Célian Ramis

8 mars 2020 : La Révolution !

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« Le 8 mars, on ne veut pas des bons de réduction mais la révolution ! », scandent les militantes du collectif Nous Toutes 35, en cette Journée internationale de lutte pour les droits des femmes.
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« Le 8 mars, on ne veut pas des bons de réduction mais la révolution ! », scandent les militantes du collectif Nous Toutes 35, en cette Journée internationale de lutte pour les droits des femmes. Dans le contexte politique déplorable que nous vivons actuellement, l’événement est galvanisant et électrisant. Ce 8 mars 2020 marque l’accroissement de luttes qui convergent vers une égalité réelle entre les individus. Contre l’invisibilisation et le rejet des personnes en raison de leur couleur de peau, de leur sexe, de leur identité de genre, de leur handicap, de leur orientation sexuelle, de leur âge. Contre les normes restrictives qui isolent les populations précaires. Contre le patriarcat, le capitalisme et le colonialisme qui encouragent l’exclusion, la division, les violences sexistes, sexuelles, racistes, LGBTIphobes et handiphobes. 

Faut-il encore rappeler à quoi sert le 8 mars ? Oui, il le faut. Car on voit toujours écrit et on entend toujours parler de la « journée de la femme ». La femme unique n’existe pas. On ne peut parler des femmes qu’au pluriel. Oui, la création d’une journée internationale des femmes est l’idée d’une femme, Clara Zetkin, qui en 1910 la propose lors de la conférence internationale des femmes socialistes.

Cette journée est envisagée dans une perspective révolutionnaire, comme le rappelle le site dédié 8mars.info. En 1917, c’est la grève des ouvrières de Saint Pétersbourg qui va l’ancrer à la date qu’on lui connaît aujourd’hui, même s’il faudra attendre la fin de la Seconde guerre mondiale pour qu’elle se propage à travers le monde.

Les Nations Unies reconnaissent officiellement le 8 mars comme Journée internationale des femmes en 1977. La France attend 1982… C’est un événement militant qui commémore les luttes féministes passées, dénonce les inégalités et discriminations qui persistent aujourd’hui et rassemble les énergies pour construire le monde de demain. Un monde qui doit être inclusif et solidaire.

Alors non, on n’offre pas de fleurs à une femme ce jour-là et on ne compare pas le 8 mars à la Saint-Valentin ou à une autre fête commerciale. Les militantes féministes déconstruisent les rapports de domination créés, garantis et transmis par les sociétés patriarcales, capitalistes et coloniales. Les femmes ne sont ni des objets ni des marchandises. Encore moins des êtres inférieurs, faibles et fragiles.

REVENDICATIONS D’HIER ET D’AUJOURD’HUI

Elles le clament haut et fort. À l’année. Et le 8 mars, on les entend plus que jamais car elles unissent leurs forces, elles unissent leurs voix. Leurs colères sont nombreuses et résonnent dans les chants, les danses, les slogans, les pancartes et l’ambiance qui rythment et animent la manifestation. Leurs espoirs et leurs ambitions sont communicatives et dynamisantes.

Les féminismes sont évolutifs et constamment en mouvement. On parle de vague mais au-delà de ça, les militantes affrontent les levers de boucliers et les résistances conservatrices face à leurs revendications et à leurs avancées qui on le rappelle sont conquises et jamais acquises, toujours menacées par l’esprit rétrograde ambiant des privilégiés refusant la remise en question.

Du droit de vote au droit de se disposer librement de son corps, en passant par le droit d’avoir un chéquier et un compte bancaire sans l’autorisation du mari, le droit de divorcer, le droit à la contraception, le droit à l’avortement et autres, les combats ont été nombreux au siècle dernier et poursuivent des luttes déjà engagées par d’autres militantes, à travers le monde entier.

Les paroles autour des violences systémiques se multiplient. Réappropriation du corps, réappropriation de l’espace public, réappropriation des savoirs… Les femmes réclament à juste titre le droit d’exister et d’être qui elles sont et font savoir qu’elles comptent bien l’obtenir par elles-mêmes. Elles sont des individus à part entière et comme chaque être humain, elles sont complexes et ne peuvent être réduites à un corps-objet.

« Cela a déjà commencé dans le cinéma, dans le sport, dans les collectifs intersectionnels, dans les syndicats, les associations, les associations de précaires, de parents. Poursuivons nos efforts, élargissons nos alliances. Nous en appelons à l’indulgence et la solidarité. Nous ne sommes pas que des femmes qui osons prendre la parole aujourd’hui, nous sommes des personnes à part entière et complexes. Cette manifestation à l’image de la révolution, nous la voulons réellement pour tou-te-s, peu importe son identité de genre, peu importe les vêtements qu’on porte, notre lieu de naissance, avec un voile, un tailleur, une mini jupe, en fauteuil, à pied. Et pour toutes les personnes qui subissent d’autres systèmes d’oppression et d’exploitation. Le patriarcat, le colonialisme et le capitalisme s’alimentent ensemble et nous devons les combattre ensemble. », lance le collectif Nous Toutes 35, avant le départ du cortège.

À Rennes, plus de 5000 personnes ont répondu à l’appel du « 8 mars : on arrête toutes » et se sont rassemblées à République, dans la manifestation organisée par le collectif Nous Toutes 35. Un vent de liberté a vite soufflé fort entre les bouches de métro et sous les arcades, où les militantes ont repris des chants révolutionnaires dont « Un violador en tu camino », hymne crée par le collectif de femmes chiliennes Las Tesis à l’occasion du 25 novembre dernier, journée internationale de lutte pour l’élimination des violences faites aux femmes.

NE PLUS SE TAIRE

Depuis plusieurs mois, les témoignages s’accumulent. Il y a l’actrice Adèle Haenel qui porte plainte contre le réalisateur Christophe Ruggia pour agressions sexuelles et harcèlement sexuel lorsqu’elle avait 15 ans, il y a la patineuse artistique Sarah Abitbol dénonce les viols commis par son ancien entraineur Gilles Beyer, il y a Vanessa Springora qui raconte dans son livre Le consentement sa relation toxique avec l’écrivain Gabriel Matzneff, il y a Giulia Foïs qui témoigne de son viol subi il y a 20 ans.

Bien sûr, il y en a d’autres. Et puis, il y a un décompte. 149 femmes assassinées en 2019 par leur conjoint ou ex conjoint. Non pas par amour ou par passion. Comme le rappelle un-e manifestant-e brandissant sa pancarte à République : « Le sexisme TUE. Le racisme TUE. L’homophobie TUE. La transphobie TUE. » Non loin de là, une autre pancarte rappelle également que des prostituées trans sont également assassinées dans l’indifférence la plus totale : « Jessyca Sarmiento, on pardonne pas, on n’oublie pas. »

Le 8 mars, Awa Gueye, membre du collectif Justice et Vérité pour Babacar Gueye, prend la parole pour ne pas qu’on n’oublie que son frère et d’autres personnes racisées sont mort-e-s en raison de leur couleur de peau. En raison du racisme d’état, impuni par la Justice.

« Je suis une femme. Si je suis là aujourd’hui, c’est en tant que mère pour cette manifestation sur les droits des femmes. Je suis là aussi en tant que sœur de Babacar Gueye, assassinée à Maurepas à Rennes, le 3 décembre 2015. Je suis là avec le collectif Justice et Vérité pour Babacar. On est nombreuses, en tant que familles de victimes. On est plusieurs femmes qui luttent contre les violences policières, contre le racisme d’état. Je suis là en tant que femme noire. Mon frère a été assassiné parce qu’il est noir et c’est du racisme d’état. L’état français est raciste. La manière dont ils ont assassiné mon frère, c’est pas normal. Parce qu’une personne qui fait une crise d’angoisse mérite d’avoir du soutien, il mérite d’avoir de l’aide mais c’est pas le cas de Babacar. Babacar il avait 27 ans quand on l’a assassiné de 5 balles. Le policier qui a assassiné mon frère a demandé une mutation dans une autre commune, on l’a muté dans une autre commune. »
a-t-elle déclaré haut et fort. 

LA HONTE DOIT CHANGER DE CAMP, ET VITE !

La veille, à Paris, une Marche féministe nocturne était organisée. Pour revendiquer le droit des femmes d’être dans l’espace public de jour comme de nuit. Sans craindre d’être agressées, harcelées, violées, frappées. Sans craindre les menaces et les rappels à l’ordre. La manifestation s’est clôturée par l’intervention des forces de l’ordre qui ont chargées et interpellées violemment des militantes féministes.

La honte doit changer de camp. « Distinguer Polanski, c’est cracher au visage de toutes les victimes. Ça veut dire : « Ce n’est pas grave de violer des femmes. », a dit Adèle Haenel au lendemain de la cérémonie des César qui a le 28 février dernier remis le prix de la meilleure réalisation à Roman Polanski.

Elle se lève, avec la réalisatrice Céline Sciamma, et crie « La honte ! ». Son visage et ses paroles accompagnent la manifestation. Tout comme les visages d’Aïssa Maïga, actrice, Megan Rapinoe, footballeuse, Lizzo, parolière et rappeuse, Anne Sylvestre, musicienne, Leslie Barbara Butch, DJ et activiste, Virginie Despentes, écrivaine et réalisatrice, Meryl, compositrice et rappeuse, Beyonce, musicienne, Paul B. Preciado, philosophe, Monique Wittig, rmancière, théoricienne et militante féministe lesbienne, et Sakine Cansiz, co-fondatrice du Parti des travailleurs du Kurdistan, assassinée en 2013. 

Il y a aussi le groupe des Femmes exilées de Rennes qui expriment leurs conditions de vie : « Nous femmes migrantes, exilées, sans papiers, nous manifestons pour dire égaux, égales, personne n’est illégale. On dit stop aux violences sexistes, sexuelles et racistes que nous demandons et demandons la régularisation de toutes les personnes sans papiers. Beaucoup d’entre nous fuient des violences qu’elles subissent dans leur pays. Des mariages forcés, des viols, l’excision, les guerres. Certaines sont mortes. Nous n’oublierons jamais. Pour arriver jusqu’ici, sur la route, beaucoup de femmes vivent des violences, parce qu’elles sont des femmes. La loi française devrait nous protéger. Les femmes victimes de violences sexistes et sexuelles n’obtiennent quasiment jamais d’asile politique pour avoir subi ces violences. Quitter son mari peut empêcher d’avoir son titre de séjour. La loi ne nous protège pas. Elle nous demande toujours plus de documents, de preuves. Quand tu n’as pas de papier, à qui te plaindre ? à qui dire que l’on est victimes de violences ? Une femme quand elle est sans papiers, c’est impossible d’aller à la police pour porter plainte. Beaucoup d’entre nous vivent dans des situations très précaires et n’ont pas de logements. On est donc souvent dépendantes des personnes qui nous logent. On vous laisse imaginer ce que l’on demande à certaines d’entre nous en échange d’un toit. C’est ça ou dormir à la rue, dans des squats. Les femmes qui dorment dehors, elles subissent aussi beaucoup de violences. Pour être indépendantes et libres, nous voulons toutes avoir des papiers, un logement, pouvoir travailler, pouvoir étudier. On veut se battre par nous-même ! Là-bas, ici, partout, on dit stop aux violences sexistes, sexuelles et au racisme. Merci ! »

D’autres associations, d’autres femmes, d’autres personnes viennent alimenter les réflexions de leurs témoignages, de leurs forces, de leur courage et de leur détermination, à l’instar du Collectif Lutte et Handicaps pour l’Egalité et l’Emancipation, Commune Vision, le collectif Braves, les militantes féministes kurdes ou encore le Collectif d’aide internationale inceste et pédocriminalité.

Evidemment, nombreuses sont les personnes présentes qui n’ont pas d’étiquette associative, politique et/ou syndicale. Elles manifestent à titre individuel, pour l’émancipation de chaque individu, pour l’émancipation de toutes les femmes. Pour que celles-ci soient entendues, crues et considérées.

« Pour gagner le rapport de force est nécessaire. Être toujours plus nombreux-euses à entrer en lutte, lutter ensemble, favoriser la solidarité entre et avec les plus précaires et les plus isolé-e-s d’entre nous. Le rapport de force doit être capable de changer le réel. »
conclut Nous Toutes 35.

LES RENCONTRES DES CULTURES FÉMINISTES

Après la manifestation, pendant laquelle chacun-e peut apprécier les collages et messages inscrits sur les murs et les trottoirs de la ville par le collectif Collages Féminicides Rennes, l’équipe organisatrice donnait rendez-vous à l’Hôtel Dieu pour les Rencontres des cultures féministes.

À l’intérieur, ça bouillonne. C’est joyeusement militant, encore une fois super revigorant en terme d’énergies. L’événement est fédérateur et créatif. Au mur, on découvre une carte particpative des lieux d’intérêts & ressources pour les femmes et/ou féministes et/ou LGBTIQA+. Plus loin, on peut sérigraphier à la peinture des photos comportant des slogans ou des images féministes.

Tout le long du couloir, il y a des stands avec des tracts, des infos à prix libre, des personnes faisant partie d’associations et de collectifs comme Commune Vision, Histoire du Féminisme à Rennes, le Collectif d’aide internationale inceste et pédocriminalité, Las Tesis, le groupe de Femmes exilées de Rennes.

Et des affiches en ornent les murs. Femmes racisées, femmes voilées, femmes en fauteuil, femmes blanches, en robe ou en pantalon, avec les cheveux courts ou longs, avec des poils apparents ou non. Elles se tiennent la main. « Parce que les institutions ont été conçues sur un modèle patriarcal et de classe dans lequel nous n’apparaissons qu’en incise ».  

Sans oublier les messages collés à différents endroits du lieu, comme dans les toilettes par exemple : « Tu fais ce que tu veux de ton corps, alors abstiens toi de toute remarque sur le corps ou la tenue des autres personnes. »

La bienveillance est de mise et les Rencontres des cultures féministes exigent le respect de chaque personne présente pour préserver un espace safe :

« Ici, on ne tolère pas les racismes, la transphobie, la grossophobie, le sexisme, le validisme, la putophobie, l’homophobie… Si vous êtes importunés par quelqu’un, vous pouvez vous adresser à une personne du SAPP (Service d’Auto Protection Pailletée) pour en parler, dire ce dont vous avez besoin. Si vous êtes témoins de ce genre de scène, on vous invite à intervenir et/ou nous prévenir. On veut pas faire d’espaces non mixtes mais on veut de la place parce que c’est notre journée, du coup, on compte sur l’attention des mecs cis hétéros dans cette soirée (et tous les autres jours). »

Un espace bibliothèque est installé également avec la Bibli féministe, les Impudentes et Sexclame, et des ateliers sont proposés. On peut assister aux lectures des Dangereuses conteuses qui racontent des histoires pour les petit-e-s et les grand-e-s, dessiner des sorcières ou préparer, apprendre et échanger des punchlines, avant de profiter du concert d’Underbreizh Vulvettes et du DJ set animé par Constance de Rosa Vertov.

On l’a déjà dit, ce 8 mars 2020 a été électrisant et galvanisant. Le militantisme est épuisant mais aussi joyeux. Cette journée internationale de lutte contre les droits des femmes a montré que les femmes étaient de plus en plus nombreuses à aller dans la rue manifester pour leurs droits mais aussi à inventer des slogans, chanter, danser, aller dans des événements pour s’informer, échanger, réaliser des collages, écrire, faire entendre leur voix. Et que les hommes étaient aussi de plus en plus nombreux à marcher à leurs côtés.

C’est inspirant. On peut crier notre colère en tenant la main (symboliquement ou non, tant que les personnes sont consententes) à nos sœurs de lutte, à nos adelphes. On peut découvrir des luttes, des formes de militantisme, des discours, des profils, vécus et expériences varié-e-s. C’est enrichissant. Et tellement enthousiasmant de se dire que ça, c’est un aperçu de ce qui se trame au quotidien, tout au long de l’année. La révolution !

Célian Ramis

Rassemblement politique et syndical contre les féminicides

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Le 27 septembre se tenait, à Rennes, le premier des 3 rassemblements, destinés à rappeler au gouvernement que les moyens et actions « promis-es » contre les violences conjugales ne sont pas à la hauteur des besoins et des attentes.
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« Forces politiques de gauche et de progrès, syndicats, associations féministes et d’accompagnement des femmes victimes » (selon le communiqué) ont lancé à Rennes trois appels au rassemblement pour lutter contre les violences faites aux femmes. Vendredi 27 septembre se tenait, à République, le premier d’entre eux, destiné à rappeler au gouvernement et son Grenelle contre les violences conjugales que les moyens et actions « promis-es » ne sont pas à la hauteur des besoins et des attentes. 

Du 3 septembre au 25 novembre 2019, le gouvernement a lancé le Grenelle contre les violences conjugales. Très décrié pour l’absence de réels moyens – financiers mais pas que - mis en place pour lutter contre les inégalités hommes/femmes, on peut se demander s’il s’agit là d’une énième action de communication pour affirmer que l’égalité entre les femmes et les hommes figure en tête de liste des priorités du quinquennat macronien ?

Le Grenelle fait en tout cas miroiter des places d’hébergement supplémentaires pour les femmes victimes de violences, un dispositif d’accès à des logements, l’ouverture 24h/24 et 7j/7 du numéro d’urgence 3919…

Quand ? Avec quels moyens ? Les réponses restent vagues et imprécises dans tous les discours de Marlène Schiappa, secrétaire d’Etat chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, qui dressait un premier bilan quinze jours après le lancement en grande pompe du Grenelle.

Sans budget supplémentaire, les associations et structures féministes, les dispositifs d’aide aux femmes victimes de violences conjugales, ne peuvent intervenir à hauteur de l’urgence et de la demande. Sans formation des forces de l’ordre, des travailleurs sociaux, du personnel des enseignant-e-s, des professionnel-le-s de la santé, des membres de la Justice, les féminicides resteront atrocement nombreux et terriblement impunis.

LE LONG COMBAT DES ASSOCIATIONS

Depuis le début de l’année, plus de 110 femmes ont été tuées par leurs conjoints ou ex-conjoints. C’est bien ce que rappellent les messages collés ou pochés sur les murs et trottoirs de la ville de Rennes depuis plusieurs semaines par des militantes féministes, invitant les Rennais-es à se mobiliser contre les féminicides et à prendre part à la marche contre les violences faites aux femmes, organisée par le collectif Nous Toutes 35, le 23 novembre (la manifestation aura également lieu dans d’autres villes de France).

C’est ce que dénoncent tout au long de l’année les militantes féministes, à travers des conférences, des happenings, des mobilisations, etc., alertant sur les (mauvais) traitements médiatiques et judiciaires qui minimisent souvent la parole des victimes et l’acte en lui-même, le caractérisant de « drame passionnel » ou de « drame familial ».

Au quotidien, les associations féministes œuvrent, au sein d’une plateforme d’aide aux victimes (Asfad, CIDFF, UAIR, Planning Familial 35, SOS Victimes 35), à la mise en sécurité, l’aide, l’accompagnement et la reconstruction des femmes victimes de violences, soutenues par les collectivités à hauteur de leurs faibles enveloppes, les budgets Droits des femmes et Egalité entre les femmes et les hommes étant toujours largement insuffisants.

MOBILISATION POLITIQUE ET SYNDICALE

À République, le 27 septembre, on aperçoit les drapeaux des Jeunes Socialistes, de la France Insoumise, de la CGT, de Solidaires, de Lutte Ouvrière, d’Iskis – centre LGBT de Rennes et de Zin 35 (association des femmes kurdes à Rennes). Des pancartes « Aux femmes assassinées, la patrie indifférente », « La jeunesse emmerde le Front Patriarcal » ou encore « 17 – Je me fais battre par mon mari – Merci de patienter - + 1 morte » trônent contre les arcades.

« Monica, Pascale, Séverine, Nadine, Béatrice, Charline, Patricia, une femme, Céline, Josette, Gaëlle, une femme, Ginette, Ilal, Julie, Georgette, Dolores, Dalida, Sandra, une femme, Mouna, Mariette, Dounia, Justine… », les 110 prénoms des femmes assassinées par leurs conjoints ou ex-conjoints depuis le 1erjanvier 2019 sont déclamés au micro. 

Les discours rappellent qu’elles ont été « fusillées, poignardées, brûlées, défenestrées, égorgées, noyées, étouffées, tuées à coups de marteau… ». Que 60 000 euros par Département ne suffisent pas, là où il en faudrait minimum 6 millions. Que « la lutte a besoin de moyens à la hauteur des enjeux » afin que les associations, collectivités, etc. puissent combattre « ce fléau social ».

Plusieurs dizaines de personnes ont répondu ce jour-là à l’appel des « Forces politiques de gauche et de progrès, des syndicats, des associations féministes et d’accompagnement des femmes victimes ». Pourtant, sur place, elles sont peu nombreuses les associations féministes et d’accompagnement des femmes victimes.

OÙ SONT LES ASSOS ?

« Certaines sont venues avec leur drapeau, comme Iskis ou Zin, l’association des femmes kurdes. Il y avait aussi des représentants qui sont venus à titre individuel. Je crois que les associations ont la volonté de rester neutres politiquement, ce que je comprends. », explique Béatrice Hakni-Robin, membre de la Fédération socialiste d’Ille-et-Vilaine. 

Mais aucune ne figure dans les signataires de l’appel, ni n’est mentionnée dans les discours. On s’interroge, au même titre que certaines militantes présentes, sur l’intention de ce rassemblement politique et syndical.

« Il est important de se mobiliser sur ces grands sujets de société pour modifier nos rapports, inscrits dans notre société et fondés sur des rapports de domination. », souligne Béatrice Hakni-Robin.

Mais qu’en est-il de ces sujets-là au sein des partis politiques et des syndicats, non exempts des rapports de domination et des violences engendrées par les inégalités entre les hommes et les femmes ? « C’est vrai que ces sujets-là ne sont pas très discutés dans nos partis et syndicats. C’est l’occasion qu’ils soient mis à l’agenda politique. Il est temps que ces violences qui font aujourd’hui parties de la normalité passent dans l’inacceptable, l’interdit.»

Elle poursuit : « Je sais combien les associations sont mobilisées et que leurs combats sont solides et nombreux. Il faut que le politique s’engage dans ce combat là. Et je suis convaincue que le politique a tout son sens dans ce rassemblement face au Grenelle car on n’entend pas les associations à ce propos. Je ne vois pas de réactions associatives. », souligne Béatrice Hakni-Robin. 

VIGILANCE FACE AU GRENELLE

Pourtant, les réactions sur les réseaux sociaux ont été nombreuses. Toutes appelant à la vigilance face à ce Grenelle, afin qu’il ne soit pas qu’une action de communication. Dans son communiqué national, le Planning Familial écrit, le 5 septembre :

« Si nous pouvons saluer la présence de plusieurs ministres (au lancement du Grenelle, ndlr),montrant que la question doit être transversale et traitée à tous les niveaux, ainsi que l’annonce de certaines mesures demandées par les associations concernant l’autorité parentale ou l’audit de 400 commissariats pour améliorer l’accueil des victimes de violences de couple, nous regrettons que certaines annonces et bilans fassent écho à divers rapports et préconisations déjà existants : les bracelets électroniques, la généralisation des prises de plaintes à l’hôpital, l’augmentation des places d’hébergement ou encore des mesures de prévention à l’école… »

Véronique Séhier, qui signe le communiqué, détaille également : « Nous déplorons le manque d’annonces budgétaires qui accompagnement ces annonces : il faudrait 6 millions d’euros au moins pour garantir aux 12 millions d’élèves, prévention et éducation dès le plus jeune âge lors des séances d’éducation à la sexualité (permettant de comprendre les violences, et les notions d’intimité et de protection), une campagne de prévention régulière dans les établissements scolaires et pour le grand public afin de faire évoluer les mentalités. Il faudrait encore pour la formation des policiers, des professionnel-le-s sociaux, médicaux, enseignant-e-s et toujours de l’argent pour garantir aux victimes une prise en charge rapide et une protection (quand il faut parfois 3 semaines pour avoir une ordonnance de protection faute du manque de professionnel-le-s…). Toutes ces mesures devant s’accompagner d’une augmentation du nombre de professionnel-le-s sur le terrain dans tous ces domaines…

Nous regrettons également le manque d’annonces concernant la santé, quand nous voyons le nombre important de violences dépistées lors de consultations gynécologiques et l’impact sur la santé des victimes, le manque d’annonces concernant la prise en charge des auteurs de violences : nous ne pouvons plus tolérer que les auteurs sortent de prison sans avoir été pris en charge de manière éducative et psychologique, comme c’est le cas depuis longtemps au Canada. »

ASSOCIATIONS ET COLLECTIFS FÉMINISTES : QUEL APPEL ?

À Rennes, le Planning Familial ne s’est pas encore positionné concernant les rassemblements organisés par les forces politiques et syndicales, comme nous l’explique Mathilde Lefèvre, présidente du PF 35, mais devrait apporter une réponse dans les prochaines semaines, pour le 2erassemblement, fixé au 17 octobre, à République.

Du côté de Nous Toutes 35, Appoline Morinière signale que le collectif n’avait pas les forces nécessaires à ce moment-là (en raison de la rentrée et de la préparation de la marche du 23 novembre) pour être présentes en nombre ni le 27 septembre ni dans l’organisation de la mobilisation. Et indique également que Nous Toutes 35, en tant que jeune collectif, n’a pas souhaité – voyant qu’aucune association féministe n’était signataire de l’appel - être la seule organisation à prendre position.

« Nous avons donc décliné la proposition tout en partageant les réserves et critiques émises au sujet du Grenelle et en étant convaincues qu’une mobilisation d’ampleur sur le sujet des violences faites aux femmes est nécessaire. », conclut la militante. 

L’association Osez le Féminisme 35 a été prévenue par mail « qu’avait lieu ce rassemblement mais ce n’était pas un message qui nous invitait à la co-organiser/être signataires, il s’agissait de nous inviter à diffuser l’info dans nos réseaux. » Plusieurs militantes de la structure s’y sont rendues à titre personnel. 

Le prochain rendez-vous politique et syndical contre les féminicides aura lieu le 17 octobre, avec ou sans les associations féministes. Quoi qu’il en soit, une mobilisation d’ampleur est attendue comme chaque année à l’occasion du 25 novembre, journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes. Cette année, la marche est prévue le 23 novembre. Et après ? Qu'en sera-t-il du rassemblement politique et syndical autour des violences faites aux femmes ?