Célian Ramis

Pour une assemblée théâtrale poélitique

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Le Manuel d’AutoDéfense À Méditer est officiellement lancé, après deux mois de résidence aux Ateliers du Vent à Rennes et une immersion auprès des féministes musulmanes de l’association Al Houda.
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Le Manuel d’AutoDéfense À Méditer est officiellement lancé ! Après deux mois de résidence aux Ateliers du Vent à Rennes et une immersion auprès des féministes musulmanes de l’association Al Houda, la metteuse en scène, Hélène Soulié, en lien avec la sociologue et ethnographe Aurélie Marchand, a présenté le 3 juin dernier le premier volet de MADAM, J’ouvre les yeux sur ta bouche.

Le titre est temporaire. Peut-être. Parce qu’au fil du processus de création, un sous-titre se profile. « Est-ce que tu crois que je doive m’excuser quand il y a des attentats ? » se veut plus percutant, selon Hélène Soulié. Fascinée par l’influence du contexte et des lieux sur la parole, elle questionne « comment on parle, comment on peut encore parler et comment on peut mettre des mots sur des maux. On est constitué-e-s de phrases que l’on entend, comme « t’es nulle en maths » par exemple. On est constitué-e-s de phrases, de discours, de choses que l’on se dit à soi. »

C’est lors d’une résidence à La Chartreuse (Centre national des écritures du spectacle) à Villeneuve lez Avignon que le projet MADAM va éclore dans l’esprit de la metteuse en scène qui travaille alors à l’adaptation du roman de Lola Lafont, Nous sommes les oiseaux de la tempête qui s’annonce.

« C’est un texte qui parle beaucoup des femmes et du fait de dire non. Non, comme premier signe d’émancipation. J’ai relu alors ma bio féministe et ça m’a déprimé. J’avais aussi pris Non c’est non d’Iréne Zeilinger et ça c’était assez enthousiasmant. J’étais là-bas avec une autrice, Magali Mougel, et il y avait aussi Marine Bachelot Nguyen. On a beaucoup discuté. On a réalisé qu’en tant qu’artistes, au lieu d’être dans la plainte, on pouvait voir ce qui est bien : nous, on est là. On est des artistes, on est des femmes, et on agit. », raconte-t-elle.

Cet esprit d’empowerment va alors nourrir l’idée d’une création hors-norme, basée sur des groupes de femmes développant des stratégies pour être visibles et entendues.

UN CADRE AMBITIEUX

Rencontrer, relayer, faire entendre les voix de celles qui se réunissent et rendre compte de ce qu’elles mettent en place. Et parce qu’en France et ailleurs, des cours d’auto-défense féministe éclosent, le projet sera un Manuel d’AutoDéfense À Méditer en six chapitres « poélitiques », avec une distribution « 100% meufs ». À chaque volet, sont associées une autrice, une actrice et une experte (sociologue, chercheuse, philosophe…).

Car la forme est aussi ambitieuse que le fond : chaque chapitre est décliné en une assemblée théâtrale, comprenant une performance basée sur des récits de vie, un apport scientifique conférencé et un débat public. Le 3 juin sonnait l’heure de la restitution de la résidence entamée deux mois plus tôt, dans le cadre du cycle de 4 résidences en containers, « Du quartier vers l’ailleurs », élaboré par les Ateliers du Vent.

Face aux marches de la Place des containers, Lenka Luptakova, parée d’un pantalon bleu, une chemise blanche et un foulard rouge, déclame en chantant en français, puis en arabe, un verset du Coran. La première parole du texte sacré. « Lis ». Originaires de Casablanca, Angers, Damas, Rennes ou encore Tanger, elles sont françaises, musulmanes, féministes :

« On va tous les dimanches matins à la mosquée. Les maris gardent les enfants pendant qu’on étudie les textes sacrés. De 5 ou 6, on se retrouve presque avec toute une classe. »

Les voix des femmes de l’association rennaise Al Houda, passées fidèlement sous la plume de Marine Bachelot Nguyen, s’élèvent au-delà de la comédienne.

DÉPLACER LES PRATIQUES ET LES MENTALITÉS

« La rencontre a duré une dizaine de jours. On a rencontré les femmes d’Al Houda, sur une proposition de Marine, individuellement et collectivement. Moi, je venais avec mes a priori, je n’ai pas d’amies musulmanes. Elles mènent des ateliers de danse, d’écriture, de spiritualité. Elles lisent le Coran, traduisent, interprètent et cherchent à comprendre. On s’est rendues compte qu’on faisait le même boulot. », se passionne Hélène Soulié, rejointe par Lenka Luptakova :

« On est dans l’adaptation. Elles aussi elles adaptent leur religion selon leurs vies, leur conscience. Elles ne définissent pas des règles globales applicables à toutes. C’est chacune qui choisit. Dans l’association, ce n’est pas un problème de penser différemment. »

La manière de procéder, de l’immersion à la restitution volontairement effectuée sur l’espace public, et la singularité de cette cartographie des espaces féminins, obligent les protagonistes du projet à « se déplacer dans nos façons de faire théâtre » et profitent au public qui a alors les cartes en main pour déplacer son regard sur les sujets traités.

UN DISCOURS QUI DÉRANGE ET POURTANT…

Impossible de restituer ici l’ensemble des paroles. J’ouvre les yeux sur ta bouche est une réussite. Parce que ce premier chapitre est plein d’espoir et de garanties. Celles de rendre l’invisible visible. De donner à entendre les voix de celles que l’on entend rarement parce que la société préfère s’exprimer à leur place.

« Dès que j’ai le foulard, les gens changent de regard. Ils pensent que je suis soumise, aliénée, forcée par mon père ou mon mari, que je suis une victime, que je viens du bled et que je suis incapable de penser par moi-même. Il faut me l’arracher pour que je devienne une femme libre ? L’Islam est un océan et tout le monde patauge dans la même flaque. »

Les paroles des membres d’Al Houda sont saisissantes et éclatantes de vérités. Ce discours dérange parce qu’il met à mal les idées reçues, les arguments des politiques sécuritaires bâties sur fond d’islamophobie et la pensée de certaines féministes occidentales qui reproduisent ici les systèmes de domination dont elles essayent pourtant de s’émanciper. Mais l’émancipation n’a pas un modèle unique :

« Les féministes institutionnelles disent qu’on vient abolir les avancées, qu’on vient pour retourner en arrière et qu’on est des dangers pour les françaises. Moi aussi je suis française et je suis sûre qu’on est d’accord sur plein de choses. Mais elles sont bloquées sur notre foulard. » Rappelons qu’Al Houda n’est pas une réunion de femmes voilées mais défend la liberté de chacune à pouvoir choisir de porter le foulard ou non.

Laïcité, attentats, stigmatisation mais aussi respect, non jugement, liberté. MADAM#1 nous rappelle que le tableau n’est jamais tout noir ou tout blanc. La complexité de la situation est mise en lumière et en voix, puis remise dans le contexte et dans la perspective du quotidien par la chercheuse doctorante en sociologie à Strasbourg et militante féministe Hanane Karimi.

Les exemples de stratégies utilisées par différents groupes de femmes musulmanes démontrent l’importance de l’auto-émancipation et la puissance de leurs capacités à agir, loin de l’image infantilisante véhiculée par les médias et politiques. Ainsi, dans les mois et années à venir, viendront s’écrire les cinq prochains chapitres du Manuel qui bruisseront au son des voix des basketteuses, des street artists, pour sûr, et peut-être des soldates, des prostituées ou encore des motardes.

 

Célian Ramis

Mythos 2017 : Claire Diterzi, dans les coulisses de son inspiration

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Parc du Thabor, Rennes
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Raconter la genèse de son album, « ce n’est pas ce qu’on attend d’une chanteuse », proclame Claire Diterzi, qui était vendredi 7 avril sur la scène de Mythos, au cabaret botanique, pour partager avec le public son Journal d’une création.
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Raconter la genèse de son album, « ce n’est pas ce qu’on attend d’une chanteuse », proclame Claire Diterzi, qui était vendredi 7 avril sur la scène de Mythos, au cabaret botanique, pour partager avec le public son Journal d’une création.

En mars 2015, l’ovni Diterzi sort un nouvel album. 69 battements par minute. La chanteuse-compositrice-auteure a décidé pour de prendre des chemins de traverse pour sa carrière. Elle veut faire de la chanson contemporaine. Mais ça n’existe pas dans les cases étriquées de l’art en général.

« Aujourd’hui, c’est la consécration des chanteuses avec des histoires d’amour archi connues qui rassurent les ménagères de plus de 50 ans. Mais je n’veux pas, moi, rassurer les ménagères de plus de 50 ans, je n’vois pas l’intérêt ! », s’exclame-t-elle. Alors Claire Diterzi fabrique son univers, résolument rock et extravagant, et impose son style.

Tenant un journal de bord durant la création de son disque, elle s’extirpe des cases étroites et explose les codes en proposant au public une manière originale de découvrir les sources de son inspiration. Concrètement, l’artiste dématérialise l’objet musical l’incluant dans une démarche globale, réunissant photos, collages, vidéos, théâtre, littérature et live au ukulélé.

Si ses chansons sont des extraits métaphoriques d’instants de vie vécus, sur scène, elle en donne les clés, pour décrypter les messages, comprendre les sens cachés. Des réflexions alambiquées, des jeux de mots, des private joke, des références, etc. Derrière les filtres de l’humour et l’esprit punk qu’on lui connaît, elle livre son histoire personnelle.

Elle, la fille d’Abdel, père kabyle tuberculeux obsédé par l’envie d’avoir un fils qui l’appellerait Sauveur. Elle, la fille d’une mère qui avait la main lourde sur ses filles parce qu’elle avait été abandonnée par son mari. Elle qui a grandi en cité HLM près de Tours, qui a été interpellée par le nombre de molosses – souvent des bergers allemands – tabassés par leurs propriétaires.

Elle qui ne veut pas d’enfant a eu deux filles et qui a divorcé de son époux metteur en scène après 10 ans de mariage. Elle qui a vécu dans le rue Poulet. Elle qui a une amie prénommée Kaka. Elle qui n’a annulé qu’une seule fois un concert pour cause de pneumonie et qui en passant une radio des poumons a aimé voir écrit « cul de sac pleuraux libres ».

Elle raconte des souvenirs, les couleurs et les motifs des papiers peints de son enfance, qu’elle alimentera de dessins de pénis, des passions, comme celle qu’elle entretient pour Rodrigo Garcia, des anecdotes qui semblent sans intérêt mais que tout le monde a vécu en observant les gens dans le métro, des faits médicaux en passant la visite médicale obligatoire au renouvellement de son statut d’intermittente du spectacle…

Elle a des troubles du sommeil, parce qu’elle a essuyé « un bon gros coup de pute cet hiver mais elle en a vu d’autres », elle a un penchant – et un déni pour celui-ci – pour l’alcool, elle considère que vieillir n’est pas nécessaire, n’a plus peur de la mort et a vécu pendant deux ans avec un homme impuissant. Du gâchis selon elle, puisqu’elle boxe dans la catégorie « bonnasse ».

De tous ces détails jaillissent des raisonnements parfois absurdes, parfois tirés par les cheveux, parfois poétiques et parfois trash. Et finalement, comme les mille pièces d’un puzzle, tous ces fragments de vie et de pensées s’emboitent pour devenir « Un pédé refoulé », « Infiniment petit », « L’avantage avec les animaux c’est qu’ils t’aiment sans se poser de questions », « 69 battements par minute »…

Libre, rebelle et indépendante, elle affiche sa transgression et son esprit irrévérencieux dans un seule en scène qui semble de temps en temps manquer de naturel et de spontanéité mais qui démontre une manière nouvelle d’exprimer l’art et la musique. Une forme intéressante et intrigante.

 

Célian Ramis

Mythos 2017 : Sandre, dans les méandres de l'âme humaine

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Théâtre de la Parcheminerie, Rennes
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C’est une claque en plein visage que nous met le collectif Denisyak avec la pièce Sandre, dévoilée dans le cadre du festival Mythos, le 5 avril dernier au théâtre de la Parcheminerie, à Rennes.
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C’est une claque en plein visage que nous met le collectif Denisyak avec la pièce Sandre, dévoilée dans le cadre du festival Mythos, le 5 avril dernier au théâtre de la Parcheminerie, à Rennes.

Un grand fauteuil installé sur des pics menaçants trône au milieu d’un ilot installé sur la scène. C’est là, éclairée tantôt par des spots restreints, tantôt par la lumière tamisée d’une lampe de chevet, qu’elle se raconte dans l’ombre d’un esprit endolori par les blessures d’une vie passée à côté de l’être tant aimé.

Son mari, elle l’aime, elle le chérit. Il n’aimait pas les animaux, ils n’avaient pas d’animaux. Il ne voulait pas partir en vacances, ils restaient à la maison et allaient chez sa mère à lui le dimanche. Il voulait parler, elle l’écoutait. Il ne voulait pas parler, elle regardait la télé.

Elle était belle, selon elle. Son mari voulait un enfant. « Petite, tu joues à la poupée et après tu veux un enfant. », raisonne-t-elle. Mais en vérité, elle n’en avait pas envie. Pas envie de vivre une grossesse qui transformera son corps. « Ma mère me disait ‘on tient un homme par le ventre’ », alors elle lui a mitonné tous les petits plats dont dispose la gastronomie française. Et pour l’accompagner, elle se servait deux fois.

Elle a grossi, donc elle a accepté de faire un enfant. Parce que la graisse de son ventre masquait l’évolution du fœtus. Mais son mari ne l’aime plus, le petit mord et la grande ne veut plus voir sa mère. Parce que cette dernière a tué quelqu’un une fois. À cet instant, elle est sortie d’elle-même. Mais elle n’est pas folle.

Le discours est frappant. Cette femme a « tué son amour ». Parce qu’il a repris son amour, elle a repris la chair de sa chair. « Je ne suis pas qu’un ventre », explique-t-elle, calmement, pour justifier son infanticide. Ce troisième enfant, elle n’en voulait pas. « Je suis contente que Mitterand ait aboli… Même si j’ai tué quelqu’un. », poursuit-elle.

Le récit, écrit de la talentueuse plume de Solenn Denis, est bouleversant. Et renversant de complexité. L’infanticide raconté par une femme normale, interprétée par un homme, Erwan Douaphars, qui livre les tréfonds d’une âme humaine en peine et qui décortique une facette du « monstrueux » qui dégoûte tout autant qu’elle fascine.

Et là où le collectif Denisyak frappe fort réside dans le détachement naturel qui s’opère à travers ce parti pris murement réfléchi. L’intimité profonde d’une femme fictive, inspirée d’un fait divers avéré, dans la bouche d’un comédien qui ne pourra jamais enfanter de par son corps biologique d’homme.

L’auteure a souhaité ici donner la parole à celles que l’on n’entend quasiment jamais. Mais dont les motivations sont toujours plus ou moins fantasmées. De par la dimension nouvelle accordée au texte, à la mise en scène et au jeu, les émotions sont bousculent, passant du rire un peu moqueur à l’incompréhension, la colère et la souffrance.

On écoute attentivement les propos de cette femme meurtrie, en permanence à côté d’elle-même et de sa vie, prise par un quotidien domestique triste et un amour déchu. Pour autant, Sandre ne cherche pas à excuser et justifier l’acte de cette mère/épouse qui a oublié d’être femme ou à pardonner le meurtre de cet enfant. Simplement, la pièce interpelle et questionne notre rapport à cette figure, dont on ne trouve toujours pas la réponse.

La claque s’imprègne alors dans notre joue et notre esprit. On garde en mémoire la voix de cette femme, ses lèvres qui se teintent de noir en signe d’amertume, de colère et peut-être de regrets - ou non -, la lumière tamisée, l’ambiance étrange qui règne sur le plateau et envahit la salle de la Parcheminerie. Et surtout, les mots qui sonnent et résonnent comme des coups de poing qui lacèrent nos entrailles.

Célian Ramis

Mythos 2017 : Adèle Zouane, à la conquête de l'amour

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Parc du Thabor, Rennes
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Adèle Zouane raconte ses histoires sentimentales au fil de sa construction de jeune fille et de jeune femme dans À mes amours, pièce présentée le 2 avril, au Thabor à Rennes, lors du festival Mythos.
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Adèle Zouane raconte ses histoires sentimentales au fil de sa construction de jeune fille et de jeune femme dans À mes amours, pièce présentée à l’occasion de la 21e édition du festival Mythos, le 2 avril, sous le cabaret botanique, installé dans le parc du Thabor à Rennes.

Des coups de cœur, des obsessions, des premières fois, des regards, des lettres, des poèmes, des désirs, des désillusions, des peines de cœur, des trahisons. Les histoires d’amour fleurissent, fanent et passent. Mais les interrogations subsistent et, évidemment, « les questions importantes n’ont jamais de réponse. »

Un an après l’obtention de son diplôme à l’École supérieure d’art dramatique du TNB à Rennes, elle écrit et crée son premier spectacle À mes amours, qu’elle dévoile lors des 20 ans du festival Mythos. Et revient défendre sa création dans le cabaret botanique, cette année encore.

On se délecte de sa proposition, aussi légère qu’espiègle, aussi moderne qu’indémodable. Elle subjugue de sincérité et de simplicité. Elle qui raconte ses histoires de cœur de ses 8 ans à ses 25 ans.

Dix-sept ans d’amour pour les garçons. Qu’elle les voit dans la cour, qu’elle les côtoie sur les bancs de la classe, qu’elle les fréquente en colonie de vacances ou qu’elle les croise au détour d’une fête entre ami-e-s, elle les aime tous.

Et parfois même, elle les aime en même temps. Tout du moins quand elle est enfant. Car on se souvient de cette règle en primaire « qui dit que tu peux aimer plusieurs personnes en même temps, mais il faut choisir un ordre de préférence. » Si le polyamour apparaît comme une évidence à cette époque, Adèle sera amenée, en grandissant, à s’interroger quant à sa capacité à ressentir des émotions pour deux garçons à la fois.

« On peut désirer sans aimer ? Le désir peut être plus fort que l’amour ? Et moi, qu’est-ce que je préfère ? », s’angoisse-t-elle. Adèle va de découverte en découverte, d’expérience en expérience.

Toutes, elle les embrasse avec enthousiasme, désireuse de vibrer, ressentir, tester, éprouver. Désireuse de voir le loup et de quitter son corps de jeune fille pour devenir femme.

Et en parallèle, elle lui écrit. Lui qu’elle aimera tellement qu’il deviendra le père de ses enfants. Lui qu’elle imagine, qu’elle rêve, qu’elle fantasme. Peut-être celui dont elle parle dans une interview à 14 ans, idéalisant sa vie future « dans une maison bleue avec des jumeaux ».

À la recherche de l’homme de sa vie, Adèle mène une quête sans relâche. Tout tourne autour des garçons. Rémi, Maxime, Bastien, Sylvain, Victor, Lobsan, François, Yoann… De tous ces nouveaux garçons qu’elle rencontre, étape par étape. En primaire, en internat, au lycée puis en études supérieures. Des amours non réciproques, des histoires sans lendemain, des échanges de regards, des moments de drague, des nuits de plaisir, des bisous maladroits ou des baisers de cinéma, elle ne nous épargne rien.

Et surtout, ne s’épargne rien. Car si son but est de trouver celui qui partagera sa vie, elle n’en est pas moins naïve. Pas de conte de fée raconté ici, pas de discours traditionnaliste et conservateur. Au contraire, c’est une vision déjà mature que délivre la jeune Adèle qui adolescente raisonne avec son temps. Pour trouver le bon, pour savoir si c’est le bon, il faut tester et explorer une multitude de possibilités.

C’est là la force de À mes amours dont l’écriture fluide nous embarque dans ce récit commun à un grand nombre d’individus. Les instants décrits et si bien joués résonnent dans des tas de bribes de vies vécues. Car, comme elle le dit fièrement, plusieurs vies s’enchainent dans une vie. Et l’évolution qu’elle retrace est résolument moderne et efficace.

Elle est espiègle, déterminée, curieuse. Elle se révèle dans tout ce que peut être une femme, sans frontière. Assume ses échecs dont elle se relève à chaque fois, avoue ses peines et ses désillusions, affiche son désir, sa sexualité et sa frustration sexuelle. Tout cela dans un jeu naturel et spontané, créant très souvent le rire franc des spectateurs et spectatrices.

Elle montre sa culotte, dévoile sa poitrine, libère sa pensée, ses réflexions et ses interrogations. Ce cœur d’artichaut parle sans détour de la recherche d’un amour sincère dont personne ne connaît la formule exacte.

Elle tâtonne dans sa quête mais certainement pas sur la scène dont elle prend l’espace sans forcer. Simplement de par son talent de comédienne et de par le potentiel redoutable de son écriture, à l’image d’une Annie Ernaux qui n’hésite pas à se mettre à nue et à décortiquer son passé avec une simplicité à couper le souffle.

Célian Ramis

Mythos 2017 : Le fils, création militante et bouleversante

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Théâtre de l'Aire Libre
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Emmanuelle Hiron joue une femme, mère, catho et bourgeoise qui s'engage et se radicalise, dans la création Le fils, écrite par Marine Bachelot Nguyen et mise en scène par David Gauchard, à découvrir les 6 et 7 avril, à l'Aire Libre.
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L’an dernier, elle s’engageait dans la Manif pour tous et des groupes anti-avortement et ressentait l’exaltation de l’accomplissement et de l’ascension sociale. Depuis, qu’est devenue cette femme, mère de famille, pharmacienne, bourgeoise, catholique et nouvellement militante ?

Écrite par Marine Bachelot Nguyen et mise en scène par David Gauchard, la pièce Le fils avait dévoilé sa première partie à travers une lecture – réalisée par la comédienne Emmanuelle Hiron – lors de l’édition 2016 de Mythos. Cette année, l’intégralité de la création sera présentée les 6 et 7 avril, au théâtre de l’Aire libre, à St Jacques de la Lande, lors du festival des arts de la parole.

David Gauchard, metteur en scène, collabore pour la première fois avec l’auteure et metteuse en scène Marine Bachelot Nguyen. Et l’avant-goût qu’ils nous ont proposé l’an dernier à la Parcheminerie était délicieux. Poignant, criant de vérités, original et intelligent. Avec une écriture franche et sincère, teintée d’humour et d’émotions. Basée sur un fait d’actualité aussi terrible qu’intéressant, sociologiquement parlant, cette première partie nous emportait dans une histoire qu’on voudrait être inventée de toute part.

Cette histoire, David Gauchard en est à l’initiative dans le processus de création. En 2011, en allant chercher sa fille à l’école, il est marqué par un événement. Dans la rue St Hélier à Rennes, l’accès est bloqué. Et pour cause, le 10 novembre se joue une pièce de Castellucci jugée blasphématoire par le mouvement Civitas qui manifeste son mécontentement de la place de Bretagne au TNB.

« De ce mouvement jusqu’à la Manif pour tous, j’avais envie de raconter ça. On discute donc avec Marine depuis 6-7 mois. La fin est encore à inventer. Mais on voudrait le présenter avant mai 2017 et les élections. », avait-il expliqué avant de laisser la parole à Marine Bachelot Nguyen, elle-même marquée par l’événement en question et engagée pour les droits des femmes et des LGBTI :

« Je suis intéressée par la socio-politique, le documentaire et la fiction. Et ça m’intéresse aussi la question du glissement idéologique et de la radicalisation dans les milieux de droite. Voir comment on raconte ça ensuite. »

LA CRÉATION DANS SON INTÉGRALITÉ

Depuis, la pièce a fait son chemin. La première partie a été lue au festival d’Avignon, des résidences ont eu lieu, de nombreuses conversations ont réunies David Gauchard, Marine Bachelot Nguyen et Emmanuelle Hiron et la création, dont la version finale a été aboutie en octobre 2016 et a vu s’imbriquer les partitions d’Olivier Mellano jouées par un enfant claveciniste, a été dévoilée entièrement à Limoges en février dernier.

À présent, la comédienne ne lit plus. Elle s’est rendue avec l’auteure à la messe pour s’imprégner du vocabulaire religieux et jouer cette mère de famille qui se raconte et qui livre en deuxième partie le drame qu’elle a vécu.

« C’est une partie plus tendue, presque au présent. Elle évoque la raison pour laquelle elle se raconte. Elle revit les événements. C’est une partie plus violente. La première était déjà violente mais là c’est dans les mots et dans ce que ça provoque chez elle et les spectateurs. », confie Emmanuelle Hiron.

Pour la créatrice des Résidents – pièce jouée à l’occasion de l’édition 2014 de Mythos – pas évident d’incarner cette figure aux convictions diamétralement opposées aux siennes :

« C’est assez éprouvant de jouer ce personnage, qui est un personnage de théâtre inspiré de plein de faits réels, car l’histoire est éprouvante et que ce personnage nous a demandé de nous déplacer dans nos convictions personnelles. Et d’entrer en empathie avec cette femme. »

BOULEVERSEMENT ET QUESTIONNEMENT

En effet, Marine Bachelot Nguyen, de sa plume, fait émerger une personnalité complexe, composée de petites lâchetés ordinaires, prise d’émoi pour l’ascension sociale au nom de laquelle elle va s’engager dans la Manif pour tous et des groupes anti-avortement. Au fil du récit, elle s’accomplit et s’épanouit jusqu’à vivre la dramatique perte d’un de ses deux fils.

La pièce amène au bouleversement intérieur. Et au questionnement. « Est-ce qu’on va vers elle ? Est-ce avant tout une mère ? Une militante ? Quel impact le combat militant a sur les autres ? Est-ce qu’elle est responsable ? Quel est le poids de l’engagement ? Ce qu’elle vit est tragique mais ça reste une mère, les événements en plus sont proches, on est proches des élections et on voit bien les programmes proposés par Fillon ou Le Pen. Quand est-ce que tu décides que ton militantisme ou ton ascension sociale prend le pas sur ton rôle de mère ? Mais est-ce qu’elle se rend compte qu’elle prône la haine ? À cet instant, pour elle, c’est positif. Mais dans la réalité, quand tu empêches les autres d’être dans leurs bons droits, ça commence à être de l’extrémisme. », interpelle la comédienne.

Le rôle est éprouvant pour elle mais elle est fière de porter le texte « très beau, très écrit, facile à comprendre et très digeste » de l’artiste engagée qu’est Marine Bachelot Nguyen. Fière de toutes les interrogations que l’histoire racontée soulève. Remuée aussi. Car il en va de la responsabilité individuelle face à nos engagements. La pièce parle des rencontres que l’on fait, des choix aussi que l’on fait, du fait de se réaliser ou pas, des libertés.

OUVRIR LE DÉBAT

Jouer cette création avant et pendant les élections présidentielles est une volonté du metteur en scène : « On est dans une période déjà super décomplexée mais à l’approche des élections, les tensions sont vives et les gens sortent du bois. Ça l’intéressait beaucoup. Entendre résonner ça dans un théâtre, ça choque, on se dit qu’elle est folle. Mais David avait vraiment aussi cette volonté de prendre un personnage à contrepied de quelqu’un qu’on aurait envie de défendre. Ça pousse le spectateur à se poser des questions. », argumente Emmanuelle Hiron.

D’autant plus que l’auteure ne tombe pas dans la caricature. Elle explore une partie de la vie de cette femme, la dévoile, creuse dans son intimité et son engagement, sa vision d’elle en tant que mère, commerçante, épouse, femme d’un milieu bourgeois, etc. Elle donne l’occasion à son personnage de se raconter et aux spectateurs de ressentir de l’empathie, sans toutefois la déresponsabiliser ou l’excuser de son glissement idéologique.

Elle nous prend aux tripes de notre humanité pour nous interroger les un-e-s et les autres. Montrer les rouages de la radicalisation. Et susciter le débat et l’échange. Comme tel sera le cas lors de leurs représentations à la Maison des Métallos à Paris (où Emmanuelle Hiron jouera Les résidents du 21 au 26 mars) du 28 mars au 2 avril. Une rencontre aura lieu avec l’équipe artistique du spectacle le 30 mars et une autre avec Marine Bachelot Nguyen, David Gauchard et les membres du mouvement homosexuel chrétien David et Jonathan, le 1er avril.

 

Lire « Mythos 2016 : Fascinante figure de mère, bourgeoise et catho » sur yeggmag.fr

Mythos 2017 : Des places à gagner !

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La nouvelle édition du festival Mythos – arts de la parole – revient à Rennes du 31 mars au 9 avril. Ici, des places sont à gagner en envoyant votre nom et prénom et le spectacle souhaité, à l’adresse suivante : redaction@yeggmag.fr.
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La nouvelle édition du festival Mythos – arts de la parole – revient à Rennes du 31 mars au 9 avril. Ici, des places sont à gagner en envoyant votre nom et prénom et le spectacle souhaité, à l’adresse suivante : redaction@yeggmag.fr

° Sandre – Collectif Denisyak – 2 places

Solenn Denis, jeune auteure, se met à l’écoute d’une femme qui se raconte : jeune fille amoureuse, épouse puis mère. Une vie passée entre la cuisine, le ménage, les enfants, le sempiternel repas dominical, le travail… Dans un flot maladroit, celle qui fut belle dit l’amour, les promesses faites et trahies, le mari qui l’ignore, la trompe. Elle, cherche sa place. Alors, cet enfant qu’elle porte dans son ventre, le troisième, elle n’en veut pas.
C’est un homme, Erwan Daouphars, acteur puissant et rare, qui incarne cette femme brisée et nous plonge au plus profond de l’intime féminin. Un voyage sous tension dans les blessures de l’âme humaine, une ode aux folies anodines ou grandiloquentes comme lieu d’humanité pure et théâtrale.

Théâtre de la Parcheminerie – mercredi 5 avril – 15h 

 

° Doreen – David Geselson – 2 places

« Tu vas avoir 82 ans. Tu as rapetissé de 6 centimètres, tu ne pèses que 45 kilos et tu es toujours belle, gracieuse et désirable. Cela fait 58 ans que nous vivons ensemble et je t’aime plus que jamais. » Ainsi débute Lettre à D. écrite par André Gorz à sa femme. Lui a notamment participé à la fondation du Nouvel Observateur et jeté les bases de l’écologie politique. Elle, il en fait le portrait dans cette lettre, à travers l’histoire de leur amour qui aura traversé le siècle, entre vie intime et engagement public. David Geselson a choisi d’imaginer dans Doreen des moments de vie et de souvenirs de ce couple qui décidera dans ses vieux jours de s’éteindre côte à côte. Leurs voix s’entrelacent avec celle de la lettre qui tente, comme l’écrit superbement André Gorz, de « reconstituer l’histoire de notre amour pour en saisir tout le sens ». Car c’est bien cette histoire « qui nous a permis de devenir qui nous sommes, l’un par l’autre et l’un pour l’autre. »

TNB – Salle Parigot – jeudi 6 avril – 18h30

 

° You’re gonna get love - Keren Ann – 2 places

Les albums de Keren Ann se feuillettent et se dévorent comme les pages d’un grand livre. Comme un journal intime mais universel, ce septième volume, représente aussi bien la continuité que la nouveauté. On y retrouve ces mélodies à l’évidence limpide, ces atmosphères sensuelles à la beauté mélancolique mais cet album reflète aussi les expériences et le vécu d’une auteure-compositrice au faite de son art. Une saga captivante.

Théâtre de l’Aire Libre – jeudi 6 avril – 22h30

 

° Le fils – David Gauchard – 2 places

La mère est pharmacienne. Ses enfants sont grands. Sa vie est tranquille… Jusqu’à sa rencontre avec des catholiques traditionalistes. Elle sort plus souvent, se rend plus assidument à la messe, retrouve une vie sociale, lutte contre des spectacles jugés blasphématoires, s’engage dans des groupes anti-avortement ou anti-mariage homo… Elle s’épanouit dans ce militantisme et tente d’embrigader ses proches et ses enfants dans ce qu’elle considère comme l’aventure la plus excitante de sa vie.
Teintée d’humour et d’émotions, la parole sincère de cette femme incarnée par Emmanuelle Hiron, nous fait prendre conscience des mécanismes qui font basculer dans la radicalisation.

Théâtre de l’Aire Libre - vendredi 7 avril – 20h30

 

° Journal d’une création – Claire Diterzi

L’avantage avec Claire Diterzi c’est qu’elle crée en bousculant la musique. Et comme elle a de la voix et davantage, il fallait bien qu’un jour elle retourne le monde de la musique. C’est le cas avec 69 battements par minute, son dernier album. La genèse de ce projet n’aura pas été de tout repos et c’est ce qu’elle raconte dans le Journal d’une création. Entièrement produit par l’auteure qui vole désormais de ses propres ailes, ce nouveau projet libère la juste mesure d’une énergie dévastatrice.

Cabaret botanique (parc du Thabor) – vendredi 7 avril – 20h30

 

Envoyer nom et prénom avec le spectacle souhaité à l'adresse suivante : redaction@yeggmag.fr

Célian Ramis

La création, à la base de la passion

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Location: 
Festival Mythos, Rennes
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L'auteure autrichienne Elfriede Jelinek n’épargne pas les femmes, ne les place pas en victimes. Elle les somme de se réveiller. Le duo de la Compagnie KF s'empare de cette énergie pour leur nouvelle création, Les Amantes.
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Actuellement en pleine création de leur prochain spectacle, Les amantes, inspiré du roman d’Elfrielde Jelinek, Camille Kerdellant et Rozenn Fournier, toutes deux fondatrices de la compagnie KF, en présenteront une lecture lors du festival Mythos, le 21 avril à la Péniche Spectacle.

Elles se sont rencontrées en 1998. Et ont monté leur premier spectacle Quelques fois je suis la pluie en 1999. Entourées de Christophe Lemoine à l’écriture, elles ont eu envie d’un conte sur le désir féminin, de parler du rapport au père et à la mère. Rozenn Fournier à la mise en scène, Camille Kerdellant sur le plateau. « Nous avons composé, tricoté, fabriqué avec ce que Christophe écrivait. Nous ne voulons pas utiliser des textes de théâtre mais des matières textuelles à aller chercher ailleurs. », explique Camille Kerdellant. C’est l’essence même de la compagnie KF. Un laboratoire de recherches basé sur l’envie du duo d’être libre avec leurs désirs et leurs pensées.

Et sur cette nécessité qu’elles ont à s’approprier les formes d’écriture, de narration, et d’en faire des pièces singulières, leur travail ne ressemble à aucun autre. En plus de 15 ans, elles ont fait leurs armes et expérimenté diverses formes de spectacle à travers Qui exprime ma pensée, Dans la cendre du ciel, ou encore Homme. Toujours entourées d’autres artistes professionnel-le-s, elles portent à bout de bras des propositions hybrides, souvent à visée sociale.

NE PAS SE PERDRE EN ROUTE

Mais la fatigue se fait ressentir. Rozenn Fournier et Camille Kerdellant, pour ne pas s’enchainer à un processus de production et diffusion incessant et insensé, ont besoin de respirer. Les bouffées d’air frais, elles les prennent dans divers projets avec d’autres compagnies.

« Ce n’est pas facile de tenir une compagnie quand on a peu de moyens, souligne Camille. On ne trouve pas forcément de plaisir dans la production. Nous avons surfé sur cette énergie pendant 3-4 ans mais on a accumulé beaucoup de fatigue, nous avons préféré avoir d’autres expériences et se retrouver ensuite ! ».

Rozenn Fournier acquiesce. S’éloigner du plateau creuse un fossé avec l’esprit qui les anime : la conception, la confrontation au public, le partage. C’est en 2009 à l’occasion du festival rennais Les Scriludes, autour de la correspondance, que Camille Kerdellant fait renaitre la relation épistolaire entre Grisélidis Réal, prostituée, et Jean-Luc Hennig, journaliste. Puis poursuit cette liaison dans une forme plus aboutie. La création est auto-produite, le budget inexistant, les dates pleuvent et le spectacle Grisélidis ou la Passe Imaginaire sillonne les routes de France : « C’est extra : faire son travail, jouer, rencontrer le public ! »

PLAISIR DANS LA CRÉATION

Les deux artistes renouent alors avec l’envie de simplicité et montent ensemble Ma famille, qui rencontre un franc succès et prend son envol. La pièce, qui aborde la place de l’enfant dans le monde d’adulte avec cynisme et clairvoyance, continue d’ailleurs à être jouée, que ce soit sur des scènes nationales ou chez l’habitant-e. La compagnie KF poursuit son chemin libertaire et ambitieux.

Depuis un an, elle œuvre à la conception d’une nouvelle création, Les amantes, qu’elles présenteront en 2017. Parmi leurs lectures et envies, elles ont sélectionné le roman d’Elfriede Jelinek, dont la pièce porte le nom. Elles l’ont lu et relu ensemble. Sur 5h, il faut maintenant ne conserver qu’1h environ. « Tout en gardant l’écriture et la substance riche de l’œuvre ! », tient à rappeler Camille Kerdellant.

Car évidemment, l’ouvrage de l’artiste autrichienne recèle de particularités littéraires. Une force et une singularité dans l’écriture. L’écrivaine, féministe, s’inscrit dans la contre culture de l’après guerre. Elle décide de rester dans son pays mais d’inventer une langue à elle.

Ce qui envoute Camille, c’est sa façon de fabriquer des mots chocs. De juxtaposer « des choses sirupeuses avec un langage très cru, elle peut parfois être vulgaire ». Ce qui séduit Rozenn, c’est le manque de ponctuation et de repères dans la typographie. Le fait de passer de l’auteure, au narrateur à un personnage périphérique sans s’y attendre. « Le passage du récit à l’incarnation du personnage est excitant. C’est très stimulant pour nous ! », s’enthousiasme-t-elle.

RETOUR À LA PASSION

Alors qu’elles débutent une semaine de travail au théâtre de Poche à Hédé, où elles liront une version des Amantes le 21 mai lors du week-end « Plumes et goudrons », elles pourraient parler sans s’interrompre de l’œuvre qu’elles décortiquent et analysent afin de saisir des bribes de formes potentielles.

Elles travailleront cela également avec Marine Bachelot, dramaturge (dont on pourra découvrir la création Le fils, sous forme de lecture, le 20 avril à 11h15 au théâtre de la Parcheminerie à Rennes, à l’occasion du festival Mythos), Gaëlle Héraut, chorégraphe, ou encore David Manceau, compositeur. En attendant, elles retroussent les manches de leurs méninges et se lancent à bras le corps dans le fond de l’ouvrage qui met en lumière le destin de 2 jeunes femmes reliées par une usine de sous-vêtements. 

Animées par la rage d’échapper à leur destin, elles vont faire preuve de force, ténacité et de pugnacité pour obtenir ce qu’elles veulent : trouver un homme, se marier et faire des enfants. Si l’histoire se déroule en Autriche dans les années 70, le duo KF ne conservera toutefois pas les références historiques « si ce n’est l’idéal qu’elles se projettent avec la cuisine aménagée et l’électroménager », précise Rozenn Fournier. La finalité de leurs luttes relate un idéal, précisément, qui ne semble plus d’actualité. Qui choque aujourd’hui. Et pourtant…

Mais l’intérêt n’est pas là. Rozenn l’affirme :

« Cet idéal, on ne le comprend pas. Mais on est interpellées par leur façon de se battre. Elles sont capables d’être humiliées, se trainer dans la boue, devenir pire que des carpettes. C’est très cynique de la part de l’auteure ! Elle met un gros coup de pied au cul ! »

Elfriede Jelinek n’épargne pas les femmes, ne les place pas en victimes. Elle les somme de se réveiller. « J’aime son angle de vue pour nous alerter, éviter ce genre de glissement. Même si ça me heurte car c’est violent. J’aime son énergie et la force avec laquelle elle réveille les femmes. », conclut Camille Kerdellant.

Premières sonneries prévues le 31 mars à l’ADEC, Maison du théâtre amateur de Rennes, et le 21 avril à la Péniche Spectacle pour la 20e édition du festival des arts de la parole, Mythos.

Célian Ramis

Looking for Alceste, enquête sur les misanthropes modernes

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Théâtre de l'Aire Libre, Saint-Jacques-de-la-Lande
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Qui sont les misanthropes d’aujourd’hui ? Ces individus qui, selon la définition, détestent et méprisent le genre humain, Nicolas Bonneau nous les raconte, entouré de deux musiciennes de talent, Fannytastic et Juliette Divry.
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Qui sont les misanthropes d’aujourd’hui ? Ces individus qui, selon la définition, détestent et méprisent le genre humain, Nicolas Bonneau nous les raconte avec son écriture et sa singularité, entouré de deux musiciennes, Fannytastic et Juliette Divry, et en compagnie du plus fascinant des misanthropes que la langue de Molière ait connu. Et c’est au théâtre de l’Aire Libre, à St-Jacques-de-la-Lande que l’artiste a dévoilé sa nouvelle création, Looking for Alceste, les 2 et 3 mars.  

De son enfance durant laquelle il jouait avec un copain dans une cabane à sa fête d’anniversaire pour ses 41 ans, en passant par sa rencontre avec Molière à l’atelier théâtre du lycée, par la chute du mur de Berlin et la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, Nicolas Bonneau tricote un spectacle puissant, aussi personnel qu’universel. Le conteur, comédien et auteur nous livre, à travers ses yeux d’enfant, d’adolescent et d’adulte quadra, un sujet qui traverse le temps et les sociétés.

Looking for Alceste, sa nouvelle création, est adaptée de l’œuvre de Molière Le Misanthrope ou l’Atrabilaire amoureux. Ça pourrait être chiant de replonger dans les classiques. Ça ne l’est pas. Car Nicolas Bonneau transpose la problématique posée par le dramaturge, dénonçant l’hypocrisie des hommes et femmes de la Cour, à notre époque actuelle, cherchant à comprendre qui sont les misanthropes modernes. Correspondent-ils encore à la définition philosophique qui en a été faite ?

Il semblerait que oui. La misanthropie survenant à la suite de désillusions profondes, et souvent violentes, de l’être humain, cet art n’est sans crainte pas en voie d’extinction. Le conteur ne se réfère pas à Platon et Socrate mais préfère moderniser la comparaison à l’amitié telle qu’elle est portée par les films de Claude Sautet, cinéaste des années 70.

« Je me méfie des petites lâchetés, des mesquineries, des manquements, des moqueries… », déclare-t-il, incarnant un personnage souvent blessé et trahi par ses ami-e-s. Mais je ne suis pas un ami irréprochable non plus. Pour mes 40 ans, j’ai décidé de prendre de la hauteur. »

À LA RECHERCHE DES ALCESTE

De là nait le misanthrope, au départ bercé d’illusions et d’espoirs en une Humanité qu’il voudrait voir blanche, la noirceur apparente le portant à la haine envers le genre humain. Bonneau, dans Looking for Alceste, ne va alors ni copier le personnage de Molière ni singer Luchini qui l’incarne et le modernise dans Alceste à bicyclette. Il part à la rencontre des personnes marginales, isolées de la société.

Tout comme dans Ali 74, le Combat du siècle, le comédien-auteur-conteur révèle sa force dans une écriture singulière, composée de tableaux et très proche du documentaire. L’artiste nous propose un sujet qui le touche et le fascine et nous embarque avec lui, nous guidant face aux divers personnages qu’il présente, que ce soit l’ancien reclus chez lui entre ses cartes, ses bouquins de philo et ses carnets intimes, l’ermite solaire et solitaire en symbiose avec la nature ou encore l’activiste investie dans la vie de la ZAD (zone à défendre) de Notre-Dame-des-Landes contre le projet d’aéroport.

Sans jugement ni leçon de morale, il raconte leurs modes de vie, leurs états d’esprit et des bribes de leurs parcours. Loin de l’image de l’être monstrueux qu’a pu attribuer la philosophie à la misanthropie, Nicolas Bonneau apporte un discours nuancé de gris dans cette vision manichéenne de la société et de l’humanité. Et on ne peut résister à dire que son spectacle est grisant.

LES FAIRE RÉSONNER

Et le créateur de Looking for Alceste ne se contente pas de nous restituer le contenu des entretiens réalisés lors de son enquête. Avec une pointe d’humour, il les met en scène, les incarne, les poétise, les met en parallèle des mots de Molière, ceux-là même qui « ont résonné en moi », qui ont rejoint « les mots que j’écrivais dans mon journal intime ».

Il crie alors son envie de liberté, d’être soi-même, d’oser être libre, en passant par le divan de la psychanalyse tout comme en s’asseyant dans un pré au cœur d’une société éphémère créée entre misanthropes qui bougent pour un monde supposé meilleur plutôt que de broyer du noir sans agir.  

Pour soutenir cette structure ambitieuse et insolite, Nicolas Bonneau s’entoure de deux musiciennes : Fannytastic, au piano et au chant, et Juliette Divry, au violoncelle. Et c’est là que la création tend à s’envoler vers le grandiose. Si la presse insinuait que le conteur passait dans la cour des grands avec Ali 74, il prouve ici que son talent ne s’arrête pas à une seule pièce et se déplace dans des formes qu’il ne cesse d’inventer.

PRÉSENCES IMPOSANTES

Les deux artistes imprègnent la scène de leur présence particulière, quasi divine, emprunte d’une aura aussi envoutante qu’intrigante et angoissante. Comme une mauvaise augure. Mais aussi comme une bouffée d’air frais, une respiration chaude. Signes de la tension dramatique, elles instaurent un climat baroque sur cette nouvelle œuvre de par le talent de la violoncelliste dont les notes graves flirtent avec la voix puissante et inattendue de la chanteuse.

Fannytastic dévoile son organe vocal que l’on pourrait comparer à celui de l’auteur-compositeur-chanteur américain Tom Waits et manie aussi bien les graves que les aigues à la manière d’une poupée désarticulée et automate. Et son souffle est comme le vent qui s’engouffre doucement dans les branches des arbres peuplant une forêt mystique et mystérieuse dans laquelle règne le calme et la solitude. L’accompagnement musical des cordes frottées ou pincées par Juliette Divry renforce cette atmosphère et fait résonner le texte de Nicolas Bonneau, écrit en collaboration avec Cécile Arthus et Camille Behr, comme une exergue.

Les artistes féminines travaillent de concert avec le conteur, formant ainsi un trio indissociable et indispensable à la beauté et force de la pièce. Chaque personnage est pourvoyeur d’une dose de misanthropie, plus ou moins exacerbée. L’œuvre est éclatante de vérités et Nicolas Bonneau le souligne au commencement de sa création : « Je dis toujours la vérité mais je ne dis pas toute la vérité. »

 

Nicolas Bonneau et Fannytastic présenteront une version acoustique de Ali 74, le Combat du siècle, le 22 avril (Ali acoustique : spectacle d’ores et déjà complet) à l’occasion du festival Mythos, qui se déroulera du 15 au 24 avril 2016.

Célian Ramis

Mythos 2015 : Emmanuelle Hiron brise le tabou de la vieillesse

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L'Aire Libre, St-Jacques-de-la-Lande
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Du 8 au 10 avril, Emmanuelle Hiron a présenté sa nouvelle création, Les résidents, à L’Aire Libre. Un théâtre documentaire qui a l'art d'interroger notre rapport à la vieillesse.
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Pendant trois jours – du 8 au 10 avril – la comédienne Emmanuelle Hiron a présenté sa nouvelle création, Les résidents, au théâtre L’Aire Libre, à St-Jacques-de-la-Lande. Un théâtre documentaire sur les résidents de l’EHPAD de Vezin-le-Coquet, et plus largement, sur le tabou de la vieillesse.

Pendant un peu plus d’une heure, Emmanuelle Hiron est seule sur scène. Elle interprète un monologue philosophique sur la place des personnes âgées dans notre société. Une société pleine de gêne et de rejet face à ses vieux. Derrière elle, un écran sur lequel on découvre les images qu’elle a pu filmer dans l’EHPAD (Établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes) de Vezin-le-Coquet, là où elle a suivi une gériatre, Laure Jouatel, dans son travail quotidien auprès des résidents.

Le monologue et la projection vidéo se répondent et se complètent, en alternance. Emmanuelle Hiron, dans ce travail de création élaboré avec la compagnie L’Unijambiste, s’appuie sur ce qu’elle a vu, vécu, entendu et ressenti pendant une année à l’EHPAD. Que ce soit au contact des résidents, des familles et de son amie gériatre. À travers cela, elle bâti sa réflexion et surtout son questionnement autour de ces personnes, atteintes de démence, que l’on place dans des maisons de retraite et que l’on tait de nos vies et de nos esprits. Comment expliquer et comprendre le rejet de la société, qui finit par en faire un tabou alors qu’il est de notre lot commun de vieillir ?

Le rapport à la mort est omniprésent dans la pièce Les résidents, tout comme le rapport à la vie. La comédienne, interpelée par la redondance de la question de la « qualité de vie », pose à son tour le sujet sur la table. Que signifie cette qualité de vie ? De quoi parle-t-on quand on aborde la fin de vie ? Peut-on parler de qualité de vie quand on sait que la meilleure option est de faire rester la personne âgée à domicile ?

OBJECTIF ATTEINT

Que l’on adhère ou non à son discours, qui peut s’apparenter parfois à une leçon de morale, elle atteint son objectif : nos esprits s’animent au rythme des interrogations soulevées dans le spectacle et l’envie d’en débattre se fait sentir. La prise de conscience est immédiate, prend pour certains la forme d’un électrochoc et pour d’autres d’une piqure de rappel.

Au fil du spectacle, l’artiste nous place en déroute. Entre son franc-parler et son expression neutre sur le visage, on cherche sa position sur le sujet. Peut-être une manière de ne pas chercher la notre. « Tout le monde a un avis sur la question », affirme-t-elle dès le début. Toutefois, tout le monde n’explique pas ce rejet, ce silence, face à celles et ceux qui deviennent les « boulets » de la société, qui préfère toujours garder en tête l’image de la jeunesse et de la beauté, qui vont de pair.

Culpabilité, responsabilité, rejet, fin de vie, qualité de vie… Les thématiques abordées sont lourdes de sens et Emmanuelle Hiron a la force de ne pas s’en priver, de ne pas se censurer. Elle témoigne ici, en faisant parler son amie gériatre dans sa propre bouche, de son ressenti, de son vécu et de son engagement. Elle replace les résidents, grâce aux extraits vidéos du documentaire, à la fois touchants et (trop) bienveillants, au centre de sa création mais aussi au centre du débat. On ne parle pas de soins, de prises en charge médicales, mais de volontés, désirs et besoins des personnes âgées, parfois, et souvent, aliénées par la démence.

Célian Ramis

Mythos 2015 : Adeline Rosenstein, passionnée et militante

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Thabor, Rennes
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Les 8 et 9 avril, le théâtre de la Parcheminerie accueillait le spectacle-documentaire Décris-ravage d’Adeline Rosenstein. Une artiste qui propose une lecture percutante de l’Histoire de la question de la Palestine.
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Les 8 et 9 avril, le théâtre de la Parcheminerie accueillait, dans le cadre du festival Mythos, le spectacle-documentaire Décris-ravage d’Adeline Rosenstein. Une artiste qui propose ici une lecture originale de l’Histoire de la question de la Palestine.

Avec Décris-ravage, la comédienne Adeline Rosenstein n’aura pas fait l’unanimité. Mais aura suscité la curiosité des festivaliers et réussi le tour de force de soulever de nombreuses questions, à commencer par celle de l’Histoire au théâtre. Comment aborder des faits historiques sur scène, par le biais de l’art ? Sa proposition est originale, conceptuelle parfois, et surprenante, voire déroutante pour qui ne s’y attend pas. Elle parle de spectacle-documentaire, « pas sur le conflit (israélo-palestinien, ndlr) lui-même mais sur la question de la Palestine. », explique-t-elle jeudi midi au micro de Canal b.

Depuis 2009, elle a réuni des témoignages d’occidentaux ayant vécu en Palestine ou en Israël à différentes périodes, autour desquels elle ajoute des extraits de pièces de théâtre historiques en arabe (les extraits ont été traduits en français), traitant des mêmes événements. Privilégier la parole des artistes originaires des pays arabes concernés plutôt que d’orienter le discours et l’Histoire vers la pensée occidentale, c’est le parti-pris de la suissesse Adeline Rosenstein.

L’artiste va alors bricoler une pièce en fonction des éléments récoltés depuis plusieurs années, en 4 épisodes, intelligemment abordés en conférence théâtrale et partiellement illustrés par 4 comédiens (3 femmes et 1 homme) présents sur scène tout au long de la représentation.

Mimes, mises en situation, représentation fictive de la carte géographique de l’Empire Ottoman, mouchoirs trempés dans l’eau violemment projetés contre des planches en bois disposées au fond de la scène… Adeline Rosenstein se lance le périlleux défi de ne rien donner à montrer visuellement, ni photos, ni vidéos, ni cartes physiques, ni documents d’archives. Ce qui lui vaudra peut-être de perdre certains spectateurs, ennuyés de cette conceptualisation étonnante qui appelle à entrer directement dans le propos, et uniquement dans le propos.

Tout repose sur les textes, sur les interprétations des comédiens, sur les intonations, tantôt magistrales et objectives, tantôt cyniques et piquantes. La violence est omniprésente, de la conquête de l’Égypte par Bonaparte à la militarisation des Palestiniens, en passant par la guerre de Crimée et le génocide arménien. Mais de par ses choix artistiques et scéniques, la comédienne ne fige ni la pensée, ni l’interprétation des spectateurs, qui découvrent ou redécouvrent, la source internationale de la question de la Palestine, un tout petit territoire « à partager en 2 peuples mais finalement il y avait un peuple qui n’était plus là. Et ça, on l’a refoulé de nos consciences » - extrait d’un entretien d’un colon arrivant en Terre Sainte.

DES QUESTIONS PLEIN LA TÊTE

Décris-ravage décortique le nœud du conflit « gros de plus de cent ans », le déroule du début XIXe au début XXe, avec un regard militant sur l’Histoire et les histoires vécues dans cette partie du monde, sans toutefois enfermer le public dans un discours moralisateur, et sans porter de jugements maladroits sur les diverses communautés ou religions présentes sur ces territoires. On ressent l’ébullition intellectuelle à laquelle se confronte l’artiste qui attache de l’importance à explorer de nombreux chemins pour en découvrir sans cesse davantage et qui n’hésite pas à remplacer les points d’exclamation par des points d’interrogation, pour emprunter encore d’autres routes non explorées par les Occidentaux (ou qui n’en ont pas encore révéler les crevasses).

Adeline Rosenstein, révoltée depuis longtemps, par la nature de ce conflit, se présente passionnée face au public de la Parcheminerie et presque apaisée, comme délivrée du poids de l’information qu’elle partage, les yeux brillants, pendant les 2 heures de représentation. Entourée de ses comédiens, elle pose la question de l’interprétation individuelle, la responsabilité de chacun à ne pas poser de questions, à agir sans savoir, du poids des Nations ironiquement bienveillantes et désireuses de « fédérer les peuples » en les écrasant, les colonisant, les expulsant, les armant…

Des thèmes violents, dérangeants parfois même, mais qui ont le mérite d’être mis à plat dans ce théâtre de l’Histoire que toute l’équipe porte avec ferveur. S’il est difficile à certains moments de focaliser son attention sur chaque propos ou chaque point développé, Adeline Rosenstein réussit à nous maintenir sur le fil des histoires qu’elle dévoile et à susciter l’intérêt et la curiosité pour le sujet comme pour la forme proposée, qui n'était que le premier volet d'une histoire encore en mouvement.

"Les Anglais prennent la Palestine. Les Français reçoivent un pourcentage sur le pétrole en Irak. STOP, la suite au prochain épisode."
conclut Adeline Rosenstein, dans ce premier Décris-ravage.

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