Célian Ramis

Un cortège flamboyant le 8 mars : création militante et féministe !

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Dans l'atelier de création, une femme porte un masque fleuri avec des longues cornes et une voilette devant les yeux.
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Vague violette, onde féministe pour le 8 mars et ses militant-es costumé-es et masqué-es, tenant des bannières textiles engagées, fabriquées de leurs mains en amont de la grande grève féministe.
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Deux photos : à gauche, un pied dans une basket sur la pédale de la machine à couture, à droite, une main qui manipule de la matière sous l'aiguille de la machine à coudre

Vague violette, onde féministe ! Le 8 mars, journée internationale de lutte pour les droits des femmes et des minorités de genre, a été marquée cette année par une mobilisation massive et festive, partout en France. Et Rennes ne fait pas exception, rassemblant des milliers de personnes dans l’espace public, dont un cortège flamboyant composé de militant-es costumé-es et masqué-es, tenant des bannières textiles engagées, fabriquées de leurs mains durant la quinzaine précédant la grande grève féministe. 

Samedi 8 mars, la foule s’amasse sur le mail François Mitterand. En cette journée internationale de lutte pour les droits des femmes et des minorités de genre, la grève féministe rassemble plus de 7 000 personnes venues dénoncer les violences sexistes et sexuelles, célébrer les avancées conquises et soutenir les combats pour l’égalité, dans un contexte de menaces masculinistes, de backlash anti-féministe et de montée du populisme et du totalitarisme. Un climat politique et social pour le moins inquiétant.

Aux alentours de 15h30, c’est un cortège massif et festif à la carrure musclée qui s’élance au rythme des chants et slogans scandés par les manifestant-es, qu’ils soient personnellement adressés à « Darmanin caca boudin » ou plus généralistes à l’instar du célèbre « La rue, elle est à qui ? Elle est à nous ! De jour comme de nuit, elle est à nous ! » ou de la reprise de « Free from desire » (Gala) déchainant les corps sautillants sur l’air de « Patriarcat au feu et les patrons au milieu, patriarcat au feu… Na nanananana… » 

Au sol, une participante s'applique à découper la matière pour fabriquer des lettresD’un bout à l’autre de la manifestation, se font entendre le bruit et le vacarme de la colère et de la révolte. Sur les pancartes trônent des messages engagés et solidaires: « Soyez écolos, plantez des riches », « Nous sommes les voix de celles qui n’en ont pas – Free Palestine », « Viva la vulva », « Pas de fachos dans nos quartiers – pas de quartier pour les fachos », « Contre l’utilisation raciste de nos luttes féministes », « Justice pour les incesté-es » ou encore « Mon corps mon choix », « On te croit », « Un silence n’est pas un oui – Un viol n’est jamais un accident » et « Destruction totale et irrévocable du patriarcat – BADABOUM ». Les mines sont enjouées, les poings levés, les corps dansent et les percussions vibrent et résonnent dans un espace public animé par les luttes féministes.

L’ART DE LA JOIE

La sobriété des un-es croise l’extravagance des autres, les voix s’élèvent y compris dans les silences, les larmes indélébiles des traumatismes passés et présents transparaissent sur les visages souriants, l’inquiétude et la détermination se côtoient dans un équilibre du quotidien... Ici, s’entremêlent vécus, trajectoires, résiliences et résistances. Des individualités à l’expérience commune, le collectif puise sa force dans la sororité et l’adelphité, dans la puissance de la pluralité.

De ce mélange nait l’espoir et la liberté. Insufflée notamment par l’art de la joie dans laquelle s’exprime la créativité militante : des bannières en tissu cousues à la main, parfois à plusieurs mains, des masques créés de toute pièce pour l’occasion et des tenues customisées au gré des envies, des sequins et des tutus débusqués lors des ateliers de confection dédiés, à l’hôtel Pasteur, du 24 février au 8 mars. 

Derniers points de couture avant la finalisation de son masqueIntitulé L’art de la joie en femmage à l’œuvre littéraire de Goliarda Sapienza, le projet est aujourd’hui porté par la Brave Compagnie « mais il est parti d’une initiative collective et amicale », précise Johanna Rocard, co-fondatrice de la structure, aux côtés d’Estelle Chaigne et Amandine Braud. « En 2023, on s’est retrouvées à plusieurs dans la manif du 8 mars. Il y avait moins de mobilisation cette année-là, ce qui s’explique par la guerre en Ukraine et les actus qui se priorisent… On n’était pas très fières de notre engagement, on était un peu à la va vite », poursuit-elle.

Ensemble, elles établissent d’investir, à l’avenir, davantage cette journée internationale de lutte pour les droits des femmes, des valeurs qu’elles revendiquent et prônent au quotidien : « De cette promesse, va naitre l’idée de remobiliser de l’énergie et des compétences car nous sommes quasiment toutes issues du spectacle vivant et des arts visuels. » L’idée : rassembler dans un lieu les chutes de tissus et stocks de leurs ateliers et les mettre à disposition de tou-tes dans une salle de l’Hôtel Pasteur, disposant d’une conciergerie – un avantage pointé par Johanna et les participantes pour avoir accès à la clé, sans dépendre d’une seule et même personne (une organisation plus verticale, en somme). 

UNE ŒUVRE COLLECTIVE

Une participante tient une bannière "Sois féministe et mange une fasciste" avec une bouche aux dents aiguiséesAu cours des deux semaines, l’événement a proposé des journées en accès libre et des temps d’aide à la couture, des ateliers cagoules ou chorales et des créneaux pour accueillir des structures partenaires comme le GPAS et les enfants de Maurepas. « Ce sont des publics qu’on ne toucherait pas sans ce lieu dédié. Il y a par exemple des femmes d’un certain âge qui sont venues à un atelier et sont revenues ensuite. On aurait aimé aussi faire quelque chose avec les femmes de la prison de Rennes, qu’elles puissent porter leurs voix et manifester avec nous mais c’est tombé à l’eau », souligne Cassandre, plasticienne investie dans L’art de la joie.

Si la Brave compagnie coordonne le projet depuis l’an dernier, les participantes insistent sur son aspect collégial et collectif, et notamment sur des compagnonnages qui se construisent au fur et à mesure du temps et des rencontres. Johanna s’en réjouit : « Lors de l’atelier, la chorale féministe Colectiva est venue avec des bannières. On les a continuées en chantant, c’était hyper puissant ! » 

Parmi les partenaires, on compte, entre autres, la compagnie Sentimentale foule, le collectif des femmes de Villejean Kuné, la Maison des femmes Gisèle Halimi, le Laboratoire Artistique Populaire de Maurepas, le Polyblosne, la Belle Déchette ou encore la Maison des Arts et du fil, sans oublier l’Hôtel Pasteur. « Et toutes les autres structures, pas rennaises, qui sont nos compagnonnes de route. Pour dire qu’on fait partie d’un même mouvement. C’est ça aussi qui participe au projet : on manipule une littérature des slogans qu’on emprunte à différents collectifs qu’on connait, c’est comme un jeu de dialogue. Et puis, on est tou-tes réuni-es autour de la même cause, on n’a même pas besoin d’en discuter. On se rassemble ici autour de l’accord principal : mener cette lutte féministe et queer », précise Johanna.

À gauche, des mains en gros plan qui découpent de la matière et à droite, un gros plan sur les mains qui rembobinent le mètreUN LIEU VIVANT ET JOYEUX

L’art de la joie opère dès l’entrée dans l’espace créatif. Ici, tout invite à la participation. Avec ou sans compétences. Ici, disposés dans un bordel maitrisé, les matières et objets de déco sont en libre-service. Les tissus colorés, crépus, lisses ou encore veloutés débordent des armoires agrémentées d’affiches « Salut les ouin ouin » et « I’m a survivor ». Des bacs entiers remplis de feutres, de fusains, de perles, de strass, de sequins ou encore de galons et de ciseaux trônent sur une table, à quelques pas des machines à coudre et des pistolets à colle. Des pancartes indiquent les règles de base quant à l’utilisation du matériel ou encore le calendrier des ateliers mis en place durant la quinzaine. Et partout, des masques décorés, des cagoules customisées et des bannières, au sol, prêtes à être utilisées. « Elles disent qu’elles ont appris à compter sur leurs propres forces », « Un violent désir de bonheur », « Sois féministe, mange un-e fasciste », « Cessez le feu immédiat » ou encore « Nous sommes partout » figurent parmi les messages inscrits, collés et cousus sur les banderoles qui défileront le samedi suivant, dans les rues de Rennes. 

Personnes masquées et cagoulées de leurs créations fabriquées en atelier dans la manifestation du 8 mars à RennesCassandre, ce jour-là, s’affaire à la couture pour terminer sa bannière : « J’avais un slogan en tête mais je ne savais pas comment le mettre en forme. Sans compter qu’on ne se rend pas compte le temps que ça prend, c’est très long ! » Sur un tissu orange, elle inscrit et ajuste le message, lettre bleue par lettre bleue : « Aux violeurs de Gisèle et aux autres nous n’oublierons jamais vos visages ni vos noms ni vos actions » Pour elle, ce lieu est important : « Si on ne l’avait pas, il n’existerait pas ! » Cet endroit, c’est un espace de rencontres et de partages. De mutualisation du matériel et des compétences. D’engagement et de militantisme. 

Sophie, présidente de la Brave compagnie, s’enthousiasme d’avoir trouvé ici et là des créneaux pour transformer un casque de chantier en un masque fleuri aux longues cornes et au rideau de fil garantissant le secret de son identité : « J’ai repris un reste de costume que j’avais fabriqué pour un spectacle de danse et je pense le mettre avec un bombers que j’avais préparé l’an dernier. J’aime l’idée d’être masquée, diabolique et anonyme avec la voilette devant les yeux.  J’ai adoré ces deux semaines, trouver des moments pour passer, discuter en fabriquant… On est concentré-es sur nos ouvrages et donc, c’est facilitant pour la parole. On a eu des discussions sur 2000 sujets ! »

L’ART DE MILITER

« Les gens viennent et prennent de la matière, c’est très joyeux. C’est une manière de militer, pas forcément par le verbe, par les réunions (qui sont aussi très bien et importantes) mais par le faire et le faire ensemble », souligne Johanna. Elle voit là la démonstration d’un féminisme joyeux et festif, contrastant avec l’image infusée dans les médias et l’opinion publique dépeignant « un féminisme austère et chiant ». Ici, il y a de la couleur, du brillant, de la diversité dans les matières et une collection impressionnante de sequins, strass et accessoires pour customiser vêtements, cagoules et bannières. Ici, il y a de quoi faire vivre et s’inspirer des codes du cabaret et du drag. Ici, il y a de la lumière, de l’enthousiasme, de la créativité, des rires, du partage et des échanges qui se tissent au fil des coutures et fabrications textiles.

« On parle de choses complexes, sérieuses, violentes mais ça n’empêche pas de travailler la couleur, la joie. Ce n’est pas une table ronde, on est ‘juste’ en train de réaliser notre ouvrage, on écoute celles qui parlent, on peut parler aussi. C’est une prise de position moins autoritaire, plus souple »
précise-t-elle. 

Une participante coud les bandelettes sur son masqueEnsemble, elles investissent un espace résolument engagé, un militantisme féministe « au croisement très clair des luttes décoloniales, queer et migrantes », au service et en soutien du mouvement collectif. Elle le dit : « On ne théorise pas plus que ça dans ce lieu de création. On ne fait pas le travail de NousToutes 35, du Cridev et des autres associations qui à l’année font un travail de fond que l’on vient ici soutenir et rendre visible. » Elle aborde le contexte actuel, l’importance et l’impact des images, le besoin et l’intérêt de créer des visuels joyeux. Proposer un cortège flamboyant et lumineux pour affirmer les éléments positifs existants dans la société. Valoriser les savoir-faire et les joies partagées : « Il y a des choses qui vont mal mais il n’y a pas que ça. Face à l’effet de sidération que nous apporte l’actualité, c’est important de visibiliser toutes les personnes qui font des choses incroyables, dans ce travail de la forme et de la création. »

SE COSTUMER POUR ÊTRE SOI-MÊME

C’est « une force commune » que décrit Emilia, investie au sein du projet depuis sa création. Une force qui émane du collectif qui se crée à cet endroit et à chaque instant passé dans ce lieu. « Déjà, créer des tenues, ce n’est pas forcément accessible à tou-tes. Ici, on trouve du matériel et des compétences, ce qui en fait un bon lieu de rassemblement selon moi », commente-t-elle. Elle poursuit : « La manifestation, ce n’est pas forcément un contexte évident pour tout le monde. C’est difficile quand on est seul-e de se dire qu’on va manifester sans connaitre personne. Ici, on apprend à se connaitre et à faire face ensemble. Ça donne la possibilité d’y aller en groupe ! » Le collectif qui ouvre le champ des possibles, le collectif qui stimule, le collectif qui empouvoire. De son empathie, sa bienveillance, sa puissance. Une onde positive et vertueuse qui se répercute sur le quotidien. « C’est trop chouette de pouvoir s’autoriser à parler fort, à prendre de la place. Il y a tellement de contexte où on prend peu de place… Le fait de se réunir, d’être nombreuses, ça empouvoire un peu et ça teinte les autres moments de nos vies, en dehors de ce jour-là », s’enthousiasme Sophie. 

Participante à table qui travaille sur son ouvrageSi l’événement s’empare des codes et valeurs de la tradition carnavalesque et de sa manière de se costumer pour dénoncer et critiquer les systèmes de domination, les participant-es s’approprient l’expérience. « J’ai longtemps été dans le collectif Mardi Gras et pour moi, ce que l’on fait là est un peu différent. Au Carnaval, on renverse les situations et on s’autorise à être qui on n’est pas. Ici, je me sens très moi-même au contraire ! La symbolique est différente et je ne porte pas de la même manière le costume au carnaval qu’au 8 mars », analyse Sophie. C’est une forme d’exutoire qui lui donne accès à son identité et sa personnalité, hors des injonctions sociales et patriarcales : « J’ai l’impression d’être moi-même, d’être une version de moi-même que je ne peux pas incarner tous les jours parce qu’elle est trop intense cette version ! » Bas les masques, désactivés les filtres du quotidien. Pour Sophie, c’est un sentiment de grand soulagement. En enfilant le costume, elle a la sensation de révéler qui elle est :

« Pour être acceptées dans la vie, on porte des masques. On est aplaties par les normes et injonctions, on met des filtres pour atténuer qui on est ! Quand je porte mon masque le 8 mars, j’ai l’impression d’enlever ces filtres ! »

Samedi 8 mars, la manifestation est immense, colorée et politique. Des cornes transpercent par endroit la foule compacte à quelques mètres des bannières textiles qui flottent dans les airs. Un cortège flamboyant qui ne s’y trompe pas : on peut allier festivités, créativités et militantisme. Le message est clair, les féministes nombreuses, fières et déters. Face à une actualité de plus en plus dramatique, elles font front. Et personne ne leur ôtera l’art de la joie.

 

 

 

 

Célian Ramis

Grève féministe : un puissant combat contre les violences patriarcales

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« Face aux violences, notre silence les arrange, notre colère les dérange » Sororité, colère, joie militante, puissance et grève féministe : les leitmotiv au coeur de la manifestation contre les violences sexistes et sexuelles, à l'occasion du 25 novembre.
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A l'occasion du 25 novembre, journée internationale de lutte contre les violences à l'encontre des personnes sexisées, la foule marche, on voit une manifestante chanter, en tête de cortège.« Face aux violences, notre silence les arrange, notre colère les dérange » Le ton est donné face à cette grande banderole qui trône en tête de cortège, en étendard et symbole du 25 novembre, journée internationale de lutte contre les violences à l’encontre des personnes sexisées. Samedi 23 novembre, elles étaient des milliers, personnes concernées et allié-es, à se rassembler partout en France, pour faire entendre leurs voix et leurs colères et ensemble dénoncer les violences sexistes et sexuelles.

C’est sous un temps pluvieux et maussade que s’est élancée la manifestation contre les violences sexistes et sexuelles, à Rennes, à l’occasion du 25 novembre. L’énergie des militant-es et allié-es, elle, était intacte, puissante et vibrante. Déterminé-es à lutter ensemble contre la culture du viol et à partager leurs colères dans l’espace public. Les voix se font entendre. Souhait exaucé pour le collecti Nous Toutes 35 : « Nous sommes à chaque fois des milliers dans la rue. Nous voulons que cette manifestation soit bruyante, colorée et revendicative ! » Sans oublier la volonté de défendre également « la libération et l’autodétermination du peuple de Palestine ». Alors que flottent en nombre les drapeaux palestiniens, la foule scande haut et fort « So, so, so, solidarité avec nos adelphes du monde entier » et « Agresseur, violeur, à ton tour d’avoir peur ! ». 

LA HONTE DOIT CHANGER DE CAMP

Lors de la manifestation du 25 novembre, une manifestante tient une pancarte "J'avais 15 ans, la honte doit changer de camp"« Contre le patriarcat, riposte féministe ! », « Réarmement féministe », « Not all men – 95% », « Pour le sang et la douleur on a déjà nos règles » ou encore « J’avais 10 ans et 17 ans » Elles sont nombreuses les pancartes ce jour-là, à côtoyer les chants, les percussions et les vibrations du sol, au rythme d’une marche placée sous le signe de la combattivité, de la rage, de la joie militante et de l’espoir. Parmi les slogans emblématiques, « la honte doit changer de camp » revient comme un fil rouge, en écho à l’actualité brûlante du procès des viols de Mazan. Mais aussi des affaires et scandales qui se multiplient à vitesse historique (Bedos, Depardieu, Plaza, Doillon, Jacquot, Nekfeu, Naps, Abbé Pierre…) 

Le visage de Gisèle Pélicot s’affiche dans les rassemblements, comme figure de proue d’une prise de conscience massive de la problématique profonde et dramatique que constitue la culture du viol. Une arme patriarcale répandue, garantissant l’inversion de la culpabilité : sanction pour les victimes, rendues et traitées comme coupables, et impunité des agresseurs, perçus comme vulnérables.

Des bons pères de famille, comme les décrit Rose Lamy dans son essai éponyme, et comme en atteste les discours de Gisèle Pélicot, aux plus grands responsables politiques et personnalités publiques, les militant-es dénoncent les mécanismes de domination du système patriarcal, les tactiques de défense et de protection des agresseurs et les schémas, classiques et fréquents, de silenciation des victimes. Elles disent ici Stop. Elles disent ici Plus jamais.

DES CHIFFRES ALARMANTS

Viols, soumission chimique, féminicides, harcèlement moral, coups, humiliations, insultes, agressions sexuelles, chantage affectif, entrave administrative, la liste est longue et alarmante. A l’instar des chiffres comme le souligne Rachida, du collectif Nous féministes 35 : « 1 femme sur 3 est confrontée à une forme de violences au cours de sa vie »

dans la manifestation du 25 novembre, dans la foule, se tient une femme qui regarde l'appareil photo, elle tient une pancarte "Quand on aime, on ne frappe pas, on ne viole pas, on ne tue pas"Sans oublier qu’une femme est tuée tous les 2 à 3 jours par son partenaire ou ex-partenaire, que 94 000 femmes sont victimes de viol ou tentative de viol par an en France ou encore que plus de 270 000 personnes subissent des violences conjugales. Elle poursuit : « Des millions de femmes, ici et partout dans le monde, souffrent en silence. Les violences brisent des vies et défigurent des sociétés. » 

Des violences qui s’amplifient également en fonction de la situation des personnes concernées. Validisme, racisme, classisme, islamophobie, LGBTIphobies ou encore grossophobie viennent s’ajouter au sexisme latent d’une société patriarcale et capitaliste qui réduit hommes et femmes à des rôles genrés mais aussi à des places de supériorité ou d’infériorité. Shine et Pauline, du collectif Kuné – Femmes de Villejean, partagent leurs combats : « Nous le savons, nous sommes aussi des femmes doublement victimes : victimes de violences sexistes et sexuelles et aujourd’hui inquiètes face à la montée d’une extrême-droite qui menace nos droits, nos libertés et nos sécurités. Cette lutte est la nôtre, elle est celle de chaque femme, de chaque fille, de chaque enfant qui subit ou est témoin de ces violences. Et de chaque être humain qui croit à la dignité et au respect ! »

Au micro, elles clament la solidarité, la sororité, font entendre la pluralité des récits, l’urgence et l’importance d’entendre les concerné-es dans chaque territoire et ancrage, et de la nécessaire transformation des paroles en actions : « Femmes de quartier, femmes immigrées, nos voix portent la résistance et refusent de se taire ! »

95,2 MILLIARDS D’EUROS

Ce n’est pas le budget alloué pour « la grande cause du quinquennat » de Macron, ni l’ambition affichée par le gouvernement Barnier. C’est le coût de la virilité estimée en 2021 par Lucile Peytavin dans son ouvrage éponyme. Un chiffre qui marque l’ampleur des conséquences de (l’injonction à) la virilité, menant aux violences à l’encontre des personnes sexisées (physiques, sexuelles, psychologiques, économiques, administratives, institutionnelles, etc.). Places d’hébergement d’urgence, mise en sécurité et protection, prise en charge et accompagnement de toutes les femmes et enfants, victimes de violences intrafamiliales, sont des mesures revendiquées ce jour-là, comme le reste de l’année, pour pallier les difficultés rencontrées par les concerné-es. 

Mais ce sont aussi et surtout des moyens alloués à la déconstruction des stéréotypes et biais de genre, à la prévention et à la sensibilisation qui sont exigés par les militant-es, à l’instar de Rachida, du collectif Nous féministes 35, pour éradiquer, en amont, les violences sexistes :

A l'occasion de la manifestation du 25 novembre, une manifestante se tient agenouillée sur l'espace public avec sa pancarte "rage against the machism"« Nous devons regarder vers l’avenir. Qu’allons-nous laisser ? Une société où les violences sexistes et sexuelles continueront de se répandre ou un monde où l’égalité, la dignité et le respect régneront pour toutes les femmes et les filles ? Le chemin reste semé d’embuches mais il est essentiel que nous poursuivions le combat. Pour nous-mêmes, pour nos enfants, pour toutes celles qui, par peur ou honte, n’osent pas encore parler. »

Elle n’oublie pas de citer « les étapes fondamentales » de l’éducation à la formation des professionnel-les, en passant par « la mise en place de lois et de mesures efficaces ». Pour ne pas seulement colmater les fuites mais bel et bien en éviter la création.

Pour elle, il est indispensable d’en passer par là pour briser le continuum des violences et évoluer vers une société libérée de l’emprise et de la domination masculine. En mémoire de Marie, assassinée par son conjoint sous les yeux de leurs enfants dans le quartier Villejean, mais aussi en femmage à toutes les victimes de violences conjugales et de toutes les autres formes de violences, les femmes de Kuné prônent l’union des forces, des colères et des synergies.

Le signal est clair, c’est un cri de ralliement qui est lancé en ce 23 novembre et qui retentit aussi bien dans les cœurs que dans les tripes des manifestant-es : « Ensemble, faisons entendre notre voix. Portons ce combat dans chaque foyer, chaque rue, chaque institution. Ensemble, construisons ce monde où le respect et la dignité, et la justice, sont enfin notre réalité. Parce que nous ne sommes plus seules. Parce que chaque voix compte. Parce que nos quartiers méritent la paix. #METOO ! » Poursuivre le combat. L’espoir d’un lendemain serein, (beaucoup, beaucoup) moins violent. Pour tou-tes.