Célian Ramis

Mélissa Laveaux, les notes engagées d'un coeur en Haïti

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Avec Radyo Siwèl, Mélissa Laveaux recompose le puzzle de l’Histoire d’Haïti, île natale de ses parents, avec son histoire personnelle. Mercredi 3 avril, elle contait l’occupation américaine mais surtout elle chantait la résistance et la liberté.
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Avec son troisième album Radyo Siwèl, Mélissa Laveaux recompose le puzzle de l’Histoire d’Haïti, île natale de ses parents, avec son histoire personnelle. Mercredi 3 avril, sous le Cabaret botanique de Mythos, dans le parc du Thabor, elle contait l’occupation américaine de 1915 mais surtout elle chantait la résistance et la liberté. 

Musicienne, compositrice et chanteuse, elle a pris son envol artistique depuis plus de 10 ans. Sur les deux albums précédents, elle chante en anglais, en français et en créole. Parce que ça représente bien là l’univers polyglotte dans lequel elle a grandit.

Née au Canada, à Montréal, elle va ensuite vivre à Toronto et Ottawa avant de poser ses valises à Paris dès le début de sa carrière. Sur France Culture, en mai 2018, elle explique : « Je me sens haïtienne dans la manière dont j’ai été élevée, dont je compose, dont je me situe par rapport au monde. Mais nous sommes tous en mouvement, donc mon haïtienneté change aussi. »

Sa musique est imprégnée de celle de Martha Jean-Claude, exilée à Cuba dans les années 50 qui chantait son Haïti. Et elle, se souvient d’entendre des bribes de conversations entre sa mère et ses tantes qui parlent en créole, langue qu’elle n’a jamais apprise, qu’elle ne connaît que par fragments.

Le pays aussi lui est inconnu jusqu’en 2016 lorsqu’elle ressent le besoin de séjourner quelques temps sur l’île. Là-bas, elle reconstitue une partie de son histoire familiale, son histoire personnelle, à travers la mémoire collective.

L’essence de Radyo Siwèl vient de là. Il n’est pas un retour aux racines, il est une continuité dans l’exploration de son identité. Elle qui fait vibrer le Magic Mirror de son rock caribéen s’empare de tout ce qu’on a lui a confié lors de son voyage et se réapproprie les chants folkloriques d’un Haïti colonisé qui n’a jamais capitulé. 

« Qu’est-ce que les gens chantaient à l’époque de l’Occupation américaine d’Haïti ? On ne connaît pas bien l’histoire de la musique haïtienne. Mais la musique haïtienne répond toujours au politique, il y a une tradition de riposte. », déclarait-elle sur France Culture

Cet album est donc marqué de l’histoire d’Haïti entre 1015 et 1934, chaque chanson est chantée en créole, accompagnée d’une base d’arpèges blues à la guitare électrique et de percussions aux influences caribéennes.

Mélissa Laveaux a un don pour insuffler de la légèreté là où réside un drame passé. Elle entraine avec aisance le public dans ses histoires qu’on ne comprend pas mais qu’on ressent. Elle nous guide, à travers l’histoire d’un président haïtien dont le chapeau tombe et qui se décide à le ramasser pour le remettre sur sa tête, alors que tout le monde lui dit que ça porte malheur. « Et il meurt », lance-t-elle avec le sourire. 

Dans la chanson suivante, « la malchance continue ». Sans trop en dire parce qu’elle sait qu’elle parle trop entre les morceaux, elle livre des indices : « jeune fille / pouvoirs magiques / chèvre / divorce de la chèvre / perte des pouvoirs magiques / son père qui meurt. »

Tout le concert est rythmé par sa bonne humeur, la puissance de sa voix et le croisement entre la chape de plomb de l’Occupation américaine et les chants de célébration et de victoire des Haïtiens « qui n’avaient pas de guitare électrique en 1934 mais qui ont chanté cette chanson après 20 ans d’occupation, on peut donc honorer le combat qu’ils ont mené contre les soldats ». 

L’engagement de Mélissa Laveaux ne se réduit pas à conter l’histoire des bons contre els méchants ou des victimes contre les bourreaux. Il est bien plus subtil que ça. Il réside dans chaque recoin de sa personnalité, dans chaque note de sa musique, dans chacun de ses choix artistiques.

Ce qu’elle livre sur scène ce soir-là, c’est aussi une partie de l’esprit d’Haïti qui perdure encore aujourd’hui là-bas mais aussi en elle puisque cet esprit a baigné dans l’éducation de ses parents quittant l’île pour le Canada.

« Quand les américains ont pris possession de l’île, ils ont interdit aux habitant-e-s de pratiquer le vaudou car ils avaient peur que les Haïtiens aient signé un pacte avec le diable. », explique-t-elle en guise d’introduction d’une de ses chansons. « Mais on s’en fout qu’ils nous tuent, on s’en fout, on fait ce qu’on veut. »

C’est ce vent de liberté que la musicienne vient insuffler. Elle qui par recherche d’une partie de son identité s’est permise de réinventer des sonorités, d’incruster des éléments bien à elle dans une histoire ciselée entre récit national, témoignages, expressions imagées de sa mère et de ses tantes, chansons populaires transmises par les Bann’ Siwèl (orchestres troubadours) et croyances spirituelles (parfaites pour torturer les esclavagistes).

Les textes, lourds de sens et de symboles, et la voix puissante de Mélissa Laveaux se marient à des mélodies entrainantes et dansantes. Emancipatrices. C’est le message de la chanteuse canadienne qui réussit à faire vivre le passé de son histoire familiale, sans en occulter la charge émotionnelle, et à se l’approprier pour en faire une belle branche de son arbre personnel, bien enraciné, qu’elle alimente en une multitude de feuilles et de prunes, appelées sirouelles (Siwèl, en créole).

Célian Ramis

Shannon Wright, l'émotion brute

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C’est un condensé d’émotions vives que distille Shannon Wright ce mardi 2 avril dans l’intimité du Cabaret botanique. Entourée de son batteur, sa guitare et son clavier, la musicienne envoute le public de sa voix chaude, ses mélodies lancinantes et son rock viscéral.
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C’est un condensé d’émotions vives que distille Shannon Wright ce mardi 2 avril dans l’intimité du Cabaret botanique, installé dans le parc du Thabor à l’occasion du festival Mythos. Entourée de son batteur, sa guitare et son clavier, la musicienne envoute le public de sa voix chaude, ses mélodies lancinantes et son rock viscéral. 

Quand elle arrive sur scène, le public s’électrise. Le temps d’accorder sa guitare, un silence d’église se répand dans le Cabaret botanique, suspendu aux doigts de la musicienne qui glissent sur les cordes et brisent instantanément le côté cérémonial de son entrée.

Sa voix grave et chaude est rapidement couverte par une guitare saturée qui révèle une urgence et une envie d’exploser chez l’artiste qui semble, dès les premières notes, mettre à nu son cœur à vif. Intrigante personnalité cachée derrière sa mèche, elle dévoile ici une musique complexe.

Il est parfois difficile de cerner son propos, son intention. Elle nous oblige alors à nous accrocher, à nous approcher. Pour deviner.

Elle attend que l’on soit tout près et là, elle nous assène d’émotions vives et brutes que l’on se doit d’avaler et de digérer précipitamment, afin d’en redemander l’instant suivant.

Du tonnerre qui gronde, elle passe à l’eau qui dort – avec l’œil bien ouvert - avec des balades à la voix soufflée. On attend le retour de la tempête, elle nous offre, sur des airs folk, une sorte d’apaisement avant de s’éloigner de son micro, tout en continuant de chanter et en faisant vibrer sa voix.

Shannon Wright sait transpercer les âmes parce que l’indifférence n’est pas envisageable dans son sillon. Au clavier désormais, elle délivre une voix complexe et complète, avec laquelle elle passe des graves et des aigues, quasiment avec des effets de distorsion.

Elle impressionne de par la puissance qu’elle met dans son chant, sans nécessairement envoyer à pleine balle.

La musicienne joue avec un fil sur lequel elle se tient à chaque instant. Elle a ce côté borderline qui la rend insaisissable.

Elle s’entoure de la nonchalance d’une Courtney Love et d’une touche Kim Gordon qui n’est pas sans rappeler la scène underground des années 90. Et là, elle frappe à nouveau de son rock alternatif viscéral.

Elle joue avec les rythmes, elle varie les intensités. Shannon Wright va là où on ne l’attend pas. Quand on se met à penser que ça ne décolle pas des masses, elle donne tout, un pied dans la retenue, un pied dans le lâcher prise. Elle nous déstabilise et on aime ça.

Et puis il y a ce côté lancinant, prédominant quand on écoute son album Division. Sur scène, elle le transpose d’une autre manière. Son corps balance, son corps se tend, son corps ondule. Ça se sent. Sa musique ne peut pas ne pas lui traverser le corps. C’est un tout. Sa tête, son corps, sa voix, ses instruments se mêlent dans un ensemble difficile à définir.

Et c’est mieux ainsi. Sauvage et indomptable, la musique de Shannon Wright ne se réfléchit pas, elle se vit, principalement dans le plus profond de l’esprit qui, forcément, impacte tout notre corps.

À l’écoute de sa discographie et à l’expérience du live, difficile de nous dire touché-e-s au cœur. En revanche, elle ne nous laisse pas indifférent-e-s et on s’avoue volontiers admiratifs/tives des émotions brutes et vives que Shannon Wright dégage et procure.

La transmission d'un féminin libre

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On aime. C’est sensible, c’est tendu, c’est violent. C’est puissant. C’est lucide et intelligent parce que la pièce ne prétend pas avoir la vérité absolue, juste la spontanéité d’un discours qui n’a pas été réfléchi mais qui sent le vécu et les tripes.
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Pièce remarquée lors du off du festival d’Avignon, Les yeux de ta mèreétait présentée mercredi 13 mars à la Maison des Associations par la compagnie L’Insoumise. Lors d’une soirée organisée dans le cadre du 8 mars, par Déclic Femmes, avec la compagnie Ty Pestac et le Mouvement de la Paix.

On aime. C’est sensible, c’est tendu, c’est violent. C’est puissant. C’est lucide et intelligent parce que la pièce ne prétend pas avoir la vérité absolue, juste la spontanéité d’un discours qui n’a pas été réfléchi mais qui sent le vécu et les tripes.

Pour écrire, la comédienne Violeta Gal-Rodriguez s’est librement inspirée du texte de Pauline Sales, Le Groenland : « J’ai fait une formation théâtrale au Chili et là-bas, ils désacralisent les textes. Ce n’est pas du tout comme ici. Ça m’a permis de m’éloigner de l’original. Mais ce texte m’obsédait depuis 7 ans. Quand je suis devenue mère, j’ai ressenti l’urgence à le mettre en scène. »

Elle découvre Lula Heldt dans un cabaret, sur une musique d’Eric Satie et reste suspendue dans l’espace et le temps. Elle l’embarque avec elle dans l’aventure de l’Insoumise. « C’était évident qu’il fallait contraster la violence du texte avec quelque chose de très onirique. », souligne Violeta Gal-Rodriguez. 

Dans Les yeux de ta mère, on assiste à un dialogue entre une mère et sa fille, qui errent dans les rues de la ville en pleine nuit. Seulement, on n’entend pas les réponses de l’enfant, certainement adolescente ou jeune femme. On devine parfois des accusations, des jugements, des condamnations peut-être. Pour le comportement d’une mère « pas normale ». 

Pourtant cette mère, elle l’aime, sa fille. Elle la pousse, l’encourage à marcher droit devant, à s’éloigner des jupons de sa génitrice, à parcourir le monde, à suivre son propre chemin. Pourtant, on comprend qu’elle lui adresse le reproche de son absence. « Tu veux une mère normale et comme tout le monde ? Ne cherche pas, ça n’existe pas. », lui répond alors la protagoniste. 

Au bord de la scène, après la représentation, Violeta Gal-Rodriguez et Lula Heldt ne rentrent pas dans les détails du propos et du message. Simplement, elles indiquent que pour elles, il s’agit de l’histoire d’une femme qui se perd d’un point de vue géographique et d’un point de vue philosophique.

Toutefois, c’est avec une incroyable lucidité que la mère évoque son couple, son rapport à l’éducation, son ressenti par rapport à la féminité et aux injonctions. « Le quotidien nous rend robot. Pourquoi les autres envahissent les femmes à ce point-là ? Que veux-tu que je fasse dans ce siècle, ce pays, etc. si ce n’est me réaliser ? (…) Il faut savoir se battre dans un monde de brutes pour trouver sa place. Quand tu es née, j’avais besoin autour de moi de toutes les femmes. », clame-t-elle à la fin. 

Parce qu’elle est « toutes les femmes ici et maintenant, là. Les femmes en moi. Je suis la reine des neiges, la princesse Leïa, Frida Kahlo, Elisabeth Badinter, Simone Veil, Simone de Beauvoir, je suis Colette. Ah ouais là, putain, je suis une maman !!! »

Libération, émancipation, diktats et violences vont de pair dans ce spectacle qui pourrait être un drame mais qui n’est en réalité qu’un échantillon d’un quotidien de femme. La beauté, ici, réside dans la transmission mère-fille qui s’opère alors, provoquée par cet égarement.

Comme si elle brisait l’héritage des inconscients de cette inévitable condition de femme à laquelle les filles sont condamnées dès la naissance : « Entravée, vidée, absente, migraineuse… nerveuse, incapacité à garder son calme, aboyer, se répéter, pleurer en voiture, se rendre compte que tout part d’en bas. Qu’ils pensent tous à ça. À ce trou qui me rend comme ça. »

Le constat est âpre mais la fatalité n’est pas la conclusion du récit dont les mots résonnent au son du violoncelle et des chants de Lula Heldt, accentuant tantôt le côté dramatique, tantôt le côté sarcastique et humoristique. Le texte prend alors une dimension internationale et universelle, la musicienne jouant les musiques du monde avec sensibilité et poésie.

On s’égare, nous aussi, en réfléchissant aux normes, assignations et injonctions imposées aux femmes et aux filles. À ce travail d’équilibriste qu’elles entreprennent au fil de leurs vies pour répondre à ce que l’on attend d’elles tout en réussissant à progressivement briser leurs chaines. À une époque où féminin et masculin entrent en crise, la pièce distille espoir et bienveillance.

 

Célian Ramis

#Trans2018 : Aloïse Sauvage ou l'art du verbe (et du corps) uppercutant

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Samedi 8 décembre. Direction le théâtre de l’Aire Libre, à Saint-Jacques-de-la-Lande pour assister à l’incroyable performance d’Aloïse Sauvage, à qui les Transmusicales ont confié la création 2018 du 5 au 9 décembre.
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Samedi 8 décembre. Direction le théâtre de l’Aire Libre, à Saint-Jacques-de-la-Lande pour assister à l’incroyable performance d’Aloïse Sauvage, à qui les Transmusicales ont confié la création 2018 du 5 au 9 décembre. 

C’est une bombe que vient de lâcher Aloïse Sauvage en prenant les rênes de la création des Transmusicales. Pourtant, à quelques semaines près, sans musiciens et sans le spectacle dans son entièreté, elle aurait pu baisser les bras et rendre les armes. Mais ce serait mal la connaître. L’artiste est une battante et elle est bien décidée à l’affirmer sur scène.

Cinq soirs durant, celle que l’on a pu apercevoir dans 120 battements par minutemonte sur scène pour présenter un « état des lieux » de ce qu’elle est « émotionnellement et artistiquement ».Et c’est un joyau brut et éclatant qui se façonne au fil de ses questionnements et de ses textes à l’écriture soignée et percutante.

Sa musique est un savant mélange de pop, de hip hop et d’électro. Son message est un appel à la vie. Sa manière de le restituer, une fusion de rap chanté, de danse, d’acrobaties circassiennes et de théâtre.

Aloïse Sauvage est pluri-disciplinaire et marque sa création de sa palette transversale qui transcende avec agilité le public pendu à tout son être, particulièrement quand celle ci se suspend dans les airs.

Ses musiciens, sur le fond de la scène, sont en hauteur, laissant ainsi tout le plateau en une sorte de terrain de jeu délimité par un grand tapis. C’est le ring d’une boxeuse, guerrière et combattive, au corps en flux tendu. Quasiment constamment sur le qui vive.

Son corps, sa danse et sa musique sont son langage, son moyen d’expression. Son moyen de cracher ses interrogations, ses difficultés, ses fragilités, ses envies ou encore ses joies. Ses mouvements interagissent avec ses propos, au-delà d’une ponctuation, ils semblent survenir comme une extension de ses mots.

Des mots qui sont forts, très prononcés, très appuyés. Pour la libérer de leur poids et nous assommer du sens qu’elle leur donne en les agitant pour les sortir de leur dimension première et en multiplier les capacités. Chaque phrase éveille nos sens et agite nos neurones, et met en perspective la complexité de la vie et le paradoxe des injonctions.

Cette friction fonctionne à merveille puisqu’elle prend soin, en s’emparant des sujets qui la touchent personnellement, de les rendre universels et de mixer, tel un Stromae, la forme poétique et le fond de la brutalité. Et n’en oublie pas de s’accompagner de chorégraphies efficaces et travaillées et de prouesses techniques.

Avec son micro filaire qui vient du plafond, elle joue avec l’équilibre et se laisse flotter, pointes des pieds tendues sur le tapis. On ne sait plus par moment si c’est le micro qui la guide ou si c’est elle qui possède le micro qu’elle finit par envoyer valser, libérant son âme et son corps de tout attachement avilissant ou contraignant.

Ce soir-là, Aloïse Sauvage réalise une démonstration de force et de souplesse, de rage et de détermination, de génie créatif et d’urgence vitale à se construire pour suivre son chemin et affronter les épreuves. Thématique récurrente, elle parsème également ses textes de confidences, d’amour lesbien, de désirs, de confrontation et de négociation avec soi-même et de vertiges.

L’ensemble est impeccable. Complètement bluffant de par le mélange de disciplines qui pourtant ne font qu’un, les parties seulement dansées étant en elles-mêmes des paroles silencieuses. Se joue ici un spectacle à plusieurs niveaux, auquel il faudrait assister de représentation en représentation afin d’en saisir toutes les subtilités et nuances.

Parce que derrière son côté direct et franche du collier, l’artiste multi-casquettes aux blanches baskets et chaussettes s’amuse de tout ce qu’elle ne dit pas explicitement. Dans ses sous-entendus, dans ses non-dits, dans ses silences, elle se débrouille pour que son langage non verbal soit clair et limpide.

C’est bouleversant, incisif et impactant. Elle balance les coups, on est frappé-e-s en pleine gueule mais aussi en plein bide. Ça bouillonne, tout comme ses idées. Et ses envies, qu’elle livre dans « Dévorantes » : « Des envies, j’en ai beaucoup moi, elles me dévorent toute entière, j’espère que vous aussi. Parce qu’elles sont dévorantes mais elles nous rendent vivants. »

Et sa première envie n’est pas surprenante : être engagée dans ce qu’elle fait. Sa liste est longue et exaltante, elle place le coup final qui nous éclate la mâchoire, crispée d’émotions viscérales que nos tripes vomissent dans un élan totalement libérateur, ne gardant que le souvenir de cette puissance, vitale, brute et bienfaitrice, ressentie tout au long de la performance.

Avec sa chanson « Aphone », elle use de l’analogie de l’extinction de voie à force d’être à fond et de s’exprimer en envoyant malgré tout l’énergie de la folie des grandeurs qui la fait voler et virevolter au dessus de la scène et des premiers rangs du public qui offre un standing ovation prolongé tout au long de cette dernière danse.

L’uppercutante Aloïse Sauvage, c’est l’ébullition de la jeunesse créatrice qui manifeste son envie de se frotter pleinement à la vie, malgré les déboires et les complexités, et la maturité d’une passionnée et investie qui place la barre à hauteur de ses ambitions. Et très clairement, elle en déborde. On attend avec impatience la sortie de son EP, au printemps prochain.

 

Célian Ramis

#Trans2018 : Explosion des codes et des genres

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Vendredi 7 décembre. Deuxième soir des Transmusicales au Parc expo de Rennes durant lequel les chanteuses, musiciennes et danseuses ont insufflé une bonne grosse dose d’empowerment et de liberté.
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Vendredi 7 décembre. Deuxième soir des Transmusicales au Parc expo de Rennes durant lequel les chanteuses, musiciennes et danseuses ont insufflé une bonne grosse dose d’empowerment et de liberté.

THE NAGHASH ENSEMBLE – HALL 8 – 23H30

L’instant est suspendu dans le hall 8. Parce que The Naghash Ensemble, c’est l’union de 3 chanteuses lyriques et de musiciens jouant du dhôl, du oud, du duduk ou encore du piano. L’esprit de cette formation : créer une fusion entre le folk arménien et le post-minimalisme contemporain, en basant leurs chansons sur les poèmes de l’écrivain et prêtre Mkrtich Naghash, datant du XVe siècle.

Sur le papier, c’est intriguant. En live, on apprécie la singularité de la proposition et le travail de variation des intensités de voix – deux sopranos et une alto – et des instruments, ainsi que des rythmiques.

La charge dramatique oscille durant le concert, selon les sujets et contextes de ces méditations, impossibles à comprendre pour nous mais dont on sait qu’elles s’orientent en direction du sort des étrangers et de la relation de l’homme à Dieu.

Pourtant, on ne peut s’empêcher de ressentir une sorte de déception. Peut-être parce qu’on en attendait beaucoup, notamment en terme d’atmosphère et d’opportunité à nous faire voyager en terre arménienne et nous emmener à la découverte de son ancien folklore, mêlé à la modernité des musiques actuelles. Et finalement, on ne décolle pas du hangar du Parc expo.

De là, nait une frustration sans que l’on arrive à mettre le doigt sur ce qui la cause réellement. Car The Naghash Ensemble est un projet inattendu, finement travaillé et décalé face au reste de la programmation.

Seuls quelques courts instants tendent à nous donner l’espoir d’un décollage imminent. Particulièrement lorsqu’au piano et aux voix s’ajoutent les instruments arméniens, incitant à l’accélération des rythmiques. Malheureusement, ça ne dure pas.

 

MUTHONI DRUMMER QUEEN – HALL 9 – 0H25

On délaisse alors les chants lyriques arméniens pour assister à l’ascension de la reine, dans le hall 9. Parce que son temps est venu, dit-elle. Le sien ainsi que celui de toutes les femmes. « For action. For liberation. We are the power. Infinite. », souligne la voix qui envahit l’immense hall 9. 

Elle marque 1 point, Muthoni Drummer Queen. À chaque instant de son concert. Parce que pendant une heure, elle va royalement nous scier sur place en balançant un show époustouflant, aux genres mêlés et variés, à la technique irréprochable et à la puissance inouïe de sa voix, de son discours et de sa présence scénique.

Elle est chanteuse et rappeuse. Elle vient de Nairobi, au Kenya. Elle chante en anglais et en swahili et s’accompagne sur scène de ses deux producteurs suisses GR ! et Hook, de choristes, de danseuses et de musiciens. Et ça envoie entre hip hop, afrobass, électro et r’n’b.

Son flow est rapide et efficace. Elle passe sans difficulté et sans concession d’un rap à du ragga tune, avec l’aisance des grandes musiciennes déjà bien installées. Son projet est terriblement prometteur et Muthoni Drummer Queen a toutes les capacités et l’intelligence de son ambition.

C’est percutant, dynamisant, puissant et effervescent, autant dans le vocal que dans les messages, la générosité, le partage et l’esthétique. Elle ne laisse rien au hasard, rien de côté. Elle est partout, tout en laissant la place à ses collaboratrices et collaborateurs. De là, se dégage une énergie explosive qui embarque tout le hall 9 qui semble pour la plupart déjà bien la connaître.

« Qui a vu Rafiki ? Ok, c’est cool, c’est un film sur une relation d’amitié entre deux femmes. Parce que je suis persuadée que le futur, c’est les femmes ! », scande-t-elle fièrement.

Ce film, Rafiki, c’est le premier film kenyan sélectionné au festival de Cannes, sorti sur els écrans fin septembre, dont elle signe la bande originale et nous régale ici de sa fameuse chanson Suzie Noma et de sa chorégraphie. Dans sa robe style Lady Gaga, elle n’a rien à envier à Beyonce et mérite largement le même succès.

Son discours est féministe et humaniste. Sur scène et dans ses textes, elle affirme son girl power et son engagement pour « toutes les personnes qui n’ont pas les mêmes privilèges que nous tous qui sommes là ce soir : il faut penser aux migrant-e-s et aux réfugié-e-s du monde entier ! »

Muthoni Drummer Queen fait bouger les corps et les consciences et fait lever une armée de poings en l’air et un chœur de festivalier-e-s qui chantent avec elle « Millions voices », que l’on retrouve sur son dernier album, sorti en mars dernier, intitulé She

La puissance qu’elle démontre, avec force et sourire, est viscérale. Elle prend aux tripes et balance une dose immense d’empowerment dans un show structuré en deux parties, entrecoupé d’une battle de breakdance entre deux danseuses professionnelles qui viennent souligner le virage que prend le concert.

Dans ce chapitre « Church », la chanteuse-rappeuse veut parler d’amour et de responsabilités. Du fait « d’accepter la part de responsabilité que l’on a tou-te-s dans chaque situation et partir de là pour résoudre le problème. » Du fait « qu’il y a des temps pour trouver des solutions afin de résoudre les problèmes et des temps pour dire aux gens qui vous considèrent comme acquis-es et ne vous donnent qu’une toute petite petite version d’amour de dégager de vos vies. »

Elle s’oriente alors vers une dimension plus gospel et soul, sans jamais oublier son goût pour le rap. Avec ses paroles et ses propositions musicales variées, elle fédère la foule qui accueille et partage les émotions dans une bonne humeur qui se répand et s’incarne dans l’envie de profiter de l’instant et du bonheur présent.

La showgirl réalise une performance qui marquera les Transmusicales, c’est certain. Parce qu’elle possède la créativité d’une artiste entière, complète et engagée. Parce qu’elle possède une aisance époustouflante sur scène et une générosité rare et précieuse.

Immense coup de cœur pour cette magnifique artiste qu’on aimait déjà écouter en boucle et qui place la barre bien en hauteur, promettant une suite qui pourrait secouer la planète dans les années à venir.

 

UNDERGROUND SYSTEM – HALL 8 – 1H30

Autre hall, autre ambiance. Mais toujours la patate niveau énergie avec Underground System, une formation détonnante composée de guitares, de cuivres, de percussions et d’un instrument à vent. Une sorte de fanfare afrobeat psychédélique à la vivacité communicative et à la cadence bien rythmée.

Les New Yorkais qui s’illustrent sur la scène du hall 8 entrainent la foule et surtout marquent bien qu’avec les genres musicaux, ils font ce qu’ils veulent, bien décidés à ne pas se laisser coller une étiquette sur le dos. Ils invoquent et convoquent des sonorités diverses et atypiques, notamment au niveau de la voix de la chanteuse-flutiste.

On y perçoit un florilège de variations ethniques qui rendent la proposition séduisante et originale. D’autant que la formation renvoie véritablement un côté collectif important et impactant, même si la chanteuse, accompagnée d’une choriste-percussionniste, prend le lead au niveau vocal.

Toutefois, il est un peu difficile de revenir du concert de Muthoni Drummer Queen, même si aucune comparaison ne peut s’opérer entre les deux groupes et propositions.

On peine à s’enlever de la tête et des tripes le show puissant que nous a offert la chanteuse-rappeuse kenyane.

Ainsi, il n’est pas facile de se laisser emporter pleinement par ce qu’il se passe sur la scène du hall 8 qui pourtant démontre une créativité qui nous donne envie de rester et de poursuivre l’expérience Underground System.

Et petit à petit, on se fait entrainer par les rythmes virevoltants du groupe, sublimés par les passages à la flûte.

La foule afflue désormais dans le hangar qui s’électrise rapidement aux sons plus rock et underground qui viennent titiller les viscères.

La voix est peu perceptible dans cet ensemble musical qui n’a pas vocation à être dans la démonstration vocale, même si on entend par moment que la chanteuse pourrait pousser en volume et en intensité.

Sa voix devient alors un instrument intégré au même titre que les autres, les plaçant tous au centre de leur art.

Cet afrobeat expérimental qui mêle disco et new wave dans une dimension minimaliste bien léchée prend son envol sur la reprise du chant partisan « Bella ciao » qui devient alors une véritable création originale. Cette réappropriation signe la liberté dont Underground System se nourrit pour l’insuffler ensuite dans des lives endiablés. Et ça fait du bien.

Célian Ramis

#Trans2018 : Les reines de la scène

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Jeudi 6 décembre. Premier soir au Parc expo à l’occasion des 40èmes rencontres Transmusicales et déjà les artistes féminines marquent leur présence par leur énergie débordante et leur manière d’occuper la scène.
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Jeudi 6 décembre. Premier soir au Parc expo à l’occasion des 40èmes rencontres Transmusicales et déjà les artistes féminines marquent leur présence par leur énergie débordante et leur manière d’occuper la scène.

PONGO – HALL 8 – 0h30

Si au départ on ne sait pas très bien ce qu’est de « l’afropop kuduro », Pongo nous fait rapidement découvrir le sens de cette catégorie, conçue pour elle. Enfant lorsqu’elle a du fuire avec ses parents la guerre civile en Angola, elle a ensuite grandi imprégnée de la musique de son pays natal.

Mélange de break dance, de semba angolaise et d’électro, le kuduro vient s’entremêler à un afrobeat électrisé qui fait instantanément danser la foule. Et la chanteuse, évidemment, dont le passé de danseuse reste tatoué dans son corps et sa façon de se mouvoir.

Elle s’éclate et le partage. C’est communicatif et viral. Le hall se remplit très vite et gagne rapidement en densité et en intensité, suivant Pongo dans son atmosphère survoltée à l’esprit combattif et enjoué.

Il y a dans sa musique des tonnes de sonorités et d’influences qui s’entrechoquent et se répondent, formant une alliance rafraichissante avec du rap, un côté r’n’b, mêlé à des instruments et sonorités orientales avant de frôler l’électro zouk.

C’est réjouissant. Les bassins remuent, les épaules et les têtes se secouent, les hanches roulent et les fesses tremblent. Tout le monde est embarqué par la puissance vocale mais aussi la posture et la présence de la leadeuse, de qui se dégagent la force et l’énergie de la combattante.

Son flow impressionne et ses refrains déchainent les festivalier-e-s, bien décidé-e-s à ne plus toucher terre. Au moins le temps de son concert sulfureux et endiablé qui agit comme un coup de pied dans la world music électronique.

La foule est réceptive et totalement enivrée par la chanteuse guerrière à la combinaison argentée qui nous propose non seulement un instant décoiffant mais aussi des textes forts et engagés dont plusieurs livrent des parcours ou des portraits de femmes fortes, résistantes et/ou abandonnées.

Elle a quelque de chose de particulièrement captivant. Qui réside principalement dans la manière dont elle occupe l’espace scénique qui lui appartient entièrement, sans remise en cause possible.

Pongo maitrise les éléments et entraine tout le monde dans son délire, avec des rythmes variés et libérateurs qui n’oublient pas de livrer des émotions plus fragiles et intimistes auxquelles on ne résiste pas.

Entre profondeur et suspension, elle est une insaisissable boule d’énergie qui vibre dans toutes les sonorités, venues du monde entier.

 

O’SISTERS – HALL 8 – 1H50

En ligne, dans leur combinaison psychédélique noire et blanche, elles sont des boxeuses guerrières qui sonnent le glas d’un combat sans merci. Parce qu’une fois qu’elles auront rejoint leurs places (une aux platines, une aux percussions, trois au chant), elles n’accorderont à leur audience aucun répit.

La transe guerrière commence. Le temps d’adaptation à leur rite initiatique ne dure que quelques secondes. Très vite, on rejoint la sororité des O’Sisters qui soignent notre ébullition aussi bien sonore que visuelle.

On en prend plein les oreilles et les mirettes. Plein la tronche. Face à cette tribu de guerrières résolument entières, affranchies et assumées, on reste hypnotisé-e-s.

Et pourtant, le mouvement est perpétuel. Le mouvement est un personnage scénique à part entière.

Elles dansent, invoquent et convoquent les énergies, elles nous tiennent en haleine, en nous coupant le souffle et nous bloquant toute envie d’être ailleurs que là où nous sommes. Et quand on pense avoir vu et compris le concept de la proposition, elles nous étonnent et font venir quatre danseuses sur scène pour parfaire le show.

Elles ont l’art et la manière de le faire. Et l’énergie ne faiblit pas. Ne vacille même pas. À aucun moment. Dans un savant mélange de percussions faites maison, de sonorités très électroniques et de mix de presque tous les genres musicaux, les cinq énergumènes se complètent dans un tourbillon ovniesque.

Et pour cause, à l’initiative de cette incroyable formation : Missill. Connue et reconnue des Transmusicales, pour y avoir déjà enflammé la scène à plusieurs reprises, elle est une performeuse hors pair. Elle touche à tout et transforme tout en spectacle intelligemment barré.

Pas étonnant donc de la retrouver derrière, devant ou sur les platines, sauter, danser, chanter, crier avec panache et second degré. Et ça ouvre la performance à une autre dimension. Celle qui met la forme au service du fond, de l’engagement profond qui se niche dans chaque geste et chaque chanson.

Sur scène, dans les corps comme dans les voix, il y a de la puissance, de la sensualité, de la profondeur, de l’excentricité, de l’agressivité, de la détermination, de l’ambition, de la tradition, du métissage, de la communion, de la magie et de la force.

Les cinq artistes osent tout et ne se refusent rien. Ainsi, elles prennent la scène, captivent l’audience totalement charmée et abasourdie par la proposition et enflamment le hall du parc expo. Bravo.

Célian Ramis

Mythos 2018 : Hyphen Hyphen assure le show

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Thabor, Rennes
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En 2016, Hyphen Hyphen raflait la « Révélation scène de l’année » aux Victoires de la Musique. Deux ans plus tard, le groupe montre qu’il n’a pas démérité et poursuit dans cette lignée pour un show à l’énergie brute, ce 18 avril, à Rennes.
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En 2016, Hyphen Hyphen raflait la « Révélation scène de l’année » aux Victoires de la Musique. Deux ans plus tard, le groupe montre qu’il n’a pas démérité et poursuit dans cette lignée pour un show à l’énergie brute. On en a pris plein la tronche ce mercredi 18 avril, sous le chapiteau du Cabaret Botanique, installé pour le festival Mythos.

La chaleur, déjà bien installée, est montée d’un cran dans le Magic Mirror. Dès les premières notes, Hyphen Hyphen déploie une énergie renversante à vous couper le souffle, vous saisir les entrailles et vous débrancher le cerveau.

C’est énervé, c’est viscéral. Et ça fait instantanément danser, et surtout sauter. La foule se déchaine et se laisse planer par la voix de Santa et les sonorités pop rock électro des musicien-ne-s, qui balancent sans modération une musique furieuse.

Le groupe n’a pour l’instant dévoilé auprès du grand public que « Like boys » - au message féministe, contre les harceleurs - du prochain album qui sera intitulé HH.

Mais livre ici des chansons inédites, qui paraitront bientôt, la sortie de cet opus étant prévue pour le 25 mai.

La découverte de ces nouveautés pourrait altérer l’énergie qui déferle sous le chapiteau mais pas du tout. Loin de là.

Parce que le groupe manie l’art du spectacle. Ils ont le sens du show, l’envie de dynamiter la scène et la capacité à le faire.

La proposition est explosive. Hyphen Hyphen sait créer des hymnes fédérateurs. Des refrains répétitifs, faciles à chanter, faits pour gesticuler.

Quand on ne connaît pas, il est aisé de reprendre en chœur la chanson « Young leaders », en scandant les paroles en y croyant, le temps d’un instant ou au-delà.

Santa et ses musicien-ne-s investissent l’espace et possèdent la scène, avec fougue. Avec vigueur aussi. Et avec l’envie de nous éclater. C’est festif, ça vibre et ça secoue.

Tou-te-s debout autour de la batteuse, aligné-e-s pour se déhancher ou la chanteuse suspendue au poteau latéral sur lequel elle vient de grimper, le groupe s’impose par son show transcendant.

Sur scène, les corps se tordent, sautent, se plient, se courbent, se frottent, se cherchent, se frustrent, s’emboitent, s’amusent et se libèrent, tandis que la voix s’envole dans les aigues en guise de cris qui créent un sentiment d’urgence et de plénitude tout à la fois.

Une maitrise de l’esthétique vocale, musique et scénique impressionnante, alliée à une énergie libératrice. Pour cracher ses entrailles. 

Célian Ramis

Mythos 2018 : Le temps suspendu de Selah Sue

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Thabor, Rennes
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Presque dix ans après le succès de Raggamuffin, Selah Sue opère aujourd’hui un nouveau tournant et se présente le 17 avril dans le Cabaret Botanique du Thabor, installé pour le festival Mythos, dans un cadre plus intimiste.
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Presque dix ans après la sortie de son album à succès Raggamuffin, Selah Sue continue de développer son univers singulier, se baladant entre le ragga, le jazz et la soul. Elle opère aujourd’hui un nouveau tournant et se présente le 17 avril dans le Cabaret Botanique du Thabor, installé pour le festival Mythos, dans un cadre plus intimiste.

Surprenante entrée en matière, l’artiste belge choisit de dompter le silence du public en débutant par « So this is love », la chanson de Cendrillon qu’elle a interprétée pour un CD jazzy de Disney, fin 2017. Son choix n’est pas anodin. Elle pose le cadre de son nouveau spectacle. Calme, simple, qui suspend le temps.

Son premier enfant, né l’an dernier, lui a donné envie de nouveauté, d’inattendue. C’est ce qu’elle explique passant du français à l’anglais.

Pendant un temps, elle a ressenti le besoin de coucouner son bébé, au soleil, dans un hamac. Elle chante alors cette période, sur un ton paisible.

Sa voix, sa guitare, un musicien au violoncelle. Un air presque folk. L’ambiance est planante. L’organe vocal singulier de Selah Sue s’allie parfaitement à la résonnance pure des cordes du violoncelle.

La tendresse des balades flirte avec le style qu’on lui connaît davantage à ses débuts fulgurants, qui crée des montées en puissance, avant de prendre véritablement le virage annoncé.

L’artiste le dit : après un an d’absence, six ans de tournées pour ses précédents albums (Raggamuffin et Reason), des gros instruments et des grosses productions, elle a souhaité avancer vers quelque chose de nouveau. Changer de forme. Développer de nouvelles lignes. Sa proposition : faire découvrir au public rennais des chansons pas encore gravées sur CD, aller vers de l’inédit.

Avec son micro sample, elle enregistre ses vocalises. Puis sa guitare, avant de s’en décrocher. Elle garde son flow devenu sa marque de fabrique, en plus de sa voix rocailleuse, et se fait accompagner d’un synthé, ajoutant ainsi des sonorités électro à son répertoire, qui ne tombe pas pour autant dans un côté rétro.

Elle semble expérimenter sur scène, tout en gardant la maitrise parfaite de sa musique et de son instrument vocal. Elle emmène ses chansons ailleurs. Que ce soit ses anciennes comme « Alone » ou « This world », ou des reprises comme « Que sera, sera », de Doris Day.

Et elle n’oublie pas de revenir à l’origine de ce nouvel élan, avec des chansons nouvelles comme « Fool of life », écrite pour donner l’espoir et l’assurance, à son fils comme à tou-te-s celles et ceux qui trouveront écho dans ce titre, qu’en cas de coups durs, elle sera là.

C’est l’esprit de son retour qu’elle entame avec tendresse et sérénité, avec toujours sa force musicale et ses influences ragga, qu’elle ne délaisse pas cependant. Mais la place est faite à davantage d’envolées planantes qui pourraient à force s’apparenter à un chant des sirènes qui pourraient nous donner envie de décrocher.

Toutefois, on ne se lasse que 3 minutes avant de raccrocher les wagons et de se laisser envouter par la manière dont l’auteure-compositeure-chanteuse manie le temps avec une grande intelligence artistique, le suspendant dans une bulle vaporeuse, presque éphémère, et sans aucun doute sensuelle et élégante.  

Célian Ramis

Mythos 2018 : Kimberose, la nouvelle révélation soul

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Thabor, Rennes
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En mars dernier, la sortie de l’album Chapter One installe le talent de Kimberose parmi les artistes à suivre de près. Le 17 avril, sur la scène de Mythos, dans le Cabaret Botanique, confirme que c’est bien la révélation soul de l’année.
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Révélée dans l’émission Taratata en septembre dernier, le groupe Kimberose séduit instantanément avec son EP et son titre « I’m sorry ». En mars dernier, la sortie de l’album Chapter One installe leur talent parmi les artistes à suivre de près. Le 17 avril, sur la scène de Mythos, dans le Cabaret Botanique, confirme que c’est bien la révélation soul de l’année.

Kimberose, c’est un groupe de quatre musiciens et, surtout, d’une auteure-chanteuse – Kimberly Kitson Mills – à la voix soul, douce et puissante, à la croisée de Norah Jones et Amy Winehouse. Une voix qui scotche le public, dès la deuxième chanson, qui se tient mutique, incapable même d’applaudir durant quelques secondes.

Kimberose a ce pouvoir, celui de vous hypnotiser. Parce qu’elle transmet avec générosité l’élégance et la rondeur de la soul. Sa pureté dans son contraste. Permettant ainsi de transmettre des émotions fortes, des émotions qui font vibrer.

Jusqu’à nous filer des frissons, notamment avec « Wolf », écrite à la suite du décès d’un être cher à la chanteuse, mais pas seulement. « Needed you », « Strong woman » ou encore « I’m sorry » procurent des sensations fines et intenses, subtiles et viscérales. Avec beaucoup d’aisance, la jeune artiste réussit à suspendre le temps. Et à suspendre le public à ses lèvres.

On se laisse bercer dans l’intimité de sa musique et la chaleur du chapiteau. Et on aime croiser celles à qui elle rend hommage dans la chanson sans nom, qu’elle intitule « Le slow ». Etta James, Billie Holiday, Nina Simone, Amy Winehouse, Ella Fitzgerald… Ses divinités à elle. Les grandes pointures de la soul et du jazz.

Tout fonctionne dans Kimberose : la voix, les envolées jazzy, les mélodies rappelant la soul des années 70, les rythmiques qui nous font nous mouvoir lentement. Tout en retenue, en pudeur, en finesse, en puissance et en sensualité.

On aime la générosité de son investissement, dans ses interprétations, de sa prestance et de son rapport au public. Si on note quelques redondances dans les mélodies, qui viennent se frotter à la jeunesse du projet qui peut-être n’ose encore s’affranchir des codes de leurs mentors, on apprécie le virage que prend le concert.

La voix devient plus rutilante et on s’éloigne petit à petit de l’ambiance Norah Jones pour se rapprocher d’Aretha Franklin, sans toutefois l’imiter. Le groove habite intensément la scène avec « Mine », qui suit la reprise de Lead Belly – que l’on connaît souvent plus avec la version de Nirvana – « Where did you sleep last night ? ».

Kimberose atteint l’apothéose en interprétant à nouveau leur titre phare « I’m sorry », « mais cette fois pour de vrai, maintenant que vous êtes chauds, parce que désolée de vous le dire mais vous ne l’étiez pas suffisamment tout à l’heure ». Et en effet, l’énergie circule, c’est groovy et électrique. Le public est conquis. 

Festival Mythos

Mythos 2018 : Des places à gagner !

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Rennes
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Le festival Mythos revient à Rennes, pour la 22e édition, du 13 au 22 avril. Kimberose, Lena Paugam, Louise Emö, Cie KF Association ou encore L et Clara Luciani... En nous envoyant un mail, vous pouvez gagner des places !
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Le festival Mythos revient à Rennes, pour la 22e édition, du 13 au 22 avril. Des places sont à gagner ici en envoyant votre nom et prénom, ainsi que votre mail (en précisant le spectacle pour lequel vous participez) à l’adresse suivante : redaction@yeggmag.fr !

 

• 2 places : Kimberose – mardi 17 avril à 18h – Cabaret botanique (parc du Thabor, Rennes) :

Kimberly Kitson Mills est une chanteuse sidérante, une tornade de feeling, revisitant cette musique désormais ancienne qu’est la soul pour lui redonner vigueur et nerf. Sa voix convoque instantanément la mémoire des divas douloureuses du jazz et de la soul, de Billie Holiday à Amy Winehouse en passant par Nina Simone. Solaire et fragile à la fois, Kim, est prête et armée pour partager cette évidence : la musique de l’âme a encore tant à dire…

 

• 2 places : Hedda, de Lena Paugam – mercredi 18 avril à 21h – Théâtre La Paillette (Rennes) :

Hedda est une rencontre, une histoire d’amour ordinaire entre deux êtres que tout oppose. C’est le récit de cette passion qui les dévore… jusqu’au premier coup porté. Hedda c’est le combat de cette femme qui lutte contre son mari violent mais aussi contre ses propres démons.

Lena Paugam porte au plateau avec délicatesse le récit d’un couple qui se raconte. Elle s’approprie comme une seconde peau l’écriture tendue et rythmée de Sigrid Carré-Lecoindre qu’elle teinte d’une ironie mutine et d’un humour salvateur.

 

• 2 places : Spoken word tragedy, de Louise Emö – vendredi 20 avril à 12h30 – La Péniche Spectacle (Rennes) :

« Moi, ça ira mieux quand je serai mort. J’ai raté ma vie, mais c’est pas grave, parce qu’au moins la femme et les enfants que j’ai pas eus, c’est des infidélités et des racailles en moins. Mais je perds pas espoir, je crois en la réincarnation. »

C’est dans la rue, dans l’espace public ou dans un bus que Louise Emö, en résidence à Rennes et Saint-Jacques-de-la-Lande pendant quelques jours, prendra le micro pour récolter la parole des gens.

Cri d’un trajet, trajet d’un cri, tragédie au micro, micro-tragédie. Sans détour, Louise Emö transforme et slame la parole de l’autre pour mieux porter un regard sur le monde qui l’entoure : l’inadéquation, la révolte, l’angoisse ressenties au quotidien face à l’injustice de l’ordre des choses et la morosité ambiante.

 

• 2 places : Chansons, de L - Raphaële Lannadère et Monstre d’amour, de Clara Luciani – vendredi 20 avril à 18h – Cabaret Botanique (parc du Thabor, Rennes) :

L - Raphaële Lannadère : Avec une voix bouleversante qui vous agrippe et ne vous lâche plus, L est de retour avec un nouvel opus. Si comme toujours la mélancolie et une certaine gravité sont au cœur de Chansons, cela ne vient pas plomber cet album qui irradie d’une joie libératrice. Un parfait antidote à nos temps troublés.

Clara Luciani : Échappée du groupe La Femme, Clara Luciani sort son premier EP Monstre d’Amour qu’elle a écrit d’un jet après une rupture amoureuse douloureuse. Comme ses icones, elle vibre d’une énergie brute. Celle du désespoir, de la solitude, mais aussi de la renaissance. Elle se métamorphose en créature tentaculaire et sa voix grave s’enfonce avec grâce dans l’obscurité des abysses. Et si elle a le cœur lourd, elle triomphe du chagrin avec une force solaire.

 

• 2 places : Les amantes, de la cie KF Association – vendredi 20 avril à 20h – Théâtre du Cercle (Rennes) :

Nous sommes dans un pays où il fait bon vivre, blotti au cœur de l’Europe, entre monts et vallons : un tableau idyllique de l’Autriche. Les amantes, Brigitte le « bon exemple » et Paula le « mauvais exemple », sont deux jeunes femmes, l’une de la ville, l’autre de la campagne. Elles ne se connaissent pas mais elles ont un point commun, celui de se sortir du carcan familial pour réaliser leur vie de femme. Leur enfance est hantée par la brutalité, l’abandon ou la folie. Dans ce monde-là pour s’en sortir quand on est femme, il n’y a pas deux solutions : il faut un homme. Et pour avoir un homme, il n’y a pas deux solutions non plus : il faut se faire faire un enfant. 

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