Mai 2019

Writers: 
Marine Combe
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Marine Combe
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Quand Jop rencontre Antigone, ça déclenche une étincelle jaune-orangée et bleu nuitée qui crépite sous la forme d’une bande-dessinée publiée au début de l’année aux éditions Goater. Antigone, personnage mythique qui nous vient de la Grèce Antique et que l’on connaît particulièrement grâce à l’adaptation de Jean Anouilh, est une figure intemporelle de résistance et de transgression.

Pas étonnant donc de la retrouver dans les rayons de l’éditeur rennais sous les traits engagés d’un jeune auteur-dessinateur de BD. Imaginée dans une époque moderne et un contexte social tendu, Antigone est une jeune femme révoltée, prête à mourir pour ses idées.

Son combat ici, c’est une Zone À Défendre, un bâtiment qui abritait des migrants, partis avant l’exécution de la menace d’expulsion. Déclamée « cause perdue », l’adolescente reste et persiste dans ses convictions. N’en déplaise à son oncle Créon, préfet de police pris entre sa fonction impliquant respect de l’ordre et application des lois et son envie de protéger sa nièce désobéissante.

Le récit est court mais nous tort viscéralement cerveau et boyaux d’un coup de revers. Parce qu’il est magnifique. De par le dessin et les couleurs, de par l’intelligence et la subtilité du parallèle et de la connexion entre toutes les Antigone et de par le militantisme qui s’en dégage, tout en laissant apparaître la complexité des relations humaines et du rapport que l’on entretient, de manière différente, avec le pouvoir. Magnifique version d’une Antigone punk et rebelle, signée Jop.

Text: 

Plus exactement « pour préserver l’équité de la compétition féminine ». C’est la raison invoquée par le règlement de l’IAAF (Association internationale des fédérations d’athlétisme), mis en place en 2018, pour contraindre les sportives à un protocole hormonal quand celles-ci produisent naturellement un taux de testostérone plus important que celui donne le ticket d’entrée dans la case « Femme ». 

Cette règle, c’est la championne sud-africaine Caster Semenya qui la combat. Pour sa dignité. Parce qu’elle refuse à juste titre de se soumettre à une réforme visant à l’obliger à faire baisser son taux de testostérone. 

Le 30 avril, le Tribunal arbitral du sport a rejeté son recours contre ce règlement bel et bien reconnu comme discriminatoire, estimant que cette discrimination « constituait un moyen nécessaire, raisonnable et proportionné d’atteindre le but recherché par l’IAAF, à savoir de préserver l’intégrité de l’athlétisme féminin dans le cadre de certaines disciplines (du 400 m au mile). » 

Le règlement entrera en vigueur le 8 mai, le temps pour Caster Semenya de remporter haut la main le 800 mètres à Doha le 3 mai dernier et de lancer un signal fort : « Je suis un être humain. La vie est trop courte, je ne vais pas perdre mon temps avec ces histoires. Si vous vous mettez sur ma route, je vais vous passer par dessus. Je vais continuer à vivre ma vie, quoi qu’il arrive, m’entrainer et courir. » Pour préserver l’humanité de la connerie de la binarité dont il faudrait urgemment se distancier. 

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Title: 
Antigone, le refus de l'injustice sociale et de l'ordre établi
Title: 
La dignité, le prix à payer pour "préserver l'équité"
Summary: 
Le récit est court mais nous tort viscéralement cerveau et boyaux d’un coup de revers. Parce qu’il est magnifique. Sublime version d’une Antigone punk et rebelle, signée Jop.
Summary: 
Le règlement discriminatoire établi par l'IAAF, entré en vigueur le 8 mai dernier, ne préserve malheureusement l'humanité de la connerie de la binarité... Dommage.

Janvier 2019

Writers: 
Marine Combe
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Marine Combe
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Coy, Ashley, Amelia, Alfonsina, Ada, Maya, Isabel, Harriet, Frida, Eufrosina, Brenda, Yusra, Nellie, Manal, Lakshmi, Hedy, Carmen, Beatrice, Sonia, Shamsia, Lorena, Gloria… Elles sont 200 et nous font rêver tous les soirs.

Avant de dormir, dans la pénombre de la nuit paisible venue remplacer l’ébullition de la journée, elles nous murmurent leurs histoires, leurs ambitions, leurs accomplissements, au fil des siècles et des continents. Et quand l’aube chasse le crépuscule, elles nous accompagnent au quotidien, nous susurrant à l’oreille : « Vous êtes la promesse, vous êtes la force. Ne reculez pas, et toutes les autres avanceront. »

Bien vite, on ne peut plus se passer des Histoires du soir pour filles rebelles, deux tomes publiés aux éditions Les Arènes en octobre 2017 – vendu à près d’un million d’exemplaires dans le monde - et en octobre 2018. Francesca Cavallo et Elena Favilli retracent les destins de plusieurs centaines de femmes extraordinaires, ayant cru en leurs capacités et leur détermination. Pour une poignée d’entre elles, leurs noms, travaux et/ou exploits traversent les années et marquent les générations.

Pour les autres, elles ont été oubliées et/ou ignorées de l’Histoire. Heureusement, les deux écrivaines s’invitent dans la réhabilitation de toutes ces personnalités multiples et variées qui n’ont pas accepté d’être conditionnées par leur sexe et leur genre. Elles ont bien fait puisqu’aujourd’hui, elles nous encouragent – petites et grandes – à réaliser qu’il ne tient qu’à nous de rendre les choses possibles.

Text: 

Lille. Mercredi 26 novembre 2018. Fares Araoudiou sort du métro au bras de son compagnon. Ils sont insultés de « pédés » par trois hommes et frappés lorsque Fares rétorque : « On est gays et on vous emmerde ! ». Au commissariat, la plainte n’est pas acceptée sous prétexte que l’homme n’a pas de certificat médical pour faire constater ses blessures.

« Je me suis renseigné auprès d’un avocat, ce n’est pas du tout la procédure. C’est au commissariat de saisir la médecine légale pour procéder à ces constatations et déterminer le nombre de jours d’ITT. C’est d’ailleurs ce qu’il s’est passé lorsque je suis venu déposer plainte au commissariat de Montpellier (son lieu de vie, ndlr). », explique Fares Araoudiou au journal Midi Libre.

Il ne souhaite pas accuser la police française d’homophobie mais dénonce la fréquence et l’augmentation des violences homophobes, toujours plus nombreuses, quotidiennes et invisibilisées, minimisées.

Dans une tribune signée Véronique Godet et Joël Deumier, de SOS Homophobie, parue dans Ouest France le 3 janvier 2019, l’association demande des actions concrètes et immédiates aux pouvoirs publics : cesser de repousser l’extension de la PMA et la réforme de la filiation, permettre aux personnes trans de s’autodéterminer, cesser toutes les mutilations génitales sur les enfants intersexe, assurer et garantir la protection des personnes LGBT+, former les agents du service public au respect et à l’égalité. Difficile de penser qu’on est en 2019…

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Title: 
Chaque soir, une rebelle nous éveille
Title: 
L'homophobie, toujours pas punie
Summary: 
Heureusement, les deux écrivaines s’invitent dans la réhabilitation de toutes ces personnalités multiples et variées qui n’ont pas accepté d’être conditionnées par leur sexe et leur genre.
Summary: 
Il ne souhaite pas accuser la police française d’homophobie mais dénonce la fréquence et l’augmentation des violences homophobes, toujours plus nombreuses, quotidiennes et invisibilisées, minimisées.

Décembre 2018

Writers: 
Marine Combe
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Marine Combe
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Dix ans que les hommes du village sont partis à la guerre et pas une seule nouvelle, pas une seule information… Pour protéger les habitant-e-s et les troupeaux, les femmes ont établi l’ordre des Bergères guerrières, dans lequel Molly se fait une joie d’être admise, tandis que son meilleur ami Liam, lui, rêve d’en faire parti.

Le premier tome de Bergères Guerrières, signé Jonathan Garnier et Amélie Fléchais, nous fait découvrir l’univers singulier de ce lieu où les hommes ne reviennent pas, « situation absurde et triste (dont), nous, femmes du village, n’avons pas voulu devenir les victimes. »

Dès le début de l’histoire, on apprécie l’ambiance, le fonctionnement, les tempéraments des un-e-s et des autres, le caractère des images, ce qui nous fait dévorer le deuxième tome, dans lequel on adore frissonner en suivant les aventures des personnages, auxquels on s’est rapidement attaché-e-s.

Sans hésitation, la série – recommandée à juste titre par Ayla Saura, co-fondatrice de la librairie rennaise La nuit des temps, au micro des Héroïnes (émission féministe diffusée une fois par mois sur la radio Canal b) - figure parmi les meilleures bande-dessinées de la catégorie jeunesse. Le point de vue est original, tant dans le concept que dans la manière d’aborder le sujet et de l’accompagner graphiquement, et les thématiques sont nombreuses et intelligentes.

Le courage, la peur, la maladie, la guerre, la noblesse des valeurs, la découverte de soi et des autres, ainsi que l’expression des émotions apparaissent avec simplicité et justesse, sans que la question du sexe ne soit soulignée comme étant de l’ordre de la problématique. Fort et drôle ! Bergères Guerrières devrait compter 4 tomes, dont le 3eest prévu pour septembre 2019. Aux éditions Glénat, « Tchô ».

Text: 

Dans le monde de la farce et de la morale, il y a l’arroseur arrosé. Dans la réalité de la société et de la Justice, il y a le violeur acquitté et les victimes doublement punies. Le 15 novembre, Georges Tron, maire de Draveil, et Brigitte Gruel, son ancienne adjointe, accusé-e-s de viols et d’agressions sexuelles, ont été acquitté-e-s par la cour d’assises.

Un coup de massue bien violent qui va de pair avec les propos scandaleux tenus par son avocat, le non moins célèbre Me Dupont-Moretti, qui s’en est pris à l’Association européenne contre les Violences Faites au Travail : « C’est bien beau que la parole se libère mais vous préparez un curieux mode de vie aux générations futures. »

Ce qui est curieux, c’est de poursuivre la plaidoirie en comparant des récits de viols et d’agressions sexuelles au « toucher de genou d’une copine » et de reconnaître « la patience remarquable » de Georges Tron alors que lui aurait, selon ses dires, sauté à la gorge des plaignantes.

Faut-il donc applaudir son client pour ne pas les avoir molestées en plus d’avoir abusé de l’autorité de sa fonction ? Pas si étonnant de la part d’un avocat avide de pouvoir et d’affaires bien médiatisées, qui donnerait certainement raison, s’il pouvait le faire devant un tribunal, aux parents de la jeune femme vendue – par eux-mêmes, oui, oui - aux enchères sur Facebook le 27 octobre dernier.

Si le parquet a fait appel de l’acquittement cinq jours plus tard, il faudra des années, voire des décennies, et encore, avant que la Justice ne déconstruise sa pensée patriarcale.

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Title: 
Bergères guerrières : actrices de leurs vies et destins
Title: 
Le violeur acquitté, les féministes attaquées...
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Sans hésitation, la série figure parmi les meilleures bande-dessinées de la catégorie jeunesse. Le point de vue est original, tant dans le concept que dans la manière d’aborder le sujet.
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Si le parquet a fait appel de l’acquittement de Georges Tron cinq jours plus tard, il faudra des années, voire des décennies, et encore, avant que la Justice ne déconstruise sa pensée patriarcale.

Novembre 2018

Writers: 
Marine Combe
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Marine Combe
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Comprendre les luttes et les enjeux du féminisme en 230 pages, ça peut paraître ambitieux, vertigineux, voire présomptueux. Mais les militantes d’Osez le Féminisme !, Margaux Collet et Raphaëlle Rémy-Leleu ont assez bien relevé le défi dans l’ouvrage publié aux éditions First en septembre dernier, illustré par Diglee. 

Beyoncé est-elle féministe ? … et autres questions pour comprendre le féminisme répond à 10 questions autour de l’égalité entre les femmes et les hommes afin de déconstruire les idées reçues mais aussi et surtout pour aller plus loin dans le combat contre le sexisme. Illustrations humoristiques, infos pratiques, conseils de lecture, de sites ou de films, portraits de femmes qui comptent ou ont compté, le livre donne de nombreuses informations bien vulgarisées, afin de parvenir à expliquer très simplement quelles sont les revendications du féminisme et les barrières que la société doit encore franchir pour atteindre enfin l’égalité entre les sexes.

Alors, on l’avoue, ce n’est pas un coup de foudre – parce qu’il s’attache, un peu trop à notre goût, à un seul féminisme - mais un petit coup de cœur pour ce qui pourrait s’apparenter à un guide à mettre dans les mains des ados, jeunes adultes ou encore novices et curieux-euses ayant envie de se plonger dans une problématique sociétale. Une sorte de sensibilisation, d’introduction, à un sujet fondamental à la recherche et la construction identitaires, qui devrait – on l’espère - donner envie de creuser encore davantage !

Text: 

Le 28 octobre, le candidat d’extrême droite Jair Bolsonaro est élu à la tête du Brésil. Le lendemain, Bastamag.net publie un florilège de ses propos sexistes, racistes, homophobes, classistes, etc. C’est affligeant (et malheureusement pas nouveau dans la sphère politique, peu importe le pays).

En 2003, il s’en prend à la députée de gauche Maria do Rosario et réitère en interview : « Je ne suis pas un violeur. Mais si je l’étais, je ne la violerais pas, parce qu’elle ne le mérite pas. Elle est très méchante et très moche. Ce n’est pas mon genre. » En 2013, il s’adresse à Eleonora Menicucci, alors ministre du droit des femmes, en la qualifiant de « sale gouine », et rétorque à une députée de la gauche radicale qui réagit que sa formation est un « parti de connards et de pédés ».

Quelques années plus tôt, il avait conseillé aux parents de frapper leurs fils avec du cuir s’ils étaient gays, afin de les faire changer de comportement. « La plupart des gens ne sont pas prêts à recevoir une éducation et ne s’instruiront pas eux-mêmes. Seul un contrôle des naissances peut nous sauver du chaos. », déclare-t-il également en 2008.

On s’arrête là, désespéré-e-s de cette élection, contre laquelle se sont élevées les voix des millions de Brésiliennes, inquiètes quant au personnage et son programme, notamment en matière de droits des femmes, comme le rappelle Maria do Rosario : « Le Brésil est le champion des violences faites aux femmes. Vous imaginez si cette violence est encouragée institutionnellement. »

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Title: 
Laissez-vous guider par Beyoncé !
Title: 
La crainte, justifiée, des brésiliennes
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Une sorte de sensibilisation, d’introduction, à un sujet fondamental à la recherche et la construction identitaires, qui devrait – on l’espère - donner envie de creuser encore davantage !
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Florilège de ses propos sexistes, racistes, homophobes, classistes, etc. tenus par Jair Bolsonaro, élu à la tête du Brésil. C’est affligeant (et malheureusement pas nouveau dans la sphère politique).

Appelez-moi Nathan - Catherine Castro & Quentin Zuttion

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Appelez-moi Nathan ne se contente pas de quelques banalités autour d'un sujet encore peu et mal connu mais élargit les esprits et les possibles, en brisant plusieurs tabous néfastes à la construction des individus en devenir, peu importe le sexe et le genre.
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L’adolescence frappe à sa porte. Les seins poussent, les menstruations tâchent sa culotte. Mais qu’est-ce que c’est ce bordel ?, s’interroge Lila. Si elle est une meuf, est-ce que ça veut dire qu’elle est lesbienne puisqu’il est en couple avec Faustine ? Non, lui répond-elle.

Parce qu’elle sait qu’en face d’elle, c’est un mec. Il est Nathan et entend bien se faire prénommer ainsi, même si ses parents ont bien du mal à comprendre et à accepter la transition de leur enfant. Inspirée d’un garçon transgenre qu’elle connaît, Catherine Castro, grande reporter, décide de transposer son histoire dans une bande-dessinée qui illustre une partie de ce que peuvent ressentir et vivre les personnes trans.

Dans la réflexion sur l’identité, dans la relation aux autres, à travers Nathan mais aussi à travers sa bande d’ami-e-s, ses parents, son frère et les moqueries des autres élèves, les insultes homophobes et les conversations autour du sexisme et de la sexualité.

Appelez-moi Nathan ne se contente pas de quelques banalités autour de ce sujet encore peu et mal connu mais élargit les esprits et les possibles, en brisant plusieurs tabous néfastes à la construction des individus en devenir, peu importe le sexe et le genre.

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Sorcières - Mona Chollet

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Mona Chollet, toujours aussi brillante dans sa manière de vulgariser, de dénoncer la norme sans juger celles qui s’y plaisent et de porter un message déculpabilisant à toutes les femmes sorcières que nous sommes en partie.
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« La sorcière, écrit Pam Grossman, est le « seul archétype féminin qui détient un pouvoir par elle-même. Elle ne se laisse pas définir par quelqu’un d’autre. Épouse, sœur, mère, vierge, putain : ces archétypes sont fondés sur les relations avec les autres. La sorcière, elle, est une femme qui tient debout toute seule. » Or le modèle promu à l’époque des chasses aux sorcières, imposé d’abord par la violence et plus – avec la constitution de l’idéal de la femme au foyer, au XIXe siècle – par un savant mélange de flatterie, de séduction et de menace, enchaine les femmes à leur rôle reproductif et délégitime leur participation au monde du travail. »

Journaliste et auteure, Mona Chollet est non seulement brillante dans sa réflexion qui explore une figure devenue monstrueuse à coups de propagande patriarcale, fixant un parallèle entre les sorcières alors chassées, torturées et brûlées et les célibataires, les femmes sans enfants et les femmes qui vieillissent, aujourd’hui encore incomprises, moquées et stigmatisées.

Mais elle est aussi brillante dans sa manière de vulgariser, de dénoncer la norme sans juger celles qui s’y plaisent et de porter un message déculpabilisant à toutes les femmes sorcières que nous sommes en partie. Absolument libérateur !

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Revivre - Ugo Bertotti

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L’auteur-dessinateur s’attache à raconter, au-delà des questions terriblement actuelles, l’humanisme et l’espoir dans l’horreur de chaque situation.
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Selma, réfugiée palestinienne, est infirmière en Syrie, pays qu’elle doit quitter à cause de la guerre en septembre 2013 avec son mari et ses deux fils. À bord d’un bateau transportant des migrant-e-s en Italie, elle subit un grave traumatisme à la tête qui la mène directement à l’hôpital, dès son arrivée à Syracuse.

Un traumatisme auquel elle ne survivra pas longtemps. Avec le soutien du docteur Hassan, néphrologue palestinien, sa famille accepte de faire don de ses organes, qui permettront à trois italien-ne-s de poursuivre leurs vies.

Pour créer sa bande-dessinée, Ugo Bertotti, à l’écriture et au dessin, a recueilli les témoignages des proches de Selma et des trois personnes qui ont grâce à elle survécu.

L’auteur-dessinateur s’attache à raconter, au-delà des questions terriblement actuelles, l’humanisme et l’espoir dans l’horreur de chaque situation. Avec beaucoup de finesse et de pudeur, l’histoire est sensible, émouvante et percutante, malgré la brutalité des faits. On revit.

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"Gros" n'est pas un gros mot - Daria Marx & Eva Perez-Bello

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Daria Marx et Eva Perez-Bello livrent une enquête alarmante, accompagnée de témoignages et de conseils (de phrases à arrêter de dire aux personnes grosses) qu’il est urgent de lire pour réfléchir.
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« Passer le cap de la nudité est trop souvent une épreuve. (…) C’est bien le regard de l’autre qui bloque la volonté de la personne grosse, ou la grossophobie intégrée à force de remarques ou d’humiliations. La grossophobie peut entrainer l’isolement social, l’isolement professionnel, l’isolement amoureux : peut-être est-ce la grossophobie qui rend les relations difficiles, plutôt que l’obésité ? », interrogent les deux fondatrices du collectif Gras Politique dans ce manifeste contre la grossophobie, sous-titré « Chroniques d’une discrimination ordinaire ».

Fières que le terme entre en 2019 dans le dictionnaire sous la définition « Attitude stigmatisation, de discrimination envers les personnes obèses et en surpoids », elles ne s’en contentent toutefois pas. Parce qu’il est indispensable de déconstruire les préjugés que la société impose sur les personnes grosses et leurs impacts et conséquences.

Dans la vie amoureuse, la vie sociale, la vie familiale, la vie professionnelle, dans le rapport à son propre corps, sa propre personne, à la santé, à la sexualité… La grossophobie fait des dégâts partout et tout le temps.

Heureusement, Daria Marx et Eva Perez-Bello livrent une enquête alarmante, accompagnée de témoignages et de conseils (de phrases à arrêter de dire aux personnes grosses) qu’il est urgent de lire pour réfléchir.

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Peyi an nou - Jessica Oublié & Marie-Ange Rousseau

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Péyi an nou nous rappelle à quel point nous sommes ignorant-e-s et manquons d’intérêt pour un passé pourtant essentiel à connaître pour comprendre et analyser notre société actuelle et déconstruire le racisme d’État.
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On triche. Un peu. Parce que Péyi an nou date de fin octobre 2017. Pour en parler, on se saisit alors de la remise du prix étudiant de la BD politique – France Culture, début avril, à Jessica Oublié et Marie-Ange Rousseau, grâce à qui ce roman graphique est une merveille.

Après une enquête de deux ans sur la migration antillaise des années 1960 à 1980, le duo retrace l’histoire de l’émigration de 160 000 personnes originaires de la Guadeloupe, de la Guyane, de la Martinique et de La Réunion, organisée par le Bumidom (Bureau pour le développement des migrations dans les départements d’outre-mer), créé par Michel Debré en 1963 pour relancer l’économie de la France métropolitaine, profitant du fort taux de chômage en Outre-mer.

L’autrice et la dessinatrice s’intéressent à la politique de l’agence mais aussi à son contexte, ses répercussions et son impact sur les populations concernées et les générations suivantes. L’assimilation culturelle, la faible formation dispensée, l’attribution de métiers genrés et mésestimés, le tabou… la bande-dessinée délivre une réalité que la France voudrait ignorer et dissimuler.

Péyi an nou nous rappelle à quel point nous sommes ignorant-e-s et manquons d’intérêt pour un passé pourtant essentiel à connaître pour comprendre et analyser notre société actuelle et déconstruire le racisme d’État. 

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Dryades - Tiffanie Vande Ghinste

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Elle remet à plat des siècles d’idées reçues, démontrant ainsi qu’il n’y a rien de maléfique chez ces êtres bienveillants. En pleine émancipation, les personnages se révèlent lumineux, sains et libres. Ça fait du bien !
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Dryades, c’est l’histoire d’une femme qui sort de l’ordinaire. Voire qui sort de la mythologie. Pour échapper à l’ogre qui la retient prisonnière, elle se réfugie chez une jeune femme exaspérée par son colocataire toujours en vadrouille. Toutes les deux, elles développent une relation magique.

En noir et blanc, la bande-dessinée s’empreint des couleurs de leurs imaginaires et de leur mysticité. Dans les rues de Bruxelles, verdissent les plantes mortes et naissent les animaux sauvages, sur les murs. Le duo vient en aide aux personnes démunies, pour les apaiser, les guérir.

Elles forment un tout, créent de la magie, de la poésie, du bien-être et évidemment ne plaisent pas à tout le monde. On crie à la sorcellerie, on pourchasse les sorcières. Tiffanie Vande Ghinste nous présente des guérisseuses, des amatrices de plantes, des curieuses de la nature humaine, des sorcières des temps modernes.

Celles qui reprennent le flambeau de celles que l’on brulait fût un temps. Avec un trait et un scénario que l’on pourrait penser naïfs, elle remet à plat des siècles d’idées reçues, démontrant ainsi qu’il n’y a rien de maléfique chez ces êtres bienveillants, qui agissent en toute conscience. En pleine émancipation, les personnages se révèlent lumineux, sains et libres. Ça fait du bien ! 

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