Célian Ramis
François Morel et Carole Lardoux, l’exigence de l’écriture avant tout

Mardi 30 septembre, François Morel, artiste associé du Carré Sévigné, était de passage en pays breton, à l’occasion de la présentation de saison de la structure, à Cesson-Sévigné (et en a profité pour jouer son spectacle Hyacinthe et Rose). L’ex Deschiens et Carole Lardoux, directrice artistique du Carré, se sont prêtés à une interview croisée pour YEGG.
YEGG : François Morel est l’artiste associé du Carré Sévigné pour cette saison 2014/2015. Pourquoi ce choix, Carole Lardoux ?
Carole Lardoux : C’était une évidence. Je suis le travail de François Morel depuis de longues années, en tant que comédien, metteur en scène, auteur, chroniqueur sur France Inter. Au Carré Sévigné, on porte une attention particulière aux mots et à ceux qui les manient avec élégance, que ce soit dans l’humour, la poésie, le piquant…
Autre chose qui était importante aussi, je trouve que François Morel noue avec le public une relation vraie et juste avec le public. Tout comme Michèle Guigon et Emma la clown (artistes associées respectivement lors des saisons 2012/2013 et 2013/2014, ndlr). Dès la première proposition que j’ai faite à François, il a immédiatement dit oui.
YEGG : Un oui immédiat dès la première proposition… Qu’est-ce qui a motivé votre accord François Morel ?
François Morel : Je connais Carole Lardoux depuis longtemps, avant le Carré Sévigné, et j’aime son travail. Exigeant et populaire à la fois. C’est tout ce qui m’anime. Je ne veux pas jouer pour une seule chapelle. Dans cette période difficile, anxiogène, on sert à donner de l’espoir, de l’envie, de l’énergie. Cette proposition, c’était une reconnaissance de mon parcours artistique, du vrai rapport avec le public. On dit que je fais plein de choses différentes, pour moi je ne fais pas plein de choses différentes. En tout cas, ce que je veux et que j’aime c’est le rire surtout.
YEGG : Justement, on dit que vous faites plein de choses. Carole Lardoux en a cité quelques unes : comédien, auteur, metteur en scène, chanteur. Mais vous écrivez également des chansons pour les autres. Et parmi les personnes pour qui vous avez écrit, on ne trouve que des femmes. Un hasard ?
François Morel : Que des femmes, c’est vrai. Je crois que c’est parce que ça me fait écrire des choses différentes. Que je peux me mettre à la place d’une femme. Finalement, ce sont des choses que je n’aurais jamais osé chanter moi-même puisqu’elles sont pensées pour les femmes. Mais quand je les chante, elles deviennent masculines. Ou alors je dirais qu’elles sont assez féminines même quand c’est moi qui les interprète.
En fait, j’ai écrit pour Norah Krief. Quand elle a vu mon spectacle Les habits du dimanche, elle a trouvé, et elle n’avait pas tort, qu’il y avait un côté récital. Elle m’a donc demandé de lui écrire des chansons, je me suis pris au jeu et elle était contente. Ça m’a donné envie. J’ai aussi écrit pour Juliette, qui sera dans la soirée Cabaret en mai avec moi au Carré Sévigné. On s’adore, on rit beaucoup, on a des références communes. Puis on a fait un duo. Je lui ai donc fait plusieurs chansons. Elle aime bien parce qu’elle dit que je suis pas cher et que je fais des chansons idiotes ! (Rires)
Et puis Juliette Gréco aussi, ma légion d’honneur ! Quand elle préparait un disque, elle nous demandait d’écrire des chansons avec Antoine Sahler, qui est avec moi sur scène. On s’amusait de choses lourdes et profondes. Elle appréciait mais elle ne voulait pas les chanter. (Rires) Un jour, à Toulouse, on avait un rdv à 18h et il fallait être à l’apéro à 19h30. On a eu 1h30 pour écrire une chanson avec de l’humour et de la légèreté. Elle a accepté.
YEGG : Vous en avez parlé, Juliette croisera les planches avec vous lors du Cabaret. Elle viendra seule également au cours de la saison. Carole Lardoux, est-ce une coïncidence ?
Carole Lardoux : Juliette, non, ce n’est pas un hasard. Je la connais depuis 1996, c’est une grande de la chanson française. Elle était prévue dans la saison et puis François Morel m’a annoncé qu’il voulait qu’elle soit associée au Cabaret. Ça ne m’a pas surprise. Ce qui nous lie, c’est la question de l’exigence de l’écriture. La musique est le prolongement de sa poésie. Sans oublier qu’elle a beaucoup d’humour ! Elle est très drôle.
François Morel : Ah oui, elle a une chanson bretonne très drôle. Écrite en Bretagne !
Carole Lardoux : Depuis que je fais ce métier et depuis 7 ans que je suis au Carré Sévigné, je commence à programmer des artistes qui ne sont pas sans rapport les uns avec les autres. Et plus j’avance, plus il y a de rapport. Ça doit être la maturité…
YEGG : Le fameux âge de la maturité… C’est donc ça pour le Carré cette saison, c’est l’âge de la maturité ?
Carole Lardoux : Je pense que oui. La maturité, dans les goûts, le style.
YEGG : François Morel, si vous connaissez Carole Lardoux depuis un moment, vous n’êtes pas sans savoir qu’elle est également membre du mouvement HF Bretagne…
Carole Lardoux : Ah non ça il ne le sait pas. (Rires)
François Morel : Ah non je ne le savais pas. C’est quoi alors le mouvement HF Bretagne ?
(Carole Lardoux lui explique.)
YEGG : Maintenant que vous savez tout, est-ce une thématique, celle de la parité et de l’égalité des sexes dans le domaine de la culture et celui des médias puisque vous y avez un pied également, à laquelle vous êtes sensibilisé et sensible ?
François Morel : Ah. Alors, je crois qu’il y a un tas de femmes formidables, d’artistes magnifiques, sur la scène culturelle. Après, et j’espère que ce que je vais dire ne va pas être mal interprété, je trouve ça un peu insultant de voir que l’on veut nommer des femmes pour nommer des femmes. Ce qui importe c’est avant tout de se soucier des compétences. Les quotas, c’est affreux. Mais peut-être qu’il faut passer par là pour qu’on s’y habitue…
YEGG : Pour terminer, François Morel, vous présentez au Carré Sévigné, en ouverture de saison, votre spectacle Hyacinthe et Rose. Qui sont ces deux personnages ?
François Morel : Un homme, une femme, la parité ! (Rires)
YEGG : L’égalité des sexes vous en remercie.
François Morel : C’est un grand-père et une grand-mère. Lui est coco. Elle est catho. En fait, ce spectacle est un livre. Martin Jarry, un jour, m’a montré plusieurs de ses peintures qui étaient des portraits de fleurs. Il m’a dit qu’il voulait en faire un livre avec les portraits et des textes. Et m’a demandé d’écrire les textes. Je suis alors parti d’un exercice oulipien, perécien. Je me suis donné la contrainte de rattacher un souvenir d’enfance à chaque fleur avec des vertus poétiques et comiques. C’est donc d’abord un livre, et c’est pourquoi je propose une lecture spectacle. Un spectacle qui passe par le prisme du récit et de l’écriture.
YEGG : Merci François Morel et Carole Lardoux.
François Morel et Carole Lardoux : Merci à vous.

Tous les chemins mènent à Georges Feydeau. Le parcours de celle qui a vécu entre la Bretagne et la région parisienne se résume à cette phrase. Car l'auteur français la suit depuis l'adolescence. « C'est une grande histoire d'amour », concède la jeune femme.

Quand soudain arrive une occidentale, « une brunasse habillée comme une blondasse ». Elle vient rencontrer la patronne qui doit lui présenter une fille pour son fils quadra, célibataire, qui veut une vierge portant le voile « car les filles de France ont tout perdu, la religion, la tradition… »
Deux groupes sont constitués au fond de la salle. Laëtitia Mazoyer, au milieu, observe, écoute, attend. Les femmes, et les rares hommes présents, accordent leurs arguments avant de les confronter entre eux. La conférence commence ainsi. Par un débat mouvant. D’un côté, celles qui sont pour l’affirmation « C’est le premier pas qui coûte ».
« Au bout d’un moment, en cours de route, j’ai commencé à marcher avec joie et j’ai tué le prince charmant ». Silence dans la salle, les spectatrices étant piquées par la curiosité. Dans une démonstration théâtrale, Laëtitia illustre la relation de couple.
Les féministes sont-elles systématiquement des chieuses sans humour ? Des femmes dont l’unique plaisir est d’emmerder tout le monde ? Il serait plus simple de l’affirmer mais on se priverait alors de grands débats et du spectacle offert par Karine Birot. Dans la vie civile, elle est conseillère au Planning Familial de Nantes. Et au cours de certaines soirées, à Rennes notamment, elle enfile son costume de Wonder Féministe, « la super-hérote qu’il manquait pour sauver le monde ». Parée d’un bandeau étoilé dans les cheveux, d’une cape étoilée, d’un tee-shirt rouge WF, d’une jupe têtes de mort et des bottines rétro, Karine Birot choisit d’incarner l’anti-héroïne des temps modernes.
« Je suis devenue animatrice socio-culturelle mais je me suis vite ennuyée. J’avais besoin d’espace pour développer mes supers pouvoirs parce que j’avais quand même un monde à sauver ! », scande-t-elle en se mordant les lèvres pour ne pas rigoler. Féministe professionnelle, elle le deviendra, c’est décidé.
Sans surprise, les deux têtes dirigeantes du festival des arts de la parole soulignent leur satisfaction face à cette édition « à la hauteur de 2013 et au dessus de nos attentes ». Mais cette année, pour Maël Le Goff, le festival « s’est ancré dans le printemps rennais, au même titre que les Transmusicales, Mettre en scène, Les tombées de la nuit, etc. à leur période ».

À 18h ce samedi, les festivaliers se pressent pour entrer dans le Magic Mirror, installé dans le parc du Thabor à l’occasion du festival des arts de la parole. Un art que les membres de Airnadette – en hommage à une ancienne première dame de France – sont loin de maitriser. Eux, leur truc, c’est le play back, le air guitar ou le air batterie. Ils ne chantent pas, ils ne parlent pas mais ils bougent les lèvres, brandissent leurs instruments imaginaires et déchainent les foules.
De l’extérieur, on entend simplement de la musique. Des chansons qui jamais ne sont diffusées dans leur intégralité. Juste des refrains qui défilent et s’enchainent, sans liens et sans rapport. Comme si on déroulait les fréquences radio d’un transistor, allant de Nostalgie à Chérie FM en passant par Skyrock, Virgin et RTL.
Ils maitrisent l’absurdité, ils subliment la caricature. Avec Airnadette, plus c’est gros – et gras – mieux c’est. Ils sont rock et emmerdent le monde. Et se moquent bien de Rennes, ville rock par excellence. Le public se fait insulter et en redemande. Et surtout n’hésite pas, entre deux ou trois « Ta gueule » ou encore « Enculés », à leur rendre la pareille.

La pièce part dans tous les sens, à tel point qu’il est difficile d’y trouver un thème précis. En deux répliques, les acteurs passent de la préhistoire aux artistes des années 1970, ou de la danse de la fin du monde à une proposition de biscuits au public. Mais s’il y a bien un sujet qui semble être pris au sérieux et sous toutes ses coutures : l’homme et l’humanité.

Quelques minutes avant le début de la lecture, la metteure en scène, Enora Boëlle, est tendue, stressée. Pour cette représentation unique au cours du festival, ils ont eu 5 jours de répétition, dans une école maternelle. L’objectif étant de présenter, sous la forme d’une lecture théâtrale, la première partie de l’histoire Moi, Canard, librement inspirée du conte de Hans Christian Andersen, Le vilain petit canard.
« Une histoire qui parle de la manière de transmettre le fait de grandir », analyse la co-directrice artistique du Théâtre de Poche. Plusieurs interrogations l’ont poussé à s’orienter vers ce texte : « Qu’est-ce qui fait que l’on existe ? Qu’on a sa place ? Qu’on est un individu unique ? Le Vilain petit canard pose la question : Comment chaque individu trouve sa place dans le monde ? »
Elle insiste néanmoins sur sa détermination à ne pas victimiser le protagoniste du conte car « on est tous un peu canard, à des degrés différents ». Pendant près de 30 minutes, les spectateurs sont suspendus aux lèvres de la comédienne, attentifs aux mots prononcés, au sens donné, tout en ne manquant pas de jeter un œil sur le rôle de Gregaldur, « issu de la scène impro-underground-punk » qui se tient assis sur la scène à deux pas d’Abigail.
« Comment les gens vont-ils comprendre ce spectacle ? » fût la principale interrogation de l’artiste avant de monter sur scène. L’artiste raconte avoir puisé son inspiration au travers de l’œuvre écrite par le sociologue Jacques Salomé, L’effet source, paru en France il y a deux ans, retranscrivant quelques 300 témoignages de femmes qui osent parler librement de sexualité, et plus précisément des femmes fontaines.