Célian Ramis

Mythos 2016 : Un récit de l'intime, tragique, sensible et essentiel

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TNB, Rennes
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Paloma Fernandez Sobrino réussit à nouveau à nous bousculer à travers un récit de l’intime brut et poétique. La metteure en scène dévoilait sa création Trouvé dans l’oubli, au TNB les 22 et 23 avril.
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Paloma Fernandez Sobrino réussit à nouveau à nous bousculer à travers un récit de l’intime brut et poétique. À l’occasion du festival Mythos, la metteure en scène, artiste associée à L’âge de la tortue, proposait deux représentations de sa nouvelle création, Trouvé dans l’oubli, au TNB les 22 et 23 avril.

En découvrant l’ouvrage d’Alberto Méndez, Les tournesols aveugles, Paloma Fernandez Sobrino est immédiatement séduite par la nouvelle Deuxième déroute : 1940, intitulée également Manuscrit trouvé dans l’oubli. Et décide d’en créer une adaptation théâtrale, avec la complicité de trois professionnels sur scène : Benoit Hattet, comédien de la compagnie du Fomenteur, Pere Martinez, chanteur flamenco et Nathalie Elain, comédienne.

La pièce anime les mots de l’auteur espagnol qui livre un récit poignant et saisissant. L’histoire d’un poète qui fuit son pays avec sa femme, qui meurt en couche. Caché dans un pâturage en montagne, il vient de perdre sa raison de vivre, et face au cadavre de son épouse, git le corps bien vivant du nouveau-né, son fils. Il va alors narrer leurs mois de vie commune, entre la mort qui rode et la force de la vie.

D’une grande beauté et d’une intense pureté, l’écriture est délicieuse. Et chaque mot résonne dans la bouche de Benoit Hattet. Chaque mot se perd dans son regard vide et fixe. On ne peut détourner les yeux du comédien tant la tension dramatique émane de son jeu et de son âme.

On confond alors le comédien et le protagoniste, on se prend au jeu, sans résistance aucune. La voix de Nathalie Elain nous tient en haleine et vient comme un souffle léger apporter des compléments d’information figurant sur le cahier tenu par le poète, comme des didascalies.

À côté d’elle est assis le chanteur Pere Martinez. Son chant flamenco, « el cante jondo », ne laisse pas de place au vagabondage de l’esprit fuyant les silences. Au contraire, il magnifie ces silences et les accompagne d’une voix à laquelle on se suspend. A capella, elle traverse nos entrailles, cristallise l’expression d’une souffrance profonde, d’une douleur perçante.

Et tout cela dans une ambiance hivernale, jouant sur un clair-obscur qui invite à la confidence, à l’intime. La création graphique, constituée de photographies atmosphériques mouvantes projetées au mur, et la création sonore, évocatrice d’une nature tourmentée, soignent l’impeccable esthétique de la pièce et alimentent l’intensité du drame qui s’annonce.

L’émotion qui nous traverse est quasiment indescriptible. Elle nous habite, nous plonge dans les journées de cet homme et de son enfant qui va manquer de tout, y compris d’un prénom. Mais qui va s’accrocher à la vie et s’installer dans celle de son père.

La réflexion sur la mort que tous deux regardent bien en face et sur la vie qui se bat pour subsister est bouleversante et percutante. La désillusion, le désespoir, ne sont ici pas bordés de fatalité. Mourir oui, mais pas sans lutter et pas sans choisir sa mort.

Le récit est un voyage sensible dans l’âme humaine et l’esprit. Capables de se remettre en question, de s’adapter, d’aimer comme de rejeter ou encore d’oublier et de s’oublier. Si le sujet est tragique, le spectacle Trouvé dans l’oubli est pourtant une ode à la vie, composée de questionnements existentialistes, divers et récurrents. Ici, le protagoniste se livre avec franchise et sans fioritures malhonnêtes visant à valoriser les derniers instants d’un homme meurtri qui s’abandonne à soi et à l’écriture.

L’adaptation de la nouvelle est une véritable réussite qui transcende notre quotidien vers une déroute essentielle pour continuer à s’interroger et prendre la mesure de la signification de notre vie. Toujours dans la pureté esthétique, la justesse des textes et la tension des voix sensibles et passionnées, propres aux créations singulières de l’association rennaise L’âge de la tortue.

Célian Ramis

Mythos 2016 : La folie d'un théâtre de science-fiction

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L'Aire Libre, St Jacques de la Lande
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Le groupe artistique belge Clinic Orgasm Society présentait les 21 et 22 avril, leur nouvelle création Si tu me survis,… au théâtre de l’Aire Libre, à Saint-Jacques-de-la-Lande.
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Le groupe artistique belge Clinic Orgasm Society présentait les 21 et 22 avril, leur nouvelle création Si tu me survis,… au théâtre de l’Aire Libre, à Saint-Jacques-de-la-Lande.

À quoi ressemblerons-nous et dans quel monde vivrons-nous en 2046 ? Cette curiosité pour l’avenir a poussé Ludovic Barth et Mathylde Demarez, à l’initiative et la direction du groupe artistique, à imaginer un spectacle futuriste dans lequel s’alternent les instants entre les projections du futur et les souvenirs du passé.

Les deux comédiens dialoguent, autour de leur propre création Si tu me survis,…, sorte de flash back pour les deux personnages de 2046, qui ne sont autre que leurs propres doubles. En plus âgés. En plus étranges. Avec des voix robotisées. Pris par une manière de terminer le spectacle, les Ludo et Mathylde de 2016 sont ancrés dans leur présent, tandis que leurs alter ego de 30 ans de plus sont hantés par le passé.

À quel point sommes-nous hantés par ces « souvenirs qui sortent tous seuls, comme de l’incontinence » ? Et à quel point avons-nous peur de vieillir, de paraître vieux ? La pièce soulève des questions existentialistes qui peuvent se révéler obsessionnelles chez certaines personnes. Le pari est risqué. Une fenêtre ouverte sur un monde en devenir encore très incertain relève presque de la folie au théâtre.

Ça passe ou ça casse. Là, en l’occurrence, ça casse. Passant d’un monde à un autre dans des scénettes parfois incompréhensibles, la confusion règne parmi les différentes expérimentations trop conceptuelles à notre goût. Si la science fiction se prête au dépassement de l’entendement, le genre est régit par des règles comme celle de rester accessible au-delà d’un cadre basé sur de nombreuses hypothèses et d’un pouvoir délirant d’imagination et d’anticipation.

Ici, l’absurde prend le pas sur l’éventuel effort à intégrer le public dans cette dimension parallèle futuriste. On est sceptiques, on tente de se raccrocher à des éléments simples et identifiables, comme la complicité dans les binômes et l’attachement de l’un à l’autre qui se maintiennent encore 30 ans plus tard. Puis on lâche, l’esprit vagabonde puis sombre dans leur folie un court instant par instinct de survie. Avant de se dire que c’est interminable.

Pourtant, l’idée est séduisante et les acteurs talentueux. Mais la déroute ressentie n’est pas de celle que l’on apprécie tant on sort angoissés de n’avoir pas saisi les ficelles tirées par le groupe artistique. L’émotion ne prend pas. Dans la salle, certain-e-s rigolent. D’autres restent de marbre.

Célian Ramis

Mythos 2016 : Quand les ouvrières prennent la parole

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Théâtre de la Paillette, Rennes
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Impossible de passer à côté du spectacle de Mohamed El Khatib, Moi, Corinne Dadat, au théâtre La Paillette les 20 et 21 avril. Un ballet pour une femme de ménage et une danseuse.
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Impossible de passer à côté du spectacle de Mohamed El Khatib, Moi, Corinne Dadat, joué au théâtre La Paillette les 20 et 21 avril, à l’occasion du festival Mythos. Un ballet pour une femme de ménage et une danseuse, dont les corps sont leur principal outil de travail.

Blouse de travail, sac poubelle à la main, Corinne Dadat, femme de ménage, trône déjà au milieu de la scène, accompagnée de Mohamed El Khatib, metteur en scène, et Elodie Guezou, danseuse et contorsionniste, lorsque le public entre dans la salle. Sur l’écran, des phrases défilent, provoquant déjà quelques rires des spectatrices et spectateurs :

« Le « capital sympathie » de Corinne Dadat s’élève à 164 / Le « capital talent » de Corinne Dadat s’élève à 42 / Le « capital souplesse » de Corinne Dadat s’élève à 7 / Le « capital lexical » de Corinne Dadat s’élève à 8 / Le « capital capillaire » de Corinne Dadat s’élève à 25,8 / La capacité de Corinne Dadat à sublimer son quotidien : élevée. »

Et précise enfin que la protagoniste « n’a pas été maltraitée pendant son exploitation ». Elle mesure 1m68, pèse 70kg, aura 54 ans la semaine prochaine, a 4 enfants, gagne le SMIC – en conjuguant des ménages dans un lycée à Bourges mais aussi chez des particuliers, notaires, magistrats, etc. ainsi que des baby-sitting en guise d’extras – a un physique pas facile, fume 1 paquet / 1 paquet et demi par jour.

Elle ne dit pas bonjour quand Mohamed El Khatib la croise dans l’enceinte du lycée, lors d’une édition du Printemps de Bourges. Quand il lui demande pourquoi, elle lui répond qu’il ne peut pas imaginer le nombre de fois où les gens ne lui ont pas rendu la politesse. C’est le départ de cette création. Une rencontre qui va donner lieu à un spectacle insolite, un portrait documentaire et une critique sociale.

L’idée est de transmettre au public le quotidien et le vécu de cette femme de ménage désillusionnée.

« Je me lève à 5h du matin, c’est pour tenir un balai dès 6h, jusqu’à 19h/19h30. Ça m’arrive d’y penser en dehors, d’en rêver. »
confie-t-elle en interview.

Mais ce qu’on ne peut pas lui enlever, c’est son piquant, son répondant, son humour et son auto-dérision.

Et sa capacité à monter sur scène, sans trembler : « Quand Mohamed m’a parlé de son idée, j’ai dit ok on y va. Ça marche, ça marche, ça ne marche pas, ça ne marche pas ! Je n’ai pas peur du côté voyeuriste. Vous savez les femmes de ménage, on est les femmes de l’ombre. On sait qu’on est là mais on ne nous connaît pas. »

Elle n’a pas sa langue dans sa poche, un caractère bien trempé, et est bien décidée à parcourir les villes de France, mais aussi d’Angleterre et de Belgique, pour jouer la pièce. Même si elle ne se souvient pas toujours de son texte ou qu’elle n’arrive plus à faire certains mouvements, son corps la tiraillant. Et ce point-là, le metteur en scène s’en saisit pour délivrer un témoignage percutant autour de la condition ouvrière et prolétaire.

Il établit alors une comparaison avec le corps d’une danseuse. Les mouvements répétitifs de la femme de ménage résonnant comme une chorégraphie. C’est ainsi qu’Elodie Guezou intègre le spectacle. Elle a 24 ans, pèse 47kg, danse depuis ses 7 ans, n’a pas d’enfant, n’en aura surement jamais à cause de son activité physique, n’a pas de crédit revolving, pas de plan de reconversion non plus. Elle livre cet autoportrait poitrine au sol, fesses en l’air et pieds au dessus la tête. En off, elle précise avoir été malmenée par sa professeure à l’école de cirque qui tirait sur son corps.

Elles vont toutes les deux se livrer à des démonstrations aussi cyniques que drôles, l’humour s’intégrant à la partition avec tendresse et ironie. C’est là que le spectacle interpelle. Cette frontière entre esprit décapant et bienveillance est troublante. On rit. Mais pourquoi ?

Parce que Corinne Dadat est comparée à une danseuse mais quand « je nettoie les chiottes, personne ne m’applaudit à la fin » ? Parce qu’elle avoue ne pas être favorable à l’entrée de la Turquie dans l’Union Européenne parce qu’ils ont une autre mentalité que nous et qu’ils vont nous piquer du travail quand on n’a pas ? Parce qu’elle n’a pas « encore » voté FN ? Ou parce qu’elle préfère la musique de Schubert à celle de Sardou ?

Parce qu’Elodie Guezou avoue qu’elle n’a pas « encore » été sodomisée ? Ou parce qu’elle passe la serpillière avec ses cheveux et son corps ? Ou encore parce qu’elle bouscule le metteur en scène, talent émergent des auteurs issus de l’immigration ?

Après l’instant trop court de délectation d’un spectacle humoristique en surface, le fond de la pièce glace le sang. Et mérite son ovation, son succès. Comme l’analyse la danseuse contorsionniste, Mohamed El Khatib ne réduit pas les deux personnages à leurs corps meurtris par des professions physiques et ingrates :

« On a la parole dans ce spectacle qui cherche à voir comment mon corps peut parler avec le vécu et la pratique de Corinne. »

On est pris entre le manque d’espoir évident, la fatalité d’un lendemain morne et sombre et les sourires des deux femmes sur scène. Leur manière d’accepter leur quotidien. Leurs conditions. Entre courage ou lâcheté, on hésite. Mais ce n’est peut-être pas là la finalité du propos. Peut-être faut-il se libérer de tous nos jugements pour n’y voir qu’une simple réalité et un spectacle inspirant.

Aujourd’hui, Corinne Dadat rêve à nouveau. Jouer la pièce sur l’île de la Réunion. Là où habite son fils. Là où elle veut s’établir une fois à la retraite. « Mais bon, la retraite, je sais même pas quand c’est. Ça fait 37 ans que je travaille, c’est tout c’que j’sais. Tu sais toi à quel âge j’aurais la retraite ? », lance-t-elle à la chargée de production. On ne pose pas la question à Elodie Guezou qui pour l’instant n’est « même pas assez connue pour jouer ses productions ».

Célian Ramis

François Morel et Carole Lardoux, l’exigence de l’écriture avant tout

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Carré Sévigné
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François Morel, auteur, metteur en scène, comédien et chroniqueur, et Carole Lardoux, directrice artistique du Carré Sévigné, à Cesson-Sévigné, se prêtent au jeu de l'interview croisée.
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Mardi 30 septembre, François Morel, artiste associé du Carré Sévigné, était de passage en pays breton, à l’occasion de la présentation de saison de la structure, à Cesson-Sévigné (et en a profité pour jouer son spectacle Hyacinthe et Rose). L’ex Deschiens et Carole Lardoux, directrice artistique du Carré, se sont prêtés à une interview croisée pour YEGG.

YEGG : François Morel est l’artiste associé du Carré Sévigné pour cette saison 2014/2015. Pourquoi ce choix, Carole Lardoux ?

Carole Lardoux : C’était une évidence. Je suis le travail de François Morel depuis de longues années, en tant que comédien, metteur en scène, auteur, chroniqueur sur France Inter. Au Carré Sévigné, on porte une attention particulière aux mots et à ceux qui les manient avec élégance, que ce soit dans l’humour, la poésie, le piquant…

Autre chose qui était importante aussi, je trouve que François Morel noue avec le public une relation vraie et juste avec le public. Tout comme Michèle Guigon et Emma la clown (artistes associées respectivement lors des saisons 2012/2013 et 2013/2014, ndlr). Dès la première proposition que j’ai faite à François, il a immédiatement dit oui.

YEGG : Un oui immédiat dès la première proposition… Qu’est-ce qui a motivé votre accord François Morel ?

François Morel : Je connais Carole Lardoux depuis longtemps, avant le Carré Sévigné, et j’aime son travail. Exigeant et populaire à la fois. C’est tout ce qui m’anime. Je ne veux pas jouer pour une seule chapelle. Dans cette période difficile, anxiogène, on sert à donner de l’espoir, de l’envie, de l’énergie. Cette proposition, c’était une reconnaissance de mon parcours artistique, du vrai rapport avec le public. On dit que je fais plein de choses différentes, pour moi je ne fais pas plein de choses différentes. En tout cas, ce que je veux et que j’aime c’est le rire surtout.

YEGG : Justement, on dit que vous faites plein de choses. Carole Lardoux en a cité quelques unes : comédien, auteur, metteur en scène, chanteur. Mais vous écrivez également des chansons pour les autres. Et parmi les personnes pour qui vous avez écrit, on ne trouve que des femmes. Un hasard ?

François Morel : Que des femmes, c’est vrai. Je crois que c’est parce que ça me fait écrire des choses différentes. Que je peux me mettre à la place d’une femme. Finalement, ce sont des choses que je n’aurais jamais osé chanter moi-même puisqu’elles sont pensées pour les femmes. Mais quand je les chante, elles deviennent masculines. Ou alors je dirais qu’elles sont assez féminines même quand c’est moi qui les interprète.

En fait, j’ai écrit pour Norah Krief. Quand elle a vu mon spectacle Les habits du dimanche, elle a trouvé, et elle n’avait pas tort, qu’il y avait un côté récital. Elle m’a donc demandé de lui écrire des chansons, je me suis pris au jeu et elle était contente. Ça m’a donné envie. J’ai aussi écrit pour Juliette, qui sera dans la soirée Cabaret en mai avec moi au Carré Sévigné. On s’adore, on rit beaucoup, on a des références communes. Puis on a fait un duo. Je lui ai donc fait plusieurs chansons. Elle aime bien parce qu’elle dit que je suis pas cher et que je fais des chansons idiotes ! (Rires)

Et puis Juliette Gréco aussi, ma légion d’honneur ! Quand elle préparait un disque, elle nous demandait d’écrire des chansons avec Antoine Sahler, qui est avec moi sur scène. On s’amusait de choses lourdes et profondes. Elle appréciait mais elle ne voulait pas les chanter. (Rires) Un jour, à Toulouse, on avait un rdv à 18h et il fallait être à l’apéro à 19h30. On a eu 1h30 pour écrire une chanson avec de l’humour et de la légèreté. Elle a accepté.

YEGG : Vous en avez parlé, Juliette croisera les planches avec vous lors du Cabaret. Elle viendra seule également au cours de la saison. Carole Lardoux, est-ce une coïncidence ?

Carole Lardoux : Juliette, non, ce n’est pas un hasard. Je la connais depuis 1996, c’est une grande de la chanson française. Elle était prévue dans la saison et puis François Morel m’a annoncé qu’il voulait qu’elle soit associée au Cabaret. Ça ne m’a pas surprise. Ce qui nous lie, c’est la question de l’exigence de l’écriture. La musique est le prolongement de sa poésie. Sans oublier qu’elle a beaucoup d’humour ! Elle est très drôle.

François Morel : Ah oui, elle a une chanson bretonne très drôle. Écrite en Bretagne !

Carole Lardoux : Depuis que je fais ce métier et depuis 7 ans que je suis au Carré Sévigné, je commence à programmer des artistes qui ne sont pas sans rapport les uns avec les autres. Et plus j’avance, plus il y a de rapport. Ça doit être la maturité…

YEGG : Le fameux âge de la maturité… C’est donc ça pour le Carré cette saison, c’est l’âge de la maturité ?

Carole Lardoux : Je pense que oui. La maturité, dans les goûts, le style.

YEGG : François Morel, si vous connaissez Carole Lardoux depuis un moment, vous n’êtes pas sans savoir qu’elle est également membre du mouvement HF Bretagne…

Carole Lardoux : Ah non ça il ne le sait pas. (Rires)

François Morel : Ah non je ne le savais pas. C’est quoi alors le mouvement HF Bretagne ?

(Carole Lardoux lui explique.)

YEGG : Maintenant que vous savez tout, est-ce une thématique, celle de la parité et de l’égalité des sexes dans le domaine de la culture et celui des médias puisque vous y avez un pied également, à laquelle vous êtes sensibilisé et sensible ?

François Morel : Ah. Alors, je crois qu’il y a un tas de femmes formidables, d’artistes magnifiques, sur la scène culturelle. Après, et j’espère que ce que je vais dire ne va pas être mal interprété, je trouve ça un peu insultant de voir que l’on veut nommer des femmes pour nommer des femmes. Ce qui importe c’est avant tout de se soucier des compétences. Les quotas, c’est affreux. Mais peut-être qu’il faut passer par là pour qu’on s’y habitue…

YEGG : Pour terminer, François Morel, vous présentez au Carré Sévigné, en ouverture de saison, votre spectacle Hyacinthe et Rose. Qui sont ces deux personnages ?

François Morel : Un homme, une femme, la parité ! (Rires)

YEGG : L’égalité des sexes vous en remercie.

François Morel : C’est un grand-père et une grand-mère. Lui est coco. Elle est catho. En fait, ce spectacle est un livre. Martin Jarry, un jour, m’a montré plusieurs de ses peintures qui étaient des portraits de fleurs. Il m’a dit qu’il voulait en faire un livre avec les portraits et des textes. Et m’a demandé d’écrire les textes. Je suis alors parti d’un exercice oulipien, perécien. Je me suis donné la contrainte de rattacher un souvenir d’enfance à chaque fleur avec des vertus poétiques et comiques. C’est donc d’abord un livre, et c’est pourquoi je propose une lecture spectacle. Un spectacle qui passe par le prisme du récit et de l’écriture.

YEGG : Merci François Morel et Carole Lardoux.

François Morel et Carole Lardoux : Merci à vous.

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