Célian Ramis

Syndrôme de Williams : Gabrielle ou une manière d'aborder le handicap autrement

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Rennes
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Le syndrome de Williams : la vice-présidente de l’association Williams Bretagne, Karine Lepinoit-Lefrêne nous présente cette maladie.
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Le film Gabrielle, plusieurs fois primé, a eu une vie assez brève au Gaumont de Rennes. Le scénario est d’une simplicité presque banale : c’est une histoire d’amour entre deux jeunes, Gabrielle et Martin. Qu’est-ce qui en fait un film d’une intensité extraordinaire ? Pour les deux personnages, tous deux handicapés, rien n’est simple, surtout pas l’amour. L’actrice qui joue Gabrielle est atteinte d’un handicap rare : le syndrome de Williams. La vice-présidente de l’association Williams Bretagne, Karine Lepinoit-Lefrêne nous présente cette maladie.

Le fils de Karine, Luka, six ans, n’est pas tout à fait un enfant comme les autres. Le syndrome de Williams dont il est atteint est une maladie génétique rare occasionnant un retard psychomoteur, c’est-à-dire physique et mental. Les personnes qui en sont atteintes souffrent d’une hypersociabilité qui les pousse à se fier aisément aux autres.

D’autres symptômes sont associés : troubles cardiaques, troubles du sommeil, hyperacousie. Dès lors, le moindre bruit inhabituel devient problématique. Cette sensibilité aiguë au bruit n’est pas seulement un problème: elle permet aussi à de nombreux Williams d’avoir l’oreille absolue et des prédispositions pour la musique.

 Dans le film Gabrielle, de la réalisatrice Louise Archambault, de nombreux aspects du syndrome sont présents. Victime d’un stress disproportionné au son d’un grille-pain mal en point, incapable de se repérer dans Montréal, ville dans laquelle elle habite, ou encore inapte à compter son argent – impliquant ainsi qu’elle tende innocemment son porte-monnaie au vendeur – la protagoniste, interprétée par Gabrielle Marion-Rivard, est montrée vulnérable dans son quotidien le plus banal.

L’occasion pour les spectateurs de percevoir et de comprendre certaines difficultés vécues à travers ce handicap. La musique est également très présente, la chorale dont fait partie Gabrielle  tisse le fil rouge du scénario. C’est dans cette chorale qu’elle rencontre Martin, qu’elle s’épanouit. Les textes chantés sont ceux de Robert Charlebois, artiste reconnu au Québec, qui a accepté de participer en tant qu’acteur et chanteur. Tous ces aspects font que, selon Karine, « en tant que parents, nous n’avons pas vraiment vécu le film comme une histoire mais bien plus comme un documentaire, c’est réaliste. La réalisatrice a compris plein de choses: les parents trop ou pas assez présents, le rôle de la fratrie. Pour Luka, sa sœur est aussi très présente. ».

Une sexualité complexe

Cette œuvre cinématographique permet aussi d’aborder des questionnements qui touchent les parents d’enfants handicapés, quelque soit la maladie. Les questions de l’autonomie et de la sexualité par exemple, auxquelles Louise Archambault accorde beaucoup d’importance.

Gabrielle rêve d’avoir un appartement, d’être comme tout le monde, mais son incapacité à gérer les aléas du quotidien rend ce désir impossible. Les relations amoureuses aussi sont compliquées. La preuve, son histoire avec Martin, jeune homme qui fréquente le même centre, est gérée par les responsables. Les scènes abordant la sexualité entre personnes handicapées sont paradoxalement comiques et infiniment tragiques. Une fois le désir entre les deux jeunes gens percé à jour, les responsables convoquent les familles.

Pour eux, le passage à l’acte se décide autour d’une table, avec les parents, les responsables du centre et eux-mêmes. Certaines phrases sont cruelles et heurtent la sensibilité du spectateur comme lorsque la mère de Martin demande si Gabrielle est stérilisée. D’autres situations, comme l’animateur demandant à Gabrielle si elle a déjà touché le pénis du jeune homme, sont assez amusantes et la réponse plutôt drôle : « non, non, je t’assure, je ne l’ai pas touché. »  Les parents de Luka, eux, sont encore loin de ces questionnements, vu son jeune âge: « Pour nous, avoir un enfant handicapé rend tout plus compliqué, on ne peut pas faire de projet à long terme. Trop se projeter ne sert à rien sinon à déprimer. Nous avons une vision à court terme, sur deux ans environ. Là il est en moyenne section, l’année prochaine il sera en grande section et après on ne sait pas. ».

Les Williams ne suivent pas le cursus classique jusqu’au bout, ils sont intégrés, plus ou moins tôt dans leur scolarité, dans des classes spécialisées. En fonction de leur adaptation ils peuvent rester dans les écoles élémentaires jusqu’en CP, rarement plus. La lecture constitue un premier palier qui leur est difficile de franchir, même si les situations sont très différentes d’un enfant à l’autre. Pour Luka, il est impossible de savoir à l’avance ce qu’il sera capable de maîtriser en terme d’apprentissage.

 Le soutien du tissu associatif

 L’association Williams Bretagne, basée à Rennes, mais qui adhère au réseau associatif national, a pour objectif premier de créer du lien entre les familles concernées et organise un week-end annuel réunissant les parents, les enfants et des intervenants professionnels dans le domaine de la santé: « ça fait du bien de se retrouver entre nous pour parler des avancées, des difficultés. » Au delà de ces rencontres, l’association organise également des colonies pour ces enfants qui demandent une prise en charge spécifique.

Ils essayent également de communiquer autour du syndrome. Le film Gabrielle n’ayant été programmé que dans très peu de salles en Bretagne à l’origine, des membres de l’association se sont mobilisés auprès des cinémas locaux afin qu’ils acceptent de le diffuser. Karine n’a pas obtenu de séances supplémentaires mais d’autres y sont parvenus, dans de petits établissements bretons. Le passage du film durant deux semaines au Gaumont de Rennes était inespéré. Elle l’interprète comme étant le résultat du prix du public, obtenu au festival du film de Locarno.

Avoir un enfant handicapé est source de difficultés sur de nombreux points : la scolarisation notamment. Les papiers administratifs pour obtenir des aides sont également un casse-tête, tous les parents n’ayant pas connaissance de leurs droits. La maman de Luka a ainsi pu aider un autre couple qui ignorait leur possibilité d’obtenir d’une carte de stationnement. Selon les parents de Luka, Karine et Aymerick, le fait de s’engager dans des associations aide à reprendre le pas sur la maladie. « Le handicap c’est quelque chose qui nous tombe dessus, qu’on ne choisit pas. S’engager dans des associations c’est un moyen de ne plus le subir mais au contraire d’aller de l’avant. »

Le couple a ainsi créé une autre association avec d’autres familles de la même ville qu’eux, Betton. Cette nouvelle structure, 3Ailes, regroupe tous les handicaps. Pour les parents ce type d’initiatives permet de se sentir moins seul, car le pire dans le handicap, « c’est la solitude ».

Célian Ramis

Terres-Neuvas aux Champs Libres : une histoire d'hommes ?

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Champs Libres, Rennes
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Le musée de Bretagne des champs libres et le musée d’art et d’histoire de Saint-Brieuc présentent une exposition en parallèle, d’octobre à avril sur les Terre-neuvas, ces pêcheurs qui partaient de longs mois en mer, en Atlantique nord.
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Le musée de Bretagne des champs libres et le musée d’art et d’histoire de Saint-Brieuc présentent une exposition en parallèle, d’octobre à avril sur les Terre-neuvas, ces pêcheurs qui partaient de longs mois en mer, en Atlantique nord. Le sujet semble empreint de virilité et ne laissant aucune place aux femmes, et pourtant…

En deux parties, l’exposition sur les Terre neuvas sera visible du 19 octobre 2013 au 19 avril 2014 : l’une à Rennes, l’autre à Saint Brieuc, avant de déménager à St Malo et Granville en juin 2014. Elle présente en deux volets, l’aventure de la pêche à la morue sur les côtes de Terre-neuve.

Des marins bretons et normands s’embarquaient pendant plusieurs mois pour profiter des réserves halieutiques, c’est-à-dire des richesses en poisson du Canada. Les conditions de vie sommaires, les techniques de pêche, le contexte socio-économique de l’époque ( etc …), sont autant de sujets abordés dans le cadre de l’exposition.

Un contexte masculin

Aux champs libres sont exposés cinq siècles de pêche morutière à travers un parcours qui reprend une démarche d’histoire sociale. Le quotidien de ces hommes est dévoilé à travers de nombreux objets, photos et documents. L’univers des marins est très bien restitué grâce à une scénographie efficace visuellement qui plonge le spectateur dans les eaux froides de Terre-Neuve, du labrador ou encore de Saint Pierre et Miquelon, à la recherche de morue. Les enfants sont les bienvenus grâce à la mise en place d’interactions et d’objets numériques.

À Rennes, il s’agit presque exclusivement de pêcheurs, même si, occasionnellement, des femmes ont pu embarquer pour aider à sécher ou à saler la morue.

Si la gente féminine se fait discrète dans le contenu de l’exposition, c’est une directrice, Céline Chanas, au musée de Bretagne qui a coordonné le travail en amont de l’exposition. Elle signale que lorsqu’ils ont commencé à travailler, le simple mot Terre-neuvas suffisait à réveiller une mémoire familiale chez ses interlocuteurs. Le recrutement des marins se faisait très loin à l’intérieur des terres, parfois même jusqu’à Rennes.

C’est pourquoi en Bretagne, le souvenir des Terre-neuvas est un sujet de mémoire très présent, qui alimente parfois des fantasmes. Céline Chanas a été accompagnée dans sa démarche par la directrice du musée d’art et d’histoire de Saint Brieuc, Elisabeth Renault, et par la conservatrice du musée du Vieux Granville, Michèle Chartrain.

Une réalité féminine

Le deuxième volet, présenté à Saint-Brieuc, est axé sur un thème précis: « Le temps de l’absence ». Il traite des personnes restées à terre, et notamment des épouses des marins. La littérature et l’art ont consacré l’image de la veuve éplorée ou celle de la femme scrutant l’horizon dans l’attente d’une voile de bateau. Ces images d’Épinal sont reprises, complétées par des faits précis.

Loin d’attendre au bout du quai en s’abîmant les yeux dans les flots de l’Océan, les femmes de marins maintenaient une activité professionnelle pour subvenir aux besoins de la famille. Pêcheuses à pied, lavandières, agricultrices, couturières, ouvrières dans les usines de conditionnement du poisson… les métiers ne manquaient pas.

Au-delà de leur activité professionnelle, elles s’occupaient également de la maison, des enfants; ce qui ne leur laissait que peu de temps pour attendre le retour des Terre-neuvas sur la jetée. Mais dans ce cas peut-on parler d’une libération des femmes avant l’heure de leurs consœurs? Pas complètement. Certes les épouses de marins étaient libres du contrôle d’un mari, pas de celui de la famille qui pesait encore sur leurs épaules.

L’exposition vient rappeler le rôle et la place des femmes, trop souvent occultés par les exploits ou les tragédies des marins.

Terre-Neuve/Terra-Neuvas bénéficie de deux volets très complets, qui fonctionnement de manière autonome. La visite des deux musées apporte néanmoins une meilleure compréhension du sujet dans sa globalité.

Célian Ramis

Le Grand Soufflet : Quand la cumbia laisse place à la rumba...

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Papa Noël et Viviane A ont soufflé un vent de magie et de pureté, sous le chapiteau du Grand Soufflet, vendredi 18 octobre à 18h. Un moment chaleureux et convivial qui s’est déroulé hors du temps, mais pas de l’espace.
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Papa Noël et Viviane A ont soufflé un vent de magie et de pureté, sous le chapiteau du Grand Soufflet, vendredi 18 octobre à 18h. Un moment chaleureux et convivial qui s’est déroulé hors du temps, mais pas de l’espace.

Lui est à la guitare. Elle à l’accordéon. Ensemble, ils forment un joli duo dont la musique est synonyme de douceur, de quiétude. Assis sur les gradins ou sur le sol, les spectateurs, dociles, se laissent envoûter par la magie de ce moment, par la magie du voyage dans lequel nous entrainent les deux compagnons.

Dans le parc national de Virunga, en République du Congo et dans les environs de l’Ouganda et du Rwanda, Papa Noël et Viviane A nous promènent amicalement et partagent leurs sentiments avec le public. « La première fois que je suis allée chez Nono, il m’a parlé de ce lieu en me disant : Virunga, c’est la jungle, les senteurs, le chant des oiseaux, les crapauds, les lions, la montagne… », dit-elle, avant de le laisser ajouter « qu’aux pieds des volcans, en Afrique, les animaux vivent et produisent des chants magiques ».

Une atmosphère ineffable et surnaturelle envahit le chapiteau, qui semble comme plongé dans un songe. L’instrument à bretelles produit des cris d’animaux et le son harmonieux de la guitare nous berce tandis qu’on imagine à Virunga la nature prendre vie, le jour se lever, la faune et la flore s’éveiller.

Puis c’est la rumba qui rythme notre périple dans cette Afrique qui prend parfois des airs de Cuba. Si « la rumba se joue normalement à plusieurs guitares et avec des percussions », les spectateurs participent, en frappant des mains, pour pallier leur absence de ces instruments. L’ambiance est familiale, l’humeur joviale.

Les lumières oranges et rouges, ainsi que le décor épuré de la scène, participent à nous baigner dans l’environnement décrit par la musique. Les deux musiciens, jusqu’à présent assis l’un à côté de l’autre au milieu de la scène, se lèvent, se laissant entrainer par leurs propres mélodies, et nous embarquent avec eux dans les nuits chaudes et sèches de La Havane. Jusqu’à nous amener à Brazzaville pour danser une rumba congolaise.

Timide, le public reste lové dans son petit havre de paix et ne semble pas pressé de sortir de son cocon. Seuls, quelques enfants s’agitent sur le plancher du chapiteau. « La rumba congolaise s’appelle Maziba. Car Maziba, c’est la source. La source, c’est la femme. C’est le sein qui nourrit et fait grandir l’enfant. Maziba, chez nous, c’est la vie ! », explique Papa Noël, d’origine congolaise.

La musique est pure, douce et belle. Le duo est harmonieux et généreux. La rencontre est simplement magique.

Célian Ramis

Bientôt la fin d'un ciel de photographies poétiques

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Il ne reste plus que quelques jours pour découvrir l’exposition « Le ciel commence ici » réalisée par l’artiste Corinne Mercadier. Présentation.
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Depuis la rentrée, une série de photos grand format est présentée sur la place de l’hôtel de ville de Rennes, dans le quartier de la Courrouze et près de la faculté de droit. Il ne reste plus que quelques jours pour découvrir l’exposition « Le ciel commence ici » réalisée par l’artiste Corinne Mercadier. Présentation.

Cette année et jusqu’au 20 octobre, la plasticienne Corinne Mercadier expose, en plein air, dans l’un des lieux les plus fréquentés de Rennes : la place de l’hôtel de Ville. Elle succède à Thierry des Ouches, Sebastiao Salgado, Steve MacCurry, Sabine Weiss et bien d’autres grands artistes… Tous ont fait l’objet d’une invitation les années précédentes. C’est Mirabelle Fréville, commissaire de l’exposition qui est à l’origine de cet évènement artistique. « J’avais envie de voir à cet endroit un artiste qu’on expose généralement dans les galeries et qui n’est pas facile d’accès ».

Comme chaque année, depuis 3 ans, elle propose un photographe (un documentaliste, un portraitiste..) aux élus et ces derniers font leur choix. Pour cette rentrée, c’est Corinne Mercadier qu’ils ont choisi. Ainsi, une quarantaine de photographies extraites, en partie, de 6 séries de polaroids, de photos numériques et des dessins (au Carré Sully de l’Opéra de Rennes) sont présentés : un condensé de 25 ans de création, tel un parcours sur l’évolution de son travail. Dans les années 80 et jusqu’en 2008, Corinne Mercadier photographie, avec un argentique, des paysages, des membres de sa famille, des objets en mouvements (en couleurs puis en noir et blanc) qu’elle recadre ensuite  avec un polaroïd SX70.

Une technique qui lui permet de filtrer l’image et d’apporter du mystère à ses œuvres. « C’est une photographe poète, qui à travers, ses photos, nous transmet ses émotions » explique Mirabelle Fréville. « Elle ne veut pas forcément démontrer ou saisir une cause, mais plutôt nous faire rentrer dans son univers doux et rempli de rêves. On est proche de l’abstraction ». Avec l’arrêt de la fabrication du polaroïd, Corinne Mercadier s’intéresse aux numériques. « Un nouveau départ, qui lui permet de renouveler sa création, avec un style et une narration différentes » confie la commissaire de l’exposition.

L’ensemble est à la vue du public jusqu’au 20 octobre et tente, selon l’artiste, de « donner une dimension à la vie, comme un idéal, même si on ne peut pas l’atteindre »…

Célian Ramis

Le Grand Soufflet : Les portes-jarretelles au service d'un show (u)burlesque

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Carton plein pour « Porte-jarretelles et piano à bretelles », le french burlesque show présenté mercredi 16 octobre à Rennes, à l’occasion du Grand Soufflet.
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Carton plein pour « Porte-jarretelles et piano à bretelles », le french burlesque show présenté mercredi 16 octobre à Rennes, à l’occasion du Grand Soufflet. On doit la réussite de cette soirée à trois sublimes effeuilleuses, un meneur de revue crapuleux et une accordéoniste farfelue.

C’est un mélange étonnant, délirant et explosif que nous propose Etienne Grandjean, à la fois directeur artistique du festival et directeur artistique du spectacle. Le burlesque dans toute sa splendeur ! On y retrouve l’ambiance de Pigalle à la fin du XIXe siècle mais aussi l’atmosphère festive des années folles du Paris des années 20. On pense à Toulouse-Lautrec et ses peintures de la vie au Moulin Rouge, à Joséphine Baker, meneuse de revue aux Folies Bergères et à Alain Bernadin, créateur du cabaret parisien Crazy Horse – dans les années 50 – grand admirateur des femmes, fasciné par les Etats-Unis.

Sans oublier, le clin d’œil à Tournée, film réalisé en 2010 par Matthieu Amalric dans lequel une troupe d’effeuilleuses déboule tout droit des USA pour entamer une tournée en France. De Las Vegas à Paris, en passant par Rennes, le résultat s’intitule « Porte-jarretelles et piano à bretelles ». Le tout est réuni sous le chapiteau du Grand Soufflet, installé sur la place du Parlement.

« Really glad to be in France, the land of love. And of french kiss ! How do you say in french ? … Vous roulez les pelles ? Comme une pelle pour faire des trous ? » 
Francky O’Right

Mercredi soir, le public rennais est au rendez-vous – tout comme il l’avait été lors de la première présentation de Porte-jarretelles et piano à bretelles en 2011, dans le même festival. Plus que ça, la salle est pleine à craquer, en sur-jauge même et de nombreux spectateurs se tiennent debout. Rien ne les empêchera d’assister à ce show burlesque spécial frenchy ! Dans les coulisses, ça ricane, ça pouffe de rire, ça piaille. L’accordéon, instrument central de ce festival, se fait entendre sur une musique qui sonne très France du début XXe siècle.

Louis(e) de Ville, Loolaloo des Bois, Miss Vibi, Jasmine Vegas et Francky O’Right, qui semblent tout droit sortis d’un film des années 20, la couleur en plus, débarquent sur la scène et nous plongent immédiatement dans l’ambiance. Des sourires charmeurs, des regards allumeurs, des gestuelles sensuelles et une bonne dose d’humour. « We are really glad to be in France, « capitale de la culture française ». If you don’t understand, it’s okay, I don’t care...», s’écrie le meneur de revue, Francky O’Right.

Burlesque ubuesque

Son personnage, inspiré des films de gangsters et des comédies musicales qu’il chérit tant, est exubérant, a une dégaine de mafieux gominé, enchaine clowneries et mimes, et part dans des trips délirants, qui lui vaudront de se retrouver entièrement nu à un certain moment du spectacle, pour le plus grand plaisir des dames, d’abord surprises puis très enthousiastes – certaines mettront plusieurs minutes à s’en remettre.

Distribution de cigarettes, de bières à partager entre spectateurs, de cocaïne et d’extasy, il sait assurément comment chauffer le public en attente des sexy protagonistes du spectacle. Place alors au charme, à la sensualité, à l’évasion, à l’éveil des sens avec un premier numéro qui appelle justement à l’imaginaire, en ombres chinoises. L’effeuilleuse – on reconnaitra la silhouette et la chevelure de Louis(e) de Ville – entame son strip-tease, dissimulée derrière un voile blanc, en retirant langoureusement ses gants, sa nuisette, son bustier et son soutien-gorge.

La tension est palpable dans la salle. Les spectateurs sont avides de découvrir celle qui se cache derrière le rideau, qui se lève, se baisse, se lève et se baisse à nouveau, avant de se lever entièrement et de se laisser apparaître… Jasmine Vegas. Fameuse accordéoniste et chanteuse, elle est aussi une drôle de meneuse de revue. Une perruque en plumes vissée sur la tête, un accoutrement grotesque, des bottes de cow-girl, la talentueuse joueuse de piano à bretelles illustre à merveille le côté burlesque italien dans son sens premier, à savoir la farce.

Elle force le rire, exagère les traits comiques et emploie des termes vulgaires. Elle chante en français et flirte avec le registre d’Edith Piaf : « Il me dit des mots d’amour, des mots de tous les jours – connasse, salope (…) Il est entré dans mon cu…cœur… ».

« Je suis venue en France pour un homme et je suis restée pour le fromage ».
Jasmine Vegas

Entre les nombreuses loufoqueries des deux meneurs de revue, les stars du new-burlesque font leur apparition. Tout à tour, elles nous en mettent plein la vue, que ce soit dans le registre dramatique type Lady MacBeth avec Louis(e) de Ville, autour d’une barre de pole dance avec Miss Vibi ou dans un show plus intimiste avec Loolaloo des Bois, seule face à ses proies. Elles alternent entre numéros individuels d’effeuillage affriolants (peu nombreux par rapport au Breizh Burlesque Festival dans lequel on a retrouvé Miss Anne Thropy qui figurait dans la distribution du french burlesque show en 2011) et mises en scène en trio.

Ensemble, elles sont secrétaires, cow-girls, divas ou encore hôtesses de l’air, manient l’art de se déshabiller à merveille, de dévoiler leurs atouts de manière gracieuse et élégante et jouent malicieusement avec les clichés. Elles sont splendides, tapent fort sur le côté potiche, rient aux éclats et sourient comme des danseuses de charleston. Les Burlesque women, dont la féminité n’est pas plus à prouver, ont le don de « libérer les consciences en titillant les inconscients » dans un show détonnant qui se joue des stéréotypes sur les français – baguettes de pain dans la valise et robe en Tour Eiffel à la Jean-Paul Gauthier entre autres – et qui se nourrit sauvagement du registre érotico-comique, pour le plus grand plaisir des spectateurs.

Célian Ramis

Le Grand Soufflet : Un air de Tex-Mex avec Los Aztex

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Rennes
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Cette nouvelle édition du Grand Soufflet nous invite à voyager à travers la musique mexicaine. Après avoir présenté plusieurs spectacles de cumbia, le festival a proposé aux Rennais un autre style : la musique tejano, dite aussi Tex-Mex.
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Cette nouvelle édition du Grand Soufflet nous invite à voyager à travers la musique mexicaine. Après avoir présenté plusieurs spectacles de cumbia, le festival a proposé aux Rennais un autre style : la musique tejano, dite aussi Tex-Mex.

C’est un autre registre, la musique tejano. Rien de comparable avec la cumbia, de Captain Cumbia ou celle d’Amandititita, qui nous entraine sur la piste de danse sans hésitation. Mardi dernier, à 20h30, la tendance est toute autre, le style est différent, permettant ainsi de découvrir une autre facette de la musique mexicaine.

Avec Los Aztex, l’accordéoniste Joel Guzman s’entoure d’un percussionniste, d’un guitariste et d’une chanteuse, Sarah Fox. Ensemble, ils forment un groupe harmonieux et mettent à l’honneur cette musique Tex-Mex créée par les populations hispaniques du Texas, dans laquelle se mêle folk et pop.

Douceur, sourire et plaisir partagé sont les maitres mots de ce concert qui a du mal à attirer la foule. Pourtant, les festivaliers qui ont répondu présents sont bel et bien sous le chapiteau, prêts à danser, gentiment, dans la fosse ou simplement à apprécier les rythmes et le lyrisme latin dont nous font part les quatre musiciens de Los Aztex.

En ce 15 octobre, la soirée se déroule paisiblement sur les airs emprunts de l’histoire forte d’une communauté hispano-américaine qui lie la musique à la question de l’identité et de la fierté.

Célian Ramis

Show burlesque ou l'art de glorifier les corps féminins

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Le Ponant, Pacé
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Quatre magnifiques effeuilleuses et un maitre de cérémonie complètement loufoque ont assuré le show pour une bonne cause : la lutte contre le cancer du sein. Ambiance cabarets parisiens, s’il vous plait !
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Samedi 12 octobre, le Breizh Burlesque Festival a fait monter la température de la salle du Ponant, à Pacé. Quatre magnifiques effeuilleuses et un maitre de cérémonie complètement loufoque ont assuré le show pour une bonne cause : la lutte contre le cancer du sein. Ambiance cabarets parisiens, s’il vous plait !

Pour cette première tournée bretonne, « vous avez le droit de crier, de siffler, de taper des mains, de taper des pieds, explique Frédérique Doré, présidente de l’association Binic Burlesque Festival. Messieurs, vous pouvez siffler. Mesdames, vous n’avez rien à dire ».

C’est ainsi que débute ce Breizh Burlesque Festival, qui fait une escale à Pacé pour clôturer la tournée – qui a débuté à Binic début octobre et qui a traversé les quatre départements bretons. Elles sont allemandes, finlandaises ou belges. Elles ont en commun leur savoir-faire et leur pratique du burlesque, un genre affriolant qui met en avant les effeuilleuses et qui met le corps féminin à l’honneur.

Pour placer le spectateur directement dans l’ambiance, c’est Miss Anne Thropy qui entre en première dans l’arène pour interpréter la chanson « Welcome to burlesque », extraite de la bande originale du film de Steven Antin, Burlesque. Puis c’est le parisien Charly Voodoo qui fait son entrée. Chaussons de danseuse ballerine, des froufrous roses autour de la taille, une queue en plumes dans le bas du dos, des bigoudis roses sur le crâne – « pour rappeler la bigoudène » – le maitre de cérémonie, extravagant et burlesque (dans le sens de loufoque et ridicule), déboule en flamand rose pour la première partie du show, la seconde sera l’occasion pour lui d’enfiler son costume de black swan et d’interpréter à merveille et avec grâce, une partie du Lac des cygnes.

« Ce soir, nous sommes là pour Octobre rose, dédié à la prévention et au dépistage du cancer du sein. Vous allez en voir du sein, du jarret, de la paillette, du plumage… De la femme sauvage, de l’homme aussi (il n’y a que moi, ne cherchez pas) », déclare-t-il avec un air aristo efféminé, dont il ne cessera pas de grossir les traits au fil de la soirée.

Les artistes sont belles, pulpeuses pour la plupart, voire bien en chair, dévoilent avec élégance leurs généreux atouts et affichent de larges sourires face à un public ravi et enthousiaste. Les unes et les autres se dénudent tour à tour dans des numéros d’exception. Entre Lada Redstar, l’atout charme allemande, Loulou D’Vil, la brunette sauvageonne finlandaise, Miss Anne Thropy, la terriblement charnelle belge et Lolly Wish, la belle blonde pulpeuse belge également, le show est sensuel, provocant et pétillant.

Toutes les quatre semblent sorties de l’univers des cartoons américains du début XXe siècle. Des Betty Boop tatouées et ultra rock qui assument leur corps, leurs formes avec leurs imperfections et leurs atouts. A la fois vêtues en marin, en militaire, en papillon ou en cerise, elles réalisent des performances incroyables en alliant différents genre de danses – influences orientales, latinos, classique, moderne – et mouvements sensuels, voire sexuels selon les numéros, sans jamais sombrer dans la vulgarité.

Un spectacle complet

Doucement, les stars du burlesque enlèvent leurs gants, avec les mains ou la bouche, dézippent leurs robes, déboutonnent leurs corsets, dégraffent leurs soutien-gorges, retirent leurs portes jarretelles et bas. On découvre alors, petit à petit, les différentes parties de leurs corps, qui à la base sont dissimulés sous des costumes moulants, resserrés au niveau de la taille laissant entrevoir des hanches larges.

Les spectateurs d’abord timides et sages, se laissent embarquer par le rythme entrainant du show et s’enivrent de l’ambiance des cabarets, recréés par les fumées épaisses, les lumières flashy et les costumes pailletés. Ils crient, applaudissent, participent même à certains moments, tapent des pieds, avides de découvrir la suite de l’effeuillage.

En douceur, les artistes font durer le plaisir. Elles sont joueuses, sauvages, allumeuses, alternent entre chansons music-hall et numéros qui mêlent déhanchés érotiques, expressions de femmes-enfants et attitudes de femmes fatales.

Puissance, pouvoir, rage et plaisir se distinguent et se lisent dans les yeux brillants de ces stars de l’effeuillage qui puisent dans le langage corporel pour glorifier le corps des femmes. On se rappelle le message de Miss Anne Thropy, directrice artistique du Breizh Burlesque Show, dans les lignes du numéro 18 de YEGG : « Prenez soin de votre corps, aimez-le et aimez-vous telles que vous êtes ».

Célian Ramis

Le Grand Soufflet : Le tourbillon d'anar-cumbia s'appelle Amandititita

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Mardi 15 octobre, à 18h, Amandititita se produisait sur la scène du Grand Soufflet. Sous le chapiteau, installé place du Parlement, la chanteuse mexicaine rencontrait, pour la première fois, son public français.
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Mardi 15 octobre, à 18h, Amandititita se produisait sur la scène du Grand Soufflet. Sous le chapiteau, installé place du Parlement, la chanteuse mexicaine rencontrait, pour la première fois, son public français.

Elle a un visage poupon, angélique et une voix aigüe, voire criarde, et perçante. Une frange bien coupée, un joli serre-tête rose. Sous ses airs angéliques et kitsch, Amandititita se révèle être un véritable électron libre. En effet, elle a déjà prouvé par le passé sa spontanéité, sa soif de scène et son envie de liberté. Sous le chapiteau, ce soir-là, la jeune chanteuse transmet une énergie presque surnaturelle.

Sa présence scénique impressionne et se partage dans le public, déchainé dans les premiers rangs d’une fosse qui semble électrisée. Amandititita nous fait franchir la barrière de la langue en s’exprimant directement en espagnol et ainsi, nous embarque dans son univers, nous fait comprendre ses paroles, son quotidien qu’elle décrit si bien. Elle mêle énergie contestataire, rage et humour, bonne humeur et légèreté.

Musicalement, elle nous emmène dans un milieu underground qui mêle cumbia et électro. Surnommée, la « reina de l’anar-cumbia », elle est une artiste controversée dans son pays natal, le Mexique.

Censurée à la télévision et à la radio, elle ne se décourage pas, poursuit sa route en défiant quiconque de se mettre en travers et utilise Internet et les réseaux sociaux pour faire entendre sa voix et son message. Une chanteuse à la personnalité bien affirmée qui nous envoute et nous déstabilise en quelques minutes.

La jeune femme, qui écrit ses textes, puise son inspiration dans le quotidien du Mexique, qu’elle définit comme une « réalité surréaliste », dans un article publié sur le site Internet de Libération, le 13 octobre dernier.

Elle nous dévoile quelques une de ses chroniques urbaines mordantes et trépidantes en se mettant dans la peau d’un chauffeur de bus, d’un métrosexuel – chanson sur laquelle elle fait monter un homme et une femme sur scène pour danser et chanter avec elle – d’un tueur de personnes âgées, etc. Sur des musiques rythmées, des sonorités latinos, la reine du politiquement incorrect offre un spectacle généreux, engagé et original. Une belle première rencontre entre le public français – breton précisément – et cette toute petite petite Amanda.

Les Matières premières de Solange Reboul

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Si l’envie vous prend d’aller flâner rue du Chapitre, vous pourrez découvrir l’exposition, Matières premières, dans les jardins de la DRAC, visible jusqu’au 12 novembre.
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Si l’envie vous prend d’aller flâner rue du Chapitre, vous pourrez découvrir l’exposition, Matières premières, dans les jardins de la DRAC, visible jusqu’au 12 novembre. À l’origine de ce projet : la photographe Solange Reboul.

Matières premières est née d’un atelier photographique mené dans le lycée Freyssinet de Saint-Brieuc, proposé par la structure GwinZegal, une association guinguampaise composée de plusieurs photographes réunis dans le but de soutenir la création photographique et d’éduquer à l’image des publics divers. Cette année, Solange Reboul mènera des ateliers dans des lieux variés allant de l’école primaire à l’hôpital psychiatrique.

Pour Matières premières, c’est avec les élèves de bac pro Assistant d’architecture qu’elle a travaillé avec des lignes imposées. Le thème de la matière a été décliné autour de la masse, la résistance et du volume. La photographe est intervenue pour guider les lycéens dans leur recherche d’images, tout en leur laissant une grande liberté. Les photos questionnent le rapport aux matières techniques (briques, cordes, bois, sable, bâtiments…), avec lesquelles les élèves sont en contact quotidiennement dans le cadre de leur formation, et notre perception.

Au fil de l’exposition, le spectateur découvre des façons poétiques d’appréhender un univers qui n’a pourtant rien d’artistique à l’origine. Le contraste entre le magnifique hôtel de Blossac, siège de la DRAC classé Monument historique, et les photographies montrant des matériaux de construction moderne, apporte une valeur ajoutée et un regard décalé à l’exposition.

Solange Reboul n’en était pas à son premier atelier avec des adolescents et elle continuera d’en animer cette année. Elle constate qu’avec les lycéens, « la recherche se fait de manière dynamique » et que « les jeunes comprennent bien la démarche », alors qu’il s’agit de publics très éloignés du monde de la photo. Son objectif est de montrer que la photographie est un vrai langage et que l’image est un véritable outil de communication.

Pari réussi avec Matières premières dont elle est très satisfaite: « Je trouve ça super, même s’il se passe toujours quelque chose lors des ateliers, on ne va pas toujours aussi loin. ». Effectivement les œuvres des jeunes n’ont rien à envier à celles de véritables professionnels.

Lorsqu’on lui demande si elle a une approche spécifique en tant que femme, elle répond que non. « Chaque individu a une approche spécifique mais je n’ai pas conscience d’aborder les choses différemment parce que je suis de sexe féminin », explique-t-elle. Mais elle admet que dans les filières où les garçons sont majoritaires, elle se confronte à une vision machiste: « Je suis là pour renverser cette idée. Photographe, dans leur esprit, n’est pas un métier de femme. Je leur prouve qu’une femme ne reste pas forcément à la maison. »

Célian Ramis

Culture : la Bretagne en marche vers l'égalité femmes-hommes ?

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Rennes
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Les lignes bougent à Rennes, et plus largement en Bretagne. Dans les coulisses de l’égalité Femmes-Hommes, plusieurs personnes s’agitent et agissent pour la création d’une association HF Bretagne.
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Les lignes bougent à Rennes, et plus largement en Bretagne. Dans les coulisses de l’égalité Femmes-Hommes, plusieurs personnes, de sexes féminin et masculin, impliquées et investies dans les domaines de l’art et de la culture s’agitent et agissent pour la création d’une association HF Bretagne, qui viendrait s’ajouter aux 11 autres collectifs de ce mouvement national. De quoi s’agit-il ? YEGG les a rencontrées.

« La sous-représentation des femmes dans le secteur du spectacle vivant est désormais une réalité reconnue et incontestée, même si certains persistent à la justifier par la nécessaire liberté du programmateur et la recherche de l’excellence artistique ». C’est ainsi que commence la deuxième édition de « Où sont les femmes ? », proposée par la Société des auteurs et compositeurs dramatiques. Réalité reconnue et incontestée, lit-on. En effet, le constat est terrifiant.

En 2006, le ministère de la Culture et de la Communication commande à Reine Prat un rapport intitulé Pour l’égal accès des hommes et des femmes aux postes de responsabilités, aux lieux de décision, à la maitrise de la représentation dans le secteur du spectacle vivant. Ce rapport fait état de la situation et révèle des discriminations de grande ampleur – en 2009, elle remettra un second rapport, De l’interdit à l’empêchement. Cette prise de conscience mène à la création du mouvement H/F « pour l’égalité femmes/hommes dans l’art et la culture ».

Depuis 2008, plusieurs régions s’en sont emparées dont les régions Rhône-Alpes, Ile-de-France, Normandie ou encore Aquitaine. C’est aujourd’hui au tour de la Bretagne, qui ne présente a priori pas de différences par rapport au reste de l’Hexagone !

« L’artistique n’a pas de genre »

« Dans la culture, on produit des modèles. Quel message et quelle image transmet-on à travers ce constat alarmant ? », s’interroge Carole Lardoux, directrice artistique du Carré Sévigné, à Cesson. Elle est entourée d’une petite quinzaine de personnes, toutes réunies pour la création d’une association H/F en Bretagne : « C’est une action forte que le ministère a placé dans ses priorités en disant « L’artistique n’a pas de genre » ».

Mi-octobre, certains membres de ce futur collectif, se retrouvent dans les locaux de Spectacle vivant en Bretagne – dont la conseillère artistique Sarah Karlikow fait partie de l’association -, préparent les statuts administratifs, réfléchissent à la manière d’approcher et d’intéresser la presse à ce sujet « pour tous, pas seulement pour les femmes » et organisent leur première assemblée générale qui aura lieu le 5 novembre « certainement à Rennes mais le lieu n’est pas encore défini », précise Florence Chénel.

Leur rôle : constituer l’association, poser les bases, donner les moyens (financiers) et s’organiser pour que ce soit le travail de tous. « Ce n’est pas l’asso de quelques unes. On part de notre propre sensibilité, on met le projet sur les rails. Mais après chacun doit s’accaparer l’idée et l’appliquer dans son domaine », ajoute Marine Bachelot, auteure et metteure en scène, membre du collectif Lumières d’août à Rennes.

L’assemblée générale du 5 novembre sera l’occasion de faire l’état des lieux, basé sur des chiffres effrayants* et de se demander : « C’est quoi la question de l’égalité dans le milieu des arts et de la culture ? »

+ d’infos sur le mouvement HF Bretagne à retrouver dans le numéro 19 de YEGG, sur yeggmag.fr dès le 5 novembre 2013.

* Les chiffres clés, tirés des rapports de Reine Prat, 2006 et 2009

84% des théâtres co-financés par l’Etat sont dirigés par des hommes

89% des institutions musicales sont dirigées par des hommes

97% des musiques que nous entendons dans nos institutions ont été composées par des hommes

94% des orchestres sont dirigés par des hommes

85% des textes que nous entendons ont été écrits par des hommes

86% des établissements d’enseignement artistique sont dirigés par des hommes

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