Célian Ramis

Déceler les violences invisibles

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Rennes
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Les violences psychologiques font parties d’un processus insidieux s’installant dans la durée, compliqué à déceler et à dénoncer. Décryptage.
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 Le 25 novembre symbolise la lutte contre les violences faites aux femmes. C’est dans ce cadre là que l’École Nationale de la Magistrature (ENM) organisait le 28 novembre dernier le colloque « Violences psychologiques au sein de la famille et au travail, violences invisibles ? », à l’Hôtel Rennes Métropole.

Les violences psychologiques font parties d’un processus insidieux s’installant dans la durée, compliqué à déceler et à dénoncer. Lors du colloque, 3 femmes ont attiré notre attention. Me Géraldine Marion, avocat au Barreau de Rennes, Dr Marlène Abondo, psychiatre et médecin légiste au service de médecine légale (CHU de Rennes) et Dr Claire Guivarch, psychologue clinicienne dans le même service.

« La violence morale détruit tout autant que la violence physique. Surtout qu’elle ne s’arrête pas aux portes du harcèlement moral »
explique Géraldine Marion, avocate en Droit du travail.

Elle regrette qu’en 2014, en France, des personnes soient encore victimes de souffrance au travail alors que ce dernier « devrait être source d’épanouissement ». Selon elle, il manque à la Justice les moyens humains et de temps pour bien travailler : « Les juges sont en attente de formation, ils sont demandeurs mais les moyens ne suivent pas. » Une réalité qui la désole, surtout lorsqu’elle entend des juges parler de « maladresses managériales ». « Ça m’horripile, confie-t-elle, c’est terrible pour une cliente d’entendre cela ! C’est tellement compliqué de prouver que la situation vécue peut entrainer des effets sur la condition morale ou physique de la personne. »

Au service de médecine légale, la mission est autre et prend en compte l’auteur et la victime. Le Dr Abondo a une définition marquante : « La médecine de la violence. La Justice nous demande d’intervenir en tant qu’experts à la suite d’un dépôt de plainte. » Au quotidien, les professionnelles évaluent le retentissement psychologique « car il peut y avoir des réactions immédiates comme des réactions différées. Nous devons observer l’évolution des symptômes dans le temps », précise le Dr Guivarch.

Elles soulignent toutes les 2 la complexité de l’être humain, l’importance de la relation, de la personne dans son individualité et du contexte. Ainsi que la dangerosité des violences psychologiques qui peuvent être ouvertes (insultes, menaces, propos négatifs) ou couvertes.

« Les plus dangereuses. Elles relèvent souvent d’une communication paradoxale dans le langage. Très difficiles à déceler, elles entrainent la perte de confiance en soi et la confusion »
déclare Marlène Abondo.

Pour elle, la manipulation se pratique chez tout être humain. Elle n’est ni bonne, ni mauvaise. Mais elle amène à se soumettre librement. « Il y a un attachement affectif et alors il va être difficile d’identifier le négatif et de s’en extraire », ajoute Claire Guivarch.

Célian Ramis

Tiny Feet ou l’art de briser le silence avec (entre autre) les pieds

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Antipode, Rennes
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Celle dont on dit qu’elle a fait ses premières armes à Rennes est venue fin novembre présenter son premier album, Silent, à l’Antipode. Un hommage que rend Tiny Feet, alias Emilie Quinquis, à la capitale bretonne. Portrait.
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Celle dont on dit qu’elle a fait ses premières armes à Rennes est venue fin novembre présenter son premier album, Silent, à l’Antipode. Un hommage à la capitale bretonne qui a sur de nombreux points joué sur la création de cet opus. Rencontre avec Tiny Feet, alias Emilie Quinquis.

Ce soir-là, le 27 novembre, à l’Antipode, les sifflements de certains spectateurs se font entendre à peine les lumières baissées. Dès son arrivée, les cris d’encouragements se multiplient. Tiny Feet sourit dans la pénombre de la scène. Elle envoie les premières notes de l’album qu’elle présente lors de cet apéro-concert, son premier album, Silent, financé à l’aide du crowdfounding, soutenu par la Ville de Rennes, réalisé par le Do it yourself dont elle est maitre et produit par Yann Tiersen, son compagnon.

La jeune femme de 28 ans dissimule une partie de son visage sous sa mèche qui lui cache les yeux qu’elle prend soin de fermer les premières minutes du concert durant. Les pédales de boucles sont alignées devant ses pieds, l’ambiance est électrique, la musique tendue, sa voix chaude et rassurante, paradoxalement au climat que son one-woman-band impose.

La musicienne et membre unique de Tiny Feet s’appelle Emilie Quinquis et est originaire de Brest. Pour ses études, elle emménage dans la capitale bretonne et se lance dans les arts du spectacle, à Rennes 2, en théâtre, avant de rejoindre l’école du TNB.

« J’écrivais, je mettais en scène, j’ai eu des propositions pour être comédienne mais je ne m’y retrouvais pas. Je ne veux pas être l’instrument des gens ».

Ce qu’elle veut, c’est défendre son projet artistique : « Je suis incapable de mentir sur ce que je ressens ». Les boucles musicales vont hypnotiser ses nuits d’insomnie et l’amener à délaisser les textes pour s’orienter vers de l’accompagnement sonore.

À sa sortie d’école, elle réalise, seule, un monologue pour une comédienne avec vidéo et musique, « quelque chose d’assez abstrait, hypnotique, sur un mur en décomposition ». Elle pose en parallèle ses sons sur MySpace et de là est programmée dans un petit festival brestois. « Quinze jours avant, je n’avais toujours pas le contenu de mon concert. Je me suis enfermée à l’Aire Libre, se souvient-elle. C’est surement pour ça que l’image de la pochette de mon album est un avion écrasé. Comme je passais mon temps à côté de l’aéroport de St Jacques, c’est le bruit de l’avion que j’entendais. Et c’est là le tout début du disque. »

En 2012, elle joue à Bars en Trans, participe au tremplin Mozaïc et à une présélection pour Les Jeunes Charrues. Elle se rappelle, pour cet événement, attendre dans la loge voisine de celle dans laquelle elle nous reçoit à l’Antipode :

« Pour les Charrues, il y avait Mermonte à côté. Ils étaient 10, ils ont fait un cri de guerre et puis ils sont super balèzes ! J’étais toute petite à côté, je faisais tout de manière intuitive. »

Une manière intuitive de composer ses chansons qui la mène aujourd’hui à présenter son premier album, après avoir passé l’année 2013 à fignoler ses morceaux, entourée de Stéphane Bouvier et de Yann Tiersen, pour le mixage et reamping. Et qui la mène également à ne plus arriver sur la pointe des pieds. « Tiny Feet, c’est pour ça ! Je me prenais le choux avec le nom… Et puis c’est aussi parce que je fais tout avec mes petits pieds dans ma musique. Mes petits pieds maladroits ! », rigole-t-elle.

Pourtant sur scène, aucune note de maladresse de la part de ses petits pieds qui jonglent d’une pédale à l’autre, tandis que ses doigts tapotent sur l’écran, installé devant elle, quand ils ne manient pas l’archer sur la basse ou qu’ils ne grattent pas les cordes de la guitare. Les mélodies sont intenses, brutales. Comme le témoignage de son ressenti face à son environnement, son vécu.

Au fil du concert, les atmosphères varient, l’électro s’amplifie et Tiny Feet s’affranchit à présent de toute timidité pour nous transporter dans sa bulle de douceur angoissante. Le titre de son album prend sens. Silent. « Silence kills/ you know/ Silence kills », chante-t-elle, maniant les rythmes à sa guise et jouant sur les accélérations qui nous plongent dans un état de gravité et d’urgence.

« Silent, c’était pour sortir du silence. J’ai besoin de faire de la musique. Et avec ça, je suis sortie du silence, je me suis libérée d’un poids, ça m’a ouvert la voie »,
précise Tiny Feet en coulisses.

Elle confie, sans trop de surprise, que l’album comporte des douleurs qu’il a fallu dépasser pour s’ouvrir à la créativité. Son truc pour écrire et composer, c’est « les nœuds dans le ventre. Et ça vient de plein de choses, se sentir coupable, être en colère, avoir peur, être amoureux, perdre un être aimé… ».

Et les influences, elle les puise inconsciemment chez Suicide ou Portishead, mais elle se retrouve aussi régulièrement comparée à PJ Harvey et Cat Power. « C’est marrant, mon frère m’a offert une K7 quand j’avais 13 ou 14 ans avec ces deux artistes. Je n’ai pas tous leurs albums mais ce sont des artistes qui m’ont perturbées. Quand j’ai écouté ça, c’était une révolution pour moi. Ce sont des filles qui ont du chien ! Beaucoup de chansons françaises à l’époque faisaient très gentillettes. Ces deux femmes là qui arrivent mettent un coup de pied dans la fourmilière. Enfin un coup de pied dans ma fourmilière ! », plaisante Emilie Quinquis.

Et son coup de pied à elle, puisque toute est une histoire de pied, Tiny Feet le met sur scène. Avec son one-woman-band, « pas besoin de surjouer ». Si la jeune musicienne n’est « peut-être pas assez pop pour la France », elle tient fixement sur ses deux pieds pour les poser aux Etats-Unis, et prochainement peut-être en Argentine ou encore en Belgique, et certainement à Ouessant, l’île sur laquelle elle vit, « là où je me sens à la maison », quand elle n’est pas à Rennes, à Paris ou à Brest, sa ville d’origine à qui elle dédie une chanson éponyme et avec laquelle elle inspire le silence…

Célian Ramis

Puzzle Compagnie, l'insoumission de la création

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Cercle Paul Bert Nord-Ouest Le Noroit, Rennes
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Un mardi par mois, à 18h30, au Cercle Paul Bert Nord-Ouest Le Noroît, les comédiens de la Puzzle Compagnie se livrent à des improvisations en vue d'un nouveau spectacle.
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La Puzzle Compagnie s'empare de la tragédie Roméo et Juliette pour son Chantier Public. Un mardi par mois, à 18h30, au Cercle Paul Bert Nord-Ouest Le Noroît, les comédiens se livrent à des improvisations en vue d'un nouveau spectacle. Le 3e rendez-vous est donné mardi 16 décembre.

En débat, dans les coulisses ce mardi 18 novembre : Juliette est-elle féministe ? « Elle refuse le mariage arrangé pour épouser un autre. Mais est-ce par là qu'on s'épanouit ? », se questionne Marjorie Blériot, membre de la Puzzle Compagnie.

La discussion n'est pas surprenante pour la compagnie qui intervient fréquemment sur les thèmes de l'égalité et la discrimination.

« Nous essayons de tordre le cou aux clichés. Les femmes ne sont pas que des petites minettes éplorées qui servent la soupe aux hommes », s'exclame Charlotte Baheu, référente artiste.

Depuis octobre, la compagnie travaille sur un nouveau projet, le Chantier Public, fondé sur Roméo et Juliette. Six rendez-vous sont programmés, un mardi par mois. Les comédiens y font des expérimentations, devant les spectateurs. « Nous attendons du public des retours qui nous enrichissent, ouvrent des débats ou en résolvent », précise Marjorie Blériot. Dès sa création, il y a bientôt dix ans, la compagnie s’est spécialisée en improvisation.

« Nous défendons cette pratique comme une discipline à part entière. L'improvisateur fait tout à la fois : comédien, metteur en scène, scénographe et auteur »
Charlotte Baheu, comédienne.

Dans la salle, les rires fusent de tous côtés. Si la séance mensuelle a pour thème la révolte par le refus et la transgression de l’ordre, les improvisateurs misent tout sur la cocasserie des situations. « Nous espérons que le public voit l'évolution d'un spectacle qui se construit sous ses yeux », confie Marjorie Blériot. Le prochain chantier est programmé mardi 16 décembre, au Cercle Paul Bert.

Avant chaque représentation, les comédiens s’entraînent au travers d’exercices. Ils en font une restitution le soir sans pour autant jouer les mêmes scènes. « L'improvisation souffre de la répétition. C'est la magie de l'éphémère », affirme Charlotte Baheu. Selon la réaction de leurs partenaires et du public, les comédiens modifient leurs choix.

« Il faut être suffisamment à l’écoute et dans le respect de l'autre pour que l'improvisation fonctionne, précise la jeune femme. Mais nous sautons sans filet, comme des voltigeurs. » Ni barrières, ni obstacles pour la Puzzle Compagnie dont les membres aiment à dire que les improvisateurs sont des insoumis.

Célian Ramis

Femmes aux TransMusicales 2014 # 4 - Cinq minutes avec Sabina

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Le Liberté, Rennes
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Survoltée et carrément rock, l'originale Sabina, de passage à Rennes pour les TransMusicales, répond à nos questions.
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Sabina Sciubba, ex-leader des Brazilian Girls, a ouvert le bal des femmes aux TransMusicales 2014, mercredi 3 décembre à l’Ubu, avec sa formation solo, Sabina. Elle répond, entre sa promo et son train, aux questions de YEGG, clôturant ainsi notre couverture du festival, pour sa 36e édition.

YEGG : Vous avez joué plusieurs années avec Brazilian Girls, aujourd’hui vous vous lancez dans un projet sous votre prénom, que vous avez présenté mercredi à l’Ubu. Vous aviez cette volonté depuis longtemps ?

Sabina : Oui, assez. Nous avons fait une pause avec Brazilian Girls. J’ai donc voulu profiter de ce temps pour moi. J’avais pas mal de chansons qui trainaient. J’ai juste eu à les cueillir !

Brazilian Girls, c’est vous et trois musiciens. Sabina, c’est vous et trois musiciens. Forte volonté de vous entourer de trois hommes à chaque fois ou pure coïncidence ?

C’est le destin ! Quoique je fasse, je termine toujours avec trois hommes ! (Rires) Non, plus sérieusement, ça s’est fait comme ça. Parmi les trois musiciens actuels, il y en a un que je connais depuis très longtemps. Les deux autres, c’est assez récent. Mais, ce n’est pas fait exprès du tout, ce n’est pas pour reprendre la structure de Brazilian Girls.

D’origine italienne, vous avez vécu en Allemagne, en France et aux Etats-Unis, et vous puisez dans chacune des langues que vous parlez pour composer vos chansons. Sacrée gymnastique…

J’espère que sur scène, ça ne donne pas l’impression d’une gymnastique car c’est très naturel chez moi. Ça correspond bien à ce qui se passe dans ma vie. Avec mon mari et mes trois enfants, je parle trois langues différentes, alors j’ai vraiment l’habitude. Comme j’ai vécu aux Etats-Unis, en France, en Allemagne… (Rires)

Dans vos chansons, vous parlez beaucoup d’amour et sur scène mercredi soir, vous faisiez un parallèle entre l’amour et la révolution. Les deux sont indissociables selon vous ?

Oui, vraiment. La révolution impulse de changer les choses au mieux. Dans un sentiment de collectivité. C’est la chose que je recherche le plus ! J’aime pour de vrai la sensation de collectivité. La symphonie entre tout le monde. Et c’est ce qui se passe avec le public quand je suis sur scène. Entre les musiciens, entre les spectateurs, entre le groupe et le public…

Côté révolution, votre tenue aux couleurs de l’Europe et votre déclaration : « Je suis l’Europe et je brûle » ont fait sensation…

(Rires) Oui forcément. En fait, c’était l’Europe mais c’était surtout abstrait. La vérité, c’est qu’un jour j’étais dans le train, j’allais de Nice à Paris. Et on est passé par Marseille. Marseille ! Une très jolie ville avec toute sa culture et son patrimoine, et tout. Et là, entre deux immeubles, je vois toute une rangée de voitures en train de brûler. J’ai trouvé ça très symbolique. Il y a quelque chose qui arrive en Europe en ce moment. Une inflammation de l’Europe. On se sent en sécurité dans cette Europe mais on n’est pas en sécurité ! Tout peut arriver d’un moment à l’autre. Comme l’amour, ça peut arriver partout, tout le temps…

On doit s’en méfier ?

Ah non surtout pas, surtout pas ! (Rires)

Pour revenir sur votre performance à l’Ubu, le live sonnait plus rock que vos chansons enregistrées. C’est une volonté pour se démarquer de ce que l’on peut entendre à la maison ?

Oui c’est vrai, c’est bien plus rock. Pour dire la vérité, je n’ai aucun contrôle là dessus. Ça devient très rock, c’est comme ça. En fait, on part en couilles ! (Rires) C’est rock et ça chauffe. C’est une forme de pouvoir qu’a la guitare. À peine on effleure la corde que ça envoie direct. Ça donne envie de partir en couilles ! (Rires)

Bon à savoir. Merci Sabina.

Merci à vous, à bientôt.

Célian Ramis

Femmes aux TransMusicales 2014 #3

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Parc expo, Rennes
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Moins nombreuses le vendredi 5 décembre, les femmes ont néanmoins défendu avec force leur style et univers musical, dans le Hall 8 du Parc expo.
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Au synthé dans Grand Blanc ou au chant dans Metà Metà , c’est dans le Hall 8 ce vendredi 5 décembre que se sont faites entendre les femmes, hélas bien minoritaires au Parc expo.

 
21h45 – GRAND BLANC – FROIDEUR ADDICTIVE

 

 

 

À peine installés, ils instaurent déjà un climat de tension dans le Hall 8. Les musiciens de Grand Blanc imposent à vitesse éclair leur univers fortement inspiré par le rock new wave des années 80. En référence, on les classe sur les traces de Joy Division mais dans la langue de Bashung et de Ferré.

Des influences qui ravissent les festivaliers qui fourmillent dans la fosse, en direction de la scène, comme attirés par la lumière. Grand Blanc a ce pouvoir d’envoûter les esprits et d’envahir les corps pour les figer, curieux de l’expérience en cours. Dégré 0 commence, la voix de Camille, également aux claviers, brise les sonorités électro et entame une chanson qui résonne comme une ode à un mal-être profond avide de torpeur.

Et c’est pour conjurer le sort et éviter la léthargie que ce nouveau groupe français prend la scène jusqu’à la posséder en l’enrobant d’une atmosphère froide et angoissante. La formation musicale joue avec les rythmes entre calme déstabilisant et accélérations brutales en réussissant à surprendre le public qui attend l’explosion des notes et qui reste en attente de sensations fortes.

« On va vous jouer un morceau qui parle de notre adolescence, de notre nullité au football et de comment on essaye de se construire… Je parle de ça parce que je crois que Rennes joue ce soir non ? », lance le chanteur. Derrière le trait d’humour, la voix tremblotante laisse apparaître la sensibilité du chanteur. Un écorché vif dans la retenue.

Il alterne le chant avec Camille, dont la voix rappelle fatalement les années 80, épousant le style vestimentaire Madonna de cette époque – ou Olivia Newton John à la fin de Grease – et tous les deux apportent un sentiment d’urgence, de précipitation sans pourtant nous saisir les entrailles. Peut-être pas encore assez abouti, on ne doute pas que Grand Blanc saura évoluer dans les eaux troubles du rock français.

 

 

 
23h20 – METÀ METÀ – MOUVANCE JAZZY

 

 

 

 

Dès la première chanson, le hall se remplit de convivialité et de chaleur. Les lumières blanches, électrisantes de Grand Blanc ont laissé la place à des lumières rouges orangées. Guitare, basse et batterie révèlent immédiatement leur puissance et la chanteuse vient y mêler son énergie vocale pour un ensemble dynamique et rafraichissant.

Les compositions très instrumentales, portées par le saxophone, nous transportent directement dans une ambiance de club. Dans un lieu intimiste, confiné. Pour mieux en exploser les murs et les frontières puisque les brésiliens de Sao Paulo sont des génies du brassage musical et culturel. Les sonorités latinos rencontrent ainsi le chant et les rythmes du Candomblé, une religion afro-brésilienne.

La samba prend des airs psychédéliques, le jazz s’enivre et flirte avec l’afro-punk dans un mélange délirant et entrainant qui laisse présager une sorte d’urgence, de précipitation, mêlée  aux chants traditionnellement adressés aux divinités. Le côté folklorique invite à une danse conviviale et festive tandis que les inspirations de rock tendu lacèrent nos entrailles. 

Les musiciens dégagent une belle énergie et transmettent inéluctablement leur passion transpirante pour le live et cet univers imaginaire et neuf. Avec Metà Métà, pas question de rester passif. On est tout le temps pris dans le mouvement. Tourbillon de fraicheur sur la scène musicale brésilienne, il ravit les spectateurs venus puiser dans les découvertes de cette édition TransMusicales.

Célian Ramis

Femmes aux TransMusicales 2014 #2

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Parc expo, Rennes
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Première soirée réussie pour les TransMusicales au parc expo de Rennes, ce jeudi 4 décembre. Les quatre groupes féminins ont fait exploser la scène du Hall 3.
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Ce jeudi 4 décembre, les groupes féminins se sont succédés dans le Hall 3 du parc expo de Rennes. Tous les quatre ont marqué la scène des TransMusicales de par leurs empreintes singulières.

 
21h30 - COURTNEY BARNETT – ROCKEUSE DÉSINVOLTE

 

 

La chanteuse/guitariste et ses 3 musiciens s’installent et révèlent dès la première chanson un son très empreint de garage rock. La musique et la manière de chanter rappellent instantanément Hole, les distorsions en moins et des cachets de valium en plus. Dr Martens au pied, pantalon noir serré, chemise large à pois et attitude désinvolte, la jeune australienne s’aligne dans la grande tradition du « slacker rock ».

Au fil du set, les influences folk croisent celles du garage grunge, Courtney Barnett ayant évolué plusieurs années dans deux groupes, garage d’un côté et psyché/country de l’autre. En 2012, elle lance son propre label Milk ! Records et sort son 1er EP, I’ve got a friend called Emily Ferris. Puis un 2e, How to carve a carrot into a rose. Pour finalement les combiner dans The double EP : a sea of split peas, en 2013.

Les paroles de ses chansons marquent les esprits comme dans « Avant Gardener », dans laquelle elle raconte son choc anaphylactique et sa piqure d’adrénaline. Celle qui se décrit de manière humoristique comme une Lena Dunham musicale aborde également sa relation avec la chanteuse australienne Jen Cloher, avec qui elle a joué quelques temps, et parle librement de masturbation.

Après quelques morceaux folk/rock aux effets acoustiques, le groupe repart sur des notes carrément plus rock au style des années 90. Le public est à bloc. À l’aide de la basse, de la batterie et de deux guitares, les quatre musiciens font monter l’intensité avec de l’instrumental pur, tirant vers le punk rock.

Courtney Barnett bouge nonchalamment son corps en secouant ses cheveux avant de soudainement se tourner vers le batteur et de le rejoindre sur son carré installé légèrement en hauteur. Animés par l’attitude rock de la chanteuse-auteure-compositeure, les festivaliers se déchainent face aux musiciens qui prennent leur pied à balancer les notes brutes. « Merci d’avoir écouté la musique plutôt que de taper dans les mains », crie la chanteuse avant de conclure sur des crissements de guitare qui font durer notre plaisir.

 

 

 

 

23h20 - KATE TEMPEST – RAPPEUSE THÉÂTRALE

 

 

 

Si on ne change pas de hall après Courtney Barnett, on change en revanche radicalement de style avec la britannique Kate Tempest. À son arrivée, les cris et applaudissements  cessent instantanément dès lors qu’elle prend le micro et se lance dans une performance technique stupéfiante.

Son débit de parole, qui provoque en nous un sentiment d’urgence tout en nous figeant de longues secondes durant, est impressionnant, et son phrasé parfaitement articulé. La rappeuse anglaise n’est pas là depuis plusieurs minutes qu’elle met tout le monde d’accord. Le cul scotché au Hall 3, le public des Trans prend une claque.

« Je voudrais pouvoir faire tout ça en français. Je ne peux pas. Je suis désolée, très désolée », annonce-t-elle d’emblée. Il y a une force combattive dans sa voix, dans sa manière d’interpréter sa musique.

Renforcée par les sonorités électro, produites instrumentalement sur scène par ses musiciens, et par l’appui vocal de la choriste hip-hop, l’énergie circule et se diffuse aussi vite que les mots qui sortent de sa bouche.

Et quand elle s’arrête, c’est pour laisser les gros sons trip hop envahir et saisir nos entrailles. La poétesse, reconnue pour son talent d’écriture qui lui vaut d’être qualifiée d’un des plus grands talents actuels, manie l’art de faire passer des émotions.

Les sonorités parfois énigmatiques qui nous plongent dans une atmosphère angoissante viennent contrecarrer son chanté viscéral qu’elle renvoie pourtant avec légèreté et bonne humeur.

On aime sa façon de raconter des histoires, sans en comprendre la finesse des mots qu’elle aligne à vitesse éclair. Elle maitrise les rythmes, pose parfaitement sa voix pour nous captiver et capter notre attention et joue de toute sa théâtralité, un art pour lequel elle est également salué en Angleterre. « Vous êtes putain de brillants ! C’était magique. Vous êtes putain de géniaux. Merci pour la soirée », lâche-t-elle avec émotion, à l’image de son concert.

 

 
 
00h50 – A-WA – TRIO ENVOÛTANT

 

 

 

Les trois chanteuses figurent en ligne sur le devant de la scène. Elles sont sœurs. Tair, Liron et Tagel Haim sont au centre du groupe A-Wa (prononcer Ay-Wa), venu d’Israël. Elles chantent dans un dialecte arabo-yéménite des chansons issues de la tradition orale, enregistrées dans les années 60 par les chanteur-auteur-compositeur yéménite Shlomo Moga’a.

Amour et protestations féminines, le trio joue le contraste de profondeur et légèreté dans des chants qui résonnent à travers leurs voix unies. Ces dernières percent les murs du Hall 3 pour se briser au loin, accompagnées par les notes et rythmes entrainants des guitares, de la basse et de la batterie.

Leur premier album, qui devrait arriver prochainement, produit par Tomer Yosef, Israélien vivant à New-York, propose une approche moderne des chansons folk yéménites mixé à de l’électro dance.

L’ensemble produit une sensation de fraicheur groovy qui séduit les spectateurs-trices, se laissant entrainer dans des pas de danse, au rythme des instruments et des voix parfois a cappella, parfois en chœur. Radieuses, les trois femmes partagent leur musique à la fois ensoleillée et tortueuse avec un élégant brin de retenue.

Là encore, une belle énergie se dégage de cette formation originale. Elles mêlent au fil du concert percussions, sollicitations du public et violon, le temps d’une chanson à chaque fois. Juste le temps de tisser une relation avec leur auditoire, qui s’affine avec les minutes tardives qui défilent, et de nous plonger dans une ambiance intimiste.

La force des voix épouse la fragilité qui émane des textes et nous invite à l’évasion. « Nous allons vous chanter une chanson d’amour yéménite qui parle de la façon dont l’amour peut vous consumer de l’intérieur », explique une des chanteuses. Si certains rêvassent debout, d’autres dansent à n’en plus finir en investissant l’espace qui se libère au fur et à mesure.

 

 
2h20 – MOLOTOV JUKEBOX – COCKTAIL EXCENTRIQUE

 

 

 

 

« J’ai découvert ce groupe il y a 2 ans. Ils devaient venir l’an dernier mais bon la chanteuse s’est fait mal… Aujourd’hui, ils sont là, c’est Molotov Jukebox ! », s’écrie Jean-Louis Brossard, co-directeur des TransMusicales en guise d’introduction du groupe, mais également de clôture de cette première soirée au parc expo.

Dès leur arrivée, les membres du groupe débordent d’énergie. Natalia Tena affiche un large sourire qu’elle ne lâchera pas du concert. Accordéon, trompette, violon, batterie et guitare démarrent en trombe pour y faire éclater des sonorités de fanfare de l’Est.

Rien à dire, nous ne sommes pas déçus d’avoir patienter un an de plus pour les découvrir en live.La musique est entrainante, festive, à la limite de l’excentricité.

Les genres se mélangent. Molotov Jukebox, qui vient pour la première fois en France, passe de chansons explosives parlant d’un ancien amant à des chansons jazzy à la James Bond. « On a toujours voulu faire une chanson à la James Bond », déclare le violoniste Sam Apley, sourire en coin. Le début est jazzy, la voix soul.

D’un registre à un autre, l’aisance est la même, l’énergie est semblable. Toujours empreinte de bonne humeur malgré l’heure tardive et le peu de festivaliers restants.

Accordéon accroché aux épaules et robe noire moulante, Natalia Tena, que l’on connaît pour ses rôles dans Harry Potter et Games of throne, déploie la puissance de sa voix qu’elle s’amuse à varier entre ton très nasal et échappées vocales.

Jusqu’à entamer des chansons plus pop rock et même une chanson en hommage à la capitale anglaise, Londres « qui pour sûr est une femme ! » Impossible de ne pas bouger ses pieds et son corps pendant cette dernière heure tant l’énergie impulsée est grande.

Célian Ramis

« 69 positions », une visite guidée singulière

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TNB, Rennes
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Un voyage au plus profond de notre intimité qui s’affranchit de tous les codes chorégraphiques ou théâtraux, de tous les codes moraux.
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Du 18 au 20 novembre, dans le cadre du festival Mettre en scène à Rennes, la jeune chorégraphe danoise Mette Ingvartsen a investi la salle Serreau, au TNB pour y proposer sa création « 69 positions ». Une première nationale loin de nous laisser de marbre.

Un parterre blanc. Une structure métallique carrée où sont accrochés treize panneaux. La scène de la salle Serreau ressemble à une galerie d’art. C’est dans ce décor simple, doté d’une atmosphère étrange et froide, que nous accueille Mette Ingvartsen, chorégraphe et danseuse, diplômée de l’école bruxelloise PARTS.

Les places assises ne sont pas éclairées. Tout va se jouer sur ce parterre blanc « Ce soir, je vous propose une visite guidée à partir de la sexualité et de la performance. Cette visite se fera en trois parties. Elle commence dans les années 60 et se termine aujourd’hui», présente la chorégraphe. La surprise se lit sur nos visages et ceux des spectateurs présents. Mette débute sa performance par la lecture d’un courrier de refus pour une collaboration écrit par Carolee Schneemann, chorégraphe américaine, point de départ de la création « 69 positions ». 

« J’avais déjà travaillé sur Meat Joy dans Expo Zéro (un projet du Musée de la danse) à Singapour en 2010. En 2004, 2005 et 2006 j’avais beaucoup travaillé sur la sexualité, la nudité. Ce sont des thèmes qui revenaient. J’ai donc cherché à faire une performance qui parlait de cela. Le corps nu et les politiques des années 60 m’ont toujours intéressée et je souhaitais donc travailler avec Carolee sur sa pièce « Meat Joy », créé en 1964. Mais ce n’était pas possible. C’est de là qu’est parti 69 positions»
Mette Ingvartsen, chorégraphe.

UN VOYAGE CHORÉGRAPHIQUE BOULEVERSANT

Dès les premiers instants, nous comprenons que ce spectacle n’est pas un spectacle comme les autres. Projections vidéos, lectures, décryptages d’œuvres, le voyage à travers les sources auquel nous convie Mette invite non seulement le spectateur à réfléchir sur la nudité, la sexualité, le rapport entre le corps et la politique, mais le fait surtout participer à tout.

«  69 positions, est la continuité de ma création « Speculation » dans laquelle le public est en interaction avec moi. J’ai voulu approfondir cette démarche, et diviser la pièce en trois parties afin de regarder l’Histoire en général et montrer que les problématiques des années 60 comme la libération sexuelle ou l’égalité homme-femme ne sont finalement pas encore toutes résolues aujourd’hui. Je souhaitais mettre toutes les questions de trois périodes différentes les unes à côté des autres », confie-t-elle.

69 positions est également un voyage dans l’imaginaire. Yeux ouverts ou clos, la chorégraphe nous amène à construire une sculpture érotique, à recréer Meat Joy, à tester les effets d’un gel à la testostérone… et tout cela dans notre tête, la voix douce de Mette pour seul guide. Elle revient sur cette démarche :

« 69 positions est une chorégraphie qui se passe dans le vide, dans l’imaginaire. J’ai cherché à vraiment créer une situation avec le public ».

Mais l’exercice est loin d’être évident. Dans le public, les yeux écarquillés, on rougit, on esquisse des sourires gênés, on tente de se cacher les uns derrière les autres quand un volontaire est requis.

UN PUBLIC AU CŒUR DE LA PERFORMANCE

Pendant toute la représentation, nous sommes donc en mouvement perpétuel. La chorégraphe revêt le rôle de galeriste, puis le quitte d’un coup pour se livrer à des exercices particulièrement embarrassant pour le public : elle se déshabille ou se rhabille, danse, fait l’amour à une chaise.

Le corps de la danseuse se transforme en objet de démonstration : il se tord, rampe, se frotte contre la jambe d’un spectateur. Elle crie, gémit, râle…  Nous nous sentons parfois pris au piège de cette expérimentation, de cet univers rempli d’érotisme et de tabous exposés au grand jour.

Entre la chorale d’orgasmes effectuée par quatre personnes choisies au hasard dans le public et l’invitation à danser, Mette brise complètement le quatrième mur (mur imaginaire séparant la scène du public). La tension est palpable.

« La participation du public est très importante pour moi. Je souhaite créer quelque chose avec lui, sans le choquer, mais établir une relation de proximité que permet la forme de mon spectacle. Je ne le manipule pas, je reste attentive à sa réaction. Et je fais ce que je peux faire avec lui, sans forcer personne »
explique la chorégraphe.

L’engagement politique est également un deuxième élément que la chorégraphe défend dans son solo : « Pour moi la nudité est une action politique. Prendre position est également une action politique dans un monde où les gens le font de moins en moins. Dans ce spectacle le public se déplace, gravite autour de moi. Il décide comment regarder. Quelque part, il prend donc position ».

Frileux au début du spectacle, nous finissons finalement par rentrer dans l’univers de notre guide. La tension du début laisse place à des sourires et des regards complices. On ressort de la salle Serreau quelque peu étourdi, mais apaisé. 69 positions est un voyage mouvementé. Bouleversant, même.

Un voyage au plus profond de notre intimité qui s’affranchit de tous les codes chorégraphiques ou théâtraux, de tous les codes moraux. Mais 69 positions reste un beau voyage, que l’on aurait finalement souhaité partager davantage. Confronter l’espace intime et l’espace public ? Pour Mette, le pari est réussi.

 

Célian Ramis

Les femmes et la marge au Blosne

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Maison des Squares, Rennes
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En plein cœur du quartier du Blosne, se tient l'exposition « Les femmes et la marge ». L'occasion d'admirer des femmes du monde entier vues par l'œil du photographe Yann Lévy.
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À la Maison des squares, en plein cœur du quartier du Blosne, se tient l'exposition « Les femmes et la marge » jusqu'au 30 novembre 2014. L'occasion d'admirer des femmes du monde entier vues par l'œil du photographe Yann Lévy.

Une femme en tenue burlesque, cache-téton en strass et body moulant, regarde d'un air mutin le visiteur, prête à retirer le bas. À côté, une femme entièrement voilée presse le pas sur le parvis d'une mosquée à Istanbul. Ces deux portraits exposés côte à côte montrent deux mondes opposés. Leur point commun ? C'est le même homme, Yann Lévy qui à travers son  regard de photographe a immortalisé ces instants. À travers dix-huit portraits de femmes, il emmène le visiteur aux quatre coins du globe : Roumanie, Haïti, Palestine, France, Turquie...

Sarah Boulanger, animatrice multimédia et responsable des expositions à la Maison des squares, explique : « Le lien entre toutes ces photos c'est les femmes. Il a extrait des photos de plusieurs de ses reportages en ne prenant que les portraits féminins. » Elle a contacté Yann pour l'exposer car « c'est un copain ».

Amatrice de photos, elle connaît quelques personnes dans le milieu. Yann Lévy lui a ainsi expliqué sa démarche. Partant du constat que les femmes étaient peu représentées dans le monde de la photographie, il a voulu travailler sur leur diversité. Résultat : une exposition hétéroclite qui rend hommage au féminin sous toutes ses formes.

Autre particularité, le lieu dans lequel les photos sont accrochées. La maison des squares n'est pas un lieu destiné à exposer a-priori, sa vocation est toute autre, celle d'une maison de quartier. Les clichés sont accrochés dans l'entrée et dans le couloir au petit bonheur la chance. Le Blosne est dépourvu d'endroits dévolus à l'art. Seul le Triangle fait exception.

C'est ce qui a poussé la petite structure à se lancer, depuis septembre 2014, afin de combler ce vide culturel et éviter que les personnes soient obligées de se rendre au centre ville pour admirer des expositions. Tous les mois, un nouvel artiste vient prendre place sur ses murs.

Les réactions des gens du quartier intéressent également Sarah Boulanger : « On a des gens qui viennent de partout et qui se retrouvent dans cette exposition. » Elle raconte, amusée qu'une maman d'origine turque et sa fille adolescente contemplaient toutes deux une photographie en la qualifiant de « très belle » et en  pensant, bien évidemment, parler de la même. Sauf que la mère admirait celle de la femme voilée sur le parvis d'Istanbul tandis que la fille évoquait celle de la performeuse burlesque. Une autre remarque entendue l'a aussi marqué : « C'est marrant, il n'y a que les femmes blanches de l'exposition qui font des trucs que l'on a jamais vu. » Une manière de questionner notre rapport à l'étrange et à l'étranger.

Célian Ramis

Névroses sexuelles : le théâtre contre les diktats de la société

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La Paillette, Rennes
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Plongée dans la sexualité débridée de Dora, une jeune femme en pleine découverte de son corps, sous le regard désapprobateur de son entourage.
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Du 15 au 18 octobre, la compagnie LKT Production a foulé les planches de la Paillette avec la pièce Les névroses sexuelles de nos parents. Une plongée dans la sexualité débridée de Dora, sous le regard désapprobateur de son entourage.

La décision est prise : le corps médical met fin au traitement de Dora. La jeune femme, qui souffre d’un trouble mental, sort alors de sa léthargie. Elle se découvre un intérêt pour son corps et les relations sexuelles. Sans pudeur, Dora admet qu’elle aime faire l’amour, ou plutôt « baiser ». C’est alors que l’Homme délicat, un représentant en parfum, d’âge mur, l’initie à une sexualité violente et brutale. Avec pour conséquence une grossesse, un avortement et une stérilisation forcée. Une comédie tragique où l’éveil de la jeune femme se heurte à une normalité dictée et destructrice.

Ici, le texte du dramaturge suisse Lukas Barfüss a été conceptualisé et mis en scène par les nantais de la compagnie LTK Production, Marilyn Leray et Marc Tsypkine. « Au début, j’ai choisi cette pièce parce que j’ai ri », déclare Marilyn Leray. Certaines scènes sont cocasses.

Dans un des tableaux, Dora, son corps nu caché sous un drap, prend une pose provocante sur le lit. Un clin d’œil au Mépris de Jean-Luc Godard et à Brigitte Bardot. Le médecin, lui, fait un exposé comique sur la sexualité : ne pas faire l’amour en plein air, dans les endroits connus parce que « ça attire les gens », dans la rue, dans les musées… Mais surtout, ne pas le faire avec des enfants ou avec des hommes mariés.

LES SPECTATEURS SOLLICITÉS

Derrière ces quelques tableaux, se cachent pourtant des interdits et un contrôle permanents envers Dora. « Au final, je pense que cette pièce n’est pas si drôle », admet Marilyn Leray. Si le texte de Lukas Barfüss est en apparence léger, il permet en réalité de questionner la norme. Dès le premier tableau, Dora est au milieu de la scène, au cœur d’une société qui la surveille. Différence, acceptation, conformisme et liberté… La pièce aborde ces thèmes sans pour autant y apporter ni solution, ni morale mais suscite des questions et encourage le spectateur à réagir et s’interroger.

La scénographie sollicite également l’imagination du spectateur. L’espace, épuré et minimaliste, permet à chacun de développer des images. Alors que le public entre dans la salle et que les lumières sont allumées, les comédiens sont déjà sur scène.

« Petit à petit, le spectateur entre dans l’histoire sans passer par un noir et des paroles très théâtrales. Nous le mettons aussi dans une position inconfortable afin qu’il se sente concerné »
précise Marilyn Leray.

Le public est mobilisé jusqu’à la scène finale où, sur de grands panneaux translucides, un train s’avance à toute allure vers Dora. « Le train se dirige vers Dora mais aussi vers les spectateurs. Il y a une certaine violence », explique Marc Tsypkine.

La représentation de la nudité témoigne aussi d’une volonté de saisir le public. Plusieurs comédiens se dénudent sur scène :

« C’est une façon de lutter contre une certaine bienséance et frilosité. Nous sommes dans une époque où les gens deviennent de plus en plus pudiques sur les corps au théâtre mais de moins en moins pudiques par rapport à leurs apparitions à la télévision ».
Marilyn Leray, metteure en scène de la compagnie LTK Production.

En parallèle, le duo travaille sur la mise en espace de Zone, un roman de Mathias Énard, prévue pour janvier 2016. 500 pages pour une unique phrase. Un nouveau défi pour ces anticonformistes épris d’écritures contemporaines.

Célian Ramis

Maintenant 2014 : Pauline Saglio, du numérique, du design et des bulles

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MJC Le Grand Cordel, Rennes
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Visible jusqu’au 29 novembre prochain à la MJC Grand Cordel à Rennes, cette exposition mêle digital, innovation et poésie pour la nouvelle programmation d’Electroni[k].
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« Les gens peuvent parfois se sentir distants vis à vis de l’art et ne savent pas toujours comment aborder une œuvre, c’est pourquoi nous avons choisi de travailler avec des objets qui appartiennent au quotidien » explique la designer Pauline Saglio à propos de l’exposition  Rewind, Caves aux bulles, Light Form . Visible depuis le 6 octobre et jusqu’au 29 novembre prochain à la MJC Grand Cordel à Rennes dans le cadre du festival Maintenant, cette exposition mêle digital, innovation et poésie pour la nouvelle programmation d’Electroni[k].

Fraîchement diplômés de la prestigieuse ECAL (Ecole Cantonale d’Art de Lausanne), les trois jeunes artistes franco-suisses Pauline Saglio, Mathieu Rivier et Joelle Aeschlimann ont collaboré à la préparation de cette exposition interactive de trois œuvres.

Rewind par Pauline Saglio met en scène la notion de temps à l’aide de mécanismes ajoutés à des tablettes numériques, Caves aux bulles, sur laquelle les trois designers ont travaillé, projection murale qui, quand on souffle dans un jouet à bulles, actionne des dessins légers et enfantins et Light Form de Mathieu Rivier, installation tortueuse et graphique émettant son et lumière au contact des doigts du visiteur.

« La France est très appliquée à des domaines particuliers et je n’étais pas assez passionnée de graphisme ou de photographie par exemple pour ne faire que ça, j’aime beaucoup de choses », explique la jeune designer. Parisienne d’origine, Pauline Saglio, aujourd’hui assistante du département de Communication Visuelle de l’ECAL, après un baccalauréat ES obtenu en 2007, intègre successivement les ateliers Penninghen et de Sèvre à Paris, qu’elle considère finalement trop académiques puis se tourne vers le département Media Interaction Design de l’ECAL afin de travailler sur des projets spécialisés dans le numérique qui combinent tous les médias. C’est à l’occasion d’un workshop organisé par les étudiants de l’école qu’elle rencontre Mathieu et Joelle avec qui elle collaborera ensuite.

« L’ÉMERVEILLEMENT DOIT ÊTRE INSTANTANÉ »

 « Nous ne voulons pas dévoiler comment nos installations fonctionnent, il y a un espèce de ras le bol général de notre part quant aux personnes qui vénèrent les artistes, l’émerveillement doit être instantané et non parce qu’on a potassé telle ou telle brochure sur le travail d’un artiste. On a cherché à avoir un feedback sensoriel, ce qu’on a perdu avec le numérique », explique la jeune femme. Et on ne lui en veut pas.

L’interaction avec le visiteur est totale dans cette exposition ; que l’on actionne un mécanisme ancien monté sur une tablette pour y faire apparaître une horloge sortie de l’imagination de Pauline Saglio, qu’on souffle à sa manière pour déclencher Cave aux bulles ou qu’on pianote sur Light Form, on fait partie de l’œuvre, on la recrée à chaque fois.

 « Je ne cherche pas à me limiter au numérique, on peut avoir l’impression qu’il forme une sorte de rupture mais ça peut également être une continuation du passé » selon Pauline Saglio qui évoque un futur projet autour du son, de sa propagation et de la résonance à partir du concept de la tirelire. En attendant cette potentielle œuvre toujours plus ludique, l’exposition Rewind, Caves aux bulles, Light Form sera visible jusqu’au 29 novembre à la MJC Grand Cordel pour notre plus grand plaisir.

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