Célian Ramis

Et la rencontre créa l'oeuvre

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Centre culturel colombier, Phakt, Rennes
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Actuellement en résidence au PHAKT, la commissaire d’exposition Raphaële Jeune est en passe de conclure son projet « L’événement ou la plasticité des situations ».
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Actuellement en résidence au PHAKT – centre culturel Colombier, la commissaire d’exposition Raphaële Jeune est en passe de conclure son projet « L’événement ou la plasticité des situations ».

Dernière phase de la résidence qui a déjà expérimenté la collaboration de Nico Dockx puis de François Deck : l’exposition de l’artiste-chorégraphe israélienne - depuis 2007 installée à Bruxelles - Adva Zakaï. Depuis le 13 novembre, elle présente au PHAKT « Last seen standing between brackets – indoors » qui s’achèvera le 18 décembre, avec la performance « on stage » au musée de la danse de Rennes.

LA RENCONTRE

Avant cela, Raphaële Jeune, commissaire d’exposition indépendante, a obtenu un DEA en culture et communication, travaillé dans des musées, des galeries, des instituts français à l’étranger et a été critique d’art. Installée dans la capitale bretonne depuis 9 ans, elle sillonne la France là où les projets l’inspirent comme à Montreuil, la Rochelle ou encore Marseille. Sans oublier qu’elle a également dirigé les Ateliers de Rennes – Biennale d’art contemporain en 2008 et 2010.

« J’ai adoré cette expérience, c’était un grand format, passionnant. Mais je préfère être indépendante, rester mobile et pouvoir vivre de « vraies » rencontres avec les artistes. C’est frustrant dans ces grosses structures de ne pouvoir creuser un sujet et produire ensemble. », explique-t-elle.

C’est là ce qui l’anime dans son métier, dans sa pratique et sa réflexion :

« De la rencontre, on transforme ensemble. On ne sait jamais ce qui va se passer quand on rencontre une personne. On prend et on donne forme, c’est le principe de la plasticité. »

L’EXPÉRIENCE

À 47 ans, cette passion pour l’interaction de la relation, plus que pour l’issue du travail artistique, fait partie de son quotidien de chercheuse puisqu’elle mène en parallèle une thèse de doctorat, à l’université Rennes 2. Son thème de prédilection : la mise en place de dispositifs.

« La résidence au PHAKT est un laboratoire de recherches sur l’art et l’événement autour du dispositif de présence. On met en présence des gens dans un lieu. », précise Raphaële Jeune. La présence mais aussi l’absence, implicite ou explicite du corps d’Adva Zakaï qui se signale par des lettres projetées sur les murs, formant des mots d’après le langage binaire de l’informatique, mais qui disparaît également des textes dont elle se dégage.

Ensemble, les deux femmes lancent et poursuivent la réflexion autour du devenir de nos corps et des espaces numériques qui ne peuvent les accueillir. En repensant la place des spectateurs-trices et des artistes, Raphaële Jeune entend également au travers de ses projets interroger notre rapport à la rencontre, à l’expérience.

L’INSTANT PRÉSENT ET LA SUBJECTIVITÉ PLURIELLE

Avec Nico Dockx, c’est l’expérience de l’instant présent qui a été primée dans « La psyché de l’univers – Hommage à Francisco J. Varela ». Le monde ici et maintenant, la seconde suivante n’étant qu’un autre recommencement. « C’est la rencontre entre un « je » et un environnement. Chaque instant va être différent. L’instant présent est source de nouveauté permanente. », explique la commissaire d’exposition. Ainsi, une communauté éphémère a été créée autour d’un événement : une cinquantaine de participant-e-s ont cuisiné et mangé ensemble.

Avec François Deck, dans « L’école erratique », c’est la problématique de la subjectivité plurielle qui est posée. Dans la mesure où le numérique capture nos comportements et les analyse via des algorithmes, il en vient à saisir nos goûts et a s’en approcher en nous proposant en permanence des liens vers ce qui nous pourrait nous plaire ou intéresser. Un système qui influence sans cesse le cours de nos vies.

« Je m’intéresse au sujet digital. À ce que l’on est aujourd’hui et au fait que l’on est déjà en partie digitalisés. Qu’en est-il de nous en tant que corps dans un espace qui ne peut accueillir un corps ? »
s’interroge Raphaële Jeune, saisie par la richesse des réflexions approfondies lors de la résidence.

LA DISPARITION

L’artiste israélienne Adva Zakaï vient compléter le travail orchestré par Raphaële Jeune avec un dispositif littéraire interactif et original. Sur les murs, des phrases apparaissent. D’abord des l et des O, puis des lettres, des mots et enfin un enchainement qui crée des phrases, des paragraphes. Et à la disposition des visiteur-e-s, des livres.

Le principe est simple : des lignes de texte qui s’ajoutent au fil des pages. Il faut tourner les pages pour découvrir la deuxième, la troisième, la quatrième phrase et ainsi de suite. Jusqu’à ce que l’artiste s’efface et se détache du texte qui n’existe que par lui-même et non plus avec un-e auteur-e :

« Elle voulait marquer l’accumulation, signifier que les traces ne s’effacent jamais. Et par le gris choisi, elle montre l’impossibilité de faire disparaître la trace. »

« Last seen standing between brackets - Indoors » allie et alimente les pistes de réflexion lancées par les deux premiers artistes, et le trio s’imbrique autour de la pensée et du corps dans l’ère du digital. Adva Zakaï, chorégraphe, se saisira de l’art de la danse pour mettre son corps en mouvement et illustrer la disparition de cette enveloppe charnelle au profit d’une interface plus robotique. La performance « on stage » sera à découvrir le 18 décembre à 19h au musée de la danse, à Rennes.

LE FINISSAGE

Pour conclure la résidence, Raphaële Jeune organise un finissage au PHAKT le 19 décembre, de 14h30 à 16h. À cette occasion, la commissaire d’exposition reviendra sur les actions entreprises, les expositions présentées et l’articulation des projets. François Deck sera présent pour expliquer le processus de « L’école erratique » et Adva Zakaï effectuera une performance de la série « Solo solutions », avant un échange avec le public.

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