Célian Ramis

Ode à nos corps libres !

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MJC Le Grand Cordel, Rennes
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Présumés atypiques, bien moulés dans la norme, complexés, sacralisés, dépossédés, hypersexualisés… certains corps sont exposés, d’autres dissimulés. Tous sont politiques.
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Présumés atypiques, bien moulés dans la norme, complexés, sacralisés, dépossédés, hypersexualisés… certains corps sont exposés, d’autres dissimulés. Tous sont politiques. C’est ce qu’a affirmé le collectif Les Femmes Libres dans l’exposition présentée du 10 au 21 décembre 2018 à la MJC du Grand Cordel à Rennes.

« Pourquoi cette thématique ? Parce qu’on parle tout le temps du corps. Il est politique parce qu’il faut se battre sans arrêt pour l’acceptation du corps, de soi-même… Et c’est pas gagné ! » Entre consternation et espoir, Petite Poupée 7, fondatrice du collectif d’artistes féministes et queer Les Femmes Libres, milite par les arts pour une plus juste représentation des corps. Parce qu’ils sont multiples, au-delà de la perception patriarcale largement médiatisée et diffusée dans les pubs, les jeux vidéos, les films, etc.

« On se questionne beaucoup sur notre corps. Est-ce que je suis grosse ? Est-ce que je suis belle quand même ? On se compare aux autres, on a peur des vêtements que l’on porte et de ce qu’ils renvoient… C’est politique d’arriver à se dire que l’on s’accepte comme on est ! Le corps est libre ! », s’enthousiasme-t-elle.

L’expo vient casser les clichés d’un corps féminin idéalisé et fantasmé pour proclamer la diversité des genres et des corps. Dans « Mon corps est politique », la question n’est plus de savoir si sur la photo ou la peinture se tient un homme ou une femme mais plutôt comment chacun-e incarne son enveloppe charnelle et se perçoit. Et ce à quoi ça nous renvoie.

Les œuvres sont véritablement fascinantes, impactantes. Tant dans la réflexion artistique que politique. Les esthétiques se mélangent et dans la simplicité du propos nait la force du message qui tend à rendre beaux tous les corps ainsi qu’à les désacraliser afin de se distancer de la morale et des normes infligées par une société imprégnée de conventions conservatrices qui ne font que renier la multiplicité des possibilités.

« Modifier son corps dans son sexe et son genre, perdre du poids, muscler son corps en faisant du sport, c’est pareil. Si on ne voit pas ça au même niveau, c’est à cause de notre échelle de valeurs. Ma transition vers le féminin, niveau corporel, n’a pas été contraignante ou violente dans ma chair. Pourtant, c’est une violence inouïe pour la société. », explique Selene Tonon, alors présidente d’Iskis, centre LGBT+ de Rennes, invitée à animer une causerie au sein même de l’exposition, le 13 décembre dernier.

Elle dénonce le conditionnement des femmes, cis et trans, au dégoût de soi, à la comparaison permanente et aux jugements néfastes et revendique l’émancipation pour tou-te-s. 

 

Artistes exposé-e-s : Douxerose, Jorgasme, Céline Bernier, Briel Hughes Pécourt, Hugo Le Fevre Dolci, PP7 et Sofia Tabouche.

Célian Ramis

Dans les yeux des Arlette

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Ateliers du Vent
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Estelle Chaigne, Catherine Duverger, Lise Gaudaire. Trois artistes photographes associées aux Ateliers du Vent. Elles se rencontrent, se découvrent, échangent, partagent. De là nait l’envie commune de monter ensemble une exposition.
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Estelle Chaigne, Catherine Duverger, Lise Gaudaire. Trois artistes photographes associées aux Ateliers du Vent. Elles se rencontrent, se découvrent, échangent, partagent. De là nait l’envie commune de monter ensemble une exposition. Ça s’appelle Arlette et c’est à voir jusqu’au 29 avril.

Il y a les Simone, les Brigitte ou encore les Georgette. Il faut désormais compter sur les Arlette. Non par revendication féministe – quoique inconsciemment si, quand on creuse – mais plutôt en référence au festival annuel des Rencontres photographiques d’Arles. « En plus petit, plus humble. Et puis dans le mot, il y a un côté sympa, populaire, engagé et féminin. », souligne Estelle Chaigne.

Elle fait partie du trio à l’initiative de cet événement, parti de leur point de rencontre. Celui des Ateliers du Vent mais aussi et surtout celui de la photographie et de leur goût partagé pour découvrir des expos et pour exposer. Elles décident de se lancer dans un projet commun et d’inviter, chacune, deux autres artistes photographes (une femme et un homme).

« Estelle a instauré un commissariat visuel pour que l’on ait une cohérence. On a passé du temps à regarder ensemble les travaux des artistes qu’on aimait et à voir comment ça rebondissait des un-e-s aux autres. », précise Catherine Duverger.

Une ligne se profile rapidement : le paysage. Omniprésent. La thématique est limpide : l’exploration du territoire et du medium photo. Elles décortiquent le fond et la forme avec les tripes et les méninges, pointent notre attention dans une direction, en interrogent une autre, ne répondant qu’à leur fascination, qu’elles entendent bien transmettre et partager en avril.

Il y a, dans leurs intérêts, l’image dans l’image. Le volume. Les différents plans. Les images qui s’emmêlent, s’imbriquent, se superposent. Le mouvement. La lumière. L’essence de la photo. Comment elle se génère, comment elle se fabrique. La relation entre le geste et l’image, sans la technicité. La lumière. Le réel ou non. Le rapport de l’humain à la nature. À la maitrise et à la fabrique du paysage.

« Les photographes reconstruisent, recadrent, redéfinissent et nous emmènent dans des univers à eux, même s’ils sont proches du réel. », explique Catherine Duverger.

La photo devient alors un outil d’interrogation plus globale que le sujet montré. Un outil qui ouvre le regard et nous permet de comprendre des mondes différents.

 

LES RENDEZ-VOUS À VENIR :

  • LES JEUDIS 12 ET 19 AVRIL
  • Vernissage puis buvette pratiques photographiques et enfin buvette dédiée au festival Oodaaq.
  • LES SAMEDIS 14, 21 ET 28 AVRIL
  • Ateliers de pratiques photographiques. Le 14 avec Estelle Chaigne autour des diapositives et de la diffraction, le 21 avec Catherine Duverger sur l’objet photo en studio et le 28 avec Lise Gaudaire pour le portrait photo à la chambre.
  • LES DIMANCHES 15, 22 ET 29 AVRIL À 15H
  • Visites de l’expo avec une des photographes à l’initiative du projet.
  • LE DIMANCHE 22 AVRIL DE 11H À 16H
  • Brunch de 11h à 15h puis visite guidée à 15h par l’une des photographes à l’initiative du projet.
  • Réservation auprès de la cantine@lesateliersduvent.org 

Célian Ramis

Lumière sur la violence éducative

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Rennes
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Coralie Salaün interpelle la population quant à la violence éducative ordinaire, un problème qu'elle met en lumière à travers 26 photographies dans son projet "Les enfants fichus".
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Au bout de deux ans, Coralie Salaün est rendue à la moitié de son projet photographique Les enfants fichus, qui met en scène les peurs enfantines à travers 26 images. L'artiste rennaise le terminera en résidence, à la galerie Le Carré d'Art de Chartres-de-Bretagne, qui s'étalera de septembre à avril 2016.

Le titre est provocateur. La photographe Coralie Salaün le sait : « L'expression "Les enfants fichus" interpelle, c'est volontaire mais en fait, c'est tout le contraire. Ce n'est pas ma manière de voir les choses. » Pour elle, les enfants ont « la tête haute » et sont « dignes » face à la violence éducative ordinaire, un problème qu'elle met en lumière à travers 26 photographies.

Sur chaque cliché, un enfant est au centre, le regard fixe, dans un décor sombre. « Il y a toujours la présence d'un danger autour de lui », développe l'artiste, telle qu'une araignée gigantesque pendue, une locomotive au loin... créant ainsi une atmosphère oppressante.

HISTOIRES INTROSPECTIVES

Son projet s'est construit à partir de l'abécédaire The Gashlycrumb Tinies, de l'illustrateur américain Edward Gorey, qui raconte en images et en poèmes la mort imminente de 26 enfants. En 2013, après avoir lu le livre, Coralie Salaün s'en est inspirée et a commencé « Les enfants fichus ».

Au départ, elle a réalisé tout un travail d'écriture autour de personnages sortis de son imaginaire en trouvant pour chacun une histoire en rimes et une lettre de l'alphabet ; « Azazel dépareillé de ses propres ailes » pour la lettre A, « Cassandre que personne ne veut entendre » pour la lettre C ou encore « Victoire broyée dans la nuit noire » pour la lettre V. Harmonie, Prudence, Ulysse, Victoire, Judas et les autres ont rapidement pris vie sous ses coups de crayon. Elle a ensuite elle-même dessiné et mis en maquette les décors des photographies.

L'univers onirique qui se dégage des images suggère la fin de l'innocence enfantine, à travers la peur. Un écho à sa propre enfance. « Quand j'étais jeune, je me réfugiais dans un imaginaire. C'est un travail avec la petite fille que j'ai été », dit-elle en esquissant un sourire. Une petite fille qui a souffert de violence éducative et qui le révèle à travers ce projet.

« La violence éducative se résume à tous les coups, fessées et claques. Cela comprend aussi la violence psychologique comme le rabaissement »
définit-elle.

Son vécu personnel, elle en parle assez peu. Plus à l'aise à l'écrit, elle a préféré le raconter en trois pages dactylographiées. « Toute mon enfance, j'ai entendu que je n'y arriverais jamais – ce que je faisais n'était jamais assez bien pour évoquer de l'intérêt – je me prenais des baffes, des claques, des fessées déculottées, des torgnoles pour calmer mes excès de liberté », raconte-t-elle dans son texte.

LUEUR D’ESPOIR DANS LA PÉNOMBRE

« Beaucoup de personnes ne comprennent pas ce qu'est la violence ordinaire », admet Coralie Salaün. Les phrases "Une bonne fessée, ça n'a jamais tué personne" ou "Une bonne claque ça ne fait pas de mal, ça remet les idées en place" sont souvent rétorquées. Néanmoins, l'artiste remarque la violence des propos en les transposant dans un autre contexte : « Il y a quelques jours, je me suis dit : "Imaginez si on disait ça à propos d'une femme !" » Ces actes seraient assimilés à de la violence conjugale.

Son abécédaire photographique veut lever le voile sur un sujet tabou et ainsi « sauver des enfants chaque année ». Le verbe est fort. Mais comme Coralie l'écrit, « la terreur dans laquelle [elle a] grandi a laissé des traces – et ça ne [l]'a clairement pas remis les idées en place, bien au contraire ». Cependant, « Les enfants fichus » se veut avant tout être un message d'espoir.

Elle a donc contacté une vingtaine de professionnel-le-s, psychologues, écrivain-e-s ou cinéastes, qui s'intéressent à la non-violence éducative, c'est-à-dire éduquer dans la bienveillance. Elle leur a demandé d'adresser des lettres à ces « enfants fichus ». Pour l'instant, treize personnes ont répondu favorable.

« Dans leurs lettres, il y a beaucoup de courage et de poésie »
s'enthousiasme Coralie.

Leurs mots font partie intégrante du projet.

OUVERTURE DU PROJET

En deux ans, treize photographies ont été capturées. Une quatorzième sera faite le 30 juillet. Le projet en est à la moitié. Cela a pris du temps puisqu'elle l'a porté à bout de bras, ou presque. Il lui a fallu repérer, seule ou à l'aide de son ami Frédéric Bosson, les endroits pour les séances photos -Rennes, Saint-Malo, Malansac, Cancale, Cesson-Sévigné, etc.- et trouver des enfants volontaires dans son entourage.

À partir du mois d'août, le projet va s'ouvrir vers l'extérieur. Coralie Salaün part en Suède rencontrer la cinéaste Marion Cuerq pendant une semaine, avec qui elle a échangé. L'occasion également de prendre trois nouvelles images avec des lettres caractéristiques de l'alphabet suédois, Å, Ä et Ö. En septembre, elle entrera en résidence à la galerie Le Carré d'Art, à Chartres-de-Bretagne, qui sera clôturée par l'exposition des « Enfants fichus », du 21 avril au 21 mai 2016.

Pendant ces neuf mois, elle sera aidée par des enfants d'ateliers de théâtre et d'arts plastiques ainsi que ceux de foyers éducatifs rennais. Ils créeront ensemble les décors des mises en scène. Cela lui permettra de discuter avec eux des émotions : « Je l'avais déjà fait avant avec « L'école émouvante » [en 2012, ndlr]. On ne laisse pas les enfants le droit d'exprimer ce qu'ils ressentent, comme par exemple la tristesse pour les garçons... Les parents ne permettent pas à leurs enfants d'être en colère car eux n'ont sûrement pas eu le droit de l'être enfants. Cela part de là. »

METTRE L’HUMAIN AU CENTRE

S'engager contre la violence éducative, Coralie Salaün le fait dans sa vie personnelle. Elle anime la page Facebook, « Lumière sur la NON-violence éducative ! » et le site Tumblr du même nom, créés respectivement en mars et en avril dernier. Ils ont pour but de rassembler des projets éducatifs autour de ce thème. Le 2 mai, elle a présenté « Les enfants fichus » au salon de thé rennais l'Enchantée, à l'occasion de la Journée de la non-violence éducative.

Sa démarche artistique a pris un tournant engagé depuis 2013. « C'est intuitif mais cela me plaît d'aller dans cette direction ! », sourit Coralie. En parallèle de son abécédaire photographique, elle a mené un projet en 2014, avec la Ligue de l'enseignement, au centre pénitentiaire de Vezin-le-Coquet, Têtes d'affiche. En prenant des portraits des incarcérés, elle a travaillé avec eux sur la mise en scène de soi et leur a fait parler de leurs histoires : « J'ai trouvé ça incohérent d'enfermer des personnes qui avaient honte. »

Pour la jeune femme, la violence n'est pas innée. Elle viendrait de l'enfance. D'où la nécessité, selon l'artiste, de mettre en place une loi française contre les violences physiques sur les enfants, notamment la fessée. « Cela fait trente ans en Suède qu'ils ont passé la loi et les prisons se vident », compare-t-elle. Le fruit du hasard ? Peut-être pas, d'après ses recherches.      

Têtes d'affiche est venu « se mettre dans le projet « Les enfants fichus » », sur lequel elle travaillait déjà depuis un an. Dans ces deux projets, Coralie Salaün remet l'humain au centre, de l'image et de l'attention, pour parler des violences, en allant dans l'intime. Une continuité et une cohérence qu'a voulu souligner la galerie Le Carré d'Art. Puisque pour inaugurer la résidence de la photographe rennaise, Têtes d'affiche sera exposé dans leurs locaux de fin octobre à fin novembre.