Le sens de la fête - Olivier Nakache & Eric Toledano

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Le film ausculte avec élégance le bonheur et le mal-être des gens. Un effet loupe très bien rythmé qui scanne la déconfiture sociale, culturelle et morale d’une époque.
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Max est un traiteur de longue expérience. Un peu au bout du rouleau et un peu en bout de parcours, il synchronise ses équipes pour un mariage somptueux dans le décor d’un château du 17ème siècle. Serveurs, cuisiniers, musiciens et photographe, tous travaillent pour que la fête soit belle et réussie.

Depuis les préparatifs jusqu’à l’aube, tout ce petit monde s’affaire à sa tâche et tous rendent compte au maître en ces lieux, Max. Il est l’homme de la situation et si les doutes, les malentendus et les fausses notes s’invitent au mariage, Max à la solution pour chacun des problèmes à régler. Afin d’éviter la débâcle et face à un déroulement plutôt imprévu garni de drames d’infortunes en cascade, Max va devoir être inventif et créatif.

Les réalisateurs Nakache et Toledano se sont passionnés pour le monde un peu secret des coulisses des fêtes de mariage. Bien que moins universelle que les derniers scénarios des cinéastes, la thématique captive néanmoins et se gorge d’une multitude de situations comiques et sarcastiques. Unité de temps, de lieu et d’action, l’ensemble ayant deux mondes différents qui se confrontent, on est proche des célèbres mises en scènes du géant Robert Altman.

Si Le sens de la fête n’est pas le film le plus réussi du duo le plus courtisé du cinéma français, il ausculte avec élégance le bonheur et le mal-être des gens. Un effet loupe très bien rythmé qui scanne la déconfiture sociale, culturelle et morale d’une époque.

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Ôtez-moi d'un doute - Zabou Breitman

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Des histoires simples avec du cœur et de la profondeur onirique. On se laisse envoûté par un sens du rythme plus qu’appréciable et la griffe fantasque de l’auteure.
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Erwan est un bon gaillard breton, démineur de profession et entouré de sa fille enceinte qui ne veut pas que son futur enfant ait de père. Lors d’un examen médical de cette dernière, le quadragénaire apprend qu’il n’est pas le fils biologique de son père. Pour lui c’est le choc. Déboussolé et sans pour autant rompre avec les liens forts et la tendresse qui le lient avec son père, il engagera une détective privée afin de retrouver son véritable géniteur.

Ce sera chose faite et la réponse s’appellera Joseph, un homme attachant pour lequel il aura très vite beaucoup d’affections. La vie d’Erwan n’aura de cesse d’être chamboulée puisque c’est en renversant un sanglier sur la route que la ravissante et insaisissable médecin prénommée Anna entrera dans sa vie. Pour autant, la belle rencontre laisse peut être apparaître une nouvelle intrigue familiale.

La réalisatrice Carine Tardieu à définitivement l’art du portrait et du ton tragicomique. Ses personnages sont drôles et émouvants. Une galerie de personnages pour une galerie d’acteurs et actrices déjà bien rôdé-es aux comédies sentimentales. La distribution est un vrai régal.

Si le sujet est minimaliste comme souvent dans la filmographie de l’auteure, on ne se refuse pas d’adorer la souplesse poétique du récit. Des histoires simples avec du cœur et de la profondeur onirique. On se laisse facilement envoûté par un sens du rythme plus qu’appréciable et la griffe irrésistiblement fantasque de l’auteure.

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Paris etc - Zabou Breitman

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Rien n’est plus difficile que d’être libre et affranchie du système dans la ville lumière d’aujourd’hui. Le jeu éblouissant des actrices et la galerie de personnages en font une curiosité à découvrir.
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Dans Paris, il y a ces cinq femmes. Jeunes, trentenaires ou quinquas, elles vivent, découvrent ou redécouvrent Paris. Toutes à un moment crucial de leurs vies, ces femmes se croisent sans se rencontrer. Elles sont cinq façons d’être, de pleurer, de rire, de flirter, de jouir, de résister, d’aimer ou de se laisser aimer.

Un récit qui ne sera pas sans rappeler quelques références comme Sex & the city ou Girls, Paris etc fait vivre ses figures féminines à travers leurs vies sentimentales, familiales et sexuelles. Des rôles forts et impactants tant les sujets traités et les épreuves vécues par ses femmes sont réalistes et actuels.

La nouvelle série de Zabou Breitman joue sur la temporalité des histoires personnelles et montrent sans pudeur la sexualité de ses héroïnes. Si la comédie est assez passive, le drame lui est hyperactif et présent pour chacune de ces cinq femmes. Paris etc ne nous aura pas vraiment fait rire aux éclats ça c’est certain mais l’observation fantasque de la réalisatrice et le cynisme des dialogues dévoilent un sens véritablement amusé de l’époque et de la société.

Sincère déclaration d’amour à la capitale française, la ville est, au-delà du cadre de la fiction, un personnage à part entière. Il est évident que l’auteure aura tout fait pour nous montrer que quoiqu’il en coûte la parisienne gagne sa liberté et en paye le prix. Rien n’est plus difficile que d’être libre et affranchie du système dans la ville lumière d’aujourd’hui. Le jeu éblouissant des actrices et la galerie de personnages en font une curiosité à découvrir.

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Aurore - Blandine Lenoir

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Agnès Jaoui est solaire et virevoltante. Même si l’on n’échappe pas à quelques clichés et stéréotypes le film reste plutôt enthousiasmant.
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Aurore est un peu à la dérive. Sans emploi, sans amant, elle vient d’apprendre qu’elle va être grand-mère. Beaucoup de sensations difficiles à intégrer pour cette quinquagénaire encore pleine de ressources et bien décidée à ne pas se laisser pousser vers la porte de la sortie.

Alors que la ménopause se présente elle aussi comme une nouveauté, c’est dans cet environnement que surgit son amour de jeunesse. Un cœur à prendre ou à laisser passer, ce qui est sûr, c’est que cet homme ne laisse pas Aurore insensible. Dans un monde obsédé par le paraître, le jeunisme et la rentabilité des personnes, la très émotive et vulnérable Aurore a bien du mal à assumer ce qui la renvoie à des considérations d’échecs.

Pourtant son caractère l’incite à ne pas se laisser engloutir par les dictats. Aurore se rebelle et par des petites actions du quotidien agit pour son salut et son estime de soi. Pour son premier long-métrage, Blandine Lenoir signe un film qui aborde la difficulté de vivre une féminité épanouie lorsque l’on est quinquagénaire. Comme chez toutes femmes, des difficultés à se sentir utile et à se sentir aimée, mais chez elle son âge est vécu comme un obstacle supplémentaire.

La réalisatrice réussi une comédie intimiste et insolite où l’énergie et la tendresse font face aux carcans sexistes. Le rôle est semblerait-il taillé pour une Agnès Jaoui solaire et virevoltante. Même si l’on n’échappe pas à quelques clichés et stéréotypes le film reste plutôt enthousiasmant.

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The State - Peter Kosminsky

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Dans cette mini série, Peter Kosminsky s’appuie sur une de ses plus grandes qualités, une vraie réflexion libre et non convenue d'un problème historique et politique lourd.
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Si déjà beaucoup d’œuvres cinématographiques et séries nous montrent l’implacable parcours de jeunes français vers une radicalisation meurtrière et le djihad, cette série britannique propose elle de suivre le parcours de femmes et d’hommes à leurs arrivées en Syrie. Ushna, Jalal, Ziyaad, Shakira et le petit Isaac quittent leur pays natal, la Grande Bretagne, et entre dans les rangs de l’État Islamique, Daesh.

Extrêmement déterminé-e-s, ces deux femmes et deux hommes croient en leur rêve d’un État Islamique tel qu’il l’ont imaginé et tel qu’il leur a été présenté. The State où comment des hommes et femmes radicalisé-e-s se transforment en combattants du djihad. La série composée de 4 épisodes est une immersion en compagnie des recrues étrangères de l’Etat Islamique.

Le cœur du propos est de présenter une confrontation entre le fantasme et la réalité qui bouscule les personnages dans leur idéologie et leurs principes. Parité respectée, le cinéaste, qui par ailleurs réalise des documentaires, s’attache à nous montrer l’apprentissage des règles de la charia et le difficile quotidien des femmes et des enfants, victimes collatérales du fanatisme religieux.

Un ultra réalisme sur le sujet jusqu’ici inégalé dans les œuvres cinématographiques. Dans cette mini série, Peter Kosminsky s’appuie sur une de ses plus grandes qualités, une vraie réflexion libre et non convenue d'un problème historique et politique lourd.

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Les Noces - Stephen Streker

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Plusieurs films sont apparus sur le sujet du mariage forcé ces derniers temps mais les qualités de Noces, scénario, interprétation et image en font l’un des plus réussi.
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Zahira est une jeune belgo-pakistanaise de 18 ans très intégrée et très proche des membres de sa famille. Épanouie et bien dans son époque, la jeune fille vit sa vie pleinement jusqu’au jour où ses parents décident, selon la tradition, de lui imposer un mariage. Écartelée entre sa famille qu’elle ne veut pas décevoir et ses propres désirs, Zahira est perdue et livrée au doute.

Son mode de vie occidental et ses aspirations de liberté ne sont pas en accord avec ce mariage forcé avec cet inconnu « rencontré » sur internet. Elle compte alors sur l’appui de sa meilleure amie et surtout de son frère confident pour l’aider à surmonter ce périple. Le film de Stephen Streker, ancien journaliste, puise son inspiration dans un fait divers tragique qui s’est déroulé en Belgique en 2007, l’affaire Sadia Sheikh.

C’est la technologie moderne, en l’occurrence internet, qui viendra au secours des traditions séculaires. Skype comme outil de régression et de privation d’émancipation. Si la situation pour Zahira est monstrueuse, le réalisateur tient à montrer que tous les protagonistes ne le sont pas pour autant. Très bien menées et abouties les scènes sont extrêmement bien interprétées. Le contexte et les évènements sont très bien décrits et appliqués.

Sous la patte du cinéaste, on reconnaît bien là l’investigation du journaliste et ses désirs de réalisme. Plusieurs films sont apparus sur le sujet du mariage forcé ces derniers temps mais les qualités de Noces, scénario, interprétation et image en font l’un des plus réussi.

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13 reasons why - Brian Yorkey

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Ultra sombre, ludique et fascinante, la série produite par Selena Gomez s’annonce comme une référence sur la thématique de l’adolescence.
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Petite session de rattrapage pour ceux qui seraient passés à côté de cette série diffusée dès avril dernier par les studios Netflix. Clay est un jeune lycéen noyé dans une masse informe de communautés et d’identités complexes que forment les élèves de son école. Bouleversé par le suicide de son amie Hannah, Clay est perplexe et dubitatif.

Le choc arrivera par une boîte à chaussures remplie de cassettes de sa défunte amie. Le lycée tout entier est en deuil mais lui et quelques uns ont reçu ce jeu de piste audio qui révèlera la véritable vie de la jeune et mystérieuse Hannah. Épuisée par une vie de solitude, cette dernière enregistre ces 13 cassettes afin d’expliquer son passage à l’acte.

Ultra sombre, ludique et fascinante, la série produite par Selena Gomez s’annonce comme une référence sur la thématique de l’adolescence. Un thème souvent abordé outre-Atlantique dans la littérature et le cinéma même si les notions de harcèlement scolaire et persécution commencent à arriver en France.

Une mise en scène plastique et virtuose raconte avec subtilité et sans artifice l’origine d’une tragédie. Vécue par une famille, un groupe d’amis et toute une communauté, le sujet ce décline en de multiples points de vue. Mal de vivre irrésoluble et lassitude face à l’existence, le récit tiré de l’œuvre littéraire de Jay Asher nous plonge au cœur des problématiques de jeunes êtres en devenir. Filmé avec fluidité et adresse, la série contemple une société 3.0 avec un regard distinct et romanesque.

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The white princess - Jamie Payne

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Les portraits des femmes de la mini-série demeurent passionnants. Dans des décors et costumes somptueux, The White Princess réussit le pari de divertir tout en instruisant.
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Après la mort de Richard III, lors de la bataille de Bosworth, Elizabeth d'York est promise au nouveau roi Tudor, Henry VII. Elizabeth qui était follement amoureuse du roi Richard III n’est guère enjouée à l’idée d’épouser ce nouveau roi odieux et ambitieux. Ce dernier ayant promis d’épouser la jeune femme en la cathédrale de Rennes.

Mais voilà, afin de stabiliser la couronne d’Angleterre, les deux maisons, York et Tudor ont pour nécessité de s’allier. Les deux mariés sont poussés dans leurs aspirations par leurs mères respectives. Elles sont les décideuses et forgent les personnalités de leurs progénitures pour le bien du royaume.

Si les évènements sont difficiles pour la famille d’York et particulièrement pour Elizabeth, épouse humiliée mais forte et résistante, cette dernière murit sa vengeance et s’arme d’ingéniosité pour affronter ceux qui deviendront ses ennemis. Les faits reprennent la guerre des deux roses, la période historique réelle qui a inspiré George R. R. Martin pour écrire sa saga et ses jeux de pouvoirs. C’est pour autant du côté des femmes que se joue l’intrigue.

Les portraits des femmes de la mini-série demeurent passionnants. Tour à tour épouse, mère d’une nation, toujours en quête de pouvoir, l’histoire va leur en faire voir de toutes les couleurs. Dans des décors et costumes somptueux, The White Princess réussit le pari de divertir tout en instruisant.

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Cigarettes et chocolat chaud - Sophie Reine

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On apprécie sans risque et au premier degré la fantaisie galopante et stimulante du papa veuf et de ses deux adorables filles. L’humour et le ton fleur bon le vécu de jeunesse de l’auteure.
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Depuis la mort de sa femme, Denis Patar s’occupe seul de ses deux filles, Mercredi, 9 ans et Janis, 13 ans. Très aimant mais débordé, Denis se débat seul dans l’éducation de ses deux filles. Avec peu de moyen, beaucoup de débrouille et de système D, la petite famille s’en sort comme elle peut mais doit faire face à des difficultés.

Jusqu’au jour où Denis oublie une fois de trop sa fille à la sortie de l’école, ce qui aura pour conséquence un signalement inquiétant et une enquête sociale. Denis se verra alors contraint de suivre un stage de parentalité sous peine de se voir retirer la garde de ses 2 filles. Séverine, l’enquêtrice sociale, intégrera peu à peu la vie du trio même si les nouveaux principes éducatifs ne plaisent pas aux filles et au papa qui, après de multiples efforts, finira par abandonner et se fier à son propre instinct paternel.

Monteuse, entre autres, Sophie Reine passe avec brio à la réalisation en proposant une comédie mélancolique qui palpe loufoquerie et marginalité. C’est avec beaucoup de tendresse et un regard affectueux qu’elle rend ses personnages très attachants. On apprécie sans risque et au premier degré la fantaisie galopante et stimulante du papa veuf et de ses deux adorables filles.

L’humour et le ton fleur bon le vécu de jeunesse de l’auteure. L’interprétation de Gustave Kervern est à nouveau remarquable mais les deux jeunes actrices sont bouleversantes de sensibilité ce qui donne cette douce sensation de liberté et d’envoutement.

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Moi, Daniel Blake - Ken Loach

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Moi, Daniel Blake est un film coup de poing, un cri dans l’abîme et une déchirure. Malgré un demi-siècle de films centrés sur la colère sociale, c'est peut-être là son film le plus énervé.
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Daniel Blake est un menuisier de 59 ans contraint d’arrêter son activité professionnelle à la suite d’une maladie cardiaque. Cependant l’administration n’entend pas le laisser inactif. Afin de toucher ses prestations sociales on lui demandera de chercher un nouvel emploi sous peine de sanction.

C’est lors d’une énième visite à l’aide sociale qu’il rencontre Rachel, une mère de deux enfants isolée, obligée de s’installer à des centaines de kilomètres de chez elle pour bénéficier d’un logement décent. Très vite Daniel va se prendre d’affection pour cette jeune femme et ses enfants en leur apportant un peu de soutien et de réconfort. Va naître une amitié forte entre ces deux laissés-pour-compte qui s’unissent dans l’entraide et la solidarité.

C’est bien là LE mot clef qui donne sens au discours du film de Ken Loach. La solidarité au cœur de la tourmente. Les rouages absurdes de la machine administrative sont parfaitement décrits et développés scénaristiquement. Ken Loach sait parfaitement filmer le Royaume-Uni dans son asthénie et ses faiblesses.

Si le cinéaste n’en est pas à son coup d’essai sur le genre fiction sociale, le fil du propos et la pertinence demeurent toujours aussi éclairés, avec force et jugement. Moi, Daniel Blake est un film coup de poing, un cri dans l’abîme et une déchirure. Pourvue d’une Palme d’Or, l’œuvre est, malgré un demi-siècle de films centrés sur la colère sociale, peut être son film le plus énervé.

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