Célian Ramis
Mythos 2014 : Les femmes fontaines vue par Rufus

Le festival Mythos accueille cette année Rufus, artiste vivant et célèbre personnage du paysage cinématographique français. « Rufunambule et les jaillissantes », spectacle qu’il présente pour la première fois au carré Sévigné où il est également artiste associé, fait l’ouvrage de recueils de poèmes, d’écrits et de lettres, supports de témoignages de femmes, d’hommes aussi, sur le thème encore tabou et méconnu, en tout cas, en occident, des femmes fontaines.
« Comment les gens vont-ils comprendre ce spectacle ? » fût la principale interrogation de l’artiste avant de monter sur scène. L’artiste raconte avoir puisé son inspiration au travers de l’œuvre écrite par le sociologue Jacques Salomé, L’effet source, paru en France il y a deux ans, retranscrivant quelques 300 témoignages de femmes qui osent parler librement de sexualité, et plus précisément des femmes fontaines.
Terme imagé utilisé pour parler des femmes dont le plaisir sexuel se manifeste par l’émission abondante d’un liquide au moment de l’orgasme. Sujet qui, à l’heure actuelle, n’est que trop peu abordé et trop peu nommé, comme le déplore Rufus. La médecine n’en parle pas, la religion non plus. « Nous n’avons qu’un seul mot pour parler de cela, il est donc difficile de trouver une connivence, difficile d’y apporter de l’humour. L’évocation poétique me semblait la meilleure voie à prendre pour parer à cet obscurantisme médical », explique-t-il.
En effet, en France le terme « femme fontaine » est complétement absent des manuels, précis ou lexiques médicaux. Au Rwanda, par exemple, il existe près de 300 mots pour parler de cette forme de sexualité féminine. Et comme si cela ne suffisait pas à nous complexer, ce pays abrite aussi des écoles qui enseignent la jouissance aux jeunes filles, qui seront par la suite très prisées par la gente masculine.
« C’est un sujet que même la pornographie occidentale chrétienne trouve inconvenante »
Animé par la curiosité, il a interrogé bon nombre de femmes pendant deux ans afin de laisser la parole à celles qui étaient les mieux placées pour en parler. Exercice qui s’est avéré plus difficile qu’il n’y parait, l’amenant à se repositionner comme propre sujet de son œuvre : « C’est un objet que même la pornographie occidentale chrétienne trouve inconvenante ! » En choisissant de lire sur scène certains témoignages très personnels qui ont nourri l’ouvrage psychosociologique de Jacques Salomé, Rufus s’offre le rôle de confident, plongeant le spectateur dans l’intimité de ces femmes qui osent parler.
Ainsi, le spectateur découvre ce que ressentent ces femmes fontaines, la jouissance à laquelle elles goûtent, cette part d’elles-mêmes qui les guide vers un état mi sensuel mi spirituel. L’une écrira cette phrase « C’était un mystère que les mots risquaient d’anéantir ». Une autre évoque son premier orgasme lors de… son accouchement ! Les écrits sont touchants : « C’était un mystère que les mots risquaient d’anéantir ». Ils sont également pleins de tendresse et de naïveté, parfois maladroits, traduisant de la joie et de la gratitude.
Malgré tout, ces femmes qui témoignent ne s’expliquent pas ce phénomène, toutes évoquant cette expérience comme un incroyable jaillissement libérateur. « Toutes les femmes sont fontaine, il y a celles qui le savent et toutes celles qui ne le savent pas encore », affirme Jacques Salomé.
« Il semblerait que dans son entier la femme soit taboue »
L’artiste précise ne pas faire de prosélytisme, le but n’étant pas de convaincre. « Je suis caché derrière des témoignages. » Il avoue également avoir pris le temps à la réflexion quant à cette fameuse citation de Sigmund Freud : « Il semblerait que dans son entier la femme soit taboue ». Affirmation hallucinante qui amène la sexualité sur le devant de la scène selon Rufus, évoquant un scandale auquel un artiste ne peut se dérober. « C’est comme s’il y avait une obligation de réparation sur l’évocation des femmes fontaines. Personne n’en parle et pourtant cela fait partie de la sexualité» répond Rufus, expliquant les motivations qui l’ont amené à choisir ce thème.
Dans un hasard tout à fait stupéfiant selon l’intéressé, le spectacle suit son cours avec une seconde partie où le comédien lit le texte L’innommable de Samuel Beckett. Il y est question d’une naissance, mise en scène grâce à un sac et une corde rouge, symbolisant le placenta et le cordon ombilical. Et si certains l’auront bien compris, il n’est néanmoins pas évident pour tout le public de saisir cette métaphore. « Il est question de Dieu, avance une spectatrice, Dieu qui pète un câble ! » « Ne serait-ce pas tout simplement l’absurdité de ce que nous sommes ? » tente une autre.
Il ne fait nul doute que la vie et la mort sont de vastes sujets auxquels il souhaite confronter son public. Si le thème évoqué par Rufus pouvait nous laisser redouter une certaine libido mal placée, il n’en est rien. Le sujet est abordé en douceur, avec une pointe d’humour et d’esprit. À la fin du spectacle, il dédie les applaudissements à toutes ces femmes dont il s’est inspiré.

On connaît la compagnie des Becs Verseurs pour leurs indétrônables visites décalées au sein d’expositions – on se rappelle notamment de leur prestation aux Champs Libres lors de l’exposition Rennes en chanson, présentée de novembre 2010 à mars 2011 – ou de divers événements rennais. Ici, les deux conteuses se mettent à nue dans une création qui leur est propre.
Le spectacle se déroulait dans la salle du bas de l’Aire libre. Face aux spectateurs qui entraient et s’installaient peu à peu, une femme, seule, assise sur une chaise les jambes croisées, semble attendre un rendez-vous. Aucun décor n’a été mis en place. Elle laisse son regard se promener sur le public et la salle. Peu à peu, les murmures qui émanaient des gradins se turent. Lorsque le silence s’installe complètement, la comédienne commence la pièce.
L’une est brune, l’autre rousse. L’une est fildefériste, l’autre trapéziste. Elice Abonce Muhonen et Sanja Kosonen sont toutes les deux circassiennes et finlandaises. Et ont les cheveux longs. Un détail important puisque tout le spectacle repose cette information. Marquée par un spectacle vu dans son enfance, Sanja décide, avec la complicité d’Elice, de remettre la technique de la suspension par les cheveux – technique de cirque ancestrale – au goût du jour.

Attention, un vent nordique souffle sur la Bretagne. Entre acrobaties périlleuses et mises en scène pleines d’humour, la rafale Ay-Roop frappe de plein fouet et s’abat sous le chapiteau de la place du Parlement. Au centre de la piste, sept femmes sont rassemblées en cercle, se serrant les unes aux autres. Il fait sombre.
L’atmosphère dynamisante, mêlant traits d’humour et pirouettes de haute voltige, impressionne et enchante. Durant près d’une heure et demi, le spectacle bat son plein. Le public rit aux éclats, retient son souffle, applaudit. L’ambiance est électrique et chaleureuse. Pleines d’énergie, les filles sur-jouent, en fond des tonnes, et ça marche. La scène finale approche.
Dix ans qu’elles se connaissent. Deux ans qu’elles travaillent ensemble. À l’origine indépendantes, c’est après une première représentation encourageante, qui n’avait pour autre but que d’être éphémère, qu’elles ont eu l’envie de continuer à se produire en groupe. Les artistes confieront à la fin du spectacle qu’elles en sont seulement à leur dixième représentation.
Comment vous est venue l’idée du spectacle Capilotractées autour de la suspension par les cheveux ?
Vous serez également, avec Sanja Kosonen, dans le spectacle Mad in Finland, présenté sous le chapiteau installé place du Parlement mercredi 9 avril. 

Près de 120 personnes, petits et grands, se sont rassemblées en famille place de la Mairie, ce samedi, pour venir assister, curieux, à un spectacle inhabituel et farfelu. Colombe Andréi et Yannick Delafontaine – metteurs en scène, auteurs et acteurs – ont eu l’idée de nous faire découvrir Rennes sous un autre angle.
17h, la visite débute. Casque sur les oreilles, chacun se regroupe autour des deux comédiens dans une humeur joyeuse et conviviale. Manek Roazhon, personnage loufoque interprété par Yannick, nous guidera tout le long de la promenade.
C’est face à l’Opéra, sous un tonnerre d’applaudissement, que la balade s’achève. Le public est conquis. « Nous avons vécu une expérience hors du commun», commente une mère de famille venue pour les 17 ans de sa fille. « Nous connaissions les Coquecigrues et l’idée de ce spectacle nous a intrigué. Nous ne regrettons pas la visite ! C’est une véritable aventure familiale. Le fait d’avoir le casque sur les oreilles nous permet d’oser nous lâcher. On se sent comme dans une bulle. C’était très drôle de voir les réactions des gens autour de nous, on sentait leurs regards envieux. C’est une expérience à refaire ! »
Dans une ferme rénovée, rue du Haut Bois, à Saint Jacques de la Lande se joue, vendredi, la troisième Badouillerie. Un évènement artistique, inspiré des soirées festives et carnavalesques du XIXème siècle à Paris, qui met en avant de jeunes artistes bretons, à travers des expositions, des performances, des concerts, des projections et des ciné-débats. 
Au moment même où l’actualité réveille et secoue les consciences sur le droit à l’avortement et la théorie des genres, Modèles tombe à point. Sur scène, Rachel Arditi, Sabrina Baldassarra, Sonia Floire, Gaëlle Hausermann et Céline Milliat-Baumgartner, se mettent à nue, aux sens propre et figuré – quand la mise en scène le réclame – pour raconter l’Histoire des femmes et des histoires de femmes, véritables échos aux vies de chacune, aux expériences, joyeuses ou douloureuses, que chaque femme a pu traverser ou traversera.
Être une femme aujourd’hui n’est pas si facile. Malgré les victoires de nos aînées, l’équilibre entre vies professionnelle et privée, est toujours précaire, et l’égalité des sexes loin d’être parfaite. Sujet universel sur lequel la compagnie La Part des Anges s’est penchée avec originalité et profondeur. « Modèles est une très belle pièce, inhabituelle car écrite collectivement par des jeunes femmes qui sont aussi d’excellentes comédiennes, musiciennes et chanteuses. Elles sont douées ! », raconte Carole Lardoux, directrice artistique du Carré Sévigné.