Célian Ramis
Slam Connexion : existe-t-il un slam au féminin ?

À l’occasion de la « Coupe de la Ligue Slam de France » – qui se déroulait du 15 au 18 mai dernier au Théâtre du Vieux St Etienne à Rennes, organisée par la Ligue Slam de France et l’association rennaise Slam Connexion – Aurélia Décordé chargée de projet et d’administration pour l’association et Charlotte Bonnin, animatrice d’atelier d’écritures destinés à l’oralité évoquent la place des femmes dans cet art poétique issu de la scène ouverte.
En 2006, le grand public a pu découvrir cet art oratoire auparavant presque mystérieux qu’est le slam, avec la sortie de l’album Midi 20 de Grand Corps Malade ; mais c’est également l’année de la création de l’association Slam Connexion à Rennes, première du genre à l’époque en Bretagne.
Poétique, humoristique voire politique, mise en musique ou non, seule ou à plusieurs, la pratique slam s’ouvre à tous, jeunes ou moins jeunes. Le but de l’association est justement d’ouvrir cet art au plus grand nombre comme l’explique Charlotte Bonnin : « Pour nous il s’agit à travers des ateliers d’écriture, de montrer comment utiliser cet outil à des fins d’expression libre, comme outil pédagogique alternatif, que ce soit vis-à-vis de structures scolaires comme de centres sociaux, d’associations, de maisons de retraites ou à la prison des femmes par exemple ».
Arrivées dans le milieu du slam un peu par hasard et par des portes différentes, elles ont cependant en commun la passion de l’écriture, d’abord slameuses puis engagées dans l’associatif ou l’inverse, Aurélia Décordé et Charlotte Bonnin affirment avoir « pris une claque » la première fois qu’elles ont assisté à une scène slam. « Ce qui m’a touché dans le slam c’est tout d’abord le côté scénique, la prestance des poètes. Il n’y a pas de vedettariat dans ce milieu, on brille le temps de déclamer son texte et on retourne s’asseoir dans le public. Mais c’est aussi le fait qu’on écrive un texte pour le dire, c’est extrêmement différent du monde de l’édition par exemple. Chaque soirée est différente, on passe toujours un bon moment, on fait toujours de belles découvertes ».
Dans le slam, pas de professionnel. On peut se faire un nom certes, mais tout dépendra d’un soir, d’une prestation, d’un tournoi. Quelques-uns sont cependant reconnus comme par exemple la slameuse Luciole, rennaise d’origine, qui a pu se faire connaître en posant ces textes sur de la musique, ce qu’on appelle le spoken word. Une slameuse reconnue c’est bien, mais retrouve-t-on beaucoup de femmes sur scène ?
« Dans le slam, il n’est pas question de sexe mais de parcours »
« Le slam est un milieu très masculin et cela ne vaut pas seulement pour Rennes et parfois la tendance s’inverse. Au début ici, c’était une fierté pour nous slameuses de se faire une petite place, mais disons que depuis une dizaine d’années les choses ont bien évolué. De ce constat nous avons décidé de former des équipes entièrement féminines », explique Aurélia Décordé.
Milieu masculin oui mais pas misogyne pour autant comme l’explique Charlotte Bonnin, « les garçons sont toujours heureux de découvrir une nouvelle slameuse, c’est toujours un peu la fête pour nous tous dans ce cas-là ». Pas réellement d’explication pour les deux jeunes femmes quant à la disproportion des sexes sur scène. Si il y a des équipes féminines en tournoi, beaucoup sont mixtes et très peu de slammasters (présentateurs/trices des soirées slam) sont des femmes.
« Je pense qu’il s’agit peut-être d’une question d’engagement. Beaucoup de femmes commencent par monter sur scène puis graviter dans le monde du slam pour peu à peu s’engager dans les associations à plus long terme. C’est très difficile à expliquer, disons peut-être que certaines d’entre nous sont moins compétitrices en tournoi que les hommes ».
Lors de la coupe au Théâtre du Vieux St Etienne, 30% environ des poètes étaient des femmes mais dans l’association Slam Connexion il est intéressant de noter que sur huit référents, cinq sont des femmes et les bénévoles également sont majoritairement des femmes. Qu’en est-il des textes, de la poésie ? Une femme slamera-t-elle de manière différente ? « Cela peut paraître cliché mais chez les hommes l’écriture va avoir tendance à être plus rapée alors que les femmes seront plus en prose, en douceur mais cela n’empêchera pas certaine d’y intégrer une certaine violence. Par contre, au niveau des thèmes, les garçons ne sont pas en reste quand il faut parler d’amour ».
Le slam semble ainsi évoluer avec son temps, pratique peu connue au début des années 2000, elle se démocratise petit à petit et diffuse une nouvelle forme d’expression chez les femmes comme chez les hommes, les adultes comme les enfants, les artistes comme les novices. Le but étant de se lâcher, de faire sortir notre colère, notre joie, nos sentiments, bientôt un slam comme outil de militantisme pour les femmes ?


Quand on arrive sur place, les premières secondes sont assez étranges, l’organisation ayant eu quelques difficultés avec la Mairie de Rennes, la convention se déroule au Stade de foot, lieu dans lequel on s’imaginerait assez mal ce genre de rassemblement de prime abord. Il fait chaud, très chaud et ça pullule dans tous les sens. Malgré tout, l’équipe organisatrice a su tout mettre en place pour que le public oublie la froideur de ces bâtiments gris.
Cette salle traversée, où les trophées du Stade Rennais font face aux artistes tatoueurs, il faut grimper une nouvelle fois à l’étage au-dessus pour atteindre la dernière salle, qui est composée de stands délimités par les logos et enseignes des différents salons. Sur les tables, des books recueillant les précédents travaux des artistes, des flash (dessins comportant les lignes du futur tatouage qui seront ensuite calqués sur la peau), et quelques stickers. 

Vendredi, à 20h30, le parc Jules Ferry respire le calme et la tranquillité. Pourtant, les voix puissantes des membres de The Boxettes percent cette fausse quiétude. Celles qui se sont produit le 20 mars dernier, à Rennes, sur la scène de l’Antipode sont de retour en terre bretonne pour environ une heure de beatbox détonnant, 100% féminin, pour notre plus grand plaisir.
Leur concert soulève un vent d’énergie et apporte un souffle nouveau à la scène beatbox. La performance de Bellatrix ne peut passer inaperçue et ne cesse d’étonner et d’impressionner la gente masculine tant elle dévoile des capacités hors-normes. Vêtue d’une robe noire et d’une paire de baskets streetwear, la championne anglaise ne se contente pas de flirter avec les graves, elle produit avec sa voix – et semble le faire avec une aisance déstabilisante – des fréquences que la basse ne pourrait délivrer.
Et si on avoue ne pas adhérer entièrement au style proposé - qui souligne quelques faiblesses en matière d’originalité dans le genre musical – il est à noter qu’elles ont l’art de faire danser les spectateurs et de les emmener dans leur monde déjanté et festif. Ces deux lorientaises s’arment de belles paroles pour naviguer contre vents et marées avec humour, émotion et gaieté contagieuse. Les Sœurs Bervas apportent une touche humaine de par leur sens de la théâtralité et de la scène.
Sans surprise, les deux têtes dirigeantes du festival des arts de la parole soulignent leur satisfaction face à cette édition « à la hauteur de 2013 et au dessus de nos attentes ». Mais cette année, pour Maël Le Goff, le festival « s’est ancré dans le printemps rennais, au même titre que les Transmusicales, Mettre en scène, Les tombées de la nuit, etc. à leur période ».

Rien qu’en écoutant « La menteuse », le titre qui propulse la carrière de l’artiste en 2008 et qui figure sur son premier album, on comprend que Carmen Maria Vega s’attaque aux œuvres du Satrape du collège de ‘Pataphysique, Boris Vian, tant il lui colle à la peau. « Avantageusement connu sous le nom de Bison Ravi », nous précise en voix-off la chanteuse au début du spectacle – reprenant des informations publiées dans la plaquette qui accompagne le coffret de disque Boris Vian intégrale, intitulée Éléments d’une biographie de Boris Vian avantageusement connu sous le nom de Bison Ravi.
Accompagnée de ses deux musiciens lookés à la Orange mécanique, le maquillage et l’aspect effrayant en moins, Carmen Maria Vega insuffle aux textes qu’elle interprète un nouveau genre grâce aux sonorités rock de la guitare électrique et de la batterie.
Vous insistez beaucoup sur la liberté et sur le fait que vous êtes une interprète, accédant ainsi à un large répertoire…

À 18h ce samedi, les festivaliers se pressent pour entrer dans le Magic Mirror, installé dans le parc du Thabor à l’occasion du festival des arts de la parole. Un art que les membres de Airnadette – en hommage à une ancienne première dame de France – sont loin de maitriser. Eux, leur truc, c’est le play back, le air guitar ou le air batterie. Ils ne chantent pas, ils ne parlent pas mais ils bougent les lèvres, brandissent leurs instruments imaginaires et déchainent les foules.
De l’extérieur, on entend simplement de la musique. Des chansons qui jamais ne sont diffusées dans leur intégralité. Juste des refrains qui défilent et s’enchainent, sans liens et sans rapport. Comme si on déroulait les fréquences radio d’un transistor, allant de Nostalgie à Chérie FM en passant par Skyrock, Virgin et RTL.
Ils maitrisent l’absurdité, ils subliment la caricature. Avec Airnadette, plus c’est gros – et gras – mieux c’est. Ils sont rock et emmerdent le monde. Et se moquent bien de Rennes, ville rock par excellence. Le public se fait insulter et en redemande. Et surtout n’hésite pas, entre deux ou trois « Ta gueule » ou encore « Enculés », à leur rendre la pareille.

Depuis le début de sa carrière, Emilie Simon aligne les victoires, les récompenses, les succès. De son premier album, Emilie Simon en 2003, pour lequel elle remporte le prix du meilleur album de musiques électroniques, groove et dance de l’année aux Victoires de la musique, à son nouvel album Mue, sorti le mois dernier, cette auteure-compositeure-interprète française a également signé la délicate bande originale de La marche de l’empereur en 2005 – et celle du film La délicatesse, en 2011, avec son album Franky Knigh.
Elle a la voix pure, cristalline, on la compare à celle précisément de Vanessa Paradis, à celle plus largement d’une Lolita. Son registre musical pourrait également être un argument de comparaison. Et quand elle brandit sa guitare électrique, elle nous rappelle alors la mystique Iva G. Moskovich que l’on avait découvert sur la scène des Transmusicales, en décembre dernier.
Et comme dans un conte traditionnel, le groupe nous embarque, après avoir posé la situation initiale, dans des péripéties qui portent les protagonistes à surmonter les difficultés pour finir dans une ambiance festive et chaleureuse. C’est là tout l’esprit d’Emilie Simon qui célèbre souvent le romantisme, les surprises que nous réservent et offrent l’amour et la vie, le quotidien, l’aventure. Intriguante, elle conserve et nourrit sa part de mystère à travers un imaginaire pur et complexe.

La pièce part dans tous les sens, à tel point qu’il est difficile d’y trouver un thème précis. En deux répliques, les acteurs passent de la préhistoire aux artistes des années 1970, ou de la danse de la fin du monde à une proposition de biscuits au public. Mais s’il y a bien un sujet qui semble être pris au sérieux et sous toutes ses coutures : l’homme et l’humanité.


Celle qui a débuté seule sur les planches et incarné plusieurs personnalités sur scène peut maintenant se vanter d’emprunter le chemin d’un succès bien au rendez-vous. Dans le Cabaret botanique, en cette fin d’après-midi d’un vendredi ensoleillé, la chanteuse fait son entrée, entourée de ses Queens. Car Christine and the Queens, c’est la rencontre entre Héloïse Letissier et des musiciens travestis, une nuit à Londres.
Ainsi, avec les Queens, elle se lâche et effectue des chorégraphies calquées sur celles du King de la pop, elle interprète des chansons à la Whitney Houston et Beyonce – exclusivement dans les mimiques – et surtout elle joue avec les codes et les genres. Le féminin au masculin et inversement.

C’est un road trip musical que nous propose Moriarty en cette 3e soirée de Mythos. Une virée apaisante et planante guidée par la voix pure de Rosemary Standley, dont les Rennaises et les Rennais se souviennent de son passage lors de l’édition précédente. Les arts de la parole, les membres du groupe les maitrisent.
Fugitives, c’est donc un retour aux sources, un voyage dans le temps et l’espace. Sous le Magic Mirror ce soir-là, les spectateurs sont transportés loin de la capitale bretonne. En quelques minutes, la voix chaude et modulable de Rosemary Standley et les notes folk des différents instruments nous embarquent dans un road trip au cœur du désert américain.