Célian Ramis

Droit à l'avortement : Désirée ou l'art du court-métrage rennais

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Et si en France l’avortement n’était pas complètement légalisé ? Et si en France, il fallait avoir été violée pour avoir accès à l’IVG ?
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Et si en France l’avortement n’était pas complètement légalisé ? Et si en France, il fallait avoir été violée pour avoir accès à l’IVG ? Deux jeunes rennais, Mathilde Joubaud et Paul Marques Duarte, ont décidé de transposer l’actualité espagnole à la France, dans leur court-métrage Désirée.

Une production rennaise – le collectif informel HCBS Productions – des acteurs rennais, des réalisateurs rennais, en quelques mots un court métrage 100% rennais. Mais le message transgresse les frontières et va au-delà de la capitale bretonne.

En janvier 2014, Mathilde Joubaud, lycéenne à Saint-Martin en option Cinéma, et Paul Marques Duarte, étudiant en Arts du spectacle à Rennes 2 – qui se sont rencontrés au lycée Saint-Martin et sur le tournage d’un court-métrage, réalisé par Paul, sur les effets de l’alcool au volant – décident de travailler ensemble sur le projet Désirée, en réaction à la loi espagnole restreignant l’accès à l’IVG à deux cas seulement : en cas de viol (avec dépôt de plainte obligatoire) ou en cas de danger pour la santé de la mère.

« J’avais entendu parler de cette loi et je voulais réagir. J’ai fait beaucoup de recherches pour comprendre les modifications de cette loi et le timing qu’on avait pour faire le film », explique Mathilde. Âgée de 17 ans, elle est touchée par la violence de cette actualité : « En tant que femme, je me sens concernée. Mais j’ai aussi une amie espagnole, que j’ai vu perturbée par les événements. C’est inadmissible ce qu’il se passe ! »

Dans ce très court-métrage, de 2 minutes, Paul et Mathilde ont choisi parmi plusieurs scénarios de présenter le cas d’une jeune femme de 18 ans – interprétée par Sydney Massicot, élève au lycée Saint-Martin – qui, enceinte, décide d’aller consulter son médecin – interprété par Eddy Del Pino, fondateur du collectif Un film, un jour – pour avorter. Ce dernier, ravi que la patiente attende un enfant – « c’est formidable » lui dira-t-il d’emblée – s’assombrit en découvrant qu’elle ne souhaite pas le garder. « Pas violée, pas d’IVG », la phrase est cinglante, le message brutal, l’impact percutant.

Une réalité peu probable dans l’Hexagone, qui a renforcé le 20 janvier 2014 sa position sur le droit à l’avortement en supprimant le caractère d’urgence inscrit dans la loi Veil, mais qui deviendra celle de l’Espagne puisque le 20 décembre dernier le gouvernement de Mariano Rajoy a approuvé le projet de loi – qui devrait être voté par le Parlement après les élections européennes, fin mai. C’est alors un choix des réalisateurs de transposer la situation espagnole à un cas français en flirtant avec le registre de la comédie :

« Elle n’est pas faite uniquement pour divertir mais également pour faire passer le message. Désirée n’est pas tellement une comédie au fond, on tire sur l’humour noir à fond ».

La comédie, un genre sérieux. Un argument défendu par de nombreux réalisateurs, tels qu’Alexandre Astier ou tel que l’avait expliqué Bertrand Tavernier, lors de son passage à Rennes le 8 octobre 2013 pour l’avant-première de son dernier film Quai d’Orsay.

Un impact important

La tendance actuelle est à la transposition. À l’occasion de la journée internationale des femmes, la réalisatrice française Lisa Azuelos (qui avait écrit un scénario pour la cause gay féminine dans les années 90, sous son nom d’épouse à l’époque, Lisa Alessandrin) utilisait ce principe dans un court-métrage de 4 minutes, 14 millions de cris, avec Julie Gayet, Alexandre Astier, Adèle Gasparov et Philippe Nahon. Un mini film dont l’objectif était de dénoncer les 14 millions de filles mineures mariées de force dans le monde.

Ici, Paul Marques Duarte et Mathilde Joubaud n’ont pas la prétention de « faire bouger les choses mais de faire réfléchir, en touchant un public large, et jeune. C’est important que les jeunes comprennent la situation ». En le projetant au lycée Saint-Martin, l’idée fait son chemin. Désirée provoque les rires dus à la situation, à la réaction naïve et spontanée – à première interprétation – du médecin, qui se transforment peu à peu en rires nerveux pour ensuite se figer sur place. Peut-on rire de tout ? La question est posée à demi-mots de manière à ne pas empiéter sur le sujet principal et les réactions des un(e)s et des autres. Vient ensuite le temps de la réflexion et des premiers ressentis.

« Étonnamment, nous avons eu pas mal de réactions masculines qui, une fois le rire passé, trouvaient ça intéressant et juste dans le traitement, pas dans la loi. Et pour les filles, certaines ont trouvé ça abusé »
confie Mathilde, interpellée.

Dérangées par le message ? Pourtant, en France, les Marches pour la vie ont envahi les rues de Paris, en janvier 2014, afin de défendre « le respect envers toute vie humaine ». Sans oublier que début décembre 2013, le Parlement européen (dont des députés UMP français) a rejeté le rapport Estrela sur la santé et les droits sexuels et génésiques, refusant ainsi de faire de l’avortement un droit européen. Une grande « bêtise de la part des héritiers de Simone Veil », nous confie l’ancienne adjointe au maire de Rennes, Nicole Kiil-Nielsen, actuellement eurodéputée écologiste.

Une suite engagée et envisagée

Pour Mathilde Joubaud, il est inacceptable de voir bafoués des droits obtenus après plusieurs décennies (lire notre article Rennes : un lieu de rassemblement pour le droit à l’avortement – 24 mars 2014). « Pourquoi régresse-t-on de cette façon ? On sait que par temps de crise, les droits sont menacés. Il suffit de peu de chose : les droits ne sont jamais acquis », s’insurge-t-elle.

Un point sur lequel la rejoint Paul Marques Duarte, qui aime s’attaquer à des sujets de société et marquer les esprits, comme il l’avait déjà fait auparavant avec son court-métrage Reflet, sur le harcèlement scolaire. Un très court-métrage réutilisé par l’État pour lutter contre ce type de harcèlement. Ou encore avec Fruit qu’on fit, dans lequel il aborde le divorce du point de vue de l’enfant, sélectionné en hors-compétition (short film corner) au festival de Cannes, l’an dernier. Tous deux ont conscience de l’impact des arts et notamment celui du cinéma sur le public et l’opinion publique.

« Plus c’est percutant, mieux c’est. Et plus c’est court, plus les jeunes regardent. En deux minutes le message passe, c’est efficace », explique Paul.

Du haut de ses 18 ans, il signe le scénario de Désirée et co-réalise le mini film en une après-midi à Laillé, près de Rennes. Il opte également pour des plans fixes « afin de montrer que les choses ne bougent pas, et surtout que personne ne bouge ». Un choix qui sera certainement réemployé dans leur deuxième court-métrage, sur le même thème mais avec un scénario différent, cette fois signé Mathilde Joubaud.

« On se placera sans doute du point de vue de la femme dans le prochain. Là, on expliquait la situation. Maintenant, on montrera le ressenti de la femme. Dans cette loi, on prend plus en compte la valeur du bébé que celui de la mère. Cette dernière doit s’effacer au profit de son enfant, ce n’est pas normal », précise la jeune réalisatrice. Toujours dans l’objectif de transmettre que l’avortement est un droit : « On peut garder l’enfant. On peut ne pas garder l’enfant. C’est un choix. Un droit. »

Pour l’heure, le duo pense d’abord à réenregistrer le son de Désirée en le post-synchronisant dans les studios rennais, Nomades productions – et peut-être modifier le titre de ce court-métrage à la suite de réactions sensibles au fait que c’était un nom mixte employé ici au féminin – puisque le film pâtit actuellement d’une mauvaise qualité nuisible à son efficacité. Des projets de diffusion sont en cours – notamment pour une projection au festival Court en Betton si le film est retenu parmi la sélection – et le tournage du deuxième volet devrait suivre dans les semaines à venir. Pour visionner la première partie de leur travail, cliquez ici.

Célian Ramis

Alexandre Arcady, derrière les yeux d'une mère

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Jeudi 6 mars, le réalisateur Alexandre Arcady était de passage à Rennes pour présenter son nouveau film, 24 jours, dont la sortie au cinéma est prévue le 30 avril. Le film revient sur l’enlèvement et la mort d’Ilan Halimi, en 2006.
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Jeudi 6 mars, le réalisateur Alexandre Arcady était de passage à Rennes pour présenter son nouveau film, 24 jours, dont la sortie au cinéma est prévue le 30 avril. Le film revient sur l’enlèvement et la mort d’Ilan Halimi, en 2006.

« C’est un événement qui a bousculé la France. C’était impensable à l’époque. Tous les citoyens ont été choqués, décontenancés face à cette abomination ». Cette abomination que décrit ici Alexandre Arcady se produit le 20 janvier 2006. Emma, une inconnue qu’Ilan a rencontré dans le magasin pour lequel il travaille, lui propose un rendez-vous dans un bar ce soir-là.

Elle sert d’appât. Il sera enlevé, séquestré et torturé pendant 24 jours, avant d’être brûlé et relâché pour finalement être retrouvé inconscient à Sainte-Geneviève-sous-Bois (dans l’Essonne). Il décède le 13 février, de faim et de froid. « On connaissait l’histoire. Avec la fiction, on passe par le cœur. La fiction est un chemin important pour sensibiliser les cœurs et nos concitoyens », déclare Alexandre Arcady.

Et pour traiter ce fait divers, il a « volontairement choisi d’être du côté de cette famille, modeste, qui vit normalement », en s’inspirant du livre 24 jours : la vérité sur la mort d’Ilan Halimi, écrit par Ruth Halimi, sa mère – interprétée à merveille par Zabou Breitman – et Emilie Frèche, écrivain. « En étant derrière la mère, et derrière la police, j’emmène le spectateur dans la famille », précise-t-il.

Pendant presque 2 heures, le réalisateur nous plonge dans le cauchemar traversé par les parents, les sœurs et l’entourage d’Ilan Halimi durant ces trois semaines de février 2006. Les spectateurs suivent alors l’enquête menée par les équipes du quai d’Orsay sur les traces de ceux qui seront nommés sous « le gang des barbares », décrit dans le film comme une bande de « bras cassés des cités », animée par l’appât du gain financier et dirigée par Youssouf Fofana alias Django, arrêté le 20 février à Abidjan, en Côte d’Ivoire puis extradé vers la France pour y être jugé et incarcéré.

En mars de la même année, le tribunal reconnaît officiellement la circonstance aggravante d’antisémitisme. Dans son livre, Ruth Halimi explique – elle le dira notamment à la radio face à Marc-Olivier Fogiel – qu’elle souhaite « que la mort d’Ilan serve à donner l’alerte ». Un objectif que le réalisateur rejoint : « il n’est pas question de révisionnisme ou de refaire l’histoire. Il s’agit là de la description d’une réalité terrible et d’une sonnette d’alarme qu’il faut tirer ». Son choix se porte alors sur l’histoire d’une mère « qui va vivre 24 jours comme n’importe quelle mère peut vivre la disparition, de manière aussi abjecte, de son enfant ».

À la sortie de la projection, les réactions sont vives, partagées ou encore sceptiques. Le sujet est sensible, ne laisse pas insensible mais se heurte à la question de l’intérêt servi ici : y voir un acte antisémite pur ou un acte de barbarie qui se chargera par la suite de circonstances aggravantes liées au crime antisémite. Derrière cette piqûre de rappel, peut-on y voir simplement un film bien réalisé, ultra-réaliste et subtilement porté par la force du jeu de ses acteurs (Jacques Gamblin, Pascal Elbé, Zabou Breitman, Sylvie Testud,…) ?

Célian Ramis

Travelling : Dans les yeux de Maria de Medeiros

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Pour Travelling Rio, la franco-portugaise, « brésilienne de cœur », revient à Rennes sous de multiples casquettes : réalisatrice, chanteuse et marraine de la 25e édition.
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En 2002, lors de l’édition sur Lisbonne, elle était venue présenter son long-métrage Capitaines d’avril, un film sur la révolution des Œillets au Portugal. Pour Travelling Rio, la franco-portugaise, « brésilienne de cœur », revient à Rennes sous de multiples casquettes : réalisatrice, chanteuse et marraine de la 25e édition.

Maria de Medeiros, c’est la sensibilité et la chaleur d’une bossa nova. Dimanche dernier, à l’occasion des Premiers dimanches, elle présentait son nouvel album Passaros Eternos (Nu.Age dans sa version française). De quoi envouter les visiteurs confortablement installés dans la salle de conférence pour l’occasion, dans une ambiance confinée et intimiste.

Mais Maria de Medeiros, c’est aussi une sacrée comédienne, actrice et réalisatrice. De Bigas Luna (Macho) à Serge Moati (Des feux mal éteints), en passant par Marjane Satrapi (Poulet aux prunes, La bande des Jotas) et Quentin Tarantino (Pulp Fiction), la marraine de Travelling affiche une filmographie riche et variée qu’elle continue d’allonger.

L’an dernier, elle était au Brésil pour la pièce de théâtre « À nos enfants » (sur l’adoption dans un couple lesbien) qu’elle devrait prochainement adapter au grand écran. Pour l’heure, elle présente son dernier documentaire Les yeux de Bacuri, articulé autour de 3 femmes brésiliennes ayant eu un lien avec le guérillero Bacuri – Eduardo Leite – mort sous la dictature en 1970, après 109 jours de torture.

« C’était une suggestion de la Commission d’Amnistie et Réparation – du ministère de la Justice du Brésil – qui m’a présenté cette famille, ces trois générations de femmes qui ont survécu », explique Maria de Medeiros. Une commission que l’on verra, à la fin du documentaire, demander pardon aux victimes de la dictature brésilienne. « Une aide est proposée pour une reconstruction juridique et administrative. Mais ils ne pourront jamais réparer les souffrances et l’angoisse de ce qu’elles ont vécu, et ils le disent dans le film », poursuit la réalisatrice.

Cette dernière s’embarque alors dans une aventure express et intense, pour un « tournage rock’n’roll », plaisante-t-elle. Trois jours à Rome, deux jours à Sao Paulo, à la rencontre de Denise Crispim – fille de Encarnacion, grande résistante qui fuira au Chili, et femme d’Eduardo Leite – et deux jours en Hollande pour rencontrer Eduarda Crispim Leite – fille d’Eduardo Leite et Denise Crispim. C’est le travail de montage qui sera plus long et compliqué « puisqu’il fallait remettre en ordre cette parole qui était très difficile au départ. Il y a eu des confusions dans les dates, des longs silences par moment et des paroles très chaotiques à d’autre ».

La réalisatrice se souvient de certains témoignages qui ont conduit toute l’équipe « à sangloter derrière la caméra ». Mais elle tient son objectif en tête : libérer la parole, sans utiliser d’images d’archives, simplement des archives personnelles et familiales, ainsi que des souvenirs, des réflexions et des anecdotes de Denise Crispim et sa fille, Eduarda, qui n’a jamais connu son père.

Et pour libérer cette parole, Maria de Medeiros s’efface « pour laisser les femmes dans la lumière ». Elle pense alors au réalisateur Claude Lanzmann qui, dans le film Shoah, laisse entendre sa voix en déclarant : « Tu dois le dire ». « C’était ça, il fallait le dire ! Si on connaît un peu l’histoire de Bacuri, pour les 109 jours de torture endurés, en revanche on connaît beaucoup moins l’histoire de ces femmes qui se sont battues, ont survécu et ont essayé de vivre après cela », explique-t-elle.

Tout comme pour son documentaire Je t’aime moi non plus – mettant en lumière la relation entre artistes et critiques de cinéma lors du festival de Cannes – elle n’a posé qu’une seule question, voire deux, afin de les laisser dérouler leurs histoires difficiles à se remémorer, difficile à restituer. C’est à travers les différentes émotions qu’elle vont ressentir lors de leurs récits et de leurs réflexions que la réalisatrice embarque les spectateurs, qui oscillent entre plusieurs émotions, telles que l’empathie, la douleur, la tristesse et la force suscitée par les parcours de ces femmes – de la grand-mère à la petite fille.

De l’emprisonnement de la mère, alors enceinte de plusieurs mois, à leur reconnaissance en tant que victimes de la dictature, elles nous présentent ce qu’a été leur vie. Une longue série d’exil, de combats et de questionnements.

Célian Ramis

Travelling : Douceur et chaleur de la danse afro-brésilienne

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Travelling se saisissait de sa carte blanche, lors des Premiers dimanches, pour égayer les Champs Libres aux couleurs du Brésil, thème du festival qui s’est déroulé à Rennes du 25 février au 4 mars.
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Dimanche dernier, Travelling se saisissait de sa carte blanche, lors des Premiers dimanches, pour égayer les Champs Libres aux couleurs du Brésil, thème du festival qui s’est déroulé à Rennes du 25 février au 4 mars.

Et c’est ce dimanche que les Champs Libres ont battu le record d’affluence, à l’occasion des Premiers dimanches, avec plus de 19 000 visiteurs.

À 15h, les spectateurs se sont réunis en nombre dans le hall de l’établissement. Pour cause : la compagnie Ochossi – créée en 1996, sous la direction de Pedro Rosa, dans le but de susciter et d’approfondir les liens et contacts entre talents artistiques de toutes origines, de diffuser la culture brésilienne et contemporaine en Bretagne, en France et à l’échelle internationale – présentait Tumaraca, une pièce chorégraphique pour huit danseurs et sept musiciens. Une pièce librement inspirée du Maracatu, une « danse-cortège-procession » de tradition afro-brésilienne. Plus précisément un rituel brésilien hérité de l’histoire des esclaves en hommage aux rois noirs.

Ici, la compagnie Ochossi adapte cette danse traditionnelle – typique de Recife et d’Olinda au Pernambuco, et des états de Paraiba et d’Alogoas au Brésil – à la danse contemporaine, tout en conservant l’esprit des festivités. Les costumes gardent les couleurs et les codes de la fête traditionnelle, en les simplifiant. Les danseuses – et danseurs – sont principalement vêtues de blanc, allié à une couleur supplémentaire, rappelant ainsi certains costumes africains.

Les musiciens, situés sur le premier palier des escaliers, surplombant ainsi les danseurs et les spectateurs, sont habillés d’un pantalon blanc et d’un haut rouge. Les rythmes de la batucada (musique avec les percussions traditionnelles) sont joyeux, festifs et puissants. Une puissance traduite dans les mouvements ronds, amples et gracieux de la chorégraphie.

Le public se laisse envoûter par l’intensité de la musique et embarquer par la joie que dégagent les artistes, synchronisés et qui font corps avec les sons des percussions. Chacun bat la mesure, frappe dans ses mains et active, même timidement, son corps. Car les corps présents pour ce spectacle ne peuvent rester indifférents face au mélange afro-brésilien, un mélange très solaire, qui fait appel à la souplesse, et à la tonicité, des bras, des jambes et du bassin.

Douceur et chaleur se mêlent dans le hall des Champs Libres et l’esprit festif atteint son apogée quelques minutes avant la fin de la représentation, lorsque les musiciens viennent se mêler aux danseurs et aux visiteurs, les invitant ainsi à venir déambuler et danser à l’entrée de la structure. Un moment de partage, de joie et d’échange qui s’avère remporter un franc succès, amplement mérité.

Célian Ramis

Travelling : La capoeira, art martial made in Brasil

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Dans le cadre du festival Travelling, l’association Vida de Capoeira était présente samedi à l’étage du Liberté.
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Dans le cadre du festival Travelling, l’association Vida de Capoeira était présente samedi à l’étage du Liberté. Venue de Paris, elle proposait au public une initiation et une démonstration de capoeira, numéro 1 des sports au Brésil. Parmi ses membres, des femmes : Amendoa et Pimenta. Présentation.

Samedi, 14h : un cours d’une heure est proposé au public du festival Travelling. Une dizaine de personnes sont présentes et attendent avec sérieux les instructions des membres de l’association Vida de Capoeira. Pieds nus et décontractés, ils s’initient à la discipline martiale la plus populaire du Brésil : la capoeira, avec au programme : l’apprentissage de la jinga (le salut), de l’esquive et du coup de pied (queixada). Le cours est animé par plusieurs athlètes,  dont l’instructeur, Milho Verde, sacré champion de France et d’Europe en 2013.

Parmi eux, une non gradée  est présente : Amendoa, 33 ans. Elle exerce la capoeira depuis 4 ans et partage ce jour-là les bases de son sport favori. Avec patience, elle montre aux participants les gestes précis de cet art martial : « J’aime la capoeira, car c’est un monde très grand, avec toute une culture. Il comprend la lutte, le rythme, l’apprentissage du brésilien, de l’histoire, des instruments et la compréhension des chansons ».

A 18h, une démonstration de Capoeira est organisée. Chaque sportif prend place et enchaîne les mouvements acrobatiques au sol et dans les airs, au rythme des percussions (atabaques/pandeiros) et des instruments à cordes (berimbaus). Certains participants à l’initiation les rejoignent. C’est le cas de Tia, « la ballerine » comme ils la surnomment. Quelques heures auparavant, elle avait appréciée le cours : « L’esprit y était très coopératif », témoigne-t-elle.

Au micro, Pimenta présente au public sa discipline mais aussi son projet de long métrage Rasteira dont  le teaser est diffusé depuis le début du festival. Elle souhaite réaliser un film sur la capoeira et demande au public de participer au financement de son projet. Elle est championne de France 2010 et fait partie du groupe de capoeira ABADA, fondé à Rio par le capoeiriste brésilien Mestre Camisa. Depuis quelques temps, elle n’exerce plus son sport.

Et pour cause : « À 7 mois et demi de grossesse, je fais attention. C’est un sport physique où l’on travaille toutes les parties du corps ». Née au Brésil, la capoeira est un art martial pratiqué, à l’origine, par les esclaves africains. « Ils arrivaient à Bahia au nord du Brésil et ne parlaient pas les mêmes langues dans les plantations. Du coup, ils ont développé un autre moyen de communication », raconte la jeune femme.

Célian Ramis

Travelling : À la santé du Brésil !

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C’est dans le cadre de Travelling Rio que les festivaliers ont pu déguster la traditionnelle eau-de-vie brésilienne, la cachaça. De quoi étancher sa soif de culture…
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C’est dans le cadre de Travelling Rio que les festivaliers ont pu déguster, jeudi 27 février, la traditionnelle eau-de-vie brésilienne, la cachaça. De quoi étancher sa soif de culture…

À l’Étage du Liberté, la foule afflue jeudi soir. Certains attendent le blind-test, organisé par les animateurs de l’émission Le cinéma est mort (Canal B). D’autres trainent dans la salle en attendant une séance qui les fera voyager de Rennes à Rio. Ils en profitent alors pour venir déguster le spiritueux brésilien, proposé par la boutique rennaise Whisky & Rhum.

« Nous venons tous les ans, pour les films, l’ambiance… Et là, nous en profitons pour participer à la dégustation », explique une festivalière, accompagnée de deux amis. Ils ont pris un ticket pour siroter les 3 cachaça qui figurent parmi les quelques 4 000 marques produites au Brésil : « C’est un peu dur en apéro, il vaut mieux y aller progressivement. C’est assez fort au nez, très alcoolisé. Mais nous sommes là pour découvrir la cachaça pure ! »

Hommes et femmes défilent devant la table, installée au pied de la scène, pour venir prendre un verre et discuter, ou non, avec les professionnels puisque la dégustation prend la forme d’un buffet payant.

Lors de la précédente édition, Julian Hutchings, conférencier et dégustateur de whisky indépendant, proposait une dégustation de l’eau-de-vie tant appréciée des écossais, accompagnée de mets adaptés à la boisson. Cette année, les propriétaires de la cave Whisky & Rhum organisent à leur tour une dégustation chaleureuse – Rio oblige –  visant à présenter différentes cachaça.

Anna est polonaise et a ouvert la boutique, avec son collègue, il y a six ans. « Nous avons travaillé dans les caves à whisky en Écosse et en venant en France, nous avons voulu ouvrir le même type de cave. D’abord concentrés sur le whisky, nous avons ensuite élargi au rhum car c’est une boisson qui rassemble beaucoup de monde aujourd’hui », explique-t-elle.

La popularisation du rhum, l’augmentation de sa qualité, la diversité de choix et le prix constituent autant de raisons pour fidéliser ses adeptes. « La cachaça est très similaire au rhum puisqu’elle est faite à partir du pur jus de canne à sucre. C’est le temps de fermentation qui change principalement », précise Anna.

Les festivaliers peuvent savourer un, deux ou trois verres parmi une sélection de 3 breuvages brésiliens. Une cachaça blanche, haut de gamme, non filtrée, non colorée, « très réputée à Sao Paulo ». Une cachaça de 13 ans d’âge, non filtrée et non colorée également, issue d’un seul fût. À peine posée sur les lèvres, l’eau-de-vie vient chauffer le palais et enflammer la trachée, tout en dégageant des arômes très ronds et sirupeux.

Et une caipirinha, célèbre cocktail à base de cachaça. Très frais, il se boit « à toute heure de la journée au Brésil, car il est véritablement rafraichissant ». Citron vert, sucre blanc, cachaça blanche et glaçons, la recette de la caipirinha, qui signifie « la petite rustique », connaît de nombreuses variantes puisque l’alcool brésilien peut être remplacé par de la vodka ou du rhum.

Célian Ramis

Travelling : Ambiance de Rio avec la Roda de Choro

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Au deuxième jour du festival Travelling se déroulait le « live » de la Roda de Choro. Un bœuf improvisé par les musiciens du Club de la ville, avec à leur tête, une femme : Karine Huet.
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Au deuxième jour du festival Travelling se déroulait, hier soir, au Liberté à Rennes, le « live » de la Roda de Choro. Un bœuf improvisé par les musiciens du Club de la ville, avec à leur tête, une femme : Karine Huet.

Dès 21h, 4 hommes et 1 femme prennent place sur scène avec la ferme intention de faire danser le public, venu en nombre pour les écouter ! Il s’agit des musiciens du Club de Choro de Rennes, qui ont pris l’habitude de se rassembler toutes les semaines depuis sept ans.

Accompagnés de leurs instruments, pour certains au nom exotique, pour d’autre plus classiques : c’est ainsi que s’accordent pêle-mêle pendeiro (tambourin), cavaquinho (petite guitare), rebolo (percussion plus basse), guitare à 7 cordes et accordéon. Leur prestation démarre. « On ne sait pas ce qu’on va jouer, c’est le principe de la roda », explique au micro, Karine Huet, la fondatrice et coordinatrice de ce rassemblement de musiciens.

Tous passionnés de choro, ils entament leur première improvisation. C’est sous ce nom que l’on désigne la plus ancienne musique populaire du Brésil. « Créé à la fin du 19ème siècle, elle est issue d’un métissage : à la fois des rythmes de la musique africaine, mais aussi des sonorités plus européennes, comme la polka », raconte Karine Huet.

Un style difficile à jouer, selon elle, « qui demande de la variation, des improvisations autour de thèmes variés et un répertoire énorme de grands compositeurs, tel que Pixinguinha ou Jacob do Bandolim ».

 

L’ambiance d’un bar à Rio

Dans la salle, la foule se rassemble et quelques pieds commencent à battre la mesure. Un sixième musicien rejoint le groupe et commence à jouer du triangle. « Faites comme si vous étiez dans un bar à Rio, ce n’est pas un concert ! », s’exclame  Karine Huet. Ici, on peut danser, boire et personne ne s’en prive !

On peut ainsi profiter du spectacle en sirotant une petite cachaça (eau de vie traditionnelle brésilienne). Au bout d’une heure de célébration, certains hommes claquent des doigts, certaines femmes se déhanchent et les couples de danseurs se forment. La chaleur de Rio est entrée à l’Étage du Liberté. Karine Huet est à l’accordéon, elle chante aussi au micro, les musiciens permutent et les applaudissements résonnent.

Hier soir, le club de choro de Rennes avait un objectif : faire connaitre sa musique  – qui se danse traditionnellement – et sortir des clichés associés régulièrement à la tradition musicale brésilienne. « Parce qu’il existe autre chose que la samba et la bossa nova », explique Ronan Maguet, percussionniste.

« Le choro est très lié à Rio. On sort des sentiers battus et c’est bien que le public découvre un nouveau style de musique » ajoute Karine Huet.

Pour faire durer le plaisir et danser jusqu’au bout de la nuit :  Notez que dès le 11 mars 2014, le Club de Choro de Rennes jouera à la Cave de l’Opéra, à Rennes, tous les mardis, à 21h.

Célian Ramis

Le beau regard de Nicole Garcia

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C’est ce mercredi que sort le nouveau film de Nicole Garcia, Un beau dimanche. La réalisatrice, accompagnée de Louise Bourgoin et Pierre Rochefort, était à Rennes pour l'avant-première.
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C’est ce mercredi que sort le nouveau film de Nicole Garcia, Un beau dimanche. La réalisatrice, accompagnée de Louise Bourgoin et Pierre Rochefort, était à Rennes vendredi 31 janvier pour présenter cette œuvre en avant-première au cinéma Gaumont.

« Le film a commencé autour de la personnalité de Pierre Rochefort, explique Nicole Garcia. Sa réserve, sa douceur, son innocence, son côté solitaire mais aussi aventureux, ses contradictions. Il m’a inspiré le personnage de Baptiste ». Baptiste est un instit’ remplaçant qui ne reste jamais très longtemps au même poste. En contrat dans le sud de la France, il se retrouve à s’occuper d’un enfant lors du week-end de Pentecôte et rencontre Sandra, la maman de Mathias, saisonnière dans un restaurant à Montpellier.

« C’est la première fois que je place, de manière aussi décisive, l’amour au centre d’un de mes films », déclare Nicole Garcia. Un film qui démarre autour d’une équation simple : « lui, elle et un enfant qui les relie ».

Les personnages sont symboliques des œuvres de Nicole Garcia. Endormis au départ, ils se relèvent et se révèlent. Baptiste est discret, réservé, il cultive une part de mystère. Sandra rêve de sortir de sa situation précaire. « Il va dire non à son héritage, il a besoin de rupture avec sa famille qui vient d’un autre milieu. Et elle, elle veut s’en sortir par elle-même, elle vit sa vie avec son temps et son époque », explique la réalisatrice de L’adversaire. Il y a en eux des enjeux existentiels, un besoin de délivrance de chaque côté.

Que ce soit l’envie de fuir ses origines ou fuir les difficultés financières. Nicole Garcia capte les spectateurs à travers le réalisme de l’histoire ancrée dans un contexte social lourd dans lequel elle oppose les milieux sociaux, brise les préjugés et pose un regard assez juste. Elle saisit également les forces et les contrastes des acteurs qu’elle fait jouer. « J’ai été vraiment touchée qu’elle m’imagine ailleurs, dans un autre registre et qu’elle me fasse confiance pour être à l’aise dans la mélancolie, dans un jeu plus contenu », déclare Louise Bourgoin.

Pour la rennaise, il va sans dire qu’elle a interprété dans ce film son plus beau rôle : « Ce ne sera jamais un film de plus, et je serais certainement plus exigeante à partir de maintenant dans le choix de mes rôles ». Touchée par le personnage de Sandra, sa force, sa volonté de s’en sortir, sa tolérance et sa bienveillance, Louise Bourgoin dévoile une certaine fierté d’appartenir désormais à la famille des personnages de Nicole Garcia (dans laquelle figurent Daniel Auteuil, Jean Dujardin, Gérard Lanvin, Marie-Josée Croze ou encore Vincent Lindon pour n’en citer que quelques uns), qu’elle définit comme des « personnages riches aux mondes intérieurs très développés ».

Il en va de même pour le fils de la réalisatrice, Pierre Rochefort : « Nicole Garcia a puisé dans les forces de ma vie mais a aussi trouvé d’autres couleurs en moi. Dans le film, Baptiste se raccroche à ses valeurs, à son plaisir d’instit’, il finit par trouver son rythme et son véritable plaisir ».

Célian Ramis

Karin Viard, mise à nue

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Gaumont, Rennes
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L’actrice de Délicatessen endosse le rôle de Lulu dans le nouveau film de Solveig Anspach, Lulu femme nue. Karin Viard était à Rennes mardi 7 janvier pour l’avant-première, qui s’est déroulée au cinéma Gaumont.
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L’actrice de Délicatessen endosse le rôle de Lulu dans le nouveau film de Solveig Anspach, Lulu femme nue. Karin Viard était à Rennes mardi 7 janvier pour l’avant-première, qui s’est déroulée au cinéma Gaumont.

Lulu femme nue, c’est à première vue l’histoire banale d’une mère de trois enfants qui va passer un entretien d’embauche pour trouver du travail. Mais voilà, tout ne va pas se dérouler comme prévu. Si Lulu est pleine de motivation et bien décidée à travailler, cet entretien va être un élément déclencheur dans son quotidien.

Elle ne va pas rentrer chez elle et décider de s’octroyer quelques jours loin de la pression familiale. Solveig Anspach nous propose une tranche de vie qui prend des allures de parenthèse dans le quotidien de Lulu. Karin Viard nous transporte à l’intérieur même de ce personnage en quête de liberté et désireuse de retrouver la femme qu’elle est.

Sans artifices, le film nous offre un bel instant de vie, entremêlé de douceur, de violences psychologiques et de force. « Quand Solveig est venue me voir avec la BD (le film est l’adaptation de la bande dessinée d’Etienne Davodeau, ndlr), j’ai tout de suite aimé cette femme qui décide de partir et qui ne veut pas rentrer tout de suite », explique l’actrice principale.

Pour Karin Viard, si quitter le domicile conjugal et familial peut sembler encore tabou et mal vu, elle avoue « n’avoir aucune moralité » dans les rôles qu’elle joue : « Je pourrais jouer une mère infanticide, ça ne me dérangerais pas ». Quand elle parle de Lulu, elle incarne cette femme qui « a peut-être pris une voie de garage, qui doit arrêter de penser aux autres et s’interroger sur son désir ». Partir quelques jours ? « Ce n’est pas grave ! Même si c’est des semaines, merde ! » Pour l’interprétation, l’actrice veut comprendre son personnage de l’intérieur et se base sur une indication, notée dans le scénario : « Elle se colore petit à petit ».

Un tableau en noir et blanc qui prend ses couleurs au fil du temps. Et c’est ce que nous montre et nous fait ressentir Karin Viard : une femme qui se rencontre, prend confiance et s’affirme « avec toute l’audace des plus grands timides ». Lulu femme nue, c’est aussi une histoire de sexualité retrouvée, de sensualité, de confiance et de liberté. Des sentiments inspirés par l’actrice au regard du film. Une Lulu qui avance, évolue et s’enrichit au travers des rencontres qu’elle fait lors de son séjour. Et en face de Karin Viard, de grands acteurs : Bouli Lanners, Claude Gensac, Corinne Masiero pour n’en citer que quelques uns, qui donnent des couleurs incroyablement belles et douces à cette nouvelle œuvre de Solveig Anspach.

Célian Ramis

Festival du film d'animation : Mathilde Parquet, un rêve animé

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Bruz
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Plusieurs séances ont permis d’entendre et de voir les professionnels cachés derrière les courts-métrages. Focus sur Mathilde Parquet, qui a signé le film Louis.
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À l’occasion du festival national du film d’animation de Bruz, les réalisateurs et réalisatrices des films en compétition étaient conviés aux Apéroterviews, au Grand logis de Bruz. Plusieurs séances ont permis d’entendre et de voir les professionnels cachés derrière les courts-métrages. Focus sur Mathilde Parquet, qui a signé le film Louis.

L’interview ne durera pas plus qu’une dizaine de minutes – le principe étant le même pour chaque interviewé. Un temps qui paraît long pour la jeune réalisatrice, qui étudie depuis un an à La Poudrière, l’école du film d’animation, basée à Valence. Stressée, elle semble inconfortable dans un exercice qui lui est peu familier.

Ses propos sont à l’image de son court-métrage : bruts, fouillis, spontanés. « Dans Louis, le but était de retranscrire mon rêve. Il est plutôt gai, puis angoissant », explique-t-elle. Pour exprimer au mieux les sensations ressenties en songe, elle joue avec les formes, les couleurs et les techniques, « pour marquer les ruptures ». Tantôt la 2D, tantôt le volume animé, tantôt le pastel. Ce dernier soulignant « que le rêve part dans tous les sens ».

Avant de retranscrire son rêve, elle l’a raconté une quinzaine de fois et l’a écrit, et si elle ne l’a pas vécu en animation, mais en prise de vue réelle, elle a souhaité rester proche de l’expérience ressentie. « Les couleurs sont très fortes, abruptes. Je crois que je suis un peu brutale dans la réalité. Je ne réfléchis pas beaucoup, je suis dans le ressenti et je me suis fait confiance par rapport à ce que j’avais vécu dans mon rêve », précise-t-elle. Elle ajoute d’ailleurs que le début de Louis est très propre, très storyboardé. Un côté qui ne lui ressemble pas mais qui était nécessaire pour la suite des aventures.

Les réactions, après la projection, ont été variées. Certains lui demandent ce qui lui est arrivé dans sa vie, d’autres sont mal à l’aise : « Ce n’est pas un voyage initiatique sur le désir du retour à l’enfance. C’est un film sur mes sentiments, mes angoisses. J’aime malmener le spectateur ». Pour elle, le rôle du cinéma est de toucher le spectateur, lui parler et ce sont les films qui dérangent qui marquent et prennent les tripes.

« J’accorde aussi beaucoup d’importance à la narration, au récit. J’ai besoin de l’histoire, je ne suis pas très attirée par ce qui est abstrait », ajoute Mathilde. Pour son prochain film d’étude, elle travaille encore sur un projet qui devrait mettre la sensibilité des spectateurs à mal : « Pourtant, j’aimerais bien faire des choses gaies… »

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