Célian Ramis

8 mars : Dénoncer les discriminations envers les femmes dans le sport

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Champs Libres, Rennes
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Catherine Louveau, sociologue et professeure en STAPS à l’université de Paris Sud, répondait aux questions de l’animateur Arnaud Wassmer, le 18 mars aux Champs Libres.
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Si les femmes sont davantage présentes dans les différentes disciplines sportives, les inégalités entre les hommes et les femmes subsistent, et le traitement médiatique révèle de nombreuses discriminations et injustices. Et l’évolution vers un changement de mentalité se fait lente. Trop lente, selon Catherine Louveau, sociologue et professeure en STAPS à l’université de Paris Sud, qui répondait aux questions de l’animateur Arnaud Wassmer, le 18 mars aux Champs Libres.

On ne compte plus le nombre d’ouvrages et de publications auxquels Catherine Louveau a participé. Son domaine d’expertise : le sport et les inégalités entre les femmes et les hommes. C’est d’ailleurs elle qui signe la première biographie du Dictionnaire des féministes – ouvrage collectif dirigé par l’historienne Christine Bard – avec la lettre A comme Abar (Nicole), l’ancienne footballeuse, aujourd’hui très investie dans l’éducation à l’égalité à travers le sport (lire notre article ici).

« En théorie, dans la réglementation, les hommes et les femmes peuvent faire les mêmes sports. Mais en vérité, il y a toujours des enjeux et il n’y a toujours pas de similitude entre les hommes et les femmes. Le sport moderne – c’est-à-dire depuis le milieu du XIXe siècle – reste encore l’école de la virilité. », entame-t-elle en guise d’introduction.

Les bases sont posées. Catherine Louveau n’a pas sa langue dans sa poche et pour elle, les constats ne doivent pas être nuancés de faux espoirs ou de faits exceptionnels. Si les femmes sont de plus en plus nombreuses à intégrer des sports, la pratique n’est pas la même, les tendances dites « lourdes » montrant qu’elles se dirigent vers les pratiques auto-organisées, visant à l’esthétisation du corps (footing, fitness, etc.) là où les hommes s’orientent vers des pratiques en club, en équipe et en compétition.

Pour la sociologue, les hommes ont créé des normes de pratique. Si en moyenne, sur 100 licenciés, seul un tiers des membres sont des femmes, cela s’explique par le regard que porte la société sur le genre féminin. Disputer des matchs, à haut niveau, en short, en sueur, devant un parterre de spectateurs va à l’encontre des assignations de genre.

« Quand Florence Arthaud remporte la Route du Rhum (en 1990, ndlr), Le Parisien titre « Flo, t’es un vrai mec » ! Elle vient de gagner la Route du Rhum et on écrit ça ?! »
s’indigne la conférencière.

Un exemple illustrant parfaitement la différence de traitement, médiatique en l’occurrence, que l’on réserve aux femmes dans le sport.

L’ENJEU DU CORPS

Le corps des femmes est un enjeu crucial dans les rapports de domination entre les sexes. Et dans le domaine sportif, il est brandi comme une excuse scientifique et légitime pour interdire son accès à la gent féminine :

« Les médecins sont généralement très conservateurs sur les attentes qu’ils ont de la féminité et utilisent des arguments du XIXe siècle ! Pour le saut à la perche, certains diront qu’il existe un risque de descente des organes pour les femmes. Et pour le saut à ski, d’autres diront que c’est dangereux pour elles car elles sont destinées à être mères ! Pardon ? Nous ne sommes pas destinées à être mères, nous avons simplement les organes pour l’être. Il y a une différence importante !!! »

Dans les années 1920, le football et le rugby deviennent des disciplines uniquement masculines. Et quand en 1928, on autorise enfin les sportives à participer aux courses en athlétisme, dont les 800 mètres, on constate qu’à l’arrivée, elles sont fatiguées et certaines s’effondrent. « Les journalistes commenteront que ce n’était pas beau à voir. Moralité ? On interdit le 800 mètres jusqu’en 1964 ! », trépigne Catherine Louveau.

Aujourd’hui encore, on constate les disciplines choisies dès la petite enfance sont les reflets des assignations genrées. Si le sport représente dans la majorité des familles françaises un moyen socio-éducatif privilégié, on reste retranché-e-s derrière les clichés : la danse et la gymnastique pour les filles, le football et le judo pour les garçons.

On retrouvera la même correspondance dans les métiers, où les activités « dures, de force, qui demandent du corps à corps, comportent des risques et des dangers » sont encore réservées, dans les mentalités, aux hommes.

« Aujourd’hui, 80% du temps de sport sur les chaines hertziennes - je dis bien chaines hertziennes, je ne parle pas du câble et du satellite – est réservé aux hommes ! Comment voulez-vous avoir envie de quelque chose quand on ne le voit pas ? », s’interroge la sociologue. Les filles ne voient pas, ou si peu, de femmes dans les métiers pensés au masculin, pareil pour le sport (hors Jeux olympiques, précise-t-elle).

Elle qui enseigne à l’UFR STAPS de l’université Paris Sud en a la preuve au fil des années : les étudiantes sont de moins en moins nombreuses.

« En 1ère année, il y a 25% de filles. C’est très peu. Et sur l’ensemble des L1, L2 et L3, on est passé, en peu de temps, de 32 à 28% de filles. »
précise-t-elle.

Elle met les choses au clair : femmes et hommes sont peut-être différents, néanmoins, cela n’empêche en rien l’égalité des droits, dont celui d’être traité-e-s de la même manière. « Il y a une loi contre les discriminations ! Nicole Abar est la seule à avoir saisir le tribunal pour faire condamner le club dans lequel elle entrainait des filles et qui priorisait toujours les garçons. Ce qui a d’ailleurs fait une jurisprudence. C’est la seule affaire !!! », s’insurge Catherine Louveau.

L’APPARENCE AVANT TOUT

Et quand les femmes passent outre les assignations en s’investissant dans une pratique sportive, rares sont celles qui sont médiatisées et reconnues. Car pour être sous les feux des projecteurs, les performances ne sont pas les seuls critères. Arnaud Wassmer évoquera notamment les nombreuses heures de diffusion des équipes féminines de Beach volley à Rio et Catherine Louveau saisira la perche pour poursuivre et renchérir sur les plans fréquents sur les fessiers des joueuses, au tennis notamment :

« Faut-il être sexy et glamour pour être médiatisée ? La réponse est oui. De nombreuses injonctions pèsent sur les sportives avec comme condition de la médiatisation d’être sexy, belles à regarder, voire susceptibles de susciter du désir. »

Elle se désole d’entendre encore des commentaires sexistes sur France Télévisions, notamment de la part de Nelson Monfort ou encore de Philippe Candeloro – « mais celui là devrait être véritablement sorti de France TV » - qui évoquent en premier lieu l’apparence, le charme, le sourire des sportives, avant de parler de ce qu’elles viennent de réaliser.

Mais elle regrette également que les femmes acceptent de revêtir les jupes imposées par certaines fédérations, à l’exception des joueuses de badminton « qui se sont rebiffées contre les jupettes ! » Une pression sociale et culturelle s’exerce sur la plupart des sportives, de qui on attend une certaine féminité. Pour ne plus entendre dire qu’elles sont des garçons manqués, elles ont dû intégrer les codes de l’imposée féminité, à l’instar du maquillage, des cheveux longs ou encore du vernis à ongle.

LES VRAIES FEMMES

« C’est une violence terrible de devoir se justifier sans cesse ! Prenez l’exemple du rugby. Les premières lignes doivent être costaudes et les personnes à l’arrière, plus légères, pour courir. Les filles dans les premières lignes, il faudrait qu’elles soient comme les gymnastes ou les danseuses ? C’est insensé ! On ne pense pas à la pluralité des corps et des morphologies. Il y a des morphotypes et il y a des féminités différentes. Comme il y a des jeunes, des grands, des petits, des plus âgés… Mais c’est discriminatoire car cela ne s’adresse qu’aux femmes, surtout si elles sont médiatisées. », signale la sociologue.

Un exemple frappant pour elle : Serena et Venus Williams d’un côté, Amélie Mauresmo de l’autre. Toutes les trois sont ou ont été des grandes joueuses de tennis. Toutes les trois très musclées. Les deux premières disputent leurs sets parées d’une robe ou d’une jupette et apparaissent souvent maquillées, signes de parures associées au féminin. La troisième joue les matchs sur le cour en short et débardeur. Et le grand public sait qu’elle est homosexuelle.

« Du jour au lendemain, des joueuses, comme Hingis et Davenport, ont commencé à dire, en parlant de Mauresmo, qu’elles avaient l’impression de jouer contre un homme. Vous voyez comment se font les glissements ? On a commencé à dire qu’elle n’était plus une vraie femme, et même, qu’elle serait peut-être un homme. Qu’est-ce que ça veut dire ? C’est quoi une vraie femme ? », interpelle Catherine Louveau.

Autre cas, toujours dans le tennis, celui de Marion Bartoli. En 2013, elle gagne Wimbledon. Un journaliste anglais commente son physique : la joueuse de tennis n’est pas « canon » car elle est costaude. Ce à quoi elle répondra qu’elle n’a pas rêvé de devenir mannequin mais de remporter ce tournoi. « Voilà. Point. Elles ne sont pas là pour être jolies. Ni pour faire joli. », scande la conférencière.

Elle conclut sur un bilan peu reluisant. Les salaires sont, comme dans le reste de la société, inégaux, obligeant la majorité des sportives à poursuivre un autre travail en parallèle. Idem pour les subventions, obligeant alors les équipes féminines à payer leurs déplacements pour aller disputer les matchs extérieurs. Moins de dix femmes dirigent des fédérations sportives ou entrainent des équipes de haut niveau.

Et quand on observe l’éducation des petites filles et des petits garçons, on s’aperçoit clairement que seuls ces derniers sont rapidement éduqués à la motricité – ce que déclare Nicole Abar depuis de nombreuses années - grâce aux jeux de ballons, qu’on leur envoie au pied, tandis qu’on l’enverra à la main pour les filles.

De plus, les contrôles de féminité sont toujours en vigueur avec une batterie de tests visant à confirmer que la personne - dont on doute de l’identité sexuée, en raison de sa morphologie ou de ses performances – est bien un homme ou une femme.

« Le problème, c’est que les joueuses ne râlent pas et ne dénoncent pas les injustices et discriminations. Généralement, elles ne veulent pas se revendiquer féministes car elles doivent passer leur temps à dire et prouver qu’elles sont des « vraies femmes » ! »
regrette Catherine Louveau.

Pour elle, la loi Vallaud Belkacem, datant de 2014 et obligeant les instances à la parité, doit être prise au sérieux et respectée. En imposant des quotas, les mentalités devraient changer. Et surtout, du côté des femmes qui prendront alors confiance en elles :

« Le gros problème des femmes, c’est l’estime de soi, la confiance en soi. Mais on est tout autant capables que les hommes. Les compétences n’ont pas de sexe. »

 

Célian Ramis

8 mars : Un après-midi pour jouer l'égalité

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Maison Internationale de Rennes
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Le 8 mars, Françoise Cognet organisait un après-midi sport et culture, « Jouons l’égalité », dans le jardin du palais St Georges. Rameurs, initiations à l’escrime, parcours de course et marathon de lecture étaient au programme.
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Mercredi 8 mars, dès 15h, Françoise Cognet organisait un après-midi sport et culture, sur le thème de la programmation « Jouons l’égalité », dans le jardin du palais St Georges. Rameurs, initiations à l’escrime, parcours de course et marathon de lecture étaient au programme.

Que ce soit clair, l’idée n’est pas de jouer à l’égalité mais de jouer l’égalité. Soit rendre accessible le sport et la culture aux filles et aux garçons. Sans distinction ou discrimination en raison du sexe ou du genre, et sous aucun autre prétexte par ailleurs. À l’initiative de cette manifestation, Françoise Cognet, qui présente en parallèle son exposition photographique « À l’eau, elles rament encore », du 1er au 18 mars, à la Maison Internationale de Rennes.

Son père a été le président de la Société des régates rennaises, là où elle a elle-même ramé et barré. Elle se saisit donc des 150 ans de la structure pour aborder l’aviron dans la programmation rennaise du 8 mars, et plus largement pour parler d’égalité dans le sport et la culture.

« Hommes et femmes ont les mêmes droits et doivent être vigilants à cela. Chacun-e a des compétences et on peut évidemment être égaux par le sport, la lecture, la culture. », explique-t-elle ce mercredi après-midi, sous les tentes installées par la direction du quartier Centre dans le jardin St George.

Au même moment, un groupe de cinq femmes commencent un marathon de lecture, un désir que Françoise Cognet avait depuis longtemps. À tour de rôle, elles lisent quelques lignes du texte La gazelle.

À quelques mètres en contrebas, deux jeunes filles s’exercent sur les rameurs installés par la Société des régates rennaises, après avoir effectué le parcours mis en place par l’ASPTT Rennes et juste avant de s’initier à l’escrime avec le club sportif de la Garnison.

« C’est bien, cet après-midi, on parle d’aviron et on parle de femmes », rigole Geneviève Aubry, ancienne présidente de la Société des régates rennaises (de 1997 à 2012), où elle est licenciée depuis 1960. Elle poursuit : « Aux Régates, les femmes sont présentes depuis les années 1920, ce qui n’est pas une habitude dans les clubs. On a commencé à parler d’aviron au féminin dans les années 70. »

Pour elle, pas de différence entre les femmes et les hommes dans cette discipline qui demande de la rigueur, se fait assis et ne nécessite pas uniquement de puissance mais également de techniques. « Vous pouvez mettre sans problème une femme dans un bateau d’hommes ! Et d’ailleurs, dans le règlement, en championnat de France, il n’est pas interdit de présenter des équipes mixtes. On ne fait pas de différence. Moi, je suis arbitre et je peux arbitrer aussi bien les courses de femmes que d’hommes. », souligne-t-elle.

Pourtant, elle ne peut nier que les femmes sont moins présentes, souvent en raison des disponibilités familiales. Mais précise que toutes les femmes ne se freinent pas pour autant, heureusement :

« Certaines continuent de ramer, font garder les enfants, rament jusqu’à 7 mois de grossesse ! Je dirais à celles qui n’osent pas venir qu’il ne faut pas craindre la difficulté car c’est un sport très accessible, qui peut se faire à n’importe quel niveau et qui est convivial puisqu’il se passe dans des bateaux collectifs. On découvre vraiment les rivières, on traverse Paris, on participe à la Volalonga de Venise, etc. C’est super ! »

Du côté de l’ASPTT Rennes, Nadine Richter livre le même constat en athlétisme. Les femmes sont moins nombreuses et reconnaît sans difficulté que le domaine du sport est encore terriblement machiste. Depuis longtemps, elle pratique le lancé de poids et entraine dans cette discipline.

« Je suis à l’ASPTT depuis je suis installée à Rennes et je reste là car je m’y sens bien, c’est un club familial et qui fait de bons résultats. On ne sent pas de différence entre les femmes et les hommes et surtout pas de différence entre les disciplines de l’athlé », explique-t-elle.

Malgré tout, elle ne peut s’empêcher de taper sur poing sur la table quand à la différence de traitement que l’on réserve aux filles et aux garçons. Que les hommes soient physiquement plus forts, ok, mais cela ne signifie en aucun cas qu’ils sont les meilleurs :

 « Les filles ne sont pas moins fortes. On a tendance à valoriser les gars parce qu’ils courent plus vite. Les femmes ne sont valorisées que lorsqu’elles atteignent des résultats. Mais même. Prenez l’exemple du foot, les filles constituent une super équipe et on n’en parle pas ! Ça m’insupporte ! »

Les clubs, pour la plupart, se mobilisent pour que filles et garçons puissent bénéficier d’un égal accès aux sports de leurs choix. Mais les mentalités, notamment à haut niveau de compétition mais pas uniquement, sont lentes et difficiles à faire bouger.

Célian Ramis

8 mars : Aux USA, même ambivalence dans le sport et la culture

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Le 7 mars, l'Institut franco-américain de Rennes mettait sur la table la question de la promotion des femmes américaines à travers le sport et la culture, avec la venue d'Hélène Quanquin, spécialiste des mouvements féministes aux USA, à la Sorbonne.
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Elle n’est pas spécialiste du sport, a-t-elle précisé d’emblée, lors de la conférence qu’elle tenait le 7 mars, à l’Institut franco-américain. En revanche, la question des mouvements féministes aux Etats-Unis est le domaine de prédilection d’Hélène Quanquin, de Paris 3 – Sorbonne nouvelle.

La conférence ne pouvait pas mieux tomber. Le soir même, ou plutôt la nuit, la finale du championnat She Believes Cup (2e édition de la compétition visant à inciter les jeunes filles et les femmes à jouer au foot, réunissant les USA, la France, l’Allemagne et l’Angleterre) se déroulait à Washington et opposait l’équipe féminine de football des USA à celle de la France. Diffusée en direct sur C8, on pouvait assister à la victoire écrasante des Françaises, qui se sont imposées 3 à 0, face aux tenantes du titre.

Pour Hélène Quanquin, l’ascension des femmes dans le sport et la culture est due aux mouvements féministes. Parce que les femmes se sont battues pour se faire entendre et pour faire avancer leurs droits, vers l’égalité des sexes. Elles n’ont pas attendu la présidence de Donald Trump pour se mobiliser.

MOBILISATIONS FÉMINISTES

La marche du 21 janvier 2017, qui a réuni au lendemain de l’investiture plus de 4,5 millions de personnes aux USA – « la manifestation qui a réuni le plus de participant-e-s de toute l’histoire » - est en effet issue d’une tradition féministe basée sur le rassemblement.

Elles organisaient déjà des marches de femmes au début du XXe siècle, notamment en 1911 à New-York marquant leur volonté d’occuper l’espace ou encore en 1913 à Washington pour le droit de vote.

« Le mouvement féministe et suffragiste incorporait beaucoup d’éléments de la culture populaire, comme le théâtre, la chanson, les cartoons, la caricature… Toutefois, on voit que l’incorporation des revendications féminismes est graduelle. À cette époque, quand des femmes noires voulaient participer, certaines femmes blanches menaçaient de ne pas y participer. C’est l’époque de la ségrégation aux USA et le racisme est présent dans le féminisme. On parle alors pour ces marches de White women’s march. Pareil pour les revendications des femmes lesbiennes ! », développe la spécialiste des mouvements féministes américains.  

Elle poursuit :

« C’est là que l’on voit la différence avec janvier 2017. Dès novembre, dès l’élection, le comité d’organisation de la marche a voulu que l’événement réunisse tout le monde. Des blanches, des noires, des arabes, des latinas, des femmes voilées, des femmes trans, des hommes… ».

À quelques détails et années près, le féminisme américain connaît les mêmes vagues qu’en France et les années 60 et 70 représenteront également deux décennies importantes pour les droits des femmes, militant contre les discriminations liées au sexe, à la race et à l’ethnicité.

ÉGAL ACCÈS AUX SPORTS ET ACTIVITÉS

C’est dans ce contexte que sera adopté l’amendement Title IX qui protège les individus des discriminations basées sur le sexe dans les programmes éducatifs et activités recevant des fonds fédéraux (No person in the United States shall, on the basis of sex, be excluded from participation in, be denied the benefits of, or be subjected to discrimination under any education program or activity receiving Federal financial assistance.).

Un amendement qui enclenchera également une réflexion autour de la lutte contre le harcèlement sexuel dans les universités. Et qui empêchera, dans les écoles et facultés américaines, de restreindre la participation aux activités en raison de son sexe et de son genre. Et fera naitre également une loi imposant une réglementation de ce type dans les sports amateurs.

« Le sport fait partie intégrante de la vie des écoles et des universités américaines qui organisent beaucoup de compétitions. En 2002, 160 000 femmes y avaient participé. Maintenant, elles sont plus de 200 000. Il y a presque la parité. Et beaucoup de sportifs olympiques ont participé à ce type de compétition. Cela prouve l’incidence de certaines lois sur l’évolution du nombre de sportives de haut niveau », souligne Hélène Quanquin.

Et la dernière édition des JO, qui s’est déroulée à Rio en 2016, a mis en lumière plusieurs femmes athlètes, parmi lesquelles figurent l’équipe féminine de gymnastique – dont Simone Biles sera la plus médiatisée et mise en avant grâce à ses 4 médailles d’or -, Simone Manuel, première femme noire à remporter un titre olympique en natation ou encore Ibtihaj Muhammad, la première escrimeuse médaille à porter un voile lors de la compétition.

Pour les Etats-Unis, l’ensemble des performances les place au premier rang des JO de Rio avec 121 médailles. Dont 61 ont été gagnées par des femmes.

« Ce sont les deuxièmes Jeux olympiques qui marquent la supériorité des femmes aux USA, même si là c’est très léger. Elles ont remporté 27 médailles d’or, soit le même nombre que toute l’équipe britannique. »
indique la spécialiste.

POURTANT, LES HOMMES L’EMPORTENT…

Néanmoins, la promotion des femmes dans le sport interroge. Les performances prouvent leurs compétences et pourtant dans les médias quand Michael Phelps remporte l’argent, il remporte également le titre principal de Une, tandis que sur la même couverture, en plus petit, on inscrira la victoire de Katie Ledecky. Après tout, championne olympique à cinq reprises et championne du monde en grand bassin neuf fois, elle n’est que la détentrice des records du monde sur 400m, 800m et 1500m nage libre…

C’est ainsi que l’on constate l’ambivalence du domaine. D’un côté, le sport est un moyen pour promouvoir les droits des femmes. D’un autre, il est aussi un lieu d’inégalités subsistant entre les femmes et les hommes. Ces derniers gagnent plus d’argent, se réclamant d’un plus grand intérêt de la part des spectateurs/trices et par conséquent, des publicitaires et des sponsors.

Outre les mouvements féministes et les lois, les sportives doivent également se battre contre les préjugés, les idées reçues et les sportifs. À l’instar de Billie Jean King, grande joueuse de tennis, qui en 1973 a menacé de boycotter l’Open des Etats-Unis, revendiquant le droit des femmes à gagner le même salaire que les hommes en tournoi. La même année, elle crée une association de tennis féminin et bat Bobby Ricks – joueur réputé pour son machisme - en trois sets lors d’un match que ce dernier envisageait comme un moment voué à démontrer la supériorité masculine.

Pour Hélène Quanquin, « Billie Jean King a marqué l’histoire du tennis et l’évolution des droits des femmes dans ce sport. D’autant que c’est la première femme athlète à faire son coming-out. Ce qui lui coûtera plusieurs spots publicitaires, donc de l’argent. »

DANS LE CINÉMA, MÊME COMBAT

Les réflexions sexistes (des sportifs, des médias, des commentateurs sportifs…), la supériorité masculine très prégnante et les inégalités, notamment de salaires, se retrouvent également dans le domaine de la culture. En 2015 – 2016, cette problématique occupera une part importante du débat hollywoodien. Pour cause, l’affaire des piratages des mails de Sony qui fera découvrir à Jennifer Lawrence qu’elle était moins bien payée sur les pourcentages et les ventes du film.

Lors des cérémonies américaines, aux Oscars notamment, les voix féministes commencent à s’élever. Dans les discours de Patricia Arquette ou de Meryl Streep par exemple, l’égalité salariale est en première ligne des revendications. Suit ensuite le faible nombre de rôles principaux ou secondaires, mais importants, attribués aux femmes. Des messages que l’on entend également dans la bouche des anglaises Kate Winslet ou Emma Watson, et de plus en plus de la part des réalisatrices et actrices du cinéma français.

On notera alors que seules 28% environ des actrices obtiennent des rôles significatifs au cinéma et qu’aux Oscars seules 4 femmes ont été nominées dans la catégories des meilleur-e-s réalisateurs/trices dans l’histoire des récompenses. « Et les chiffres sont pires pour les femmes issues des minorités. On constate bien souvent que quand des femmes réalisent, il y a plus de rôles pour les femmes. », conclut Hélène Quanquin.

DANS LA MUSIQUE, PAREIL

Les chiffres sont révélateurs. Dans le secteur de la musique également. Moins de 5% des producteurs et ingénieurs sont des femmes, révèle la conférencière, qui enchaine immédiatement avec l’affaire Kesha. La chanteuse accuse son producteur, Dr Luke, de viol et demande alors à être libérée de son contrat, ce que le tribunal refusera, lui accordant seulement le droit de changer de producteur mais la sommant de rester chez Sony pour honorer l’acte signé.

La question tourne alors autour du pouvoir et de l’influence de l’industrie musicale, qui aurait tendance ces dernières années à instrumentaliser le féminisme. « Le pop féminisme serait-il la 4e vague ? », interpelle Hélène Quanquin. Le pop féminisme rassemble les chanteuses populaires actuelles, prônant leurs engagements féministes dans leurs discours et leurs chansons, comme Beyonce, en tête de cortège, Katy Perry, qui jusqu’à récemment hésitait tout de même à se revendiquer féministe, ou encore Miley Cirus, jugée plus trash.

UNE AMBIVALENCE PREGNANTE

Ce mouvement semble plus inclusif, à l’image de la marche de janvier 2017. Mais l’ambivalence persiste dans le secteur de la musique, du cinéma comme dans celui du sport. Là où on note des progrès, à ne pas négliger puisqu’ils influencent bon nombre de jeunes femmes, on ne peut nier également l’instrumentalisation marketing de ces milieux, régis par l’industrie, dans lesquels les inégalités persistent fortement.

« Les progrès sont liés aux mouvements féministes et à l’avancée de la législation. Mais on voit des limites à ce progrès. Les femmes n’ont toujours pas d’égal accès aux positions de pouvoir, sont toujours représentées de manière différente dans les médias et font face à un fonctionnement de l’industrie extrêmement inégalitaire. Pas seulement pour les femmes mais aussi pour les personnes issues des minorités. », conclut Hélène Quanquin.

À noter qu’en France, les mentalités stagnent aussi. La preuve avec les remarques sexistes – et racistes – des commentateurs sportifs. « Elles sont là nos petites françaises », pouvait-on entendre dans la nuit du 7 au 8 mars lors de la finale de la She Believes Cup. Aurait-on dit la même chose de l’équipe de France masculine ?

 

Célian Ramis

8 mars : Sur le terrain de l'égalité

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Ancienne footballeuse, championne de France multi sélectionnée dans l'équipe nationale, Nicole Abar s'engage depuis plusieurs années pour lutter contre les discriminations sexistes et éduquer filles et garçons à l'égalité, à travers le sport.
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En moins de dix ans, elle a remporté 8 titres en Championnat de France de football féminin, est devenue meilleure buteuse et a été sélectionnée en équipe de France. Depuis, elle défend le sport comme outils d’égalité entre les filles et les garçons, a monté le projet d’éducation « Passe la balle » et s’est vue confier la mission au sein du ministère de l’Education Nationale de mettre en place l’ABCD de l’égalité. Entre autre. Nicole Abar était l’invitée de Questions d’égalité, le 3 mars dernier, à la Maison Internationale de Rennes. Une conférence orale et en langue des signes.

Depuis qu’elle a chaussé les crampons dans sa jeunesse, elle n’a cessé de lutter contre les stéréotypes sur les terrains mais aussi en dehors. Un père algérien, une mère italienne, et elle, de sexe féminin, osant jouer au football, un sport que l’on pense (trop) souvent au masculin.

« Quand on est différent-e, on est mis à l’écart et on intériorise. Je me suis tue toute ma vie avec le racisme. Le sexisme, c’est la même chose, ce sont les mêmes mécanismes. C’est un regard que l’on pose sur vous, tout petit, quand on ne peut pas décrypter, que l’on n’est pas armé-e. Et enfant, on considère que c’est la norme. Et c’est stigmatisant ! », déclare-t-elle.

Elle se tient debout dans l’auditorium de la MIR et ne peut s’empêcher de bouger. Elle prend l’espace et nous tient à son discours. Elle connaît le milieu du sport, connaît les rouages du sexisme et du racisme et s’engage avec force et optimisme dans l’égal accès aux terrains, salles de sports, équipements, etc. des filles et des garçons.

SE METTRE EN COLÈRE

En 1998, le club dans lequel elle entraine refuse de faire évoluer les filles, qu’ils excluent, au profit des garçons. Pour Nicole Abar, il est temps de se révolter et de se mettre en colère : « Moi, j’avais déjà fait mon parcours mais les petites filles du club, qu’est-ce qu’elles allaient penser ? Elles allaient intérioriser, se dire que c’est normal qu’elles ne puissent pas jouer. Et là, pour la première fois, je me suis mise en colère. Les parents ont dit « Ok, on se bat ! » et on a fait en sorte que le club soit sanctionné au niveau des droits. »

Il faudra engager cinq années de procédures pour aboutira une jurisprudence condamnant le club, non pas au motif de la discrimination mais d’un refus de prestation au sein d’une association.

« Ce n’est pas si facile de se mettre en colère et de faire gagner un procès ! Les unes sont éduquées pour subir et les autres pour être des dominateurs. Les deux doivent progresser ensemble. », commente-t-elle.

Un discours qui rejoint celui de Chimamanda Ngozi Adichie prononcé en décembre 2012 et retranscrit dans l’ouvrage Nous sommes tous des féministes : « De nos jours, le déterminisme de genre est d’une injustice criante. Je suis en colère. Nous devons tous être en colère. L’histoire de la colère comme matrice d’un changement positif est longue. Outre la colère je ressens de l’espoir parce que je crois profondément en la perfectibilité de l’être humain. »

AGIR DÈS LA PETITE ENFANCE

Pareil pour Nicole Abar. C’est alors qu’elle réalise que pour changer les mentalités et déjouer la construction des stéréotypes de genre, il est fondamental de se tourner vers les petits, « quand ils sont encore tendres et que l’on peut faire passer des messages dans le jeu, le plaisir et le sourire. » Elle bâti à partir de là un projet basé sur la motricité, l’espace, les jeux, la verbalisation et le dessin afin « de les faire parler et leur faire prendre conscience de leurs propres représentations. »

Un programme qui existe toujours à Toulouse, et qui deviendra quelques années plus tard, le socle de la construction de l’ABCD de l’égalité, malheureusement renvoyé au tapis, sous la menace de certains parents – affiliés à la Manif pour tous – dénonçant « l’enseignement de la théorie du genre ».

Dans la salle, elle se place dans un coin, statique, et fixe ses pieds, illustrant ainsi le comportement d’une petite fille de 3 ans dans la cour de récréation. « Là, je ne vous vois plus, dit-elle, avant de traverser la pièce jusqu’en haut des escaliers de l’auditorium. Les petits garçons ont tout le reste ! Voyez comme j’embrasse le monde là ?! Comment je suis stimulée ?! Forcément, ma capacité cérébrale est stimulée d’une autre manière… » L’expérience est parlante et concluante.

SEXISME, RACISME… EN DÉJOUER LES ROUAGES

À l’instar de la vidéo qu’elle diffusera quelques minutes plus tard sur une classe de CE2, aux Etats-Unis qui expérimente la discrimination, en séparant les yeux bleus et les yeux marrons. Les uns bénéficiant de tous les droits, les autres d’aucun.

En terme de sexisme, elle l’illustre par un exercice de dessin avec les maternelles. Avec une fresque délibérément trop petite. Elle constate que les petits garçons font des grands dessins et les petites filles, des petits. « À 4 ans, elle a déjà compris que sa place était petite. », martèle-t-elle, face à une salle qui semble assommée. Et si son discours prend aux tripes, c’est parce qu’il est parlant et criant de vérités effarantes. Elle poursuit :

« Depuis 2003, j’en ai vu une seule prendre une chaise, monter dessus et faire un grand trait en disant : « ça, c’est ma place ! » ! Une seule ! »

Les stéréotypes, intégrés depuis le plus jeune âge et ponctués de « c’est pas si grave, on n’en meurt pas », nous handicapent et gâchent « des millions de talents », selon Nicole Abar, qui ajoute que les enfants ne sont pas ce qu’ils devraient être dans la mesure où nos idées reçues étant tellement prégnantes qu’ils font nos choix et non les leurs.

Un exemple révélateur de l’influence de notre regard est pour elle celui de la poupée : « Un petit garçon se dit que jouer à la poupée c’est nul. Les poupées, elles sont nulles. Lui, il préfère jouer avec son Action Man, vous savez, le soldat ?! Mais Action Man, c’est quoi ? C’est une poupée aussi. »

Ainsi, avec le programme Passe la balle, elle agit pour qu’aucun enfant, qu’il/elle se sente garçon ou fille, n’intègre les stéréotypes de genre. Une petite fille peut jouer au ballon et un petit garçon peut pleurer. Tou-te-s doivent être encouragé-e-s de la même manière et comprendre que l’échec fait parti de l’apprentissage.

« Quand on nait, on apprend à parler et à marcher. Quand on tombe, personne n’a l’idée de nous engueuler. Mais pour le reste, on a tendance à accabler. Ne pas réussir, ça fait parti de la réussite, c’est comme ça qu’on grandit. »
souligne l’ancienne championne de France.

Elle insiste dans son projet pour que jeux s’effectuent sur des grands espaces, pour qu’il y ait des courses, dans le but de développer la motricité des participant-e-s et leur faire prendre conscience de leurs corps dans l’espace.

Son objectif, elle le répète, persiste et signe : « Qu’ils courent tous, qu’ils tombent tous, qu’ils aient des boss tous, qu’ils pleurent tous, qu’ils se relèvent tous ! » Filles et garçons ensemble doivent combattre les discriminations. Exactement comme le font les footballeuses rennaises qui ont fondé l’association Le ballon aux filles.

LE BALLON À TOUTES LES FILLES !

Chaque année, elles organisent un tournoi de foot féminin, dans un quartier prioritaire de la ville, pour les licenciées et non licenciées. Les matchs étaient jusqu’alors arbitrés par des hommes, afin de les impliquer dans le projet. L’objectif est double : amener les filles et les femmes à chausser les crampons et prendre du plaisir à jouer ensemble et d’avoir osé. Et faire prendre conscience aux garçons et aux hommes que le sexe féminin n’est en rien un obstacle à la pratique sportive.

Au fil des années, les joueuses de l’association ont développé des actions en amont du tournoi. Des actions qui favorisent la découverte du football, la création du lien social et la lutte contre les préjugés sexistes. Et étant conscientes que dans les quartiers prioritaires comme en zone rurale, les filles sont peu nombreuses à pratiquer un sport à l’instar de la répartition filles/garçons dans l’espace public, elles ont la volonté forte d’amener le sport jusqu’à elles.

Une initiative qui affiche un bilan positif avec l’inscription de 80 à 150 filles par an en club, le versement des recettes reversées au projet Amahoro – projet humanitaire et solidaire en direction de Madagascar – ainsi que l’engagement participatif d’une vingtaine de bénévoles sur chaque tournoi et l’investissement des garçons au coude-à-coude avec les filles qui foulent le terrain.

Ainsi, elles investissent les pelouses mais aussi les espaces de débat et les établissements scolaires à Rennes, avec l’aide et le soutien de l’association Liberté couleurs. Le prochain tournoi aura lieu à Cleunay, le 27 mai prochain.

Célian Ramis

Football gaélique : Un sport en plein essor

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Rennes
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Méconnu en France, le football gaélique se développe aux quatre coins de l'Hexagone et s'affiche comme un sport complet, accessible à tou-te-s. Rencontre avec l'équipe féminine de Rennes, première du classement national.
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Sport collectif à part entière, emprunt de foot, hand, rugby ou encore volley, le football gaélique est une véritable institution en Irlande. Pourtant, dans l’Hexagone, cette discipline est quasiment inconnue. En tout cas, bien trop méconnue. En France, 23 clubs, principalement dans l’Ouest mais pas seulement, développent activement ce sport et 12 clubs sont en création, majoritairement dans le Sud Est.

Parmi toutes les associations sportives de la Fédération de Football Gaélique, toutes n’ont pas encore d’équipe féminine. La capitale bretonne peut se vanter de son côté d’en avoir une. Et pas des moindres ! Championnes de Bretagne et doubles championnes de France, les joueuses rennaises sont en passe d’être sacrées triples championnes, la finale se déroulant le 11 juin à Clermont-Ferrand.

Ce jour-là, certaines d’entre elles seront sélectionnées pour les championnats du monde, le stage de pré-selection ayant eu lieu le 28 mai à Rennes. Rencontre avec l’équipe et découverte d’un sport aussi varié que les profils des joueuses.

C’est en 1994 que des expatriés irlandais fondent le premier club de football gaélique, dans la capitale française. Quatre ans plus tard, les Celtes du nord ont l’idée d’en faire de même à Rennes, créant ainsi Ar Gwazi Guez. Les Oies Sauvages ont depuis fait des émules, dans la Bretagne historique qui compte une Ligue spécifique à la région, mais aussi dans le reste de la France, pays à la particularité de fonctionner pour certains clubs avec des équipes mixtes pour cause de manque de joueuses. Pourtant, la capitale bretonne détient une équipe féminine, au top du classement. Comment s’est développé le football gaélique et qu’est-ce en fait la force ?

Au mois de mai, les averses et les ciels menaçants n’auront pas raison de leur envie d’en découdre avec le ballon rond.

Un mercredi soir, alors que la fraicheur et l’humidité se font sentir, elles arrivent un peu avant 20h au compte goutte sur le terrain de rugby de Beauregard, qu’elles partagent chaque semaine avec leurs homologues masculins.

Au nombre de 7, elles démarrent l’entrainement avec des exercices de répétition : le ballon dans les mains, elles s’élancent tour à tour, vers un premier plot, y effectuent une reprise au pied (le solo, le fait de lâcher le ballon tenu dans les mains sur le pied avant de le reprendre dans les mains pour pouvoir poursuivre sa progression, ndlr), tournent autour de ce plot avant de shooter au pied. D’autres plots sont disposés à distance plus éloignée, permettant ainsi de multiplier les solos.

En deux équipes opposées, elles s’encouragent les unes et les autres, se motivent conjointement, jurent sans vergogne lorsque la trajectoire du ballon n’atteint pas l’espace entre les deux poteaux de l’en but (but en H) et rigolent beaucoup. Tout en maintenant sérieux et rigueur, imposés par leur détermination à progresser et leur coach, Yves Le Priol.

Découvrir ce sport est souvent le fruit d’un heureux hasard. Parce qu’on connaît un-e ami-e ou un-e collègue qui le pratique. Ou parce qu’on connaît ou qu’on est un-e Irlandais-e. Il y a quatre ans, Fanny Jaffres, alors âgée de 20 ans, effectuait sa 3e année de Sciences Po à Pékin.

C’est son maitre de stage qui lui a alors conseillé le football gaélique : « Il y a pas mal d’expat’ irlandais dans les villes asiatiques. Quand je suis rentrée à Rennes, après un an en Chine, j’ai voulu reprendre le basket que j’avais laissé en partant, mais je ne m’y suis pas retrouvée. J’ai donc poursuivi le football gaélique. » Depuis, elle n’a jamais arrêté, et très rapidement est devenue la capitaine de l’équipe féminine du club Ar Gwazi Guez, qui compte 17 joueuses dont Jessica Chapel, 26 ans, la présidente intégrée depuis 2 ans.

« Je suis cheffe de projet dans une banque et je travaille avec le coach, c’est comme ça que j’en ai entendu parler. », explique-t-elle, précisant en plaisantant qu’aujourd’hui elle recrute des joueuses dans les bars. Boutade qui n’en est pas une puisque les soirées dans les pubs installés en France à parler football gaélique entre expatriés sont à l’origine des premiers clubs hexagonaux. Cependant, aujourd’hui, ils ne sont plus en majorité dans les équipes, preuve d’un développement et d’une appropriation du jeu qui tend vers un brassage des cultures, celtes ou non.

RACINES CELTES ET BONNE AMBIANCE

Anna Marie O’Rourke, elle, fait partie de celles qui n’ont pas découvert le football gaélique au détour d’un bistrot. Elle a véritablement baigné dedans depuis sa naissance et a commencé à taper dans le ballon dès l’âge de 7 ans, à Coolkenno, au sud de Dublin. En Irlande, c’est le sport national, une institution incontournable.

« On joue pour le club de la commune puis celui du ‘comté’. On n’a pas le droit de jouer ailleurs, sauf avec une dérogation. On nait dans un club, on meurt dans ce club. C’est très familial, centralisé autour des pubs, et continuer ici en France, c’est conserver mes racines. »
s’enthousiasme la doyenne qu’elle est du haut de ses 42 ans.

Plus jeune, elle a joué dans la même équipe que ses 3 sœurs et a intégré avec l’une d’elles l’équipe du comté. Elle se souvient des heures quotidiennes passées sur le terrain mais aussi en dehors. Une passion qu’elle ne met pas de côté en arrivant en France il y a 13 ans et dont elle puise les ressources pour trouver l’énergie d’être responsable bien-être des joueurs en Europe, formatrice d’entraineurs-euses, arbitre et joueuse.

Infirmière en parallèle, elle a à cœur « d’être autant impliquée ici qu’en Irlande. » Elle est affirmative : « Plus qu’un sport, c’est ma vie. Je fais des études en soins palliatifs, je travaille au quotidien avec la mort et quand je viens sur le terrain, je trouve la vie. C’est ça mon équilibre ! »

Ses coéquipières ne sont pas aussi catégoriques mais leur motivation vibre à l’unisson. Elles apprécient toutes, sans exception, l’ambiance qui règne dans et autour de ce sport, bordé de convivialité et d’esprit d’équipe, généralement très prégnant dans les sports collectifs. Même son de cloches du côté des autres équipes, présentes à Rennes le 30 avril dernier pour la troisième manche de la coupe de France (lire encadré).

En raison du faible nombre de joueuses ce jour-là pour certaines villes, comme ce fut le cas par exemple pour Angers et Niort, des ententes se forment afin que toutes puissent jouer et ne pas rester sur le banc en spectatrices. « On reste toujours solidaires, il n’y a pas vraiment de compétition. », déclare alors Kaleigh O’Suilivam, qui après avoir joué à Rennes, puis à Niort, a fondé le club d’Angers dont elle est devenue l’entraineuse, avec Sinead Riordan.

« Clermont-Ferrand n’a pas encore assez de monde, l’équipe vient de se lancer cette saison, du coup, on prête parfois des joueuses comme nous on est 17 et que sur le terrain, il faut être 7 ou 9, ça dépend des compétitions, ça permet à tout le monde de participer. », complète fièrement Jessica.

Pour Emilie Pasquet, ingénieure qualité dans l’industrie automobile à Vitré, licenciés et licenciées de football gaélique forment une grande famille. Il y a les entrainements, les réunions, les week-ends de match, les soirées, comme celle du 3 juin qui à Liffré accueille les sportifs venus disputer un tournoi jeunes.

À 25 ans, Emilie partage sa première année de football gaélique entre deux équipes. Liffré donc et Rennes. La première n’ayant pas d’équipe féminine comme tel est le cas dans la majorité des clubs, dont le nombre tend à se réduire de par la féminisation grandissante de ce sport en France. « L’ambiance est super dans les deux villes », se réjouit-elle, rejointe par Laura Andrieu, capitaine de l’équipe de Clermont-Ferrand :

« On est une jeune équipe. On a connu ce sport par le biais des copains qui en jouaient, on a donc suivi le mouvement. Et on a créé une équipe en septembre. On était venu pour essayer, par curiosité et on s’est rendu compte qu’on pouvait faire plein de choses, qu’il y avait une grande liberté de jeu grâce à toutes les techniques. On est avec les copains, l’ambiance est bonne, et il y a aussi une grande solidarité. Les entraînements ont lieu deux fois par semaine. Mais ce sont surtout les tournois qui demandent de l’énergie au final, car il y a des déplacements, ce qui est assez prenant. »

Et Fanny Jaffres ne peut qu’approuver, elle, qui en tant que capitaine, se doit de porter le moral de son équipe au sommet. Calmer les esprits qui s’échauffent parfois par perfectionnisme, motiver les troupes, rappeler qu’elles sont les meilleures et qu’elles vont gagner, tout en donnant le bon exemple, tel est le rôle qu’elle assume sans pression. « C’est plaisant ! Et puis l’équipe est super, sans prise de tête, on n’est pas là pour la compétition mais pour se faire plaisir. »

Et se défouler rajouteront certaines joueuses lors du tournoi, le 30 avril, ou de faire des rencontres intéressantes. À l’instar des Lorientaises qui témoignent de la diversité générationnelle de leur équipe, permettant des échanges riches entre elles et la constitution, en entrainements, « d’équipes rigolotes ».

UN SPORT COMPLET ET COMPLET

Au-delà de cette ambiance chaleureuse et conviviale, argument majeur des sports collectifs, le football gaélique a un avantage non négligeable pour les joueuses de l’Ar Gwazi Guez.

Elles sont unanimes, c’est un sport complet. Qui allie aussi bien du football, du handball, du volley, du basket ou encore du rugby. En résumé, il se joue à la main comme aux pieds, avec des manchettes, des buts en H (valant 1 point) et des buts avec filet sous la transversale (valant 3 points).

Les pratiquant-e-s peuvent traverser le terrain en se faisant des passes, en avant comme en arrière, ou en utilisant des techniques – le rebond au sol (dribble) ou le solo - tous les quatre pas. Si les règles peuvent paraître complexes, il suffit de quelques dizaines de minutes sur le terrain pour les intégrer.

« Ça peut paraître étrange mais c’est très libre comme sport. En jouant, on comprend facilement. Il n’y a pas de hors jeu ni d’en-avant. On n’a pas le droit non plus aux tacles du foot ou aux plaquages du rugby. On doit jouer de notre corps mais il n’est pas question d’impact. », précise Fanny.

Un point qui séduit de nombreuses joueuses, comme Claire Bonnal dans l’équipe féminine depuis 2 ans. Après 10 ans au Stade Rennais Rugby, en équipe 1, elle a envie de changer d’air : « Les années se suivaient et se ressembler. Et avec l’âge (35 ans, ndlr), j’étais de moins en moins chaude pour plaquer et pour les contacts. Sans compter qu’il y a également beaucoup moins de matchs, c’est plus souple et il y a un très bon état d’esprit. » Le compliment revient souvent. La souplesse et l’accessibilité, également.

DES DIFFÉRENCES : UNE QUESTION DE SEXE ?

« On mélange plusieurs sports et des techniques différentes. Suffit d’être dégourdie avec les mains et/ou les pieds. Ce n’est pas comme au hand ou au foot où là si on est moyenne, c’est difficile d’être intégrée. Le foot gaélique est un sport accessible à tou-te-s et surtout pas excluant. Au contraire, je trouve qu’il y a de la place pour tout le monde au sein du collectif. », livre Estelle Roche, 23 ans, employée chez Suez, dans le recyclage des déchets.

Toutefois, si les plaquages et les tacles ne sont pas autorisés sur un terrain de football gaélique, les contacts sont possibles, limités à un duel d’épaule contre épaule. Pour les hommes seulement. Les femmes répondant à des règles spécifiques à leur sexe, établies par une fédération féminine distincte de celle masculine en Irlande. Comme le poids du ballon rond, semblable en apparence à celui utilisé en volley, ou le fait de pouvoir récupérer un ballon au sol avec les mains tandis que les hommes doivent, pour se faire, se lever avec le pied (le pick-up).

« On n’a pas le droit non plus de jurer sur le terrain, on peut avoir un avertissement ! », se plaint Fanny, en rigolant. Yves Le Priol, coach des rouges et noires, nuance la remarque. « Les hommes non plus n’ont pas le droit aux injures !, souligne-t-il. Il y a des contacts pour les équipes masculines, mais encadrés, on ne fait pas n’importe quoi. Ce n’est ni un sport de combat, ni un sport violent. Il y a une image de sport barbare à cause de la méconnaissance qu’il y a autour. »

Clichés mis à part, certaines sportives évoquent un léger regret au fait de ne pouvoir aller au contact, qui semble parfois dépendre de l’arbitrage qui sifflera la faute plus ou moins rapidement. Mais en règle générale, elles avouent un soulagement à exercer une discipline limitant les risques de coups et de blessures.

Autre différence notable : la taille du terrain, réduit pour les femmes. Ce qui s’explique par le nombre de joueurs et de joueuses. Les hommes jouant à 11 contre 11 en Europe – en dehors de l’Irlande où ils sont 15 contre 15 – et les femmes à 7 contre 7, voire 9 contre 9 dans certains cas. Ce qui ne choque pas les filles, qui parlent également de différences physiques naturelles pour expliquer l’écart technique existant entre un football gaélique masculin et un football gaélique féminin.

Même si Kaleigh O’Suilivam ne veut y voir « ni un sport pour les filles, ni un sport pour les garçons, mais un sport irlandais avant tout. » Un point qui met tout le monde d’accord. Néanmoins, une spécificité française subsiste : la mixité. Là aussi, due au faible nombre, pour le moment, des joueuses.

PROGRESSER EN MIXITÉ ET EN NON-MIXITÉ

Certaines préfèrent s’entrainer avec les hommes, d’autres aspirent à la non-mixité pour une meilleure progression. Si les discours sont discordants, ils se rejoignent sur les avantages et les inconvénients qu’il y a des deux côtés. À Liffré par exemple, Emilie s’entraine avec les hommes et regrette qu’il n’y ait pas d’équipe féminine, d’où sa présence à l’entrainement des Rennaises. Jouer entre filles est plus confortable niveau physique. Jouer avec les hommes permet le dépassement de soi.

« Les règles françaises prévoient la mixité en compétition. Quand je joue un tournoi avec les gars, on adapte à moi le règlement féminin. C’est un équilibrage pour ne pas que les filles soient « un handicap », j’aime pas ce terme, parce que ce n’est pas ça précisément… »
justifie Emilie Pasquet.

Si une équipe non-mixte conçoit un espace confiné dans lequel chaque sportive peut développer sereinement ses capacités physiques et stratégiques, sans la pression d’être « un poids », et prouve son efficacité par des constats de progression fulgurante, la complémentarité des entrainements est appréciée par un grand nombre, dont Lisa Hamon, 25 ans, service civique pour l’association rennaise Electroni-k, fait partie.

Aux côtés des Oies Sauvages depuis janvier 2016, elle aime se mesurer aux sportifs. Depuis petite, elle pratique des sports de ballon, du handball pendant très longtemps auprès d’une équipe du Saint-Grégoire Rennes Métropole Handball, ainsi que du football avec des ami-e-s. Elle est plutôt du genre douée qui impressionne les garçons.

« C’est comme ça que je me faisais respecter d’eux. J’aime bien foutre des raclées aux mecs, c’est mon côté féministe ! Quand on s’entraine avec eux – quand on n’est pas suffisamment nombreuses pour faire un entrainement entre filles – je trouve que ça casse la fracture filles/garçons, c’est bien aussi. Ça permet de se confronter à meilleur que soi et c’est toujours mieux de jouer contre plus fort, aussi bien des gars que des filles d’ailleurs. Mais les mecs, c’est certain, courent plus vite, et moi je reste dans le même état d’esprit que quand j’étais petite, alors je fonce ! », lance-t-elle, d’une voix enjouée.

Pour Claire Bonnal, un point est à soulever impérativement dans ce débat autour des dissensions – qui ont l’air de rester minimes et ne pas créer la polémique - : le fait que l’équipe, dans sa globalité, au-delà des sexes donc, se soutient et s’encourage.

« Je me souviens d’une journée de tournoi, où les gars ont été éliminés, et nous on avait encore des matchs. Ils sont venus sur le bord du terrain pour nous soutenir. Ils étaient très fiers de nous, et on sait qu’ils sont pour le développement des équipes féminines. C’était très fort et intense. », dit-elle, la gorge nouée : « Oui, j’en suis encore émue en en parlant. »

DE LA DIVERSITÉ ET DE LA MOTIVATION AVANT TOUT

Dans l’ensemble, les joueuses démontrent des « caractères ». À la fois souples et rigoureuses, elles affichent des profils divers mais un enthousiasme commun. Elles sont toutes assez sportives, mais pas forcément issues des mêmes disciplines. Fanny a fait beaucoup de basket, Jessica de la boxe, du tennis et du judo, Estelle de l’athlétisme, de la course à pied, du futsal – qui peut se rapprocher du soccer – et du hand, Claire du rugby, tout comme Emilie, Lisa du hand et du foot, et Anna Marie du football gaélique. Sans oublier l’entraineur, Yves, qui a pratiqué pas mal de foot et de rugby avant de découvrir le football gaélique en 2000.

Pour de multiples raisons, les joueuses ont cessé leurs activités respectives et trouvent aujourd’hui un véritable plaisir à contribuer à la réussite de leur équipe. La force qui fait leur palmarès ? C’est à n’en pas douter. Individuellement, elles ont toutes des qualités techniques. Débutantes ou non, elles ont encore toutes des points à travailler et toutes ont fait des progrès, certaines démontrant immédiatement des capacités et une aisance, que ce soit avec les pieds ou les mains, ou même les deux.

Mais ce qui prime pour Yves Le Priol, c’est leur motivation. Elles sont championnes de Bretagne cette année et doubles championnes de France. Le 11 juin, elles confirmeront ce titre, à Clermont-Ferrand, pour la troisième année. De quoi être fières et s’en vanter. Mais l’équipe est modeste et lucide.

L’entraineur précise cela dans le contexte : c’est parce que les autres équipes féminines ne sont pas très développées que Rennes est première. La capitaine l’affirme quand on évoque l’écart de point entre son équipe et les autres du classement : « On n’a pas de concurrence. Franchement, on est bien meilleures que les autres équipes. » Et si ça fait réagir Lisa au moment où elle exprime ce positionnement, Fanny a raison.

Et poursuit : « Mais faut pas croire que c’est plaisant, parce que finalement les meilleures victoires sont celles que l’on va chercher ! On a été malmenées lors du championnat de Bretagne, on a eu peur et finalement on a mis pile les points qu’il fallait. Ça, c’était chouette ! » Yves ne peut qu’approuver, convaincu du potentiel des joueuses qu’il entraine. S’il ne souhaite pas établir de comparaison entre le palmarès des féminines et celui des masculins, il voit toutefois des différences à l’entrainement :

« Je ne veux pas tomber dans les clichés mais les filles sont plus à l’écoute, plus en demande conseils. Alors oui, parfois faut les recadrer lors des exercices, mais elles sont quand même assez concentrées. Je pense que la grande différence est là : les filles sont plus intéressées à progresser. »

DES AMBITIONS POUR DE NOUVEAUX DÉFIS

Pour lui, leur niveau se mesurera fin septembre en Irlande lors d’une semaine de rencontre inter clubs européens. Mais avant cela, plusieurs rennaises devraient s’envoler pour la terre mère du football gaélique lors des World Games qui se dérouleront à Dublin du 7 au 14 août. La pré-sélection a eu lieu à Rennes, le 28 mai dernier.

Dix joueuses de l’Ar Gwazi Guez étaient pressenties pour l’équipe de France qui sera constituée le 11 juin. C’est à Clermont-Ferrand, à l’occasion de la finale de la coupe de France, qu’elles seront fixées et qu’elles sauront si elles participent au stage de formation début juillet. Jessica Chapel ne cache pas sa joie :

« On est une équipe soudée qui compte de vraies machines de guerre ! Moi, je viens plutôt de sports individuels mais elles sont nombreuses à être issues des sports collectifs et ça se voit. Elles ont vraiment quelque chose que je n’ai pas, elles ont une vision générale du jeu et repèrent très vite les stratégies à adopter, là où moi je mets plus de temps à comprendre ce que je dois faire. »

Les « machines de guerre », Claire Bonnal les qualifie, elle, d’intouchables. Et a conscience d’en faire partie. « J’ai vécu avec le Stade Rennais Rugby des moments sportifs avec beaucoup de tensions, beaucoup de matchs durant la saison. Là, on en a moins, et je ne me suis pas mise la pression le 28 mai. », explique-t-elle. Estelle Roche, de son côté, n’était pas aussi sereine : « J’aimerais vraiment y participer, vivre cette expérience. Je sais que ma place n’est pas acquise, je suis nouvelle dans l’équipe, mais je fais tout pour me mettre à niveau. »

Ce qui les anime par dessus tout, c’est de partir en Irlande, disputer des matchs face à d’autres joueuses partageant la même passion. Si toutes ne partageront pas l’expérience au mois d’août, elles se rattraperont en septembre. Pour Claire, c’est ce qui compte :

« Il y a le côté sportif mais aussi découverte. Aller en Irlande entre copines, on s’entend tellement bien, c’est vraiment bien. Ce qui sera plus difficile au niveau d’une équipe de France, ce sera de réussir à s’ouvrir aux autres, créer de l’interaction avec les autres joueuses. »

Sans aucun doute, l’équipe féminine a à cœur de défendre les couleurs rouges et noires, tout comme les couleurs bleues, blanches et rouges, et de participer aux entrainements, à hauteur de l’investissement qu’elles peuvent y mettre. Lisa Hamon le dit elle-même :

« Quand je jouais au hand, c’était plus intense en terme d’engagement. Et j’ai sacrifié pas mal de ma vie perso. Je veux maintenant faire la part des choses et si je ne peux aller à un entrainement, ce n’est pas grave même si plus je fais de sport, mieux je me porte. Je ne peux pas aller en Irlande en août parce que je travaille mais j’espère vraiment être présente en septembre. On m’a dit il n’y a pas longtemps que choisir, c’est renoncer. J’essaye de l’appliquer. »

UN DÉVELOPPEMENT À VENIR ET À TRAVAILLER

Si la pratique est amateure et résulte d’un loisirs, les sportives ne lâchent rien et s’engagent pour le développement de cette discipline trop méconnue encore en France, même si Yves relativise quant à sa faible portée : « En 2000, il y avait 2 ou 3 clubs seulement. Aujourd’hui, on en compte plus d’une vingtaine. »

Si le football gaélique est sous-médiatisé, l’espoir persiste grâce à cette rapide évolution. L’aspect atypique attise de plus en plus la curiosité et séduit. L’attention du club de Rennes, ainsi que dans les autres villes bretonnes ou non, le Sud Est de la France tendant également à composer de nouvelles équipes, est au développement du sport importé d’Irlande. Anna Marie est intarissable sur le sujet, le jeu est beau et il en vaut la chandelle :

« C’est un vrai bonheur de voir son évolution en France. Nous sommes très impliqué-e-s pour le faire grandir davantage, aller dans les écoles, les collèges et les lycées pour en parler, pour faire découvrir le foot gaélique. Et nous organisons aussi des initiations à Rennes, ça fonctionne bien, et on aime bien faire ça. »

Claire, professeure des écoles à Orgères, n’a pas pu faire de cycle football gaélique avec sa classe de CE2-CM1 cette année, mais projette néanmoins de faire découvrir aux élèves une après-midi durant les bases de ce sport qu’elle chérit.

Les jeunes ne sont pas, actuellement, assez nombreux à se signaler intéressé-e-s pour constituer une équipe pour les moins de 16 ans. A contrario du club de Liffré qui comptabilise trois groupes jeunesse parmi les 80 adhérent-e-s. Les objectifs sont clairs : amener les filles et les garçons de tout âge au football gaélique.

Et sans se décourager, à force d’enthousiasme, d’initiations, de sensibilisation, de communication et de victoires vitrines d’une qualité d’entrainements, joueurs et joueuses en prennent le chemin.

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Football gaélique : Unies dans un sport en développement
La diversité, force de l'équipe rennaise
Une bonne entente en Coupe de France

Célian Ramis

Boxeuses : Combattre les préjugés

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La boxe prône, au delà du ring, des valeurs de respect, d'égalité et de maitrise de soi. Loin d'être le sport violent que l'on dépeint dans l'imagerie populaire, les femmes l'investissent. Reportage.
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Existe-t-il une boxe féminine ? A priori non. La démarche des femmes qui pratiquent ce sport est-elle similaire à celle des hommes ? Tout dépend des personnes. Comment sont accueillies les filles dans cette discipline que l’on pense (trop souvent) réservée aux hommes ? Bien.

Si elles sont encore minoritaires à pousser les portes des clubs, elles sont en revanche indifférentes aux stéréotypes de genre qui existent dans l’imagerie populaire, voulant que la boxe – anglaise, française ou thaï – soit un sport violent exclusivement destiné aux hommes avides de castagne. Un cliché qui prouve que l’on connaît bien mal ce que l’on qualifie de noble art.

La Mézière, dimanche 31 janvier, 19h, salle Cassiopée. Danaé Cuvinot est sacrée championne de Bretagne de boxe thaï, après un combat en 3 rounds de 3 minutes chacun, dans la catégorie amateure des moins de 60 kilos. Elle est maintenant qualifiée pour le tournoi de la zone Nord Ouest, dernière étape avant de pouvoir conquérir les championnats de France.

Pendant plus de 10 minutes, la jeune boxeuse du club local Naga Muay Thaï a affronté Barbara, de l’Association sportive des cheminots de Rennes. Encouragée dès son entrée, Danaé esquisse un sourire malicieux en montant sur le praticable. Selon le rituel d’arrivée sur le ring, elle longe les cordes des quatre côtés, salue son public ainsi que les juges et vient se placer au centre, à l’appel de l’arbitre. Un check du gant avec son adversaire et le combat débute. Elle déclenche plusieurs coups de pied, jambe bien droite, dont elle semble parfaitement maitriser la technique.

« Shoote, shoote », crie son entraineur, Jérôme Juin. La sportive gagne en assurance dès le deuxième round, au cours duquel elle se montre de plus en plus offensive, concentrée, battante. Les 30 dernières secondes se font intenses, les encouragements vrombissent dans les gradins, laissant finalement éclater une vive émotion dans l’assistance mêlant satisfaction et soulagement à l’annonce de sa victoire, lorsque l’arbitre saisit son bras. Signe de bataille gagnée.

BANDE DE FILLES

Plus tôt dans l’après-midi, c’est Anaïs Serralta qui s’est illustrée sur le ring, ouvrant le bal des combats féminins. Quatre ans que la jeune adolescente de 15 ans pratique la boxe thaï et un an qu’elle évolue en compétition. Ce dimanche, elle perd son combat d’assauts mais démontre qu’elle en veut et qu’elle possède un potentiel technique. Et révèle également, à l’instar des 5 autres boxeuses du championnat, l’esthétisme de ce sport, fascinante chorégraphie gracieuse et puissante.

« De plus en plus de filles viennent faire de la boxe. Et elles ont des bons niveaux. Vous pouvez donc nous envoyer vos sœurs et vos filles… », précise le speaker dont le commentaire, interprété à double sens, suscitera les ricanements des spectatrices et spectateurs. Sur les 180 licenciés du club Naga Muay Thaï, un peu moins d’un tiers sont des femmes et environ 30 d’entre elles s’entrainent dans le groupe non mixte du lundi soir mis en place lors de la saison 2014/2015, à La Mézière.

« Ça fait 6 ans que le club existe, explique Jérôme Juin, boxeur depuis 25 ans. Lors de la 4e saison, j’ai perdu une dizaine de filles. En les croisant, j’ai discuté avec elles des raisons de leur départ. Elles m’ont demandé une section féminine. J’ai dit ok mais je voulais qu’il y ait minimum 20 filles. » Dès le lancement, l’offre connaît le succès. Aujourd’hui, l’effectif est variable selon les semaines, oscillant entre 20 et 30 participantes. L’objectif étant de renforcer leur aisance technique et tactique, pour pouvoir s’intégrer aux autres cours, mixtes.

Ce moment entre boxeuses pallie au manque de confiance instauré par l’éducation genrée dès la petite enfance. « Les garçons, ils se bagarrent dès la cour d’école. Les filles, non, et elles n’osent pas frapper car elles ont peur de faire mal. Depuis toutes petites, elles entendent dire que ce n’est pas bien. Ici, elles se disent ‘j’ai le droit de le faire’. Mais attention, il ne faut pas assimiler la boxe à la violence. C’est un sport de combat mais les entrainements sont très protégés. Personne n’a envie d’aller bosser le lendemain avec la figure abimée. », analyse l’entraineur.

Pourtant, l’idée persiste inconsciemment et il est difficile de passer outre, même pour une fille : « Un groupe de filles, ça change, c’est bien, assure Anaïs, un lundi soir de janvier à l’entrainement non mixte. Mais je préfère m’entrainer avec les gars. En combat avec eux, on peut taper. » Ce soir-là, une quinzaine de boxeuses, âgées entre 15 et 45 ans environ, travaille les différentes techniques au fil d’une série d’exercices en duo. « J’ai du mal avec l’esquive », « Moi, c’est avec le crochet » ou encore « ah, je ne peux pas m’empêcher de réagir alors que c’est à ton tour »…

Les unes et les autres affrontent leurs difficultés, dans une ambiance détendue. Aux alentours de 20h15, les sportifs du cours suivant foulent le plancher de la salle et s’amusent à taquiner : « C’est tout de suite plus le bordel avec les femmes, ça bavarde ! » Plaisanterie, à n’en pas douter, qui assoie une supériorité dans l’implication des licencié-e-s : le loisirs pour les femmes, le sérieux pour les hommes. Une image stéréotypée qui n’a pas épargné Anne-Gaëlle Derriennic, championne de France Élite, de boxe française - savate (lire son interview p.22 et 23).

Malgré tout, lors des combats, la notion de sexe s’évapore. Compétiteurs et compétitrices sont jugés, respectés et encouragés de manière similaire par le public.

ELLES ARRIVENT !

À 70 ans, Jean-Claude Guyard ne compte même plus combien de temps il a boxé. Après 18 ans au Cercle Paul Bert à mener la section boxe anglaise, il a fondé en 2005 le Club Pugilistique Rennes Villejean, dont il est président. Il parle comme s’il était né les mains dans les gants, aujourd’hui raccrochés mais pas délaissés. Loin de là. Il se souvient, avec Jacques Marguerite, entraineur du club, de l’arrivée des premières filles. Il y a à peine 20 ans. D’abord dans la boxe éducative, où on apprend à toucher l’adversaire, sans appuyer, sans frapper. Puis en catégorie amateure.

« Il y a eu des réactions oui, évidemment, certains n’étaient pas d’accord mais ils se sont adaptés. Quand elles font leurs preuves, ils ne disent plus rien. Elles doivent faire deux fois plus d’effort que les gars », commente Jacques. « Les filles dans les équipes, généralement, ce sont des têtes ! Avocates, médecins, ingénieures, cadres… Alors oui certains ont dit que ce n’était pas un sport féminin, que les femmes ne pouvaient pas prendre des coups… Mais ce sont des a priori ! À part certains qui restent dans leur connerie, les autres se sont ouverts et ont changé d’avis. Et heureusement ! », vient préciser Jean-Claude qui se délecte chaque soir de l’ambiance qui règne dans le gymnase loué par le CPRV, qui manque d’une salle de sport qui lui soit propre.

À l’image du Naga Muay Thaï, les femmes représentent presque 1/3 de l’effectif du Club, comptant près de 40 boxeuses sur environ 120 licenciés.

LA BOXE LIBÈRE

Audrey Chenu, militante féministe, boxeuse depuis 5 ans et entraineure pour les petites filles, était de passage à Rennes en novembre 2014. Elle défendait bec et ongles la place des femmes dans ce sport : « Il faut prendre l’espace, il y a plein de choses à déconstruire ! » La boxe se révèle comme un des sports les plus complets et exigeants, qui permet de prendre confiance en soi et de se forger un mental d’acier.

« On nous fait croire qu’on n’est pas capables. Qu’on est faibles. Quand on regarde dans le métro, les femmes sont recroquevillées. La boxe libère l’agressivité, dresse le corps des femmes et développe la force musculaire. », avait-elle alors déclarée, passionnée et engagée (lire notre article « Audrey Chenu, son combat de femme vers l’émancipation » - 19/12/2014 – yeggmag.fr).

Mettre du rythme, ne pas être contracté, effectuer des mouvements amples, ne pas gaspiller de l’énergie en se dispersant… Les conseils prodigués par Maxime Cuminet, coach de boxe anglaise au sein du club Défenses tactiques, de Rennes, résonnent dans l’esprit des boxeurs/boxeuses. Dynamisme, précision, fluidité, rapidité, la boxe demande rigueur et discipline. Les cordes fouettent le sol d’un côté du tatami, les poings fendent l’air de l’autre. Une chaleur moite envahit la salle.

Par deux, les participant-e-s se concentrent sur les feintes. L’objectif : apprendre à percer la défense de l’adversaire. Il faut élaborer sa stratégie rapidement. Avant que l’autre ne provoque l’action et ne déclenche en premier. « Les bases techniques nous aident à maitriser nos coups et à les recevoir. Les six premiers mois, ma famille s’inquiétait un peu de me voir avec des bleus. Sur la peau noire, ça surprend », s’amuse Liliane Niyongira. À 26 ans, elle prend des cours de boxe depuis 2 ans et de krav maga depuis 5 ans.

À force d’entrainement, elle se sent de plus en plus à l’aise, progresse et n’hésite pas à s’entrainer avec des hommes. Si les femmes sont en minorité, ne représentant qu’un quart de l’effectif de boxe anglais (environ 15 filles sur 60), la question ne se pose pas lors de l’entrainement.

SE DÉFOULER

L’intérêt majeur avoué réside dans le défoulement et le dépassement qu’il permet. Toutes évoquent les bienfaits physiques de la boxe. Cardio, gainage, abdos, pompes, sauts à la corde, la pratique régulière entraine musculation et perte de poids. La sueur coule à chaque séance.

Les sacs de frappe sont indispensables aux entrainements du CPRV pour le cardio et le développement du haut du corps, la boxe anglaise n’utilisant que cette partie-là (touches au buste et au visage), tandis que la savate fait appel aux poings et aux pieds, tout comme le muay thaï qui ajoute les genoux et les coudes. Un sport complet et adéquat pour entretenir son corps et aérer son esprit. Mais pas uniquement.

« Je suis venue à la boxe car on m’a dit que ça m’irait bien. Je suis de base assez nerveuse et impulsive mais je déteste la violence. On se défoule dans un état d’esprit que j’aime bien, on se respecte, petits, grands, débutants, doués, femmes, hommes : on est tous ensemble, c’est mixte et tout le monde est accueilli. », confie Adeline Coupeau, 26 ans, qui boxe depuis 3 ans au CPRV.

LA RÈGLE DU RESPECT

Si bon nombre de clichés s’accumule autour de la discipline, vue comme un sport de rue, une occasion de se bastonner, la notion de respect est bien réelle. Le combat est codifié. Les règles doivent être intégrées, sous peine d’être de sanction. Saluer les juges, respecter son adversaire, ne pas remettre en cause les décisions de l’arbitre, écouter son entraineur, ne pas frapper avec l’intérieur du gant… des points qui peuvent paraître évidents mais qui nécessitent une rigueur mentale qui s’applique comme un réflexe sur le ring mais également en dehors.

« Pour moi, c’est l’école de la vie, il y a un règlement très dur. », note Jean-Claude Guyard. Il connaît tous les membres de son club dans lequel les différentes nationalités et milieux sociaux se côtoient. Il prône la boxe sociale, la mixité, et a un mot pour chaque personne qui foule la porte du gymnase de la rue de Lorraine. Du coin de l’œil, il scrute la salle et observe toutes les personnes présentes, se nourrit de l’énergie communicative qui s’en dégage.

Et défend l’idée d’un club convivial et familial. Dans un quartier populaire comme Villejean/Kennedy, une salle de boxe est un argument d’intégration. Plutôt que de trainer dehors, les jeunes s’entrainent. Et s’entraident, et c’est là la fierté de Jean-Claude : les plus grands aident les plus petits aux devoirs, les liens se tissent, la notion de confiance en l’autre s’aiguise.

VALEURS DÈS L’ENFANCE

Un soir d’entrainement, une petite fille de 7 ans, Noémie, attend son papa qui boxe. Il ne lui faut pas plus d’une minute avant d’enfiler des gants et de commencer à déclencher des directs du droit et du gauche contre les palettes que lui présente son grand oncle de 17 ans. Nul doute qu’elle rejoindra à la rentrée prochaine le groupe de boxe éducative, premier pas des enfants dans ce sport pour les assauts. Toucher sans appuyer, c’est la devise de cette pratique.

On y apprend la maitrise de soi, le respect mais aussi à mettre des coups, en recevoir et à découvrir ainsi ses propres capacités. L’apprentissage de la boxe favorise alors la confiance en soi, en prenant conscience de ses capacités. D’autant plus quand on est une femme dans un sport jugé pour les hommes. Le président du CPRV se souvient d’une jeune fille prénommée Rose qui venait aux entrainements mais restait sur le banc à regarder : « Un jour, je l’ai emmenée à Brest. Elle a boxé, elle a gagné. J’ai croisé un peu plus tard la directrice de son collège qui m’a dit que c’était incroyable car Rose avait énormément pris en assurance. »

La boxe force à se dépasser et à se découvrir. Se découvrir une résistance, une capacité à aller encore plus loin, à aller de l’avant, à canaliser son énergie et à maitriser son corps, simultanément au développement d’une réflexion rapide, qui se doit d’être juste et précise. Mais il va plus loin : « Ici, on ne parle pas que de boxe ; on parle de leur vie aussi. »

CONFIANCE EN SOI

La confiance est primordiale et s’acquiert avec le temps. « Certaines sont timides, discrètes. Sur le ring, elles deviennent des guerrières ! », commente Jérôme Juin. Les motivations sont aussi différentes que nombreuses, que ce soit pour s’entretenir, maigrir ou se défendre. Un argument que la plupart des femmes réfutent. « On prend confiance en nous mais faut pas être dupe. Si je me fais agressée, je ne sais pas si je saurais me protéger. », déclare Rozenn Juin, 35 ans, boxeuse dans le club Naga Muay Thaï depuis 4 ans.

Même son de cloche du côté de Juliette Josselin, 24 ans, boxeuse au CPRV depuis la rentrée 2015 : « Je n’en fais pas depuis longtemps, je ne sais pas donc au niveau des répercussions mais je n’en fait pas pour me sentir en sécurité dans la rue. »

Pour Laélia, la boxe est un moteur pour les femmes. À 28 ans, elle pratique pour la 3e année le noble art et a intégré le club Défenses tactiques en arrivant à Rennes en septembre dernier. « Ça a changé énormément de choses pour moi. Avant, je vivais à Paris, je souffrais du harcèlement de rue, du sexisme. Moi, je suis du genre à sourire… », explique-t-elle à la fin du cours. Plusieurs points lui apparaissent. Le premier : le sport de combat, discipline « qui ne va pas de soi pour les filles », alimente la confiance en soi et diminue la peur des interactions et donc les risques d’interaction.

L’attitude influençant directement les agresseurs. Le second : la boxeuse apprend à ne plus se laisser faire et à réagir lorsqu’elle est victime d’une situation sexiste. « Un jour, un type me harcelait dans le train et m’a craché dessus. Je lui ai mis un coup de poing. Alors je ne dis pas que c’est la solution, pas du tout. Mais en fait il a été tellement surpris, pensant que j’allais pas réagir, qu’il n’a plus rien fait. Et je me dis qu’il ne le fera plus ! », affirme-t-elle.

Tout comme Juliette, Laélia est de celles qui aiment briser les codes genrés et ne surtout pas se laisser enfermer dans les normes sociales. Être une femme ne devrait pas être un frein. Et la jeune femme se réjouit d’avoir intégré le club rennais qui, prend soin d’employer un langage mixte. « Au masculin et au féminin. Il adapte quand il y a des différences (protection de la poitrine par exemple, ndlr) et surtout il ne nous infantilise pas. J’aime le discours que le club tient : une fille peut avoir les mêmes forces de frappe qu’un homme. », souligne Laélia.

Ne manque plus qu’à appliquer cette qualité de parole au domaine du sport, secteur dans lequel les stéréotypes ont souvent la vie dure. Une chance que ce soit le cas aux JO de Rio cette année ? Pas sûre mais quelques boxeuses devraient nous mettre KO de par leur maitrise et leurs compétences. En 2012, elles étaient passées inaperçues…

C’est une compétitrice aguerrie. De la gymnastique, elle passe à la boxe française, la savate, un sport qu’elle pratique depuis 10 ans. En arrivant à Rennes il y a 2 ans, Anne-Gaëlle Derriennic se lance dans la compétition. La détermination de la jeune trentenaire, originaire du Sud Ouest, lui vaut d’être sacrée championne de France Elite B en 2015. En parallèle de ses études à l’école de kiné, la sportive vise à présent le podium de l’Elite A, tremplin pour une sélection en équipe de France.

YEGG : Pourquoi avoir choisi la boxe ?

Anne-Gaëlle Derriennic : C’est un sport qui permet de se défouler en peu de temps. En 1h30, on est complètement rincé. Il fait appel à plein de choses comme la souplesse, la coordination, la rapidité… C’est un sport complet ! La boxe française est moins traumatisante car il y a plus de cibles, pas uniquement buste et figure, et de choix dans les armes.

Quel est le rythme d’entrainement ?

Je suis à 3 entrainements de 2h par semaine. Mais ça peut aller jusqu’à 5 entrainements par semaine à l’approche d’une compétition. Ce sont les entraineurs qui planifient les rythmes. Un mois, un mois et demi avant une compétition, je suis à 4 entrainements par semaine. Et ils peuvent choisir d’en rajouter s’il y a besoin de développer la tactique ou la technique.

On dit que la boxe française est la plus féminine. Êtes-vous d’accord ?

Pour moi, il n’y a pas de boxe féminine. Quand on est en combat, les femmes et les hommes ont la même volonté sur le ring. Ce sont les mêmes impacts, proportionnellement au poids, la même intensité. Pour moi, c’est unisexe.

Pourquoi avez-vous voulu passer en compétition ?

J’ai une vision du sport de compétitrice. Pour moi, c’est l’évolution normale. On apprend un sport, les bases, puis on développe, les assauts, les combats, Elite. Mais je comprends que des femmes ne veuillent pas aller au combat. Après, on est préparé-e-s quand on arrive sur le ring. On a une préparation psychologique et physique.

Que vous apporte la boxe ?

Pour une grande partie des gens, la boxe est un sport dans lequel on se met sur la figure. C’est beaucoup plus élaboré que ça. On doit réfléchir, provoquer l’autre pour toucher là où on veut, quand on veut. C’est comme un jeu d’échecs avec une grande rapidité pour réfléchir sous la pression. La boxe française est très codifiée. Elle comporte beaucoup de règles. Ce n’est pas du combat de rue. On a des gants et ça se passe entre des cordes. Pas dans la rue et n’importe comment. C’est comme un art, la boxe. (…) Il faut avoir conscience du danger. On peut prendre un mauvais coup, un KO, il faut bien réfléchir. Quand on va sur le ring, on pense à son combat, il faut faire le vide, être très concentré.

Quels regards les hommes et les femmes portent sur vous ?

Les hommes sont souvent étonnés. Avec mon petit gabarit, ils ne s’imaginent pas que je fais de la boxe. Ou alors en loisirs. Quand je montre mes combats, ils se disent qu’ils ont en face d’eux un bout de femme qui sait se servir de ses pieds et de ses poings sur un ring. Les femmes ont plutôt tendance à dire « Ah oui c’est bien de faire ça… Mais moi je ne le ferais pas ! ». Surtout quand elles me voient avec un cocard (Rires). Mais certaines de mes amies ont testé et ont accroché malgré tout !

Vous souvenez-vous de votre premier combat ?

Oui, c’était un gala, j’étais à l’époque au club de Brest. Il y avait de la musique, des jeux de lumière : le gros stress ! Les entraineurs savent transformer ça en bon stress et puis quand on monte sur le ring, on oublie tout. J’en garde un très bon souvenir.

Un combat vous a-t-il marqué plus qu’un autre ?

Mon premier combat en Élite, ça devait être en avril je crois (2015, ndlr). Mon premier 5 x 2 minutes. Je combattais contre une amie d’un club de Nantes avec qui je me suis beaucoup entrainée. C’était assez fort. On rentrait dans la cour des grandes.

Dans quelle ambiance est-on au Championnat de France ?

C’est assez bizarre et en même temps il ne faut pas trop se mettre la pression. Ce n’est pas comme un gala ; ce sont des combats à la chaine, une soixantaine dans la journée. Il faut alors observer les jeux des adversaires, repérer qui on va peut-être rencontrer. Et vu l’enjeu, on veut aller jusqu’au bout. Il faut être solide psychologiquement.

Vous étiez en catégorie F52 – Coqs, qu’est-ce que ça veut dire ?

C’est la catégorie des femmes de moins de 52kg. Coqs, c’était le nom à ce moment-là. Et c’était l’Elite B. C’est comme la ligue 2 au foot. Cette année, je suis en Elite A, je me suis qualifiée en janvier pour la demi-finale (qui se jouera le 27 février).

Quel objectif vous fixez-vous ?

C’est la première année en Elite alors l’idée ici est de prendre les combats les uns après les autres. Mais mon rêve est évidemment d’aller en finale !

Et si c’est le cas ?

Les 2 finalistes sont sélectionnables en Equipe de France. Mais il y a beaucoup de prétendants pour peu de places. Dans ma catégorie, l’une des plus grosses catégories, on était 12 femmes. En Elite, il y en a entre 40 et 50. Ça représente environ 1/3 de l’effectif total.

Que diriez-vous aux femmes pour leur donner envie d’intégrer le milieu de la boxe ?

Que malgré l’étiquette de sport d’hommes, les femmes ont leur place dans la boxe. Ce n’est pas un sport de garçon manqué, pas du tout. Il y a une bonne entente aux entrainements entre les femmes et les hommes et nous sommes bien intégrées. Il n’y a pas de différences entre nous. Nous avons les même cours, les mêmes gants, deux pieds, deux mains ! C’est un sport accessible, très physique et ce n’est pas un sport de bagarre. Après, il faut essayer pour voir si on accroche.

Concernant la confiance en soi, la boxe transmet des valeurs utiles sur le ring comme en dehors…

Ah c’est sûr, il vaut mieux avoir confiance en ses armes quand on est sur le ring (Rires) ! Personnellement, je ne suis pas quelqu’un qui a naturellement confiance en soi mais on apprend au fur et à mesure. Evidemment, la boxe transmet aussi sur la vie de tous les jours. On se fixe un objectif et on se donne les moyens d’y arriver.

 

 

 

 

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Elles enfilent les gants
Valeurs sur le ring... et en dehors !
Le cran des boxeuses à l'écran
Anne-Gaëlle Derriennic : "Se donner les moyens d'y arriver"

Célian Ramis

Pompières : 100% engagées

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Rennes
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Encore un bastion masculin, le service des sapeurs-pompiers tend progressivement à se féminiser. L'évolution est lente. Reportage auprès de celles qui s'imposent pour vivre leur passion.
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Les corps des pompiers sont encore un bastion majoritairement masculin, l’arrivée des femmes dans les rangs n’étant que très récente : moins de 40 ans ! Les soldats du feu sont érigés en héros nationaux et siègent parmi les grands fantasmes populaires de la gent féminine. Pourtant, aujourd’hui, la féminisation de la profession est inéluctable, celle du terme également et l’on parle à présent de pompières plutôt que de « femmes pompiers ». Elles agissent à leurs côtés et témoignent de tout autant de compétences et de motivation, tout autant enchainées à leur passion.

Les Services Départementaux d’Incendie et de Secours lancent un appel au volontariat, sans distinction de sexe, l’affiche aux deux visages féminin/masculin en est une première étape. Le plan d’action pour les sapeurs-pompiers volontaires, soufflé par la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France et mis en lumière en 2013 par Manuel Valls, alors ministre de l’Intérieur, et François Hollande, président de la République, marque un tournant : les femmes, ainsi que les jeunes, seront la nouvelle priorité.

Mais qu’en est-il de l’évolution des mentalités ? Comment intégrer les femmes à un secteur masculin depuis longtemps ? Et surtout, comment le vivent les principales concernées ?

Un vendredi d’octobre, 18h30. La tranquillité de la commune de Saint M’Hervé, située à quelques kilomètres de Vitré, est brutalement interrompue par la sirène d’un véhicule prioritaire. Celui des sapeurs-pompiers volontaires. Un VSAV, comme on dit dans le jargon, soit un véhicule de secours et d’assistance aux victimes. Sonia Peniguel, engagée comme pompier volontaire depuis 13 ans, maintenant gradée sergent, arrive sur les lieux de l’accident.

« Des témoins ? Personne ? Pas de témoins ? » Elle rejoint l’homme à terre, immobile, sur le dos mais conscient. Il a chuté d’une échelle. Elle répartit les tâches auprès des deux collègues qui l’accompagnent et couvre les jambes de l’accidenté d’une couverture de survie.

L’une tient la tête de la victime, lui parle, la rassure. L’autre se charge de vérifier sa tension, sa saturation, sa ventilation et son pouls.

En parallèle, Sonia, chef d’agrès sur cette intervention, qualifiée donc pour « armer » le véhicule, retourne dans le fourgon pour communiquer via radio avec le CODIS (centre des appels basé à Rennes pour tout le département, en charge de la transmission des interventions auprès des centres de secours et d’incendie d’Ille-et-Vilaine), le 15 et la gendarmerie qui doit être avisée. À son retour, une attèle à dépression est placée autour du poignet de l’accidenté qui semble n’avoir aucun autre traumatisme.

Ce dernier est installé sur un brancard et transféré dans le camion dans lequel un bilan de surveillance est ordonné par la pompière en charge de l’intervention, le corps ayant été bougé il est indispensable de vérifier que cela n’a créé aucun impact supplémentaire.

INTÉGRATION ET LÉGITIMITÉ

La manœuvre est terminée, l’exercice est un succès. Ce soir-là, les pompiers volontaires de Saint M’Hervé inauguraient leur nouveau VSAV et procédaient à une démonstration pour les élus et les collègues. La victime n’en était pas une mais l’intervention a été réalisée dans les conditions d’une situation réelle de secours à la personne.

Une heure et demie plus tôt, Sonia Peniguel avait déjà été bipée et avait dû partir sur les chapeaux de roue aux abords de Vitré. Pour un accident de voiture. « Ce que j’aime, c’est d’aider mon prochain, j’ai cette fibre là et j’aime me surpasser. Après, donner des ordres et porter l’uniforme, ça me plait aussi ! », rigole-t-elle.

Elle aurait voulu intégrer les rangs de l’armée mais sa vie familiale en a décidé autrement. C’est à Domalain qu’elle a rejoint les pompiers volontaires du SDIS 35 (Service Départemental d’Incendie et de Secours d’Ille-et-Vilaine), dans une caserne où elle était la seule femme entourée de 18 hommes.

« Il n’avait jamais vu une femme là dedans ! C’était une grande famille, avec père, fils, cousins et les autres étaient des amis à eux. C’était compliqué pour moi, ils me mettaient de côté. »
se rappelle-t-elle, sans toutefois avoir souvenir d’attaques ou de réflexions sexistes.

Depuis juin 2015, elle fait partie à 44 ans du centre de secours, constitué uniquement de volontaires, de Saint M’Hervé, un de ceux qui accueille le plus de femmes actuellement : soit 6 femmes pour 14 hommes. Pour elle, aucun problème à signaler dans les rapports avec ces homologues masculins. « Quand je suis arrivée à Domalain, je n’étais pas sous-officier à cette époque, explique Sonia. En règle générale, les hommes sapeurs-pompiers acceptent la présence des femmes car l’examen légitime notre fonction. On est alors « cheffes » mais c’est un bien grand mot. Ils écoutent mais on est toujours dans la discussion. »

RESPONSABILITÉS ET ORGANISATION

Un avis que partage Catherine Vidal, officier capitaine au siège de Rennes, chef du groupement Prévision, dirigeant ainsi le service opérations et le CODIS (lire son interview pages 22 et 23). Ici se trouve la salle de Centre de Traitement des Appels, gérée par des pompiers professionnels et des pompiers volontaires, selon leur garde. Les pompiers professionnels alternant entre garde postée de 24h et repos réglementaire de 48h. Lorsque nous la rencontrons dans son bureau, un de ses hommes vient fermer la porte qui sépare les pièces de travail. « Parce que tu sais nous, on en raconte des conneries ! », plaisante-t-il.

Dans une ambiance détendue mais bosseuse, ils prennent les alertes concernant l’ensemble du département, traitent les informations redirigées ensuite vers les centres de secours concernés (l’Ille-et-Vilaine en compte 89). En 2014, le SDIS 35 comptabilise 267 474 appels décrochés pour 44 933 interventions. « Pour une grosse opération, on reçoit plusieurs appels », explique-t-elle. Catherine Vidal intervient lors de ces interventions conséquentes, en cas d’orage, d’inondation ou d’incendie important et ouvre la salle de débordement et si besoin la salle de crise.

C’est là que l’organisation de l’opération sera engagée en fonction de la situation, des risques potentiels, de l’objectif à atteindre, de l’idée de manœuvre, des moyens mis en œuvre pour l’exécution ainsi que tout ce qui concerne la sécurité et la logistique : « Il faut filtrer les informations pertinentes, prendre des décisions et donner les directives que les équipes vont appliquer sur le terrain. À ce moment-là, je ne dirige pas l’ensemble des moyens humains et techniques. J’ai des intermédiaires qui eux se chargent de relayer. On ne peut pas gérer à un seul cerveau. Et je suis aussi en lien avec le Préfet, les communes concernées et la presse. »

Des responsabilités lourdes que la capitaine n’envisage qu’à travers le collectif et l’esprit d’équipe, même si elle pilote et suit de près ce qui se passe sur le terrain.

FAIRE SES PREUVES

Et sur le terrain, ce sont principalement des volontaires qui constituent le service. Sur 3584 sapeurs-pompiers, 2941 ne sont pas des professionnels, soit 82% de l’effectif. Et parmi ces derniers, 469 sont des pompières. Les femmes n’ayant accédé aux fonctions de pompier qu’à partir de 1976 à la suite du décret n°76-1007 du 25 octobre 1976 qui précise : « Les corps de sapeurs-pompiers communaux peuvent être composés de personnels tant masculins que féminins. »

Auparavant, plusieurs pistes montrent que les épouses de pompiers aidaient aux interventions, sur des tâches à moindre importance, et qu’au Moyen-Âge - selon un ban (appel militaire) du 15 juin 1383, à Lille - la gent féminine était appelée à porter secours en cas d’incendie : « Quand la cloche sonnera, incontinent, ceux et celles, tant hommes que femmes, iront aider au feu. » Mais on gardera en mémoire l’image virile de l’homme courageux bravant les flammes.

Encore aujourd’hui, les pompiers sont désignés sous l’appellation héroïque de « soldats du feu ». Oubliant que les femmes s’y collent également et que les incendies ne représentent qu’une partie infime du travail du SDIS (environ 8%). Peut-être est-ce la raison qui pousse les nouvelles recrues de sexe féminin à se surpasser lors des entrainements collectifs, qui ont généralement lieu une fois par mois, et peuvent être agrémentées de séances diverses au cours des semaines et en fonction des besoins, ainsi que de formations pour monter en grade.

En sport ou en manœuvre, elles redoublent d’effort pour faire leur preuve. « Il faut montrer que l’on est capables de faire les choses », souligne Véronique Brassier, caporale chef au centre de secours de pompiers volontaires de La Guerche de Bretagne.

« Certains ne font pas de différence entre les hommes et les femmes. D’autres se basent sur nos performances, au début. »
précise Virginie Bouvet, volontaire à Chateaugiron, qui ne semble pas affectée par ce besoin de légitimer les compétences.

S’AFFIRMER ET RECADRER

Elles n’ont pas le même âge, 42 ans et 24 ans, ni les mêmes parcours. L’une, agent administratif au SDIS 35, est pompière depuis 21 ans, l’autre, aide soignante dans une maison de retraite (pôle Alzheimer), depuis 7 ans. Au-delà de la passion pour leur fonction, elles partagent la même analyse et manière de voir les choses autour du secteur masculin dans lequel elles évoluent.

À son arrivée à la caserne, Véronique Brassier a dû affronter le vote de l’équipe visant à décider de son intégration ou non parmi les membres. « Le chef de centre était plutôt pour. Finalement, 21 personnes ont voté pour et 6 ont voté contre. Et ça s’est fait facilement, c’est une petite caserne, c’est familial et l’ambiance est saine. », se souvient-elle. Lorsqu’elle se présente, un homme la taquine :

« Il m’a dit « Super, tu pourras faire la vaisselle ! ». Je me suis levée et je lui ai dit : « Je ne crois pas. ». Selon moi, il faut poser les choses d’emblée. Ne pas laisser les choses s’installer. »

Poser les limites rapidement et recadrer si nécessaire. Avoir de la personnalité et de la force de caractère. Même son de cloches du côté de Virginie que ses collègues appellent « la petite ». Pour elle, rien de péjoratif. Simplement un surnom qu’elle a depuis son arrivée, alors âgée de 17 ans.

« Ce n’est pas méchant. Au travail, on m’appelle comme ça aussi et je travaille dans un secteur féminin. Je n’ai aucun problème avec les hommes, au contraire, c’est souvent plus coton avec les filles. Avec eux, quand quelque chose ne va pas, je leur dis, quand je trouve qu’ils vont trop loin. Dans une équipe masculine, le dialogue est plus direct je trouve, les choses sont dites tout de suite. Avec les femmes, c’est plus malsain », commente-t-elle.

Seule femme parmi une dizaine d’hommes lors d’un entrainement au centre un samedi matin, elle semble à l’aise, habituée. D’humeur enjouée, elle se montre partante pour chaque exercice testé. Ce jour-là, le groupe « révise » les procédures et techniques d’intervention en cas de chutes.

Dans une montée d’escaliers, destinée aux manœuvres et au sport, sur une dalle ou suspendue à une corde en habit complet de feu, avec masque et bouteille à oxygène, elle n’apparaît à aucun moment gênée par une quelconque différence de force ou de condition physique.

« Les filles sont souvent très motivées et montrent qu’elles sont à la hauteur. Des réflexions sexistes, il y en aura toujours. Il faut passer au dessus. J’ai été imprégné du milieu des pompiers avec mon père qui était volontaire, j’ai toujours entendu des langages machistes. Il y en aura toujours… C’est le problème. Mais ceux qui font ça deviennent minoritaires aujourd’hui. »
relativise Déborah Le Reste.

Elle ne nie pas l’existence de différences entre les hommes et les femmes mais considère que chacun doit trouver sa place, ne pouvant exceller dans tous les domaines. À 39 ans, elle est pompier volontaire au centre mixte (pros et volontaires) de Tinténiac et a connu différents centres en 22 ans pour suivre son mari, muté dans le département. Un lundi soir, après le travail – secrétaire médicale en neurochirurgie au CHU de Pontchaillou - elle entreprend avec quelques membres de son équipe un exercice en situation d’incendie.

Naturellement directive, elle impose sans bras de fer la direction des opérations. Les co-équipiers, une femme et un homme, s’exécutent au coude à coude, et chacun s’attèle à l’effort collectif. Les deux femmes déploient les lances et s’en saisissent, munies de leurs tenues de feu qui semblent peser leur poids, et enfin procèdent à l’extinction d’un feu virtuel provenant d’une voiture garée sur le parking.

PASSION ET CONTRAINTES

Elle aime le sport, l’esprit d’équipe, l’univers des pompiers, l’ambiance des casernes. Et comme tous les pompiers professionnels et volontaires, témoigne d’une grande passion pour ce métier au service des autres. Sans préférence pour l’incendie, le secours à personne, les risques naturels ou autre, elle reste marquée par une intervention : « Ce n’était pas ma garde. J’ai remplacé un collègue. On a pratiqué un accouchement à domicile. C’était très fort ! »

Là réside sans doute le cœur de sa passion. Devoir s’adapter à la situation et faire appel au système débrouille et à son imagination. Si les manœuvres nécessitent la connaissance des techniques, des procédures et des consignes de sécurité, quand le bip sonne les sapeurs-pompiers ne savent pas ce qui les attend précisément.

Du côté de Virginie Bouvet, il est certain que sa vocation est celle-là : « J’aime tout ! Chaque situation est différente et fait vivre des choses différentes. »

Recalée au concours national pour devenir pompière professionnelle il y a 3 ans, elle n’en démord pas, ne se décourage pas et le repassera à l’avenir. Sonia Peniguel et Véronique Brassier, elles, n’y songent pas. Préférant s’épanouir uniquement dans ce loisirs passion, sans la contrainte d’en faire leur métier.

« Pompier volontaire, c’est contraignant quand même. Mais quand on aime on ne compte pas ! Je préfère bien faire les choses quand je suis disponible et conserver ce côté passion pour la passion. »
commente Véronique.

Exit l’appât du gain, les gardes prioritaires étant indemnisées ainsi que les interventions. Une semaine par mois environ, les pompiers volontaires effectuent une garde prioritaire du vendredi soir, au vendredi suivant. Ne pouvant s’absenter de leur travail, ils se mettent alors en disponibilité dès lors qu’ils débauchent et interviennent lorsqu’ils sont bipés. « Ce n’est pas très souvent. Et de toute manière, on est chez nous, pas loin de la caserne puisqu’il faut arriver vite au centre pour s’habiller et partir. », explique Sonia. En effet, on compte 20 minutes entre l’appel et l’arrivée du premier véhicule sur les lieux signalés.

TROUVER SON ÉQUILIBRE

Si elles avouent toutes avoir déjà traversé des phases de démotivation ou avoir pris de la distance à la naissance de leurs enfants, les quatre pompières volontaires n’envisagent pas à l’heure actuelle de quitter le SDIS. Étroitement liées à leur fonction, elles sont passionnément engagées et investies dans ce qu’elles entreprennent. Sans mensonges ou discours fuyants, elles font face aux difficultés et à l’impact que cela peut avoir sur une vie de famille.

Mais chacune affronte et assume ce choix, bien décidées à ne pas faire une croix sur ce qui les anime dans cet espace de liberté qui s’apparente à un foyer, leur foyer personnel qu’elles partagent avec leurs collègues.

« En 2006, je me suis retrouvée veuve avec mes 2 enfants qui avaient 5 et 2 ans. Je me suis débrouillée, je les ai fait garder par la famille. C’est un engagement familial malgré tout. Il faut que tout le monde comprenne et mes enfants, qui ont toujours bercé là dedans, m’ont dit à ce moment là de continuer ! »
témoigne Véronique Brassier.

Et si pour Déborah Le Reste les choses ne se passent pas tout à fait de la même manière, son indisponibilité parfois pour sa famille et ses ami-e-s n’étant pas toujours entendue par tout son entourage, elle reste convaincue que l’équilibre est possible.

« Cela nécessite de prendre de la distance et oui de trouver son équilibre ! », précise-t-elle.

Femme et pompière ne sont donc pas antinomiques, c’est à n’en pas douter. Pourtant les clichés autour des différences physiques et psychologiques entre les femmes et les hommes peinent à se décoller de ce métier.

Malgré leur faible nombre, les femmes rencontrées croient en l’évolution des mentalités et espèrent voir une relève mixte arriver.

Sapeur-pompier depuis 13 ans, Catherine Vidal est aujourd’hui officier capitaine au SDIS 35, à Rennes. Chef de service opérationnel, elle pense et gère les techniques d’intervention et procédures. Adaptabilité, communication et commandement, la professionnelle mêle rigueur et bonne ambiance.

YEGG : Quel est votre parcours ?

Catherine Vidal : Je suis diplômée de l’INSA de Lyon et j’ai travaillé 7 mois en tant qu’ingénieure. Fin 2001, j’ai passé le concours de lieutenant chez les sapeurs-pompiers et je suis arrivée en poste au SDIS 35 en mars 2002 comme adjointe chef de service formation du groupement de Rennes.

Pourquoi avoir intégrer le SDIS ?

J’étais contente de mes études, ça me correspondait assez bien mais la dernière année ne m’a pas trop attirée. Il faut se spécialiser, c’est restreint et ça limite les débouchés. À cette époque, les pompiers de Lyon étaient en grève. Ils intervenaient quand même. Et j’ai aussi eu l’occasion de parler avec un pompier. J’étais déstabilisée d’avoir cette idée d’un coup. Et je ne me voyais pas monter à la grande échelle ! (Rires)

J’ai rencontré plusieurs officiers. Au fil de mes recherches, j’ai fini par trouver un poste d’ingénieure dans une entreprise de matériaux d’isolement, en lien avec le feu ! (Rires) Ça ne se passait pas très bien avec mon chef et je n’étais pas à l’aise dans le secteur privé, ça ne coïncidait pas avec mes valeurs. J’ai passé le concours de la fonction publique, spécifique aux sapeurs-pompiers.

En quoi consiste ce concours ?

Il change très souvent. À mon époque, il y avait un questionnaire sur la sécurité civile, un QCM sur plusieurs thèmes. C’est parce que j’avais mon diplôme d’ingénieure que j’ai pu passer le concours de lieutenant. Une fois qu’on obtient le concours, après avoir passé l’écrit, avoir été admissible à l’oral puis admis sur liste d’aptitudes, on peut choisir un poste dans un SDIS mais on n’a pas d’assurance d’avoir ce poste.

Vous êtes donc arrivée à Rennes…

J’étais déjà à Rennes à ce moment-là. Et ils venaient d’ouvrir 4 postes. J’ai postulé sur l’un d’eux, je n’ai pas été retenue mais j’ai bénéficié d’un autre. En tant qu’adjointe chef au service formation. Ce qui est marrant puisqu’il fallait aussi que je suive la formation initiale de lieutenant. À l’École nationale supérieure des officiers de sapeurs-pompiers. Pour la méthodologie, ma formation universitaire me facilitait les choses. Et j’ai suivi en parallèle des interventions sur le terrain dans les ambulances, les fourgons d’incendie.

Vous entrez donc lieutenant. Vous êtes maintenant capitaine…

Oui j’ai passé le concours, un oral seulement cette fois, en 2006. Le 1er janvier 2007, j’ai été nommée capitaine. J’ai été adjointe au chef de centre à Rennes, celui de Saint-Georges. Ce n’est pas rien, c’est le plus gros centre de secours en terme de personnel et d’opération.

Vous avez beaucoup d’hommes sous vos ordres. Les rapports sont-ils compliqués ?

Franchement, ça se passe plutôt bien. J’ai une expérience dans l’ingénierie et l’industrie, c’est à peine 30% de femmes. Et quand on travaille à l’usine, on en voit des choses. Dans l’administration, il n’y a que des femmes et dans l’usine, que des hommes. C’est là que j’ai appris à dire bonjour en regardant droit dans les yeux. Ce sont eux qui détournaient le regard.

Chez les pompiers, une fois le concours en poche, le leadership est établi. Ça veut dire que l’on est capable. Ce que je n’ai pas ressenti avec les ingénieurs. Mais par contre, et c’est normal, il ne faut pas les prendre de haut. Et respecter leur travail qui demande des compétences élevées. Ça, chez les sapeurs-pompiers, c’est clair : peu importe le poste, cela demande forcément des compétences.

Donc pas de discriminations, même en début de carrière ?

Jeune officier et femme sont indissociables. J’ai constaté certaines attitudes mais comment savoir si cela venait du fait que j’étais jeune officier ou femme ? Certains hommes n’apprécient pas la présence des femmes mais en général ils mettent de côté pour le travail. À l’extérieur, on ne devient pas amis, c’est tout. Personnellement, je parle avec tout le monde. Appréciée ou non, ce n’est pas mon problème.

Après quand je suis pompier, je n’arrête pas d’être femme ! (Rires) Et j’ai des retours très positifs. Ils me disent que ça fait du bien que les débats s’élèvent à table par exemple. Et je sais que quand je suis là, ils font un effort. Je ne laisse pas passer beaucoup de choses non plus. Mais je n’ai jamais eu d’attaques violentes ou directes.

Vous ne laissez pas passer beaucoup de choses, ça veut dire que vous les recadrez ?

Je recadre… ça arrive mais j’ai de l’humour quand même ! Toutefois je ne suis pas pareille que dans le civil, je mets la barrière assez vite. Mais c’est important que l’ambiance soit bonne. J’ai une philosophie : les gens que j’encadre sont ma raison d’être. C’est bien d’être officier mais un officier sans ses troupes, ça ne sert à rien.

Combien d’hommes dirigez-vous ?

Au Service, on est 2, j’ai un adjoint. Et en salle opérationnelle, ils sont maximum 8. Deux de plus si on ouvre la salle de crise et six à huit en plus si on ouvre la salle de débordement. Mais je ne les dirige pas tous, il y a des chefs de salle. Et quand je suis chef de colonne, ils peuvent être entre 20 et 40 mais c’est pareil il y a des intermédiaires. Sur la trentaine d’opérateurs qui sont ici, il doit y avoir 2 femmes chez les sapeurs-pompiers professionnels et pareil chez les volontaires.

Qu’est-ce qui vous plait dans ce métier ?

J’aime beaucoup commander ! (Rires) Et j’aime les valeurs des pompiers : l’assistance, l’aide, l’altruisme. Au sein des équipes, nous sommes également beaucoup dans l’échange, dans la discussion. Au final, c’est moi qui décide mais je ne peux pas travailler toute seule. Je suis nourrie par la vision des autres. J’écris des procédures pour celles et ceux qui sont sur le terrain ou en salle.

Je ne peux pas faire abstraction de ce qu’ils vivent. J’ai ma technicité, mes outils, mon cerveau. On peut imposer des choses, évidemment, mais il faut le faire en intelligence, c’est-à-dire écouter. Et quand il y a plusieurs propositions, il faut savoir choisir, savoir ne pas se laisser déborder. Pour moi, ils n’ont pas ma technicité et je n’ai pas la leur.

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Pompier, je n'arrête pas d'être femme !

Célian Ramis

Les Roz'Eskell déploient leurs ailes à Venise

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Plaine de Baud, Rennes
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Atteintes du cancer du sein, en rémission ou ne traitement, les Roz’Eskell de Rennes rejoindront les centaines d’équipages présents lors la 41e Vogalonga de Venise, le 24 mai. Un défi préparé avec sourire et fierté.
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Dimanche 24 mai, les Roz’Eskell de Rennes rejoindront les centaines d’équipages présents dans la lagune vénitienne à l’occasion de la 41e Vogalonga de Venise. Un défi qu’elles relèvent avec sourire et fierté.

Sur le ponton de la base nautique de la plaine de Baud, deux dragon ladies s’activent à vider l’eau logée dans les bateaux en raison des diverses pluies survenues les jours précédents. Ce vendredi 15 mai, un peu avant 19h, le ciel est dégagé, la végétation verdoyante, et les rayons du soleil scintillent sur la Vilaine. Les membres de l’équipe de dragon boat, les Roz’Eskell (ailes roses en breton), arrivent au compte goutte, prêtes à effectuer l’avant dernier entrainement avant la Vogalonga de Venise, dimanche 24 mai.

À l’échauffement, mené par Sylvie, kiné bénévole pour l’association Cap Ouest, la bonne humeur est le maitre mot. Les participantes – une vingtaine ce soir-là, mais l’équipe regroupe plus de 30 dragon ladies – ont à cœur de s’investir dans leur activité. Elles ont toutes subi un cancer du sein, sont en rémission ou en cours de traitement, et le dragon boat est leur bouffée d’oxygène. « C’est une 2e famille », n’hésite pas à dire Claudine, 54 ans, présente depuis le lancement des Roz’Eskell en septembre 2013.

Chantal, elle, est arrivée il y a un an. Alors âgée de 59 ans, elle vit son 2e cancer, déclaré en 2012. « J’en avais marre de ramer toute seule, je n’en pouvais plus. Ici, on est portées par le groupe, par l’énergie collective », précise-t-elle. Elles ont de 35 à 70 ans, ont des parcours et des profils différents. « Et elles sont malheureusement de plus en plus nombreuses », regrette Papia Prigent, leur coach, qui prend tout de même plaisir à s’engager avec ce groupe survitaminé.

VERS LA RECONSTRUCTION

Toutes ne traversent pas les épreuves de manière identique et toutes ne sont pas confrontées aux mêmes difficultés. Mais elles s’accordent sur l’isolement provoqué par la maladie, la difficulté d’en parler à son entourage, et surtout aux collègues de travail, et sur l’importance de se retrouver et d’effectuer ensemble une activité sportive.

« J’avais honte de n’avoir qu'un sein. Quelle horreur ! Depuis que je suis dans les Roz’Eskell, je suis fière de dire que je suis une dragon lady ! », avoue Claudine, rejointe par Chantal : « Un cancer du sein, c’est lourd. En avoir un 2e, c’est difficile de s’en remettre. Ici, ça nous permet de nous reconstruire. Ça développe une sorte de sororité. On a des affinités particulières avec certaines bien sûr, c’est comme partout. Comme dans une micro société, il y a les grognons, les chieuses, les rigolotes, les renfermées en cas de coup de blues ! Et on s’apprécie toutes ! »

Les témoignages oscillent entre dureté de leur vécu récent, douleur d’avoir perdu une membre de l’équipe l’an dernier et joie de participer à cette expérience libératrice et entrainante. Conscientes des bienfaits psychiques et physiques (au niveau du drainage lymphatique, principalement), elles ont rapidement souhaité collectivement s’investir dans des défis sportifs de grande ampleur comme avec la descente de l’Odet, la Vogavilaine et ce week-end la Vogalonga de Venise.

Des ambitions qu’elles mènent avec force et vivacité, motivées par « l’envie de faire ensemble et de se débrouiller seules », « la volonté d’aller ailleurs ». Une expérience qu’elles qualifient de thérapeutique et humaine. Les entrainements et défis constituent pour elles des bols d’air frais, des instants sans prise de tête, qu’il pleuve, neige, vente ou autre, elles répondent présentes. « On pagaie même si c’est gelé, pas question d’annuler ! », plaisantent Chantal et Claudine, dans les vestiaires.

DYNAMISME ET SOUTIEN

Et pas question de tergiverser ou de perdre du temps, une fois les étirements terminés, elles s’emparent d’une rame chacune et grimpent dans les deux embarcations bleues et roses aux têtes de dragon. Deux par bancs et une à l’arrière pour barrer. Ensemble, elles plongent avec dynamisme les rames dans la Vilaine et quittent rapidement les berges.

Les voilà parties pour 1h30 d’activité, rythmée par les « Yop » de Papia ou les coups de tambour qu’elle marque pour l’entrain et la synchronisation des participantes. Et quand elle ne donne pas le ton, les unes et les autres entament des chansons en chœur ou en canon avec les deux bateaux.

« Allez les filles, on va pas se laisser avoir », scandent-elles pour se donner du courage. Majestueuses, elles filent à vive allure. Objectif en tête : représenter les couleurs des dragons ladies bretonnes à Venise et participer à la manifestation regroupant quelques centaines d’embarcations à rames venues parcourir les plus de 30 km prévus sur la lagune « en un temps raisonnable », confie Papia qui se rend à Venise en camion, avec les bateaux embarqués sur la remorque (financée par les dons, subventions et partenariats prévus à cet effet, les billets d’avion des Roz’Eskell étant à leur charge).

Fière, Annick nous montre ses chaussures beiges customisées pour l’occasion au stylo rose. « J’ai écrit Roz’Eskell ! Ce sont mes ailes ! », nous lance-t-elle, en affichant un sourire enfantin étendu jusqu’aux oreilles. Pour Chantal, « l’image de nos corps a été abimée par la maladie. C’est important de restaurer notre image corporelle. Nous travaillons avec les photographes de Yadlavie ! qui réalisent un livre sur les Roz’Eskell et parfois on se reconnaît pas sur les photos… On se trouve énormes, monstrueuses. Ça compte beaucoup d’être dans ce groupe et de se fixer des objectifs. »

Certaines se sentent dévalorisées, d’autres lasses. Les douleurs quotidiennes, les soins, les traitements, les conséquences de tout cela… elles en témoignent avec émotions mais refusent de passer leurs entrainements à en faire état. « On n’en parle pas, sauf parfois en 3e ou en 4e mi-temps (oui, ça commence dans les vestiaires puis se prolonge sur le parking), rigole Claudine. On n’a pas besoin de tout raconter, on se comprend, on se soutient. »

Célian Ramis

Audrey Chenu, son combat de femme vers l'émancipation

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Rennes
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Ex-dealeuse de shit, ex-taularde, féministe, lesbienne, instit’, boxeuse, slameuse… Audrey Chenu signe en 2013 le livre Girlfight. Portrait.
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Ex-dealeuse de shit, ex-taularde, féministe, lesbienne, instit’, boxeuse, slameuse… Audrey Chenu peut être qualifiée de bien des choses que l’on pourrait s’amuser à lister ou à classer par ordre de pseudo importance. Mais finalement, ce n’est pas ce qui compte. L’important, c’est ce qu’elle véhicule, à travers son histoire, couchée sur papier dans son livre Girlfight – accompagnée de la journaliste et scénariste Catherine Monroy -  dont elle nous confie la trame lors de notre rencontre, mi-novembre. À l’occasion d’un après-midi slam et d’un apéro-discussion autour de son bouquin, les membres de La Bibliothèque Féministe de Rennes l’ont invitée à partager son expérience de vie à travers les arts de la parole.

L’éditeur, Presses de la Cité, le résume joliment : « C’est la belle histoire d’une fleur poussée au milieu du béton, celle d’une rédemption… »

Née à Caen, Audrey Chenu évolue dans un contexte familial « étouffant et mortifère ». Un père atteint de maladie mentale, donc « absent de mon éducation », une mère dépassée, 4 enfants. Elle est la deuxième de la fratrie, la première fille. « C’est sûr que ça apprend la force et l’indépendance. Je suis devenue la seconde maman, à 7 ans, il fallait savoir tenir la maison », explique-t-elle. L’ambiance n’est pas au partage des sentiments, elle se réfugie dans la lecture, « son échappatoire, son plaisir dans la solitude ».

Elle cherche sa place, elle se débat contre l’idée d’être enfermée dans la case « fille », se vénère et boude. « J’avais pas les armes pour répondre. Pour exister, j’étais insolente », précise la jeune trentenaire. Elle explique alors que c’est à l’adolescence que sa révolte va prendre de l’ampleur. Au lycée, elle fume du shit, pratique pour « aller vers les autres, ça anesthésie les émotions ». Le manque d’argent, l’envie de s’émanciper de sa famille et de s’en sortir seule. Elle a alors 16 ans, bonne élève, quitte le foyer parental et deale du shit, d’abord pour en fumer, puis pour le business. « Les fournisseurs étaient à Paris, mes potes avaient des contacts en banlieue parisienne, car à Caen il n’y en avait plus assez », se souvient-elle.

PRISON ET CAUSE FÉMININE/ISTE

Mais son réseau tombe et la jeune fille se fait balancer et arrêter. Direction la prison de Versailles.

« Le mythe des mecs durs s’est effondré à ce moment-là. Les couilles et le courage, c’est pas que du côté des mecs ! »
 lâche Audrey, d’un ton sec.

Elle découvre le milieu carcéral féminin: « Il y a, entre autre, un partage des oppressions masculines. La plupart des femmes étaient là à cause des hommes. On se rend compte là-bas que l’on est aussi fortes qu’eux. Le mythe de la complémentarité peut être dangereux ! » Autonomie, solidarité, combats menés entre prisonnières, tout cela la mène à percevoir les femmes d’une manière différente « et mène au féminisme ! »

Durant son incarcération, elle trouve également du soutien auprès de François Chouquet, un enseignant donnant des conférences au sein de la prison. « Les cours en prison concernent souvent l’alphabétisation des personnes incarcérées. Avec l’Université Paris 7, il y avait un dispositif pour prendre des cours. J’ai étudié la sociologie, mais il fallait acheter une vingtaine de bouquins. C’est François Chouquet qui me faisait passer les livres lorsqu’il venait, pour que je puisse faire mes fiches de lecture. Cela m’a permis de mettre des mots sur ce que je ne comprenais pas. Il ne s’agissait pas de juste subir et purger ma peine », explique Audrey.

La jeune femme noue des amitiés fortes avec des détenues, « beaucoup de complicité ». À sa sortie, l’une d’elles la recontacte. Elles tombent amoureuses :

« J’ai d’abord été bi, puis lesbienne mais jamais d’histoire en prison ! »

 Audrey travaille à McDo, ne s’investit pas trop et « continue le business » jusqu’à retourner une seconde fois en prison. À Fresnes, cette fois pour 12 mois. « J’ai jamais fait autant de mitard que cette fois là ! », se remémore-t-elle.

SLAM ET ÉDUCATION

Une fois à l’extérieur, deux gros sacs Tati dans les mains, elle ne sait où aller, elle va alors partager les galères et les plans boulots avec des amies ex-détenues. Elle commence l’animation et les scènes slam, elle a déjà touché à l’écriture en prison. Elle rencontre Nina, « une femme incroyable qui anime des ateliers dans une maison de quartier. J’ai fait ça 2 ans, le milieu socio-culturel, c’est précaire mais j’aimais ça ! Être avec les jeunes, avec les enfants ! » Audrey se lance dans un nouveau combat, celui de faire effacer ses peines figurant sur l’extrait de son casier judiciaire.

Elle a choisi d’être institutrice. Il lui faudra un an pour obtenir gain de cause, non sans mal :

« Je me rappelle qu’un des juges m’a dit : « La loi du casier existe pour que les gens comme vous n’accédiez pas à l’Éducation Nationale. » »

 Et c’est en Seine Saint-Denis que l’auteure de Girlfight exerce sa profession d’instit’, depuis 8 ans. Elle n’a pas dit dès le départ, à ses collègues, qu’elle trainait la valise d’ex-taularde dans ses affaires, mais tous le savaient avant publication du bouquin :

« J’ai toujours reçu de la compréhension. Quand les élèves l’ont su, ils étaient étonnés car ils ont l’image de la maitresse douce et gentille. (Rires) Quand le livre est sorti et qu’il a été médiatisé, je ne pensais pas faire l’unanimité par contre ».

Pour elle, il est important de libérer la parole autour de ce type de parcours, briser la honte de la prison, se battre contre les préjugés, et ça avec les enfants : « Je travaille dans un quartier populaire. Certains élèves ont quelqu’un de leur famille ou quelqu’un qu’ils connaissent en prison. C’est important par exemple de travailler ensemble sur l’écriture d’une lettre à quelqu’un qui est en prison. »

BOXE ET ÉMANCIPATION

Si pour l’éditeur, il s’agit d’une histoire de rédemption, Audrey, elle, parle d’émancipation. Les femmes ne sont pas libres. Un constat qu’elle a pu tirer en prison mais également en dehors, lors de sa réinsertion.

« On demande toujours « t’es mariée ? t’as des enfants ? », les femmes sont enfermées dans des rôles ! Mais ça peut tuer et voler des vies. Le sexisme dans l’éducation, l’homophobie, tout ça me révolte ! »
scande celle qui s’est mise à la boxe il y a 5 ans et l’enseigne aux petites filles.

Pour elle, la société ne bouge pas, elle régresse, et la jeunesse le vit mal. Elle voit ce mutisme des femmes comme si ces dernières étaient amputées : « Il faut prendre l’espace, il y a plein de choses à déconstruire ! » Et la boxe se révèle alors comme un des sports les plus complets et exigeants, qui permet de prendre confiance en soi et de se forger un mental d’acier. « On nous fait croire qu’on n’est pas capables. Qu’on est faibles. Quand on regarde dans le métro, les femmes sont recroquevillées. La boxe libère l’agressivité, dresse le corps des femmes et développe la force musculaire. Ça aide à s’affirmer et c’est un sport qui a plein de choses à apporter ! », déclare-t-elle, passionnée et engagée.

L’L’égalité des sexes, acquise ?

« C’est des conneries ! Et quand on voit les réac’ de la Manif pour tous, les réac’ au féminisme… Pour moi, le féminisme, c’est le progrès, c’est une avancée que l’on veut renvoyer dans l’obscurantisme fanatique. Mais l’histoire se répète et nous devons continuer de lutter »

L’écriture, son travail, la boxe et le slam sont donc autant de sources d’inspiration pour Audrey que de moyens pour éduquer à l’égalité et espérer faire passer le message. Le cinéma pourrait bien être un autre biais. Un chemin envisagé par l’institutrice qui pourrait voir son histoire adaptée sur grand écran. Pas dans l’immédiat, faute de temps – elle demande un mi-temps qu’elle n’obtient pour le moment pas – mais elle déjà été approchée dans cette optique précise.

Côté livre, « j’ai dit ce que j’avais à dire. Je ne veux pas écrire un livre pour écrire un livre. Et je me consacre aussi au slam et à l’écriture des autres, pour se libérer ». Se libérer, s’émanciper, le parcours et le combat d’Audrey marchent dans ce sens. Souhaitons que le message soit entendu et se diffuse.

Célian Ramis

Sport : Carton rouge pour l'égalité

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Rennes
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Femmes et sportives, c'est possible. Ce qui compte pour elles : les valeurs véhiculées dans les sports pratiqués.
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Dans le manuel de bonnes pratiques N°2 sur l’égalité homme-femme dans le sport, son auteure Clotilde Talleu choisit de citer, pour commencer son introduction, la résolution du Parlement européen « Femmes et sports », adoptée le 5 juin 2003 : « Le sport féminin est l’expression du droit à l’égalité et à la liberté de toutes les femmes de disposer de leur corps et de s’inscrire dans l’espace public, indépendamment de la nationalité, de l’âge, du handicap, de l’orientation sexuelle, de la religion ». Voilà qui est dit mais pas acquis.

Si le sport féminin gagne du terrain dans les mentalités, à travers la diffusion restreinte des matchs – que ce soit à Roland Garros, aux Jeux Olympiques ou lors des Mondiaux de foot ou de rugby – et récemment de divers documentaires sur les sportives (ou de campagne publicitaire telle que la dernière d’Always qui a créé un véritable buzz sur la toile), les stéréotypes et idées reçues subsistent. L’égalité des sexes a donc la vie dure, le sport n’étant pas une exception à Rennes et en France comme ailleurs, et les femmes pâtissent d’un manque de reconnaissance et de visibilité dans les médias.

Pourtant, elles véhiculent fièrement des valeurs identiques à celles des hommes, que ce soit en loisirs ou à haut niveau. Les valeurs de respect, d’entraide et d’esprit collectif. Reportages croisés dans le milieu féminin rennais du handball, du rugby, du tennis et du volley.

« Allez les roses », crie le speaker du club Saint-Grégoire Rennes Métropole Handball. Ce dimanche 21 septembre, l’équipe de Nationale 1 rencontre Bergerac, à domicile, salle de la Ricoquais. À l’appel de leur nom, elles entrent sur le terrain, se tapent dans les mains et saluent leur public. D’une capacité de 600 places assises, la structure est quasiment remplie, les handballeuses disputant leur premier match de la saison.

« On a repris la préparation sur le terrain, cet été, dès le 4 août. Depuis on s’entraine 4 fois par semaine et dès maintenant on joue les matchs de Coupe de France tous les week-ends »,
explique Morgane Loirat, lors d’un entrainement quelques jours plus tôt.

Les enceintes crachent les notes hérissées de « The final countdown », célèbre chanson d’Europe, et la pression monte pour les spectateurs, invités à fortement soutenir son équipe. Doucement mais assurément, les bretonnes avancent au rythme des tambours qui secouent les gradins et vibrent dans la salle. Les échanges se font de plus en plus rapides et les tentatives pour percer la défense s’enchainent. Bergerac ouvre le score. Cartons jaunes, penaltys, temps morts, minutes de pénalité, score serré… le match est cadencé par un jeu stratégique et combattif.

L’intensité du suspens explose les dix dernières minutes. Le public s’emballe, encourage les bretonnes, tape des pieds et des mains, maintient sa respiration jusqu’au coup de sifflet final. Le SGRMH s’impose 24 à 22, et ouvre ainsi la saison sur une victoire méritée. « On est super contentes ! Il y avait un bel état d’esprit au sein de l’équipe, beaucoup de rigueur et de dialogue. », commente Mélina Rolland, capitaine, après avoir félicité son homologue bergeracoise.

Les sportives se congratulent, s’enlacent, s’allongent et s’étirent pour certaines. Pour d’autres, c’est l’heure des autographes. À l’entrée de la salle, des cartes postales de chaque joueuse sont à disposition des spectateurs. Ainsi, filles et garçons, d’un très jeune âge pour la plupart, descendent des tribunes pour approcher les handballeuses.

RESPECT & FAIR-PLAY

Cartes des joueuses, affiches placardées dans les abribus, calendriers, soirée de présentation de l’équipe le 10 septembre dernier, les filles de Nationale 1 sont volontairement érigées au premier plan puisqu’elles évoluent à niveau élevé, fruit d’une réelle volonté du club. En 2006, Rennes Métropole Handball fusionne avec l’US Acigné Handball pour renforcer équipes et compétences. Six ans plus tard, le RMH rejoint Saint-Grégoire et prend ses quartiers à la Ricoquais, un équipement sportif de qualité.

« C’est la première fois que je me sens aussi « starisée ». Le club investit beaucoup pour nous mettre en avant »,
ressent Morgane Loirat, 24 ans et handballeuse depuis 17 ans.

À ses côtés, Elise Delorme, 18 ans, joue depuis 6 ans. Ensemble, elles partagent leur passion pour ce sport qui enseigne « le respect des coéquipières, des adversaires, des arbitres, et le fair-play ». Collectivité et combattivité en sont les maitres mots.

Des notions que l’on retrouve également sur le terrain de la salle Courtemanche à Rennes. C’est ici qu’est implanté le REC Volley, dont une équipe féminine évolue en Nationale 2. Le premier week-end de septembre est réservé au tournoi amical de rentrée, pour une reprise en douceur. Rennes face à Nantes.

Ici, le public est en nombre restreint et les gradins, qui ont à peine un tiers de la capacité de la Ricoquais, sont désertés. Mais les sportives n’y prêtent pas attention. Les échanges se prolongent, les effluves de joie se font entendre à chaque point marqué, les accolades et les encouragements au sein de l’équipe sont systématiques, symboliques d’un esprit fort bâti à raison de 3 entrainements par semaine et d’un match par week-end. Floriane Prévert a goûté au volley à l’âge de 17 ans et n’en a pas démordu depuis :

« Je suis arrivée au REC depuis 8 ans, à l’époque nous étions en N3. Ce qui me plait, c’est l’esprit d’équipe et la stratégie de défense ».

La communication intense est exigée. « On discute pour savoir qui réceptionne, puis on se replace. Tout de suite les filles, tout de suite. Go go go go ! », scande l’entraineur de l’équipe nantaise, qui trépigne sur le banc en voyant Rennes creuser l’écart lors de la seconde période.  

À l’autre bout de la ville, le stade Alain Crubillé accueille l’entrainement des sportives du Stade Rennais Rugby. Un jeudi soir de septembre, 3 équipes se partagent le même terrain. Parmi elles, les joueuses du Top 8, plus haut niveau national du rugby féminin. « Sport co », « respect » et « fair-play » sortent de toutes les bouches des interviewées.

Qu’il s’agisse de la capitaine, la doyenne du club ou de la fraichement arrivée, elles évoquent toute une aventure humaine. Un épanouissement qu’elles puisent dans l’ambiance conviviale offerte par les sports d’équipe.

« Quand je suis arrivée à Rennes, j’ai commencé à faire du foot. Je ne m’y retrouvais pas. Avec le SRR, j’ai compris qu’il y avait de vraies relations humaines à construire et à découvrir. Je voulais absolument monter dans le bateau ! »,
s’émerveille Anne-Sophie Demoulin, arrivée en 2000, soit un an après la naissance du club, actuellement présidente du bureau.

Mêmes propos, à quelques mots près, de la part d’Anne Berville, nouvelle capitaine. Pour cette ingénieure-animatrice de formations en élevage, le rugby permet d’exprimer son dynamisme. « Je suis assez calme dans ma vie. Quand je suis sur le terrain, on me dit que je transforme », rigole-t-elle. 

MUTATION SUR LE TERRAIN 

Et ce n’est pas la seule à évoquer ce phénomène. Blanka Szeberenyi, nouvelle recrue du SGRMH en contrat pro, est une des meilleures buteuses de sa catégorie : « Le hand, c’est du combat, c’est physique, c’est la défense du territoire. Quand on est sur le terrain, on change complètement. ». Pour elle, la comparaison avec ses homologues masculins n’a pas lieu d’être et semble n’avoir aucun mal à passer outre les commentaires sexistes.

Toutes évoquent la différence de potentiel physique. Les hommes sont reconnus pour leur force de frappes. Sans faire abstraction des caractéristiques de chaque sport, le hand féminin serait « plus subtil » pour Elise Delorme, « plus dans la créativité » pour Morgane Loirat. Le volley, « plus dans l’échange », selon Floriane Prévert. Maryse Scarfo joue au tennis depuis 20 ans, « pour le plaisir de faire des beaux coups ». Elle a rejoint en tant que licenciée le pôle tennis du Cercle Paul Bert il y a 2 ans.

De l’autre côté du filet, Amélie Murie, présidente de la section tennis féminin, lui renvoie la balle. L’objectif de l’exercice étant de forcer l’adversaire à attaquer. Si ce sport de raquette paraît moins piqué par les réflexions misogynes, les sportives ne sont néanmoins pas exemptes de certaines maladresses et lourdeurs.

« Ce n’est pas propre au tennis, et tous les hommes ne sont pas comme ça, mais on entend souvent des compliments sur le physique des joueuses. Les commentateurs et médias parlent de la belle Sharapova par exemple. On ne dit pas des hommes qu’ils sont beaux, mais qu’ils sont forts… »,
souligne Amélie Murie.

Pour leur entraineur, Nicolas Civadier, la qualité du jeu ne réside pas dans la force et il est important de ne créer aucune distinction sexuée : « Ce que l’on demande aux joueuses, on le demande aussi aux joueurs : assiduité, respect, écoute, rigueur et envie ! Et le dimanche quand il faut jouer – championnat départemental - on joue ! »

L’état d’esprit semble identique sur la pelouse du stade Alain Crubillé. Les premières minutes de l’entrainement sont houleuses. « Je dis des choses précises. Tu as le droit de te tromper une fois mais pas deux fois », crie l’entraineur, très méticuleux sur les indications et consignes à suivre. « Super, tu l’as », lance-t-il l’instant suivant.

Toutefois, les filles sont envoyées aux exercices physiques, le temps de se mettre en condition. Sans pression palpable, les joueuses du Top 8 s’exécutent dans les rires et la sueur. « Il y a une bonne ambiance dans l’équipe, c’est un peu une famille sportive. Le rugby apprend ça aussi : on n’est rien les unes sans les autres », explique la présidente du SRR. Et elles gardent le sourire quand on aborde les clichés vicieusement ancrés dans les mentalités sur les représentations viriles des femmes sportives.

« Les monstrozaures… On entend dire qu’on est des bonhommes. Le sport modifie nos gabarits mais notre demande est de rester féminine. Et dans la société, en dehors du terrain, on montre que l’on est femmes. L’essentiel, c’est d’être bien dans notre corps »,
s’esclaffe Anne Berville.

Un discours en parfait accord avec celui des handballeuses, qui expliquent de moins en moins pâtir des stéréotypes autour de leur condition. « C’est surtout quand on est jeune qu’on a des commentaires. Il y a moins de jugement je trouve », conclut Morgane Loirat. À force d’entrainement, de séances de musculation et de critiques essuyées, elles apprennent à accepter que leur corps ne s’aligne pas tous sur la norme imposée par l’actuel dictat de la minceur.

Venue d’Italie pour ses études, Marta Ferrari arrive à toute allure sur le terrain. Elle était avec le kiné du club pour une tension à l’épaule. « Vous avez toutes les épaules en avant, comme les mecs », lui dit-il, en la caricaturant, avant de préconiser des rotations latérales et des exercices de stretching. La mine empreinte de bonne humeur, la joueuse enfile son tee-shirt « Peroni, la birra del rugby » :

« En Italie, le cliché de la fille qui ne peut pas faire de sport de combat est encore plus fort. Il faut être réaliste, on fait des mêlées, on plaque, on court sur la même superficie de terrain. On doit accepter de travailler nos corps et modifier nos gabarits pour les besoins du sport ».

À 23 ans, Marta Ferrari se moque des critiques adressées aux sportives : « On travaille pour nous, parce qu’on aime ça – et heureusement parce qu’on est pas payées - pour la reconnaissance de l’effort ».

LES MANQUES PERSISTENT

Et au SRR, la valeur du travail et de l’effort est capitale. Dans cette équipe de haut niveau, seule la motivation compte. La rémunération n’étant pas au rendez-vous, tout comme la médiatisation, malgré la présence de plusieurs joueuses recrutées par le XV de France féminin, qui a disputé la Coupe du monde de rugby cet été. « Cet événement a fait du bien à notre discipline. Les gens s’y sont intéressés », se réjouit la capitaine.

Et pourtant des zones d’ombre les tracassent comme la baisse de leurs subventions « à cause d’une réévaluation des critères d’attribution de subventions », précise Anne-Sophie Demoulin dont la mission va être prochainement de se plonger dans les dossiers. Ou encore l’absence de structure, de club house.

« Nous sommes des SDF de terrains et de structures d’accueil », plaisante Anne Berville, sur fond de vérité puisque le stade du Vélodrôme connaît actuellement quelques travaux. Le SRR doit alors composer avec les disponibilités des terrains et des salles de muscu, à partager avec plusieurs associations et clubs de la ville de Rennes.

Le REC Volley regrette aussi de son côté le manque de visibilité accordée à la pratique féminine.

« Déjà que le volley masculin n’attire pas les foules… Alors les filles ! C’est très difficile de trouver des partenaires pour elles dans des villes telles que Rennes. Le gros tissu économique est favorable aux hommes mais les femmes, ce n’est pas vendeur. Quel dommage ! »,
commente l’entraineur, Gildas Thanguy.

Le club, conscient de la réalité du milieu, souhaite développer sa communication à destination des publics et des potentiels financeurs. « Nous essayons de faire des affiches, des calendriers », précise Floriane Prévert à la fin du tournoi. Idem pour le SRR qui pratique la parution des calendriers depuis plusieurs années maintenant ! « Nous nous rapprochons également du SGRMH qui ont une forte communication », dévoile la présidente du SRR.

Côté handball, l’ambition a été affichée clairement avec la fusion des équipes et le recrutement de 3 nouvelles joueuses, réputées « gros calibres », comme Blanka Szeberenyi, citées précédemment. Flirter avec le haut du tableau ne devrait donc bientôt plus être un idéal mais une réalité afin de progresser en 2e division et accéder au haut-niveau dans un futur proche.

Les volleyeuses, elles, ont l’ambition de figurer en N1 d’ici 3 ans. « Nos résultats doivent devenir plus attractifs et pour cela nous devons réaliser une saison plus régulière.», confie Gildas Thanguy. Concernant les rouges et noires du SRR, déjà à haut niveau, l’exigence est à la stabilisation des performances.

« Ces dernières années ont été difficiles. L’objectif de l’an dernier était le maintien dans le Top 8. Pareil cette année, match par match », explique la capitaine de l’équipe qui va devoir redoubler d’effort, la saison ayant commencé sur des défaites. Heureusement, Anne-Sophie Demoulin se rattache à sa philosophie :

« L’important, c’est les amitiés qu’on garde, les choses qu’on vit avec ces personnes là. Je préfère être championne de France avec des amies qu’avec des connasses ».

Si l’ouverture des esprits progresse sur le terrain de l’égalité, des disparités subsistent. Une fois crampons et tenues rangés, les sportives ne semblent pas compter les points d’un match qui n’est pas prêt de prendre fin tant les stéréotypes sexistes sont imprégnés dans les mentalités.

Passionnées, elles le sont tout autant que les hommes, parfois plus. Drapées dans des écharpes rouges et noires, elles encouragent le Stade Rennais Football Club depuis les tribunes. Les supportrices du club des Socios ont chacune leur caractère, leur histoire, leur avis. Mais toutes ont la passion du football chevillée au corps et vibrent avec leur équipe favorite. YEGG les a suivi lors du match Rennes – Toulouse, le 23 septembre dernier.

Femmes de supporters elles le sont parfois, mais leur dénominateur commun c'est d'être des supportrices avant tout. Les membres du club des Socios arrivent bien avant le match dans le bungalow qui leur est attribué sur le parking du stade. Un petit préfabriqué qui côtoie ceux des autres clubs de supporters. Face au stade qui se dresse tel une proue d'un immense paquebot dans la lumière descendante du début de soirée, il paraît minuscule.

L'intérieur est chaleureux : un bar, quelques bancs et surtout des hommes et des femmes venus partager une passion. Le coup d'envoi est prévu à 21h. Dès 19h les supporters affluent par petits groupes. Parmi la majorité d'hommes, quelques femmes sont là. La volubile Marie-Hélène Delfosse fait partie du bureau de l'association depuis deux ans. Elle est derrière le bar à servir les arrivants. Coca ou jus d'orange, bière ou mousseux, les bouteilles s'ouvrent, les bulles pétillent et les yeux aussi. Toulouse est moins bien classée que Rennes qui joue à domicile.

L'espoir d'une victoire gonfle les cœurs. L'ambiance est joyeuse, détendue. Certaines évoquent la défaite, 3 à 0 contre Marseille du week-end précédent à demi-voix :

« On a pris une sacrée raclée quand même... »

Le club des Socios fait partie des 3 principaux clubs de supporters du SRFC. Créé en 1992, ses valeurs sont axées autour d'une ambiance conviviale et familiale. Il peine un peu à attirer des jeunes, mais dénombre un public nettement plus féminin que celui du Roahzon Celtic Kop, par exemple. Elles ont chacune leur histoire. Les plus âgées sont souvent arrivées au foot par leur conjoint ou leur fils. C'est le cas de Ginette Porée qui vient de Saint Lo, en Normandie. Elle explique :

« Quand j'ai rencontré mon mari, à 18 ans, il était supporter du Stade Rennais. La première sortie que nous avons faite ensemble c'était pour aller voir un match au stade. »

Betty Pitnain, elle, a récupéré l'abonnement de son fils lorsqu'il a eu des jumeaux et qu'il ne pouvait plus se déplacer. Les plus jeunes, ont souvent un parcours un peu différent. Audrey Desisles a entrainé sa mère dans les tribunes ce soir là. Elle explique: « Je voulais découvrir l'ambiance d'un stade. Ma tante avait une place et je me suis prise au jeu. Dans ma famille il y avait déjà des supporters, mon cousin, ma cousine, mon oncle et ma tante. Maintenant, c'est moi qui amène ma mère. »

D'autres ont remporté des places à la radio et ont attrapé le virus du football.

DE PLUS EN PLUS DE FEMMES

Un constat émerge quant au nombre de femmes parmi les supporters : minoritaires mais de plus en plus nombreuses. Dans le bungalow elles sont présentes, boivent un verre et parlent de tout, foot ou pas. Plus tard, dans les tribunes, des femmes de tout âge et de toute condition sociale assistent au match. Elles râlent contre l'état du terrain et au fur et à mesure que le temps file, contre l'équipe de Rennes : « Mais ils ne jouent pas là ! », s'énervent-elles.

Elles ne connaissent pas encore tous les joueurs de la nouvelle équipe, onze changements ont eu lieu à la rentrée de la saison 2014. Elles s'insurgent tout de même : « C'est qui celui là ? Il ne peut pas faire ça ! » Score final : 3-0 pour Toulouse, Marie-Thérèse Lahaye nous glisse mi-triste, mi-amusée : « Faudra pas leur annoncer le score dans votre article... »

Après le match, un détour par le bungalow s'impose pour tous les sympathisants du club, inscrits ou non. « Ils ne vont pas rester longtemps ce soir », analyse Marie-Hélène Delfosse. Les soirs de défaite, les gens repartent plus rapidement. Accoudée au bar avec son mari, Yaelle Pertuisel boit un café avant de reprendre la route.

Avant le match elle était toute sourire; maintenant, elle tourne de grands yeux tristes vers nous : « Ah on est déçus quand même, mais on reviendra pour le prochain match à domicile. »

FOOTBALL FÉMININ

Le Stade Rennais n'a pas d'équipe féminine, contrairement à l'Olympique Lyonnais ou au Paris- Saint-Germain. Les femmes sont donc reléguées au rang de supportrices de l'équipe masculine à défaut de pouvoir exercer leurs talents sur le terrain. Une situation que déplore Sylvie Joly, supportrice depuis dix ans :

« Ce serait bien que Rennes aille puiser dans les talents féminins. »

Elle apprécie le foot féminin qu'elle trouve « plus fin, plus technique ». Toutes ne partagent pas ce constat. Marie-Hélène Delfosse s'en veut un peu de son discours : « Oh la la ça ne va pas vous plaire si je dis ça ! » Mais elle renchérit : « Je pense que les femmes devraient laisser le foot aux hommes. Au basket et au hand, d'accord, elles ont leur place, mais le foot, non, c'est plus viril. »

DElle a déjà regardé des matchs de foot féminin et critique leur lourdeur sur le terrain. Betty Pitnain, retraitée, a été pendant 18 ans responsable du bar des Socios. Elle regarde beaucoup le foot féminin à la télévision et supporte l'équipe de France féminine notamment « parce qu'il y a deux bretonnes ».

Toutes font néanmoins le même constat : l'absence de barrières entre les supporters masculins et féminins. Une bonne nouvelle pour un sport régulièrement entaché de scandales sexistes.

 

Arrivée dans le tennis sur le tard, après en avoir longtemps rêvé, Danielle Autin est vice-présidente de la ligue de tennis de Bretagne et présidente de la commission au tennis féminin. Elle livre bataille depuis quelques années afin d'attirer plus de filles et de femmes dans les clubs. Rencontre.

Pourquoi avoir eu besoin de créer une commission au tennis féminin ?

En tennis, on compte 1 femme pour 2 hommes et seulement 1 fille pour 4 garçons. Pourtant le tennis a énormément d'atouts pour séduire les femmes. Avant elles n'avaient pas beaucoup de place. Les règles du jeu étaient faites en fonction des pratiquants masculins.

Aujourd'hui les choses sont en train de changer.La création d'une commission répond à une demande de représentation de la part des femmes. La ligue de Bretagne est assez réactive sur cette question. C'est d'ailleurs l'une des seules ligues avec une présidente et une vice-présidente.

Quelles sont les actions de la commission ?

Premièrement, il y a des actions fédérales qui sont déclinées sur un plan régional. Par exemple les « raquettes FFT » sont une compétition qui s'adresse à des femmes avec des petits niveaux. Elles jouent par équipe de 4. Deuxièmement, j'ai mis en place des actions spécifiques à la Bretagne afin d'amener des petites-filles ou des ados vers ce sport. « J'amène ma copine » est une action sur une journée.

C'est un moment festif où des jeunes pratiquantes peuvent amener une proche afin de leur faire découvrir le tennis. J'ai aussi travaillé avec des éducateurs afin d'aller vers des gens qui n'ont pas accès au sport. J'ai vu des femmes qui n'avaient jamais pratiqué prendre rapidement plaisir au tennis. J'essaye d'ouvrir à d'autres sports : on a fait des animations de tennis-zumba ou de tennis-fitness. Il ne faut pas attendre qu'elles viennent au club mais il faut organiser des actions pour les faire venir.

Le tennis est-il paritaire ?

L'équitation est loin devant tous les sports, mais le tennis est très féminin aussi. Pourtant les femmes ne cessent de devoir se bagarrer. À ce titre, les médias jouent un rôle : au moment de Roland Garros, il est rare de voir un match féminin retransmis. Mais ça bouge. Le fait qu'Amélie Mauresmo soit l'entraineur des meilleures joueuses françaises a montré qu'il n'y avait pas que les hommes qui pouvaient entrainer.

Il faut aller voir les femmes et montrer ce que le tennis peut leur apporter en bien-être et en plaisir. Ce que j'aime dans ce sport c'est qu'il est transgénérationnel et que c'est une bonne école de la vie, où l'on apprend à se respecter.

 

 

 

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Danielle Autin, le tennis par passion

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