Célian Ramis

8 mars : Quelle réalité des mesures prises contre les violences sexuelles au travail ?

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Laure Ignace témoigne du parcours des combattantes imposé aux femmes victimes de violences sexuelles, notamment au travail, et dénonce le manque de moyens mis en place par les pouvoirs publics pour y répondre.
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« À cette prise de conscience collective, il n’y a pas de réponse institutionnelle pour répondre à ce cataclysme. Il y a un phénomène de masse, les femmes parlent, hurlent, mais rien n’est mis en place. Il faudrait un plan d’urgence. Ça concernerait les accidents de la route, on aurait tout de suite eu une grosse campagne. Pour les femmes, non. Rien. » Laure Ignace est juriste au sein de l’Association européenne contre les Violences faites aux Femmes au Travail (AVFT). Invitée à Rennes le 8 mars à la MIR par Questions d’égalité, en partenariat avec la CFDT, elle témoigne du parcours des combattantes imposé aux femmes victimes de violences sexuelles, notamment au travail, et dénonce le manque de moyens mis en place par les pouvoirs publics pour y répondre.

Octobre 2017. Affaire Weinstein. Le choc, l’incompréhension, la colère, la gronde, la prise de conscience. Soi-disant. On parle d’une libération massive de la parole des femmes. Certaines militantes, comme la dessinatrice féministe Emma, recadrent les choses : les femmes ont toujours parlé mais elles n’ont pas été écoutées, il serait donc plus juste de parler de libération de l’écoute.

Laure Ignace, juriste au sein de l’AVFT, précise également : « On parle du contexte de ces derniers mois mais on pourrait dire de ces dernières années. Avec l’affaire Baupin et d’autres. Moi, j’interviens sur l’ampleur que ça a depuis octobre et sur le constat de ce que cela a entrainé en bien et en moins bien pour les femmes et pour l’AVFT. »

Parce qu’elles sont de plus en plus nombreuses à oser franchir la porte des commissariats et des gendarmeries pour porter plainte. Pour dénoncer des actes de violences sexuelles. En novembre 2017, on notait une augmentation d’environ 30% des dépôts de plainte en gendarmerie et quasiment le même pourcentage dans les commissariats.

LÂCHETÉ GOUVERNEMENTALE…

Une avancée positive qui n’est pas sans conséquence puisqu’en parallèle forces de l’ordre, système judiciaire et associations ne voient pas leurs moyens, humains et financiers, renforcés.

« 14 ans que la subvention à l’AVFT n’a pas augmenté ! Il faut un renfort des politiques de prévention et de la politique pénale. Ça a été le cas pour les violences conjugales, spécifiquement mais on n’observe pas la même tendance pour les violences sexuelles, au travail notamment. Dans ces conditions, l’État peut difficilement se prévaloir de défendre et de lutter pour les droits des femmes. », rétorque-t-elle quand on ironise sur « la priorité du quinquennat ».

Elle tire la sonnette d’alarme : il est temps que le gouvernement sursaute et se réveille ! Temps qu’il accomplisse et assume son rôle. Qu’il arrête de compter sur les associations, au bord de l’asphyxie, et le Défenseur des droits, qui a par exemple lancé une campagne contre le harcèlement sexuel :

« Ce n’est pas l’Etat qui s’en est chargé. Sans dire que, au niveau de l’inspection du travail, de la médecine du travail, c’est la catastrophe ! Pas de moyens, trop de boulot. On assiste à un cumul de professionnels surchargés qui de fait défaillent souvent. Mais on ne renforce pas les acteurs… On ne peut pas dire qu’on lutte contre les violences. »

Les chiffres sont effarants : 1 femme sur 3 déclare subir ou avoir subi du harcèlement sexuel ou une agression sexuelle sur son lieu de travail. Et pourtant, plus de 80% des employeurs n’ont toujours pas mis en place de plan de prévention. Une réalité que le site 8mars15h40.fr souhaite mettre en lumière à travers sa grande enquête sur les violences au travail.

LES CONSÉQUENCES DU MANQUE DE MOYENS

Ainsi les associations, seules, ne peuvent décemment répondre à toutes les demandes et tous les besoins. En novembre dernier, dans le cadre de la préparation de notre dossier sur les violences sexuelles, SOS Victimes 35 répondait à notre demande que personne ne pouvait assurer la réponse à notre interview, en raison d’une surcharge de travail.

Le 31 janvier 2018, l’AVFT a annoncé la fermeture de son accueil téléphonique en raison d’une incapacité à y répondre tant la demande était forte. Actuellement, 150 femmes sont soutenues par l’association de manière extrêmement poussée, « cela veut dire qu’on les reçoit en entretien puis que l’on intervient dans les procédures, avec les Parquets, les employeurs, les conseils des Prud’Hommes, que l’on se constitue partie civile, etc. »

En parallèle, une centaine de femmes est accompagnée de près. « Elles n’ont pas été reçues en entretien mais on les soutient, on les conseille. On va écrire pour savoir où en est l’enquête, contacter les médecins pour leur demander d’écrire un certificat médical décrivant les symptômes constatés, les aider à saisir le Défenseur des droits, corriger les courriers qu’elles vont envoyer à leurs employeurs parce qu’en fonction des femmes, elles n’ont pas toutes le même rapport à l’écriture. Ce sont des choses qui prennent du temps. Saisir le Défenseur des droits, ça peut demander une demi journée de travail. Cela prend énormément de temps. », précise la juriste.

Au total, les 5 professionnel-le-s de l’AVFT (4 CDI et 1 CDD) accompagnent 250 femmes. Comptabilisant dans ce chiffre des dossiers ouverts depuis 10, voire presque 15 ans. Parce que les procédures sont longues, compliquées et pleines de rebondissements, « parce que parfois les agresseurs attaquent en diffamation, parce que parfois y a l’instance, l’appel et le pourvoi en cassation… » Et depuis l’affaire Weinstein, c’est entre 2 et 3 nouvelles victimes par jour qui font appel à la structure.

LOIN DE S’ARRANGER

Et le contexte économique et politique ne va pas arranger les choses. Loin de là. Laure Ignace dénonce à ce titre les ordonnances qui vont précariser les parcours des femmes, faciliter les licenciements et renforcer les moyens de pression des harceleurs, profitant de la dépendance financière des femmes.

Elle le répète, le gouvernement n’est absolument pas dans une volonté de lutte contre le harcèlement sexuel : « Il faut mener des enquêtes sérieuses au sein des entreprises et aucune circulaire n’a été donnée dans ce sens. Pour 24 millions de salarié-e-s en France, il y a 2000 agents de contrôle ! Imaginez… Pas simple ! Et puis, ça dure des années les enquêtes tellement les agents ont du boulot ! C’est un travail conséquent. Et quels moyens sont donnés au sein de gendarmeries ? des commissariats de police ? des parquets ? Il n’y a aucun effectif spécifique de prévu sur ces enquêtes là. Alors les plaintes augmentent mais elles sont très souvent classées sans suite. »

Pourtant, quand une accusation vise un ministre, les procédures s’accélèrent et on assiste à des affaires éclairs, comme tel a été le cas pour Gérald Darmanin. Laure Ignace y voit là un message parlant, envoyé de la part du gouvernement, celui d’une justice de classe. Avec deux poids, deux mesures.

LE PARCOURS DES COMBATTANTES

Dans le cas d’une accusation envers un homme de pouvoir, le crédit de bonne foi est accordé à celui qui est accusé plutôt qu’à la victime. Pour les femmes accompagnées par l’AVFT, « c’est plutôt l’inverse, on les soupçonne en première intention et cela se traduit par des poncifs tels que « Pourquoi dénoncer que maintenant ? », qui montrent qu’on n’a toujours pas compris le mécanisme des violences, toujours pas compris que c’est un risque qu’elles prennent en parlant enfin, toujours par rapport à cette fameuse dépendance financière. Pourquoi n’ont-elles pas mis une claque à leur agresseur ? Pourquoi ne l’ont-elles pas dit à leur supérieur ? Elles doivent se justifier sur toutes les réactions qu’elles ont pu avoir ou ne pas avoir. Le classique ! Et puis ensuite, viennent les remarques sur leurs attitudes avec les hommes, leurs habillements, etc. Une jupe courte une fois et c’est une fois de trop. »

Aussi, les enquêtes vont-elles venir insidieusement interroger les capacités professionnelles de la plaignante. On va alors se demander si elle ne chercherait pas en accusant un collègue ou un supérieur à dissimuler un squelette dans le placard. Pour la juriste, le fait même d’enquêter sur les compétences de la salariée incite les autres à se positionner, à se braquer.

Et si les employeurs ont en règle générale bien intégré leur obligation de mener des enquêtes, elle précise que celles-ci sont souvent mal menées ou que la réponse finale consistera simplement à muter la plaignante, ou les deux personnes concernées. Une sanction injuste qui camoufle le problème mais ne le résout pas.

« Pour beaucoup, c’est quand elles sont extraites du travail, parce qu’elles sont en arrêt maladie, qu’elles se rendent compte qu’elles ne peuvent plus y retourner. Elles réalisent la gravité des faits et des conséquences. La reprise du travail et les conditions de reprise surtout sont très anxiogènes. », précise Laure Ignace.

Elle ne mâche pas ses mots en parlant de parcours de la combattante. Ce n’est pas une exagération. Mais la réalité des démarches et des procédures n’est que trop peu connue. Voire ignorée. La phase pré-contentieuse, déjà saturée de courriers à rédiger et de démarches, coûte cher et n’est pas prise en compte par l’aide juridictionnelle.

DÉMARCHES LONGUES, COÛTEUSES, ÉNERGIVORES

Le 27 février dernier, Libération publiait d’ailleurs un article sur le sujet : « Aller au procès, une montagne financière pour les femmes victimes de violences ». Laure Bretton et Soizic Rousseau expliquent alors que si le coût financier ne dissuade pas au premier abord les plaignantes, cela devient tout de même vite un frein, voire une contrainte trop forte pour aller jusqu’au bout.

Sans compter qu’il n’y aura pas seulement les honoraires d’avocat-e-s mais aussi potentiellement des consultations médicales, des accompagnements psychologiques, des frais de déplacements aux procès (l’affaire peut passer devant plusieurs juridictions : tribunal administratif, conseil des Prud’Hommes, tribunal correctionnel…).

Les enquêtes seront longues, pénibles, parfois injustes, souvent retournées contre celles qui osent rompre le silence et briser l’omerta. Les démarches requièrent donc du temps, de l’énergie, de l’argent. À long terme.

RENFORCER LES BUDGETS, LES MOYENS HUMAINS, LES FORMATIONS ET LA PRÉVENTION

Sans moyens supplémentaires, les associations suffoquent. Et ce sont les plaignantes qui trinquent. Pour l’AVFT, il n’y a pas de détours à prendre, les solutions sont claires, on ne peut plus reculer face aux mesures qui s’imposent, mais n’arrivent pas. L’affichage d’une politique de lutte contre les violences sexuelles doit être clair.

« Tous les parquets doivent orienter leurs priorités contre les violences. Il faut défendre une politique pénale de lutte contre les violences sexuelles au travail, au même titre que l’on met en place une politique de lutte contre le travail illégal, contre le terrorisme, etc. Et évidemment, il faut un renforcement du personnel en charge de ces politiques de lutte. Donc des moyens humains. Nous avons bien conscience que les parquets sont débordés, submergés de plaintes de tout ordre, des dossiers sont même perdus… Leurs moyens doivent être renforcés, qu’ils aient des formations sur comment on rapporte la preuve, avoir un pôle spécialisé sur les violences sexuelles. », scande Laure Ignace.

Les budgets des forces de l’ordre doivent être augmentés, des formations sont nécessaires autour du harcèlement sexuel, des violences, des agressions sexuelles et des viols, pareil du côté de l’inspection du travail et de manière plus largement du côté de tous les acteurs concernés. Mais surtout que le message passe : les violences sont graves, elles doivent être l’objet de répression sur le plan pénal et les victimes doivent être indemnisées à hauteur du préjudice.

« Il faut faire de la prévention dans tous les sens car pour l’instant, c’est un message d’impunité qui est répandu. Tant qu’on ne se dit pas que commettre ces actes va coûter cher, on n’a pas d’intérêt à prendre le problème à bras le corps. Aujourd’hui, les agresseurs ne risquent pas grand chose, les entreprises ne risquent pas grand chose, les femmes risquent gros. », soupire-t-elle.

NE RIEN LÂCHER

Difficile de se montrer optimiste dans une situation sclérosée par manque de volonté politique claire en faveur des droits des femmes. La juriste peine à trouver des éléments positifs auxquels raccrocher nos espoirs. Elle souligne tout de même son admiration pour toutes celles qui s’engagent dans la bataille : « Des femmes parviennent à obtenir justice et à franchir toutes les barrières. Elles font preuve d’une combattivité extrême pour aller au bout de tout ça. Je suis admirative de la longévité de leur combattivité. »

Elle se réjouit, tout comme Muriel Salmona, psychiatre et présidente de l’association Mémoire traumatique et victimologie, de l’ouverture prochaine de centres spécialisés pour la prise en charge psychotraumatique des victimes de violences, pour lesquels le gouvernement a donné son feu vert le 25 novembre dernier. Toutefois, elle nuance, persiste et signe :

« C’est positif car c’est extrêmement important de donner accès aux soins médicaux à toutes les femmes abimées par ces violences mais attendons de voir dans quelles conditions cela va fonctionner. En tout cas, ce n’est pas suffisant vu l’ampleur du problème. On attend d’autres réponses de la part du gouvernement. Les discours restent des discours. Nous, on attend la transformation en actes. »

Célian Ramis

L’affirmation d’un désir sexuel au féminin

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Triangle, Rennes
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Dans sa pièce Une Femme au soleil, jouée le 22 février au Triangle à Rennes, Perrine Valli, danseuse et chorégraphe, met en mouvement le désir sexuel au féminin.
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Sur scène, deux femmes et deux hommes dansent dans une géométrie parfaite. Les corps s'appréhendent et se désirent, s’imbriquent et se passionnent. Dans sa pièce Une Femme au soleil, jouée le 22 février au Triangle à Rennes, Perrine Valli, danseuse et chorégraphe, met en mouvement le désir sexuel au féminin.

Tout commence avec deux femmes, Perrine Valli et Marthe Krummenacher. La musique instrumentale se rythme de plus en plus. Puis deux hommes, Gilles Viandier et Sylvère Lamotte, s’ajoutent à cette danse angulaire, évoluant entre narration et abstraction. S’inspirant de peintures éponymes d’Edward Hopper, peintre réaliste du 20ème siècle, la chorégraphe franco-suisse Perrine Valli concrétise l’idée qu’une femme se désire et désire l’autre dans sa pièce Une femme au soleil :

« La posture est très claire dans ce tableau. Une femme est seule au centre, elle est nue, elle fume une cigarette. On a l’impression qu’elle est détendue. Il y a un lit un peu défait, ses talons, du soleil [...] Puis elle regarde par la fenêtre, on peut imaginer qu’il y a eu un homme avant, après, dans son imaginaire, ou pas, décrit-elle. En tout cas, j’aimais bien que ce soit fantasmatique à partir de son point de vue à elle. »

LE DÉSIR DE L'AUTRE

Le spectacle s’articule autour de deux fantasmes. Celui indéterminé de la femme nue peinte par Hopper et celui de Perrine Valli. Sans oublier que le désir peut avoir plusieurs facettes, la chorégraphe fait un choix :

« Une Femme au Soleil est un spectacle sur le désir féminin hétérosexuel. J’ai créé mon propre imaginaire. Ca ne m’intéressait pas d’ouvrir sur toutes les sexualités. Quelque part, pour moi on sait, et ce n’est pas toujours ultime de rappeler qu’il peut y avoir deux hommes ou deux femmes. J’ai intégré les hommes pour satisfaire le fantasme. »

Et même si cette hétérosexualité est assumée sur les planches, Perrine Valli parvient à s'extirper du schéma classique de la relation entre un homme et une femme. Malgré les physiques imposants des deux danseurs, ils n’éclipsent pas leurs collègues. Au contraire, tous se complètent et la femme désire autant que l’homme.

« Au départ, lorsque le spectacle n’était pas encore fait et que l’on répétait, les gens disaient que Marthe et moi écrasions totalement les hommes. J’ai dû les renforcer, leur donner plus de place parce que même si on était toute petite, quelque part, on avait un truc assez puissant », s’amuse Perrine.

« Et ça, c’était très révélateur d’une masculinité qu’il faut, aujourd’hui, aussi redéfinir. Pendant la danse, il y a quand même deux trois gestes où les hommes prennent les femmes par les cheveux, des gestes qui vont être presque pornographiques. Mais l’homme et la femme peuvent avoir aussi envie ça. » Une réflexion qui casse les préjugés où chacun devrait avoir un rôle. Ici il n’est plus question de masculinité ou de féminité mais d’individus qui se désirent.

LE SEIN MIS À NU

L’ambiance se réchauffe sur la scène du Triangle, ce 22 février à Rennes. Le quatuor se touche peu à peu. Puis un duo se met torse nu. Si la nudité de l’homme ne choque plus, le sein féminin dérange encore, conséquence de son hypersexualisation. Exposée des années 70 aux années 90, la poitrine reste, aujourd’hui encore, dans l’ombre. 

Un phénomène qui n’a pas échappé à la Franco-Suisse : « Pour moi c’est vraiment banal, d’autant que j’ai grandi à Aix-en-Provence. Quand j’étais adolescente, tout le monde faisait seins nus sur les plages. Mais il y a un changement, qui est grave je pense. [...] Ça m’a vraiment marqué quand j’étais en Corse il y a quelques années. Pour moi il était clair que j’allais faire seins nus. Je n’aime pas avoir les marques et le maillot mouillé sur moi. Et puis au fur et à mesure des jours, je me sentais de moins en moins à l’aise, il y a comme une autocensure qui s’est mise en place [...] Pour nous les danseurs, ce n’est rien, mais en fait voilà, d’un coup cette expérience à la plage m’a fait dire que c’est peut-être important qu’on continue à dire que ça devrait être rien. »

Ainsi, sur scène, elle assume sa semi nudité, qui au départ partait d’une autre réflexion : « Ça c’est porté comme ça parce que j’avais envie de travailler sur la peau. C’était plutôt le dos qui m’intéressait que la poitrine. J’avais envie de montrer du féminin un peu musclé, et une égalité entre l’homme et la femme. Il s’avère que j’ai une poitrine mais en fait ce n’était pas ça l’essentiel. Et c’était aussi important que le geste d’enlever le tee-shirt soit le mien, pas celui de l’homme », constate Perrine.

LE DÉSIR EN SOLITAIRE

Ainsi, la femme se réapproprie son corps, un besoin individuel qui passe aussi par la masturbation : « Je n’en ai pas directement traité dans cette pièce mais en effet par rapport au tableau, cette question fait sens. En tout cas, dans une perspective plus large, la masturbation me parait essentielle dans le désir féminin. Si cette découverte corporelle et ce rapport à soi sont évidents chez les hommes (la masturbation est banale, extériorisée, voire parfois partagée en groupe), ils restent chez le féminin beaucoup plus tabous et secrets. » s’attriste Perrine. Alors finalement, dans une courte parenthèse interprétée par la compagnie suisse Sam-Hester créée en 2005, le désir sexuel de la femme trouve sa place au soleil. 

Célian Ramis

Les arts du sexe : Libres de ne pas se cacher !

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Diapason, Rennes 1, campus Beaulieu
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Sommes-nous totalement libéré-e-s niveau sexualité(s) ? Pas vraiment. Pas encore. Mais le sexe est un art à cultiver, à partager et à cajoler. Heureusement, Sexlame ! et ses partenaires sont là pour nous décomplexer !
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« Nos libidos ont peut-être chaviré, mais elles n’ont pas sombré. La majorité d’entre nous est contente de passer au lit, l’orgasme fait toujours du bien. Ouf. Et pourtant… nous pourrions aller encore mieux. En prolongeant les enseignements de 2017, nous pourrions même nous assurer des lendemains qui ahanent. Chiche ? » Défi relevé chère Maïa Mazaurette !

La chroniqueuse de « La Matinale du Monde », lanceuse du savoureux et vibrant appel « Clitoridiennes de tous les pays, unissez-vous ! », nous ravit et nous redonne espoir à chaque article qu’elle publie. Parce qu’avec elle, la sexualité, c’est beau, c’est sain et ça fait du bien. Quand elle est libre et consentie, en solitaire ou à plusieurs.

C’est le même esprit qui a soufflé sur la ND4J dédiée aux genres et aux sexualités, le 14 décembre dernier au Diapason (campus Beaulieu, à Rennes) organisée pour l’occasion par l’association rennaise Sexclame ! 

Finie la diabolisation du clitoris et du plaisir féminin ? Pas tout à fait… Mais cette année, l’organe du plaisir – correctement représenté – a fait son entrée dans un manuel scolaire de SVT, le manifeste pour s’affranchir des diktats sexuels Libres ! – signé Ovidie et Diglee – trône fièrement en tête de gondole dans les librairies, tout comme la BD militante de Liv Strömquist, L’origine du monde, et la Ville de Rennes se saisit de la question des sexualités, en confiant une soirée de son dispositif ND4J à l’association rennaise Sexclame !, le 14 décembre dernier au Diapason.

« On n’a pas pensé consciemment par le prisme de l’art et de la culture pour la soirée, mais on a pensé festif, dans l’esprit de la ND4J. Avec des propositions qui font réfléchir, tout en restant dans le divertissement. Pour que ce soit léger et décomplexé ! », explique Margo, co-fondatrice de l’association Sexclame !, jeune structure rennaise, tout aussi capable d’organiser une soirée Amours à l’Élaboratoire – en octobre dernier – qu’une soirée plus institutionnelle au Diapason :

« On ne brasse pas le même public dans les différents lieux, et ça, ça nous intéresse aussi, de passer du milieu underground à un plus grand public. Ça permet aussi de se rappeler qu’on n’est pas tou-te-s déconstruit-e-s (des clichés, des injonctions et des mythes régissant la sexualité, mais pas que, ndlr) de la même manière. Selon là où on en est, selon les vécus, il peut y avoir des propos qui ne plaisent pas à tout le monde. Une programmation 100% safe et inclusive, c’est bien de tendre vers ce sens-là et de prendre en compte toutes les discriminations mais on prend toujours un risque en organisant une soirée. »

En tout cas, c’est un pari joliment réussi pour les bénévoles qui ont ce soir-là transformé le hall de l’établissement en pieuvre de l’amour, du désir et du plaisir, qui nous mène de part et d’autre de ses tentacules vers une sexposition, un bar aphrodisiaque, une sexothèque, des lectures érotico-décalées, des associations, une conférence performée, des massages shiatsu ou encore un concert délirant.

RÉAPPROPRIATION DES SAVOIRS

Sans oublier à l’étage, dans une salle de réunion, un atelier « Hacke ton vibreur », animé par Antoine. Il est alors 18h30 et la soirée vient juste d’ouvrir ses portes. L’atelier donne tout de suite le ton. Outre le fait que le titre évoque les sextoys, il est question ici de l’esprit Do It Yourself.

« C’est toi qui le fait, toi qui décide des matériaux. Le DIY est un courant qui rassemble tout un tas de chose. Pour moi, il s’agit de la réappropriation des savoirs. On ne comprend pas toujours ce qu’il y a à l’intérieur des objets autour de nous. Le Do It Yourself propose de donner accès à ces données-là, il y a vraiment la notion de partage. On ne donne pas le gâteau tout seul, on donne le gâteau avec la recette. », souligne l’animateur.

L’idée alors n’est pas de fabriquer sur place son sextoy personnalisé mais d’en comprendre le mécanisme, « afin de démystifier les moteurs qui vibrent ». De voir si les compétences des un-e-s et des autres peuvent se croiser et si à l’avenir il serait envisageable de poursuivre l’expérience.

C’est surtout une belle entrée en matière qui suggère la réappropriation de la sexualité qui heureusement ne peut être unique mais bel et bien personnelle, à partir du moment où l’on (s’)autorise à se détacher des diktats de la société et sa morale. Il est alors nécessaire de pouvoir avoir accès aux savoirs, de pouvoir choisir et de pouvoir composer et vivre ses expériences, selon chacun-e. D’appeler un chat un chat, ou pas.

Puisqu’on pourrait aussi dire « Andouille à col roulé, Berlingo, Chatte, Dard, Extincteur, Foune, Garage à bite, Hochet de Vénus, Instrument, Joystick, Kiki, Levier de vitesse, Minou, Nénuphar, Ouverture, Pine, Quéquette, Radis, Salle des fêtes, Tarte aux poils, Urne, Verger de Cypris, Willy, Xiphoïde, Youka, Zob. »

Cet abécédaire des petits noms donnés au sexe féminin et au sexe masculin, c’est la compagnie Les Becs Verseurs qui la dresse à l’occasion de ces lectures érotico-décalées. Des Frères Jacques à l’abbé de Lattaignant, en passant par Colette Renard, Juliette et Le Petit Robert, les trois comédien-ne-s nous invitent à (re)découvrir des textes autour des plaisirs et des sexualités.

On sent bien là la patte des Becs Verseurs qui allient humour et poésie et manient avec subtilité les jeux de mots, les sous-entendus et le langage cru. Parfait mélange, auquel le trio ajoute un œil frétillant, un sourire en coin et un déshabillé coquin.

À travers le Kamasutra, des paroles de chanson, des recettes de cuisine ou encore des écrits romancés et romantiques, on croise des personnages aux fesses petites, grosses, basses ou déprimées, on entend claquer de doux baisers, on découvre une version érotique de la comptine « Au clair de la lune », on écoute le coming out d’un jeune homme natif de Lutèce et on réinterprète la condition d’Eve, de Pénéloppe ou de Jeanne d’Arc, loin d’être pucelles effarouchées et passives succombant aux plaisirs coupables, comme le dit Juliette dans sa chanson « Il n’est pas de plaisir superflu », déclamée en cette soirée :

« Profitons de l’instant, saisissons le présent / Osons, ne restons pas inertes / Quand le Monde court à sa perte / Il n’est pas de plaisir superflu ! / En été, en automne, en hiver, au printemps / Entrons si la porte est ouverte / Quand le Monde court à sa perte / Il n’est pas de plaisir superflu ! »

À CHACUN-E SON SEXE, À CHACUN-E SON EXPRESSION

Le sexe se décline de multiples façons. Sujet inépuisable, il fait fantasmer autant que frémir et, dans tous les cas, il inspire énormément. Preuve en est avec les larges rayons de la sexothèque, constituée et remplie par Sexclame ! depuis sa création. Mais aussi la sexposition, réunissant une dizaine d’artistes, dont Lis Peronti et ses serviettes hygiéniques aux lettres brodées en rouge.

Au centre de la salle, ses créations sont entourées de celles de Leslip – cofondatrice de l’association avec Margo – de Diane Grenier, de Laura Zylberyng, Claire Grosbois ou encore Stéphane Vivier et Marylise Navarro. Sans oublier les gaufrages de Salomé Marine qui présente des gravures, sans encre, de photos de vulves de femmes souhaitant se faire opérer des lèvres.

Du porno en photo au moulage de tétons, en passant par la contraception d’urgence, les œuvres, qui varient dans les matières, les couleurs et les manières d’aborder ce vaste sujet, sont à regarder, observer, toucher, caresser et même à écouter :

« Il lèche mal mais il baise bien. Je garde comme règle de ne pas simuler, j’exagère parfois ma respiration pour encourager. Je lui bidonne que je suis plus vaginale que clitoridienne. »

On se le répète en sortant de la pièce, il n’y a pas qu’une sexualité. Heureusement. Pas qu’une seule manière d’en parler et la soirée va encore nous prouver que tout peut être exploré et interprété, selon les goûts, les préférences, les courants de pensée mais aussi selon qui fait l’Histoire.

« La pornographie c’est bien mais c’est un peu scolaire. Ce que l’on préfère, c’est ce qui est plus masqué, ce qui doit être dévoilé. Pas parce que c’est plus ludique mais parce que c’est plus pervers. Bienvenue dans l’histoire de la perversité ! » Ce soir-là, Hortense Belhôte, comédienne et professeure d’Histoire de l’art, fait un carton dans la salle de spectacle du Diapason avec sa conférence performée « Les arts du sexe » ou le sexe dans l’art classique. C’est drôle, percutant et passionnant.

CACHÉ OU PAS CACHÉ, LE SEXE ?

En une heure et une multitude de diapos proposant un voyage dans la peinture classique et la mythologie, celle qui a été repérée cet été par Margo - au Festival du Film de Fesses, à Paris - qui sort de quatre jours de bronchite et qui douille parce que c’est le premier jour de ses règles, s’amuse des représentations sexuelles, sexuées et genrées. D’abord avec la Vénus pudica qui, debout, accroupie ou allongée, a toujours le sexe caché.

« Peut-être qu’elle vient de faire l’amour avec son mari, de se faire un plaisir solitaire ou bien a-t-elle une mycose, on ne sait pas ! », plaisante Hortense, qui poursuit ses savoureuses interprétations personnelles : « Zeus est le dieu archétypal de la conquête sexuelle et amoureuse. Il est marié, mais intéressé par d’autres. Alors il se métamorphose pour arriver à ses fins. En nuage pour faire un baiser à une femme, en aigle pour séduire un jeune éphèbe pré-pubert ou encore en cygne une autre fois. Est-ce que Zeus ne serait pas le dieu tutélaire du sextoy ? C’est une piste à creuser… »

Elle passe en revue les représentations de l’amour lesbien, de la virilité, jusqu’à l’apparition de la question du genre, lorsqu’Hercule est fait prisonnier par la reine Omphale, celle ci prend les affaires et lui, porte les siennes.

« On voit alors Hercule en robe rose à paillette, il coud pendant qu’elle, elle tape avec sa massue. C’est l’inversion des genres dans les tableaux, avant que survienne la superposition des attributs. Aujourd’hui, les Hercule et Omphale modernes pourraient être les sculptures des stars trans, Buck Angel et Allanah Starr ! Après, la question à laquelle on n’a jamais répondu, c’est est-ce que c’est Hercule qui enfile ou Omphale qui encule ? Ça reste ouvert… », lâche Hortense Belhôte, qui passe des mythes et légendes à la valeur ajoutée par la chrétienté, à savoir la morale.

Tandis qu’elle retire son pantalon, elle démontre comment la religion a introduit la naissance du textile, faisant de la nudité quelque chose de choquant. Pourtant, dans le tableau de Rubens « Suzanne au bain », on voit la jeune femme, de dos, faire sa toilette intime, « et des vieillards la matent et qui derrière vont faire croire que c’est elle qui les a aguichés, machin, machin… Parce qu’une fois déshabillé-e, qu’est-ce qu’on a envie de faire ? De toucher ! »

Du consentement bafoué à l’assignation réductrice des femmes dans la cuisine – avec les peintures de Vermeer et sa célèbre Laitière – les œuvres se veulent des allégories de la jeunesse, de la chasteté et de la mise en danger. Celles-ci sont restées, devenant peu à peu des références indiscutables dans l’Histoire de l’art, tandis qu’on a fini par oublier, ou négliger, les représentations de la déesse Baubo, dont le visage se situe dans le bas ventre.

On lui attribue pourtant une belle victoire, puisque c’est elle qui a fait rire Démeter, déesse de l’agriculture et des moissons, lorsque celle-ci succombait à la dépression, à la suite de l’enlèvement de sa fille Perséphone. On raconte qu’en quelques blagues grivoises « la déesse de la vulgarité féminine aurait sauvé le monde. En faisant rire Démeter dont l’humeur a fait mourir la Nature, elle a permis le renouveau. »

Simplement vêtue d’une culotte, en position de Vénus alanguie, Hortense conclut alors, se tournant dos au public et révélant ainsi la célèbre marque de Batman sur ses fesses : « Peut-être que nous aussi, ce soir, nous venons de changer le monde. »

LA SEXUALITÉ, C’EST LUDIQUE ?! OUI, OUI, PROMIS !

« J’ai jamais autant rigolé à une conférence. Et en plus, j’ai appris des trucs ! », s’enthousiasme une participante, en quittant les gradins, la mine enjouée. Tout comme ce curieux qui se balade de stand en stand, avant de s’arrêter devant celui du Centre Gay Lesbien Bi et Trans de Rennes (CGLBT) pour jouer au Jeu des lois :

« On pose des questions sur les connaissances autour de la transidentité. Quand on a une bonne réponse, on avance et on peut tomber sur des cartes Chance ou Malchance. Cela permet de connaître le quotidien des personnes trans. »

Comment doit-on parler à un homme trans : au masculin / au féminin / ça dépend de son apparence ? Quelle est la cause de la transidentité : une surexposition à des personnages de série homos / une alimentation trop riche en oligotrans / On ne sait pas et on s’en fout ? En France, le changement de sexe est interdit par la loi : Vrai ou Faux ? Papy vous accepte comme vous êtes, bravo, rejouez !

L’instant est ludique et joyeux. Sans jugement. Se tromper n’est pas grave, le tout étant de comprendre les réponses et informations données. Une manière légère d’établir un premier contact, pour ensuite pouvoir éventuellement aller plus loin. Comme c’est le cas pour les voisin-e-s du CGLBT, entouré de Diane, animatrice de prévention bénévole dans une association de lutte contre le VIH et fondatrice du « Gougle du cul », le site Sexy Soucis, et du Planning Familial 35.

« Je pense que le public de la soirée était majoritairement un public averti, avec pas mal de gens de notre réseau mais je sais qu’il y a aussi eu un public varié. Diane a rencontré et discuté avec une travailleuse du sexe par exemple, qui lui a dit qu’elle n’avait avant jamais mis les pieds dans une soirée comme ça. C’est un moment très fort et c’est une victoire pour nous. C’est important de pouvoir se sentir en confiance quand on n’est pas dans la norme. », souligne Margo.

De son côté, Lydie Porée, présidente du PF 35, note une grande mixité dans les personnes présentes et rencontrées. L’association a placé sur la table le slip chauffant, confectionné par l’association Thomas Bouloù (pour la responsabilisation des hommes dans la prise en charge des risques et conséquences de leurs sexualités). En guise d’appât. Parce qu’il attire l’œil et les passant-e-s :

« C’est notre produit d’appel on va dire. C’est sur la contraception mais ça permet de parler de ça et d’élargir à la vie affective et sexuelle. On est là pour que les un-e-s et les autres puissent poser leurs questions. Tout est posable, tout est entendable. La réponse n’est pas toujours évidente mais le but est d’échanger sur les questions de sexualité. »

SORTIR DU JUGEMENT ET DE LA MORALE

Elle constate que les discussions tournent beaucoup autour du préservatif externe et de ses contraintes. Le mettre au bon moment sans casser le rythme ou l’envie, trouver la bonne taille, la peur des infections sexuellement transmissibles… Tout cela mène directement au sujet du dépistage. Le jour même, le Service inter-universitaire de médecine préventive et de promotion de la santé de Rennes proposait un après-midi de dépistage sur le campus Beaulieu.

« Certain-e-s sont venu-e-s à la soirée en cherchant justement à avoir accès à un dépistage immédiat et étaient surpris-es qu’il n’y en ait pas à ce moment-là. C’est très intéressant car d’une part, on s’aperçoit que le dépistage fait parti du scénario d’une vie affective et sexuelle, c’est rassurant, et d’autre part, ça montre qu’il y a de la demande dans ce genre d’événement. Car ce n’est pas toujours simple d’aller au CeGIDD (Centre de dépistage, CHU de Rennes, ndlr) et ça montre que c’est à nous assos d’aller vers le public. », analyse Lydie.

Son bilan nous interroge. Pourquoi, si le dépistage fait parti du scénario, attend-on l’organisation d’événements ? La peur du jugement, venant de certain-e-s professionnel-le-s de la santé ?

« Je pense que le jugement et la morale pèsent certainement. Ce n’est pas en faisant la morale que l’on va changer les choses. Qui n’a jamais pris de risque ? C’est illusoire de se dire qu’on est observant-e-s et réglos toute une vie sexuelle durant. La vie, c’est des oublis, c’est des ‘c’est pas le moment’ ou des ‘c’est pas venu’. Prendre soin de soi est contraignant, alors quand en plus on rajoute un-e partenaire dans l’équation… J’ai fait une formation volontaire à Aides sur la réduction des risques qui consiste à adapter la prévention à la pratique, en fonction de la situation. Ça veut dire qu’on doit être en mesure d’entendre que le préservatif, c’est chiant. On a vraiment intérêt à se détendre ! En tout cas, cette soirée m’a ouvert les yeux sur la nécessité d’aller vers les gens, avec des outils rapides. », répond-elle.

DISCOURS ET SUPPORTS DÉCULPABILISANTS !

Au service culturel de l’université Rennes 1, ce 14 décembre, ça grouille de propositions, de curieux-ses, de questions et de réponses, d’informations en tout genre et pour tous les genres. On peut d’ailleurs, avant ou après s’être fait masser (non obligatoire, on précise), avant le concert des Banquettes Arrières ou pendant que l’on prête une oreille attentive aux contes coquins de Quentin Foureau, composer sa pochette surprise, avec des préservatifs, des stickers Sexclame ! décorés de clitoris, une planche dessinée par Laurier The Fox sur le coming out d’une personne trans, la roue du consentement ou encore de la documentation sur « Le viol, c’est quoi ? », « 10 conseils pour éviter le viol » (adressés aux hommes, pour une fois) ou des slogans tels que « Le viol concerne la violence pas le sexe, si tu te prends un coup de pelle, t’appelles pas ça du jardinage » et « La vie est trop courte pour s’épiler la chatte ».

Au fur et à mesure, les complexes s’estompent. Le fascicule « Tomber la culotte ! Coups de pouce pour s’affirmer, s’amuser et prendre soin de soi – Pour les lesbiennes, bies, et autres curieuses » a raison :

« Les filles, détendons notre string !!!! Qu’on se le dise, la masturbation est une source de plaisir, de découverte de soi, de désinhibition, de développement de l’imaginaire sexuel, et… j’en passe et des meilleures. Chacune a sa façon bien à elle de s’y adonner et toutes n’y ont pas recours non plus. Là encore, nous ne sommes pas toutes faites sur le (là !) même moule, et c’est tant mieux. Mais si ça vous tente, ne boudez pas vos envies ! »

Tout comme on peut se pencher également sur la brochure « BDSM, jouez safe » au slogan croquant : « Fais-moi mal mais fais le bien ! » ou sur la brochure « Choisir sa contraception », éloignée de tout jugement et injonction. C’est ce que réussit à faire l’association Sexclame ! lors de la soirée : proposer de nombreuses facettes de la sexualité, sans orienter les participant-e-s vers une vision imposée mais en participant certainement à un processus de déculpabilisation.

Parce que l’objectif de la structure est d’interroger les sexualités dans leur diversité. Briser le discours sur une sexualité unique, « imprégnée de sexisme et de tabous », afin de « libérer les paroles et susciter la réflexion à ces sujets. »

ENCORE DES RÉSISTANCES !

Parler librement de sexualité n’est pas tâche aisée. Encore aujourd’hui, dans notre société, les tabous et les mythes, teintés de valeurs morales et religieuses, régissent nos sexualités qui ont bien du mal à se détacher du rôle de procréation pour tendre vers celui du plaisir et du désir. L’exemple le plus significatif est celui du clitoris.

Seul organe destiné uniquement au plaisir, il est étiqueté ennemi public n°1, voué à rester dans l’ombre du vagin et de la fécondité des siècles et des siècles durant. Représenté de manière schématique depuis peu de temps, il reste - malgré les tentatives, comme le chouette court-métrage de Lori Malépart-Traversy, Le clitoris, dont la vidéo est à voir sur Internet – un élément de crispation.

« La communication avec la mairie a été un peu compliquée. Pour l’affiche, le dispositif reprend toujours les 4 lettres ND4J mais on met ce que l’on veut dedans. Nous, on a choisi des mains, des bouches, des tétons et des clitoris. On a reçu un mail nous demandant si on n’avait pas autre chose à mettre à la place des clitoris… Ce n’était pas dit « On refuse les clitoris », c’était un peu glissé entre deux phrases… », explique Margo.

Elle poursuit : « On a réfléchi et pour nous, il était très important de parler du clito, du plaisir féminin, etc. Et c’est ce que l’on a répondu clairement. On était prêt-e-s à annuler la soirée si les images de clitoris étaient refusées. Finalement, c’est passé. Je pense que la personne en charge de l’affiche a eu peur de prendre la responsabilité, peur de créer un problème et finalement ça en a créé un. C’est remonté jusqu’au cabinet de Nathalie Appéré. Aussi, certains termes ne sont pas passés sur l’affiche : érotico-décalée, aphrodisiaque, Soirée genres et plaisirs… ça a un peu crispé les relations. »

Difficile en effet de se figurer que fin 2017 on s’effraie autour de la représentation d’un clitoris et qu’on censure certains mots qui pourraient choquer le tout venant lors de sa promenade dans le centre ville de la capitale bretonne. Si la co-fondatrice - et l’équipe de l’association - ne souhaite pas dissimuler les complications survenues, elle prend le recul nécessaire à l’analyse de ces événements :

« Au final, c’est très intéressant de voir les questions que ça a soulevé. On est content-e-s que ça ait un peu remué la mairie, c’était une expérience intéressante et il ne faut pas oublier que nous avons eu une vraie liberté de programmation. Ça nous y tenons pour cette soirée passée, comme pour les prochaines à venir. Nous avons été très bien accompagné-e-s par la mairie, notamment par Elodie Coquart, en charge du dispositif. Après les crispations, on a pu en parler avec elle et ça, ça m’a fait du bien, d’avoir au bout du fil un être humain qui explique que ça a soulevé des questions auxquelles les services de la Ville ne s’attendaient pas. »

Et parce que pour l’association le clitoris représente bien plus que le plaisir féminin, Sexclame ! prépare son logo aux formes de cet organe du plaisir.

Combien de temps faudra-t-il encore attendre avant que les tensions autour de la sexualité ne s’évaporent ? Et y parviendra-t-on un jour ? Combien de temps devrons-nous subir les fléaux et conséquences des violences sexistes et sexuelles à cause des réticences, des tabous et des pressions conservatrices ?

On ne sait pas mais on mise sur l’avenir. Sur la faculté des individus, grâce à des événements bienveillants et décomplexants comme celui de Sexclame ! par exemple, à suivre leur curiosité, à oser découvrir et à s’encanailler, à s’aventurer main la première dans l’exploration de leurs corps et de leurs désirs.

Pour s’affirmer et se réapproprier leur sexualité. C’est tout le bonheur que l’on vous souhaite pour cette nouvelle année.

 

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La sexualité, un art à caresser dans le sens que vous voulez !
La nuit de toutes les sexualités
Les jeunes, la sexualité et Internet
Terrifiante éducation à la sexualité

Célian Ramis

"La meilleure contraception, c'est celle que l'on choisit !"

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Planning Familial 35
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Cinquante ans après la promulgation de la loi Neuwirth (19 décembre 1967), le Planning Familial 35 a souhaité faire le point sur les avancées à saluer mais aussi sur les combats encore à mener.
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Il n’existe pas de bonne ou de mauvaise contraception. C’est à la personne concernée – qu’elle soit femme ou homme - de faire son choix. Celui-ci doit être éclairé par une information complète et accessible à tou-te-s. Cinquante ans après la promulgation de la loi Neuwirth (19 décembre 1967), le Planning Familial 35 a souhaité faire le point sur les avancées à saluer mais aussi sur les combats encore à mener. Tout cela dans une optique claire : l’égal accès à la liberté de choisir. Des mots importants, qui résonnent dans toutes les luttes (et les bouches) féministes !

« L’histoire que je raconte ici se déroule en 1971. Année charnière pour les femmes. Trois ans après mai 68, l’année du Manifeste des 343 femmes – ayant une certaine notoriété – qui proclament, en défiant la loi, qu’elles avaient avorté. Un an avant le procès de Bobigny où une jeune fille de 16 ans que je défendais devant le tribunal avait choisi l’avortement après avoir été violée et engrossée par un voyou de son quartier. Procès qui devait ouvrir la voie à la loi de 1975 (dite loi Veil). »

Ce sont les mots que Gisèle Halimi, présidente de Choisir la cause des femmes – fondée notamment avec Simone de Beauvoir en 1971 – couche dans la préface de la bande-dessinée de Pierre Wachs et Philippe Richelle, Libre de choisir. Avant de poursuivre : 

« Les Anne, les Isa aujourd’hui doivent savoir que les droits obtenus par leurs aînées demeurent fragiles et peuvent toujours être remis en question. Notamment le plus important d’entre eux, celui de choisir de donner – ou non – la vie. Car la précarité marque toujours les acquis des femmes. »

Avant les années auxquelles l’avocate se réfère, l’Histoire de la lutte des droits des femmes est marquée en 1967, le 19 décembre exactement, par la promulgation de la loi Neuwirth. La contraception - et la pilule oestro-progestative notamment - est dès lors autorisée. Dans le texte seulement, puisqu’il faudra attendre 1972 pour voir publiés les décrets d’application.

« LULU LA PILULE »

Entre temps, la loi de 1920, interdisant l’avortement et la contraception, est encore en vigueur, rendant impossible la publicité autour de la contraception. Lucien Neuwirth, député de la Loire et gaulliste, va devoir se battre contre ses collègues élus et l’opinion publique. Et va devoir convaincre le général de Gaulle, très réticent à cette idée, comme la plupart des hommes politiques, excepté François Mitterrand qui se déclarera favorable.

On connaît peu l’histoire de celui que l’on a surnommé « Lulu la pilule ». Pour les 50 ans de la loi, le magazine Causette, dans son numéro de décembre, revient sur l’acharnement de cet homme qui a mené bataille, 20 ans durant, pour qu’ait lieu cette révolution sociale. Une histoire – et une société - sur laquelle est également revenue l’émission « Qui sommes-nous ? » en diffusant le 19 décembre, sur France 3, le documentaire La bataille de la pilule.

« La première des choses pour une femme, c’est de maitriser son corps. Mon corps m’appartient ! », peut-on entendre dans les premières minutes du film, coproduit par Causette et France Télévisions. Si aujourd’hui, les femmes ne peuvent pas encore se dire pleinement libres de disposer de leurs propres corps, elles peuvent en revanche célébrer les luttes qui ont mené à des avancées significatives en ce sens.

LE COMBAT CONTINUE

« On ne se verrait pas revenir en arrière ! », souligne Katell Merdignac, bénévole et membre de la commission Contraception-IVG du Planning Familial 35. En effet, l’association féministe et d’éducation populaire milite, comme le rappelle sa directrice Anne-Claire Bouscal, « pour créer les conditions d’une sexualité vécue sans répression ni dépendance dans le respect des différences, de la responsabilité et de la liberté des personnes (…). Contraception, avortement, éducation à la sexualité sont les conditions essentielles de l’autonomie, de l’émancipation des femmes, et de la libre disposition de leur corps. »

Et n’oublie pas de faire remarquer qu’en 2017, le combat est toujours d’actualité. L’accès à la contraception de son choix restant encore fragile. Parce que la population manque encore d’informations.

Pour plusieurs raisons : la loi de 2001 sur l’éducation à la sexualité (prévoyant des interventions en milieu scolaire chaque année, de l’élémentaire au lycée) est très peu appliquée, les professionnel-le-s de la santé sont trop peu formé-e-s à ces questions durant leur cursus universitaire, les structures ressources manquant de moyens financiers et humains sont inégalement réparties sur le territoire…

« Nous avons des partenariats avant certains établissements scolaires mais pas beaucoup. Ils demandent souvent une intervention pour les classes de 4ème. Et de 3ème. On va très peu dans les lycées, il y a beaucoup de résistance. Je remarque que ça se fait souvent à l’initiative d’une personne, ça tient sur une infirmière scolaire, un prof de SVT… Mais si un prof de SVT souhaite l’intervention et pas son collègue, ça complique les choses… Il faut convaincre les non convaincu-e-s. », déplore Laure Stalder, conseillère conjugale et familiale au PF 35.

La directrice note également que la demande d’intervention est souvent motivée par un événement survenu dans l’établissement, « alors que ça devrait être mis en place avant, dans un cadre d’information et de prévention. » Pas seulement en réponse à un incident.

La faible application de la loi de 2001 révèle un inquiétant manque de financements - les interventions étant à la charge des établissements – et, par conséquent, de volontés politiques. Pourtant, l’information est primordiale pour le maintien des acquis sociaux, menacés par la montée, et la médiatisation, des réactions conservatrices et les idées reçues, dont la déconstruction reste un enjeu majeur du Planning Familial.

DÉCONSTRUIRE LES IDÉES REÇUES

Le scandale des pilules de 3ème et 4ème générations, les études sur le potentiel lien entre pilule et cancer du sein, l’idée que la pose d’un stérilet est possible uniquement après une grossesse, le retrait de l’implant Essure du marché (pour « raison commerciale »)… Les polémiques s’accumulent, suscitant doutes et inquiétudes, constamment autour de la contraception, le tri dans les informations devient difficile et un ras-le-bol se fait sentir.

Le 26 septembre, à l’occasion de la journée mondiale de la contraception, nombreux étaient les articles titrant autour de la désaffection de la pilule et du retour aux méthodes naturelles. L’emballement médiatique est lancé et encore une fois, ce sont les femmes qui trinquent.

Depuis 1978, la progression de l’usage de la pilule a été constante, souligne le PF 35 dans un communiqué, passant de 27% (cette année-là) des utilisatrices de contraception à 45% en 2000. On constate alors que les méthodes dites traditionnelles (retrait et abstinence périodique), utilisées à 23%, sont largement délaissées, chutant à 3%.

Dans les années 2000 pourtant, les études de l’INED (Institut national d’études démographiques) mettent en avant une inversion des tendances. L’usage de la pilule passe de 41% en 2010 à 33% en 2016. D’un autre côté, d’autres méthodes contraceptives prennent du gallon. Comme le stérilet (DIU, dispositif intra-utérin) qui voit son utilisation passer de 19% à 26% (sur la même période) et le préservatif qui passe de 11% à 16%.

Les méthodes naturelles reviennent en flèche en 2010, doublant son pourcentage avant de se stabiliser autour des 5% de 2014 à 2016. Un chiffre assez proche de celui de la stérilisation féminine (ligature des trompes), qui serait d’ailleurs en régression.

La pilule reste en France la méthode privilégiée par les concernées, particulièrement chez les jeunes de 15 à 19 ans (60,4%). Le Baromètre santé 2016 indique que son utilisation baisse avec l’âge (35,4% des 30-34 ans). En Bretagne, l’ARS (Agence régionale de santé) révèle même qu’en 2016, plus d’une femme sur deux utilise la pilule entre 18 et 29 ans.

ÉCOUTE ET DIALOGUE

« En consultation, on part des idées reçues des patientes, de ce qu’elles ont entendu, de ce dont elles ont peur. Les études sur les risques de la pilule sont très controversées. On dit aux femmes que la pilule provoque le cancer du sein mais on ne leur dit pas qu’elle les protège du cancer de l’utérus et du colon. Je ne peux pas assurer à une patiente qu’il n’y a aucun risque avec la pilule mais déjà le risque est extrêmement faible et ensuite c’est le cas avec tous les médicaments. »
déclare Cloé Guicheteau, médecin du PF 35.

Elle poursuit : « Quand elles sont jeunes, en majorité, elles ne connaissent que la pilule, qu’elles aient commencé une sexualité ou non. Elles veulent donc ce qu’elles connaissent. Notre rôle est de leur expliquer tout ce qui existe. Je leur parle du stérilet, de l’implant, etc. De comment vont se passer leurs règles, selon les méthodes de contraception. Je leur dis de ne surtout pas hésiter à revenir nous poser des questions, à revenir nous voir si jamais après la pose de l’implant elles ont des saignements trop fréquents. Pour voir comment on peut faire, comment ça peut passer. Il faut leur expliquer et dire que ça peut ne pas convenir. Ensuite entre 20 et 29 ans, on voit une diminution de l’utilisation de la pilule au profit du stérilet, souvent. Parce que ça peut être vécu comme une contrainte pour certaines de prendre la pilule tous les jours, ou parce qu’elles veulent prendre moins d’hormones, etc. »

Une baisse qui peut s’expliquer par une plus grande connaissance du sujet et peut-être une plus grande écoute de son corps et de son environnement. À l’heure où la société tend à se tourner vers des comportements plus écologiques et où l’on s’interroge sur la composition des cosmétiques, du textile, de l’alimentation, etc., les femmes prennent évidemment part au mouvement et questionne aussi leur quotidien.

Cloé Guicheteau et Laure Stalder se rejoignent sur la complémentarité de leurs fonctions. Les femmes peuvent parler différemment de leur rapport à la sexualité, à leurs corps, à leurs vécus, face à un-e médecin ou face à une conseillère conjugale et familiale. D’où l’importance de l’écoute et de l’information. Savoir aussi que selon les âges, les parcours, les expériences, les étapes de vie, les personnes évoluent et la méthode contraceptive peut être modifiée.

DES CONNAISSANCES POUR UN CHOIX RÉEL

Le mot d’ordre de la structure, d’autant plus valorisé à l’occasion des 50 ans de la loi Neuwirth : il n’y a pas de bonne ou de mauvaise contraception. Bénévoles et salariées insistent, il s’agit là d’un choix individuel, qui doit être éclairé par une information complète et accessible à tou-te-s.

« Nous ne sommes pas là pour décider à la place des patientes mais nous devons les informer sur tout ce qui existe, que ce soit sur les méthodes réversibles, comme sur les méthodes définitives. »
explique Marie Lintanf, bénévole et membre de la commission Contraception-IVG du PF 35.

La contraception ne doit pas être une fatalité mais un choix. Aujourd’hui encore, néanmoins, on regrette le manque d’écoute de certain-e-s professionnel-le-s de la santé et le manque, voire l’absence, d’informations dispensées par ces dernier-e-s. Sans compter certaines idées reçues encore véhiculées en 2017 (même si elles tendent à disparaître pour certaines).

D’un côté, on aborde la contrainte de la prise quotidienne d’un comprimé hormonal. D’un autre, on appréhende la douleur lors de la pose d’un stérilet (ou que notre corps le rejette). On réfléchit à la solution préservatif mais « Monsieur » préfère sans. Le retrait ? On n’y pense pas toujours dans le feu de l’action… Choisir sa contraception peut ressembler à un casse-tête chinois et être source d’angoisse et de souffrance, comme en témoigne Le chœur des femmes, de Martin Winckler.

Mais l’ouvrage montre surtout l’importance de l’écoute et de l’information. Du travail collectif entre patientes et professionnel-le-s. Sans oublier la relation de confiance. « C’est très important de prendre le temps de discuter. De ne pas forcément faire l’examen gynécologique dès le premier rendez-vous par exemple. », insiste Cloé Guicheteau.

SE FORMER À L’ÉCOUTE ET À L’ADAPTATION

Pour elle, il est essentiel de s’adapter à chaque patiente. Et de bien expliquer étape par étape les gestes qui vont être réalisés lors d’un examen :

« Je montre le spéculum, j’explique à quoi il sert, l’endroit où je vais le mettre et ce que je vais faire. Il faut bien faire attention à expliquer ce que l’on va faire sur leur corps. Ce n’est pas seulement imaginaire, il est important qu’elles visualisent. Pour le stérilet, on passe plus de temps à préparer le matériel qu’à le poser. Alors pendant la préparation, on échange avec la patiente. Plus elle est décontractée et détendue, moins elle ressentira de gêne. On discute, on parle d’autres choses. On voit comment elle se sent, on peut lui montrer avec un miroir si elle le souhaite, c’est vraiment selon la personne !

On prévient de tout ce qu’on va faire pour qu’elles ne soient pas surprises. Elles vont avoir des petites douleurs, comme une petite douleur de règles, pendant la pose parce que l’utérus est un muscle, il se contracte. On travaille alors la respiration pour bien oxygéner le muscle utérin. On peut utiliser l’hypnose aussi si on sent qu’il y a trop d’angoisse. Et surtout, il ne faut pas insister si on voit que c’est difficile. On va alors essayer de discuter, voir s’il n’y a pas d’antécédent de traumas, et malheureusement, souvent dans ces cas-là, on s’aperçoit qu’il y en a. A partir de là, on prend le temps avant de réenvisager la pose ou pas. »

Pour Anne-Claire Bouscal, la question des violences faites aux femmes, de l’écoute, de l’information, de l’adaptation à la personne, etc. doivent être obligatoirement prises en compte dans toutes les formations des professionnel-le-s de la santé, tout secteur confondu. Et pour cela, une vraie volonté politique doit être, pas seulement affichée, mais entreprise réellement sur le terrain.

L’INFORMATION POUR TOU-TE-S

Les associations manquent de moyens financiers mais aussi humains. Et ne peuvent, à elles seules, faire tomber les barrières sociétales et pallier toutes les inégalités territoriales. Le gouvernement doit également prendre sa part, au travers de financements plus importants, via des campagnes d’information visibles et accessibles à tou-te-s.

Chloé Bertin, bénévole et membre de la commission Contraception-IVG du PF 35, soulève un point essentiel : les événements autour de ces questions, et notamment autour de la contraception masculine, sont quasiment exclusivement organisées à l’initiative d’associations et ne touchent ainsi pas tous les publics :

« Chaque année à Rennes, en 2016 et en 2017, il y a une soirée sur la contraception masculine. Il y a Ardecom qui en parle, ou encore Thomas Bouloù, mais ça reste des initiatives associatives. Pas institutionnelles. Le Planning parle aussi bien des méthodes de contraception féminine que des méthodes de contraception masculine. Ces dernières sont très peu choisies et c’est le parcours du combattant pour la vasectomie. »

LES HOMMES AUSSI SONT CONCERNÉS

Le parcours du combattant, c’est ce que relate le rennais Franck Bréal dans Causette (numéro de novembre 2017 – à lire absolument, hommes et femmes, on précise). Il fait parti des 0,8% (en France, parce que dans des pays voisins, le chiffre se rapproche des 20%) d’hommes à s’être orienté vers une méthode définitive. Son témoignage met le doigt sur un tabou profond, criant de vérités : la contraception peut, et doit, se conjuguer au féminin et au masculin.

Depuis la légalisation de la contraception, seules les femmes sont visées. Elles sont les seules responsables d’une éventuelle grossesse. À elles de penser au petit comprimé à prendre tous les jours à heure fixe. À elles de réfléchir à leurs moyens de contraception. À elles d’aller chercher la contraception d’urgence à la pharmacie (et de s’entendre dire qu’elles ont été irresponsables) si besoin. À elles de dire « On va mettre un préservatif (féminin ou masculin) parce que je prends pas la pilule / j’ai pas de stérilet / j’ai pas d’implant » ou « Il faudra se retirer avant la fin (pour les mêmes raisons) ».

À elles de calculer les dates d’ovulation et jours de menstruations, sans qu’aucune question ne lui soit posée. Oui, elles gèrent. Et elles gèrent toutes seules. Pourquoi ? Parce que c’est une affaire de gonzesses. C’est faux. Franck Bréal le dit d’ailleurs au début de son article :

« Véro (sa compagne, ndlr) a raison : la contraception est aujourd’hui considérée comme une prérogative féminine. Cette charge (mentale) normée et imposée est pourtant loin d’être un acte banal et n’est pas sans risque. »

Et la vasectomie est également considérée comme loin d’un acte banal et sans risque. Parce que cet acte atteint à la virilité (idées reçues : la vasectomie rend impuissant / c’est certainement sa compagne qui le force parce qu’elle en peut plus d’être enceinte / il va le regretter plus tard – selon l’âge de l’individu, évidemment), dans l’opinion publique.

AVANCER ENSEMBLE

Encore une fois l’absence d’information et de connaissance joue en défaveur de la méthode et surtout en défaveur de la liberté de choisir (un délai de réflexion de 4 mois est obligatoire avant la réalisation de la vasectomie). À cela viennent s’ajouter les assignations de genre, parfait cocktail mortel qui n’oublie pas de polluer les esprits.

Cinquante ans ont passé depuis que la victoire de Neuwirth sur les conservateurs-trices. Celui qui était traité de « fossoyeur de la France » et « d’assassin d’enfants » - contraint de retirer sa fille de l’école catholique  en 1967 « à cause du harcèlement dont elle est victime » (Causette), est aujourd’hui salué par la grande majorité de la population.

Depuis la promulgation de la loi et l’application des décrets, les avancées se sont multipliées, notamment le remboursement du stérilet et de la pilule, la vente libre de la contraception d’urgence en pharmacie, l’autorisation de la stérilisation à visée contraceptive, la prescription de la contraception et la pose du stérilet par les sages-femmes, la gratuité de certains contraceptifs pour les mineures de plus de 15 ans, le lancement d’un numéro vert gratuit (0 800 08 11 11 de 9h à 20h du lundi au samedi) ou encore la gratuité et la confidentialité de tout le parcours de soin relatif à la contraception pour les mineures de plus de 15 ans.

Mais le combat reste d’actualité. Pour ne pas revenir en arrière. Et pour progresser encore dans l’évolution des mentalités et dans l’accès à la contraception pour tou-te-s. Désormais, la contraception doit se conjuguer au féminin comme au masculin et l’information doit être complète, tout autant que l’écoute et la formation des professionnel-le-s.

Le Planning Familial 35 insiste sur le non jugement : « C’est la personne concernée qui sait le mieux ce qui est bon pour elle. Le panel contraceptif a beaucoup évolué en 50 ans et va continuer à évoluer. Maintenant, la contraception est quasi exclusivement féminine parce qu’on tient les femmes dans un rôle de procréation ou de responsable unique de sa contraception. L’égalité doit passer par le fait d’en parler et d’en discuter ensemble. »

 

 

POUR INFOS :

Le Planning Familial 35, c’est :

  • 180 adhérent-e-s

  • Une cinquantaine de bénévoles qui se mobilisent pour faire connaître le Planning et diffuser ses valeurs

  • 27 professionnel-le-s salarié-e-s qui forment et informent, qui écoutent et accompagnent les personnes au quotidien

  • 2 sites : Rennes et Saint-Malo

Célian Ramis

Florence Montreynaud contre la prostitution : "On achète le non désir de l'autre"

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Les Ptits Clous, Rennes
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La prostitution, un droit pour l'homme ? Une question posée à la fondatrice des Chiennes de garde, Florence Montreynaud, de passage à Rennes, le 10 mars dernier.
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Mardi 10 mars, Florence Montreynaud, historienne, journaliste et militante féministe, était l’invitée du café-citoyen, organisé par le Conseil de quartier Francisco Ferrer-Landry-Poterie dans le bar-restaurant Les Ptits Clous, à Rennes, autour de la question « La prostitution : un des droits de l’homme ? »

Un sujet houleux, qui divise les féministes, les politiques et la population. Le débat est installé depuis de nombreuses années et l’éventuelle abolition du système prostitutionnel a été mise sur la table fin 2013, avec l’adoption à l’Assemblée nationale du texte de loi présentée par les députées PS, Catherine Coutelle (à noter que cette dernière sera présente à Rennes, au 4 Bis, le jeudi 12 mars pour une conférence organisée par le Cidff 35 sur la loi égalité entre les femmes et les hommes du 4 août 2014) et Maud Olivier. Les 30 et 31 mars 2015, le Sénat examinera la proposition de loi visant, entre autre, à pénaliser les client-e-s de la prostitution.

Florence Montreynaud fait partie des défenseures des droits des femmes de la première heure, convaincue que la prostitution ne peut être un métier et qu’un corps ne peut être engagé dans une relation sexuelle à destinée commerciale. Elle a été une militante du MLF (Mouvement de Libération des Femmes), fondatrice de l’association Chiennes de garde, puis La Meute (contre la publicité sexiste) et Encore féministes !, et créatrice du réseau international Zéromachos, il y a 3 ans.

PÉDAGOGIE DE L’INDIGNATION

Sous ses airs bon chic bon genre qui enlève ses chaussures pour grimper sur les bancs afin de taguer les affiches dans le métro parisien, elle se dit « révolutionnaire à l’intérieur », affiche un humour cocasse, traite le cardinal Giovanni Battista Re de connard quand il dit qu’un viol est moins grave qu’un avortement (dans l’affaire de l’excommunication d’une mère brésilienne et de médecins pour l’avortement d’une fillette de 9 ans, violée par son beau-père, qui lui ne sera pas excommunié) et conclut l’interview par « Je ne touche pas à la prostate des hommes alors qu’ils laissent nos ovaires tranquilles ! », en n'oubliant pas de rappeler que l'avortement n'a jamais été un droit, l'accès à l'IVG représentant un véritable parcours du combattant et tendant à culpabiliser les femmes qui le pratique.

Ce soir-là, au bar-restaurant Les Ptits Clous, dans la rue de Chateaugiron, elle salue tous les participant-e-s du café-citoyen, les questionne sur le pourquoi de leur venue, parle de Zéromachos en distribuant un tract informatif. « Ah, vous êtes 3 Zéromachos ? Sauf vous Madame, évidemment… », lâche-t-elle toute pimpante, avant de retourner naviguer entre les tables et chaises en souriant, papillonnant et papotant.

« J’ai l’impression qu’il y en a qui ne connaissent rien du tout au sujet », s’enthousiasme-t-elle au début de la conférence. En amont, elle nous expliquait que son intérêt était là, de discuter, débattre du sujet dans une démarche pédagogique, « écouter ce qu’ils ont à dire, voir quelles sont leurs idées autour de ce sujet car sur la prostitution, tout le monde a un avis. » L’enjeu pour elle : déconstruire les idées reçues que l’on a sur la prostitution, qui n’est « ni le plus vieux métier du monde - puisque pour les femmes, c’est sage-femme - ni un moyen de réduire le nombre de viols. »

Elle est franche, ne mâche pas ses mots et prend la parole pour tous ceux qui trouvent ce système indigne - elle a même parfois tendance à délaisser la question posée au départ par le café citoyen "La prostitution : un des droits de l'homme ?" pour se concentrer sur l'action du réseau Zéromachos, réservé aux hommes qui refusent de payer une femme pour avoir une relation sexuelle. Florence Montreynaud conteste le discours des travailleuses du sexe désireuses d’exercer leur métier en pleine possession de leurs moyens et de leurs corps, et demandeuses d’un statut encadré pour sortir de la précarité extrême des prostitué-e-s, qui seraient « des lobbyistes du système des proxénètes » et dénigre les 343 salauds signataires du manifeste, l’an dernier, Touche pas à ma pute.

« Ils revendiquent un droit de l’homme, affirme-t-elle. Et on leur déroule le tapis rouge, on les invite dans les émissions, ils signent dans les colonnes de Libé, trouvent ça fun… Mais 90% des hommes ne souhaitent pas payer pour des relations sexuelles, et ceux-là ne se retrouvent pas dans les discours, mais n’osent pas prendre la parole. »

UN QUESTIONNEMENT LÉGITIME

Dans la salle, on s’interroge, on approuve, on contre-argumente. Les réactions sont variées. Pourquoi ne pourrait-on pas vendre son sexe alors qu’on vend tous des choses ? Ne serait-on pas figé dans cette éducation judéo-chrétienne qui culpabilise le sexe ? Les femmes peuvent-elles louer vagins et bouches sans être victimes de domination et de violences ? La pornographie n’impulserait-elle pas la prostitution ?

Pour une féministe radicale telle que Florence Montreynaud, les questions de l’auditoire sont légitimes mais trouvent, pour certaines, leurs réponses dans une logique contestable :

« Il y a d’un côté la pauvreté, la misère, peut-être l’emprise de la drogue, l’emprise de réseaux violents… De l’autre, un ensemble d’hommes qui ont des besoins, des fantasmes, des envies. Le problème, c’est qu’on ne comble pas son vide, son manque comme ça, et que les femmes trouvent de l’argent mais à quel prix ? Tout cela fait douter de l’humanité… »

Un raisonnement qui insinue que les femmes ne pourraient donc se prostituer pour d’autres raisons et les hommes ne seraient que clients, à cause de cette idée farfelue qu’ils auraient des besoins à assouvir impérativement - « mais on a jamais vu une couille éclater » - qui légitime et justifie leur domination sur les femmes, la privation de liberté de ces dernières. Sans trop vouloir aborder la question des prostitués masculins et clientes féminines, de l’assistance sexuelle ou confronter le point de vue du Strass (syndicat des travailleurs du sexe), elle semble occulter les avis divergents.

La sexualité débarque instantanément dans la conversation. L’opposition est nette, tranchée. La sexualité prend son sens dans son partage, dans son désir mutuel d’un être envers un autre être, se magnifie dans l’écoute de l’autre et dans la communication entre partenaires qui prennent le temps de bâtir ensemble cette relation sexuelle, qu’elle soit envisagée à court, moyen ou long terme.

Immédiatement, l’auteure de Appelons une chatte… ou encore Chaque matin, je me lève pour changer le monde confronte sa vision de l’épanouissement sexuel à sa réalité de la prostitution. « La sexualité des prostituées, c’est une marchandise. Mais ça ne devrait ni s’acheter, ni se vendre. Concrètement, elles ne prennent pas de plaisir, elles font des pipes à la chaine, ne mouillent pas, utilisent de la vaseline à outrance… ça rend mal à l’aise ! », s’indigne-t-elle.

ÉDUQUER À LA SEXUALITÉ

Florence Montreynaud souhaite aussi parler de son observation d’un modèle de l’égalité entre les femmes et les hommes : la Suède. Après plusieurs entretiens avec des hommes suédois, des années d’allers-retours dans ce pays, elle dévoile le secret de cette nation exemplaire : le congé paternité.

« Ils passent du temps à s’occuper de leurs enfants, à les éduquer, les soigner. Et les hommes que j’ai interrogé m’ont fait une réponse étonnante, que jamais personne n’avait évoqué : ils refusent de payer une femme pour une relation sexuelle car ils ont appris à toucher un corps sans désir, à se servir de leurs mains sur un corps, d’une autre manière. »
explique-t-elle, convaincue que la clé réside dans l’éducation à la sexualité dès le plus jeune âge.

Pour comprendre le désir de l’autre, le respecter, quel que soit le sexe et l’orientation sexuelle. Car pour elle, véritable problème au-delà des violences physiques, des pressions, et autres insécurités, la prostitution consiste à « acheter le non désir de l’autre ». Un principe qu’elle refuse.

Florence Montreynaud sera de retour à Rennes le 29 mars, au musée de Bretagne, pour une conférence sur la publicité sexiste. Et le 30 mai, pour une opération Zéromachos, « Repasser pour l’égalité » qui devrait se dérouler sur une place de la capitale bretonne – lieu encore non défini – et qui devrait attiser la curiosité : les hommes repasseront sur l’espace public, à la veille de la fête des mères en défendant le slogan suivant : « Le plus beau des cadeaux, c’est l’égalité ».

Célian Ramis

Contraception : Fiabilité limitée

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Rennes
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Enquête sur les méthodes contraceptives actuelles : scandale, manque de prévention, insouciance, hausse des IVG, méthodes naturelles... Quelles priorités aujourd'hui ?
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Une récente étude de l’Ined et de l’Inserm révèle une profonde évolution des pratiques contraceptives depuis le début des années 2000, et notamment un rejet de la pilule, celle-ci ayant, entre 2005 et 2010, reculé de 5 points (de 55% à 50%). Ce repli s’est accentué en 2013 avec la controverse sur les pilules de 3e et 4e génération – à la suite d’une plainte déposée en décembre 2012 par une victime d’AVC - passant de 50 % à 41 % entre 2010 et 2013, soit une baisse de 14 points en moins de 10 ans.

En Ille-et-Vilaine, 23 041 femmes utilisaient ces pilules entre octobre 2012 et septembre 2013. Elles n’étaient plus que 1 320 entre octobre 2013 et septembre 2014, soit une chute vertigineuse de 94 % en 1 an (source CPAM 35). Si la pilule inquiète, les femmes ont d’autres recours pour se prémunir de grossesses non désirées.

Pour autant, la crise du contraceptif le plus répandu soulève de nombreuses interrogations et souligne des graves conséquences collatérales. De quoi s’agit-il précisément ? YEGG a mené son enquête.

Rejet de la pilule, retour des méthodes naturelles, intérêt croissant pour le stérilet et la stérilisation, le rapport des femmes à la contraception a changé. Cette nouvelle donne a des effets positifs mais aussi des répercussions perverses sur l’IVG. 

Si les françaises continuent de se protéger des grossesses non désirées, elles le font autrement. L’étude de l’Ined et de l’Inserm révèle qu’elles se tournent vers le préservatif, qui sur la période gagne 3,2 points, vers les dispositifs intra-utérien ou DIU (stérilets) en hausse de près de 2 points, et vers les méthodes naturelles dont le retrait, ou coït interrompu (+3,4 points). La pilule ne serait donc plus la panacée et 40 ans après sa légalisation, sa remise en cause et les nouveaux usages contraceptifs ont pour première conséquence l’augmentation du nombre d’IVG.

LA PILULE EN CRISE

« Le problème s’est posé en Angleterre dans les années 90, à la suite d’une même controverse », confie Vincent Lavoué, gynécologue-obstétricien au CHU Sud, à Rennes. Rien d’étonnant pour lui. Il rappelle que les risques de phlébite et d’embolie pulmonaire liés à la pilule ont été reconnus et publiés, dès les années 60. « Il faut rappeler que la pilule est un médicament », ponctue-t-il. Le praticien précise que ces accidents restent rares et inférieurs aux risques observés pendant une grossesse.

Il partage avec sa consœur, Estelle Bauville, le sentiment d’être ici confronté à une erreur des pouvoirs publics et des médias, lesquels ont créé une panique générale. « Or, depuis 2004, les médecins doivent respecter les recommandations sur la pilule de 2e génération à prescrire en première intention. Si elle ne convient pas, alors seulement on peut proposer une 3e génération », précise le Dr. Bauville.

Les autorités de santé préconisent aussi un dépistage des femmes à risque lors d’une prescription de pilule et à chaque renouvellement.

« La Haute Autorité de Santé conseille d’orienter les patientes vers un contraceptif de longue durée en première intention, afin de faire face au problème d’observance (respect de la prise quotidienne et à heure fixe de la pilule, ndlr) et de risques cardio-vasculaires »,
ajoute Estelle Bauville.

Loin de nier l’existence des risques et la douleur des victimes, cette crise interpelle les deux praticiens. Manque d’autorité et champs d’action réduit des pouvoirs publics face à un lobby pharmaceutique trop puissant ? Praticiens négligents et en mal de formation continue ? Pré carré des gynécologues installés « en ville » qui ont dépossédé, depuis 25 ans, les généralistes de leurs prérogatives en matière de contraception et de contrôle gynécologique ? Femmes peu ou mal informées et donc inconséquentes ? Les causes sont multiples et les responsabilités partagées. Les effets sur la hausse des IVG, eux, sont alarmants.

FORTE PROGRESSION DES IVG

« En 2013, à Rennes, nous notons une hausse des IVG de 10 % »,
confie Vincent Lavoué.

En Ille-et-Vilaine, la hausse est de 13 %. Pour le praticien la réponse des pouvoirs publics à la crise - déremboursement des nouvelles pilules - a été une erreur entraînant plus d’IVG. Or, il ne conçoit pas qu’en 2014 on ne contrôle pas plus les grossesses, « en terme de santé publique c’est un bénéfice majeur, surtout pour les femmes », argue-t-il. Difficile aussi pour le Dr. Bauville de concevoir qu’avec le nombre de contraceptifs disponibles on puisse « se mettre ainsi en danger. L’IVG n’est pas une chose banale, il peut y avoir des infections, psychologiquement c’est dur ».

Elsa en a subi deux à la suite de deux grossesses non voulues sous pilule. « La première fois, à l’Hôtel Dieu, personne ne m’a alertée et parlé contraception, j’en ai un souvenir amer, glauque et froid », livre-t-elle. C’était il y a plus de 20 ans, mais le problème semble perdurer, Jean-Pierre Epaillard, médecin inspecteur de santé publique à l’Agence Régionale de Santé le confirme :

« Il n’y a pas, ou trop peu, d’examens et d’informations données aux femmes post-IVG».

Elsa est persuadée que de bons conseils auraient évité sa seconde IVG, 8 ans plus tard. Cette fois-là, on lui parle d’un contraceptif plus efficace pour elle, l’implant, lequel vient d’arriver en France. Elsa admet avoir « subi » les effets secondaires – prise de poids et cycles anarchiques - pour autant, l’important était ailleurs :

« Je ne voulais surtout pas revivre ça. Je crois malheureusement que tant qu’on n’a pas vécu une IVG on ne se doute pas de ce que c’est. C’est horrible »,
confesse-t-elle.

Pour le Dr. Bauville la contraception s’envisage au cas par cas, et cela parait facile au regard de l’arsenal contraceptif qui s’offre aux femmes. Certaines ne semblent pas avoir trouvé dans ce large dispositif « contraceptif à leur sexualité » et optent pour les méthodes naturelles.

LE RETOUR DES MÉTHODES NATURELLES

« L’indice de Pearl (il permet de mesurer l’efficacité d’un contraceptif, ndlr) prouve qu’il y a 30 à 40 femmes sur 100 qui tombent enceintes avec les méthodes naturelles : ça n’a pas de sens. Il faudrait savoir si tomber enceinte est un problème, ou pas, pour ces femmes. Se font-elles avorter ? », interroge le Dr. Lavoué. Difficile à savoir. D’autant plus qu’aux choix de ces méthodes pour raisons religieuses et culturelles, se sont ajoutés de nouveaux critères. L’étude Ined-Inserm indique que le recours à ces modes est orienté par des problèmes économiques, le niveau d’études et la catégorie socioprofessionnelle.

Les femmes sans aucun diplôme ont davantage délaissé les pilules récentes au profit de ces méthodes, tout comme celles en situation financière difficile. Une situation qui n’étonne pas le Dr. Epaillard, pour lequel il est évident qu’il existe des disparités sociales et des inégalités selon les territoires :

« On note que la prise de contraception d’urgence est plus importante en centre ouest Bretagne. Je ne suis pas étonné que la crise impacte la contraception. Lorsque l’on a des problèmes sociaux, la santé passe après, et la contraception en fait partie ».

L’étude parle aussi de certaines femmes qui rejettent tout contraceptif hormonal. Vincent Lavoué pense qu’il s’agit ici d’un mouvement plus global, écolo, avec l’allaitement exclusif, les couches lavables, l’alimentation bio, le recueil du cycle dans des dispositif de « coupe »…etc. « Ces suspicions à l’encontre des hormones ont été alimentées par la polémique. C’est juste une question d’appréciation des choses, car il n’y a pas de réalité physiologique, au contraire, outre le contrôle des grossesses, cela permet la diminution des risques d’infections sexuelles transmissibles (IST) et de cancer des ovaires. En revanche, il y a bien amplification des menaces de cancer du sein », précise-t-il.

Pour Anne et Bertrand Toutain, couple rennais qui pratique la méthode Billings depuis 20 ans, les contraceptions naturelles vont au-delà de toute mouvance et de tous milieux sociaux et présentent l’intérêt de bénéficier d’une excellente connaissance du corps féminin. Un savoir qui manque cruellement aux femmes et aux jeunes filles.

UN PROBLÈME RÉCURRENT DE SANTÉ PUBLIQUE

Aujourd’hui, Elsa pense à ses filles : « J’espère savoir trouver les mots pour qu’elles prennent conscience de l’enjeu. » Quant à son fils, elle envisage aussi de lui en parler sérieusement, considérant que la contraception ne doit plus être uniquement l’affaire des filles. Une initiative heureuse puisque de nombreuses méconnaissances sur la contraception circulent encore. Ainsi, certaines adolescentes pensent que le premier rapport sexuel n’est pas fertilisant.

« Il y a un gros problème auprès des jeunes filles, elles sont très mal informées. Depuis qu’on ne parle plus du Sida, elles ne se protègent plus et l’on voit plus d’IST, particulièrement le papillomavirus, responsable du cancer du col de l’utérus, et la chlamydia, cause de stérilité. Il n’y a pas assez de mise en garde, même si les infirmières scolaires font un énorme boulot »,
s’inquiète le Dr. Bauville.

Le problème persiste malgré la mesure de Marisol Touraine, ministre de la Santé, en 2013, de rendre la contraception pour les mineures gratuite et de réduire la TVA sur le prix des préservatifs. Pour ces derniers, se pose un souci de bon usage que les plus jeunes maîtriseraient mal. Néanmoins, l’étude Ined-Inserm révèle aussi que cette nouvelle donne contraceptive génère une plus grande diversité des pratiques, comme la pose de stérilets chez les 25-29 ans.

VERS UNE CONTRACEPTION LONGUE DURÉE

« Plus de stérilets et moins de pilules ? C’est un bénéfice réel ! Un effet positif de la polémique », assure Vincent Lavoué. Prôné par la Haute Autorité de Santé depuis 2004, le stérilet ne séduisait pas les jeunes, jusqu’en 2010. Depuis, il est passé de 2 à 5 % chez les 20-24 ans, et de 8 à 16 % chez les 25-29 ans. « Dans l’intervalle, un stérilet pour jeune fille, le short (petite taille, ndlr), a été mis sur le marché », note Estelle Bauville.

Longtemps victime d’un vieux dogme médical – disant les DIU responsables d’infections – il n’est donc plus réservé aux multipares. « Là encore, c’est un défaut de formation et de pratique qui poussent les praticiens à le refuser aux plus jeunes. Mais, ils ont l’obligation légale de les informer que d’autres collègues peuvent le faire », précise la gynécologue. Autre signe de ce tournant, l’attrait pour la stérilisation. Autorisée seulement depuis 2001, elle entre peu à peu dans les mœurs.

« On note une recrudescence des demandes de ligatures des trombes. Les profils sont très variés et nous procédons là aussi au cas par cas »,
confie le Dr. Bauville.

Elle s’alarme toutefois que cela ne devient un « nouveau jouet à la mode » sans que les femmes n’en mesurent vraiment les suites irréversibles, puisque une toute nouvelle méthode, Essure, se pratique par voie vaginale (la méthode initiale se fait par endoscopie, ndlr) et en 5 minutes seulement. « Je crains une banalisation de l’acte et un retour de manivelle dans peu de temps, surtout dans les DOM-TOM », concède-t-elle.

Car la contraception ne s’envisage pas avec légèreté, il en va du confort et de la liberté des femmes. À Rennes, depuis 2011, l’hôpital Sud a mis en place une formation au dépistage pour les généralistes. Les médecins traitants rennais reprennent donc en main la contraception et le contrôle gynécologique de leurs patientes, bon à savoir.

La plupart des pilules contiennent un œstrogène et un progestatif, des dérivés synthétiques de l’oestradiol et de la progestérone, deux hormones sécrétées naturellement chez la femme. Le progestatif fait fonction de contraception, l’œstrogène, hormone sexuelle, est là pour contrecarrer les effets du premier. La pilule de 1ère génération, celle des années 60, était riche en œstrogène, ce qui causait des effets secondaires importants (nausées, migraines).

La découverte de nouveaux progestatifs a permis de réduire le dosage d’œstrogène dans la pilule de 2ème génération, celle des années 70 et 80. Néanmoins les effets secondaires étaient toujours notables et les risques de thrombose veineuse toujours présents. Les pilules de 3e et 4e génération, arrivées dans les années 90, renferment plusieurs nouveaux progestatifs, censés réduire les effets secondaires (comme l’acné) et les risques d’accident thrombo-embolique. Mais, au contraire, ils les multiplient par 2.

« Depuis 40 ans, les risques de phlébite et d’embolie liés à la prise de la pilule – un médicament, rappelons-le – ont toujours existé, ils sont connus et publiés. Ils restent néanmoins faibles en fréquence. Les victimes ont souvent des antécédents familiaux »,
confie le Dr. Vincent Lavoué.

Le praticien précise qu’ici les responsabilités sont partagées par le lobby de l’industrie pharmaceutique, les pouvoirs publics ne jouant pas leur rôle de régulateur et les praticiens qui continuent de prescrire la 3e génération en première intention. Un récent rapport de l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament (ANSM) indique que les ventes des 3e et 4e génération ont chuté de 60 % entre janvier et avril 2014 par rapport à 2012. Parallèlement, les ventes de 1ère et 2e générations ont augmenté de 36 %.

« À 38 ans, mariée et mère de deux enfants, j’ai décidé de me faire ligaturer les trombes (stérilisation chirurgicale féminine). J’ai été opérée en mai dernier. Depuis, je suis ravie ! J’éprouve une sensation de tranquillité, de liberté, de confort », confie la jeune femme.

Un choix d’abord personnel, après plusieurs mois de réflexion guidée par une insatisfaction rencontrée avec d’autres moyens de contraception, « les hormones me rendaient malade et je n’ai pas supporté les stérilets (hormonal et au cuivre). Parallèlement l’idée de la stérilisation cheminait dans mon esprit », précise-t-elle.Un choix de couple ensuite. Si la démarche vient d’elle, son mari a entériné l’acte :

« Nous étions parfaitement d’accord sur le fait de ne plus vouloir d’enfants. J’ai alors pensé aux pires éventualités (perte d’un enfant, séparation), mais nous ne voulons pas avoir d’autres enfants, c’est notre choix ».

Décidée, Fanny s’est renseignée, notamment auprès de ses amies qui l’ont fait avant elle, puis elle a rencontré une gynécologue.

« Elle m’a posé beaucoup de questions, elle a testé ma motivation, car ce n’est pas anodin, c’est irréversible. Elle m’a aussi bien mise au fait des possibles retombées psychologiques par rapport à ma féminité, puis il y a eu les 4 mois de réflexion obligatoire »,
poursuit Fanny.

Elle avoue ne pas avoir vécu cela comme une remise en cause de sa féminité ou, pire, une mutilation, mais comme un acte médical banal, une étape dans leur vie de couple, une phase naturelle. « Subir l’ablation d’un sein à la suite d’un cancer est un acte mutilant, une ligature non », insiste-t-elle.

Anne et Bertrand Toutain pratiquent la méthode Billings depuis 20 ans et forment d'autres couples à la contraception naturelle, à Rennes. Témoignage.

YEGG : Pourquoi avez-vous choisi la méthode Billings ?

Bertrand : Nous avons commencé cette méthode au début de notre mariage, il y a 20 ans. Nous sommes plutôt bio et pas trop médicaments… Nous nous sommes intéressés à différentes méthodes. Et la méthode Billings a eu un aspect très positif sur notre couple. C’est un partage et un épanouissement pour nous deux. Accompagner les autres couples l’est également.

En quoi consiste l’accompagnement des couples ?

Bertrand : C’est une formation de couple à couple. Les personnes souhaitant se former à la méthode viennent à la maison pour une soirée qui dure en moyenne 2h / 2h30.

Anne : Ensuite, il y a un suivi de femme à femme. Une entrevue de 10 minutes, c’est très rapide, en face à face. En général, on se voit une fois par cycle (un cycle allant du début d’une menstruation à la fin de l’autre menstruation), pendant X cycles. Le temps qu’il faut. Au bout d’un moment on peut échanger par mail. Je tiens à ce que ce soit pratique pour les personnes qui se forment. Mais il faut savoir qu’on comprend généralement la méthode en un cycle. C’est très important de bien comprendre cela car la méthode Billings est très rigoureuse. Elle est aussi fiable qu’une pilule pour qui la suit rigoureusement.

Qu’est-ce qui les motive ?

Anne : Les personnes qui viennent nous voir, pour les femmes, sortent de pilule ou de stérilet, ressentent parfois une perte de libido. On rencontre tous les âges, tous les milieux sociaux… Les femmes peuvent aussi faire appel à nous au moment où elles souhaitent allaiter – pour savoir si cela est compatible avec la contraception naturelle – où lorsqu’elles sont en pré-ménopause.

Bertrand : Il faut savoir que la plupart des couples qui vient nous voir ne sont pas réticents aux grossesses et aux enfants. Il s’agit ici de réguler les naissances, pas de les éviter à tout prix. Pour cela, il faut bien comprendre le cycle féminin. Et cela aide par la suite pour avoir des enfants justement ! En connaissant son corps et son cycle, elle est rassurée et plus sereine. Ça crée un climat et une connaissance pour les femmes qui est très importante.

Anne : Il y a aussi des couples qui viennent nous voir alors qu’ils sont médecins, sage-femmes ou infirmières ! Ils connaissent bien le corps humain mais pas forcément dans la finesse de ce corps. Personnellement, je trouve que c’est une méthode féministe. Nous sommes fécondes entre quelques heures et quelques jours, tout dépend des femmes, par mois. Et on nous demande de prendre une pilule tous les jours ! Certes, il faut pratiquer l’abstinence pendant cette période de fécondation mais finalement ce n’est pas grand chose comparé à une prise de pilule chaque jour. Je trouve cela beaucoup plus contraignant.

Bertrand : Ce n’est vraiment pas très astreignant.

Anne : Sinon c’est 25 jours de liberté.

Bertrand : C’est une méthode très utilisée en Chine. Très rigoureuse. L’état chinois fait venir des moniteurs Billings. Pour illustrer, en France, nous sommes environ 600 moniteurs Billings. En Chine, dès le départ, ils ont formé 1000 moniteurs. Car ils voulaient se détacher des pays occidentaux et des méthodes de contraception. Et les statistiques sont très intéressantes. Il faut regarder sur le site de l’OMS.

Comment, concrètement, pratique-t-on la méthode Billings ?

Anne : La méthode consiste à sentir si l’on est humide ou sèche à la vulve. Il suffit de se poser la question plusieurs fois par jour pour acquérir le réflexe. C’est simple : la femme se demande comment elle se sent à la vulve pour déterminer le moment de fécondité. C’est une méthode « main dans les poches » ! En 20 ans, aucun couple venu nous voir n’a souhaité quitter la méthode. Souvent, ça booste le couple. L’homme est aussi impliqué.

Bertrand : Les femmes ont le même nombre de capteurs sur les grandes lèvres que sur les lèvres. Lors du premier cycle, elles doivent être attentives à ce qu’elles ressentent. Ensuite, avec l’entrainement, le cerveau sait reconnaitre. Au début, on fait sonner le portable pour y penser.

Anne : En 20 ans, il y a eu un seul bébé « non désiré » par un couple. Ce couple s’était bien planté dans la méthode !

Bertrand : La glaire cervicale est une substance qui s’écoule au niveau du col de l’utérus. Quand la femme la sent couler, c’est qu’elle est très féconde. En fait, cette substance aide les spermatozoïdes à remonter dans le corps. Souvent, les femmes ne connaissent pas toutes ces choses là. Et elles peuvent alors se sentir sales  à ce moment-là. Cela est dû au manque de relais entre les mères et les filles. Entre les pères et les fils. C’est dommage de passer à travers cette connaissance !

Anne : Et quand on ressent une sécheresse au niveau de la vulve, c’est que la substance est compacte comme un bouchon de liège. Impossible pour les spermatozoïdes de passer ! Avec cette méthode de contraception, l’union est tout à fait naturelle, et pour un couple, c’est tout à fait agréable.

Anne : Pour voir arriver cette humidité, il faut éviter certaines choses comme les collants, les jeans serrés… il faut favoriser les culottes en coton. Et une fois la période de fécondité passée, on peut alors s’habiller comme on veut à nouveau. Au-delà tout ça, l’important c’est qu’une femme puisse se comprendre en tant que femme. Elle comprend alors pourquoi elle a des changements d’humeur, de comportements et à quel moment en fonction de là où elle en est dans le cycle. Et c’est aussi très riche pour l’homme.

Bertrand : Au début de notre mariage, j’avais l’impression d’avoir épousé la seule femme qui change d’avis ! En fait, j’ai appris à découvrir les changements dus aux hormones et à repérer les signes (éclat de la peau, brillant des yeux, caractère…) Et pour un homme c’est primordial de comprendre la question hormonale sachant que nous n’avons pas de cycle. Et pour le couple, c’est très vivifiant. Une union, ça se prépare. Alors lors de la période d’abstinence, rien n’empêche d’avoir de petites attentions envers l’autre pour préparer justement l’union, quelques jours plus tard. On peut se courtiser.

Bertrand : L’homme s’associe à la fécondité car c’est lui qui tient le tableau. La femme ne doit pas porter seule la responsabilité de l’abstinence. On se doit en tant qu’homme de ne pas proposer d’union à la femme par exemple lors de la période d’abstinence. C’est enrichissant de respecter sa femme, d’apprendre à calmer ses besoins.

Anne : Sans oublier que lorsqu’on a fini la période de fécondité, on peut alors se lâcher complètement dans les unions car on se sent en confiance quand on n’est pas fécondes. La méthode Billings, c’est un art de vivre et c’est plus qu’une méthode puisque ça touche l’art de se comprendre à 2. Ça demande évidemment un effort, on ne nie pas du tout cette facette. Mais il faut bien savoir que les couples Billings ne sont pas des couples de frustrés ! Bien au contraire, aux Etats-Unis par exemple, des chiffres ont révélé que seulement 1 à 2% des couples Billings se séparent. Quand on sait qu’aujourd’hui c’est presque 1/3 voir la moitié des couples qui se séparent…

Mais, sans pouvoir établir de corrélation directe avec les contraceptions naturelles, l’augmentation des IVG laisse penser qu’un lien peut être établit…

Anne : Oui, je comprends. Beaucoup de couple qui viennent nous voir ont déjà subi une IVG avant. Et là, parce que la femme était sous pilule ou autre contraceptif, ça a été vécu comme un échec. La méthode Billings met en confiance et permet également d’avoir des enfants puisque le couple saura exactement à quel moment concevoir l’enfant. Personnellement, les couples que nous avons formés n’ont pas eu recours à l’IVG depuis l’utilisation de la contraception naturelle. Je crois que cela ouvre aussi sur la vie.

Bertrand : Le problème quand on pense aux contraceptions naturelles, c’est que beaucoup pensent à Ogino. Mais c’est une catastrophe cette méthode car elle se base sur des suppositions. On suppose que le cycle est complètement régulier. C’est trop dangereux de faire des hypothèses !

Anne : L’abstinence laisse respirer le corps de la femme et le couple. L’union peut se préparer sur plusieurs jours. C’est une très belle richesse les unions et elles apportent beaucoup au couple.

On parle d’une mouvance écolo-bobo, vous êtes d’accord avec cette image ?

Bertrand : Oui c’est vrai mais écolo dans le sens positif. Sans oublier que c’est une méthode gratuite qui permet à la femme de s’écouter, d’écouter son corps. C’est une démarche réfléchie. Souvent les couples qui viennent nous voir ne sont pas heureux avec les contraceptifs dont ils disposent.

Anne : Et puis c’est une vraie liberté pour les femmes. Ce n’est pas agréable de se sentir aimé que dans sa sexualité. Là, c’est une méthode de couple à couple, pas besoin d’être médecin pour la pratiquer ou pour former d’autres couples. Car le problème dans la contraception, c’est le manque de transmission sur les corps féminins. Sans parler du fait que les femmes n’écoutent pas leur corps !

Vous avez parlé d’un tableau que l’homme remplit. Comment fonctionne-t-il ?

Anne : L’homme doit le remplir tous les soirs. Avec un stylo rouge, un stylo vert et un stylo blanc (respectivement pour les menstruations, la sécheresse et l’humidité à la vulve).

Bertrand : C’est une richesse pour l’homme de tenir ce tableau. Cela permet de regarder de manière encore plus belle sa femme. La féminité ne doit pas être source de blessure.

 

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