Célian Ramis

Mythos 2018 : Le temps suspendu de Selah Sue

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Thabor, Rennes
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Presque dix ans après le succès de Raggamuffin, Selah Sue opère aujourd’hui un nouveau tournant et se présente le 17 avril dans le Cabaret Botanique du Thabor, installé pour le festival Mythos, dans un cadre plus intimiste.
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Presque dix ans après la sortie de son album à succès Raggamuffin, Selah Sue continue de développer son univers singulier, se baladant entre le ragga, le jazz et la soul. Elle opère aujourd’hui un nouveau tournant et se présente le 17 avril dans le Cabaret Botanique du Thabor, installé pour le festival Mythos, dans un cadre plus intimiste.

Surprenante entrée en matière, l’artiste belge choisit de dompter le silence du public en débutant par « So this is love », la chanson de Cendrillon qu’elle a interprétée pour un CD jazzy de Disney, fin 2017. Son choix n’est pas anodin. Elle pose le cadre de son nouveau spectacle. Calme, simple, qui suspend le temps.

Son premier enfant, né l’an dernier, lui a donné envie de nouveauté, d’inattendue. C’est ce qu’elle explique passant du français à l’anglais.

Pendant un temps, elle a ressenti le besoin de coucouner son bébé, au soleil, dans un hamac. Elle chante alors cette période, sur un ton paisible.

Sa voix, sa guitare, un musicien au violoncelle. Un air presque folk. L’ambiance est planante. L’organe vocal singulier de Selah Sue s’allie parfaitement à la résonnance pure des cordes du violoncelle.

La tendresse des balades flirte avec le style qu’on lui connaît davantage à ses débuts fulgurants, qui crée des montées en puissance, avant de prendre véritablement le virage annoncé.

L’artiste le dit : après un an d’absence, six ans de tournées pour ses précédents albums (Raggamuffin et Reason), des gros instruments et des grosses productions, elle a souhaité avancer vers quelque chose de nouveau. Changer de forme. Développer de nouvelles lignes. Sa proposition : faire découvrir au public rennais des chansons pas encore gravées sur CD, aller vers de l’inédit.

Avec son micro sample, elle enregistre ses vocalises. Puis sa guitare, avant de s’en décrocher. Elle garde son flow devenu sa marque de fabrique, en plus de sa voix rocailleuse, et se fait accompagner d’un synthé, ajoutant ainsi des sonorités électro à son répertoire, qui ne tombe pas pour autant dans un côté rétro.

Elle semble expérimenter sur scène, tout en gardant la maitrise parfaite de sa musique et de son instrument vocal. Elle emmène ses chansons ailleurs. Que ce soit ses anciennes comme « Alone » ou « This world », ou des reprises comme « Que sera, sera », de Doris Day.

Et elle n’oublie pas de revenir à l’origine de ce nouvel élan, avec des chansons nouvelles comme « Fool of life », écrite pour donner l’espoir et l’assurance, à son fils comme à tou-te-s celles et ceux qui trouveront écho dans ce titre, qu’en cas de coups durs, elle sera là.

C’est l’esprit de son retour qu’elle entame avec tendresse et sérénité, avec toujours sa force musicale et ses influences ragga, qu’elle ne délaisse pas cependant. Mais la place est faite à davantage d’envolées planantes qui pourraient à force s’apparenter à un chant des sirènes qui pourraient nous donner envie de décrocher.

Toutefois, on ne se lasse que 3 minutes avant de raccrocher les wagons et de se laisser envouter par la manière dont l’auteure-compositeure-chanteuse manie le temps avec une grande intelligence artistique, le suspendant dans une bulle vaporeuse, presque éphémère, et sans aucun doute sensuelle et élégante.  

Célian Ramis

Mythos 2018 : Kimberose, la nouvelle révélation soul

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Thabor, Rennes
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En mars dernier, la sortie de l’album Chapter One installe le talent de Kimberose parmi les artistes à suivre de près. Le 17 avril, sur la scène de Mythos, dans le Cabaret Botanique, confirme que c’est bien la révélation soul de l’année.
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Révélée dans l’émission Taratata en septembre dernier, le groupe Kimberose séduit instantanément avec son EP et son titre « I’m sorry ». En mars dernier, la sortie de l’album Chapter One installe leur talent parmi les artistes à suivre de près. Le 17 avril, sur la scène de Mythos, dans le Cabaret Botanique, confirme que c’est bien la révélation soul de l’année.

Kimberose, c’est un groupe de quatre musiciens et, surtout, d’une auteure-chanteuse – Kimberly Kitson Mills – à la voix soul, douce et puissante, à la croisée de Norah Jones et Amy Winehouse. Une voix qui scotche le public, dès la deuxième chanson, qui se tient mutique, incapable même d’applaudir durant quelques secondes.

Kimberose a ce pouvoir, celui de vous hypnotiser. Parce qu’elle transmet avec générosité l’élégance et la rondeur de la soul. Sa pureté dans son contraste. Permettant ainsi de transmettre des émotions fortes, des émotions qui font vibrer.

Jusqu’à nous filer des frissons, notamment avec « Wolf », écrite à la suite du décès d’un être cher à la chanteuse, mais pas seulement. « Needed you », « Strong woman » ou encore « I’m sorry » procurent des sensations fines et intenses, subtiles et viscérales. Avec beaucoup d’aisance, la jeune artiste réussit à suspendre le temps. Et à suspendre le public à ses lèvres.

On se laisse bercer dans l’intimité de sa musique et la chaleur du chapiteau. Et on aime croiser celles à qui elle rend hommage dans la chanson sans nom, qu’elle intitule « Le slow ». Etta James, Billie Holiday, Nina Simone, Amy Winehouse, Ella Fitzgerald… Ses divinités à elle. Les grandes pointures de la soul et du jazz.

Tout fonctionne dans Kimberose : la voix, les envolées jazzy, les mélodies rappelant la soul des années 70, les rythmiques qui nous font nous mouvoir lentement. Tout en retenue, en pudeur, en finesse, en puissance et en sensualité.

On aime la générosité de son investissement, dans ses interprétations, de sa prestance et de son rapport au public. Si on note quelques redondances dans les mélodies, qui viennent se frotter à la jeunesse du projet qui peut-être n’ose encore s’affranchir des codes de leurs mentors, on apprécie le virage que prend le concert.

La voix devient plus rutilante et on s’éloigne petit à petit de l’ambiance Norah Jones pour se rapprocher d’Aretha Franklin, sans toutefois l’imiter. Le groove habite intensément la scène avec « Mine », qui suit la reprise de Lead Belly – que l’on connaît souvent plus avec la version de Nirvana – « Where did you sleep last night ? ».

Kimberose atteint l’apothéose en interprétant à nouveau leur titre phare « I’m sorry », « mais cette fois pour de vrai, maintenant que vous êtes chauds, parce que désolée de vous le dire mais vous ne l’étiez pas suffisamment tout à l’heure ». Et en effet, l’énergie circule, c’est groovy et électrique. Le public est conquis. 

Célian Ramis

Mythos 2018 : Camille, chanteuse inouïe à qui on dit oui !

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C’est organique et primitif, poétique et charnel. Le 15 avril, pour Mythos, le spectacle de Camille dépasse le cadre du simple concert pour nous porter vers un voyage sensoriel suspendu dans le temps.
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C’est organique et primitif, poétique et charnel. Le spectacle de Camille dépasse le cadre du simple concert pour nous porter vers un voyage sensoriel suspendu dans le temps. Le 15 avril, la chanteuse délurait le Cabaret Botanique, installé dans le parc du Thabor, à Rennes, à l’occasion du festival Mythos.

Elle est une artiste qui sans cesse repousse les limites de la musique. Parce qu’elle explore. Parce qu’elle expérimente. Parce qu’elle invente. Elle maitrise sa voix, sa gestuelle, ses instruments, son corps et son cerveau. Elle est complète, elle est entière. Elle vit l’instant, investit chaque sonorité et partage sans concession.

Si Camille, au départ, c’est une voix singulière et une créativité débordante, au fil des années, elle a su les apprivoiser et les transformer, jusqu’à les démultiplier. L’an dernier, lors de la sortie de son nouvel album Ouï, elle nous scotchait. Dimanche soir, à Mythos, elle nous a transcendée.

De par les propositions scéniques, à la hauteur du talent de ses compositions musicales et vocales qu’elle n’hésite pas à faire monter crescendo tout au long du concert.

Passant d’un style à un autre, d’une tenue à une autre – grâce à un système de châle sur mesure lui permettant de se draper à sa guise jusqu’à se voiler intégralement par moment – et d’un registre à un autre, elle dévoile une performance hors norme.

Elle assume son univers, elle assume sa singularité, elle assume ses multiples facettes. Qui font d’elle un ovni de la chanson française, même quand elle dérive sur les flots de la langue anglaise.

Accompagnée de choristes et d’un arsenal de percussions, elle crée une ambiance lunaire et mystique, quasi primitive et sauvage, qui investit pleinement l’espace et l’intégralité de la salle.

C’est rafraichissant et entrainant. Et plus l’heure avance, plus elle lâche le côté solennel et plus elle se lâche, et embarque le public dans des rythmiques dynamiques et déjantées.

Si les allitérations et assonances de « Sous le sable » et « Lasso » sont irrésistibles, Camille avance vers un contenu plus charnel et débridé. Plus déconstruit et libre.

Elle oscille entre polyphonies, vocalises lyriques, tonalités soul, soufflements, battements de tambours et envolées joyeuses en bande. C’est audacieux et brillant.

Elle affiche un coup un côté cheffe d’orchestre gospel dans « Ilo veyou », un coup un côté rock n’roll dans « Too drunk » ou un autre coup un coté mise à nu dans « Fille à papa » et sans filtre dans « Je ne mâche pas mes mots ».

Elle suspend le temps, le malaxe, le brouille et l’accélère en même temps. On ne comprend pas bien ce qui nous arrive face à elle mais on aime ça. Sa folie, son intimité et son génie.

Sa manière de faire danser des couples dans le public sur « Les loups », sa fragilité instantanée quand elle interprète « Seeds » ou sa fragilité poétisée dans « Pâle septembre ».

Avec Camille, tout devient matière à créer, à fabriquer, à conceptualiser, à jouer. Que ce soit avec les mots, son corps, son châle – tantôt serpillière, tantôt rideau – sa voix et ses tripes.

Elle s’amuse de rien et prend tout au sérieux. Avec légèreté, humour, tendresse et engagement. On insiste. Elle est un tout, elle est entière. Et elle est complète. 

Célian Ramis

Mythos 2018 : Anne Sylvestre chante la liberté

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Celle qui n’imaginait pas en 2017 sortir un album intitulé 60 ans de chansons ! Déjà ? a fait mouche sur la scène du Cabaret Botanique, dans les jardins du Thabor, pour le festival Mythos, le 15 avril dernier.
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Celle qui petite écoutait du Charles Trenet, du Rina Ketty, du Ray Ventura et son orchestre et des opérettes, chantait des chants grégoriens avec les bonnes sœurs et n’imaginait pas en 2017 sortir un album intitulé 60 ans de chansons ! Déjà ? a fait mouche sur la scène du Cabaret Botanique, dans les jardins du Thabor, pour le festival Mythos, le 15 avril dernier.

On a longtemps dit d’elle qu’elle était une chanteuse de fabulettes. Un qualificatif qui a le don de l’énerver. Ecrivaine pour enfants, ok. Conteuse d’histoire, aussi. Parce qu’elle en a bercé des enfances au son de ses chansons poétiques et engagées. De nombreuses générations se sont retrouvées dimanche dans le Magic Mirror de Mythos pour savourer et partager, avec émotion, un nouvel instant avec la piquante Anne Sylvestre.

On l’avoue, elle n’a pas bercé notre enfance. Ni notre adolescence. On l’a découverte sur le tard. Parce qu’elle a marqué de ses textes la mémoire des générations de féministes. Avec sa venue à Rennes, on a compris pourquoi. C’est une évidence, on aime son écriture, sa poésie, sa vision des individus, son humour, son sens de la liberté.

Sa trempe et son caractère. Elle est piquante, appuie là où ça fait mal et assume son côté emmerdeuse qu’elle doit à son franc parler. « Faut pas les emmerder mes personnages ! », ous avait-elle dit la veille. Et elle non plus ! Avec elle, pas de place pour les termes et les gestes de courtoisie ou de sympathie, elle fait voler en éclats la condescendance et la fausse bienveillance.

La bien-pensance, c’est pas son truc à Anne Sylvestre. Elle préfère raconter des histoires qui touchent au plus profond. Parce qu’elles mettent en plein dans le mille. Comme « Juste une femme », à la suite de l’affaire DSK, ou « Non, tu n’as pas de nom », sur l’avortement (avant la loi Veil). Deux chansons qu’elle ne mettra pas dans son set à Rennes, malheureusement.

Mais évidemment, elle en a beaucoup d’autres à son arc. Dont la drôlissime « La faute à Eve ». Ou encore « Gay gay marions-nous ». Sans demi mesure, elle s’engage pour les droits des femmes et défend la liberté de choisir. Et la religion en prend plein son grade :

« Le bon Dieu est misogyne mais le diable lui ne l’est pas. »

Chez elle, les femmes ne sont pas des « p’tites dames », comme « Violette », elles peuvent être des mères de famille et chantaient « des chansons abolitionnistes comme une très méchante féministe » dans leur cuisine en préparant des « Calamars à l’harmonica » ou encore faire fi des conventions et des assignations qui les poussent à la douceur et la tendresse dans « Elle f’sait la gueule ».

Et quand on lui demande ce qu’elle pense de l’évolution (lente) de la place des femmes dans le domaine des arts et de la culture, elle n’hésite pas à répondre qu’il y a un manque d’images auxquelles s’identifier :

« Jeune, quand j’ai découverte Nicole Louvier qui écrivait ses chansons et les accompagnait de sa guitare, je me suis dit « ça existe ! ». Sinon il n’y avait pas de modèles… Aujourd’hui, je trouve que ça a changé. Il y a pas mal de filles. Mais je me suis aperçue que parmi les femmes, il y a beaucoup d’interprètes qui chantent ce que des hommes ont écrit et les hommes, ils écrivent ce qu’ils ont envie d’entendre. Moi c’est mon sujet, je suis une femme, je suis apte à parler de nous. »

Pas étonnant qu’elle ouvre son concert sur la réponse de Félix Leclerc, interrogé par un journaliste sur ce qu’il pense de la féminisation : « Ce serait bien. » Sans commentaire, elle enchaine sur la chanson « Vous êtes beaux », tandis que le public rit de bon cœur à la dérision dont fait très souvent preuve Anne Sylvestre.

Et au fil du spectacle, l’ambiance oscille presque entre rires et larmes. Parce qu’il y a le poids de ses textes, accompagnés par une pianiste, une violoncelliste et une clarinettiste, mais il y a aussi la mélancolie de leurs souvenirs partagés avec la chanteuse-auteure-interprète. Constamment palpable, l’émotion vogue dans le chapiteau avec générosité et sincérité.

Elle n’a plus besoin de le démontrer. Elle est entière. À prendre ou à laisser. Anne Sylvestre transpire la volonté d’émancipation et d’affranchissement des codes et des normes. Dans chaque texte, chaque échange avec le public, chaque silence, chaque geste (puisqu’elle s’affranchit même du micro en portant un micro casque).

Et même quand elle oublie les paroles de ses chansons et que le public l’applaudit pour la soutenir, elle ne peut s’empêcher de dire ce qu’elle pense : « Les chanteurs n’aiment pas se tromper et n’aiment pas qu’on les applaudisse quand ils se trompent. Je sais que c’est fait gentiment pour dire « on te soutient, c’est pas grave, on sait que tu vas y arriver la deuxième fois » mais leçon du public : n’applaudissez pas ça. »

On sent l’exigence de la performance bien faite. Du début à la fin. Pas de place pour le moins bien. Pas de place pour le doute ? On ne peut y croire venant de la part de celle qui attendra la fin du concert pour déclarer sa flamme aux « Gens qui doutent » et pour recevoir une ovation – dont elle dira que cela la réconcilie avec cette célèbre chanson - dès la fin du texte : « Merci pour la tendresse / Et tant pis pour vos fesses qui ont fait ce qu’elles ont pu »

On aime son côté Boris Vian, qui mêle poésie, humour, vérité cinglante et noire critique d’une société en déroute. À 83 ans, on peut toujours compter sur elle pour mettre le doigt là où ça fait mal : « Vous voyez, il n’y a que des femmes sur scène. Si ça vous étonne, demandez-vous pourquoi ! » Et en coulisses, elle se marre de constater que souvent, lors de ses concert, le public est majoritairement composé de femmes.

« Un jour, je me suis aperçue que si elles sont à mes concerts, ça veut dire que ce sont les pères qui gardent les enfants. Et ça, ça m’a plu ! »
nous dit-elle en se marrant.

À ce moment-là, sa fraicheur et son sourire pétillant d’humanité nous traversent, à la manière d’une Agnès Varda qui contemple la beauté intérieure des individus. Intemporelle et indémodable. 

Célian Ramis

TransMusicales 2017 : Un jeudi bien groovy

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Parc Expo, Rennes
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Premier soir des Transmusicales au Parc Expo, ce jeudi 7 décembre. Retour sur les concerts de Tanika Charles et de Lakuta.
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Premier soir des Transmusicales au Parc Expo, ce jeudi 7 décembre. Si peu de femmes figurent dans la programmation, celles qui étaient sur scène ont assuré des performances soul et groovy. Retour sur les concerts de Tanika Charles et de Lakuta.

TANIKA CHARLES – HALL 3 – 22H05

La puissante voix soul de Tanika Charles met une première claque. Puis vient la deuxième avec la dynamique portée par l’ensemble des musiciens et la choriste. Le groupe, venu tout droit du Canada, compte bien transmettre son énergie communicative, aux accents rétro mais dans un langage résolument moderne.

Les musiciens entament les chœurs en mode pop des années 60 et la chanteuse dévoile une soul classique née dans ces années-là. Elle raconte sa relation passée. Une relation toxique durant laquelle elle ne cessera de faire des va-et-vient entre la rupture et le retour vers une situation confortable aux côtés de l’être aimé. Jusqu’à ce que ce soit lui qui coupe le contact. Et qu’elle lui court après, désespérément.

Pourquoi ce comportement ? C’est ce qu’elle analyse dans un des titres de son album, Soul run. Son thème de prédilection : chanter l’amour. Les rapports de couple, complexes et compliqués. Imparfaits. Sur des rythmes lents, du fond de sa voix grave.

Si on laisse aisément bercer par la pureté du style, le rythme s’essouffle cependant rapidement et on trépigne d’impatience à l’idée de passer la seconde.

Mais l’énergie, elle, ne faiblit pas. La batterie tient en éveil et en haleine, soutenant implacablement les propos de la chanteuse, qui se voit offrir un « joyeux anniversaire » de la part du public. Et comme si tout cela avait été orchestré, le concert prend un tournant plus jazzy, avec la mise en avant du clavier et des sonorités plus tropicales.

La machine est lancée et avec, un regain de modernité. Celle-là même qui avait embarqué le hall 3 au début du set. Des décennies de soul s’entrecroisent, Lauryn Hill rencontre Tina Turner dans le corps de Tanika Charles et le mélange avec le r’n’b, s’il n’est pas surprenant, est tout du moins détonant.

Les récits se corsent aussi, on sent plus d’affirmation de la protagoniste dans ses histoires d’amour, plus de force dans le discours. Une évolution crescendo qui nous fait presque rougir d’avoir pensé quelques instants à un début mal engagé et qui nous ravit. D’autant plus lorsque le groupe entame le titre phare de l’album, au nom éponyme, le fameux « Soul run ».

« Vous savez la personne de tout à l’heure que j’ai quittée… puis je suis revenue, puis je suis partie, puis je suis revenue, puis je suis partie, puis je suis revenue. Et ben, un jour, j’ai vraiment décidé de partir. Et maintenant, vous savez quoi ? Je suis heureuse ! Here we go ! », scande l’artiste.

Sa voix déploie alors encore plus de puissance et son corps suit le mouvement. C’est une explosion de groove qui assaille la scène des Transmusicales. Une explosion que l’on doit également aux guitaristes, qui prennent désormais le pas sur la batterie et le clavier. La bonne humeur et le second degré envahissent la salle et entrainent la foule sans difficulté.

L’ensemble se veut plus rock, plus électrique et plus électronique. Comme s’il suivait le fil de l’évolution du registre de la soul, tout comme celle des mentalités.Tanika Charles « et les Wonderful » terminent le concert avec la grosse patate et nous aussi.

 

LAKUTA – HALL 3 – 1H05

S’il nous faut garder qu’un seul nom de cette première soirée au Parc Expo, ce sera sans hésiter Lakuta. En swahili – langue maternelle de la chanteuse Kenyanne-Tanzanienne Siggi Mwasote – il signifie « trouver, rencontrer, partager ou être comblé ».

Et il ne faut pas très longtemps pour s’apercevoir que c’est une évidence pour ce collectif composé de neuf artistes, basés au Royaume-Uni mais provenant d’origines diverses (Kenya, Tanzanie, Ghana, Malaisie, Espagne, Royaume-Uni).

On voyage et on danse en permanence. On parcourt le monde du jazz, du funk, de la soul, du zouk ou encore de l’afrobeat et pour ce faire, on effectue quelques escales en Afrique, dans les Caraïbes ou en Amérique du Sud. Et ça balance du groove, sans relâche.

Lakuta dynamite la scène et envoie une énergie totalement dingue. On est suspendu-e-s à chaque sonorité, à chaque registre, à chaque rythmique et à chaque phrase.

La moindre paillette – qui se loge jusque sur les chaussures de la chanteuse – nous éblouit et nous embarque dans cette aventure ensoleillée et diversifiée.

Pourtant, les thèmes abordés dans les chansons ne sont pas des plus positifs et réjouissants. « Nos mots sont importants et nos musiques sont belles, j’espère que vous pouvez percevoir les deux. », lance Siggi Mwasote qui entame « Afromama », un titre sur la condition des filles et des femmes en Afrique.

Elle y réclame la liberté des femmes et proclame que ces dernières ne sont pas des propriétés à posséder. Et au fil des chansons suivantes, elle poursuit son action en diffusant le message auquel tient le collectif : l’unité dans la diversité et l’humanité. Dire non à la brutalité, non aux enfanticides, non aux féminicides. Et non au Brexit.

Parce qu’il est synonyme de fermeture. Tout ce que refuse Lakuta qui prône le vivre-ensemble – l’album s’intitule Brothers & sisters – et qui démontre la beauté et la richesse des références et influences différentes.

La world music prend le contrôle de la scène, mêlant à la fois du reggae et du jazz, du zouk et de la soul, de l’afrobeat et du funk, grâce aux talents des cuivres (saxophone, trombone, trompette), des percussions (congas, bongos, shékérés,…), des cordes (guitare, basse, cora) et de la batterie. Sans oublier le coffre et la puissance de la chanteuse, à l’énergie débordante et au sourire communicatif.

Passant d’un flow impressionnant de par sa rapidité à des envolées plus soul, le phrasé de Siggi, soutenu et accompagné par l’ensemble des musicien-ne-s, renforce le sentiment d’urgence et d’exigence qui émane des textes, toujours en lien avec l’actualité (une chanson aborde également les violences sexuelles et la communauté LGBTI).

Une force incroyable se dégage de sa voix, de son corps mouvant, de sa manière de bouger, de croiser ou de lever les poings en l’air mais aussi de chaque rythmique, de chaque mélodie et de chaque sonorité. Le collectif envoie la sauce sans vaciller un seul instant et sans jamais perdre le fil de cette énergie débordante et explosive, qui monte en puissance tout au long du set. Eblouissant, dans le fond et dans la forme.

Célian Ramis

Inspiration Riot Grrrls

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De Buenos Aires à Rennes, en passant par Olympia et Washington DC, le Jardin Moderne proposait en juin et juillet un tour d’horizon, non exhaustif, dans le féminisme underground et DIY, des années 90 à aujourd’hui.
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De Buenos Aires à Rennes, en passant par Olympia et Washington DC, le Jardin Moderne proposait en juin et juillet un tour d’horizon, non exhaustif, dans le féminisme underground et DIY, des années 90 à aujourd’hui.

Au début des années 90, Internet n’existe pas. Le grunge s’apprête à exploser mais il n’est pas encore délimité. Sur la côte Ouest des Etats-Unis, la ville d’Olympia est en pleine émanation musicale. Et les femmes sont partie prenante de la production.

« Elles vont se rendre compte que le personnel est politique, que ce qu’elles ressentent est politique, qu’elles ont envie de prendre des instruments et faire de la musique : elles s’interrogent alors sur la place des femmes dans la société underground et plus largement dans la société. », explique Manon Labry, docteure en civilisation nord-américaine, dont la thèse a porté sur les relations entre culture mainstream et sous-cultures underground, à travers l’étude du cas de la sous-culture punk-féministe.

FAIRE ENTENDRE LEURS VOIX ET LEURS IDÉES

Le 28 juin dernier, au Jardin moderne, elle racontait la naissance du mouvement Riot Grrrls. Un récit qu’elle publie en avril 2016 dans son ouvrage Riot Grrrls, chronique d’une révolution punk-féministe. Newsletters, fanzines féministes, concerts, esprit DIY, la création est en pleine ébullition. Et prend d’autant plus d’ampleur quand la scène olympienne rencontre la scène washingtonienne, « plus politique, plus organisée ».

Les musiciennes féministes de l’underground étatsunien vont révolutionner le paysage musical punk et porter des revendications encore tristement d’actualité en 2017. Les groupes emblématiques tels que Bikini Kill (qui comptabilise dans ses rangs Kathleen Hanna et Toby Vail), Bratmobile ou encore Heavens To Betsy font entendre leurs voix et dénoncent des pratiques qu’elles trouvent inacceptables.

« Les féministes s’emparent de la scène underground et produisent des choses qui n’ont encore jamais été entendues, même si le terrain avait déjà été tâté par L7 », précise Manon Labry. En effet, L7 abordait déjà la question du plaisir féminin et de la masturbation, entre autres. Pourtant, elles ne prendront pas part au mouvement.

« Pour autant, elles ont beaucoup influencé les Riot Grrrls, ont collaboré et se sont entraidées. Elles étaient, si on peut dire ça comme ça, des collègues de lutte. Les Riot Grrrls ont continué sur la lancée, en ajoutant les violences faites aux femmes, les viols, les incestes. », souligne-t-elle.

SUR LE DEVANT DE LA SCÈNE

Entre 1990 et 1995 – période sur laquelle Manon Labry focalise son récit, correspondant alors à la naissance du courant – les groupes émergent, tout comme les fanzines féministes se répandent, comme Jigsaw ou Riot Grrrls. On prône alors l’esprit DIY, l’émancipation (sans jalousie entre meufs) mais aussi le retour aux idéaux premiers du punk :

« À cette époque, on déchante un peu du punk qui se veut horizontal mais les scènes masculines sont majoritaires et les comportements machos sont pléthores. « Girls to the front » (réclamer que les femmes accèdent aux devants des scènes et faire reculer les hommes) est alors une stratégie, que Bikini Kill explique lors des concerts mais aussi sur des tracts, pour que l’espace ne soit pas dominé par des hommes. »

Le mouvement est inspirant, puissant, contagieux. Et controversé. Pas au goût de tout le monde. Elles sont régulièrement la cible des médias mainstream qui les décrédibilise, les faisant passer pour des hystériques criant dans leurs micros. Dans son ouvrage, la spécialiste détaille l’ampleur que prendra cette médiatisation de la haine, allant des menaces (de viol, de mort…) jusqu’à l’exécution de ces dernières.

Si le mouvement a disparu de sa forme originelle, il a fait des émules – comme par exemple avec l’ovni Le Tigre, groupe dans lequel on retrouve Kathleen Hanna - et a poursuivi son chemin en souterrain.

À l’instar du collectif dont les dessins, manifestes et photos étaient à découvrir au Jardin Moderne jusqu’au 31 juillet dans l’exposition « Desde Buenos Aires, Contra Ataque Femininja Mutante » mais aussi du groupe punk féministe Nanda Devi (trio rennais), « qui compte parmi les 12% du Jardin moderne », qui jouait le 28 juin, après la conférence, et portrait fièrement l’inscription « No, no, no »  (du nom d’une de leurs chansons) sur leurs t-shirt :

« Parce que c’est important de se positionner en tant que meufs et de savoir dire non ! »

Célian Ramis

Mythos 2017 : Calypso Rose, reine de l'humanité

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Parc du Thabor, Rennes
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Calypso Rose, c’est un vent chaud de liberté et l’expression joyeuse d’un monde empreint d’inégalités. Rien de mieux pour clôturer la 21e édition du festival Mythos, dimanche 9 avril, dans le cabaret botanique.
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Calypso Rose, c’est un vent chaud de liberté et l’expression joyeuse d’un monde empreint d’inégalités. Rien de mieux pour clôturer la 21e édition du festival Mythos, dimanche 9 avril, dans le cabaret botanique.

Elle aura 80 ans en 2020. Si en entrant dans le magic mirror, ses pas sont lents, Calypso Rose, une fois le pied sur la scène et la musique dans les oreilles, place son énergie au service d’un spectacle aussi enflammé que sa carrière – initiée en 1955 - et que la ferveur de son engagement.  

À 23 ans, elle est la première femme dans l’histoire à remporter le concours Calypso King. Son titre lui colle encore à la peau, à une exception de langage près.

Elle est la « Calypso Queen » comme elle le chante sur une reprise travaillée de « Clandestino », clin d’œil à Manu Chao, producteur artistique de son dernier disque, Far from home.

Elle est loin de chez elle, loin de Trinité-et-Tobago, où elle est née, loin des Etats-Unis, où elle habite, loin de l’Afrique, où elle puise ses racines.

C’est avec « I’m an african » qu’elle débute son concert dans le magic mirror. Son sourire est aussi communicatif que son énergie. Des deux, elle en déborde.

Pourtant, les sujets qu’elle traite dans ses chansons ne prêtent pas à rire ou à se réjouir. Avec « No Madame », elle aborde la condition de travail, en 1974, des domestiques de son archipel natal et appelle à la désobéissance parce qu’elle se souvient des pleurs de ces derniers qui travaillent pour un salaire de misère.

Elle qui a toujours cru au pouvoir de la musique pour renverser les choses est servie : avec cette chanson, le gouvernement se voit voter une loi pour une augmentation significative des salaires des domestiques.

Elle dénonce la situation de son arrière-grand-mère kidnappée et vendue tout comme elle s’insurge contre les violences conjugales, dans « Abatina » par exemple. Elle s’engage pour les droits des femmes, pour l’égalité entre les sexes. Les applaudissements retentissent quand elle invite les femmes à ne pas épouser des hommes riches :

« N’épousez jamais un homme comme Donald Trump. Sa femme est toujours derrière, avec l’air triste. Lui, il est à la Maison blanche. Elle, elle est dans la tour Trump à New-York. N’épousez jamais un homme qui a de l’argent ! »

La Miriam Makeba des Caraïbes, comme certain-e-s la surnomment, fait passer ses messages avec un sourire large et chaleureux. Elle est solaire et sa bonne humeur est contagieuse. Tout comme son sens de l’humour et sa manière de bouger le bassin et le ventre, qu’elle nous montre à plusieurs reprises soulevant son haut d’un air malicieux, avant de donner plusieurs baisers à un homme du public auprès de qui elle déclare sa fougue : « J’adore ton sourire et j’adore ta barbe ! »

Calypso Rose transpire la liberté et l’indépendance. Elle qui a du s’affirmer contre son père pasteur convaincu que le calypso était la musique de l’enfer a choisi de briser ses chaines et les tabous sur des airs fortement endiablés. Mélange de jazz, blues, soca et ska, l’alliance des percussions, cuivres et cordes se marie à son énergie et son envie d’en découdre joyeusement.

Et si la chanteuse quitte deux fois la scène pour recharger les batteries, son groupe composé de musiciens et de choristes assure l’intérim sans problème, maintenant la dynamique généreuse et colorée de l’esprit Calypso Rose. Un instant gravé dans les mémoires qu’il est bon de se remémorer lorsque la pression devient trop forte, pour se laisser chalouper sur les rythmes enjoués de sa musique, son sourire imprimé devant nos yeux illuminés.

Célian Ramis

Mythos 2017 : The Pirouettes, joyeux brassage dans la pop française

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Parc du Thabor, Rennes
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Samedi 8 avril, le duo hype de la pop synthé française, The Pirouettes, répandait leur feel good musique dans le parc du Thabor, au cabaret botanique précisément, à l’occasion du festival Mythos.
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Samedi 8 avril, le duo hype de la pop synthétisante française, The Pirouettes, répandait leur feel good musique dans le parc du Thabor, au cabaret botanique précisément, à l’occasion du festival Mythos.

Au lycée, Léo écrit une chanson d’amour à Vickie. Depuis, le couple a donné naissance à un duo musical prénommé The Pirouettes. Sur scène comme sur leur premier album, Carrément carrément, Vickie Chérie et Léo Bear Creek naviguent à travers les époques et entre les styles.

Dès les premières chansons, les inspirations sautent à la tronche. Il y a là la vague sur laquelle surfe La Femme, repêchant les sonorités pop synthé des abysses des années 80 en les mélangeant à un rap des années 90. Ainsi, The Pirouettes convoquent leurs multiples et éclectiques influences, allant de Michel Berger à Booba, en passant par Jacno. Large.

Mais on croise aussi Etienne Daho – qui les a d’ailleurs pris sous son aile -, Lio, Oxmo Puccino et bien d’autres. Et on s’amuse de cette vive effervescence, alliée à une écriture faussement naïve et expressément second degré. Ils chantent l’amour, le couple, le quotidien, le succès, l’ailleurs et la fête.

Le Magic Mirror, ce soir là, ressemble à une boom pour adultes, ou grands ados, sans les slow et le quart d’heure américain. Ou devrait-on dire le quart d’heure français puisque le duo prône la langue de Molière, honorant leur génération, leurs idoles et la nouvelle catégorie d’électro pop hexagonale.

Ça fonctionne plutôt bien. L’ambiance est bonne, les attaques instrumentales permettent de lâcher la pression, les accords répétitifs défoulent, le flow est rapide et efficace, et le tout file la patate. On se voit « chanter sous les cocotiers », avec « Un mec en or » avant de se jeter dans le « Grand bassin ».

Pourtant, on n’est pas carrément carrément conquis-es par la prestation live. Après 5 ou 6 chansons, on se lasse de la redondance musicale. Malgré leur énergie communicative, on sait que la scène n’est pas leur domaine de prédilection. Peut-être leur retenue apparente mériterait le lâcher prise auquel leurs chansons nous incitent pour dépasser le stade du concert « sympa ».

 

Célian Ramis

Mythos 2017 : Claire Diterzi, dans les coulisses de son inspiration

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Raconter la genèse de son album, « ce n’est pas ce qu’on attend d’une chanteuse », proclame Claire Diterzi, qui était vendredi 7 avril sur la scène de Mythos, au cabaret botanique, pour partager avec le public son Journal d’une création.
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Raconter la genèse de son album, « ce n’est pas ce qu’on attend d’une chanteuse », proclame Claire Diterzi, qui était vendredi 7 avril sur la scène de Mythos, au cabaret botanique, pour partager avec le public son Journal d’une création.

En mars 2015, l’ovni Diterzi sort un nouvel album. 69 battements par minute. La chanteuse-compositrice-auteure a décidé pour de prendre des chemins de traverse pour sa carrière. Elle veut faire de la chanson contemporaine. Mais ça n’existe pas dans les cases étriquées de l’art en général.

« Aujourd’hui, c’est la consécration des chanteuses avec des histoires d’amour archi connues qui rassurent les ménagères de plus de 50 ans. Mais je n’veux pas, moi, rassurer les ménagères de plus de 50 ans, je n’vois pas l’intérêt ! », s’exclame-t-elle. Alors Claire Diterzi fabrique son univers, résolument rock et extravagant, et impose son style.

Tenant un journal de bord durant la création de son disque, elle s’extirpe des cases étroites et explose les codes en proposant au public une manière originale de découvrir les sources de son inspiration. Concrètement, l’artiste dématérialise l’objet musical l’incluant dans une démarche globale, réunissant photos, collages, vidéos, théâtre, littérature et live au ukulélé.

Si ses chansons sont des extraits métaphoriques d’instants de vie vécus, sur scène, elle en donne les clés, pour décrypter les messages, comprendre les sens cachés. Des réflexions alambiquées, des jeux de mots, des private joke, des références, etc. Derrière les filtres de l’humour et l’esprit punk qu’on lui connaît, elle livre son histoire personnelle.

Elle, la fille d’Abdel, père kabyle tuberculeux obsédé par l’envie d’avoir un fils qui l’appellerait Sauveur. Elle, la fille d’une mère qui avait la main lourde sur ses filles parce qu’elle avait été abandonnée par son mari. Elle qui a grandi en cité HLM près de Tours, qui a été interpellée par le nombre de molosses – souvent des bergers allemands – tabassés par leurs propriétaires.

Elle qui ne veut pas d’enfant a eu deux filles et qui a divorcé de son époux metteur en scène après 10 ans de mariage. Elle qui a vécu dans le rue Poulet. Elle qui a une amie prénommée Kaka. Elle qui n’a annulé qu’une seule fois un concert pour cause de pneumonie et qui en passant une radio des poumons a aimé voir écrit « cul de sac pleuraux libres ».

Elle raconte des souvenirs, les couleurs et les motifs des papiers peints de son enfance, qu’elle alimentera de dessins de pénis, des passions, comme celle qu’elle entretient pour Rodrigo Garcia, des anecdotes qui semblent sans intérêt mais que tout le monde a vécu en observant les gens dans le métro, des faits médicaux en passant la visite médicale obligatoire au renouvellement de son statut d’intermittente du spectacle…

Elle a des troubles du sommeil, parce qu’elle a essuyé « un bon gros coup de pute cet hiver mais elle en a vu d’autres », elle a un penchant – et un déni pour celui-ci – pour l’alcool, elle considère que vieillir n’est pas nécessaire, n’a plus peur de la mort et a vécu pendant deux ans avec un homme impuissant. Du gâchis selon elle, puisqu’elle boxe dans la catégorie « bonnasse ».

De tous ces détails jaillissent des raisonnements parfois absurdes, parfois tirés par les cheveux, parfois poétiques et parfois trash. Et finalement, comme les mille pièces d’un puzzle, tous ces fragments de vie et de pensées s’emboitent pour devenir « Un pédé refoulé », « Infiniment petit », « L’avantage avec les animaux c’est qu’ils t’aiment sans se poser de questions », « 69 battements par minute »…

Libre, rebelle et indépendante, elle affiche sa transgression et son esprit irrévérencieux dans un seule en scène qui semble de temps en temps manquer de naturel et de spontanéité mais qui démontre une manière nouvelle d’exprimer l’art et la musique. Une forme intéressante et intrigante.

 

Célian Ramis

Mythos 2017 : PJ Harvey, vision poétique d'un monde en berne

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PJ Harvey a publié, en amont de son dernier album, un recueil de poésies, The hollow of the hand dont elle proposait une lecture, vendredi 7 avril, au cabaret botanique, à l’occasion du festival Mythos.
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Connue pour son rock abrasif et alternatif, la chanteuse-compositrice-auteure britannique PJ Harvey a publié en amont de son dernier album, The hope six demolition project (mai 2016), un recueil de poésies, The hollow of the hand dont elle proposait une lecture, vendredi 7 avril, au cabaret botanique, à l’occasion du festival Mythos.

Elle cherchait quelqu’un pour faire des photos. En découvrant l’exposition de Seamus Murphy à Londres, elle reste sans voix face à son travail. À partir de ce moment-là, elle fera tout pour le rencontrer. « Il ne me connaissait pas, on est devenus amis. », explique-t-elle en cette fin d’après-midi ensoleillée.

Il est photojournaliste et affiche au compteur des années d’expérience dans des zones de conflit. Elle lui propose alors de collaborer sur son projet et de voyager ensemble. Le duo se rendra tout d’abord au Kosovo :

« j’ai toujours été fascinée par ce pays, été intéressée et horrifiée par la guerre là-bas. C’est là qu’on commence. »

Debout sur la scène, elle déclame ses poèmes dans la langue de Shakespeare, traduits en français sur l’écran installé derrière elle. C’est un autre univers que propose PJ Harvey qui dans The hope six demolition project distille un rock saturé, un rock incisif et un blues viscéral, sous-tendus par des sonorités orientales et des effets vocaux aigus et enfantins.

Mais c’est le même voyage dans lequel elle nous invite. Nous embarquant dans un monde qui part à vau-l’eau. Elle nous guide, à travers sa voix et sa plume, dans les villages abandonnés aux maisons en ruines, dans les sols poussiéreux auxquels les derniers espoirs se confondent, avant de visiter, de ses yeux ébahis, l’Afghanistan.

« Je vouais y aller depuis plusieurs années. Et Seamus connaissait très bien le pays. On y est allés, moi j’avais seulement un carnet dans lequel je notais tout ce que je voyais. On a vécu plusieurs situations difficiles et être poète, ça aide beaucoup. Seamus disait tout le temps que j’étais poète, ça nous a sorti de ces situations, car c’est très respecté en Afghanistan. », souligne-t-elle, précisant qu’elle a tenté, autant que possible, de se détacher d’idées préconçues, observant son environnement avec des yeux d’enfant, simplement en notant ce qu’elle voyait, « de manière naïve ».

On traverse avec elle les paysages dont les reliefs cachent des millions d’années de douleurs, dont les vallées s’illuminent et dont les montagnes voilées dominent tout ce qui a trait à l’humanité. On croise un singe orange dans la peau sage, une colombe grise qui surplombe les ruines, un garçon orphelin de maison qui n’oublie pas ses valeurs d’hospitalité en offrant du thé et du pain aux voyageurs, une main ignorée qui mendie.

La salle est suspendue à ses lèvres. À la manière d’une Cate Blanchett, elle perçoit l’entière attention de son auditoire. Elle narre une infime partie de la noirceur du monde qu’elle nuance de douceurs et de poésie sensible. La pauvreté résonne comme un thème majeur et central de son œuvre, contrecarrée par des onces de beauté qui ne peuvent avoir valeur pécuniaire.

Son voyage s’achève à Washington DC, point névralgique des hautes décisions politiques prises par les Etats-Unis en direction du Kosovo et de l’Afghanistan, entre autre.

« Nous avons gardé la même démarche : observer autour de nous. Et on a retrouvé une similitude dans la pauvreté. »
précise PJ Harvey.

La grande et longue Histoire, les migrations, la mendicité… et toujours, pour les exprimer, les refléter et les mettre en perspective, des Hommes et des animaux, des colombes en particulier. Et c’est dans un climat apaisé qu’elle entame la lecture de certains poèmes de sa nouvelle collection. Captivant.

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