Célian Ramis
Pour l’instruction des filles : une longue histoire d’inégalités

Marcher pour raconter un siècle de lutte pour l’instruction des filles, c’est ce que propose l’association Histoire du féminisme à Rennes. Le 14 mars dernier, la visite guidée nous invitait à remonter le fil d’une histoire méconnue : celle du difficile accès des filles à l’enseignement scolaire dans la capitale bretonne. Un voyage dans le temps et le matrimoine rennais.
De la primaire à l’université, les filles ont conquis progressivement leur droit à l’instruction, levier fondamental pour l’émancipation des femmes. C’est en ce sens que se déroule la déambulation : 1 km, 5 lieux, 1 siècle d’histoire. Le point de départ se situe dans l’ancien couvent de l’Adoration pour un retour en 1870, époque à laquelle « la Bretagne est la région la moins instruite de France. » Au nord, 60% des personnes sont analphabètes et au sud, 73%. « Et pour les filles, c’est pire », s’exclame Mireille Hamon, une des 5 guides ce jour-là. Avec Catherine Debroise, Françoise Soulimant, Catherine Guy et Françoise Tyrant, elles ont enquêté durant 3 années sur la distorsion de l’offre éducative entre les filles et les garçons. Ensemble, elles ont plongé dans les archives locales qui ont révélé - sans surprise - un système éducatif basé sur la domination masculine et les stéréotypes de genre, proposant aux filles une scolarité plus courte, adaptée « à leur nature fragile ».
UNE INSTRUCTION PRIVÉE, INÉGALITAIRE
Au départ, on ne sépare pas uniquement les filles et les garçons, on distingue aussi les classes sociales, l’offre se limitant aux établissements privés. En 1845, une pétition réclame l’ouverture d’une école publique pour filles : le conseil municipal de Rennes désapprouve. Trente ans plus tard, dans les manufactures de la ville, le constat est sans appel, les ouvrières sont quasiment toutes dépourvues d’instruction. Le préfet intervient pour inviter « le maire à subventionner la mise en place de cours du soir dans les écoles privées de filles, à l’exemple de ce qui se fait déjà pour les adultes hommes dans les écoles municipales de garçons. » Quelques écoles privées laïques existent, souvent tenues par des femmes célibataires ou veuves pour subvenir à leurs besoins. Marginales, elles disparaissent rapidement après la Première guerre mondiale. L’Église a bonne emprise dans la région, et Rennes, ville de congrégations, n’échappe pas au schéma de l’éducation dispensée par les religieuses. « Cerise sur le gâteau : comme elles ne sont pas électrices, ce n’est pas grave de ne pas s’en occuper ! », pointe Mireille, avec ironie.
En effet, l’investissement financier est réduit, au même titre que l’exigence pédagogique. Si les bonnes sœurs représentent l’image du savoir, elles disposent toutefois d’un niveau scolaire modeste. La preuve d'un traitement différencié entre les filles et les garçons, comme le signale Catherine Debroise : « Il suffisait de présenter une lettre d’obédience de leur hiérarchie. Elles n’avaient pas à être titulaires du brevet, qui était pourtant obligatoire dès 1830. » À l’inverse, les frères enseignants sont diplômés et formés dans les séminaires bretons. Mais ici, les filles, on les éduque à devenir des bonnes épouses et mères chrétiennes.
« Elles apprennent l'écriture, la lecture, le calcul, la religion, les travaux d’aiguille, l’enseignement ménager, la puériculture et pour les plus riches, le piano ou la danse. »
DES VIES DE NONNES POUR LES NORMALIENNES
Ce passé résonne dans les couloirs de l’Adoration, anciennement le plus vieil établissement rennais d’instruction catholique pour filles. D’abord créé en 1870 rue Saint-Hélier, sous le nom d’Hôtel des demoiselles, il déménage en 1823 au point de départ de la visite, qui nous amène à suivre les traces d’une histoire mouvementée, alternant fermeture, réouverture et élargissement à la mixité à partir de 1960. Aujourd’hui, l’ancien couvent qui trône face au Rectorat, accueille une résidence sénior et jouxte l’école maternelle et primaire, toujours privée, de l’Adoration. Dans les années 80, un tournant s’opère. Sous l’impulsion du maire Edgard Le Bastard et dans le sillage des lois Jules Ferry, la ville fait émerger les premiers établissements publics pour filles. Deux écoles sont même construites en 1882 et 1883, dont une dédiée à l’application des élèves institutrices en formation, l’école Camille Claudel (46 ans après l’école d’application des élèves instituteurs), boulevard de la Duchesse Anne. Et c’est à quelques mètres de là que le groupe se rend après quelques minutes de marche : l’actuel Sciences Po Rennes où vivaient les « normaliennes » recevant l’enseignement pour devenir les enseignantes de 2500 rennaises en âge d’être scolarisées.
Cet « effort de la République » laisse trace dans l’établissement universitaire, marquant dans le marbre : « Loi Jules Ferry de 1879 « Une école normale d’institutrices dans chaque département » - En ces lieux École normale d’institutrices de Rennes – 1886-1980 ». Les élèves y sont en quelque sorte recluses, « elles mènent des vies de nonnes et dorment dans des dortoirs collectifs sous les toits. » Une exception à la règle, raconte malicieusement Françoise Soulimant, lors du bal des normaliens, réunissant filles et garçons : « Elles partaient d’ici et allaient rue de Saint-Malo bien en rang, deux par deux. Et à minuit, au coup de sifflet, elles se remettaient en rang ! »
DEVENIR INSTITUTRICE : UNE ASCENSION SOCIALE CADRÉE
À l’intérieur, vêtues de noir, la discipline est stricte, voire sévère. Elles sont une poignée chaque année à obtenir le concours. Souvent issues de familles modestes, « c’est une porte de sortie payée pour les jeunes filles ayant besoin de travailler », voire une ascension sociale. Elles sortent diplômées de l’école normale, en ayant reçu le même enseignement que les hommes, à un module près (sur l’éducation ménagère). Là encore, elles sont vouées à éduquer les filles en futures bonnes épouses et mères de famille, là où les instituteurs forment quant à eux « de bons ouvriers et de bons citoyens. »
Les difficultés s’accumulent : devoir d’exemplarité, postes isolés en campagne, méfiance et rejet, inégalités salariales (10% de moins que les hommes)… Un combat s’enclenche à ce sujet, menant à l’obtention historique en France d’une égalité de salaire en 1919 et ouvrant la porte à d’autres professions. Mais tout n’est pas gagné, le Code Soleil, « sorte de bible laïque du comportement », précise le rôle genré de l’enseignement au quotidien : « L’institutrice, surtout, aura à se surveiller. Au village, une mise décente et sobre est de rigueur. Point de coquetterie excessive, point de toilettes voyantes et de mauvais goût. Il n’est pas question de se négliger, de ne pas se distinguer de la gardeuse d’oies. » Des citations qui prêtent aujourd’hui à sourire mais qui démontrent le sexisme latent et omniprésent de l’époque. Il faudra attendre 1979 pour que la mixité s’institue, réunissant garçons et filles à l’École normale de Rennes, rue de Saint-Malo.
QUAND LA PORTE DU SECONDAIRE S’ENTROUVRE
La déambulation se poursuit, direction Jean Macé, lycée dans lequel trône une imposante plaque signalant « Cette école primaire supérieure et professionnelle de filles a été inaugurée le 18 novembre 1917 ». La scolarité y est gratuite, l’internat permet d’accueillir des filles de tout le département et l’enseignement est de qualité. Elles sont préparées au brevet élémentaire, puis éventuellement au brevet élémentaire supérieur. Elles peuvent même accéder à des qualifications professionnelles, en commerce, comptabilité ou encore sténodactylographie, leur permettant de trouver un travail rapidement. Seul bémol, loin d’être anodin : elles n’ont pas accès au latin, obligatoire pour passer le bac et poursuivre en études supérieures… « La société de l’époque considérait que les filles devaient avoir une scolarité courte. Il était important d’être instruite mais il fallait former des bonnes épouses et mères », précisent les guides. Progressivement, les familles inscrivent leurs filles et en 1939, l’effectif des lycéennes atteint celui du lycée de garçons :
« À chaque fois qu’on offre la possibilité aux filles d’accéder à l’instruction, elles s’y engouffrent ! »
En parallèle, elles évoquent le lycée de jeunes filles, situé de l’autre côté du Thabor (désormais collège Anne de Bretagne). Là où Jean Macé accueillait les filles issues de milieu modeste, à Martenot, on enseignait aux filles de classes aisées. Malgré les lois Sée, passées en 1880 instaurant au moins un collège ou lycée public de jeunes filles par département, il faudra attendre 1906 pour qu’à Rennes, il soit créé. Pendant de nombreuses années, la municipalité freine le projet. Pour Catherine Guy, il est important de souligner le rôle des premières directrices, notamment celui de Marguerite Ory qui paieront durant 14 années de leurs propres fonds les locaux pour y accueillir les filles en internat : « Sa ténacité a fait plier la ville ! Mais 26 ans après la loi et quasiment 100 ans après le lycée des garçons (l’actuel lycée Emile Zola, ouvert en 1803, ndlr)... » La combattivité des militantes féministes est également à saluer et prendre en considération. Si elles ne seront pas entendues sur l’importance de la mixité et de l’enseignement commun avant 1975, elles parviennent tout de même à obtenir des avancées, comme en 1924 : filles et garçons passent désormais le même baccalauréat. En revanche, les cours de couture sont obligatoires pour les filles jusque dans les années 70.
LA VIE UNIVERSITAIRE ET SON REVERS…
Les jeunes femmes peuvent maintenant prétendre aux études supérieures. Encore une fois, « elles s’y engouffrent », et à Rennes, centre d’une académie de 7 départements à l’époque, l’offre est dense. Elles font grimper le nombre d’étudiant-es inscrit-es et représentent déjà, dès 1932, un quart des effectifs. En sortant du lycée Jean Macé, il suffit de lever la tête pour apercevoir la mention « Cité universitaire – Maison des étudiantes » sur le fronton du bâtiment faisant face à l’actuelle faculté de droits. L’établissement, décoré par Odorico, accueille des centaines de bachelières, des terrains de sport pour les filles et à deux pas, un restaurant scolaire (encore existant). Ce contexte « leur permet d’avoir une vraie vie universitaire. » Toutefois, des obstacles persistent. Les mentalités restent misogynes et on reproche le nombre grandissant de femmes dans certaines filières, notamment en médecine. Et puis, avec les études, viennent aussi les rencontres et les premières relations sexuelles, dans une société qui interdit la contraception et l’avortement.
Au sein de certains cursus, les chiffres parlent : les effectifs féminins chutent en 3e année. Parce qu’elles se marient et/ou sont enceintes, elles arrêtent leurs études. « Il y a celles qui s’accrochent et continuent… La plupart sont célibataires. Après tout, qui voudrait s’encombrer d’une femme instruite ? », scande Mireille. Sans oublier qu’elles devront affronter les sarcasmes sexistes de leurs collègues, comme le précise Françoise Tyrant à propos des enseignantes à l’université :
« Il fallait vraiment avoir de la volonté et du tempérament. »
Elle donne pour exemple cette citation de l’universitaire Colette Cosnier qui décrit l’ambiance misogyne du milieu : « Loin d’être eux-mêmes des Adonis, ils donnent à trois d’entre elles les noms des rivières du département : la Rance, la Seiche et la Vilaine. Ce méchant jeu de mots en amusait certains. »
PRENDRE CONSCIENCE DU LONG CHEMIN PARCOURU
Alors, dans le hall de la Maison des étudiantes, elles rendent femmage à plusieurs universitaires rennaises. Marie-Louise Dubreil-Jacopin et Paulette Libermann, mathématiciennes dont les noms seront bientôt gravés sur la tour Eiffel, en complément des 72 noms d’hommes illustres qui y figurent déjà depuis longtemps. Mais aussi Charlotte Béquignon-Lagarde, première magistrate de France, ou encore Jane Auber-Krier, créatrice de l’Institut de Gestion de Rennes (à deux pas de la rue Jean Macé). D’autres pionnières sont à découvrir dans le livret co-écrit par les 5 initiatrices et distribué en fin de déambulation, à l’occasion du pot organisé en conclusion, dans un café à proximité du métro Jules Ferry, comme un dernier clin d’œil à celui qui rendra l’enseignement public gratuit dès 1881.
Ainsi se termine ce voyage dans le temps, rappelant qu’en un siècle, les filles sont passées de l’exclusion à la présence massive dans presque toutes les filières. La déambulation marque les esprits, de sa forme active et participative mais aussi du voile qu’elle lève sur une histoire peu ou mal connue. Par le prisme de l’accès des filles et des femmes à l’enseignement, d’abord non mixte, privé et limité dans son cursus, on prend conscience de chaque étape qu’elles ont dû franchir et de chaque porte qu’elles ont dû forcer pour permettre à toutes, aujourd’hui, de bénéficier des mêmes parcours scolaires et professionnels. Un combat qui se poursuit en 2026 pour réduire, et supprimer, les inégalités qui subsistent encore entre les filles et les garçons dans l’enseignement, menant à des disparités significatives en termes d’orientation, de professions et de salaires.

Coup de cœur et poing en l’air avec Imany et son nouvel album Women Deserve Rage. En concert, elle impose un moment intense rare et inoubliable. A l’occasion du festival Mythos, la chanteuse a fait circuler la colère, en la transformant en expérience et force collective pour aller de l’avant et vivre pleinement. Percutant.
Après plusieurs chansons qui donnent le ton, la chanteuse pose le cadre de son nouvel album Women Deserve Rage. « La colère est un droit fondamental, mesdames », clame-t-elle, largement applaudie par le public. Elle annonce la couleur de l’expérience musicale qu’elle propose : un mouvement collectif. Elle cite notamment Maya Angelou : « Quand une femme se met debout, c’est pour tout le monde ». Le propos est clair et engagé, profondément féministe. Elle invite ici à ne plus contenir la colère. Au contraire, il y a urgence à l’exprimer cette colère, trop souvent réprimée, biaisée ou sanctionnée quand elle vient d’une ou des femmes. Urgence à la comprendre pour non pas la supprimer mais plutôt la transformer. « D’abord, on va l’adresser cette colère, l’exprimer et puis on va la guérir et enfin on va se libérer parce qu’on sera devenu-es des êtres entiers ! », poursuit-elle, avant de souligner : « Ça va être une thérapie de groupe ! »
La disposition scénique en impose. Des musicien-nes en arc de cercle. La chanteuse au milieu. Les places ne sont pas figées, elles encouragent les échanges, les interactions, la circulation du son et elles favorisent la captation de notre attention. Tout est cohérent, tout se répond, tout s’alimente. Le propos nous embarque, autant que la musique et la présence corporelle. Il y a du rythme, une dynamique constante et une montée en puissance qui met nos viscères en ébullition. Imany incarne chaque chanson avec une intensité impressionnante. Elle nous rassure. Elle fait tomber les barrières de la peur. Celle qui peut bloque nos réactions et entrave le passage à l’action. Elle déboulonne tout ça et nous donne accès à nos propres leviers.
On la savait engagée sur le terrain des droits des femmes. Elle confirme et renforce son positionnement. Elle prend la scène et s’en saisit pour témoigner et affirmer que l’intime est politique. Que la musique – et l’art en général – est un espace politique. Autant que sensible. Et c’est ça qui crée la synergie et l’étincelle. C’est là, entre autres, que l’on peut croiser et lier les trajectoires, souder les forces et rassembler les récits prenant part à une histoire collective et commune, dans laquelle l’énergie mute en levier d’émancipation. La prise de conscience par l’émotion et le ressenti.
C’est elle qui ouvre le festival Mythos. Ce vendredi 3 avril, Jeanne Cherhal relève le défi d’une inauguration inoubliable. Sous le chapiteau du Magic Mirror à Rennes, l’artiste fait circuler l’énergie dans un concert vibrant à son image : libre, engagé et profondément vivant.
Avec elle, pas le temps de déprimer. On passe d’un registre à l’autre et d’une thématique à l’autre, avec une agilité remarquable. Jeanne Cherhal navigue avec aisance et poésie dans les abymes du quotidien et de la société. Ici, tout est harmonieux : des mélodies à son phrasé, en passant par son déhanché et sa pugnacité littéraire, le public se fait saisir par l’ampleur et la hauteur de son talent au service de son engagement musical et social.
Elle nourrit et répare nos imaginaires, en créant une bulle joyeuse et puissante, un cocon dans lequel les paillettes, l’humour et la poésie se conjuguent aux récits, tantôt légers tantôt noircis, de la vie. Conteuse hors pair, l’artiste musicienne dévoile des histoires qui nous font du bien, même quand le sujet blesse. À l’instar de son titre frissonnant « La belle et la bête » qui ne laisse pas de suspens sur les violences sexuelles qu’elle dénonce et qui nous projette dans un instant suspendu à son piano-voix, avant de monter crescendo dans un chœur inattendu de « Quand c’est non, c’est non », nous prenant tripes et larmes. Dans la salle, le silence est aussi dense que la moiteur de nos mains et de nos souffles. L’émotion est palpable et, de ce système de loop faisant résonner le refus de la violence subie, nait l’espoir et la puissance d’un cri collectif. La honte change enfin de camp.
Assise au piano, elle enchaine avec « La vie est trop courte », rappelant l’importance de la vivre pleinement mais aussi de se détacher de son ego et de son orgueil pour la partager profondément. Encore une fois, elle nous invite à trouver le remède dans les beautés, joies et futilités de la vie, comme un fil rouge qui traverse le spectacle mais aussi la personnalité de l’artiste qui distille une force vitale solide et durable, qui se travaille avec la même hargne que ses exercices de style qui explosent dans « Jean », qu’elle tente de rebaptiser « Yann » pour l’occasion, sans succès. « C’est nul », rigole-t-elle, avant de reprendre ses jeux de mots malicieux et de clore son concert en femmage aux sales connes avec « Le cri des loups ». 
En 1971, dans la Zup Sud de Rennes, le premier hypermarché de la capitale bretonne ouvre ses portes, là où siège désormais Carrefour Alma. Quatre ans plus tard, en septembre 1975, Mammouth connaitra une grève importante de 18 jours, avec occupation des lieux. En caisse, ce sont majoritairement des femmes, et celles-ci prennent leur place et légitimité dans le mouvement social. « Dans un premier temps, ce sont les gars – de la CFDT – qui ont mené la grève. Mais on a ensuite vite mis notre grain de sel ! », se souvient Ghislaine Mesnage à l’initiative du documentaire Nous, les caissières, réalisé par Histoire du féminisme à Rennes, aux côtés de Cécile Crenn Chapelain et Chloé Henry. Dans ce film de 21 minutes, la militante prête sa voix à la narration, aux côtés de Marie-Hélène, Yolande, Sylvie et Marjick, quasiment toutes présentes au moment des faits. « Le film n’est pas sur la grève. Pour ça, il y a un très beau film aux Champs libres qui aborde les revendications de 1975. Nous, on n’en parle pas. Le sujet, c’est le parcours des femmes qui ont travaillé là et l’évolution du travail », souligne-t-elle.
Grâce au rapport de confiance qu’elles entretiennent avec les client-es, elles obtiennent leur soutien. Pendant 18 jours, les grévistes occupent le magasin. Les caddies s’accumulent devant les portes, symbole de protestation. Les images d’archives figurant dans le documentaire en attestent, à l’instar de la solidarité dans le quartier, mais aussi de l’ambiance conviviale, collective et sorore de l’époque. À l’extérieur, « des personnes nous faisaient à manger. » À l’intérieur, « des couples se sont formés au sein de l’entreprise. » En creux de cet événement crucial, elles découvrent encore plus concrètement les inégalités qui subsistent entre les hommes et les femmes. Aucune pression familiale du côté des premiers lorsqu’ils se mettent en grève, tandis que pour les secondes, certaines se voient interdites de piquet par les maris. Et subissent même « des paires de claques ». Sans oublier « que pour les jeunes filles, les pères refusent qu’elles couchent dans la galerie marchande, et que pour les femmes, cela implique de laisser le mari avec les gosses ! », ajoute Ghislaine. Malgré la pression et les violences familiales, elles « tiennent jusqu’au bout ».

Et c’est précisément là où Jeanne Desoubeaux et la compagnie Maurice et les autres veulent nous amener. Par le dispositif itinérant proposé, les spectateur-ices deviennent aussi des témoins dont la participation est presque aussi centrale que le propos. Et celui que la metteuse en scène développe et déploie est habile et finement travaillé. « Dans le livret original, ce n’est pas bourgeois. Ni les personnages ni les lieux. Immerger le public permet d’instaurer une proximité qui fait que l’émotion advient forcément », souligne-t-elle.
AUX PREMIÈRES LOGES DE LA MISE À MORT
L’intensité du parallèle entre la corrida, visibilisée au centre de l’arène par le toréador ensanglanté, et le féminicide, mimée en marge de la scène, est saisissante. La musique, prenante. Les souffles, coupés. Les visages, tiraillés entre l’horreur de l’action et la gêne. On détourne le regard. On attend en silence. Don José avoue le meurtre et demande à être arrêté, les mains recouvertes de sang. Absence totale de réaction. Faut-il se lever et l’interpeler ? Sommes-nous complices ? Avons-nous cautionné les violences et le féminicide ? Y avons-nous même participé ? Le temps nous est donné mais rien ne se passe. Il s’enfuit. On reste abasourdi-es. Le malaise est total. « Nous avons apporté un geste musical nécessaire, on ne plaque pas l’accord final de Carmen, qui est très joyeux et qui donne envie de se lever et d’applaudir à tout rompre. On ne soutient pas Don José ! », précise Jeanne Desoubeaux.
C’est le génie de cette version contemporaine et engagée qui vient dépoussiérer l’originale datant de la fin du 19e siècle. « J’ai pris la liberté d’écrire la scène d’autodéfense féministe du début et la formation accélérée sur les préservatifs, la légitime défense… Sinon, c’est plutôt de la modernisation du langage. Le livret est globalement respecté », signale la metteuse en scène. De cette œuvre emblématique, elle en fait un manifeste féministe. Elle raconte la liberté de cette femme au caractère sulfureux et indomptable. Et face à cela, elle raconte l’ambivalence des hommes, épris et séduits mais également menacés par son tempérament, utilisé alors pour la dévaloriser, l’exotiser, la mépriser et la tuer. Il y a dans Carmen une confusion entre l’amour porté à une femme et le désir de la posséder, et le mécanisme d’inversion de la culpabilité y est bien rodé et démontré.
Là encore, l’œuvre de Jeanne Desoubeaux s’attache à coller au réel. Dans un espace public largement dominé par les hommes mais récemment réapproprié par les femmes qui revendiquent leurs droits et places. Au même titre que dans les représentations des personnages que dans les situations décrites. « L’enjeu, c’est de représenter le parcours et le féminicide de manière réaliste. Oui, un gentil garçon peut déraper et c’est ça qu’il faut montrer en 2h. Les différents visages d’une même personne », explique Kaëlig Broché, le ténor qui interprète ici Don José. Il ajoute : « Je dois la tuer à coups de poing. Et même si je fais semblant, je m’excuse à chaque fois auprès de la comédienne. J’ai accepté de jouer ce rôle en raison du dispositif scénique de proximité que je trouve extrêmement intelligent. » Puissant et efficace, et qui révèle toutes les subtilités du sujet et la complexité de nos regards et gestes, parasités par l’apprentissage et l’intégration d’un système résultant d’une longue construction sociale patriarcale, entre autres. 
À l’intersection de la journée internationale pour les droits des femmes et de la journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale, l’occasion de réfléchir aux impacts du racisme sur la santé et l’accès aux soins, le 21 mars à la Maison des associations de Rennes. Une table ronde qui a réuni Yaotcha d’Almeida, psychologue spécialisée dans l’impact du racisme sur la santé mentale, Lucie Obermeyer, coordinatrce du pôle formation, ressources et égalité au sein de l’association Migrations Santé Alsace et Priscille Sauvegrain, sage-femme, sociologue et maitresse de conférences en maïeutique.
Dans tous les secteurs de leur vie professionnelle et personnelle. « Plus on va subir du stress racial, plus on peut développer des troubles », souligne la psychologue. Des troubles cliniques comme la dépression ou le syndrome de stress post-traumatique, allant du sentiment de honte et d’impuissance à l’hypervigilance, la perte d’appétit, la fatigue, au désespoir et aux doutes de soi, et se manifestant par des réponses comportementales tels que l’évitement, le désengagement, l’isolement ou encore la consommation de substances. La liste s’allonge et s’alourdit avec l’ajout des troubles physiques.
Sans oublier de manière plus globale en termes de genres, le syndrome méditerranéen, « une construction sociale qui prête une expression plus forte pour les douleurs pour les populations méditerranéennes », définit Priscille Sauvegrain, sage-femme et sociologue, expliquant que les stéréotypes varient en fonction de l’origine des personnes : « On estime les femmes d’Afrique du nord très douillettes et les femmes d’Afrique subsahariennes très fortes. » Les conséquences sont lourdes lorsque les professionnel-les minimisent de leurs biais racistes les symptômes décris et perçus, c’est là qu’interviennent les soins différenciés : soins non adaptés à la situation et à la personne, report de la prise en charge pouvant entrainer le décès tel que cela fut le cas en 2018 lorsque Naomi Musenga, âgée de 22 ans, avait alerté le Samu de sa détresse respiratoire, signalant qu’elle allait mourir, ce à quoi l’opératrice du Samu lui avait répondu « Oui vous allez mourir un jour comme tout le monde ».
Au vu de leur déontologie, engagement et de leur éthique professionnelle, les personnes exerçant dans le secteur de la santé ont « des réticences à penser qu’elles peuvent être discriminantes. » C’est ce que souligne Lucie Obermeyer, coordinatrice du pôle formation, ressources et égalité au sein de l’association Migrations Santé Alsace. Pour sensibiliser les professionnel-les de la santé et du social, et leur permettre d’identifier les pratiques discriminatoires à l’œuvre afin de les prévenir, la structure a élaboré en 2019 un guide intitulé « Vers plus d’égalité en santé ». « Au sein de l’association, nous avons un grand nombre d’interprètes pour accompagner les personnes migrantes à leur rendez-vous. Ce sont elles et eux qui ont constaté les discriminations racistes et les refus de soins. C’est ce qui a donné la rédaction de ce guide », signale-t-elle, précisant : « Il s’agit de comprendre les discriminations, d’analyser les situations vécues par les concerné-es et surtout d’agir, en abordant les recours juridiques et les actions inspirantes. »
Elles ne sont pas seulement penchées les filles dont parle Cécile Cayrel dans sa pièce de théâtre. Elles sont aussi invisibles, rebelles et résistantes à l’ordre patriarcal. Elles rêvent de liberté, interrogent la place des femmes dans la société et dénoncent leurs trajectoires entravées et brisées par un système qui les jugent coupables de transgresser les normes sociales et de genre et, pour cela, les enferment en maison de redressement. Ici, l’autrice réhabilite une page de notre histoire contemporaine peu connue qui résonne pourtant avec notre société. Un écrit puissant, valorisé par la lecture théâtralisée de la compagnie Groupe Odyssées, le 12 mars à la bibliothèque universitaire de Beaulieu, à Rennes.
Les femmes doivent obéissance à leur mari, sont privées de droits juridiques au même titre que « les mineurs, les criminels et les débiles mentaux », n’ont pas le droit d’étudier, de signer un contrat – « sauf celui du mariage » - de voter, de travailler ou le cas échéant, de toucher directement leur salaire. « C’est une place et c’est une mauvaise place », clament-elles. Les filles penchées mettent en évidence les injonctions normatives et paradoxales. La maison, « seul endroit où nous sommes les maitresses, les patronnes, les boss, les gestionnaires, les kings » n’offre aucune place à la – prétendue – douceur féminine : « Et là, pas de fragilité, pas de grâce, mais de la poigne, pour laver, récurer, brasser, étendre, moudre, cuire, fricasser, raccommoder, asperger, gratter, balayer, et surtout, accoucher, une fois, deux fois, trois fois, quatre fois, cinq fois, six fois, sept fois, huit fois, neuf fois, aïe aïe aïe ! Et après ? Biberonner, emmailloter, changer, câliner, donner la becquée, soigner, essuyer, habiller, soigner, coudre, porter, et ce, une fois, deux fois, trois fois, quatre fois, cinq fois, six fois, sept fois, huit fois, neuf fois. Être crevées. Et crever. »
ENTRAVÉES ET EMPÊCHÉES
Au total, 52 000 filles vivent dans les couvents juste avant la seconde guerre mondiale et 10 000 religieuses s’occupent d’elles, partout en Europe. Ensuite, le vent change, progressivement, même si dans les années 60, « pour une fille, il suffit toujours de trainer, pour être une trainée ». Un soubresaut. Une évolution lente. Due aux nombreux et puissants combats des militant-es pour les droits des femmes. « En 1947, elles grimpent sur le toit de la maison d’arrêt de Fresnes et elles crient Liberté ! » Les filles penchées, elles en ont marre et hurlent leur ras-le-bol. Dans les couvents, les sœurs sont dédommagées pour leur travail et formées (elles « deviennent éducatrices spécialisées »), l’Etat donne un prix de journée et on apprend aux filles des métiers arts ménagers, couture et dactylo, « elles ont le droit de sortir, notamment pour des vacances, toutes ensemble à la mer ». Pour autant, il n’y a pas de raison de se réjouir : « La déco change mais la charpente est là : on continue d’enfermer les filles, on continue de les envoyer chez les sœurs, on continue de les couper d’elles-mêmes, parce qu’elles sont des filles. » Vient mai 68, puis les années 70 et sa vague féministe, « la fin d’une ère » pour Saint-Cyr qui ferme ses portes en 1976, dix ans avant que la ville devienne propriétaire du domaine.
« J’ai vu le documentaire Mauvaises filles (réalisé par Émerance Dubas ndlr) au TNB et je suis sortie, comme toute la salle je pense, en pleurant. Elles racontent des histoires tragiques. Et la douleur. Leurs parents leur ont envoyé des lettres, des vêtements, des preuves d’amour et elles ne le savaient même pas. Et l’après couvent était souvent catastrophique… On les avait coupées de leur corps, de leurs capacités à déceler le bien, le mal… », commente-t-elle. Elle le dit, elle n’est pas historienne, elle n’est pas sociologue. Elle se place à son endroit à elle. Celui de l’écriture contemporaine, pour laquelle elle s’est rendue auprès des sœurs en maison de retraite et des archives. « La difficulté a été de trouver les documents car il y a une sorte de mouvement MeToo des couvents, des enquêtes sont menées et les sœurs mettent le grapin sur leurs archives. J’ai pu accéder à des archives et utiliser les mots qui étaient inscrits sur ces documents, notamment pour le juge et ce qu’écrivaient les sœurs sur les carnets qu’elles tenaient, où elles décrivaient les filles « vicieuses, menteuses… », rien n’allait et tout était sous le prisme de la culpabilité », signale-t-elle. 
Là, au milieu d’un éventail de freins, la dissuasion directe des filles à qui il a ouvertement été dit qu’elles étaient moins bonnes en maths que leurs camarades masculins. Que ce soit dans Matheuses – Les filles, avenir des mathématiques – co-écrit par Claire Marc, Clémence Perronnet et Olga Paris-Romaskevich – ou dans les travaux de la neuroscientifique Catherine Vidal, les études démontrent que le cerveau n’a pas de genre, les capacités des filles et des garçons n’étant pas naturellement différenciées mais fruits d’une construction sociale et d’un ensemble de facteurs émanant de l’environnement de la personne. Les biais de genre des adultes influencent les intérêts et les choix des enfants, notamment à travers les vêtements, les jouets, les jeux et les comportements sociaux.
Sans oublier la myriade d’actions impulsées et portées par l’Université de Rennes et les établissements d’enseignement supérieur partenaires. De l’accueil des collégiennes pour le stage de 3e à l’IRISA au programme d’accompagnement de 10 000 jeunes femmes d’ici 2026 dans les études supérieures dans le numérique à l’INRIA, en passant par la création d’une chaire scientifique d’enseignantes-chercheuses à Sciences Po Rennes et l’organisation de nombreuses journée autour de l’égalité et de la parité sur les campus rennais… Les structures se mobilisent au sein de leurs établissements mais aussi conjointement. « Plus on voit des femmes dans les filières scientifiques, plus on normalise leur présence », soutient Manuela Spinelli, maitresse de conférences à l’Université Rennes 2, spécialisée dans les Études de genre et co-fondatrice de Parents et féministes (également co-autrice du libre Eduquer sans préjugés, avec Amandine Hancewicz). Un discours qui met toutes les lauréates du Prix L’Oréal d’accord, ayant manqué majoritairement de rôles modèles féminins dans leurs parcours. « Il faut agir dès le plus jeune âge pour susciter des vocations. Casser un peu l’image du mathématicien dans sa tour d’ivoire. Montrer aux jeunes filles qu’il y a des femmes dans les milieux scientifiques », s’enthousiasme Mercedes Haiech. Elle poursuit : « J’aime transmettre les mathématiques ! Que ce soit dans les TD dans le cadre du doctorat, lors de la Fête de la Science, les journées Filles et Maths, les RDV des jeunes mathématiciennes à l’ENS… Quand on a une passion, on aime la partager ! »
En introduction, Nasrine Nabiyar souhaite rappeler « l’histoire riche » de l’Afghanistan, carrefour de l’Asie et portes de l’Inde depuis des millénaires. Longtemps sous domination bouddhiste, le pays se convertit progressivement à l’Islam et se nourrit du « passage de tous les peuples civilisateurs et destructeurs », avant l’invasion britannique. « Les femmes ont participé à défendre leur pays, dont Malalay », signale la fondatrice de l’association. L’indépendance est proclamée en 1919 et dès l’année suivante, commence la lutte pour l’émancipation des femmes. La première école de filles est créée à Kaboul en 1921. « Les femmes étaient invisibles jusqu’alors dans la société afghane, même si des femmes ont toujours essayé de se faire entendre », précise-t-elle. La scolarisation des filles devient gratuite, tout comme les fournitures scolaires et les repas, jusqu’à la chute du roi en 1929. Le suivant va également marquer l’Histoire de réformes progressistes. 

C’est l’affaire Denis Baupin, révélée par Mediapart grâce au travail de sa consœur Lénaïg Bredoux, qui va l’inviter à investiguer sur les violences sexistes et sexuelles. « On est en mai 2016 et c’est la première enquête de ce genre qui sort dans la presse sur le sujet. Durant les mois d’enquête – en partenariat avec France Inter, ce qui aide à diffuser plus largement – on a reçu énormément de témoignages de VSS, pas uniquement sur Denis Baupin. Il a fallu du renfort, je me suis portée volontaire », se remémore-t-elle. À cette époque, les VSS et les féminicides sont encore cantonnés et réduits aux pages faits divers dans les médias au lieu d’être traités comme « un phénomène systémique sur lequel il faut enquêter ». Un an plus tard, MeToo explose et la société écoute davantage les militantes féministes qui participent au changement de paradigme, imposant l’usage d’un terme désignant la spécificité de ces meurtres, en raison du genre des victimes et des criminels.
Aujourd’hui encore, l’accueil de la parole des victimes de VSS dépend des conditions de formation des agents de police (ou gendarmes) et des membres de la Justice. Si la voie de presse ne se substitue pas à cette dernière, elle apparait comme une alternative pour exprimer un vécu violent et mettre en évidence, par une enquête journalistique rigoureuse, la substance et les enjeux de la domination masculine. « À l’époque de l’enquête sur Denis Baupin, on a ouvert une boite mail dédiée aux témoignages de VSS et on a vu l’étendue du problème... Elle ne désemplit pas. C’est de l’ordre des milliers de messages », signale Marine Turchi, qui précise : « Il y a dans les mails, des personnes coincées dans des procédures interminables et espèrent que la voie médiatique leur permettra de sortir de cette impasse. Les personnes qui ne portent pas plainte, ça doit interroger la Justice… »
Toutes les deux défendent la liberté de la presse et les principes fondamentaux de la Justice, parmi lesquels figurent le droit de la défense, le procès équitable ou encore la présomption d’innocence. Pourtant, ce dernier est souvent opposé aux journalistes et militant-es féministes qui dénoncent les auteurs de VSS. « On entend des voix judiciaires, relayées par certains médias, se demander si le tout victimaire n’aurait pas pris le dessus ? Comme si nous étions dans une société vengeresse qui voudrait immoler des hommes innocents… », plaisante, à demi-mots, Anne Bouillon. La résurgence massive des mouvements masculinistes et réactionnaires l’inquiète profondément. Elle y voit là une stratégie pour détourner le propos : « On doit repartir au combat ! Pour moi, ce backlash est fait pour déplacer la focale sur une question qui n’est pas notre sujet ! »
De par la médiatisation de ces affaires, venant étayer les propos des victimes et des militantes, les représentations évoluent, exigeant des prises de position et de responsabilités claires et précises. Ainsi, l’an dernier, la sortie du film CE2, réalisé par Jacques Doillon, a été reportée à un mois dans sa diffusion en salles et le cinéaste a même été décommandé par le festival Viva II Cinéma, à Tours, en raison de l’ouverture d’une enquête pénale pour viols sur mineur-es. Cette année, c’est la sortie de Je le jure qui met l’industrie du cinéma dans l’embarras. En effet, le réalisateur Samuel Theis est accusé de viol par un technicien du film, tourné en 2023, et une enquête est en cours. La production, inquiète face aux enjeux financiers et sociétaux que l’affaire soulève, a opté pour un protocole de confinement jusqu’à la fin du tournage (absent du plateau pour « prendre acte d’une souffrance », le réalisateur a dirigé les scènes à distance) et la sortie du film est accompagnée d’un dispositif de « non mise en lumière du réalisateur » qui ne donne pas d’interview et ne participe à aucune avant-première. Des précautions, et des motivations, peut-être discutables mais qui ont le mérite d’interroger les alternatives possibles dans les situations d’accusations de VSS et de mettre en lumière que tout reste désormais à inventer. Un défi qui s’applique à tous les pans de la société.