Célian Ramis
Festival Zanzan : l'art de la différence à Rennes

Du 3 au 6 avril, le festival Zanzan « Cinéma et arts des différences » aborde dans divers lieux de Rennes et ses environs*, le handicap à travers la programmation de films, de spectacles vivants, d’exposition et de rencontres littéraires. Pour cette troisième édition, la réflexion se porte sur l’accessibilité du cinéma et des œuvres aux déficients sensoriels, notamment par l’audio-description avec la présence d’une professionnelle : Isabelle Lempereur.
Elle est auteure d’audio-description. Depuis 5 ans, elle écrit les commentaires qui s’insèrent entre les dialogues et les bruits, dans plusieurs films et téléfilms diffusés sur Arte et France télévision. Ce procédé permet aux non voyants et aux malvoyants de suivre, sans les images, une œuvre audiovisuelle, cinématographique ou théâtrale afin « de transmettre une émotion sans les nommer », décrit cette femme.
Le choix des mots est essentiel et les qualificatifs primordiaux, pour développer l’interprétation du bénéficiaire. Isabelle Lempereur les sélectionne avec précaution pour rester au plus proche du travail du réalisateur. « Il ne faut pas utiliser un vocabulaire trop simple ou trop recherché, sinon le spectateur se perd aussi dans sa réflexion », précise-t-elle. Actions, décors, costumes, expressions de visage : l’ensemble des scènes est dépeint avec minutie et prend en compte le rythme et le style de l’œuvre.
Un long processus de travail est nécessaire pour y parvenir. Il faut ainsi compter plus de 10 jours pour un film de 90 minutes. La tâche s’effectue en binôme, un rédacteur et un relecteur, puis une simulation est organisée avec un malvoyant afin de valider ou non l’écrit.
« Il faut être très rigoureux pour ne pas empiéter sur la bande son », explique la professionnelle. Les données techniques sont aussi prises en compte lorsqu’elles influent sur la compréhension de l’œuvre. C’est important pour des fondus au noir, par exemple – qui désignent le temps qui passe. Enfin, une fois validé, le manuscrit est envoyé à la production et enregistré avec des comédiens.
Cette année, selon un accord conclu entre le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel et France télévision, 547 programmes seront audio-décrits sur l’ensemble des chaînes du service public. 730 l’année prochaine. Un nombre de diffusion également en progression sur certaines chaines comme TF1, M6, W9 et TMC. « Nous sommes sur la bonne voie, cela se démocratise », confie Isabelle Lempereur.
Cependant, certaines évolutions restent à prévoir : notamment sur la sensibilisation des exploitants de salle de cinéma, des producteurs et des réalisateurs et sur la diversité des programmes proposés. Les fictions étant davantage audio-décrites que les documentaires.
Le samedi 5 avril, au cinéma Le Sévigné à Cesson Sévigné, lors de la journée sur l’accessibilité du cinéma et des œuvres, les professionnels auront l’occasion de débattre sur ces sujets. « Il faudra également soulever les questions des subventions accordées aux réalisateurs ainsi que la reconnaissance du droit d’auteur des audio-descripteurs », ajoute Isabelle Lempereur. Pour elle, l’audio-description doit être considérée comme une version à part entière de l’œuvre.
En outre, Isabelle Lempereur se dit fière de contribuer à ce nouveau mode de communication et de transmission de la culture. Car « c’est un métier enrichissant et valorisant », conclut-elle.
* Salle de la Cité, Gaumont Rennes, ciné TNB, les Champs Libres et le cinéma Le Sévigné


Maria de Medeiros, c’est la sensibilité et la chaleur d’une bossa nova. Dimanche dernier, à l’occasion des Premiers dimanches, elle présentait son nouvel album Passaros Eternos (Nu.Age dans sa version française). De quoi envouter les visiteurs confortablement installés dans la salle de conférence pour l’occasion, dans une ambiance confinée et intimiste.
Et c’est ce dimanche que les Champs Libres ont battu le record d’affluence, à l’occasion des Premiers dimanches, avec plus de 19 000 visiteurs.
Ici, la compagnie Ochossi adapte cette danse traditionnelle – typique de Recife et d’Olinda au Pernambuco, et des états de Paraiba et d’Alogoas au Brésil – à la danse contemporaine, tout en conservant l’esprit des festivités. Les costumes gardent les couleurs et les codes de la fête traditionnelle, en les simplifiant. Les danseuses – et danseurs – sont principalement vêtues de blanc, allié à une couleur supplémentaire, rappelant ainsi certains costumes africains.
Dans le cadre du festival Travelling, l’association Vida de Capoeira était présente samedi à l’étage du Liberté. Venue de Paris, elle proposait au public une initiation et une démonstration de capoeira, numéro 1 des sports au Brésil. Parmi ses membres, des femmes : Amendoa et Pimenta. Présentation.
Parmi eux, une non gradée est présente : Amendoa, 33 ans. Elle exerce la capoeira depuis 4 ans et partage ce jour-là les bases de son sport favori. Avec patience, elle montre aux participants les gestes précis de cet art martial : « J’aime la capoeira, car c’est un monde très grand, avec toute une culture. Il comprend la lutte, le rythme, l’apprentissage du brésilien, de l’histoire, des instruments et la compréhension des chansons ».
Au micro, Pimenta présente au public sa discipline mais aussi son projet de long métrage Rasteira dont le teaser est diffusé depuis le début du festival. Elle souhaite réaliser un film sur la capoeira et demande au public de participer au financement de son projet. Elle est championne de France 2010 et fait partie du groupe de capoeira ABADA, fondé à Rio par le capoeiriste brésilien Mestre Camisa. Depuis quelques temps, elle n’exerce plus son sport.

À l’Étage du Liberté, la foule afflue jeudi soir. Certains attendent le blind-test, organisé par les animateurs de l’émission Le cinéma est mort (Canal B). D’autres trainent dans la salle en attendant une séance qui les fera voyager de Rennes à Rio. Ils en profitent alors pour venir déguster le spiritueux brésilien, proposé par la boutique rennaise Whisky & Rhum.
Lors de la précédente édition, Julian Hutchings, conférencier et dégustateur de whisky indépendant, proposait une dégustation de l’eau-de-vie tant appréciée des écossais, accompagnée de mets adaptés à la boisson. Cette année, les propriétaires de la cave Whisky & Rhum organisent à leur tour une dégustation chaleureuse – Rio oblige – visant à présenter différentes cachaça.
Les festivaliers peuvent savourer un, deux ou trois verres parmi une sélection de 3 breuvages brésiliens. Une cachaça blanche, haut de gamme, non filtrée, non colorée, « très réputée à Sao Paulo ». Une cachaça de 13 ans d’âge, non filtrée et non colorée également, issue d’un seul fût. À peine posée sur les lèvres, l’eau-de-vie vient chauffer le palais et enflammer la trachée, tout en dégageant des arômes très ronds et sirupeux.

Dès 21h, 4 hommes et 1 femme prennent place sur scène avec la ferme intention de faire danser le public, venu en nombre pour les écouter ! Il s’agit des musiciens du Club de Choro de Rennes, qui ont pris l’habitude de se rassembler toutes les semaines depuis sept ans.
Dans la salle, la foule se rassemble et quelques pieds commencent à battre la mesure. Un sixième musicien rejoint le groupe et commence à jouer du triangle. « Faites comme si vous étiez dans un bar à Rio, ce n’est pas un concert ! », s’exclame Karine Huet. Ici, on peut danser, boire et personne ne s’en prive !
L’interview ne durera pas plus qu’une dizaine de minutes – le principe étant le même pour chaque interviewé. Un temps qui paraît long pour la jeune réalisatrice, qui étudie depuis un an à La Poudrière, l’école du film d’animation, basée à Valence. Stressée, elle semble inconfortable dans un exercice qui lui est peu familier.

D’un autre, une yourte dans laquelle les spectateurs peuvent s’initier aux techniques d’animation. Un atelier proposé par l’Arrosoir à Emile, une association qui existe depuis près de 15 ans à Rennes. Fanny Desaunay est étudiante en école d’art et est membre de l’association : « L’interaction et la manipulation des objets permettent une découverte ludique et nous évitent de rester collés aux écrans ».
Katariina Lillqvist est une figure incontournable du cinéma d’animation finlandais. Et elle était présente lors du Festival national du film d’animation de Bruz pour rencontrer les spectateurs et leur faire découvrir son univers singulier. La réalisatrice est née dans le Sud Ouest de la Finlande, à Tampere, en 1963. Pendant ses études, elle navigue entre son pays et la République Tchèque, c’est d’ailleurs là-bas qu’elle fera un stage au studio pragois Jiri Trnka, avec qui elle restera en lien étroit tout au long de sa carrière.
Une guerre civile que la réalisatrice a du mal à comprendre mais qu’elle explique par le fait que « la Finlande est un tout petit pays mais avec de grandes et fortes opinions politiques ». Plus de 10 ans après La jeune fille et le soldat, en 2008, Katariina Lillqvist revient avec un film court intitulé Le papillon de l’Oural, qui met en scène la marionnette de Carl Gustav Mannerheim, président de la Finlande de 1944 à 1946 qui a participé en tant que baron à la guerre civile de 1918 et en tant que commandant en chef lors des deux guerres mondiales.
Cécile Noesser, coordinatrice de la programmation, nous avait prévenue, « les spectateurs risquent d’être surpris » lors des soirées finlandaises. « Ils ont un humour particulier », précise-t-elle. Mercredi soir, au Grand Logis, la surprise est de mise.