Les Gazelles - Mona Achache

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La galerie de personnages ne rattrapera pas la fragilité du discours et l’austérité du récit qui agace par son manichéisme.
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Marie et Eric sont deux trentenaires vivant en couple depuis le lycée. Le quotidien ayant rongé la romance, Marie se voit prise d’un violent doute qui la pousse à claquer la porte et quitter son amour de toujours. Mais voilà, où aller ? Que faire ? Et vers qui se tourner ? L’héroïne un brin loufoque et globalement perdue dans sa vie tentera de donner une nouvelle impulsion à celle-ci grâce à la rencontre d’un groupe de filles. Célibattantes à 100%, ces filles revendiquent leur statut à coup de nuits endiablées, d’ivresse d’alcool et de mecs d’un soir. Avec le concours de conseils frôlant le sexisme mais plus souvent la bêtise des stéréotypes, Marie va tenter de remonter la pente. Sous le vernis d’une vie assumée, le célibat est un monde sans pitié. Tel est le propos de l’auteur. Un film loin d’être à la hauteur de ses prétentions qui nous décrit plus une crise d’adolescence tardive qu’une fable moderne de la femme d’aujourd’hui. Un questionnement souvent brumeux et un dénouement plein d’incohérence servent au plus mal le second film de Mona Achache. Si l’idée semblait bonne, le résultat est décevant par sa teneur. Une comédie polluée par une énergie contre-productive donnant une image de la femme superficielle et méprisante, parfois à la frontière du ridicule. Malgré un casting dense, la galerie de personnages ne rattrapera pas la fragilité du discours et l’austérité du récit qui agace par son manichéisme.

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La guerre invisible - Leila Miñano et Julia Pascual

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Deux ans d’enquête rondement menée pour cette bombe lâchée dans les rangs de l’armée française…
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Deux ans d’enquête rondement menée pour que Leila Miñano et Julia Pascual publient leur ouvrage, co-édité par Les Arènes et Causette. Une bombe lâchée dans les rangs de l’armée française… 289 pages de révélations effrayantes sur les violences sexuelles dont sont victimes les femmes engagées dans les forces militaires de l’Hexagone. Mais les deux auteures ne font pas que relater horreurs et scandales, elles retranscrivent les parcours de celles qui ont dû déserter pour s’en sortir, se taire pour éviter les représailles ou se battre, seules, en espérant que justice soit faite, sans jamais rien voir venir. À travers de nombreux témoignages, elles décrivent un milieu terriblement sexiste et archaïque, quasi entièrement hostile au sexe féminin. Avec humilité, justesse, professionnalisme et précision, les deux belles plumes de Leila Miñano et Julia Pascual s’unissent pour faire bouger les lignes. Pour preuve, le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian a ouvert une enquête interne sur les violences sexuelles dans l’armée, dont les recommandations devraient être rendues publiques mi-avril.

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Shameless US - Paul Abbott

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Shameless est un poing dans la figure, un cri de rage et un crachat sur tes pompes.
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Shameless est un poing dans la figure, un cri de rage et un crachat sur tes pompes. L’excellente série et adaptation US de la série britannique du même nom est le produit d’un imaginaire délirant mêlé au très fin regard critique de la société américaine d’aujourd’hui. La création de Paul Abbott observe avec cynisme la cinglante chronique des laissés-pour-compte des quartiers pauvres. En banlieue de Chicago vit la Famille Gallagher. 5 enfants et pas de parents. Pire que l’abandon il y a la charge de ce père alcoolique au 4ème degré qui rivalise contre chaque instant de sa vie à produire des ennuis tous plus graves et dangereux les uns que les autres. Fiona, l’aînée assure la survie de la meute. Une vie anti-système qui semble d’abord assez misérable mais qui se laisse voir comme pleine de beauté, d’instants de grâce et d’humanisme exacerbé. Dans cette 4ème saison, les ennuis passés semblent bien dérisoires face à ce que sont contraints de traverser nos personnages. Entre maladie, prison et services sociaux, les Gallagher devront être plus forts que jamais. Mais qu’on ne s’y trompe pas ! Si violence, pauvreté et addiction absorbent les personnages de ce conte moderne, l’expérience de la vie propulse souvent les Gallagher au plus profond du sens réel de la comédie… celle de la vie. Une écriture brillantissime et une réalisation néo-réaliste irrésistible et sévère qui font sans aucun doute de Shameless US l’une des meilleures séries américaines de ces 5 dernières années.

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Les femmes s'en vont en lutte - Patricia Godard et Lydie Porée

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Un outil de réflexion formidable pour comprendre l'engagement des rennaises dans la lutte pour l'égalité des années 60 et encore de nos jours.
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À une époque où, d'un côté, la nouvelle génération pourtant avide de plus d'égalité ne semble plus vouloir se reconnaître dans le terme féminisme et où, de l'autre, certaines minorités revendiquent haut et fort (trop trop fort) la remise en cause de droits les plus fondamentaux de la femme (droit à l'avortement, d'accéder à la maternité), l'ouvrage de Patricia Godard et Lydie Porėe, fruit d'une enquête menée pendant plus de quatre ans, est essentiel. Parce qu'il raconte l'histoire de militant(e)s, d'associations et de luttes locales, de combats qui se sont greffés à une action nationale qui ont pris place dans les lieux que nous fréquentons tous les jours. Ainsi, on apprend qu'au 13 rue St Michel, un appartement abritait un cabinet d'avortement clandestin avant la promulgation de la loi Weil, géré par des étudiantes en médecine. Plus généralement, l'ouvrage est un outil de réflexion formidable pour comprendre l'engagement des rennaises dans la lutte pour l'égalité des années 60 et encore de nos jours. Aux éditions Goater.

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Ivory - The 1969 Club

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The 1969 Club montrent qu'ils savent peaufiner leurs enregistrements et qu'il va falloir compter sur eux pour dynamiter la scène rock française.
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Un peu plus d'un an après leur premier EP "The red album", les briochins-rennais de The 1969 Club dégainent "Ivory", un EP de 5 titres financé en partie par crowfunding qui confirme leur incroyable énergie. C'est un rock garage sans concession, riffs secs et basse lourde, porté par la voix fougueuse de la chanteuse et bassiste charismatique Hermann. Un rock explosif, qui cogne, mais dont la subtilité étonne et détonne. Impressionnants sur scène (et d'ailleurs le avril prochain a l'ubu), The 1969 Club montrent qu'ils savent aussi peaufiner leurs enregistrements et qu'il va falloir définitivement compter sur eux pour dynamiter la scène rock française. 

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12 years a slave - Steeve McQueen

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Entre devoir de mémoire et curiosité, un film à découvrir.
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Sacré meilleur film à la cérémonie des Oscars 2014, début mars, 12 years a slave était grand favoris pour rapporter quelques prix. Parfaitement calibré pour les Oscars puisque film historique tiré d’une autobiographie, il est l’adaptation de l’ouvrage de Solomon Northup relatant l’histoire vécue de l’auteur lui-même. Une histoire de vie stupéfiante. 1841, état de New York, Solomon Northup est un afro-américain né libre qui travaille et est père de famille. L’homme sera kidnappé et réduit à l’esclavage en Louisiane dans les champs de coton. Son calvaire durera 12 ans et l’homme s’en sortira par chance, ce qui lui donnera l’occasion de témoigner vivant et écrire son histoire. C’est donc avec force et précision des détails que l’enfer vécu sera conté. Servi par de belles interprétations et une image implacable, le film frappe avec autorité et puissance dans l’émotionnel et la répulsion. Les tortures physiques et supplices psychologiques ébranlent avec effroi le spectateur qui se voit poussé dans les limites de sa perception de l’horreur. Entre excitation et commotion, on pourra néanmoins reprocher à la réalisation une complaisance certaine qui, à travers un schéma classique de narration, lasse par la semi pauvreté de l’enchaînement des actions visant à émouvoir. Entre devoir de mémoire et curiosité, un film à découvrir.

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Les garçons et Guillaume à table - Guillaume Galliene

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Véritable hommage à la figure maternelle mais aussi aux femmes. Une œuvre à déguster assurément et un artiste complet à suivre.
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Très largement récompensé lors de la dernière cérémonie des Césars, Les garçons et Guillaume à table est l’adaptation du one-man-show vieux de 7 ans de Guillaume Gallienne. Pour son premier film, le comédien fait rimer, autour d’une autobiographie, Comédie Française et comédie populaire. L’histoire trouve sa source dans la fascination et l’adoration d’un petit garçon pour sa mère qui grandit dans le fantasme d’être une fille. Un malentendu familial et des conventions qui pousseront le jeune homme qu’il deviendra à aimer les garçons. Le parti pris dans l’écriture de Guillaume Gallienne est là de se questionner sur l’obligation de devoir, par conformisme, être homosexuel lorsque l’on est efféminé. La réussite de l’œuvre réside dans le pouvoir comique du génie de l’interprétation du comédien qui interprète à la fois son propre personnage et celui de sa mère. Dans l’élégance absolue, l’auteur et comédien se travestit et incarne avec autant de douceur que de vulgarité les nombreuses situations à la fois tristes et ironiques de la vie du jeune homme. Une sensibilité révélée à l’écran par un personnage dans l’apprentissage des expériences d’une vie qui le mènera à faire son coming out hétéro. Véritable hommage à la figure maternelle mais aussi aux femmes. Une œuvre à déguster assurément et un artiste complet à suivre.

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Mon premier album avec d'autres instruments que juste la guitare - GiedRé

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On aime beaucoup ou pas du tout. Ou alors on aime beaucoup puis plus du tout.
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"Les filles qui se laissent peloter pour une mammographie, c'est trop des putes", chante GiedRé sur un air de comptine enfantine. Auteure, compositeure, interprète et humoriste d'origine lituanienne, la chanteuse a étudié l'art dramatique, commis des premières parties de Raphaël Mezrahi, de Laurent Baffie ou d'Oldelaf, et en est déjà à son cinquième album de chansons impertinentes, ultra dosées en humour noir, en humour pipi-caca, en absurdités, en cynisme. On aime beaucoup ou pas du tout. Ou alors on aime beaucoup puis plus du tout, le contraste petits airs gentillets/saillies subversives et gros mots peut lasser, lorsqu'il est porté au-delà de quelques buzz sur le net. Il n'empêche que GiedRé appuie là où ça fait mal, en allant jusqu'au bout et en souriant, et rien que pour ça, on a vraiment envie de voir ce que ça donne en concert (à l'Ubu le 26 février).

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Mauvais genre - Chloé Cruchaudet

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Ce récit prône une grande ouverture sur l'orientation sexuelle mais aussi sur la féminité, sans jamais se faire moralisateur.
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Pendant la Guerre 14-18, Paul, soldat traumatisé par les tranchées, déserte et se cache dans un petit meublé parisien, où il étouffe. Avec la complicité de son épouse Louise, pour retrouver sa liberté et échapper à la justice, Paul se travestit en femme. D'abord déguisé, il devient progressivement Suzanne et découvre la vie nocturne du Bois de Boulogne dans le Paris des années folles. Inspirée par des faits réels, cette BD, parue aux éditions Delcourt, sombre et enivrante a raflé un bon paquet de prix à la fin de l'année dernière (prix Landerneau, prix du meilleur livre pour le magazine Lire, Coup de coeur à Quai des Bulles et Grand Prix de la Critique ACBD) et connaît en conséquence aussi un succès grandissant en librairie. Pas étonnant : ce récit, parfois violent, parfois drôle, qui débute devant un tribunal qui voudrait catégoriser les individus, homme, femme, hétéro, homo, prône une grande ouverture sur l'orientation sexuelle mais aussi sur la féminité, sans jamais se faire moralisateur et avec une liberté et une candeur intelligente et rafraîchissante.

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Kaboul Kitchen - Allan Mauduit et Jean-Patrick Benes

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On y voit dans cette saison 2 une critique acerbe des conséquences d’une occupation qui exhorte la corruption et les dysfonctionnements.
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Impossible de manquer ce mois-ci la très excentrique production Canal +, Kaboul Kitchen. La saison 2 poursuit les folles aventures de Jacky Robert, un ressortissant français installé à Kaboul et propriétaire du Kaboul Kitchen, un restaurant atypique fréquenté par les expatriés de la capitale afghane. Jacky qui fuit les ennuis aura vraisemblablement mal choisi son endroit pour tenir un établissement qui tient tête aux bonnes mœurs afghanes. Installé à son compte et comptant bien faire de l’argent, Jacky ne verra en l’arrivée de sa fille en ville qu’une source d’ennuis. Sur une base scénaristique réaliste et ancrée en pleine occupation américaine post 11 septembre, les épisodes traitent avec un humour fin et sarcastique les déboires de notre propriétaire intrépide bien décidé à faire prospérer son îlot de liberté et de distractions nocturnes. Du grand Melki ! Un rôle parfaitement dessiné pour l’acteur à pleine maturité de son art. Au-delà d’une excellente distribution, notamment Simon Abkarian, d’une mise en scène rodée et efficace, on y voit dans cette saison 2 une critique acerbe des conséquences d’une occupation qui exhorte la corruption et les dysfonctionnements, ralentissant la reconstruction d’un pays déjà éprouvé par 40 années de guerre. Immanquable !

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