Célian Ramis

Souad Massi, une musique propice à l'évasion

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Elle désigne le moment comme magique, un instant qui réchauffe le cœur et on approuve. Le concert de Souad Massi, à Mythos, est un délice, une ode à la beauté, au voyage et à l’amour.
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Elle désigne le moment comme magique, un instant qui réchauffe le cœur et on approuve. Son concert est un délice, une ode à la beauté, au voyage et à l’amour. Ce jeudi 13 avril, musicienne emblématique de la World music, Souad Massi a enchanté le magic mirror de Mythos, au parc du Thabor. 

Deux guitares, un violon et la voix grave de Souad Massi. Le frisson commence dans un cadre intimiste et enveloppant. On se love dans le creux de cette flamme qui crépite et s’épanouit dans la promesse tenue d’un moment suspendu. Dans le temps et dans l’espace. On se laisse embarquer dans la proposition d’un voyage sans destination précise et on s’évade. Sur les traces d’un poète égyptien ou d’un artiste chilien, sur la mélodie de Hurt de Johnny Cash ou sur les pas de ses souvenirs de cette Algérie quittée à la fin des années 90, Souad Massi chante l’amour, la trahison, « les gens qui changent » ou encore l’exil, la tolérance et les liens. En arabe, en français, en espagnol ou en langue berbère, la chanteuse, autrice et compositrice manie le métissage des cultures, des sonorités et des styles, et nous emporte dans une découverte sensorielle libératrice et cathartique.

Avec son dixième album, Sequana, l’artiste franco-algérienne, spécialiste des musiques classiques et arabo-andalouses, explore non seulement la musique folk et chaâbi mais aussi les musiques du monde sudaméricain et caraïbéen, avec un accent rock sur certaines chansons. Et la magie opère sur le fil des émotions. Il y a de la joie et du partage, de la légèreté aussi dans sa voix comme dans son approche scénographique tout en sobriété. C’est planant et entrainant. Porté-e-s par la musique de Souad Massi et des musiciens, on ne résiste pas à la proposition qui est faite ce soir-là de se reposer et de ressourcer nos esprits, de se laisser aller à une danse légère et profonde à la fois qui vient nous apaiser l’âme et nous réconforter. Et c’est dans cette seconde d’insouciance et d’abandon qu’elle déclenche l’assaut. Le rythme s’accélère et s’intensifie. L’instant est joyeux, l’énergie se déploie et se décuple. Les percussions et instruments à corde prennent l’espace et l’envahissent, saisissant nos corps qui se délient et se délassent. La mise en mouvement agit et accroit. On se régale et se délecte des envolées musicales qui se multiplient. C’est la sève de la musique de Souad Massi, cette part si belle et si riche donnée à l’instrumental. La guitare au centre du projet et l’ancrage dans l’alliance et l’ouverture aux autres. Tout résonne dans cette proposition et tout converge vers l’espoir. Un sentiment qui nous accompagne jusqu’au bout de la soirée.  

Célian Ramis

Le mythe de la sirène, un coup de queue dans le patrimoine

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Premier spectacle de la compagnie rennaise 52 Hertz, Sirènes est un succès burlesque revisitant les monuments mythologiques et patrimoniaux sur lesquels se basent nos fictions, représentations et imaginaires.
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Premier spectacle de la compagnie rennaise 52 Hertz, Sirènes est un succès burlesque revisitant les monuments mythologiques et patrimoniaux sur lesquels se basent nos fictions, représentations et imaginaires. Les 11 et 12 avril, c’est sur la scène du théâtre de La Paillette qu’Hélène Bertrand, Margaux Dessailly et Blanche Ripoche ont charmé le public de Mythos à travers une performance muette, originale et drôle.

Si, aujourd’hui, on pêchait des sirènes ? Elles seraient, pour sûr, enfermées dans un vivarium et vendues en attraction à un public avide de les observer sous toutes les coutures. Qu’y verrait-on dans ce jardin d’acclimatation ? Des créatures glamour et douces au chant redoutable ? Des monstres assoiffés du sang des humains noyés par leur incapacité à résister à l’attirance et au désir éprouvés ? Des êtres hybrides rêvant d’appartenir à la race humaine et prêts à tout pour transformer leur queue en jambes ? Point de départ de la pièce Sirènes, écrit et mis en scène par Hélène Bertrand, Margaux Dessailly et Blanche Ripoche, on assiste, quelque peu désemparé-e-s, à cette situation incongrue et ubuesque. Et pourtant, la compagnie 52 Hertz nous rappelle que nous, les humains, fonctionnons ainsi, enfermant derrière des vitres des animaux mais aussi nos semblables que l’on infériorisera au titre de la race. Pas de pitié donc pour ces figures mythiques qui naviguent en eaux troubles dans nos imaginaires. Pas de traitement de faveur non plus. On les réduit à un espace clos qui n’a rien de naturel et on les dresse, armé-e-s d’un poisson frétillant en guise de récompense. Pour le show. Pour le sensationnel. Pour le frisson. Mais aussi pour nous rappeler qui sont les conquérant-e-s et qui sont les vaincu-e-s. 

INTERROGER NOTRE PATRIMOINE

Ici le fantasme de la sirène s'émiette. Parce que les comédiennes s'amusent à tordre le cou aux clichés qui perdurent au fil des mythes et légendes, sur lesquelles elles se sont fortement documentées et appuyées, allant même jusqu'à un road trip finistérien sur les pas de la première sirène bretonne, Dahut et la légende de la Cité d'Ys. Ici les sirènes paraissent ensuquées et primaires. Des otaries plutôt que des femmes élégantes et gracieuses... Elles explorent l'animalité de la créature rendue servile et domestique, au service de l'attrait humain pour le voyeurisme et la domination. Mais sont-elles sauvages, animales, manipulatrices, cruelles, différentes ? Ou portons-nous simplement des regards biaisés sur elles par rapport à nos propres représentations à travers les siècles ? C'est là ce qu'interroge la compagnie 52 Hertz qui inconsciemment nous amène à nous situer. 

De quoi sont faites nos histoires et quel point de vue parlons-nous ? A l'instar d'Alice Zeniter qui dans Je suis une fille sans histoire (livre qu'elle a brillamment adapté sur scène) décrypte le schéma narratif pour analyser nos rapports et relations avec la fiction et l'Histoire, le spectacle Sirènes revisite par le mime et le burlesque les grandes figures, les batailles, conquêtes, victoires et les heures sombres de nos récits au passé colonialiste et ravageur. Semeur de morts et de souffrances. Que disent-ils, ces récits, de l'animalité et du sauvage ? De l'altérité ? De la féminité ? De notre manière de bâtir nos narrations collectives et communes ? 

ÉCLATER NOS LIMITES

Par la caricature, les comédiennes démystifient la virilité de notre Histoire et déconstruisent les barrières que la masculinité hégémonique a bâti, empêchant l'expression de la pluralité et d'un autre possible, voire même deux ou trois ou plus. De par leurs talents de scénographie, l'humour triomphe et l'espoir surgit. Elles éclatent les limites minimales instaurées par notre patrimoine étriqué. En revenant sur ce qui nous a amené là, elles forgent un futur plus éclairé et optimiste. Où les êtres peuvent exprimer leurs individualités, où les féminités peuvent être plurielles et où la symbiose des vivant-e-s n’est pas qu’une légende : « Hérédité, je te refuse. Je ne suis pas un mythe, une réécriture, pas une femme, pas une surfemme, pas une muse, pas un monstre. Je ne suis pas fini-e. Rien n’est fini. »

 

 

 

 

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