Célian Ramis
Reem Kherici chamboule la tradition du Jour J

Reem Kherici rempile la casquette/couronne de scénariste-réalisatrice-actrice à l’occasion de son deuxième long-métrage, Jour J, présenté en avant-première au cinéma Gaumont de Rennes, le 3 avril dernier.
Pour s’exprimer, la comédie sera toujours le prisme par lequel Reem Kherici passera. Elle est affirmative. Sa couronne vissée sur la tête pour être la reine de Rennes, l’actrice-réalisatrice est pleine d’énergie positive. Une énergie contagieuse qu’elle distille tout au long de son deuxième long-métrage, Jour J.
Le titre en dit long sur la thématique. Le mariage. Pas parce qu’elle considère qu’il est l’objectif ultime, le si désespérant plus beau jour de la vie d’une femme, mais parce qu’elle souhaite poser la question de l’engagement. Celui qui talonne sa génération, celle des trentenaires d’aujourd’hui donc.
« Est-ce qu’on s’engage parce qu’on a peur de rester seules ? Ou est-on seules parce qu’on a peur de s’engager ? »
s’interroge-t-elle après son premier film, Paris à tout prix, en voyant plusieurs de ses ami-e-s se marier.
Le premier cas de figure est incarné par Alexia (Julia Piaton), en couple avec Mathias (Nicolas Duvauchelle) depuis plusieurs années. Un matin, en trouvant la carte de Juliette (Reem Kherici), wedding planer avec qui son compagnon vient de la tromper, elle s’imagine que ce dernier s’apprête à la demander en mariage. Déboussolé et sans ressources, il s’embarque dans l’aventure, entre sa future épouse et sa maitresse, chargée d’organiser la journée cérémoniale.
INSPIRÉE PAR SON VÉCU
Juliette représente le deuxième cas de figure. La peur de l’engagement. Mais pas que. Inspirée de son histoire personnelle, Reem Kherici en fait un personnage résolument indépendant. « J’ai grandi à Neuilly, j’étais complexée par mon physique, mon nom, mon milieu social. Alors que je viens d’un milieu social « normal » mais à côté des autres enfants qui avaient des parents riches, je me sentais Causette. Finalement, ça m’a motivée à travailler et à n’attendre après personne. », explique-t-elle.
Dans Paris à tout prix, elle abordait avec humour la question de l’identité, des origines et la différence de culture. Ici, c’est aussi son vécu qu’elle place en filigrane de cette comédie. « Sauf que dans la vie, je ne couche pas le premier soir et je ne suis pas maladroite comme Juliette », rigole-t-elle. En empathie avec l’enfant qu’elle a été, elle traite par le biais des flash back des rapports jugeants et douloureux entre gamin-e-s. Mais certaines failles ou différences deviendront par la suite de réelles forces et de véritables atouts.
Et elle n’oublie pas de s’inspirer de sa mère. Comme un clin d’œil thérapeutique puisqu’elle n’en parle librement que depuis quelques années :
« Je suis fière quand on me dit que le personnage de Chantal Lauby plait. Ça veut dire que j’arrive à faire rire à un endroit qui n’est pas drôle. Avoir une mère alcoolique, ça crée des complexes. Après dans une comédie, on pousse les traits de caractère mais oui, j’ai une mère rock’n’roll, avec de la douceur, de l’amour et beaucoup de maladresses. Mais finalement, ce n’est pas la fin du monde. Mais gamine, j’en avais très très très honte. J’ai peur de lui montrer le film. Je ne sais pas comment elle va prendre le fait que les gens rient en salle. »
ROMPRE AVEC LES TRADITIONS
Celle qui a fait ses armes à la télé et qui s’est formée avec La bande à Fifi, connaît bien les ressorts de la comédie. La sienne – la première comme la deuxième – est parfaitement orchestrée et bien rythmée. Et surtout, malgré les situations exagérées que le genre impose, Reem Kherici sait jouer de subtilités et de nuances qu’il manque (trop) souvent dans les comédies girly du moment (on pense notamment à Joséphine s’arrondit, de Marilou Berry, Les gazelles de Mona Achache, Sous les jupes des filles de Audrey Dana…). Pour faire passer son message.
« Si je n’écris pas pour moi dans mes films, on ne me propose pas de premiers rôles aussi galvanisants que ceux-là. On propose toujours des rôles de femme de, fille de,… Généralement, quand ce n’est pas écrit pour une femme, il n’y a pas de rôle de femme à part entière. Je n’en veux pas aux hommes, je pense qu’on écrit selon nos sources d’inspiration et peut-être qu’en tant que femme, je ne pense pas aux mêmes choses qu’eux. », commente-t-elle.
Parce que c’est là où elle veut en venir dans le Jour J. Fini le temps de l’engagement par obligation et tradition. Les rapports ont changé, le couple aussi. Mais surtout, la condition des femmes a évolué. La nouvelle génération fait alors face à une nouvelle problématique prise entre la peur de l’engagement et l’engagement par peur de la solitude. Une solitude pourtant nécessaire à l’accomplissement personnel et à la réalisation de son indépendance.
Reem est bien placée pour le savoir. Son bagage a fait d’elle l’actrice-réalisatrice qu’elle est aujourd’hui. Une femme déterminée qui sait ce qu’elle veut et où elle va. « Je n’ai aucun problème à m’affirmer en tant que réalisatrice. Il n’est pas question de sexe quand on me parle. Je suis un vrai leader, je tiens mon équipe parce que je sais ce que je veux. Et je fais très attention à qui je prends dans mon équipe, je ne veux surtout pas de misogynes. Je veux que les gens soient là pour se donner à fond, tout autant que moi. Pour Nicolas Duvauchelle, c’était un vrai challenge de se lancer dans la comédie. C’est comme ça que je travaille. »
Le défi est de taille dans Jour J. En effet, sur le papier, une comédie sur le mariage semble risquée, quasiment perdue d’avance de par le manque d’originalité du postulat de départ. Mais Reem Kherici emprunte des chemins de traverse, jusque dans le choix de l’affiche du film, et prouve que comédie girly ne rime pas nécessairement avec ineptie. Que l’on peut être girly et réfléchie. Que l’on peut bien rompre la tradition des Cendrillon, douces et passives en attendant le prince charmant.
On est cependant un peu moins rassuré-e-s par son prochain projet dont elle paraît fortement s’enthousiasmer : « Un film d’animation sur mon chat, Diva ! Je suis trop contente, vous imaginez, je reviendrais vous voir et vous serez payé-e-s pour m’écouter parler de mon chat ! C’est génial ! » Mais finalement, on lui fait confiance pour nous surprendre encore une fois et nous faire marrer.


Le discours est frappant. Cette femme a « tué son amour ». Parce qu’il a repris son amour, elle a repris la chair de sa chair. « Je ne suis pas qu’un ventre », explique-t-elle, calmement, pour justifier son infanticide. Ce troisième enfant, elle n’en voulait pas. « Je suis contente que Mitterand ait aboli… Même si j’ai tué quelqu’un. », poursuit-elle.

Un an après l’obtention de son diplôme à l’École supérieure d’art dramatique du TNB à Rennes, elle écrit et crée son premier spectacle À mes amours, qu’elle dévoile lors des 20 ans du festival Mythos. Et revient défendre sa création dans le cabaret botanique, cette année encore.
Toutes, elle les embrasse avec enthousiasme, désireuse de vibrer, ressentir, tester, éprouver. Désireuse de voir le loup et de quitter son corps de jeune fille pour devenir femme.
C’est là la force de À mes amours dont l’écriture fluide nous embarque dans ce récit commun à un grand nombre d’individus. Les instants décrits et si bien joués résonnent dans des tas de bribes de vies vécues. Car, comme elle le dit fièrement, plusieurs vies s’enchainent dans une vie. Et l’évolution qu’elle retrace est résolument moderne et efficace.



Avec grâce, élégance, sensualité, dans un souffle haletant qui souligne l’urgence quasi permanente dans laquelle elles se trouvent. Dans leurs robes blanches, elles apparaissent à la fois nymphes libres et à la fois zombies prisonnières de la consommation, se parant de manteaux en fourrure et de foulards ligotés autour de leurs poignets.
Et si des respirations sont offertes le temps pour elles de citer des textes d’Isadora Duncan, Max Jacob, Elsa Lasker-Schüler, Stéphane Mallarmé ou encore Federico Tavan, les créatures jamais ne cèdent à l’apaisement. Sans cesse en lutte, elles évoluent dans le temps, l’espace et les couleurs, passant de la nudité (couleur chair) au blanc pour finalement se terminer sur des couleurs noires.



« Hommes et femmes ont les mêmes droits et doivent être vigilants à cela. Chacun-e a des compétences et on peut évidemment être égaux par le sport, la lecture, la culture. », explique-t-elle ce mercredi après-midi, sous les tentes installées par la direction du quartier Centre dans le jardin St George.
« Certaines continuent de ramer, font garder les enfants, rament jusqu’à 7 mois de grossesse ! Je dirais à celles qui n’osent pas venir qu’il ne faut pas craindre la difficulté car c’est un sport très accessible, qui peut se faire à n’importe quel niveau et qui est convivial puisqu’il se passe dans des bateaux collectifs. On découvre vraiment les rivières, on traverse Paris, on participe à la Volalonga de Venise, etc. C’est super ! »