Célian Ramis
Le Grand Soufflet 2014 : Edith Presley, la sélecta rock prête à swinguer

Swing et électro-swing sont convoqués à la nouvelle édition du Grand Soufflet, qui prend ses quartiers cette année dans le parc du thabor, du 2 au 11 octobre. Et parmi les talents programmés, la rennaise Edith Presley, djette rock et originale, qui sera entourée, le 4 octobre de l’accordéoniste Maryll Abbas, de la performeuse burlesque Candy Scream et de la reine du hula hoop Anossens. Une soirée Electro Swing Party qui ne laissera pas les spectateurs-trices indifférent-e-s. Et surtout pas la rockeuse. Portrait.
Il court, dans le milieu rock rennais, des bruits de couloir sur Edith Presley. La légende raconte qu’elle serait la fille du sosie d’Elvis à Fourqueux. Et que c’est en mettant de la musique dans sa baraque à frites qu’elle se serait faite repérer, en faisant danser les genoux de ses client-e-s. La vérité est toute autre et c’est à une table du Petit bar, place Sainte-Anne, qu’Edith Presley nous la raconte :
« En fait, ça remonte aux soirées chez mes potes. Je suis un peu une anarchiste, voire une fasciste, de la musique. Je voulais toujours choisir ce qu’on écoutait. Un jour, on m’a demandé de venir faire ma maligne au Bar’Hic, il y a environ 3 ans. Je ne faisais pas la fière… Mais en réalité c’était génial ! Je me suis laissée prendre au jeu depuis. »
Quelques mois plus tard, la djette figure dans la programmation des Bars en Trans et est alors repérée par Jean-Louis Brossard qui fait d’elle une résidente à l’Ubu et lui propose un Dj set lors de l’édition 2013 des Transmusicales.
Son personnage évolue et de fille de sosie, elle devient la petite sœur des Ramones, djette talons aiguilles et veste en cuir : « J’adore les chaussures et les fringues. Même si à l’Ubu, je suis dans ma petite cabine, j’aime être bien habillée et je peux me permettre de partir dans les extrêmes. Personne ne me juge et c’est génial. On peut donc allier les hauts talons, le bandeau dans les cheveux à la Rosie la riveteuse et toute la panoplie rock’n’roll ! »
ROCK, SOUL ET PIN-UP
Ici, pas de « Hey mister DJ » mais plutôt du « Don’t let me be misunderstood ». Car si on pourrait croire que ce sont les nanas de The Hole, L7, The Sound ou Le Tigre qui l’ont inspirées, c’est au contraire des « Madames » de la soul comme Nina Simone ou Aretha Franklin par exemple qui l’ont amenées à la musique. Elle aborde tout de même au détour de la conversation des grandes du rock et du punk comme la chanteuse, Nico, de Velvet Underground, Lydia Lunch – qui a enregistré avec Sonic Youth – ou encore Blondie (Debbie Harry).
« Ces musiciennes rock de The Hole ou L7, un peu « crades », je les écoute maintenant et j’aime bien. Mais à la base, j’aime les femmes plus élégantes. J’adore les pin-up, les années 50, toute cette période avec les rondeurs, l’absence de jugement et les femmes qui s’émancipent ! Il y en a quelques une encore à Rennes, je suis toujours en admiration… », explique-t-elle en rigolant. Ce qu’elle préfère, c’est jouer là où elle veut – le Mondo Bizarro étant presque sa 2e maison - et quand elle le veut. Elle aurait pu être intermittente et se consacrer à son activité de Dj. Mais elle ne s’y voyait pas :
« ça ne correspond pas à qui je suis. Là j’ai plus de temps pour la créativité, l’originalité. Je garde le plaisir et je profite des moments intenses. J’accepte ce que l’on me propose quand je trouve ça cool ».
Ainsi, elle a pu faire la première partie d’Aggrolites à Paris et des BB Brunes à Rennes. Pour elle, pas besoin de faire « des remix et du boum boum » pour faire danser et vibrer le public, les originaux suffisent. Qualifiée sélecta, elle ne produit ou ne remixe aucune chanson, elle passe les morceaux rock en l’état.
Et pour cela, elle encaisse les reproches et critiques de certains djs : « Aux Trans notamment, je m’en suis pris plein la gueule sur les réseaux sociaux, disant que je n’étais pas légitime. Je ne me suis jamais prise pour une DJ à proprement parler. Mais il y a les puristes, avec les vinyles et les autres. Moi je viens avec ma sélection et mon casque. »
Être femme dans ce milieu n’est pas tâche aisée et chacune doit se faire sa place. Elle cite notamment Katell Mixette, « plus orientée électro mais je l’admire beaucoup ». Un moral d’acier, un entourage solide, un apprentissage rapide de l’art de la discrétion, Edith Presley ne se démonte pas et continue à cultiver sa particularité et son amour de la musique. « Ce qui est passionnant dans cette discipline, c’est qu’il faut avoir une grande culture musicale. Et un morceau vous amène à un autre morceau, sans cesse. On découvre l’histoire de la chanson, l’histoire de la musique et on va sans arrêt plus loin », explique-t-elle, prise dans le sillage de sa passion qui l’embarque dans un tourbillon de challenges qui l’animent profondément.
SWING, ÉLECTRO ET ACCORDÉON
Et elle relèvera son prochain défi lors de la prochaine édition du festival Le Grand Soufflet, qui se déroule à Rennes du 2 au 11 octobre, principalement au parc du Thabor. Accordéon, électro et swing, la petite sœur des Ramones troquera-t-elle son perfecto contre une robe charleston ? Ce n’est pas dit. Mais ce qui est certain, c’est que la djette a bel et bien remonté ses manches pour dénicher des chansons hors de son répertoire habituel.
« Au départ, je devais intervenir seulement dans le teaser du festival », confie-t-elle. Mais Etienne Grandjean, directeur artistique, a vu plus grand et surfe sur le succès de sa production, présentée dans la capitale bretonne lors de l’édition précédente, « Porte-jarretelles et piano à bretelles ». Il convoque alors sur scène la performeuse burlesque du Cabaret des Filles de joie Candy Scream, la reine du hula hoop Anossens et l’accordéoniste Maryll Abbas pour une Electro Swing Party – le 4 octobre au Thabor.
Edith Presley proposera également un Dj set à Saint-Coulomb, le 11 octobre, lors de la soirée partagée avec le délirant Balluche de la Saugrenue. Des propositions originales auxquelles la rockeuse adhère avec fierté.

En 2006, le grand public a pu découvrir cet art oratoire auparavant presque mystérieux qu’est le slam, avec la sortie de l’album Midi 20 de Grand Corps Malade ; mais c’est également l’année de la création de l’association Slam Connexion à Rennes, première du genre à l’époque en Bretagne.
« Le slam est un milieu très masculin et cela ne vaut pas seulement pour Rennes et parfois la tendance s’inverse. Au début ici, c’était une fierté pour nous slameuses de se faire une petite place, mais disons que depuis une dizaine d’années les choses ont bien évolué. De ce constat nous avons décidé de former des équipes entièrement féminines », explique Aurélia Décordé.

Vendredi, à 20h30, le parc Jules Ferry respire le calme et la tranquillité. Pourtant, les voix puissantes des membres de The Boxettes percent cette fausse quiétude. Celles qui se sont produit le 20 mars dernier, à Rennes, sur la scène de l’Antipode sont de retour en terre bretonne pour environ une heure de beatbox détonnant, 100% féminin, pour notre plus grand plaisir.
Leur concert soulève un vent d’énergie et apporte un souffle nouveau à la scène beatbox. La performance de Bellatrix ne peut passer inaperçue et ne cesse d’étonner et d’impressionner la gente masculine tant elle dévoile des capacités hors-normes. Vêtue d’une robe noire et d’une paire de baskets streetwear, la championne anglaise ne se contente pas de flirter avec les graves, elle produit avec sa voix – et semble le faire avec une aisance déstabilisante – des fréquences que la basse ne pourrait délivrer.
Et si on avoue ne pas adhérer entièrement au style proposé - qui souligne quelques faiblesses en matière d’originalité dans le genre musical – il est à noter qu’elles ont l’art de faire danser les spectateurs et de les emmener dans leur monde déjanté et festif. Ces deux lorientaises s’arment de belles paroles pour naviguer contre vents et marées avec humour, émotion et gaieté contagieuse. Les Sœurs Bervas apportent une touche humaine de par leur sens de la théâtralité et de la scène.

Rien qu’en écoutant « La menteuse », le titre qui propulse la carrière de l’artiste en 2008 et qui figure sur son premier album, on comprend que Carmen Maria Vega s’attaque aux œuvres du Satrape du collège de ‘Pataphysique, Boris Vian, tant il lui colle à la peau. « Avantageusement connu sous le nom de Bison Ravi », nous précise en voix-off la chanteuse au début du spectacle – reprenant des informations publiées dans la plaquette qui accompagne le coffret de disque Boris Vian intégrale, intitulée Éléments d’une biographie de Boris Vian avantageusement connu sous le nom de Bison Ravi.
Accompagnée de ses deux musiciens lookés à la Orange mécanique, le maquillage et l’aspect effrayant en moins, Carmen Maria Vega insuffle aux textes qu’elle interprète un nouveau genre grâce aux sonorités rock de la guitare électrique et de la batterie.
Vous insistez beaucoup sur la liberté et sur le fait que vous êtes une interprète, accédant ainsi à un large répertoire…

À 18h ce samedi, les festivaliers se pressent pour entrer dans le Magic Mirror, installé dans le parc du Thabor à l’occasion du festival des arts de la parole. Un art que les membres de Airnadette – en hommage à une ancienne première dame de France – sont loin de maitriser. Eux, leur truc, c’est le play back, le air guitar ou le air batterie. Ils ne chantent pas, ils ne parlent pas mais ils bougent les lèvres, brandissent leurs instruments imaginaires et déchainent les foules.
De l’extérieur, on entend simplement de la musique. Des chansons qui jamais ne sont diffusées dans leur intégralité. Juste des refrains qui défilent et s’enchainent, sans liens et sans rapport. Comme si on déroulait les fréquences radio d’un transistor, allant de Nostalgie à Chérie FM en passant par Skyrock, Virgin et RTL.
Ils maitrisent l’absurdité, ils subliment la caricature. Avec Airnadette, plus c’est gros – et gras – mieux c’est. Ils sont rock et emmerdent le monde. Et se moquent bien de Rennes, ville rock par excellence. Le public se fait insulter et en redemande. Et surtout n’hésite pas, entre deux ou trois « Ta gueule » ou encore « Enculés », à leur rendre la pareille.

Depuis le début de sa carrière, Emilie Simon aligne les victoires, les récompenses, les succès. De son premier album, Emilie Simon en 2003, pour lequel elle remporte le prix du meilleur album de musiques électroniques, groove et dance de l’année aux Victoires de la musique, à son nouvel album Mue, sorti le mois dernier, cette auteure-compositeure-interprète française a également signé la délicate bande originale de La marche de l’empereur en 2005 – et celle du film La délicatesse, en 2011, avec son album Franky Knigh.
Elle a la voix pure, cristalline, on la compare à celle précisément de Vanessa Paradis, à celle plus largement d’une Lolita. Son registre musical pourrait également être un argument de comparaison. Et quand elle brandit sa guitare électrique, elle nous rappelle alors la mystique Iva G. Moskovich que l’on avait découvert sur la scène des Transmusicales, en décembre dernier.
Et comme dans un conte traditionnel, le groupe nous embarque, après avoir posé la situation initiale, dans des péripéties qui portent les protagonistes à surmonter les difficultés pour finir dans une ambiance festive et chaleureuse. C’est là tout l’esprit d’Emilie Simon qui célèbre souvent le romantisme, les surprises que nous réservent et offrent l’amour et la vie, le quotidien, l’aventure. Intriguante, elle conserve et nourrit sa part de mystère à travers un imaginaire pur et complexe.

Celle qui a débuté seule sur les planches et incarné plusieurs personnalités sur scène peut maintenant se vanter d’emprunter le chemin d’un succès bien au rendez-vous. Dans le Cabaret botanique, en cette fin d’après-midi d’un vendredi ensoleillé, la chanteuse fait son entrée, entourée de ses Queens. Car Christine and the Queens, c’est la rencontre entre Héloïse Letissier et des musiciens travestis, une nuit à Londres.
Ainsi, avec les Queens, elle se lâche et effectue des chorégraphies calquées sur celles du King de la pop, elle interprète des chansons à la Whitney Houston et Beyonce – exclusivement dans les mimiques – et surtout elle joue avec les codes et les genres. Le féminin au masculin et inversement.

C’est un road trip musical que nous propose Moriarty en cette 3e soirée de Mythos. Une virée apaisante et planante guidée par la voix pure de Rosemary Standley, dont les Rennaises et les Rennais se souviennent de son passage lors de l’édition précédente. Les arts de la parole, les membres du groupe les maitrisent.
Fugitives, c’est donc un retour aux sources, un voyage dans le temps et l’espace. Sous le Magic Mirror ce soir-là, les spectateurs sont transportés loin de la capitale bretonne. En quelques minutes, la voix chaude et modulable de Rosemary Standley et les notes folk des différents instruments nous embarquent dans un road trip au cœur du désert américain.
Jeanne Cherhal est accompagnée pour ce nouveau spectacle de plusieurs musiciens: un batteur, un guitariste et un bassiste avec lesquels elle a enregistré l’album Histoire de J., sorti le 10 mars dernier. Ils se connaissent bien et cela s’entend. Lorsqu’un imprévu vient perturber la chanteuse, ils savent rebondir sur les notes qu’elle égraine joyeusement.
Histoire de J., comme Histoire de Jeanne. C’est un album autobiographique ?

L’album A new tango songbook n’était pas encore sorti (le 7 avril dernier) que Plaza Francia bénéficiait déjà d’un vent très favorable dans les médias. Et pour cause, cette nouvelle formation unit la voix mythique des Rita Mitsouko, Catherine Ringer, aux musiciens Eduardo Makaroff – à la guitare – et Christoph H. Müller – au synthé (connus pour être deux membres du groupe Gotan Project). À 22h30, les spectateurs se pressent et s’agglutinent à l’intérieur du Magic Mirror, dressé pour le festival Mythos.
On peut alors affirmer que Edouardo Makaroff et Christoph H. Müller aiment à rechercher et à combiner expérimentations musicales, personnalités déjantées et originalité. On assiste, ce mercredi soir, à un instant puissant et intense avec, au centre de la scène et de l’attention, une Catherine Ringer souriante, enthousiaste et tout en contrôle.
Elle danse, tout en retenue dans les premiers instants avant de se laisser submerger par le brin de folie qu’on lui connaît et embarque même Eduardo Makaroff dans un début de tango. Mais elle n’hésite pas non plus à se tapir dans l’ombre pour laisser la lumière éclairer les musiciens dont les notes produites par le quatuor envoûtent et embarquent les festivaliers qui commencent timidement à bouger les hanches et taper dans les mains.