Célian Ramis

Arts engagés : Lumière sur les opprimé-e-s

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Enquête sur les artistes engagé-e-s et leurs créations, qui ont pour vocation de susciter l'échange et le débat, de participer à la réflexion collective et de rendre visible la richesse de la diversité.
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« La question de l’universalisme dans les arts est occidentale. Ils sont gérés par des mecs, blancs, hétéros, qui se pensent objectifs et neutres. Alors qu’en réalité, ils produisent des choses qui racontent précisément où se situe le pouvoir. Quand on parle de « minorités », on désigne tout ce qui n’a pas le pouvoir, qui n’est pas dans la norme. », explique Marine Bachelot Nguyen, auteure et metteure en scène, présidente de HF Bretagne et membre de l’association Décoloniser les arts.

Théâtre, danse, cinéma, musique, littérature, arts plastiques, etc., femmes et/ou hommes s’engagent pour briser le système oppressé-e-s/oppresseurs à travers de nouvelles formes, dans lesquelles l’artistique cotoit le politique. Comment faire bouger les lignes des normes sociales et sociétales à travers les arts ? Et qu’advient-il de celle et de celui qui s’en empare pour faire la lumière sur des sujets ou des groupes de personnes minoré-e-s et invisibilisé-e-s ?

On a souvent tendance à penser qu’un-e artiste, par nature, est engagé-e. Dans la démarche de création, c’est le cas. Le processus même résulte d’un engagement qui peut être purement artistique. L’engagement, et certain-e-s s’en défendent avec ferveur, n’est donc pas toujours social ou politique. À cela, on peut arguer la limite de l’intime, ce dernier étant politique malgré tout, dès l’instant où il devient public. Les artistes rencontré-e-s ce mois-ci témoignent tou-te-s d’une démarche commune : participer à travers leurs œuvres à l’avancée des débats et des réflexions sur les sociétés actuelles, en rendant visibles minorités et opprimé-e-s et en brisant les barrières des normes, des tabous ainsi que celle des arts. Pour s’en affranchir et ainsi se diriger vers un avenir plus égalitaire.

Mercredi 23 janvier, une voiture stationne devant la maison de quartier Rennes Nord, La Maison Bleue. À l’avant, un homme, visiblement irrité par l’attente de sa femme. À l’arrière, leurs trois enfants. De retour du marché, leur mère s’installe dans le véhicule, ravie d’avoir acheté quelques friandises et une jolie robe. Mais son mari ne voit pas cette allégresse d’un très bon œil et laisse éclater, de manière crescendo, sa jalousie jusqu’à insulter son épouse en prenant les enfants à parti. Le moment de démarrer le moteur signe la fin de la scène. Mais pas de l’asphyxie et de l’angoisse ressenties.

Le couple est un duo de comédiens, les enfants des spectatrices/teurs. Sept minutes suffisent à nous plonger dans la violence d’une situation que l’on pourrait imaginer banale. Une querelle d’amoureux nourrie par la jalousie de l’homme. Sauf que les termes employés au cours de la conversation tendent à nous indiquer qu’il ne s’agit pas de la première dispute du genre. Lui l’accuse, l’agresse. Elle, tente d’apaiser les choses, de le rassurer avec légèreté. L’étau se resserre, l’homme fait de sa femme sa propriété et n’hésite pas à employer des mots forts de conséquence. Dévalorisants.

Dans le cadre du programme rennais Non aux violences faites aux femmes, la compagnie Quidam Théâtre a préparé Tu te prends pour qui ?, pièce pour 3 spectateurs/trices basée sur une scène de violence conjugale ordinaire, inspirée du témoignage de Rachel Jouvet. Cette dernière est à l’origine de la création Je te veux impeccable, le cri d’une femme. Loïc Choneau, metteur en scène de la compagnie, rencontre la comédienne qui finit par lui confier son histoire à elle, victime de violences conjugales il y a environ 20 ans (lire YEGG#19 – Novembre 2013).

L’expérience livrée le 23 novembre dernier découle donc de l’idée de décliner un moment de violence vécu par Rachel Jouvet et de le confronter à l’universel. « Car ce qu’elle vit devient un discours universel. Si vous enlevez le contexte et que vous gardez la question de fond, cela peut se passer n’importe quand et n’importe où. C’est pour cette raison que les personnages n’ont pas de nom dans la scène. C’est Il et c’est Elle. », souligne Loïc Choneau qui a conçu cette mise en situation avec la conscience que le moindre détail compte, « les silences sont importants, les mots renferment une violence extrême, de l’amertume et l’aller retour du ‘je t’aime, je te déteste’ est très significatif ».

Si il est à l’affut de toutes ces subtilités qui font le réalisme et la véracité du propos, c’est parce qu’il a passé du temps toutes les semaines pendant deux mois à récolter la parole de Rachel Jouvet. Et en parallèle, à se renseigner sur le point de vue de son ex-compagnon, en lisant les PV du tribunal par exemple : « L’idée n’est pas de faire une pièce qui les montre simplement l’un contre l’autre mais de montrer l’emprise qu’il exerce sur elle. »

CASSER LE MUR ENTRE LE THÉÂTRE ET LA RÉALITÉ

Loïc Choneau se dit « écriveur ». Un écriveur de spectacles de société. Tout le travail de Quidam Théâtre se nourrit des vécus des personnes rencontrées au hasard du quotidien ou sur demande d’intervention lors de conférences décalées – « des conférences loufoques pour lesquelles deux comédiennes interviennent, sur des sujets précis. Mais ce qu’elles disent est toujours vrai. » - ou de recueil des paroles retranscrites en livret.

En 10 ans, la compagnie a délié les langues et permis d’aborder des sujets intimes et/ou confidentiels, peu médiatisés ou peu traités dans les arts, ou réservés à une catégorie d’initié-e-s. Conditions de travail en abattoir, précarité sociale, droits de l’enfant, violences conjugales, vieillissement pour les créations. Numérique, anorexie ou encore suicide pour les conférences décalées. « C’est un module de proximité au format adaptable, qui facilite la parole et concentre le propos. C’est très efficace pour engager les débats. », explique-t-il.

Il parle d’écriture rapide, éphémère, qui n’a pas vocation à rester dans le temps mais a pour objectif de mettre en mouvement, être accessible et faire réfléchir en parlant du peuple, du quotidien. C’est là toute l’âme de l’éducation populaire à laquelle il a été élevé.

« J’ai ajouté l’artistique au politique ! Mais attention, ce n’est pas du théâtre miroir, on ne participe pas aux débats qui suivent nos interventions. »
précise-t-il.

Actuellement, la compagnie travaille, en lien avec l’association Déclic Femmes, au livret de paroles composé de 12 témoignages de femmes issues de tous les continents autour des « Langues en exil, féminin pluriel » : « Des femmes mexicaines, kurdes, marocaines, sénégalaises… ont réfléchi autour de ‘qu’est-ce que c’est que d’avoir sa langue lorsque l’on est en exil ?’ et ‘comment ça se tient ensemble avec le français ?’. Pour chaque texte, un extrait sera traduit dans la langue d’origine. »

Ce travail s’inscrit dans cette volonté de valoriser la parole, et dans le livret, cela passe par la confection d’un bel objet réalisé en micro-édition pour ne pas photocopier les écrits. Autour de ce projet se croiseront plusieurs disciplines artistiques en mars prochain, à l’occasion du programme rennais de la journée internationale pour les droits des femmes : « Une lecture se fera ici à La Maison Bleue avec une musicienne, une danseuse, une comédienne et les femmes en exil. »

Sur ce point, Loïc Choneau insiste : il n’y a aucune proposition nue. Le but est toujours de créer un échange par la suite. Et c’était précisément l’exigence de La Maison Bleue quant à la scène de violences conjugales. En effet, la maison de quartier a souhaité inviter Rachel Jouvet à un café citoyen qui a suivi la mise en situation.

« On est toujours intégrés à une démarche, on est un moment de la démarche. Une intervention ludique qui évite de tomber dans le pathos ou dans la tristesse. On est très attachés au sein de la compagnie à la dignité et à la solidarité. Et on aime travailler sur la porosité du vrai et du faux. », conclut-il. Pour casser le mur entre théâtre et réalité.

AGIR ENSEMBLE CONTRE LES DISCRIMINATIONS

La compagnie Quidam Théâtre se rapproche dans son essence et sa colonne vertébrale du théâtre forum et du théâtre de l’opprimé. Une forme permettant, à travers une interactivité entre les acteurs/trices et le public, de faire émerger la parole autour de sujets souvent complexes ou matières à polémique et à division de l’opinion publique.

Le 26 novembre dernier, c’est dans l’ancien EHPAD du square Ludovic Trarieux, dans le quartier de La Poterie, que la Cimade a donné rendez-vous aux Rennais-es dans le cadre du festival Migrant’Scène, voué à informer et sensibiliser les populations aux questions de racisme et de flux migratoire. Et cet après-midi là, c’est l’association Un toit c’est un droit qui prend la parole en ouverture de l’événement.

Pour expliquer que le lieu investi pour le festival est un squat qui regroupe à l’heure actuelle près de 160 personnes, enfants compris qui devraient bénéficier d’une occupation gratuite pendant un an mais qui manquent d’électricité et donc de chauffage, des démarches étant entamées mais pour l’instant pas réglées.

Des membres de l’association La Cimade, dont Aurélie Budor (lire YEGG#52 – Novembre 2016), sont intervenues plusieurs semaines durant pour organiser avec des migrant-e-s volontaires les trois scènes qui ont été présentées lors du festival. Pour recueillir  « leur point de vue en tant qu’opprimé-e-s et essayer de bouleverser l’oppression ». Ce sont leurs histoires qui se racontent sur la piste. Des situations qu’ils et elles ont vécues, ont livré et qui ont été mises en scène puis interprétées par d’autres personnes, comédiennes ou non.

Le principe est simple : les tableaux sont joués une première fois au public qui assiste alors à une série d’injustices aujourd’hui banalisées. Le racisme ordinaire sous sa forme la plus primaire. Qui se traduit par une méfiance des passager-e-s d’un bus vis-à-vis de deux hommes noirs, par des contrôles au faciès répétés et insistants ou encore par de la discrimination au logement basée sur le nom et l’accent de la personne.

Dans un deuxième temps, une des scènes est mise en forum, c’est-à-dire que les spectateurs/trices peuvent à tout moment intervenir pour modifier le cours des choses. La personne se placera alors du côté de l’opprimé-e, à sa place ou en soutien. L’exercice est difficile mais brillant. Permettant de faire sauter certains stéréotypes communs et profondément ancrés, on cherche ensemble des solutions pour agir et non pas seulement pour théoriser.

Chacun-e apporte sa pierre à l’édifice et révèle la complexité de ces situations. Sans trouver la « bonne réponse », l’expérience provoque un déclic et pousse à réfléchir en se responsabilisant davantage. Une forme efficace puisque ludique et collective qui se décline autour de n’importe quel thème sociétal et citoyen et qui peut s’appliquer à toutes les tranches d’âge et milieux sociaux et dans les endroits, notamment en milieu scolaire pour agir et réagir dès le plus jeune âge. Et qui complète les conférences gesticulées, issues de l’éducation populaire, qui apportent des connaissances théoriques autour d’un vécu personnel.

QUE LES MINORITÉS INTÉGRENT LA MAJORITÉ

De cela résulte un écho universel. Et s’il n’y a pas de propriétaire de l’universel comme le dit la metteure en scène et auteure Marine Bachelot Nguyen, elle s’attache dans tout son théâtre à mettre en lumière « ces voix minoritaires qui luttent pour être incluses dans l’universel ». La co-fondatrice du collectif Lumière d’août reste très attentive à ce que l’on qualifie d’universel et de minoritaire :

« La question de l’universalisme dans les arts est occidentale. Ils sont gérés par des mecs, blancs, hétéros qui se pensent objectifs et neutres. Alors qu’en réalité, ils produisent des choses qui racontent précisément où se situe le pouvoir. Quand on parle de « minorités », on désigne tout ce qui n’a pas le pouvoir, qui n’est pas dans la norme. »

Depuis bientôt 15 ans, elle participe à l’évolution du théâtre contemporain et s’intéresse de près à la dimension politique de cet art en effectuant des recherches universitaires sur le théâtre militant, dans la lignée du dramaturge Dario Fo, dont elle se revendique faire partie. « J’ai toujours assumé cette dimension politique et militante et je revendique les savoirs même si je m’expose à la critique de « tu parles d’un sujet qui te concerne donc tu n’as pas le recul ». Oui ça me concerne et ça te concerne aussi en tant qu’être humain ! »

AU CROISEMENT DES LUTTES

Le travail de Marine Bachelot Nguyen est imprégné de ces valeurs personnelles et de son vécu. Et surtout de l’intersectionnalité des luttes en laquelle elle croit fermement. Féminismes, racismes, lutte des classes, sexualités… Elle croise les divers systèmes de domination et d’oppression à travers une écriture très sensible et complète.

C’est un coup de poing dans la gueule que l’on recevait en avril dernier, à l’occasion du festival Mythos, à la lecture de son texte écrit pour la pièce mise en scène par David Gauchard, Le fils. L’histoire d’une mère qui livre ses pensées et ses réflexions autour de sa foi catholique, de son métier de pharmacienne, et qui va s’épanouir en prenant part à la Manif pour tous. Du 10 au 12 janvier prochain, elle présentera au TNB de Rennes sa nouvelle création, Les ombres et les lèvres, pour laquelle elle est partie au Viêtnam en 2014 afin d’y effectuer des recherches sur la communauté LGBT.

« Outre le militantisme collectif, c’est aussi l’intimité politique des jeunes gays, lesbiennes, bi et trans vietnamien-ne-s que j’ai souhaité approcher, à travers de nombreux entretiens menés sur place. Quel est leur quotidien, leur vécu, quelles sont leurs pratiques de visibilité ou d’invisibilité (dans la rue, la famille, au travail), leurs stratégies face à l’homophobie, leurs sexualités, leurs aspirations ? (…) Mon propre vécu de lesbienne française, née d’une mère vietnamienne, entre évidemment en ligne de compte, comme impulseur intime de cette recherche, comme zone de résonance avec les réalités et les altérités rencontrées. », écrit-elle dans sa note d’intention.

Son leitmotiv : donner à comprendre, à sentir, les féminismes et, au-delà, les visions du monde. Par la fiction, le jeu et le théâtre, « tu brasses autrement les idées et les choses, c’est une stratégie militante, et du plaisir, de passer par le sensible. » Elle poursuit :

« Je m’éclate à parler de tout ça. Je me revendique féministe, militante et j’ai la volonté de m’inscrire dans une histoire. Avoir la conscience des représentations minoritaires, c’est faire entrer ces minorités dans la majorité. »

Une manière donc de briser le système de domination et de se débarrasser de tous les carcans et normes qui régissent nos sociétés.

Pour cela, elle se heurte à la résistance des professionnels et au jugement du monde de la culture et des arts : « Si on parle de théâtre forum, de conférence gesticulée, etc., il faut bien voir que c’est minoritaire et minorisé. Décrédibilisé par le monde de la culture. Dévalorisé car ce n’est pas noble dans l’imaginaire. Lorsqu’un spectacle est social, engagé, il porte le soupçon de ne pas être esthétique. Moi, je me situe à un endroit où il me semble qu’esthétique et politique doivent se rencontrer. »

Elle rejoint les interrogations de Bertolt Brecht, dramaturge et metteur en scène : comment le politique vient faire bouger les lignes de l’esthétique ? Et finalement, qu’est-ce qui objectise l’esthétique ? Elle qui base son théâtre sur la notion essentielle de décolonisation de la pensée apprécie au contraire tous les champs des possibles qui s’offrent aux artistes qui s’affranchissent des codes de l’art « conventionnel ».

« Le décolonial donne quelque chose de touffu, de complexe, d’hybride. Pour moi, l’enjeu se situe sur la manière de représenter les minorités. On n’est pas à l’abri de la victimisation. Le minoré, c’est d’abord un corps invisible qui va devenir un corps victime, en souffrance, que le bon blanc va pouvoir aider. Mais quand ça va devenir un corps furieux, ça va devenir un corps que l’on repousse. Il faut créer d’autres modèles ! », souligne-t-elle.

Elle n’a pas peur de le dire : tout comme l’histoire est écrite par des hommes blancs, que les moyens de production diffèrent entre les hommes et les femmes, le public de théâtre est très blanc, et étonnamment féminin. Elle va plus loin : « Je n’ai jamais vu autant de personnes racisées qu’au théâtre de la Main d’or. Pareil pour le stand-up chez Jamel Debbouze. Le monde théâtral a intérêt à se secouer les puces ! »

MOINS DE PLACE POUR LES ARTISTES ENGAGÉ-E-S ?

Les décideurs culturels, les programmateurs, sont prévenus. Il est nécessaire de laisser sa frilosité de côté et d’oser proposer de nouvelles formes au public : « Je le vois bien, ils sont plus séduits par des histoires d’amour, des histoires de famille. Ce n’est pas compréhensible quand on entend dire que son spectacle ne pourra pas être programmé cette saison car il y a déjà un spectacle coréen par exemple. Les ombres et les lèvres, ça parle des LGBT mais aussi plus largement de la quête des origines et du deuil de la mère. Et je suis convaincue que le public a une soif d’entendre des histoires qui parlent des complexités de la vie. Je suis pour aller vers une pensée complexe mais accessible. C’est aussi ça le divertissement et la question du plaisir est extrêmement importante. »

Le prix à payer dans les arts engagés est l’éternelle étiquette de l’alternatif. Qui n’accède que très peu aux grandes salles et grandes scènes, à l’exception de quelques structures culturelles prêtes à bouleverser l’ordre établi, au moins une fois dans la saison. Le travail de réseau est permanent. Il est impératif, comme le confirme Loïc Choneau, mais aussi par la suite Clémence Colin et Olivia Divelec de la compagnie rennaise 10 doigts, de sans cesse renouveler son réseau, de faire des rencontres et de profiter de ces dernières pour participer au retournement des stigmates.

Ainsi que de savoir adapter ses partenaires à ses créations, comme le fait la compagnie rennaise 10 doigts. « Nous n'avons pas de diffuseur, et les salles de spectacles ne connaissent pas vraiment notre travail. », expliquent Clémence Colin et Olivia Divelec. La structure passe alors par des réseaux d’associations de sourds mais aussi par des lieux liés au livre et au corps : « Cela dépend du spectacle : Demoiselle au grand manteau est spécifique à la petite enfance donc concerne réseau des crèches, haltes garderie, ce qui ne sera pas le cas de la prochaine création Sedruos, dédiée à des structures culturelles plus grandes. »

Et si jouer dans une grande salle permet de toucher le grand public et d’intégrer le cercle restreint de celles et ceux qui seront ensuite programmé-e-s dans toute la France, l’objectif des arts engagés et des artistes militant-e-s ne réside pas là. Au contraire, pour faire bouger les lignes, un des moyens les plus efficaces est de se rendre directement sur place, au cœur de la réalité, au cœur du terrain.

Comme Migrant’Scène qui investi un squat pour son théâtre de l’opprimé ou comme Marine Bachelot Nguyen et la compagnie Quidam théâtre, et plus globalement pour les actrices et acteurs de l’éducation populaire, qui souhaitent tourner dans les centres sociaux, les maisons de quartier et tous les lieux qui drainent les populations concernées et surtout les populations les plus éloignées de la culture et des arts. Mais aussi l’Éducation Nationale afin de pouvoir sensibiliser les plus jeunes et leur donner l’opportunité de trouver des clés par eux/elles-mêmes.

DÉCLOISONNEMENT DES ARTS IMPÉRATIF

S’il est un impératif que l’on retient de ses rencontres, c’est l’urgence à décloisonner les arts et à les décoloniser. C’est ce que prône la danseuse et chorégraphe Latifa Laâbissi (lire encadré) mais aussi Marie-Christine Courtès qui a réalisé en 2014 le court-métrage d’animation Sous tes doigts. Elle réunit ici l’esthétique et le politique. Elle révèle une partie oubliée de l’Histoire, en l’occurrence celle de la guerre d’Indochine et du rapatriement de certains locaux qui seront isolés et délaissés dans un camp de transit.

Elle aborde ce récit tragique à travers trois générations de femmes, de la grand-mère vietnamienne à la petite-fille française, en mal de repères et en recherche d’identité. L’Hexagone n’a pas digéré son histoire coloniale et n’a pas géré l’accueil, de celles et ceux qu’elle a colonisé, à leur arrivée sur notre territoire. Et aujourd’hui, elle se détourne d’une jeunesse tiraillée et déboussolée.

L’histoire de cette famille va trouver une issue dans une danse virevoltante et sublime, liant arts traditionnels asiatiques et hip hop dans une danse et une musique contemporaines prenantes et bouleversantes, liant par conséquent la petite-fille à toutes les femmes de sa lignée. Décoloniser les arts est donc primordial. La thématique est parlante et fédératrice.

Au point de constituer une association nationale – dont Marine Bachelot Nguyen fait partie - composée de comédien-ne-s, d’auteur-e-s, de metteur-e-s en scène, de chorégraphes, de professionnel-le-s de l’audiovisuel, de journalistes culturels issu-e-s des minorités ou encore de plasticien-ne-s, réuni-e-s dans le but commun d’interroger les structures artistiques et culturelles sur leurs propositions plus que restreintes en terme de représentativités des minorités.

Mais il s’agit aussi de rendre l’invisible visible. Et une multitude d’artistes s’y attèlent au fil de leurs parcours ou tout au long de leurs travaux. À l’instar du photographe breton Vincent Gouriou qui présentait à la Maison des associations, du 3 au 25 novembre dernier l’exposition GENRE(S), à l’occasion des 15 ans du CGLBT Rennes.

Les clichés, saisis de douceur et d’amour, dévoilent l’intimité de couples homosexuels et lesbiens ainsi que de personnes transgenres. Les photographies accrochées contre les murs racontent l’histoire de Monsieur et Madame Tout le monde, dans son quotidien, son couple, son corps. Une manière de montrer la beauté de tous les êtres humains.

LA DIVERSITÉ, AU SERVICE DE LA CRÉATION

Rendre l’invisible visible donc mais aussi accepter la diversité comme une richesse et arrêter de l’envisager comme une menace. Rendre les arts accessibles et révéler toutes les possibilités que ces derniers fournissent, pour vivre et réfléchir ensemble. C’est la base de la compagnie 10 doigts qui propose systématiquement spectacles et ateliers en version bilingue, soit en français oral et en Langue des Signes Française.

Une idée de la comédienne Olivia Divelec, maman d’une enfant sourde, qui avait créé à Tours la compagnie 100 voix, sur le même fondement, cette même volonté de réunir les sourd-e-s et les entendant-e-s et interpeller la rencontre de ces deux langues sur un plateau. En arrivant sur Rennes il y a 4 ans, la comédienne décide de relancer l’aventure en pays breton et fonde une compagnie constituée d’une équipe mixte de sourd-e-s et d’entendant-e-s.

« Les gens ont toujours en tête des clichés sur les minorités... en faisant un atelier, une vidéo en langue des signes ou un spectacle​ même si le thème n'est pas toujours engagé nous laissons une trace donnant une autre vision​. Dans les histoires en doigts et voix (des lectures publiques) nous avons dans notre liste le livre A poil. Normalement ce n'est pas censé être politique mais visiblement pour certains oui. », répondent Clémence Colin, artiste sourde, et Olivia Divelec, à quatre mains dans un mail.

Et quand on leur pose la question de leur engagement, elles ne prennent aucun détour :

« Bien sûr, le militantisme est présent quand on crée. Le fait d'êtres femmes, sourdes ou mamans d'enfant sourd ... Quand on monte sur scène on s'engage. Nos thèmes sont ceux du grandir mais aussi celui des femmes dans nos langues respectives. Nous militons avec nos moyens : chansigne; danse; théâtre... »

La question de l’accessibilité est importante pour la compagnie, qui partage également leurs féminismes. Mais la priorité réside dans la création. Une création pluridisciplinaire qui se saisit du bilinguisme pour compléter une œuvre déjà diversifiée en matière d’arts déployés. Les deux artistes expliquent :

« À la création, cela permet d’avoir des visions artistiques avec des prismes différents. Mais aussi d’aller plus loin dans le son par exemple : Dans Peau de bête(s) le son est projeté au mur, celui-ci est créé par des vibrations dans de l’eau. Sur scène, lors de moments musicaux, il y a de la danse, des vibrations, de la voix, des signes. Tout devient un champ vaste de recherche non pas pour rendre accessible mais bien pour créer. »

La langue des signes ne se suffit pas en elle-même pour bâtir un spectacle et n’est pas un motif pour les entendant-e-s de s’en détourner, pensant qu’il n’est pas concerné. « Ce n’est pas de la danse, à moins que ce soit le choix de l’artiste ; elle peut être comme n’importe quelle langue, vulgaire, mal « prononcée », poétique, quotidienne, lyrique… Il y a autant de comédiens utilisant la langue des signes que de styles. Après à chacun son goût concernant les spectacles et les interprétations ! Si un chanteur anglais ne chantait que pour ceux qui comprennent, la face du monde musical serait bien changée ! D’autres sensibilités sont en jeu. », précisent-elles, conscientes que si le public adhère majoritairement à leurs propositions, certaines personnes peuvent encore associer leur univers à une gène visuelle ou un outil pour aider les sourd-e-s. D’autres encore tombent dans une bienveillance contraire, réduisant la langue des signes à une simple danse.

CONTES D'AUJOURD'HUI ET DE DEMAIN

Pour se faire sa propre idée, les occasions de découvrir la compagnie ne manqueront pas prochainement. Actuellement en création, Sedruos, devrait réhabiliter les femmes sourdes que l’Histoire néglige et dissimule, à travers des témoignages récoltés aux quatre coins de la France. Aussi, la compagnie investira du 9 au 13 janvier, l’Hôtel Pasteur, à Rennes, pour nous guider Sur les traces du petit Chaperon rouge, « une installation sensorielle pour plonger dans l’histoire. (…) L’occasion d’aller à la rencontre d’un nouveau monde pour les entendants : le monde sourd, un monde de vibrations, de signes et d’images ».

Une manière aussi de revisiter les contes en valorisant tout ce que ces derniers laissent de côté dans leur version originale, soit la diversité. C’est pour cette raison que Apsara Flamenco a choisi de reprendre l’histoire de Cendrillon. La jeune demoiselle est une gitane employée de maison sur la Côte d’Azur et la marrain, une juive marocaine élevée dans une communauté gitane. Voilà qui fera certainement tousser et pâlir certain-e-s intégristes du répertoire classique, blanc, chrétien, etc.

« Nous abordons les thématiques telles que l’esclavagisme moderne, la migration et la discrimination et par là même, les questions bien présentes de pluralisme, féminisme et fraternité. L’occasion pour nous d’évoquer notre propre parcours, notre relation au flamenco et ses différentes expressions sous un angle nouveau, percutant, engagé et comique. », explique la note d’intention sur le site de la structure présentant Oma la « trop » merveilleuse histoire de Cendrillon qui sera dévoilée aux Rennais-es le 15 janvier, à la Maison des associations, à l’occasion de l’événement Conte moi la liberté.

Le conte enchantera donc le début de l’année 2017 de par son renouvellement et sa modernité. C’est d’ailleurs un des nouveaux projets des éditions Goater qui lancent un appel à textes, en lien avec le CGLBT Rennes et les Bookonautes. Novices, amateur-e-s ou professionnel-le-s peuvent envoyer leurs contes et histoires arc-en-ciel, pour ados et adultes, avant le 3 janvier prochain.

Aucune contrainte du côté du genre littéraire employé mais obligation de faire découvrir des personnages LGBTI et de casser les clichés et stéréotypes liés au genre, à la sexualité, aux orientations sexuelles, aux comportements. « Que se passerait-il si les histoires d’amour, les farces, la morale, ne reflétaient plus le monde idéal de la famille traditionnelle, mais venaient parler de nos vies, de nos peurs et de nos amours, quels que soient nos désirs, nos orientations sexuelles et nos identités de genre ou même nos cultures ? », s’interrogent les protagonistes de cette initiative.

Une question pertinente et déclinable à tous les domaines de la société. Arts et monde de la culture compris.

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La diversité, à la base de leurs créations
Briser les chaines de l'oppression
Bousculer les frontières de l'art et de l'histoire
Des réalités sur grand écran

Célian Ramis

Hors lits, en toute intimité avec ses voisins

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Rennes
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De la laverie à la grange d'une maison qui sera bientôt démolie, Hors lits invite à la performance insolite et intrigante. YEGG vous guide.
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Et si vous alliez voir un spectacle chez votre voisin dont vous avez toujours rêvé de voir l'aménagement intérieur ? C'est à peu de choses près ce que propose le concept Hors Lit. Des artistes effectuent une série de performances chez des particuliers qui acceptent, le temps d'une soirée, de prêter leur intérieur. YEGG a testé pour vous.

Par une froide soirée de novembre, une bande d'inconnus se réchauffent en tapant du pied à l'arrêt de bus Saint Yves sur la ligne 5. Le rendez-vous a été donné là, mais aucun des spectateurs ne sait exactement où nous allons nous rendre. Florence, manteau jaune assorti au bleu de ses yeux, est l'instigatrice de cette 6ème édition rennaise. Elle prend la parole pour annoncer le départ. Suivez le guide.

Hors Lit n'est pas né à Rennes mais à Montpellier, en 2005. Créé par quelques artistes qui ont ensuite bougé et ensemé dans toute la France. Toulouse, Paris etc... jusqu'à arriver à Rennes. Cela faisait deux ans que le concept n'avait pas eu lieu dans la capitale bretonne.

La 6ème édition vient donc combler un vide de deux années. Sur le site internet, Hors lit est défini comme s'inscrivant : « dans une démarche sensible de réécriture de l’intime en ouvrant des espaces alternatifs entre artistes, habitants et spectateurs. »

ARRÊT « LAVERIE »

Le premier arrêt se fait dans la laverie du quartier. Dans un angle de rue, elle apparaît comme un havre de chaleur au spectateur ankylosé par le froid. Nous entrons. Une jeune femme nous attend assise sur une table, jouant avec une balle en mousse. Elle indique au public où se placer puis démarre sa performance. Elle investit le lieu pour y danser et y chanter avec énergie.

Délurée, elle passe des claquettes à une chanson de Boby Lapointe avec pour seule transition une visite dans les machines. À quatre pattes sur les machines à laver, elle réalise le rêve de tout utilisateur de lavomatique : transformer l'attente ennuyante en un moment défoulant et créatif. Un jeune homme se retrouve au milieu des spectateurs alors qu'il venait juste laver son linge.

« Bon, je vais peut-être pouvoir récupérer mes affaires maintenant ! »
lance-t-il, amusé, lorsque la performance se termine.

Stupeur des spectateurs qui pensaient que la machine lancée était prévue dans le spectacle. Les rires fusent. Première étape réussie.

Tel un troupeau en transhumance, nous repartons vers le second lieu, toujours guidé par le berger Florence et une femme qui tient sur sa tête une pancarte « Hors Lit ». Les rues sont vides à cette heure-ci mais quelle image renvoyons-nous aux quelques passants égarés ?

ARRÊT « MAISON DE LOTISSEMENT »

Arrivés au second lieu, nous pénétrons cette fois-ci dans une maison de lotissement qui ne dénote pas de ses voisines. Après avoir monté une volée de marches, nous voici dans un salon inconnu, d'une blancheur impeccable. Pas de trace des maîtres de maison. Comme dans la laverie, une danseuse nous attend, muette. Sa performance est bien assortie au décor sobre de cet intérieur : très froide, sans musique et un peu plombante. Certains manquent de piquer du nez.

La technique est impeccable mais pourquoi une chorégraphie aussi triste dans un concept empli de bonne humeur ? Nous repartons tous sur la pointe des pieds, en ayant presque eu l'impression de déranger.

Les langues se délient sur le chemin qui nous mène au troisième lieu. Nous prenons plus le temps pour causer avec nos camarades d'un soir. Venus en couple ou entre amis – les plus jeunes spectateurs sont proches de la quarantaine - ils commentent les performances ou tentent de se repérer dans le quartier. Le but des performances Hors Lit c'est aussi la découverte ou la redécouverte d'un lieu de Rennes.

ARRÊT « MAISON DU QUARTIER »

La troisième étape se fait de nouveau dans une habitation du quartier. À l'entrée, la maîtresse de maison nous accueille, tout sourire. L'intérieur est nettement plus chaleureux que le précédent. Assis sur des canapés, des chaises, des tabourets, ou sur des coussins au sol, comme lors d'un dîner entre amis, nous assistons à la projection d'un film sur la vie d'une paludière.

Sans fausse empathie et avec un sens artistique certain, le réalisateur nous plonge dans les marais salants et dans l'existence hors du temps de cette femme. Le film plaît, le lieu aussi, c'est presque à regret que certains quittent la maison vers la dernière étape de notre soirée.

Le quatrième et dernier lieu est celui qui a justifié le choix du quartier du sud gare pour cette sixième édition de Hors Lit : c'est la maison de la première danseuse, celle de la laverie. Nous apprenons qu'elle s'appelle Lucie. Florence prend la parole pour expliquer :

« L'affiche que vous voyez là c'est celle qui annonce le projet immobilier qui va conduire à détruire la maison de Lucie. Ils vont raser sa maison pour construire des immeubles. C'est elle qui m'a sollicité car elle voulait rendre un dernier hommage à son lieu de vie. »

Le Hors Lit millésime 2014 a presque un aspect politique. Au vu de l'emplacement de la maison, à deux pas du pont de Nantes, avec une superficie de terrain importante, il n'est pas étonnant que l'endroit ait attiré la convoitise de promoteurs.

ARRÊT « GRANGE »

Astrid Radigue, du groupe Furie, nous attend sagement derrière son clavier sous la grange. Une odeur de vin chaud s'échappe d'une marmite et, à son invitation, nous nous précipitons pour en prendre une tasse avant que le concert ne débute.

Avec simplicité et humour, Astrid mène le public dans son univers pop. Les notes s'égrènent et résonnent sous le toit de la vieille grange, tandis que les deux lions de cirque en carton fixent le public de leurs yeux de braise. À peine le temps de quelques chansons et c'est déjà fini. Cela fait presque trois heures que nous déambulons de lieu en lieu.

Le périple s'arrête autour de la marmite de vin chaud accompagnée de quelques toasts, sous la grange. Convivialité restera le maître mot de cette soirée hors du temps. Il est maintenant temps de regagner nos lits.  

Célian Ramis

« 69 positions », une visite guidée singulière

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TNB, Rennes
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Un voyage au plus profond de notre intimité qui s’affranchit de tous les codes chorégraphiques ou théâtraux, de tous les codes moraux.
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Du 18 au 20 novembre, dans le cadre du festival Mettre en scène à Rennes, la jeune chorégraphe danoise Mette Ingvartsen a investi la salle Serreau, au TNB pour y proposer sa création « 69 positions ». Une première nationale loin de nous laisser de marbre.

Un parterre blanc. Une structure métallique carrée où sont accrochés treize panneaux. La scène de la salle Serreau ressemble à une galerie d’art. C’est dans ce décor simple, doté d’une atmosphère étrange et froide, que nous accueille Mette Ingvartsen, chorégraphe et danseuse, diplômée de l’école bruxelloise PARTS.

Les places assises ne sont pas éclairées. Tout va se jouer sur ce parterre blanc « Ce soir, je vous propose une visite guidée à partir de la sexualité et de la performance. Cette visite se fera en trois parties. Elle commence dans les années 60 et se termine aujourd’hui», présente la chorégraphe. La surprise se lit sur nos visages et ceux des spectateurs présents. Mette débute sa performance par la lecture d’un courrier de refus pour une collaboration écrit par Carolee Schneemann, chorégraphe américaine, point de départ de la création « 69 positions ». 

« J’avais déjà travaillé sur Meat Joy dans Expo Zéro (un projet du Musée de la danse) à Singapour en 2010. En 2004, 2005 et 2006 j’avais beaucoup travaillé sur la sexualité, la nudité. Ce sont des thèmes qui revenaient. J’ai donc cherché à faire une performance qui parlait de cela. Le corps nu et les politiques des années 60 m’ont toujours intéressée et je souhaitais donc travailler avec Carolee sur sa pièce « Meat Joy », créé en 1964. Mais ce n’était pas possible. C’est de là qu’est parti 69 positions»
Mette Ingvartsen, chorégraphe.

UN VOYAGE CHORÉGRAPHIQUE BOULEVERSANT

Dès les premiers instants, nous comprenons que ce spectacle n’est pas un spectacle comme les autres. Projections vidéos, lectures, décryptages d’œuvres, le voyage à travers les sources auquel nous convie Mette invite non seulement le spectateur à réfléchir sur la nudité, la sexualité, le rapport entre le corps et la politique, mais le fait surtout participer à tout.

«  69 positions, est la continuité de ma création « Speculation » dans laquelle le public est en interaction avec moi. J’ai voulu approfondir cette démarche, et diviser la pièce en trois parties afin de regarder l’Histoire en général et montrer que les problématiques des années 60 comme la libération sexuelle ou l’égalité homme-femme ne sont finalement pas encore toutes résolues aujourd’hui. Je souhaitais mettre toutes les questions de trois périodes différentes les unes à côté des autres », confie-t-elle.

69 positions est également un voyage dans l’imaginaire. Yeux ouverts ou clos, la chorégraphe nous amène à construire une sculpture érotique, à recréer Meat Joy, à tester les effets d’un gel à la testostérone… et tout cela dans notre tête, la voix douce de Mette pour seul guide. Elle revient sur cette démarche :

« 69 positions est une chorégraphie qui se passe dans le vide, dans l’imaginaire. J’ai cherché à vraiment créer une situation avec le public ».

Mais l’exercice est loin d’être évident. Dans le public, les yeux écarquillés, on rougit, on esquisse des sourires gênés, on tente de se cacher les uns derrière les autres quand un volontaire est requis.

UN PUBLIC AU CŒUR DE LA PERFORMANCE

Pendant toute la représentation, nous sommes donc en mouvement perpétuel. La chorégraphe revêt le rôle de galeriste, puis le quitte d’un coup pour se livrer à des exercices particulièrement embarrassant pour le public : elle se déshabille ou se rhabille, danse, fait l’amour à une chaise.

Le corps de la danseuse se transforme en objet de démonstration : il se tord, rampe, se frotte contre la jambe d’un spectateur. Elle crie, gémit, râle…  Nous nous sentons parfois pris au piège de cette expérimentation, de cet univers rempli d’érotisme et de tabous exposés au grand jour.

Entre la chorale d’orgasmes effectuée par quatre personnes choisies au hasard dans le public et l’invitation à danser, Mette brise complètement le quatrième mur (mur imaginaire séparant la scène du public). La tension est palpable.

« La participation du public est très importante pour moi. Je souhaite créer quelque chose avec lui, sans le choquer, mais établir une relation de proximité que permet la forme de mon spectacle. Je ne le manipule pas, je reste attentive à sa réaction. Et je fais ce que je peux faire avec lui, sans forcer personne »
explique la chorégraphe.

L’engagement politique est également un deuxième élément que la chorégraphe défend dans son solo : « Pour moi la nudité est une action politique. Prendre position est également une action politique dans un monde où les gens le font de moins en moins. Dans ce spectacle le public se déplace, gravite autour de moi. Il décide comment regarder. Quelque part, il prend donc position ».

Frileux au début du spectacle, nous finissons finalement par rentrer dans l’univers de notre guide. La tension du début laisse place à des sourires et des regards complices. On ressort de la salle Serreau quelque peu étourdi, mais apaisé. 69 positions est un voyage mouvementé. Bouleversant, même.

Un voyage au plus profond de notre intimité qui s’affranchit de tous les codes chorégraphiques ou théâtraux, de tous les codes moraux. Mais 69 positions reste un beau voyage, que l’on aurait finalement souhaité partager davantage. Confronter l’espace intime et l’espace public ? Pour Mette, le pari est réussi.

 

Célian Ramis

La badouillerie du vendredi

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Campement Dromesko, Saint-Jacques de la Lande
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Vendredi 21 février sera présentée la troisième Badouillerie, au campement théâtre Dromesko, à Saint Jacques de la Lande. Un rendez-vous singulier organisé par la compagnie « Les Emplumées ».
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Vendredi 21 février sera présentée la troisième Badouillerie, au campement théâtre Dromesko, à Saint Jacques de la Lande. Un rendez-vous singulier organisé par la compagnie « Les Emplumées ». Présentation.

Dans une ferme rénovée, rue du Haut Bois, à Saint Jacques de la Lande se joue, vendredi, la troisième Badouillerie. Un évènement artistique, inspiré des soirées festives et carnavalesques du XIXème siècle à Paris, qui met en avant de jeunes artistes bretons, à travers des  expositions, des performances, des concerts, des projections et des ciné-débats.  

Ce mois-ci, le thème s’articule autour de la fête foraine avec la présence de deux femmes : Martina Damarte et Natalia Santo. Elles proposent un univers fantasque et ludique qui enchante et captive. Illustratrice et marionnettiste, la première présente son théâtre d’objet, son mini musée qui tient dans une valise. « Un musée itinérant et autonome pour aller à la rencontre des gens » explique-t-elle.

Originaire d’Italie, elle s’est formée aux beaux arts de Lorient et à l’école de bandes dessinées de Florence. La seconde fait partie de la compagnie de théâtre et de cirque à cheval « Panik ». Elle installe un « photomaton circus » dans lequel elle prend en photos des personnes – avec un argentique – dans un décor travaillé (des tissus particuliers, des objets suspendus ou des déguisements) et développe en instantané les clichés pour les remettre aux modèles.

Leur style est décalé, bon enfant et l’ambiance générale de la Badouillerie : « festive, conviviale et intimiste », selon Estelle Eon, chargée de l’administration de la compagnie Les Emplumées. Une atmosphère qui permet de partager, d’échanger et de rencontrer les artistes, car l’essentiel de ces rendez-vous reste l’échange. « On travaille sur le lien avec le spectateur et chaque évènement est travaillé in situ. On demande aux artistes de créer quelque chose d’unique », précise la jeune femme.

En plus des attractions et des surprises, un bal guinguette est programmé, emmené par des musiciens de la Gapette, le « Cupif  Band from Biroutt ». Fort de son succès, le nombre de places est limité. Il faut donc réserver, au plus vite, auprès de la compagnie Les Emplumées, pour assister à l’évènement. La jauge est petite, mais offre un côté intimiste à ce rendez-vous artistique…

Célian Ramis

Le Grand Soufflet : Les portes-jarretelles au service d'un show (u)burlesque

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Rennes
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Carton plein pour « Porte-jarretelles et piano à bretelles », le french burlesque show présenté mercredi 16 octobre à Rennes, à l’occasion du Grand Soufflet.
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Carton plein pour « Porte-jarretelles et piano à bretelles », le french burlesque show présenté mercredi 16 octobre à Rennes, à l’occasion du Grand Soufflet. On doit la réussite de cette soirée à trois sublimes effeuilleuses, un meneur de revue crapuleux et une accordéoniste farfelue.

C’est un mélange étonnant, délirant et explosif que nous propose Etienne Grandjean, à la fois directeur artistique du festival et directeur artistique du spectacle. Le burlesque dans toute sa splendeur ! On y retrouve l’ambiance de Pigalle à la fin du XIXe siècle mais aussi l’atmosphère festive des années folles du Paris des années 20. On pense à Toulouse-Lautrec et ses peintures de la vie au Moulin Rouge, à Joséphine Baker, meneuse de revue aux Folies Bergères et à Alain Bernadin, créateur du cabaret parisien Crazy Horse – dans les années 50 – grand admirateur des femmes, fasciné par les Etats-Unis.

Sans oublier, le clin d’œil à Tournée, film réalisé en 2010 par Matthieu Amalric dans lequel une troupe d’effeuilleuses déboule tout droit des USA pour entamer une tournée en France. De Las Vegas à Paris, en passant par Rennes, le résultat s’intitule « Porte-jarretelles et piano à bretelles ». Le tout est réuni sous le chapiteau du Grand Soufflet, installé sur la place du Parlement.

« Really glad to be in France, the land of love. And of french kiss ! How do you say in french ? … Vous roulez les pelles ? Comme une pelle pour faire des trous ? » 
Francky O’Right

Mercredi soir, le public rennais est au rendez-vous – tout comme il l’avait été lors de la première présentation de Porte-jarretelles et piano à bretelles en 2011, dans le même festival. Plus que ça, la salle est pleine à craquer, en sur-jauge même et de nombreux spectateurs se tiennent debout. Rien ne les empêchera d’assister à ce show burlesque spécial frenchy ! Dans les coulisses, ça ricane, ça pouffe de rire, ça piaille. L’accordéon, instrument central de ce festival, se fait entendre sur une musique qui sonne très France du début XXe siècle.

Louis(e) de Ville, Loolaloo des Bois, Miss Vibi, Jasmine Vegas et Francky O’Right, qui semblent tout droit sortis d’un film des années 20, la couleur en plus, débarquent sur la scène et nous plongent immédiatement dans l’ambiance. Des sourires charmeurs, des regards allumeurs, des gestuelles sensuelles et une bonne dose d’humour. « We are really glad to be in France, « capitale de la culture française ». If you don’t understand, it’s okay, I don’t care...», s’écrie le meneur de revue, Francky O’Right.

Burlesque ubuesque

Son personnage, inspiré des films de gangsters et des comédies musicales qu’il chérit tant, est exubérant, a une dégaine de mafieux gominé, enchaine clowneries et mimes, et part dans des trips délirants, qui lui vaudront de se retrouver entièrement nu à un certain moment du spectacle, pour le plus grand plaisir des dames, d’abord surprises puis très enthousiastes – certaines mettront plusieurs minutes à s’en remettre.

Distribution de cigarettes, de bières à partager entre spectateurs, de cocaïne et d’extasy, il sait assurément comment chauffer le public en attente des sexy protagonistes du spectacle. Place alors au charme, à la sensualité, à l’évasion, à l’éveil des sens avec un premier numéro qui appelle justement à l’imaginaire, en ombres chinoises. L’effeuilleuse – on reconnaitra la silhouette et la chevelure de Louis(e) de Ville – entame son strip-tease, dissimulée derrière un voile blanc, en retirant langoureusement ses gants, sa nuisette, son bustier et son soutien-gorge.

La tension est palpable dans la salle. Les spectateurs sont avides de découvrir celle qui se cache derrière le rideau, qui se lève, se baisse, se lève et se baisse à nouveau, avant de se lever entièrement et de se laisser apparaître… Jasmine Vegas. Fameuse accordéoniste et chanteuse, elle est aussi une drôle de meneuse de revue. Une perruque en plumes vissée sur la tête, un accoutrement grotesque, des bottes de cow-girl, la talentueuse joueuse de piano à bretelles illustre à merveille le côté burlesque italien dans son sens premier, à savoir la farce.

Elle force le rire, exagère les traits comiques et emploie des termes vulgaires. Elle chante en français et flirte avec le registre d’Edith Piaf : « Il me dit des mots d’amour, des mots de tous les jours – connasse, salope (…) Il est entré dans mon cu…cœur… ».

« Je suis venue en France pour un homme et je suis restée pour le fromage ».
Jasmine Vegas

Entre les nombreuses loufoqueries des deux meneurs de revue, les stars du new-burlesque font leur apparition. Tout à tour, elles nous en mettent plein la vue, que ce soit dans le registre dramatique type Lady MacBeth avec Louis(e) de Ville, autour d’une barre de pole dance avec Miss Vibi ou dans un show plus intimiste avec Loolaloo des Bois, seule face à ses proies. Elles alternent entre numéros individuels d’effeuillage affriolants (peu nombreux par rapport au Breizh Burlesque Festival dans lequel on a retrouvé Miss Anne Thropy qui figurait dans la distribution du french burlesque show en 2011) et mises en scène en trio.

Ensemble, elles sont secrétaires, cow-girls, divas ou encore hôtesses de l’air, manient l’art de se déshabiller à merveille, de dévoiler leurs atouts de manière gracieuse et élégante et jouent malicieusement avec les clichés. Elles sont splendides, tapent fort sur le côté potiche, rient aux éclats et sourient comme des danseuses de charleston. Les Burlesque women, dont la féminité n’est pas plus à prouver, ont le don de « libérer les consciences en titillant les inconscients » dans un show détonnant qui se joue des stéréotypes sur les français – baguettes de pain dans la valise et robe en Tour Eiffel à la Jean-Paul Gauthier entre autres – et qui se nourrit sauvagement du registre érotico-comique, pour le plus grand plaisir des spectateurs.

Célian Ramis

Le Grand Soufflet : Une lucha libre violente et trépignante

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Rennes
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Un des grands moments du Grand Soufflet restera le combat de catch mexicain. Les spectateurs ont rapidement pris part au jeu en criant, sifflant, huant et en acclamant les quatre champions.
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Un des grands moments du Grand Soufflet restera le combat de catch mexicain. Samedi dernier, à 15h, un vent de lucha libre soufflait dans le chapiteau, place du Parlement. Les spectateurs ont rapidement pris part au jeu en criant, sifflant, huant et en acclamant les quatre champions.

Trois manches vont se succéder jusqu’à la victoire du clan des Tecnicos. Il faudra une heure, et des sacrés coups dans la gueule et dans le dos, à Casandro El Exotico -  « le clo clo mexicain, roi de la prouesse technique et lutteur exotique, glamour et paillettes » en majestueux justaucorps rose brillant et au brushing irréprochable – et à Mascara Dorada – « celui qui cumule 4 titres de champion du monde en même temps, qui est le fils de la déesse du vent » et qui brandit fièrement le drapeau breton à son arrivée – pour venir à bout des deux monstres de la lucha libre qui forment le clan des Rudos (écrit en rouge sur l’arrière du slip de Dragon Rojo Jr). Une victoire qui ne sera pas facile à remporter.

Mais avant toute chose, Fanny Pascual de Guayaba, la présentatrice et chauffeuse de salle, introduit le spectacle qui va se dérouler sous les yeux ébahis du public : « Le public doit choisir son camp et le soutenir. D’un côté les Tecnicos, ceux qui respectent les règles. De l’autre, les Rudos, avec qui tous les coups sont permis. Vous allez assister à un éclatage de face en bonne et due forme ».

Le ton est donné. Et pour arbitrer cette lutte acharnée et quasi anarchique, Orlando El Furioso, « un arbitre bretonnant ». Si tous les coups sont permis chez les Rudos, des règles existent en lucha libre : interdiction de quitter son masque, de tirer les cheveux, de donner des coups bas… « C’est parti les cabrones », crie l’arbitre. Le premier quart d’heure va être dédié à la présentation des luchadores, qui débarque un à un sur le ring.

La pression monte, les catcheurs font le show, masques sur la tête (excepté pour Casandro), torses ultra musclés luisants, cris de guerre et débordements de testostérone. Les spectateurs sont en ébullition, ils trépignent d’impatience autour du ring, crient, applaudissent, huent, sifflent, encouragent, hurlent en espagnol et se prennent au jeu très rapidement. « Légendes de la technique », « pros du saut aérien », « véritable sang aztèque », « peuple belliqueux »… Les mots prononcés par la présentatrice résonnent de plus en plus sous le chapiteau et font monter la température en quelques secondes.

Entre sifflements et acclamations, les luchadores se confrontent en face à face ou en duo, cherchant chaque occasion de faire le show mais aussi une opportunité de soumettre son adversaire par une prise de leur choix ou en le clouant au sol, minimum 3 secondes, les deux solutions pour mener son clan à la victoire.

Si la première manche est remportée facilement semble-t-il par les Tecnicos, les Rudos vont reprendre le dessus dès le début du deuxième round. Sangre Azteca se précipite sur Casandro, qui parade sur les cordes du ring, le met à terre et le roue de coup de pieds dans le dos.

Ensemble, les quatre catcheurs exécutent une chorégraphie de brutalité orchestrée, durant laquelle ils encaissent les coups, les donnent, se gifflent violemment (torses et visages), s’envoie des coups dans l’entrejambe, prennent appui dans les cordes pour se projeter sur les adversaires mais aussi pour les envoyer valdinguer dans les coins et les renverser au sol après plusieurs cabrioles – dont la très impressionnante prise Headscissors takedown dans laquelle l’attaquant met ses chevilles autour du cou de son adversaire et le fait tomber à terre.

Les champions de la lucha libre nous offrent un show étonnant, impressionnant et insolite tandis que les spectateurs vivent chaque instant avec rage, force et compassion alternant entre cris d’encouragements, « bisous » pour les Tecnicos, et insultes, « en**lés » pour les Rudos.

Célian Ramis

Les bandes blanches rennaises s'animent

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Rennes
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« Passage piéton », une performance artistique qui sensibilise les spectateurs au partage équitable de cet espace commun.
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Depuis le 15 septembre, à Rennes, vous apercevez peut-être des passants étranges sur les passages piétons. Ils traversent la chaussée en faisant de grands gestes et marchent tels des danseurs sur les bandes blanches signalétiques… il s’agit des participants au projet « Passage piéton ». Une performance artistique qui sensibilise les spectateurs au partage équitable de cet espace commun.

Lauréat  de l’appel à projet « Code de la rue »  lancé par la ville de Rennes cette année, « Passage piéton » est une proposition de performance. Une initiative qui met en scène une dizaine de bénévoles, danseurs ou non,  en train de se mouvoir sur les bandes blanches des routes rennaises : du carrefour de la rue Papu, en bas des Horizons au boulevard Renée Laënnec, sans oublier le pont Saint Hélier. L’idée : proposer une chorégraphie simple pour sensibiliser les spectateurs au respect des usagers de la route et à l’équilibre partage du passage piéton, entre automobilistes, cyclistes et promeneurs.

A l’origine de ce projet et dans le cadre de l’association Mouvances (centre de danse contemporaine) : une femme, Magali Pichon Barre. « J’avais déjà proposé, en juin 2012, une performance qui jouait sur l’espace temps qu’est le passage piéton (à feux signalétiques). Elle soulevait des questions telles que : quelle présence a-t-on? Que fait-on sur un passage piéton ? Tout cela dans un temps donné et imposé. J’aimais cette consigne de temps. Via l’association, j’ai présenté un projet similaire à la ville de Rennes », explique la professeure de danse.

La performance dure une quinzaine de minute et se définit comme « un synopsis qui déroule une suite de consignes : marcher, s’arrêter, faire un aller/retour, être en contact, solitaire, faire la fanfare, bondir, faire le pont et remarcher ».

Le résultat est surprenant et a le mérite de susciter la réaction du public. Les passants s’interrogent, s’arrêtent, regardent, sourient, interpellent les bénévoles. « On positionne un acte, on a une réponse. Elle ne nous appartient pas », précise Magali Pichon Barre. Elle est prête à recevoir toutes les réactions, du moment qu’elles ne sont pas agressives. Christiane, 53 ans, participe cette semaine à la performance. « Cela a demandé plusieurs heures de préparation », confie-t-elle. « On a des retours positifs et cela me tient à cœur de représenter la notion de partage de la rue, sur le terrain ».

Les rendez-vous des prochains jours:

vendredi 27 à 19h :Lycée Victor et Hélène Basch

samedi 28 à 17h : Place de bretagne