Célian Ramis
Citoyennes ou rebelles, les oubliées de l'histoire révolutionnaire

Dans Citoyennes ou rebelles – Des Bretonnes dans la Révolution française, l’historienne Solenn Mabo met en lumière les frontières qui séparaient femmes et hommes à l’époque et révèle la diversité des rôles féminins, de l’engagement civique à la rébellion. Elle démontre que leurs actions, loin d’être anecdotiques, constituent une part essentielle du matrimoine breton.
Dans une région largement rurale et profondément catholique – jusque dans les villes – la Révolution française est loin d’être une affaire de genre, encore moins de classe dans ce domaine. Si la question des privilèges est au cœur de la Révolution française, celle de ceux que possèdent les hommes par rapport aux femmes – tout comme les blanc-hes sur les noir-es – n’aboutira pas en l’état. La période ne mènera pas à l’obtention de droits spécifiques ni même à un semblant d’égalité… Et c’est au croisement de la Révolution et du genre que Solenn Mabo, maitresse de conférences en histoire moderne à l’université Rennes 2, a souhaité s’intéresser à l’histoire des femmes, en Bretagne. Pour comprendre leur place réelle dans les événements, il est essentiel de plonger dans les représentations caricaturales qui ont longtemps façonné leur image, afin de les déplacer.
SORTIR LES FEMMES DE L’OMBRE DE L’HISTOIRE
L’image qui prédomine est celle de la fanatique, défendant les prêtres réfractaires contraints de quitter leurs paroisses pour se cacher et survivre. A l’encontre de ces rebelles, on utilise des propos « très misogynes ». On dit d’elles qu’elles sont « des femmes stupides à l’âme faible et au sexe dévot. » Un stéréotype puissant « aux conséquences lourdes » qui perdure longtemps : « Au début de la IIIe République, c’est encore un argument pour refuser le droit de vote aux femmes. » C’est là ce qui a animé la maitresse de conférences en histoire moderne : « Enquêter sur un stéréotype, c’est passionnant ! » Partant de ce constat, elle se penche, à l’occasion de sa thèse, sur la place et le rôle des femmes, engagées dans ou contre la Révolution, ou autrement, sur le territoire breton. Un travail qui implique de revenir aux sources.
Écrite par les hommes et pour les hommes, l’histoire de la Bretagne ne fait pas exception dans le paysage patriarcal : on délaisse les sujets des femmes et du genre, préférant les sphères du pouvoir et les récits de guerre. « Très virils ! », rigole Solenn Mabo. « C’est tout l’enjeu : rendre visibles des actrices de l’époque très invisibilisées dans l’Histoire. » Pour accéder à ce matrimoine, elle fouille le passé, à la recherche de tous les éléments permettant d’identifier les rôles qu’elles ont joué dans une région massivement réfractaire à la Révolution de 1789. Face à des archives publiques où les femmes, assignées à l’espace domestique, apparaissent peu, la chercheuse s’engage dans un minutieux travail de détective, reconstituant au fil des pièces des trajectoires restées dans l’ombre. « J’ai relu des archives déjà utilisées, en pistant les petites traces qu’on pouvait trouver. Mises bout à bout, ça fait pas mal ! », se réjouit-elle.
FOI, FIDÉLITÉ ET ENGAGEMENT CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRE
D’un côté ou de l’autre, ce qui marque, c’est l’implication et l’engagement de ces rebelles et de ces citoyennes. Qu’elles défendent l’ordre religieux ou qu’elles contestent le régime, les Bretonnes marquent leur présence dans les événements de cette décennie phare, de par la diversité et pluralité des rôles qu’elles endossent de leur propre initiative. Par convictions.
Les contre-révolutionnaires, par exemple, cachent les prêtres par loyauté et dévotion au clergé. Si les hommes sont mobilisés également, un profil spécifique se dessine tout de même : celui de la femme sans mari. Célibataires ou veuves - voire mariées mais dont l’époux est loin - constituent 90% des personnes arrêtées pour trahison. « Elles sont plus réprimées aussi car elles n’ont pas de mari pour faire écran… Et c’est souvent parce qu’elles n’ont pas d’hommes autour d’elles qu’elles se sont autant investies dans l’Église : celle-ci leur offrait une protection à une époque où il était mal vu d’être sans mari », souligne la maitresse de conférences. Leur sort judiciaire révèle d’ailleurs une véritable ambivalence : certaines obtiennent l’indulgence des juges au nom de leur supposée « nature faible » et de leur rôle maternel, tandis que d’autres sont au contraire sévèrement condamnées, parfois davantage que les hommes.
L’historienne note également que certaines vont même acquérir une forme de pouvoir sur les prêtres qu’elles abritent. Leurs maisons devenant des lieux de rendez-vous pour accéder à l’homme pieux, notamment pour qu’il continue de célébrer mariages, messes ou encore baptêmes. Elles vont jusqu’à avouer, lors de leurs jugements, le zèle religieux pratiqué pendant la période d’hébergement. Fièrement, elles scandent les avoir obligés à assurer l’office, portant à démontrer leur profonde piété. Et si l’anecdote fait sourire, force est de constater leur sincère ferveur, pour laquelle elles mouraient ainsi en martyrs.
D’autres encore participent de près ou de loin à la chouannerie, logeant des insurgés, leur fournissant des vivres ou encore en transportant des paquets pour les réseaux. En revanche, elles se distinguent des hommes en se mêlant aux affrontements et émeutes sans armes à feu. « Cet interdit reste puissant en situation de guerre civile. Elles jettent des pierres, elles lapident parfois, elles prennent – rarement – des bâtons. Mais jamais d’armes à feu, vues comme des attributs masculins. Parce qu’elles ne sont pas armées et qu’elles ne donnent pas la mort, elles sont moins arrêtées et moins jugées », précise Solenn Mabo. Si elles ont été majoritaires, toutes les femmes n’étaient pas des contre-révolutionnaires.
DES BARRIÈRES SOCIALES ET POLITIQUES PERSISTANTES
Mais, partout, la hiérarchie des genres perdure. Et cela se constate fortement dans les espaces de réunion des révolutionnaires : dans les premières années, les clubs politiques sont uniquement masculins.
« Toutefois, on arrive quand même à voir les femmes dans les tribunes et peu à peu, elles vont vouloir prendre la parole, participer à l’effort de guerre, etc. »
Pour comprendre cette posture à la fois subversive et à la fois discrète, l’historienne revient sur le contexte local de l’époque. Si grâce à la coutume de Bretagne, la question de l’héritage est égalitaire et que, dans les classes populaires, les femmes travaillent massivement, « elles restent en puissance du mari ». En clair : « Leurs capacités d’actions autonomes sont limitées. » Les corporations de travail sont essentiellement masculines, au même titre que les affaires politiques dont elles sont écartées, marginalisées. « Même avant la Révolution, il est rare de voir des femmes signer les cahiers de doléances, sauf parfois de riches veuves… », ajoute-t-elle.
Les révoltes, elles, apparaissent comme mixtes sans pour autant que cela présente de nouveauté : « Elles ont toujours été actives à cet endroit-là, même avant la Révolution. À Rennes, des révoltées brisent les vitrines des boulangers aux halles. » Certaines dévoilent leurs capacités à fédérer, à mener les mouvements et s’affirment figures fortes de leur quartier, à l’autorité informelle et l’influence nécessaire pour rameuter les voisines. C’est aussi grâce à leurs positions sociales qu’elles franchissent le seuil des clubs politiques et accèdent aux tribunes. « Ça s’est ouvert aux milieux plus populaires vers 1792, par étape, en fonction de la baisse du coût de l’entrée » Il y a par exemple les ouvrières de l’arsenal de Lorient qui prennent part aux mobilisations populaires et servent l’armement de la Révolution ou encore les lingères de Saint-Malo qui fabriquent des vêtements pour les soldats. « Les clubs brassent les milieux sociaux mais des frontières existent quand même, ça ne se mélange pas », observe Solenn Mabo. Cette présence progressive n’a toutefois pas signifié la disparition des inégalités.
RÉVOLUTIONNAIRES MAIS PAS FÉMINISTES…
Car même lorsqu’elles participent activement au mouvement, l’égalité des sexes ne constitue pas une priorité politique. Sur 6000 clubs en France, seulement 60 sont réservés aux femmes. En Bretagne, aucun lieu de ce type n’est identifié : « On voit des citoyennes qui demandent à être admises et les hommes leur disent de créer leur propre club… Il y a un rejet de la mixité. À Saint-Malo, elles s’organisent mais uniquement pour des actions éphémères, comme des pétitions par exemple. » Ce qui est certain, c’est que les femmes revendiquent leur adhésion à la citoyenneté, à la Révolution et à la volonté de participer au mouvement, à l’instar de l’engagement dont témoigne activement les contre-révolutionnaires.
« Dans le camp des révolutionnaires, on pourrait s’étonner de la timidité concernant les demandes de droits à l’égalité », soulève l’historienne. Les efforts se concentrent au succès de la Révolution. En Bretagne, les femmes organisent les fêtes, font des dons, soutiennent les curés de leur côté, participent (de loin) dans les gradins aux discussions et décisions politiques « mais elles ne sont pas radicales comme ailleurs où les citoyennes demandent l’égalité des droits politiques ou réclament de se battre elles aussi. » Priorité aux affrontements, « l’urgence, c’est d’être soudé-es ». L’histoire se répète sans cesse. Les femmes servent l’intérêt politique ou religieux pour faire poids du nombre mais rapidement, sont reléguées à leurs fonctions prétendument « naturelles ». À l’époque, d’un côté ou de l’autre, la famille reste la cellule fondatrice. « La bonne citoyenne soutient son mari révolutionnaire et élève ses enfants. On dit qu’elles ‘‘allaitent les enfants du lait des valeurs de la Révolution’’. Elles s’emparent de ce rôle parce qu’elles peuvent exister politiquement dedans », établit Solenn Mabo. Dans les clubs, elles prennent rarement la parole sans y être invitées. Et quand elles peuvent s’exprimer, c’est bien souvent par le biais des hommes qui prêtent leur voix à leurs discours, rappelant qu’il s’agit là bel et bien d’une société patriarcale. « La Révolution n’est pas féministe ! », pointe-t-elle.
RÉHABILITER LE MATRIMOINE BRETON, LONGTEMPS EFFACÉ
L’abolition des privilèges masculins sera reléguée au second plan, à une revendication minoritaire. Si ailleurs, certaines femmes incarnent le militantisme féministe, en Bretagne, Solenn Mabo ne trouvera aucune figure singulière marquant l’histoire locale de son nom, de ses actions et de son parcours.
« C’est une histoire d’anonymes et c’est pour ça qu’elle a été oubliée ! »
conclut-elle.
Une explication partielle car comme elle l’a rappelé, la société étant patriarcale à l’époque, et aujourd’hui encore, les mécanismes d’effacement et d’invisibilisation sont à l’œuvre depuis plusieurs siècles.
A travers sa thèse, puis son livre, l’historienne réhabilite ce matrimoine local et démontre l’engagement des femmes, citoyennes ou rebelles, à travers la pluralité de leurs rôles, dans une dynamique de défense de leurs valeurs, religieuses ou républicaines, et nettement moins dans un élan de revendications féministes.
- Dans le cadre de la programmation 8 mars à Rennes, conférence de Solenn Mabo aux Champs Libres le 13 mars 2026.

Aliénation et enfermement se conjuguent au féminin dans Rouge, Amère Fantasmagorie, pièce théâtrale et plastique de la compagnie La Morsure, qui bouscule les codes du spectacle vivant aussi bien que les normes de la société patriarcale. Un spectacle immersif et déambulatoire au cœur d’une passe entre une prostituée et son client. Mais pas que…
C’est là tout le propos de la compagnie La Morsure qui nous embarque dans une déambulation au sein d’un bordel habité par le passé. La pièce Rouge, Amère Fantasmagorie nous met au pied du mur. Face à ces objets, face à cette prostituée, face à nous-même. Elle convoque nos fantasmes, nos imaginaires collectifs, nos expériences, nos préjugés et nous confronte à notre rapport au féminin. Et surtout, elle nous engage à prendre position. « Il y a ce temps dans l’antichambre où les gens arrivent et restent 30 minutes avant d’être invités à entrer dans l’espace clos. C’est une expérience sensible qui passe par le corps pour pouvoir se dire ‘on est bien’ et ‘on est mal’. Comment et à quoi ça tient tout ça ? », interroge Marie Parent, co-fondatrice de la compagnie, co-autrice et co-metteuse en scène avec Christophe Le Cheviller du spectacle.
LA FOLIE, REFUGE DES VIOLENCES
En septembre 2023, la plasticienne a installé son exposition Plates coutures au sein du centre pénitentiaire pour femmes de Rennes, un travail débuté durant le confinement. Elle se met à coudre une carte postale sur laquelle figure La Muette, de Raphaël. « Je me suis mise à lui coudre la bouche et les yeux. Et puis, j’ai continué à faire ça sur toutes les cartes postales que j’avais et les beaux livres d’art entre le 12e et le 20esiècle. Je ne suis pas contre les œuvres, je les aime ! Mais j’aime l’idée avec cette couture de dire ‘Voilà où on a été reléguées, nous les femmes, muses, modèles… Rarement créatrices’ ! », s’exclame-t-elle. Son militantisme est joyeux et communicatif, politique et collectif.
À peine 10%. C’est le pourcentage indiquant le nombre de femmes en informatique, encore aujourd’hui en France. Les sciences, bastion du masculin, c’est encore un constat et un enjeu actuels. Les représentations genrées sont difficiles à déconstruire et le sexisme, persistant, à l’instar de l’ensemble de la société. L’évolution des mentalités est en route mais elle est aussi très lente. En témoigne Garance Gourdel, doctorante en bio-informatique, lauréate l’an dernier du prix L’Oréal-Unesco pour les femmes et les sciences.
De plus, appartenir à la minorité, c’est aussi davantage s’exposer, dit-elle : « On ne peut plus se cacher et quand on est deux et qu’une est absente, on entend ‘elle est où l’autre fille ?’ » Tout à coup, l’anodin ne l’est plus. Le sexisme est une évidence, quasiment un quotidien. Sous-estimées et pensées comme illégitimes, leur parole est souvent interrompue et la majorité masculine peut devenir oppressante. « On ne se sent pas safe en fait », ajoute Garance. Elle le dit, en informatique, les inégalités sont très visibles. Là où l’on voudrait penser que la nouvelle génération, née avec les ordinateurs, n’a pas essuyé les mêmes mécanismes de domination patriarcale, on s’aperçoit qu’opère encore le conditionnement de l’éducation genrée. « En tant qu’utilisateur-ice, c’est mixte mais la création informatique et le code sont encore réservés à une petite sphère plus genrée », observe-t-elle. Elle raconte comment les garçons s’initient entre eux, résonnant avec les constats établis dans le milieu des arts et de la culture avec l’accès privilégié à l’expérimentation des instruments et des groupes par les adolescents.
Elle nait à Paris, le 7 juillet 1887, au moment où la Tour Eiffel se construit, et grandit dans une capitale en pleine urbanisation, symbole du prestige de la France à la Belle époque. Fille de Camille Durey, ingénieur ayant repris l’entreprise familiale de matériel de voirie et de pompes à incendie, et de Louise Sohy, cantatrice amateure passionnée de musique, elle est envoyée très tôt en école de solfège, avec Nadia Boulanger, née la même année. Elle se passionne pour l’orgue, s’exerce à son domicile avant de débuter son apprentissage de la composition auprès de Mel Bonis, sa professeure jusqu’à son entrée à la Schola Cantorum, où elle rencontre son compagnon. Enceinte de sa première fille, elle compose et signe sous le nom de son grand-père, Charles Sohy, une habile manière de contourner les préjugés sur les femmes dans la musique.
« Les opéras programment 10% de directrices musicales, 21% de metteuses en scène, 5% d’autrices de livret. Côté interprètes : 15% des artistes programmées dans les scènes de jazz sont des femmes, 5% des percussionnistes des orchestres sont des femmes, 9% des albums primés aux Victoires de la Musique en 2020 sont interprétés par des femmes. Ce n’est pas fameux… »
Elle cite Donne – women in music en Angleterre ou la base de données Clara, en référence à la pianiste et compositrice allemande Clara Schumann. Réhabiliter les pièces qui méritent une place dans la musique constitue une seconde étape, pour laquelle elle a créé la structure Elles Women Composers, un collectif de musicien-nes à géométrie variable qui se réunit pour des séances de lecture. « On a tou-tes nos instruments et on met des partitions sur nos pupitres, on déchiffre et ça nous permet de nous faire un avis. On ne lit pas toujours des chefs d’œuvre mais il y a des moments de rencontre assez fous avec certaines œuvres et ça, ça me porte en tant que musicienne », souligne-t-elle.
Il est aisé et presque normal que les générations précédentes critiquent, souvent avec sévérité et amertume, leurs successeuses. Au sein des féminismes, exception n’est pas faite autour de ce qui semble être un douloureux passage de flambeau, où règne incompréhensions et manque de dialogue entre les militantes des années 70, du Mouvement de Libération des Femmes, et les militantes de l’ère numérique et des #MeToo, qui n’hésitent à dénoncer et nommer leurs agresseurs, à revendiquer leur liberté de choisir et à crier leurs rages et colères, sans s’excuser. Dans ce marasme, Michelle Perrot prend du recul et, avec intelligence, analyse un par un les éléments qui viennent encombrer et polluer le débat public et médiatique. 

Du chaos de l’expérimentation nait un moment de grâce. L’ouvrage méticuleux requiert concentration et rigueur. Les artistes dénouent la difficulté imposée par l’envie de perfection en rendant l’espace et la pratique accessibles et décontractées. L’important ici, c’est la participation au collectif. Delphine Guglielmini brode les points de départ, les participantes s’en emparent et apportent leur touche pour en faire un objet personnel et personnifié. « Je leur apprends les poings arrière, les points de tige, les points de chainette, et l’apothéose : le point de nœud. Ce qui est d’ailleurs antinomique car faire un nœud, c’est bafouiller. Mais non ! C’est joli un nœud. Ici, elles ont le droit au tâtonnement et à l’expérimentation. On leur confie un bout de tissu, je décortique les mouvements et elles en font ce qu’elles veulent. Elles font, refont, elles observent, elles refont encore. A force, elles trouvent leur propre écriture. », se réjouit-elle.
Et de cette révolte jaillit la créativité collective. Et de cette révolte jaillit la sororité. Et de cette révolte jaillit le partage et l’envie de réhabiliter et de partager le matrimoine. Un matrimoine dont fait pleinement partie Jeanne Malivel, d’abord graveuse et peintresse « qui designait du mobilier ! » Nous sommes au début du XXe siècle et l’artisane-artiste, originaire de Loudéac, se proclame féministe. Elle étudie aux Beaux-Arts de Paris, rencontre de nombreux-ses artistes et devient professeure aux Beaux-Arts de Rennes. Elle lutte contre l’exode des bretonnes vers Paris en permettant aux jeunes filles de travailler sur des métiers à tisser. Elle fonde le mouvement Des Seiz Breur (Les Sept Frères) afin de participer à l’Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes.

Or, les femmes, de tous temps et de toutes origines, ont créé elles aussi le monde d’hier et d’aujourd’hui et pensé le monde de demain. On ne les retient pas ? Parce que l’Histoire est écrite par les hommes, blancs, cisgenres, hétérosexuels, valides, bourgeois, etc. pour les hommes blancs, cisgenres, hétérosexuels, valides, bourgeois, etc.
Il comble le vide, rétablit l’équilibre et chasse l’absence de ces figures féminines dont les témoignages, passant par le théâtre documentaire ou la fiction, ou le mélange des deux, délivrent un message puissant. La transmission opère et interroge alors l’impact des représentations sur l’ensemble des sociétés et leur vision des filles et des femmes.
Pareil du côté de Caroline Alaoui : « Au départ, on pensait adapter des œuvres autour du matrimoine et puis en se mettant à l’écriture, on a fini par écrire nos textes et à en faire une création à proprement parler. La question de la légitimité est toujours centrale. En tant que jeunes autrices, il faut toujours se convaincre que nos mots sont à la hauteur. Les temps de recherches étaient très nourrissants, empouvoirants. De ce travail est née l’envie de mettre en parallèle ces femmes et ce qui résonnait en nous (pas dans l’immédiat mais ce sera certainement pour une suite). Et ça nous a posé la question de la place des femmes dans le milieu théâtral. Et nous a poussé à avoir une réflexion sur comment on estimait la valeur de notre travail en tant que créatrices. S’autoriser à rêver grand. À rêver normal, en fait. Au contact de toutes ces femmes, dont on parle et avec qui on travaille, on a pris confiance en nous. »
Ne pas oublier celles qui œuvrent à rendre le matrimoine tout aussi vivant que les spectacles qu’elles écrivent, créent et mettent en scène. Et profiter de l’éclairage qui lui ait fait actuellement.
On n’en parlait pas encore trop en 2016. On se disait ça avec André Hélard, son mari, en préparant la conférence du 17 mars - à la MIR avec Justine Caurant de HF Bretagne et Marie-Laure Cloarec, clown qui lira des textes à cette occasion. On se disait qu’elle aurait été trop contente de voir tout ce qui sort sur le matrimoine, toutes ces questions-là, le livre de Titiou Lecoq (Les grandes oubliées, ndlr) entre autre… Elle aurait été super contente. Elle a manqué toutes les étapes qui découlent de MeToo et ça l’aurait je pense conforté dans ce qu’elle a fait. Elle se disait être un « dinosaure féministe », elle se voyait comme une ancienne combattante… Elle a du souffrir je pense de solitude en étant féministe. 

Elles les font vivre. Elles les font vibrer, ces femmes qui constituent ce que l’on nomme le matrimoine. C’est-à-dire ce qui nous vient des mères. Des femmes. Dire qui elles sont, mettre en lumière des filles et des femmes d’âges et de champs d’explorations différents, aussi que d’époques et d’origines différentes, c’est rétablir cette Histoire arrachée, confisquée, déformée.
Elles partagent néanmoins cette volonté de mettre en lumière toutes les artistes qui ont participé à la vie culturelle et sociale de la région mais qui ont été oubliées, ignorées, méprisées. Parce qu’elles sont femmes et que l’Histoire est écrite par et pour les hommes.
Le podcast s’attache à décrypter ce processus d’invisibilisation subi par les femmes et qui s’étend tout autant aux personnes LGBTIQ+ et aux personnes racisées. Mais il s’attache aussi à mettre en exergue des initiatives actuelles comme le mentorat mis en place par la Fedelima dans le secteur des musiques actuelles, formant des binômes sur des fonctions encore très genrées comme les postes de direction, de technique, etc. Ou encore les actions régulières de l'association Histoire du féminisme à Rennes.
Tirer le fil de cette histoire permet de créer un choc. Une prise de conscience. C’est d’ailleurs là le reflet de tout le travail mené par HF Bretagne qui compte et établit un diagnostic chiffré tous les deux ans sur la place des femmes dans les arts et la culture en Bretagne.