Célian Ramis
Le miroir, meilleur ennemi des danseuses


La compagnie bretonne Légendanse a présenté, le 15 janvier, sa dernière création aux Rennais, intitulée Je-u. Une pièce chorégraphique pour quatre femmes, autour des représentations de soi.
« Dans toutes les salles de danse, il y a un miroir. Mais il n’a pas toujours été un ami… » Émilie Dhumérelle entretient un rapport conflictuel avec son corps. Amour, un jour ; désamour, le lendemain. Pourtant, elle en a la maitrise absolue. Elle est la chorégraphe de Légendanse.
La compagnie, qui s’est installée dans les Côtes-d’Armor, était en résidence, auprès du collectif Danse Rennes Métropole, du 12 au 16 janvier. Autour de la chorégraphe, Adeline Grit, Élise Martin et Virginie Auray ont donné une représentation publique de leur dernière création, dans une ambiance intimiste, le 15 janvier.
Je-u est un questionnement sur le processus de création identitaire. « Je, c’est l’égo, la psyché. Et le jeu, c’est pour l’enfant qui se découvre et se reconnaît dans le miroir. Dans sa tête, c’est un choc », explique Emilie Dhumérelle. L’idée du spectacle, la chorégraphe la doit à ses enfants. C’est en les observant qu’elle a compris l’importance du processus de reconnaissance : « Avant de se voir dans le miroir, ma fille parlait d’elle à la troisième personne. »
LA PSYCHOLOGIE AU SERVICE DE LA DANSE
Entre deux sourires, Émilie Dhumérelle cite fréquemment Françoise Dolto et Jacques Lacan, parle psychologie et rapport au corps : « J’ai lu beaucoup de livres. C’est une piste, un axe de travail qui fait réfléchir. Cette création raisonne bien dans la société actuelle, surtout chez les femmes. Elles sont constamment à la recherche d’une image parfaite mais celle-ci n’existe pas… Moi-même, pendant longtemps, j’ai essayé de rentrer dans le format de la danseuse au physique idéal. » Un constat qui l’a encouragé à créer un spectacle exclusivement féminin : « Au début, je ne le souhaitais pas forcément. Et puis, au fur et à mesure, je me suis dit que c’était mieux. Les femmes ne sont jamais contentes devant la glace. Pour les hommes, c’est différent. Ils en parlent moins. »
Des corps fins et harmonieux, une tenue impeccable, et pourtant… « Je suis sur scène, les gens viennent pour me voir mais ça ne veut pas dire que je m’assume », concède Adeline Grit, à la longue chevelure rouge. Virginie Auray acquiesce : « J’essaie d’être en paix avec cette image. ll y a des phases, des cycles, des rencontres. Et aussi l’âge de la remise en question. » Et ce n’est pas Élise Martin qui contredirait ses partenaires : « La difficulté, c’est de se mettre à nu, de se montrer soi-même. »
Ces doutes perpétuels se retrouvent dans le spectacle. Après deux ans de travail, la création se cherche encore : « C’est un long parcours de recherche chorégraphique et de remise en question personnelle, dont une période de compagnonnage avec Territoires d’écritures en mouvement (TEEM), la structure de développement chorégraphique de Quimper », explique Émilie Dhumérelle. Une période que la danseuse qualifie aujourd’hui de « psychothérapie ».
LE JEU DU MIROIR
À Rennes, les quatre artistes ont modifié l’articulation du spectacle, pour un rendu plus fluide et juste. « Quelques incertitudes subsistent », concède Emilie Dhumérelle. Sur scène, les danseuses évoluent autour de deux miroirs. Objet de jeu, de découverte, la glace reflète l’image, attire la curiosité ou la répulsion. Les danseuses se découvrent entre elles, jusqu’à jouer avec leur propre reflet. Elles s’interrogent en gestes, toujours avec précision. Formées à la danse classique, les jeunes femmes se libèrent des carcans pour exprimer des émotions et des questionnements.
Le choix du contemporain était, pour ces artistes, une évidence. « Le classique transpire forcément dans le spectacle. Mais le problème c’est que l’esthétique est extrêmement codifiée et stylisée. Les codes font toujours aller au même endroit. Pour créer librement, il faut s’en détacher », souligne Emilie Dhumérelle.
Je-u n’apporte pas de réponse mais soulève des questions et suscite le débat. Et la danse, elle, mène vers l’acceptation. « Elle permet d’être plus à l’aise dans son corps ; elle donne l’impression de se connaître. Légendanse intervient dans les collèges, pour de la sensibilisation. Les ados changent, grandissent, jouent un rôle. Alors, la danse, ça leur parle ! »


Plusieurs années auparavant, Frédérique Odye avait embarqué 3 jours avec des marins pêcheurs pour le documentaire La mer qui les voit danser. En mer, elle filme, leur quotidien, rythmé par le bruit permanent du moteur. Un bruit qu’elle connaît bien.

La musicienne et membre unique de Tiny Feet s’appelle Emilie Quinquis et est originaire de Brest. Pour ses études, elle emménage dans la capitale bretonne et se lance dans les arts du spectacle, à Rennes 2, en théâtre, avant de rejoindre l’école du TNB.
Une manière intuitive de composer ses chansons qui la mène aujourd’hui à présenter son premier album, après avoir passé l’année 2013 à fignoler ses morceaux, entourée de Stéphane Bouvier et de Yann Tiersen, pour le mixage et reamping. Et qui la mène également à ne plus arriver sur la pointe des pieds. « Tiny Feet, c’est pour ça ! Je me prenais le choux avec le nom… Et puis c’est aussi parce que je fais tout avec mes petits pieds dans ma musique. Mes petits pieds maladroits ! », rigole-t-elle.
Elle confie, sans trop de surprise, que l’album comporte des douleurs qu’il a fallu dépasser pour s’ouvrir à la créativité. Son truc pour écrire et composer, c’est « les nœuds dans le ventre. Et ça vient de plein de choses, se sentir coupable, être en colère, avoir peur, être amoureux, perdre un être aimé… ».
En débat, dans les coulisses ce mardi 18 novembre : Juliette est-elle féministe ? « Elle refuse le mariage arrangé pour épouser un autre. Mais est-ce par là qu'on s'épanouit ? », se questionne Marjorie Blériot, membre de la Puzzle Compagnie.
YEGG : Vous avez joué plusieurs années avec Brazilian Girls, aujourd’hui vous vous lancez dans un projet sous votre prénom, que vous avez présenté mercredi à l’Ubu. Vous aviez cette volonté depuis longtemps ?


Et c’est pour conjurer le sort et éviter la léthargie que ce nouveau groupe français prend la scène jusqu’à la posséder en l’enrobant d’une atmosphère froide et angoissante. La formation musicale joue avec les rythmes entre calme déstabilisant et accélérations brutales en réussissant à surprendre le public qui attend l’explosion des notes et qui reste en attente de sensations fortes.
Les compositions très instrumentales, portées par le saxophone, nous transportent directement dans une ambiance de club. Dans un lieu intimiste, confiné. Pour mieux en exploser les murs et les frontières puisque les brésiliens de Sao Paulo sont des génies du brassage musical et culturel. Les sonorités latinos rencontrent ainsi le chant et les rythmes du Candomblé, une religion afro-brésilienne.


Au fil du set, les influences folk croisent celles du garage grunge, Courtney Barnett ayant évolué plusieurs années dans deux groupes, garage d’un côté et psyché/country de l’autre. En 2012, elle lance son propre label Milk ! Records et sort son 1er EP, I’ve got a friend called Emily Ferris. Puis un 2e, How to carve a carrot into a rose. Pour finalement les combiner dans The double EP : a sea of split peas, en 2013.
« Je voudrais pouvoir faire tout ça en français. Je ne peux pas. Je suis désolée, très désolée », annonce-t-elle d’emblée. Il y a une force combattive dans sa voix, dans sa manière d’interpréter sa musique.
Leur premier album, qui devrait arriver prochainement, produit par Tomer Yosef, Israélien vivant à New-York, propose une approche moderne des chansons folk yéménites mixé à de l’électro dance.
Dès leur arrivée, les membres du groupe débordent d’énergie. Natalia Tena affiche un large sourire qu’elle ne lâchera pas du concert. Accordéon, trompette, violon, batterie et guitare démarrent en trombe pour y faire éclater des sonorités de fanfare de l’Est.

21h45 - Il n’est pas encore très tard à l’Ubu mais déjà il est difficile de se frayer un chemin dans la foule pour accéder à la fosse. Sabina vient de commencer, les premières notes annoncent un set très rock, les premiers rangs sont d’ores et déjà déchainés. L’ancienne chanteuse des Brazilian Girls encourage de sa belle voix grave et chaude le public à chanter avec elle. « Je veux vous entendre », lance-t-elle en français avant d’entamer une chanson en allemand extraite de son premier album solo Toujours.
La basse très rythmique invite le public à s’investir davantage et à suivre les instructions de Sabina Sciubba. Une belle énergie scénique se dégage de l’osmose entre les trois musiciens – guitare, basse et batterie – et la chanteuse, vêtue d’un pantalon bleu électrique tacheté d’étoiles et d’un débardeur sur lequel trône un gros motif de flammes : « Je veux juste vous expliquer quelque chose. Vous voyez ce que je porte… Non je ne suis pas habillée en super héro. Je suis l’Europe et je brûle !!! » Sa voix est divinement envoûtante, terriblement rock et s’accorde parfaitement avec le son organique produit par le clavier auquel vient de s’installer le bassiste.
Aux alentours de 23h, la fosse ne désemplit pas de festivaliers et festivalières qui dansent en attendant le prochain concert. Les musiciens de The Nubatones s’installent sur la scène et effectuent quelques balances avant de démarrer. Alsarah fait son entrée. Les sonorités arabes retentissent dans la salle, suspendue aux lèvres de la chanteuse soudanaise à la voix impressionnante.
Le public est conquis. « Je ne comprend pas ce que je chante mais j’m’en fous », rigole une femme au milieu de la foule. Il est temps de présenter les musiciens. L’occasion de savourer un solo de luth. Ambiance tamisée, lumières feutrées, les spectateurs-trices sont figé-e-s, hypnotisé-e-s, par les sonorités orientales ainsi que par la dextérité et la rapidité des doigts du musicien. Les lumières roses orangées épousent cet instant instrumental onirique, auquel s’allie la profondeur du chant insufflé par les sonorités nubiennes. Une véritable invitation à se perdre dans ses pensées et à plonger dans une atmosphère apaisante.

Arrivés au second lieu, nous pénétrons cette fois-ci dans une maison de lotissement qui ne dénote pas de ses voisines. Après avoir monté une volée de marches, nous voici dans un salon inconnu, d'une blancheur impeccable. Pas de trace des maîtres de maison. Comme dans la laverie, une danseuse nous attend, muette. Sa performance est bien assortie au décor sobre de cet intérieur : très froide, sans musique et un peu plombante. Certains manquent de piquer du nez.
Astrid Radigue, du groupe Furie, nous attend sagement derrière son clavier sous la grange. Une odeur de vin chaud s'échappe d'une marmite et, à son invitation, nous nous précipitons pour en prendre une tasse avant que le concert ne débute.
Un parterre blanc. Une structure métallique carrée où sont accrochés treize panneaux. La scène de la salle Serreau ressemble à une galerie d’art. C’est dans ce décor simple, doté d’une atmosphère étrange et froide, que nous accueille Mette Ingvartsen, chorégraphe et danseuse, diplômée de l’école bruxelloise PARTS.