Timbuktu - Abderrahmane Sissako

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Une reconstitution de l'occupation réalisée avec une formidable liberté. Une narration libre, quasi chorégraphiée qui pousse le spectateur à s’éveiller et s’interroger.
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Timbuktu raconte le quotidien d’une ville africaine mythique aux confins du Sahara Occidentale aux mains des djihadistes. Comment concilier un rythme de vie ancestrale avec les nouvelles règles de vie des extrémistes religieux venant imposer leur charia et semer la terreur dans des bourgades n’aspirant qu’à vivre en paix ? Toute la beauté du film réside dans ce savant mélange entre horreur et beauté. La photographie superbe met à l’honneur un décor que le réalisateur a pu observer dans ce Mali qu’il connaît bien. Entre les paysages ocre filmés avec une patience infinie et la longue sérénade du fleuve qui traverse les plaines désertiques, Abderrahmane Sissako nous fait aimer ce cadre enchanteur. Pour autant, c’est avec la même énergie qu’il s’en prend aux salafistes, se postant au chevet des interdits, il filme l’oppresseur et le résistant avec distanciation, use de la rupture de tons et d’un humour osé et téméraire. Timbuktu rend grâce aux femmes, intrépides et premières victimes des djihadistes, en appelle à leur courage et à la course à la vie. La ville tombée en 2012 aux mains des intégristes puis reprise en janvier 2013 par les français et maliens est le théâtre d’une actualité brûlante très vite recyclée en sujet de film par le réalisateur mauritanien. Il reconstitue cette occupation pour le grand écran et il le fait avec une formidable liberté. Une narration libre, quasi chorégraphiée qui pousse le spectateur à s’éveiller et s’interroger.

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Les héritiers - Marie-Castille Mention-Schaar

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Au carrefour du documentaire et de la fiction, ce long métrage réussi et passionnant pose un regard optimiste sur la jeunesse d'aujourd'hui.
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En 2009, une professeure d’histoire du collège Léon Blum à Créteil inscrit sa classe de seconde réputée la plus faible au concours national de la résistance et de la déportation. Cette histoire, Ahmed Dramé, acteur dans le film, l’a vécue. Face à une classe ingérable, Anne Anglès (Anne Gueguen dans le film) la professeure principale, propose à ses élèves de relever le défi. D’abord réticents, les élèves gagnés peu à peu par l’enthousiasme vont se pencher sur le thème sur lequel les candidats doivent concourir : « Les enfants et les adolescents dans le système concentrationnaire nazi ». Dans cette ville très cosmopolite de Créteil et contre l’avis du proviseur, cette professeure formidablement interprétée par Ariane Ascaride réussit ce petit miracle de rassembler ses élèves autour de ce sujet. Au prix d’une réelle transformation pour la plupart d’entre eux, les élèves remporteront cette année le 1er prix au concours. Le film retrace la réalité du métier d'enseignant et les difficultés auxquelles les élèves peuvent être confrontés dans leur scolarité. La place donnée à l'improvisation apporte une spontanéité communicative. Si le sujet du film est bien l’adolescence on ne peut qu’être ébloui par le jeu d’Ariane Ascaride, juste, sensible et évidente incarnant parfaitement la professeure idéaliste. Au carrefour du documentaire et de la fiction, ce long métrage réussi et passionnant pose un regard optimiste sur la jeunesse d'aujourd'hui.

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Black Sails – Jonathan E. Steinberg & Robert Levine

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La seconde saison qui vient de démarrer semble s’être munie d’une écriture plus fine et plus éclairée. Un abordage dans le monde des séries plutôt réussi !
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Nouvelle et seconde saison très attendue signée Starz, Black Sails revisite le genre très historique de la piraterie. Un mot qui suscite bien des fantasmes et qui méritait bien une adaptation à l’écran. Très élaborée, la série nous présente un univers intriguant bien loin des films hollywoodiens aseptisés avec une bonne dose de violence, sexe et enjeux politiques. En ce XVIIIème siècle, l’île de Nassau en mer des Caraïbes est le centre de cette piraterie qui sert de plaque tournante et marché de revente des marchandises volées lors des attaques en mer. Et si l’ambiance à bord est très masculine, bon nombre de femmes à terre ont un rôle crucial à jouer, tout comme la non moins patronne de l’île, le personnage de Mlle Guthrie qui scelle le sort de la capitainerie locale. Un casting de pures gueules et un cocktail bravoure, sang, sueur et crasse sont bien partisans d’une certaine esthétique mais l’ensemble du dispositif demeure au service d’un scénario qui ne manque pas de charme et d’intelligence. Celui-ci se tisse d’épisodes en épisodes et nous entraine en houleux tourments. Entre aventures romantiques et romanesques, ce qui importe le plus c’est bien la tension permanente entre les différents personnages. Si l’ambition première et louable est de divertir, la seconde saison qui vient de démarrer semble s’être munie d’une écriture plus fine et plus éclairée. Un abordage dans le monde des séries plutôt réussi !

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Baby Balloon - Stefan Liberski

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Stefan Liberski filme sans filtre la douleur et les joies de notre héroïne non conformiste. Difficile de ne pas être touché par les cris, les pleurs et les délires cocasses de Bici.
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Bicitation, dite Bici, est une jeune femme belge de 18 ans pleine de talents. Elle chante dans un groupe de rock qui fait fureur à Liège. La jeune femme est remarquable par ses formes rondes et généreuses mais tout autant par son charisme lorsqu’elle se transforme sur scène en femme radieuse et épanouie. Bici cache un mal être lié à son surpoids et sa condition sociale et c’est auprès de Vince, son ami d’enfance et guitariste du groupe qu’elle trouve du réconfort. Depuis toujours elle convoite Vince et tisse de doux rêves amoureux. Lorsque Anita, une jeune et très jolie fille débarque dans leur vie, Bici voit en elle une rivale à déloger.  Tour à tour découragée et combative la jeune rockeuse va se démener pour éloigner la très gênante Anita. Baby Balloon est un film belge hyper réaliste qui alterne moments sordides et moments de bons sentiments. Stefan Liberski filme sans filtre la douleur et les joies de notre héroïne non conformiste. Difficile de ne pas être touché par les cris, les pleurs et les délires cocasses de Bici. Une peinture de personnages ni fins ni délicats mais comme étant le miroir d’une société en friche. Une esthétique réaliste belge qui dessine un décor de paysages industriels sinistrés traversés par les personnages. L’humour lui aussi est belge, moitié loufoque et provoque moitié caricature et sarcasme. Un film bien rythmé et conduit par une belle interprétation de Ambre Grouwels.

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Nos étoiles contraires - Josh Boone

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L’œuvre puise son écriture dans la réflexion sur la vie. Le spectateur se voit séduit par un humour ravageur et un mépris des conventions.
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Hazel Grace et Gus, deux jeunes adolescents malades du cancer, se rencontrent lors d’une séance de groupe de soutien aux jeunes atteints par la maladie. Très vite ils sont attirés l’un par l’autre. Pourtant, ils sont loin d’être semblables. L’une se replie sur sa condition et ses lectures, l’autre s’assume comme geek et déborde d’humour et de sarcasme flirtant avec la positive attitude. C’est bien dans la construction psychologique des deux personnages que se bâtie une histoire d’amour singulière et inhabituelle. Si Nos étoiles contraires, film adapté d’un best seller, met le paquet pour tirer nos larmes, on ne peut difficilement être, de scène en scène, affecté par les dialogues ciselés à l’extrême et les situations mordantes et éblouissantes d’émotion. La comédie romantique écrite par le duo de scénaristes Scott Neustadter et Michael H. Weber pousse la démonstration d’un amour difficile mais beau. L’œuvre puise son écriture dans la réflexion sur la vie. Si en apparence il y a ce facile non-conformisme et non politiquement correct, la réalisation va au-delà des grosses ficelles romantiques très vite critiquables. Certes quelques situations s’acharnent à souligner la souffrance et l’écho qu’elles font à la maladie. Pour autant, le spectateur se voit séduit par un humour ravageur et un mépris des conventions.

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Engrenages - Alexandra Clert & Guy-Patrick Sainderichin

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Une vision souvent noire et particulièrement violente. Une nouvelle saison fidèle à ce qui a fait de la série un succès. À voir !
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Pour ceux qui ne connaissent pas cette très bonne production française, signée Canal +, Engrenages est une série policière créée par une ancienne avocate qui cherche à travers un scénario puissant à nous livrer une série beaucoup plus proche de la réalité, aussi choquante et provocante puisse-t-elle être. Le Capitaine Berthaud et ses lieutenants sont en charge d’enquêtes importantes suivies de très près par la justice, juges, substituts du procureur et avocats. La procédure pénale et la brigade criminelle sont mis à nu et montrées avec un réalisme percutant. L’enjeu de la série Engrenages est que le spectateur comprenne tout ce qui se passe en détails. Tout est saisi, les secrets des enquêtes, les coups durs du travail, mais aussi ceux de la vie personnelle souvent rongée par la carrière trop envahissante et exigeante. Quant aux rebondissements et aux suspens de l’action, on a, dans le genre, pas encore fait mieux en France. L’excellent jeu des acteurs nous entraine au plus près dans le quotidien policier et judiciaire français. Une vision souvent noire et particulièrement violente. Au cœur du crime et du grand banditisme, la brigade du Capitaine Berthaud mène à nouveau dans cette saison 05 un combat acharné. De nouvelles enquêtes et de nouvelles trames apparaissent dans la vie des équipiers de la brigade. Une nouvelle saison fidèle à ce qui a fait de la série un succès. À voir !

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Chante ton bac d'abord - David André

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Une prouesse dans l’écriture et la mise en scène qui conjuguent avec beaucoup de facilité l’inquiétude des préoccupations de la vie et la douce poésie des rêves encore accessibles.
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Ce très élégant ovni télévisé diffusé il y a peu sur France 2 nous raconte l’histoire d’une bande de lycéens sur le chemin du Baccalauréat. Entre chansons et moments d’intimité au quotidien, le film documentaire propose une belle entrevue avec l’âge des possibles en 2014. Avoir 17 ans et rêver quand même lorsque l’on vit à Boulogne-sur-Mer, une ville durement ravagée par la crise. Quelle belle idée de vouloir raconter la vie de ces quelques adolescents en les faisant collaborer au projet cinématographique. Les textes des chansons incarnent et collent très bien aux personnalités qui les interprètent. Entre documentaire et fiction chantée, le film séduit parce qu’il soulève de sensibles réalités de vie sans jamais perdre la poésie avec laquelle il évoque ces points de vue ou séquences de vie. Les cinq participants non professionnels apportent une belle énergie et la fraicheur de leur jeunesse ce qui ne manque pas de provoquer de l’attachement. Le réalisateur David André marque avec délicatesse le glissement du passage de l’adolescence à l’âge adulte sans jamais stéréotyper les différentes personnalités. Une prouesse dans l’écriture et la mise en scène qui conjuguent avec beaucoup de facilité l’inquiétude des préoccupations de la vie et la douce poésie des rêves encore accessibles. La qualité indéniable de ce réalisme documentariste, la pertinence !

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Pas son genre - Lucas Belvaux

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Une comédie romantique surprenante et rafraichissante portée par deux belles interprétations.
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Clément, jeune professeur de philosophie et auteur à succès se sent parisien dans l’âme. Il sera affecté en province, à Arras une ville qu’il ne connaît pas et pour laquelle il n’éprouve de prime abord qu’assez peu d’intérêt. Clément s’ennuie. Il traîne nonchalant tel un dandy déraciné jusqu’au jour où par hasard il va rencontrer Jennifer une jolie coiffeuse, blonde pétillante et pleine de spontanéité. Rapidement les deux se séduisent et vont devenir amants. Quand Jennifer lui raconte ce qu’elle tire des magazines people, Clément lui, épilogue sur Kant et Proust. La fille simple et le garçon compliqué que tout éloigne vont vivre les prémices de leur histoire d’amour malgré la différence. L’interprétation d’Émilie Dequenne est fine et juste et d’une belle énergie nait un personnage attachant. Pourtant Lucas Belvaux met plus souvent en évidence le regard de Clément qui a beaucoup de mal à sortir des conventions. Souvent étonné par l’ardeur de Jennifer mais aussi parfois gêné par sa franchise. Amour merveilleux mais impossible, la volonté d’apprendre de l’être aimé suffira-t-elle à rompre les barrières sociales et culturelles ? On retrouve bien chez l’auteur ce regard critique récurant du tissu social et des différences intrinsèques à la culture de classe. Une comédie romantique surprenante et rafraichissante portée par deux belles interprétations.

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Une rencontre - Lisa Azuelos

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Si on écarte les clichés et la mélasse, on pourra être emballé par la très séduisante Sophie Marceau conquise par un François Cluzet sous exploité bien malgré lui.
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Si Sophie Marceau était en crise relationnelle mère-fille dans LOL, on retrouve cette fois l’actrice vedette de Liza Azuelos aux commandes d’une embarcation sentimentale qui navigue à vue. Coup de cœur pour un homme et perturbation au programme. Entre objet du désir, épanouissement et quête de liberté, l’amour trouvera-t-il sa place sans pour autant semer le trouble ? L’idée de la réalisatrice est de nous indexer sur les instants T de ces deux êtres qui œuvrent à la réalisation de possibilités toutes suspendues à des actes de décisions. Un défi relevé mais probablement pas réussi à l’écran. Une esthétique pourtant entrainante et sophistiquée fait briller la sensualité des personnages à l’image. Au-delà des stéréotypes bien connus des comédies romantiques à la française clairement affichés, le film se gargarise d’un suspens tantôt haletant tantôt embarrassant. Le film se perd dans sa volonté de brouiller les pistes. Se concrétisera ? Se concrétisera pas ? Le mélange fantasme/réalité et futur/présent dissipe la lecture du jeu et la compréhension de l’histoire pour une mise en valeur assez peu efficace. Si on écarte les clichés et la mélasse, on pourra être emballé par la très séduisante Sophie Marceau conquise par un François Cluzet sous exploité bien malgré lui.

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Diplomatie - Volker Schlöndorff

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Un affrontement feutré qui ne lésinera pas sur la menace et la dimension du lendemain, l’après-guerre. Un cheminement mental séduisant et épique.
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Adapté de la pièce de Cyril Gely, Diplomatie ne réprime pas ses origines théâtrales. Un quasi huit clos au sein de l’Hôtel Meurisse, quartier général allemand d’où se dirigent les opérations du général Von Choltitz. Ce dernier ayant reçu l’ordre de raser Paris dans son ensemble. De l’apparition du consul suédois Nordling interprété par André Dussolier, va naître un dialogue de qualité et un duel rhétorique entre ce dernier et le général incarné par Niels Arestrup. Une partie d’échec qui démarre au petit matin du 24 août 1944. La force et l’expression du film résident en ce face à face de la dernière heure où ces hommes déterminés vont être juges du sort de millions de parisiens et du destin de la cité. Cité des arts qu’Adolf Hitler lui-même admirait plus que toute autre ville. Raison pour laquelle il n’aurait pas supporté qu’elle survive à la guerre alors que Berlin était en ruine. Une plaidoirie salvatrice pour le consul qui se heurte souvent à la droiture militaire du général. Arguments contre arguments, feintes et ripostes seront à la mesure de l’enjeu, tel un combat d’épée. Volker Schlöndorff brille par sa mise en scène de dialogues d’une très belle qualité, tout autant que le jeu de ces deux monstres du cinéma excellera dans l’art oratoire. Le fin doigté du diplomate contre le devoir et la majesté prussienne. Un affrontement feutré qui ne lésinera pas sur la menace et la dimension du lendemain, l’après-guerre. Un cheminement mental séduisant et épique.

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