtive qui lui en apprend sur sa fille dont elle n’a plus de nouvelle depuis 12 ans. Récit à tiroirs, Pedro Almodovar nous emmène plus tôt dans la vie de Julieta, lorsqu’elle était jeune enseignante et lors de sa rencontre avec le père de sa fille.

Le film traverse la vie d’une mère espagnole de ses 25 à ses 55 ans. Le personnage se met alors à nourrir l’espoir de retrouvailles avec celle-ci. Elle se met alors à écrire ses secrets, ses intentions et ses sentiments sur un carnet, espérant probablement que sa fille puisse les lire un jour. Le cinéaste espagnol signe un drame doté d’une chronologie sophistiquée. La vie mélancolique d’une mère abandonnée par sa fille.

Totalement dénué de l’humour corrosif habituel de Pedro Almodovar, Julieta est un vrai drame aride sur la maternité qui mêle trahison amoureuse, deuil, quête spirituelle et sentiment de culpabilité. Une façon habile de dire la fragilité entre les êtres. Un film riche et qui tend vers la tragédie grecque.

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