Célian Ramis

Najma Dream : secouer les culs et les esprits !

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Cécile, autrice compositrice et chanteuse de Najma Dream
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Cécile inscrit dans sa musique son engagement féministe et queer, au cœur des enjeux qui traversent profondément l’espace festif nocturne.
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Najma Dream, artiste féministe et queerIl y a de la colère dans Mitote. Mais aussi des joies militantes, des corps qui dansent, se réapproprient l’espace, se libèrent et expérimentent. Pour son deuxième album, Najma Dream entremêle intime, addictions, injonctions, lutte contre les VSS et électro punk aux sonorités balkaniques. Cécile inscrit dans sa musique et dans son rapport à la scène son engagement féministe et queer, au cœur des enjeux qui traversent profondément l’espace festif nocturne.

Au départ, il y a le saxophone qu’elle apprend au conservatoire de Limoges, dès l’enfance. Et puis, il y a la rupture avec l’enseignement classique, à l’adolescence : « Je me suis fait virer du conservatoire parce que je n’arrivais pas à rentrer dans le moule. » Vient alors la découverte des musiques balkaniques, à travers les films de Tony Gatlif et Emir Kusturica. S’ensuit l’entrée à la fac, à Bordeaux, pour étudier la psychologie et l’anthropologie, et renouer avec sa passion jusqu’à quitter les bancs de l’université pour se professionnaliser dans une école de musiques actuelles. « Je ne suis devenue intermittente qu’en 2020. J’ai passé pas mal d’années avec la trouille de l’intermittence. Je faisais pas mal de petits boulots, beaucoup d’aide à domicile », souligne Cécile. 

Entre-temps, elle sillonne avec son compagnon de l’époque la Roumanie, intègre un groupe de balkan fusion à Limoges et sort un premier EP avant l’arrivée du covid. « Le groupe ne s’est pas relevé mais je me suis rapprochée d’un beatmaker avec qui on a lancé le projet Najma Dream. À cette période, je me suis intéressée aux pédales d’effet, aux loopers, à la musique assistée par ordinateur… Ces outils-là étaient un moyen de pouvoir produire chez soi et de communiquer de la musique en s’envoyant des fichiers », raconte-t-elle. Un premier album, Nadara, est enregistré en studio et Cécile, qui évolue désormais seule, investit le projet pour le porter sur la scène. « C’était un méga challenge ! J’étais en résidence permanente pendant ce temps-là ! », rigole la musicienne.

LE RÉVEIL DE LA COLÈRE

Najma Dream, artiste féministe et queerDu studio à la scène, d’un duo à un solo, d’un premier à un deuxième album… Najma Dream se transforme au fil de la tournée, des expériences professionnelles et du cheminement personnel. D’un point de vue technique, Cécile poursuit son autonomisation, s’allégeant d’un matériel pesant en direction d’un dispositif scénique plus light, ce qui lui permet au passage une meilleure proximité avec le public. De sa vie intime, elle puise la matière pour écrire en français, avec la volonté d’être comprise : « Sur le premier, je chantais en roumain, je me cachais derrière un langage que j’aime beaucoup parce que j’ai pas mal voyagé là-bas mais que j’ai eu, petit à petit, envie de lâcher. » Là encore, c’est un challenge. Une mise à nu mais aussi une nécessité : « Dans cette évolution, il y a eu tout un travail thérapeutique. J’en parle sur scène parfois quand je suis en café-concert, que j’ai le temps de faire de la prise micro, d’être dans l’échange. »

Depuis le mois de mars, elle inaugure l’ère de son deuxième opus, espace dans lequel les sonorités balkaniques rencontrent l’esprit électro punk qu’elle insuffle dans Mitote. Un titre qu’elle doit à la lecture du 5eaccord toltèque. Derrière ce terme, l’idée de vacarme et de chaos. « Ça correspondait bien à cet état de colère avec lequel j’étais en train de renouer. J’étais alors en rémission de mon passé addictif », indique Cécile. Ses comportements toxiques, sa consommation d’alcool notamment, ses troubles alimentaires, elle ne les cache pas. Au contraire, elle aborde ces sujets dans sa musique pour ne pas en faire un tabou, une honte. Ni pour elle, ni pour toustes celleux qui vivraient des expériences similaires. Par ce biais, elle se libère de ce qu’elle a longtemps considéré comme des béquilles pour avancer. Et avec, elle ouvre la voi(e)x à la parole, « à tout ce qui était noyé et étouffé dans ces comportements et qui ressort. » La colère jaillit, la prise de conscience opère : « J’ai deux grandes sœurs qui me disent que des fois elles ont l’impression que j’étais comme la Belle au bois dormant. Le réveil a été costaud. La notion d’injonction sociale sur le corps des femmes, le poids du patriarcat… ça m’a mis dans un état de colère ! »

LE DANCEFLOOR AUSSI EST POLITIQUE

La colère, et la légitimité à l’exprimer, traverse l’ensemble des 12 chansons. Najma Dream démontre que l’intime est politique. Et c’est ce que raconte Mitote en dénonçant la sexualisation du corps des femmes dans les relations hétéros, les performances pornos et sur les sites de rencontre, en questionnant le consentement et les limites, en célébrant la sororité et en s’attaquant à une société capitaliste comme garante des systèmes d’oppression et de domination. Santé mentale, injonctions, sexualités et violences sexistes et sexuelles se mêlent dans cet album où le personnel résonne dans le collectif. C’est là son espace de militantisme. La musique, la scène, le dancefloor. 

Son slogan : bouger des culs pour secouer les esprits. « J’ai besoin de poser les choses, de le verbaliser et de passer par le corps. Les lieux de teufs sont souvent liés à la consommation de drogue, d’alcool, d’abus et d’excès, mais aussi de violences. J’ai quand même l’impression qu’il y a de plus en plus une prise de conscience où il y a besoin d’endroits safe », analyse la productrice de musiques électro. À la manière de Rebekka Warrior, mais aussi d’associations et de collectifs tels que Consentis ou Stourm entre autres, elle engage une réflexion profonde sur le milieu festif, notamment nocturne, où les rapports de domination peuvent être renforcés par des comportements toxiques, eux-mêmes banalisés par certains stéréotypes associés aux genres musicaux. 

REMETTRE LE CORPS AU CENTRE

Najma Dream, artiste féministe et queerAvant tout des lieux de sociabilisation, les clubs, salles et bars à concerts peuvent être réinvestis, dans un esprit festif d’émancipation, de liberté et d’acceptation. « Il y a une volonté claire avec cet album de remettre le corps au centre. Parce que moi, le mien, je l’ai dévasté pendant des années. Ça a été le chantier. Et pourtant, c’est de par lui que je suis en interaction avec le monde, avec les gens », se réjouit-elle. Dé et reconstruire ensemble, de manière durable : « Reprendre soin de mon corps, me réapproprier mon corps face aux injonctions sociales… J’ai ouvert la porte mais ce n’est pas encore fini. J’ai pris 15 kilos en 2 ans et je milite pour me foutre la paix. À moi et à mon corps. En tout cas, j’essaye ! » 

Sans pression ni jugement dans son discours. Pas question d’ajouter de l’injonction là où elle milite pour l’émancipation. Elle sait les difficultés liées aux addictions. « Je pense qu’il y a des moments où on est en capacité d’être en lutte et des moments où on ne l’est pas », poursuit-elle, en référence à la « Règle numéro 1 » qui introduit son album : ne pas se résigner. « Dans le fond, même quand on sait qu’on n’y arrive pas, on peut quand même penser qu’on va y arriver. Il y a quand même une grosse déter de fond. Mais avec bienveillance et souplesse quand, des fois, on trébuche ! », rigole-t-elle : « Ça c’est mon passé d’addict qui parle. En fait, l’idée c’est de ne pas trop se mettre la pression mais un peu quand même, sinon personne ne va te sortir de là à ta place. Pour moi, il y a un état d’urgence. »

CRÉER UN ESPACE D’EXPRESSION

C’est de cet état d’urgence que jaillit le militantisme de cet opus qui ne s’excuse ni de son engagement ni de ses propos percutants. Si au quotidien, les discussions autour des sujets de société peuvent être houleuses et compliquées, elle n’hésite pas à les lancer à son endroit artistique : « Sur scène, pour le coup, je les secoue ! C’est le moment où je propose d’en parler. De chanter, de danser, on peut même en rigoler. J’essaye de trouver un équilibre avec un ton un peu léger et frontal en même temps. » Le ton est cash, la démarche réfléchie, motivée par la volonté d’agir concrètement :

« Le truc avec le consensuel, c’est qu’à un moment donné, je trouve, qu’on risque de perdre du temps… Il y a des gens qui meurent en fait de ça ! Du patriarcat et de la société qui nous rend, réellement, malades. » 

Elle cite Suzane qui, dans sa chanson « Viril », rappelle que rien n’est acquis et que les femmes peuvent à tout moment perdre leurs droits, et leurs vies. Dans son entourage, elle ressent l’aspect anxiogène et touchy de ces sujets : « Ça met mal à l’aise de prendre conscience de la réalité des rapports hommes-femmes dans leurs intimités, dans leurs désirs, etc. C’est très délicat. On en est encore là. » Mais elle le dit aussi, c’est exaltant. La mise en mouvement, les discussions, l’action. « Je n’ai pas prémédité d’être militante sur cet album. Le militantisme, tu le fais parce que quelque chose de viscéral te pousse. Il y a un côté prenant et on se sent en action, si on arrive à trouver un endroit pour le faire. Moi je ne vais pas en manif. Mon médium, c’est la musique et la scène », commente Cécile. Ainsi, elle favorise la création d’un espace de paroles. Même si celles-ci ne sont pas toujours acceptables : « Le concert, il engage pas mal de discussions. Et c’est parfois difficile avec les hommes notamment. Un jour, mon cerveau s’est mis en déni pour ne pas foutre une paire de baffes à un mec… »

VISIBILISER LES CORPS DES PERSONNES SEXISÉES

Najma Dream, artiste féministe et queerAu sein de Najma Dream, Cécile fait vaciller les normes et bouscule les représentations. Dans ses productions audiovisuelles ou dans le choix de ses tenues de scène, elle renforce la teneur de ses messages politiques et revendique la liberté d’exister à travers un corps assumé. Crâne rasé, ventre apparent, soutif au placard et cache-tétons arborés sous des vestes ou tee-shirts transparents, elle se positionne à l’écoute de ses désirs et expérimente au gré de ses volontés et influences, nommant Peaches (rockeuse canadienne née dans les années 60) sa référence actuelle : « C’est une grosse inspiration pour moi. Elle a plus de 60 et elle porte des cache-tétons avec des touffes de poils ! Elle va assez loin, j’adore ! La scène, c’est un moment où on peut essayer des choses plus ou moins en sécurité… »

Un corps est un corps. En clair : ne pas se justifier est également un enjeu féministe qu’elle investit. Évoluer dans le milieu LGBTQIA+ lui permet cet accès aux possibles. S’imposer sur scène, chanteuse, autrice, compositrice, musicienne, productrice de musiques électroniques mais aussi femme queer, militante. Un tout, un ensemble. Avec un corps en mouvement, qui danse et qui existe. En dehors des injonctions genrées, à la minceur et aux cheveux longs. « J’ai une poitrine importante, des formes, elles sont là, elles sont assumées et c’est hyper agréable, en tout cas encourageant. Parce que les femmes me voient et se disent que je pète la féminité, avec le crâne rasé, etc. C’est des trucs que tu prémédites pas ! », s’enthousiasme Cécile. 

Elle participe au changement des représentations et à la visibilisation des corps des personnes sexisées. Par son engagement militant dans sa musique, par sa liberté de ton et de parole en tant qu’artiste indépendante mais aussi par ses choix d’entourage professionnel. Convaincue de l’importance de la sororité et de l’adelphité dans les transformations sociales et sociétales, elle collabore avec le label Vlad Productions et avec Nymphea Bourreau, fondatrice de Queer et femmes sur scène ainsi que du café associatif Les Imperti.nantes. « Je suis trop contente de l’avoir rencontrée. C’est une personne qui pose les choses sur son engagement, son militantisme, sur la visibilisation des femmes et des personnes queer dans le milieu du spectacle vivant. La classe ! Ça fait du bien de sentir qu’on peut avoir un entourage professionnel comme ça ! », prône l’artiste de Najma Dream.

Une manière de faire collectif pour mieux faire bouger les lignes. Et de faire de la colère, des corps et de la fête des espaces de lutte, mais aussi de joie et d’émancipation.

Célian Ramis

Girls to the front, encore et encore !

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Parler des meufs et des minorités de genre dans le milieu des musiques alternatives, et en particulier sur la scène hardcore, punk et tous ses dérivés. Et surtout leur donner la parole. Pour rompre le silence et déconstruire les idées reçues.
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Parler des meufs et des minorités de genre dans le milieu des musiques alternatives, et en particulier sur la scène hardcore, punk et tous ses dérivés. Et surtout leur donner la parole. Pour rompre le silence et déconstruire les idées reçues. Le fanzine Women of the gig garantit l’esprit DIY féministe hérité des mouvements Riot Grrrls et contribue à l’empouvoirement et à la libre expression des personnes concernées. 

« On est fatigué-e-s des boys club, des boys band, qui nous invisibilisent, nous infantilisent, nous coupent la parole trop souvent. Alors, c’est pour ça qu’on a voulu créer ce medium pour donner la parole à celleux qui font la scène, qui vivent par et pour la musique et qui militent pour des valeurs féministes, antifa, anticapitalistes ! »

C’est ainsi que s’ouvre le premier numéro du fanzine Women of the gig, imaginé et réalisé par Ana, paru en juin dernier. « C’est parti de l’envie de parler de mes expériences persos. D’un ras-le-bol que j’ai eu. Je suis allée à un concert hardcore et dans le pit (fosse dans laquelle s’effectuent les danses lors des concers punk, hardcore, queercore, metalcore, etc.), un mec m’a poussé une fois, deux fois, trois fois et m’a dit « T’as pas ta place ici »… », explique-t-elle.

Le sexisme n’est pas anecdotique dans ce milieu, à l’instar de tous les secteurs de la société, il en découle d’un système patriarcal encore et toujours en vigueur. De là, elle décide de créer l’association Mal baisé-e-s et de créer des événements en non mixité choisie. La création d’un fanzine lui trotte rapidement dans la tête :

« J’osais pas… Je pensais être illégitime. En allant dans les soirées organisées par Arak Asso, on m’a dit qu’en tant que meuf straight edge – le straight edge est une sous-culture du punk hardcore (pas d’alcool, de drogue, de comportement addictif, lié au véganisme, etc.) – j’avais ma place et ma légitimité. Je me suis lancée et je l’ai réalisé de A à Z, avec juste l’aide d’un pote pour InDesign. »

Choix des sujets, interviews, dessins, recherches, rédaction et mise en page, Ana s’investit à fond dans la création d’un fanzine riche en informations et en découvertes. Sa volonté : puiser dans son vécu pour questionner les pratiques inégalitaires dans les musiques hardcore et punk, interroger les personnes concernées et restituer les expériences et ressentis dans l’esprit Riot Grrrls. C’est-à-dire « un zine très mignon mais très vindicatif ! » Sans oublier la revendication de Bikini Kill, L7 et leurs copaines : Girls to the front !!!

MUSIQUE LIBÉRATRICE ET CATHARTIQUE

Dans les arts et la culture, les personnes sexisées sont majoritairement absentes des programmations, des postes de direction, des équipes techniques, des conseils d’administration, des studios de répétition, etc. Les musiques actuelles et les musiques alternatives ne font pas exception. Encore pensées comme des bastions de la virilité, elles sont représentées au masculin, fantasmées à coup de testostérone.

« On cantonne toujours les meufs à être chanteuses. Ou on pense que c’est les copines des batteurs… Dans le punk, il y a des meufs. Pas beaucoup mais il y en a. Dans le punk hardcore, il y en a encore moins. Ou peut-être qu’il y en a mais on ne les connaît pas car elles ne sont pas mises en avant. C’est une scène historiquement très masculine avec des danses vues comme très violentes. Les meufs et les minorités de genre ne se sentent pas à l’aise. », souligne Ana.

Il s’agit là d’idées reçues. De stéréotypes néfastes qui entachent la profondeur de ces genres musicaux. « Toutes les scènes ont leur façon de bouger. Beaucoup de gens ont des a priori sur le hardcore. Mais il suffit d’aller aux concerts et de parler aux gens pour comprendre que les danses sont certes violentes mais restent bienveillantes. Si on ne s’y intéresse pas, on pense que c’est juste un truc de mascus… On voit peu de meufs car ce n’est pas un style démocratisé. », poursuit la créatrice du fanzine.

Elle part de sa trajectoire personnelle, du ressenti d’un profond malaise au collège qui la mène au lycée à adopter des conduites addictives qu’elle décrit elle-même comme dangereuses. Elle le dit : « Plus jeune, j’écoutais déjà des groupes comme Blink 182, Greenday, etc. Quand je suis entrée aux Beaux Arts en 2018, j’ai rencontré le gars qui fait le zine de punk No comply, je suis allée l’année suivante au Superbowl of hardcore, au Jardin moderne, à Rennes. Ça m’a forgée de découvrir le hardcore et ses dérivés. Ça s’écoute et ça se vit. La musique est vraiment cathartique pour moi et tout s’est regroupé avec le straight edge. C’est maintenant ma façon de vivre. »

Libérateur, le punk hardcore aborde, grâce aux nouvelles générations et aux groupes politisés, les thématiques de la culture du viol, le respect des êtres humains, ainsi que de tous les êtres vivants, les valeurs antifascistes, anticapitalistes et antispécistes, la réappropriation du corps après un événement traumatique, etc.

« Dans mes textes, je dis que j’ai ma place ici et que t’as pas intérêt à me dire le contraire. Dans les groupes de meufs, il y a cette revendication de vouloir se réapproprier la scène. Et je pense que c’est important de se créer des espaces pour en parler. Moi, j’aime beaucoup ce truc de « Girls to the front », même si pour le coup avec le pit, je sais pas trop comment ce serait possible… »
signale Ana.

Les meufs et les minorités ont toute légitimité à intégrer les canaux de création et de diffusion des musiques alternatives qui doivent, tout autant que les autres branches, déconstruire les mécanismes de domination, intégrés par les un-e-s et les autres de par l’éducation genrée qui perdure dans une société encore largement patriarcale et capitaliste. 

REPRÉSENTATIONS, HISTOIRE ET EMPOUVOIREMENT

Ici, on entend les voix de celleux qui participent à la scène hardcore et queercore en tant que chanteur-euse-s, musicien-ne-s, technicien-ne-s ou encore public, on prend en compte les parcours et trajectoires des interviewé-e-s qui témoignent des difficultés liées à leur sexe, à leur genre ou à leur identité de genre, on déconstruit l’attitude « Tough guy » du hardcore consistant à adopter les codes streetwear et les comportements pensés masculins (dans les tenues, les postures, etc.) pour être intégré-e-s, on parle représentations dans les visuels et les programmations, on (re)découvre l’histoire des Riot Grrrls, on s’inspire des Pussy Riot, on puise des solutions parmi ces mouvements mais aussi la création et mise en place de festivals comme le Ladyfest, proposant à l’occasion d’un rassemblement musical de participer à des ateliers d’auto-défense, de mécanique, de pratique d’instruments, de cuisine végétarienne, etc.

« C’est un cercle vertueux : si des meufs voient d’autres meufs sur la scène, dans le public, aller dans le pit, ça les poussera à aller dans le pit, à créer des fanzines, à monter des groupes, faire des podcasts, lancer des assos, etc. Tout est important ! On est nécessaires à la scène, sinon on reste dans le cliché du milieu méga masculin… »
s’enthousiasme Ana.

Parce que c’est là aussi son message à travers ce fanzine : la découverte d’un milieu musical pour les non initié-e-s et l’empouvoirement de toutes les personnes concernées : « J’ai envie de leur dire de se lancer si iels veulent se lancer ! Être une meuf ne nous conditionne pas à rien faire. Si tu veux te lancer, lance toi ! Sinon, ça passe aussi par le fait de partager les projets de tes potes, de les soutenir, etc. »

Sur elle, ça fonctionne également : « Je suis archi fière ! Je suis même en train de le traduire pour qu’il soit diffusé en Angleterre ! Je ne pensais pas que ça marcherait autant. C’est un outil très cool qui peut tourner, passer de mains en mains. C’est pas fait pour rester dans une bibli… Je me sens maintenant plus légitime pour le numéro 2. Parce que les gens valident et me disent que c’est nécessaire. J’ai plein d’idées encore pour la suite. Je vais parler du straight edge, des luttes anti-fascistes, etc. C’est encore plus personnel. Et puis, j’ai toujours autant envie de donner la parole aux concerné-e-s ! »

 

Numéro 1 – 65 pages – 7 €