Célian Ramis

Les voix insoumises des condamnées au silence

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Conceiçao Evaristo, auteure engagée pour les droits des femmes et la lutte contre le racisme entre autre, présente son nouveau livre, Insoumises. L’occasion d’aborder la place des afrodescendant-e-s dans la littérature brésilienne.
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Des fragments de récits personnels, elle alimente la mémoire collective africaine et à partir de la fiction, elle comble les morceaux que l’histoire nationale du Brésil a effacé par confort. Le 27 juin dernier, Conceiçao Evaristo, auteure engagée pour les droits des femmes et la lutte contre le racisme entre autre, était de passage à l’espace Ouest France de Rennes pour présenter son nouveau livre, Insoumises (traduit et publié aux éditions Anacaona). L’occasion d’aborder la place des afrodescendant-e-s dans la littérature brésilienne. 

« Les miens et moi avons survécu. Les miens et moi survivons. Depuis toujours. » / « Entretemps, elle cultive chaque jour son don : protéger et soigner la vie d’autrui. C’est un excellent médecin. Elle a choisi la pédiatrie. » / « L’air timide mais déterminé, elle me confia vouloir me raconter un fait de sa vie. Elle voulait m’offrir son corps-histoire. » /

« Je lui parlai du garçon que je portais en moi depuis toujours. Lui, en souriant, dit qu’il ne me croyait pas, et pariait que la raison de tout cela devait être une peur que je portais cachée, dans mon subconscient. Il affirma que j’aimais probablement beaucoup les hommes – simplement je ne le savais pas. Si je restais avec lui, tous les doutes que je pouvais avoir sur le sexe entre un homme et une femme seraient levés. Il m’apprendrait, me réveillerait, me ferait femme. Et il affirma avec véhémence qu’il était sûr de ma flamme, car après tout, j’étais une femme noire ! Une femme noire… »

Qu’elles s’appellent Natalina Soledad, Aramida Florença, Adelha Santana Limoneiro, Mary Benedita, Rose Dusreis, Régina Anastacia ou encore Shirley Paiwào, elles font toutes parties des Insoumises. Kidnappées, réduites en esclavage, violées, moquées, méprisées, dépossédées de leurs corps, violentées ou enragées, elles refusent de se tapir dans l’ombre et le silence en livrant leurs histoires personnelles à Conceiçao Evaristo qui met alors, de sa plume habile et poétique, en lumière et en perspective le caractère collectif de ces récits. Résiliées, dignes et battantes dans l’adversité et la souffrance. 

COMBLER LE VIDE DE L’HISTOIRE

Au départ, le livre nait d’une provocation : « Lors d’un colloque littéraire, on m’a demandé ‘Mais pourquoi les histoires de femmes noires ont toujours une fin triste ?’ et je lui ai répondu que si elle voulait voir une fin heureuse, il fallait regarder une telenovela. Malgré tout, la remarque m’a titillée. »

Depuis le début de sa carrière, Conceiçao Evaristo s’attache à délivrer ce qu’elle appelle « l’écrit-vie » dans lequel elle retrouve la mémoire collective de ce qui a été effacé par le discours colonial en y mêlant ses souvenirs personnels, la vie dans les favelas, les mythes et légendes d’Afrique.

« Les auteur-e-s Noir-e-s cherchent à avoir un contre discours pour montrer d’autres personnages. Ils/elles se réapproprient les mythes et mémoires comme espace fondateur. »
souligne-t-elle.

La littérature afrobrésilienne existe depuis longtemps en parallèle d’une littérature nationale qui n’a pas voulu intégrer des personnes racisées à ses textes après l’abolition de l’esclavage et la période coloniale. Pourtant, ce milieu s’en défend, procédant à l’éloge du métissage :

« Mais c’est un métissage qui tend vers le blanchissement. Un des personnages de la littérature brésilienne « moderne » est un Noir sans caractère qui traverse une rivière et en ressort tout blanc… »

Ainsi, la matrice culturelle africaine est exclue de l’histoire nationale, tout comme le sont les afrodescendant-e-s, chassé-e-s de l’espace urbain ainsi que des instances de pouvoir, comme le prouve encore aujourd’hui l’assassinat de Marielle Franco, conseillère municipale, Noire, lesbienne, engagée pour l’amélioration des conditions humaines.

« Nous avons perdu une partie de notre passé. Le vide historique peut être comblé par la fiction. »
commente l’auteure afrobrésilienne.

Les personnages Noirs sont souvent limités et apparaissent généralement comme stéréotypés : les hommes sont dépeints comme voleurs et/ou fainéants et les femmes comme sensuelles, dépravées et/ou douées pour les tâches ménagères. Les personnages historiques sont soit ignorés, soit méprisés. À l’instar de la puissante reine d’Afrique centrale, Njinga.

« Malgré sa réussite hors du commun et un règne de plusieurs décennies – comparable à celui de la reine Elisabeth I en Angleterre -,elle a été calomniée par ses contemporains européens et les auteurs plus tardifs, qui l’ont traitée de barbare, de sauvage incarnant ce que la femme a de pire. On l’a décrite comme une cannibale assoiffée de sang, capable de tuer les nouveau-nés et d’assassiner ses ennemis.

On lui a également reprochée d’avoir défié les normes de genre, porté des vêtements d’homme, pris la tête d’armées, entretenu un harme d’hommes mais aussi d’épouses, et ignoré les vertus féminines propres aux mères. Beaucoup plus tard, aux XVIIIe et XIXe siècle, des romanciers l’ont peinte sous les traits d’un être dégénéré, animé de désirs sexuels anormaux, s’adonnant à des orgies barbares. », indique l’historienne Linda M. Heywood dans son livre Njinga – Histoire d’une reine guerrière (1582 – 1663),préfacé par Françoise Vergès et publié fin août aux éditions La découverte.

LA PULSION DE VIE

Les œuvres de Conceiçao Evaristo sont marquées par sa condition de femme, Noire, brésilienne :

« Consciemment, je veux mettre au centre de la scène littéraire les gens Noirs. Et je veux apporter l’oralité dont j’ai hérité : l’oralité afrobrésilienne. Et apporter des vécus afrobrésiliens. Inconsciemment, je suis guidée par ma subjectivité de femme noire, issue d’une classe populaire, et cela influe sur ma manière de raconter. »

Et ainsi, elle participe à la déconstruction des idées reçues encore intégrées dans une société raciste et sexiste. Victimes du système, ses personnages vont au-delà de ce que l’on attend d’eux en tant qu’individus racisés. Au contraire, elle montre au travers des parcours de douleurs l’espoir et la résilience. Et s’intéresse particulièrement à la manière dont ils se reconstruisent et la détermination à vivre.

« Il y a une pulsion de vie qui les pousse à se battre de manière positive. Tous les peuples colonisés ont une pulsion de vie. Elle a commencé sur les bateaux négriers. Sinon, ils meurent pendant les traversées. C’est un principe de la culture africaine : plus la personne se livre à sa douleur, plus elle va faiblir car elle va perdre le contact avec les forces positives.

On retrouve donc ce processus dans l’esclavage : quand ils étaient battus, les esclaves riaient ou chantaient. Les colonisateurs disaient alors que les esclaves n’avaient pas d’âmes parce qu’ils ne ressentaient rien. La fête, on peut la comprendre comme un signe de résistance. », analyse l’auteure qui avoue également qu’écrire fait mal :

«Moi aussi je souffre dans la construction de ces personnages. Car soit ils sont proches de moi, soit ils sont proches des gens qui me sont proches. Écrire, c’est aussi une manière de saigner. »

Sans oublier que la littérature est un moyen de faire résonner la voix des condamnées au silence.

Célian Ramis

8 mars : En Algérie, la mobilisation des femmes pour l'environnement

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Maison Internationale de Rennes
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Le 16 mars, invitée à la MIR par l’association Rennes-Sétif, la sociolinguistic Dalila Morsly est revenue sur la mobilisation inédite des femmes d’In-Salah, opposées en 2014 à l’exploitation du gaz de schiste.
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Sociolinguiste à Alger jusqu’en 1995, Dalila Morsly quitte son pays natal avec son mari lors de la décennie noire et s’installe en France. À Paris. Puis à Angers, où elle enseigne à présent à l’université. Présidente de l’association Aicha durant les années 80 jusqu’à son départ, la sociolinguiste s’intéresse de près à la question de l’engagement féministe en Algérie. Le 16 mars, invitée à la Maison Internationale de Rennes par l’association de jumelage Rennes-Sétif, elle est revenue sur la mobilisation inédite des femmes d’In-Salah, opposées en 2014 à l’exploitation du gaz de schiste.

« Je ne suis pas allée à In-Salah directement mais je reviens de Tamanrasset. In-Salah se situe dans la wilaya (en Algérien, wilaya, ça veut dire la préfecture) de Tamanrasset. J’ai recueilli beaucoup de documents dans la presse et des contacts avec des associations investies dans le soutien à ce combat, à savoir la lutte contre l’exploitation du gaz de schiste. Je ne vais pas parler technique, je ne suis pas experte dans ce domaine là, mais du combat des femmes et en quoi il est singulier, dans le contexte algérien. », explique Dalila Morsly en introduction de sa conférence.

Pour bien comprendre, elle commence par situer In-Salah, ville – en partie berbère - de 35 000 habitant-e-s environ, à 1 000 kms d’Alger. Dans le désert du Sahara. C’est une des villes où les températures sont les plus chaudes d’Algérie. Entre 30° et 46°, avec des pics jusqu’à 50° et en moyenne avec 2 jours de pluie par an.

Dans cette ville à l’inspiration soudanaise, construite en argile – « l’argile est traditionnellement pour la poterie, c’est un de mes dadas d’ailleurs, la poterie féminine en particulier » - la verdure n’est pas absente, en raison d’une importante nappe phréatique qui alimente Tamanrasset en eau.

LE DÉBUT DU MOUVEMENT

La présence d’hydrocarbures est importante, les sols sont riches en gaz, en pétrole et en gaz de schiste : « En 2012, le constat est établi que le gaz de schiste est exploité à In-Salah. Né alors un mouvement important anti gaz de schiste. Au début, c’est surtout le fait d’experts avant de devenir ce que les médias vont qualifier de ‘contestation populaire, citoyenne et pacifique’ qui s’étend en 2014, avec le soutien de villes du sud et du nord. Ça dépasse In-Salah. »

C’est un forage, fin 2014, à une quarantaine de kilomètres de la ville, qui va mettre le feu aux poudres. Les étudiants manifestent pour l’arrêt de l’exploitation. S’en suit la création d’un collectif pour un moratoire sur le gaz de schiste, qui rejoint les collectifs nationaux. La population locale a conservé en mémoire les essais nucléaires aériens et souterrains réalisés par l’armée française dans la région, dans les années 60.

« C’est une explication possible de la contestation partie de cette ville qui est jusque là perçue comme silencieuse et peu contestataire justement. »
souligne la sociolinguiste.

Ce qui explique encore davantage l’aspect inédit de la mobilisation des femmes. Parce qu’à In-Salah, elles n’avaient pas particulièrement réagi aux luttes menées dans le nord du pays contre le Code de la Famille et pour l’égalité femmes-hommes. Au contraire, elles étaient restées silencieuses.

Là, elles réclament l’écoute et l’attention du président de la République algérienne, Abdelaziz Bouteflika – qui a obtenu dans le coin un excellent score aux élections - en déclarant : « Nous avons voté pour lui, nous lui demandons de nous écouter et de répondre à nos demandes. »

LES FEMMES EN ACTION

La mobilisation des femmes va prendre différentes formes. Celle du sit in tout d’abord. Quatre mois durant, chaque matin, elles vont se retrouver au centre de la ville et s’asseoir, ensemble. « J’aime beaucoup ce mélange de tenues touaregs et de tenues avec le voile islamique. Et voyez, le drapeau de l’Algérie est constamment présent. C’est pour défendre leur pays et pas uniquement leur ville. », s’enthousiasme Dalila.

Ensuite, elles vont participer aux marches et déambuler avec le cortège. Séparées des hommes toutefois : « Ce sont les habitudes traditionnelles mais je trouve que ce n’est pas ça le sujet. Elles ont voulu dire qu’elles étaient là et qu’elles voulaient faire nombre. Elles affirmaient leur position : « Non à la fracturation hydraulique » ! Elles avaient des banderoles, des pancartes, faisaient des graffitis, trouvaient des slogans comme « Résistance, résistance contre le gaz de schiste », parce que les manifestations se déroulaient sur la place de la Résistance. »

De cette mobilisation émergent des figures emblématiques. Comme celle de Hacina Zegzeg, porte parole anti gaz de schiste :

« Personne n’a le droit d’expérimenter sur nous. Le problème est que tout le monde sait que l’eau est polluée par la fracturation et on continue à polluer et à fracturer sans que ça ne dérange personne. Le pire, c’est le mensonge autour de cette communication ! »

Les femmes s’engagent pour la préservation de l’environnement et des ressources naturelles, comme l’eau par exemple, dont elles sont responsables. Elles sont sourcières mais aussi nourricières (pendant la contestation, les hommes font les courses et les femmes font les repas) et citoyennes.

Elles transmettent. À l’instar de Fatiha Touni, professeure d’anglais au lycée d’In-Salah. Elle consacre certaines de ses leçons au gaz de schiste et à ce « soulèvement populaire contre ce projet nuisible à l’environnement qui a opéré un bouleversement total à In-Salah. »

De là, d’autres projets environnementaux vont éclore : SMART Sahara, par exemple, dont l’objectif est de faire d’In-Salah une ville verte aux jardins entretenus par les femmes, ou encore un projet basé sur l’aquaculture. « L’eau est un élément vital dans le désert. In-Salah a pris son destin en main. », soulignera Hacina Zegzeg, dans la presse.

À QUOI DOIT-ON L’ÉMERGENCE DE CE MOUVEMENT ?

Pour Dalila Morsly, deux aspects sont à creuser et à retenir. Le premier : « La mobilisation montre les effets de la scolarisation massive dans la construction d’une prise de conscience citoyenne. Les femmes ont acquis une expertise technique de l’exploitation du gaz de schiste mais aussi une expertise politique du combat qu’elles mènent. Si la scolarisation de la population ne donne pas encore toutes les satisfactions que l’on attend, elle est massive et c’est un signe positif quand on se dit que 90% de la population était analphabète lors de l’indépendance. »

Ainsi, il est démontré que la scolarisation désorganise le système en place. On assiste alors à une diminution du nombre de mariages précoces, une baisse de la fécondité, l’apparition d’un célibat prolongé chez les femmes algériennes qui marquent là la contestation envers l’ordre établi ou encore une diminution de la polygamie et de la répudiation. La société se transforme et les femmes accèdent à une plus forte autonomie financière.

Le deuxième aspect concerne la charge de l’eau qui leur revient à elles. « On peut se dire que la responsabilité de l’eau cantonne les femmes à un rôle traditionnel. Mais on peut aussi considérer que passe par là la possibilité pour elles de mobiliser les femmes de la ville. C’est justement une réappropriation du rôle traditionnel des femmes pour lieux sensibiliser les femmes au combat qu’elles sont en train de mener. Surtout pour sensibiliser les plus anciennes, qui elles n’ont pas eu accès à la scolarité. », analyse la sociolinguiste.

La mobilisation des femmes marque une nouvelle forme de militantisme. Proche de la mouvance féministe écolo. Dans les années 80 et 90, les associations luttaient pour l’égalité entre les femmes et les hommes et attaquaient les écrits du Code de la Famille. Si aujourd’hui, le combat continue pour les droits des femmes, il se poursuit également dans des revendications environnementales.

« Ici, l’enjeu n’est pas les droits des femmes directement mais la mobilisation a installé une nouvelle sensibilité des droits des femmes. C’est ça qui pour moi est important à signaler. »
poursuit Dalila Morsly.

Les femmes sont de plus en plus nombreuses à être cultivatrices, par volonté et non obligation, et se constituent en associations de femmes rurales, la question de l’environnement est davantage portée aussi par les structures, comme certaines associations en Kabylie qui se mobilisent pour le tri sélectif et la propreté des villages.

La conférencière insiste : les sociologues constatent que les femmes sont porteuses de dynamiques qui amènent des évolutions dans le pays. Parce qu’aujourd’hui, les femmes sont dans tous les domaines. « Pas comme dans certains quartiers de Rennes que je ne nommerais pas ici. », lance une personne du public. La remarque passe mal. Difficile à partir de ce moment-là de recentrer le débat sur le sujet.

Si c’est un aspect précis qui est pointé durant l’exposé de Dalila Morsly, l’événement se détourne de son fond premier pour virer au jugement sur le port du voile. On a du mal à comprendre, si ce n’est que l’instant est révélateur d’un problème majeur : on ne peut pas parler des femmes arabes sans les associer à la religion et à une opinion jugeante et moralisatrice. Navrant.  

 

Célian Ramis

8 mars : Les combats féministes au fil des générations

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CRIJ, Rennes
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Ne rien lâcher aujourd’hui, pour demain. Ne pas couper les ponts avec les combats d’hier. Pour comprendre notre Histoire commune, défendre notre héritage et avancer ensemble vers l’égalité entre les sexes.
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Ne rien lâcher aujourd’hui, pour demain. Ne pas couper les ponts avec les combats d’hier. Pour comprendre notre Histoire commune, défendre notre héritage – souvent menacé par la montée des extrêmes et la haine des anti-choix – et avancer ensemble vers l’égalité entre les sexes. C’était l’objet de la conférence « Égalité femmes-hommes : les combats d’hier et les engagements d’aujourd’hui », organisée par le CIDFF35 le 15 mars, au CRIJ Bretagne.

Autour de Camille Ceysson, modératrice et membre du CA du CIDFF35, 3 femmes, représentant 3 générations de militantes féministes : Geneviève Couraud, présidente de l’Assemblée des femmes et présidente de la commission « Santé, droits sexuels et reproductifs » au Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes, Lydie Porée, présidente du Planning Familial 35 et co-fondatrice de l’association Histoire du féminisme à Rennes, et Manon Carbonnel, ancienne présidente de l’association Stop Harcèlement de rue Rennes, à l’initiative – avec Marianne Flahou - du groupe de paroles « Endométriose – Temps d’échanges et d’entraide ».

Accompagnées en images de Germaine Tillion, Louise Weiss, Simone Veil, Françoise Giroud, Yvette Roudy ou encore des femmes de la société civile, elles s’installent autour de la table après la projection d’un document de l’Ina nous remémorant 70 ans de combats pour les droits des femmes.

Droit de vote, accès à la contraception, légalisation de l’IVG, parité en politique, ouverture d’un compte bancaire sans autorisation du père ou du mari, répartition des tâches ménagères, violences faites aux femmes, congé parental… Des avancées, il y en a. Mais sont-elles acquises ? Pas tellement. Et nombreuses sont celles encore à conquérir.

3 FEMMES, 3 GÉNÉRATIONS, 3 PARCOURS

« Je suis née en juillet 1944, les ordonnances d’Alger venaient d’être publiées, j’ai donc grandi dans un monde où les femmes avaient le droit de vote et le droit d’être éligibles. J’ai passé mon enfance au Maroc et je suis venue seule en France à 17 ans. J’ai été élevée dans une famille extrêmement égalitaire, avec un père et un grand-père féministes avant l’heure. Je croyais donc que c’était la réalité. Il faudra attendre un moment pour que je me rende compte que ce n’était pas le cas. »

Geneviève Couraud devra attendre ses 24 ans et la deuxième partie de son CAPES en lettres classiques. Seule face à l’inspecteur général qui avait donné congé au jury – qui normalement assiste à l’entretien surnommé « le confessionnal » - elle reçoit alors des remarques sur sa manière de s’habiller et son attitude. Jusqu’au chantage sexuel : pour obtenir sa mention, elle doit coucher. Elle ne parle plus. Elle refuse de céder. Il reprend l’entretien, « normalement ».

« La terre s’est écroulée. Vous comprenez alors dans quelle société vous vivez. Je suis rentrée dans le bureau, je n’étais pas féministe. Je suis sortie, je l’étais. »
déclare-t-elle avec détermination.

À la différence de Geneviève Couraud, Lydie Porée, née en 1978, n’a pas « d’anecdote déclic ». Mais elle a, comme toutes, fait l’expérience « pas très agréable » de réaliser qu’elle est une fille. En résumé, elle a découvert ce qu’elle appelle « le pack filles », avec son lot d’inégalités et de violences injustifiées.

« C’est un sac à dos très lourd. On peut faire avec, on peut choisir de ne pas le sentir, on peut décider que c’est trop lourd et que ça suffit. Chacune réagit à sa manière. Je n’ai donc pas eu un moment précis mais c’est plus la répétition d’être tout le temps rappelée à ce que c’est que d’être une fille. Et quand on subit, en général, cela génère beaucoup de colère. Rien de tel que le collectif pour canaliser la colère et la transformer en force. », souligne-t-elle.

Cette accumulation, Manon Carbonnel la ressent et la comprend. Depuis petite, elle constate des dysfonctionnements. Elle ne veut pas d’enfant, on lui dit qu’elle changera d’avis. En CP, elle est la seule fille, entourée de garçons de CM2, en atelier Informatique. Ado, elle subit un viol, d’un ami à elle. Dans la rue, on lui attrape les seins, devant ses parents. Elle découvre également que des avortements ont eu lieu dans sa famille et qu’ils sont tabous.

« Un jour, ma mère m’offre King Kong Théorie, de Virginie Despentes. Un texte imparfait mais fort. J’ai réalisé que j’avais toujours été féministe mais qu’il m’avait manqué le terme. J’ai vécu avec l’arrivée d’Internet (avec la connexion rapide) et ça m’a permis de beaucoup m’informer. J’ai fait un bac L, des boulots en restauration et finalement j’ai repris mes études pour être ingénieure. En informatique. Comme quoi ! Je finis dans 6 mois. », annonce-t-elle.

LE MILITANTISME, COMME SOLUTION POUR AGIR

Aucune d’elles n’a été épargnée des violences sexistes d’une société patriarcale rarement remise en cause, si ce n’est par les associations, groupes et collectifs féministes, dont les discours et actions sont, de ce côté, souvent visés par des suspicions, invisibilisés et banalisés.

« Ce qui s’est passé au CAPES, j’ai mis 30 ans à en reparler. Je l’ai fait quand j’ai vu quelqu’un se faire humilier devant moi, de la même manière que moi. Oui, ça se passe dans l’Education Nationale. Et avec le #Metoo et #Balancetonporc, j’ai témoigné de ça. En donnant le nom du harceleur. Ce que l’on subit, c’est de l’humiliation, c’est un bouleversement, une remise en cause qui dure toute votre vie. Le seul moyen, c’est le militantisme. Pour faire en sorte que ça n’arrive plus aux autres. », déclare Geneviève.

Si son engagement militant ne s’est pas concrétisé dans l’instant, le MLF (Mouvement de Libération des Femmes) et le contexte de mai 68 vont réveiller son envie et son besoin de s’investir dans le collectif. Au sein du MLAC de Marseille (Mouvement pour la Liberté de l’Avortement et de la Contraception), tout d’abord. Puis du CIDFF et du Planning Familial, avant de devenir membre de l’Assemblée des femmes et du Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes.

En parallèle, elle adhère au Parti Socialiste qui, à l’époque, en 1978, « a le soucis de l’éducation, la culture et l’égalité ». Le féminisme va l’emmener sur la route de la politique, du militantisme et du regard critique envers son propre métier, qu’elle constate également comme reproducteur des inégalités entre les garçons et les filles, souvent moins interrogées.

Elle note alors une ambition moindre chez les filles que chez les garçons : « Il faut encourager les filles et pousser les familles à le faire aussi. Les filles qui renoncent, ce n’est souvent pas par manque de courage mais parce que le poids de la société est trop lourd. »

Ce poids de la société, c’est le fameux « pack filles » dont parle Lydie. Une fois conscientisé, elle a eu envie de rejoindre le collectif Emancipation à Angers, avant de commencer l’aventure, avec d’autres personnes, de Mix-Cité Rennes. La période à laquelle elle se lance dans le militantisme est un tournant dans l’histoire du féminisme :

« Il y avait comme un creux dans les féminismes, dans les années 80/90. Dû aux luttes qui avaient eu lieu dans les années 70 et les droits obtenus. Tout ne s’est pas arrêté mais c’était moins fort jusqu’en 1995 environ. Je m’inscris dans cette relance. »

Les droits acquis sont fragiles et restent encore à conquérir. Les collectifs et mouvements féministes doivent se réinventer, s’organiser. De nouvelles préoccupations apparaissent. Au sein de Mix-Cité, les militant-e-s s’intéressent à l’intervention dans les espaces publics et la répartition sexiste des jouets.

Si ce sont des sujets nouveaux qui sont mis sur la table, Lydie Porée, archiviste, regrette de ne pas bien connaître l’histoire des luttes féministes et se relance dans les études. « On (Patricia Godard et elle) avait beaucoup de curiosité par rapport à ça et nous avons décidé de nous lancer dans une enquête. Ce n’était pas évident car l’histoire des femmes a la particularité de se transmettre sur des témoignages oraux. Les mouvements étant perçus alors comme peu légitimes, il n’y a pas eu beaucoup de sauvegardes, d’archives, de traces. Les groupes de femmes étaient informels souvent. Nous sommes parties à la quête de ces traces, de militantes et on a tiré des fils au fur et à mesure. », explique-t-elle.

La suite on la connaît bien. Le duo lance l’association Histoire du féminisme à Rennes, au départ créé pour le projet de livre Les femmes s’en vont en lutte ! publié aux éditions Goater en 2014 mais qui va rapidement prendre de l’ampleur et dépasser la seule publication d’un ouvrage (conférences, visites guidées, etc.).

Si elle ressent le besoin à un moment donné de souffler et de prendre du temps pour soi, elle le dit : « On revient vite dans le collectif ». Par la porte de Aides, elle entre au CA du Planning Familial 35 et en devient la présidente. Jusqu’en juin 2018.

« On va renouveler le bureau. Je trouve ça bien, ça oblige à réfléchir à la transmission, à laisser la place et aller ailleurs. J’ai vraiment beaucoup aimé cette expérience. Je suis née après la loi Neuwirth, après la loi Veil et je suis convaincue que la maitrise de la fécondité des femmes est un pilier de l’émancipation. Je me sens chez moi au Planning Familial. C’est un mouvement qui n’est pas toujours structuré mais qui est foisonnant, libre, et c’est une asso qui se renouvelle sans arrêt, sur la santé des femmes, et qui cherche de plus en plus à inclure les personnes LGBT aussi, c’est très important. », conclut-elle sur ce point-là.

Elle soulève quelques limites dans ce qu’elle a pu constater au fil de ses années de militantisme : le risque de s’oublier, de par l’implication et l’investissement que cela demande, et le manque d’inclusion. Elle se souvient notamment que « Chez Mix-Cité, on n’avait tou-te-s moins de 25 ans et on était toutes blanches. Ça fait réfléchir. »

Et ce n’est pas Manon Carbonnel qui viendra couper court à cette réflexion : « Regardez, ici, ce soir, nous sommes 4 femmes. Quatre femmes blanches. » Dans le public, même constat. Elle affiche tout de suite clairement une position bien plus intersectionnelle que le féminisme des années 70, en France, et comprend l’importance des féminismes.

Amenée au militantisme par la violence quasi quotidienne d’un sexisme banalisé auquel les pouvoirs publics n’apportent aucune solution, elle expose des faits brutaux qui témoignent d’une problématique dramatique. Les agressions dans la rue sont la preuve de l’objetisation des femmes :

« J’ai été agressée en bleu de travail, en pyjama, en jupe, en talons, en baskets, en pantalon… Un jour, un mec voulait me mettre dans sa voiture, aidé par un complice. J’ai hésité « Je sors ma lacrymo ou la matraque ? » et j’ai sorti une matraque. J’ai réussi à ma sauver. Après ça, je me disais que j’étais Terminator. Enfin, Sarah Connor plutôt. »

En même temps, elle découvre Paye Ta Schneck qui relate des milliers de témoignages sur le harcèlement de rue et se forme, s’informe, grâce à ce type d’outils, délivrant la parole des femmes concernées. Elle commence à tomber malade, subit de forts maux de ventre. Le stress, c’est dans la tête, peut-être faudrait-il voir un psy. C’est ce qui lui disent les médecins en réponse aux symptômes qu’elle décrit.

Jusqu’à ce qu’elle trouve un médecin qui pense rapidement à l’hypothèse de l’endométriose. Aux examens, les professionnel-le-s ne voient rien. Il n’y a rien. « On a fait revérifié l’IRM et on m’a opéré 1 an et demi plus tard. J’ai eu très mal. Puis on me dit qu’il faut que je fasse un test pour savoir combien d’ovules il me reste. Je découvre qu’on a un quota. Première nouvelle. Qu’on peut les congeler. Je n’avais jamais eu d’infos là-dessus. », dénonce-t-elle.

Violences sexuelles, violences psychologiques, violences gynécologiques. Les unes après les autres. Les unes en même temps que les autres. Manon raconte et ne s’érige jamais en victime. Elle rejoint Stop Harcèlement de rue Rennes, un événement qui lui ouvre l’esprit sur la multiplicité des vécus et la pluralité des féminismes. Elle quitte la présidence de la structure, n’ayant plus assez de temps à consacrer à ces autres activités, mais poursuit la lutte.

Pour faire connaître l’endométriose, lutter contre les violences gynécologiques, elle organise le 3 avril un groupe de paroles, au bar L’Amaryllis à Rennes, pour les femmes atteintes de cette maladie et celles étant en train d’être diagnostiquées.

Son désir : « Tendre vers ce que vivent les autres pour les aider aussi et pas juste moi. J’espère qu’on va toutes se faire grandir et aller vers la sororité, car nous aussi on répète les préjugés sexistes. Et pour moi, c’est le poids de la culture judéo-chrétienne. J’ai des amies travailleuses du sexe, des amies voilées, des amies trans, et elles ne se retrouvent pas dans les groupes féministes actuels. »

UN ENGAGEMENT MILITANT DE LONGUE HALEINE

C’est un boulot de titans que les militantes accomplissent. Avec une énergie monstre. Et une détermination admirable. Parce que le chemin est long et que comme le souligne Lydie Porée, les victoires sont minces et peu nombreuses :

« Le féminisme, c’est un mouvement de transformation sociale. On ne compte pas nos heures pour y parvenir mais c’est très fatiguant. Je rejoins Manon sur la sororité. À Rennes, on nous permet justement des collaborations entre structures féministes et je pense qu’on a tout à gagner en travaillant sur les points qui nous réunissent. Car évidemment nous avons des points de désaccords mais nous subissons déjà tellement de coups qu’on gagnera vraiment à s’allier. »

S’allier en s’écoutant, sans jugement. En permettant aux unes et aux autres de sentir libres et d’avoir une place dans le collectif, sans forcément en faire partie tout le temps. C’est la question qui se pose avec les événements en mixité, en mixité choisie ou en non-mixité.

Pour Geneviève Couraud, quand elle a commencé à militer : « On était entre nous. Et Yvette Roudy le dit : il faut que les femmes fassent front commun. Elle parlait alors du domaine de la politique. On a bien avancé je trouve. »

C’est là peut-être que se creuse l’écart entre les différentes générations de féministes (problématique récurrente à de nombreux sujets, pas uniquement due au féminisme). Les plus anciennes regardent en arrière le chemin parcouru et les plus jeunes regardent en avant le chemin qu’il reste à parcourir.

IMPOSSIBLE D’ÊTRE PARTOUT

Les points de vue se confrontent. En résulte l’ébullition d’un débat qui ne cessera jamais d’opposer les générations, par différence des contextes, des époques et des vécus. Mais qui les rassemble également autour de l’objectif commun : l’égalité entre les femmes et les hommes.

« Le sexisme est une pieuvre avec des milliers de bras qu’il faut attaquer de partout. C’est ça qui est compliqué. Mon axe en ce moment c’est la lutte contre le harcèlement de rue, l’information sur l’endométriose et la formation à la self-défense (elle parlera quelques minutes plus tard d’une notion essentielle : l’empowerment, ndlr). Mais il y a plein de choses à faire. Et il faudrait que le gouvernement s’y mette un peu aussi ! Il faut travailler avec les institutions, former la police, les médecins… Que les femmes puissent porter plainte ! J’ai essayé plusieurs fois, je n’ai jamais pu. Alors que d’un autre côté, on reçoit une injonction à porter plainte. Tant qu’elle n’a pas porté plainte, on ne la croit pas vraiment. », déclare Manon.

Au fil de la discussion, chacune apporte sa vision des combats qu’il reste à mener. L’éducation à l’égalité, pour Geneviève. L’accès à la santé, l’éducation à la sexualité, pour Lydie. Les sujets se multiplient et montrent à quel point le patriarcat est omniprésent et les résistances sont grandes.

Le public intervient également. Jocelyne Bougeard, conseillère municipale adjointe aux relations internationales et aux relations publiques et également membre du HCEfh, rappelle l’importance des lois et surtout de l’exigence de la bonne application de ces lois. Une médecin exprime sa désolation face au manque d’éducation à l’égalité dans le domaine de la petite enfance.

L’ENJEU MAJEUR DU CORPS DES FEMMES

Annie Guillerme, présidente de la Fédération régionale des CIDFF, en arrive alors à évoquer les États généraux de la bioéthique qui se déroulent en France cette année, pour faire évoluer – soi-disant - les lois dans ce domaine. Si autour de l’ouverture de la PMA, les différents féminismes se rejoignent, en règle générale, la GPA cependant est un sujet de discorde.

« C’est un sujet clivant. Evidemment, il faut entendre les arguments des pour et des contre, s’écouter, discuter. », rappelle-t-elle.

Pourtant, durant le débat, on sent qu’avant même l’étude approfondie du sujet, certaines positions sont déjà bien affirmées et revendiquent le « contre ». Pour Geneviève Couraud, la GPA est synonyme de location d’un ventre. Et pas n’importe quel ventre, celui « des femmes pauvres, issues des pays défavorisés ».

Selon elle, et pas seulement puisque d’autres femmes dans l’assemblée se manifestent en accord avec ce point de vue, il s’agit d’une marchandisation du corps, un geste de la misère. Le débat, ce soir-là, reste apaisé mais sera vite balayé.

Pour Lydie Porée, « le Planning Familial s’engage pour la PMA. Pour la GPA, c’est en réflexion. Personnellement, je ne sais pas où me positionner. Et je trouve ça bien aussi de se dire qu’on n’a pas toujours un avis sur tout à un instant T. »

Pareil pour Manon Carbonnel.

On est d’accord. Et surtout, nous sommes aux prémices d’un débat qui s’annonce plus que musclé. Ne pas foncer tête baissée dans un bras de fer qui divisera forcément l’opinion publique et penser à écouter les concerné-e-s. Soit celles qui en ont fait l’expérience et celles et ceux qui y ont recours. Parce qu’il est hypocrite de penser que, en France, personne ne fait appel à des mères porteuses.

Certains reportages montrent une autre réalité que celle présentée par Geneviève. Notamment avec plusieurs couples homosexuels désirant élever un enfant dès ses premiers mois de vie et faisant appel à des femmes américaines pour être les mères porteuses. Quelques cinéastes, également, proposent de soumettre le sujet à la réflexion des spectatrices-teurs, comme tel est le cas dans Melody, de Bernard Bellefroid, et plus récemment dans Diane a les épaules, de Fabien Gorgeart.

Plus important encore que les nombreuses polémiques annoncées par avance autour de la GPA, c’est le sujet sous-jacent qui constitue un enjeu majeur du combat des féministes contre le patriarcat : la question du corps des femmes.

Visiblement, à ce propos, les groupes féministes semblent se rejoindre : chacune doit être libre de disposer de son propre corps. On comprend que selon les générations, à travers les vécus et les luttes menées, la notion a plusieurs significations.

 

Célian Ramis

"La meilleure contraception, c'est celle que l'on choisit !"

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Planning Familial 35
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Cinquante ans après la promulgation de la loi Neuwirth (19 décembre 1967), le Planning Familial 35 a souhaité faire le point sur les avancées à saluer mais aussi sur les combats encore à mener.
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Il n’existe pas de bonne ou de mauvaise contraception. C’est à la personne concernée – qu’elle soit femme ou homme - de faire son choix. Celui-ci doit être éclairé par une information complète et accessible à tou-te-s. Cinquante ans après la promulgation de la loi Neuwirth (19 décembre 1967), le Planning Familial 35 a souhaité faire le point sur les avancées à saluer mais aussi sur les combats encore à mener. Tout cela dans une optique claire : l’égal accès à la liberté de choisir. Des mots importants, qui résonnent dans toutes les luttes (et les bouches) féministes !

« L’histoire que je raconte ici se déroule en 1971. Année charnière pour les femmes. Trois ans après mai 68, l’année du Manifeste des 343 femmes – ayant une certaine notoriété – qui proclament, en défiant la loi, qu’elles avaient avorté. Un an avant le procès de Bobigny où une jeune fille de 16 ans que je défendais devant le tribunal avait choisi l’avortement après avoir été violée et engrossée par un voyou de son quartier. Procès qui devait ouvrir la voie à la loi de 1975 (dite loi Veil). »

Ce sont les mots que Gisèle Halimi, présidente de Choisir la cause des femmes – fondée notamment avec Simone de Beauvoir en 1971 – couche dans la préface de la bande-dessinée de Pierre Wachs et Philippe Richelle, Libre de choisir. Avant de poursuivre : 

« Les Anne, les Isa aujourd’hui doivent savoir que les droits obtenus par leurs aînées demeurent fragiles et peuvent toujours être remis en question. Notamment le plus important d’entre eux, celui de choisir de donner – ou non – la vie. Car la précarité marque toujours les acquis des femmes. »

Avant les années auxquelles l’avocate se réfère, l’Histoire de la lutte des droits des femmes est marquée en 1967, le 19 décembre exactement, par la promulgation de la loi Neuwirth. La contraception - et la pilule oestro-progestative notamment - est dès lors autorisée. Dans le texte seulement, puisqu’il faudra attendre 1972 pour voir publiés les décrets d’application.

« LULU LA PILULE »

Entre temps, la loi de 1920, interdisant l’avortement et la contraception, est encore en vigueur, rendant impossible la publicité autour de la contraception. Lucien Neuwirth, député de la Loire et gaulliste, va devoir se battre contre ses collègues élus et l’opinion publique. Et va devoir convaincre le général de Gaulle, très réticent à cette idée, comme la plupart des hommes politiques, excepté François Mitterrand qui se déclarera favorable.

On connaît peu l’histoire de celui que l’on a surnommé « Lulu la pilule ». Pour les 50 ans de la loi, le magazine Causette, dans son numéro de décembre, revient sur l’acharnement de cet homme qui a mené bataille, 20 ans durant, pour qu’ait lieu cette révolution sociale. Une histoire – et une société - sur laquelle est également revenue l’émission « Qui sommes-nous ? » en diffusant le 19 décembre, sur France 3, le documentaire La bataille de la pilule.

« La première des choses pour une femme, c’est de maitriser son corps. Mon corps m’appartient ! », peut-on entendre dans les premières minutes du film, coproduit par Causette et France Télévisions. Si aujourd’hui, les femmes ne peuvent pas encore se dire pleinement libres de disposer de leurs propres corps, elles peuvent en revanche célébrer les luttes qui ont mené à des avancées significatives en ce sens.

LE COMBAT CONTINUE

« On ne se verrait pas revenir en arrière ! », souligne Katell Merdignac, bénévole et membre de la commission Contraception-IVG du Planning Familial 35. En effet, l’association féministe et d’éducation populaire milite, comme le rappelle sa directrice Anne-Claire Bouscal, « pour créer les conditions d’une sexualité vécue sans répression ni dépendance dans le respect des différences, de la responsabilité et de la liberté des personnes (…). Contraception, avortement, éducation à la sexualité sont les conditions essentielles de l’autonomie, de l’émancipation des femmes, et de la libre disposition de leur corps. »

Et n’oublie pas de faire remarquer qu’en 2017, le combat est toujours d’actualité. L’accès à la contraception de son choix restant encore fragile. Parce que la population manque encore d’informations.

Pour plusieurs raisons : la loi de 2001 sur l’éducation à la sexualité (prévoyant des interventions en milieu scolaire chaque année, de l’élémentaire au lycée) est très peu appliquée, les professionnel-le-s de la santé sont trop peu formé-e-s à ces questions durant leur cursus universitaire, les structures ressources manquant de moyens financiers et humains sont inégalement réparties sur le territoire…

« Nous avons des partenariats avant certains établissements scolaires mais pas beaucoup. Ils demandent souvent une intervention pour les classes de 4ème. Et de 3ème. On va très peu dans les lycées, il y a beaucoup de résistance. Je remarque que ça se fait souvent à l’initiative d’une personne, ça tient sur une infirmière scolaire, un prof de SVT… Mais si un prof de SVT souhaite l’intervention et pas son collègue, ça complique les choses… Il faut convaincre les non convaincu-e-s. », déplore Laure Stalder, conseillère conjugale et familiale au PF 35.

La directrice note également que la demande d’intervention est souvent motivée par un événement survenu dans l’établissement, « alors que ça devrait être mis en place avant, dans un cadre d’information et de prévention. » Pas seulement en réponse à un incident.

La faible application de la loi de 2001 révèle un inquiétant manque de financements - les interventions étant à la charge des établissements – et, par conséquent, de volontés politiques. Pourtant, l’information est primordiale pour le maintien des acquis sociaux, menacés par la montée, et la médiatisation, des réactions conservatrices et les idées reçues, dont la déconstruction reste un enjeu majeur du Planning Familial.

DÉCONSTRUIRE LES IDÉES REÇUES

Le scandale des pilules de 3ème et 4ème générations, les études sur le potentiel lien entre pilule et cancer du sein, l’idée que la pose d’un stérilet est possible uniquement après une grossesse, le retrait de l’implant Essure du marché (pour « raison commerciale »)… Les polémiques s’accumulent, suscitant doutes et inquiétudes, constamment autour de la contraception, le tri dans les informations devient difficile et un ras-le-bol se fait sentir.

Le 26 septembre, à l’occasion de la journée mondiale de la contraception, nombreux étaient les articles titrant autour de la désaffection de la pilule et du retour aux méthodes naturelles. L’emballement médiatique est lancé et encore une fois, ce sont les femmes qui trinquent.

Depuis 1978, la progression de l’usage de la pilule a été constante, souligne le PF 35 dans un communiqué, passant de 27% (cette année-là) des utilisatrices de contraception à 45% en 2000. On constate alors que les méthodes dites traditionnelles (retrait et abstinence périodique), utilisées à 23%, sont largement délaissées, chutant à 3%.

Dans les années 2000 pourtant, les études de l’INED (Institut national d’études démographiques) mettent en avant une inversion des tendances. L’usage de la pilule passe de 41% en 2010 à 33% en 2016. D’un autre côté, d’autres méthodes contraceptives prennent du gallon. Comme le stérilet (DIU, dispositif intra-utérin) qui voit son utilisation passer de 19% à 26% (sur la même période) et le préservatif qui passe de 11% à 16%.

Les méthodes naturelles reviennent en flèche en 2010, doublant son pourcentage avant de se stabiliser autour des 5% de 2014 à 2016. Un chiffre assez proche de celui de la stérilisation féminine (ligature des trompes), qui serait d’ailleurs en régression.

La pilule reste en France la méthode privilégiée par les concernées, particulièrement chez les jeunes de 15 à 19 ans (60,4%). Le Baromètre santé 2016 indique que son utilisation baisse avec l’âge (35,4% des 30-34 ans). En Bretagne, l’ARS (Agence régionale de santé) révèle même qu’en 2016, plus d’une femme sur deux utilise la pilule entre 18 et 29 ans.

ÉCOUTE ET DIALOGUE

« En consultation, on part des idées reçues des patientes, de ce qu’elles ont entendu, de ce dont elles ont peur. Les études sur les risques de la pilule sont très controversées. On dit aux femmes que la pilule provoque le cancer du sein mais on ne leur dit pas qu’elle les protège du cancer de l’utérus et du colon. Je ne peux pas assurer à une patiente qu’il n’y a aucun risque avec la pilule mais déjà le risque est extrêmement faible et ensuite c’est le cas avec tous les médicaments. »
déclare Cloé Guicheteau, médecin du PF 35.

Elle poursuit : « Quand elles sont jeunes, en majorité, elles ne connaissent que la pilule, qu’elles aient commencé une sexualité ou non. Elles veulent donc ce qu’elles connaissent. Notre rôle est de leur expliquer tout ce qui existe. Je leur parle du stérilet, de l’implant, etc. De comment vont se passer leurs règles, selon les méthodes de contraception. Je leur dis de ne surtout pas hésiter à revenir nous poser des questions, à revenir nous voir si jamais après la pose de l’implant elles ont des saignements trop fréquents. Pour voir comment on peut faire, comment ça peut passer. Il faut leur expliquer et dire que ça peut ne pas convenir. Ensuite entre 20 et 29 ans, on voit une diminution de l’utilisation de la pilule au profit du stérilet, souvent. Parce que ça peut être vécu comme une contrainte pour certaines de prendre la pilule tous les jours, ou parce qu’elles veulent prendre moins d’hormones, etc. »

Une baisse qui peut s’expliquer par une plus grande connaissance du sujet et peut-être une plus grande écoute de son corps et de son environnement. À l’heure où la société tend à se tourner vers des comportements plus écologiques et où l’on s’interroge sur la composition des cosmétiques, du textile, de l’alimentation, etc., les femmes prennent évidemment part au mouvement et questionne aussi leur quotidien.

Cloé Guicheteau et Laure Stalder se rejoignent sur la complémentarité de leurs fonctions. Les femmes peuvent parler différemment de leur rapport à la sexualité, à leurs corps, à leurs vécus, face à un-e médecin ou face à une conseillère conjugale et familiale. D’où l’importance de l’écoute et de l’information. Savoir aussi que selon les âges, les parcours, les expériences, les étapes de vie, les personnes évoluent et la méthode contraceptive peut être modifiée.

DES CONNAISSANCES POUR UN CHOIX RÉEL

Le mot d’ordre de la structure, d’autant plus valorisé à l’occasion des 50 ans de la loi Neuwirth : il n’y a pas de bonne ou de mauvaise contraception. Bénévoles et salariées insistent, il s’agit là d’un choix individuel, qui doit être éclairé par une information complète et accessible à tou-te-s.

« Nous ne sommes pas là pour décider à la place des patientes mais nous devons les informer sur tout ce qui existe, que ce soit sur les méthodes réversibles, comme sur les méthodes définitives. »
explique Marie Lintanf, bénévole et membre de la commission Contraception-IVG du PF 35.

La contraception ne doit pas être une fatalité mais un choix. Aujourd’hui encore, néanmoins, on regrette le manque d’écoute de certain-e-s professionnel-le-s de la santé et le manque, voire l’absence, d’informations dispensées par ces dernier-e-s. Sans compter certaines idées reçues encore véhiculées en 2017 (même si elles tendent à disparaître pour certaines).

D’un côté, on aborde la contrainte de la prise quotidienne d’un comprimé hormonal. D’un autre, on appréhende la douleur lors de la pose d’un stérilet (ou que notre corps le rejette). On réfléchit à la solution préservatif mais « Monsieur » préfère sans. Le retrait ? On n’y pense pas toujours dans le feu de l’action… Choisir sa contraception peut ressembler à un casse-tête chinois et être source d’angoisse et de souffrance, comme en témoigne Le chœur des femmes, de Martin Winckler.

Mais l’ouvrage montre surtout l’importance de l’écoute et de l’information. Du travail collectif entre patientes et professionnel-le-s. Sans oublier la relation de confiance. « C’est très important de prendre le temps de discuter. De ne pas forcément faire l’examen gynécologique dès le premier rendez-vous par exemple. », insiste Cloé Guicheteau.

SE FORMER À L’ÉCOUTE ET À L’ADAPTATION

Pour elle, il est essentiel de s’adapter à chaque patiente. Et de bien expliquer étape par étape les gestes qui vont être réalisés lors d’un examen :

« Je montre le spéculum, j’explique à quoi il sert, l’endroit où je vais le mettre et ce que je vais faire. Il faut bien faire attention à expliquer ce que l’on va faire sur leur corps. Ce n’est pas seulement imaginaire, il est important qu’elles visualisent. Pour le stérilet, on passe plus de temps à préparer le matériel qu’à le poser. Alors pendant la préparation, on échange avec la patiente. Plus elle est décontractée et détendue, moins elle ressentira de gêne. On discute, on parle d’autres choses. On voit comment elle se sent, on peut lui montrer avec un miroir si elle le souhaite, c’est vraiment selon la personne !

On prévient de tout ce qu’on va faire pour qu’elles ne soient pas surprises. Elles vont avoir des petites douleurs, comme une petite douleur de règles, pendant la pose parce que l’utérus est un muscle, il se contracte. On travaille alors la respiration pour bien oxygéner le muscle utérin. On peut utiliser l’hypnose aussi si on sent qu’il y a trop d’angoisse. Et surtout, il ne faut pas insister si on voit que c’est difficile. On va alors essayer de discuter, voir s’il n’y a pas d’antécédent de traumas, et malheureusement, souvent dans ces cas-là, on s’aperçoit qu’il y en a. A partir de là, on prend le temps avant de réenvisager la pose ou pas. »

Pour Anne-Claire Bouscal, la question des violences faites aux femmes, de l’écoute, de l’information, de l’adaptation à la personne, etc. doivent être obligatoirement prises en compte dans toutes les formations des professionnel-le-s de la santé, tout secteur confondu. Et pour cela, une vraie volonté politique doit être, pas seulement affichée, mais entreprise réellement sur le terrain.

L’INFORMATION POUR TOU-TE-S

Les associations manquent de moyens financiers mais aussi humains. Et ne peuvent, à elles seules, faire tomber les barrières sociétales et pallier toutes les inégalités territoriales. Le gouvernement doit également prendre sa part, au travers de financements plus importants, via des campagnes d’information visibles et accessibles à tou-te-s.

Chloé Bertin, bénévole et membre de la commission Contraception-IVG du PF 35, soulève un point essentiel : les événements autour de ces questions, et notamment autour de la contraception masculine, sont quasiment exclusivement organisées à l’initiative d’associations et ne touchent ainsi pas tous les publics :

« Chaque année à Rennes, en 2016 et en 2017, il y a une soirée sur la contraception masculine. Il y a Ardecom qui en parle, ou encore Thomas Bouloù, mais ça reste des initiatives associatives. Pas institutionnelles. Le Planning parle aussi bien des méthodes de contraception féminine que des méthodes de contraception masculine. Ces dernières sont très peu choisies et c’est le parcours du combattant pour la vasectomie. »

LES HOMMES AUSSI SONT CONCERNÉS

Le parcours du combattant, c’est ce que relate le rennais Franck Bréal dans Causette (numéro de novembre 2017 – à lire absolument, hommes et femmes, on précise). Il fait parti des 0,8% (en France, parce que dans des pays voisins, le chiffre se rapproche des 20%) d’hommes à s’être orienté vers une méthode définitive. Son témoignage met le doigt sur un tabou profond, criant de vérités : la contraception peut, et doit, se conjuguer au féminin et au masculin.

Depuis la légalisation de la contraception, seules les femmes sont visées. Elles sont les seules responsables d’une éventuelle grossesse. À elles de penser au petit comprimé à prendre tous les jours à heure fixe. À elles de réfléchir à leurs moyens de contraception. À elles d’aller chercher la contraception d’urgence à la pharmacie (et de s’entendre dire qu’elles ont été irresponsables) si besoin. À elles de dire « On va mettre un préservatif (féminin ou masculin) parce que je prends pas la pilule / j’ai pas de stérilet / j’ai pas d’implant » ou « Il faudra se retirer avant la fin (pour les mêmes raisons) ».

À elles de calculer les dates d’ovulation et jours de menstruations, sans qu’aucune question ne lui soit posée. Oui, elles gèrent. Et elles gèrent toutes seules. Pourquoi ? Parce que c’est une affaire de gonzesses. C’est faux. Franck Bréal le dit d’ailleurs au début de son article :

« Véro (sa compagne, ndlr) a raison : la contraception est aujourd’hui considérée comme une prérogative féminine. Cette charge (mentale) normée et imposée est pourtant loin d’être un acte banal et n’est pas sans risque. »

Et la vasectomie est également considérée comme loin d’un acte banal et sans risque. Parce que cet acte atteint à la virilité (idées reçues : la vasectomie rend impuissant / c’est certainement sa compagne qui le force parce qu’elle en peut plus d’être enceinte / il va le regretter plus tard – selon l’âge de l’individu, évidemment), dans l’opinion publique.

AVANCER ENSEMBLE

Encore une fois l’absence d’information et de connaissance joue en défaveur de la méthode et surtout en défaveur de la liberté de choisir (un délai de réflexion de 4 mois est obligatoire avant la réalisation de la vasectomie). À cela viennent s’ajouter les assignations de genre, parfait cocktail mortel qui n’oublie pas de polluer les esprits.

Cinquante ans ont passé depuis que la victoire de Neuwirth sur les conservateurs-trices. Celui qui était traité de « fossoyeur de la France » et « d’assassin d’enfants » - contraint de retirer sa fille de l’école catholique  en 1967 « à cause du harcèlement dont elle est victime » (Causette), est aujourd’hui salué par la grande majorité de la population.

Depuis la promulgation de la loi et l’application des décrets, les avancées se sont multipliées, notamment le remboursement du stérilet et de la pilule, la vente libre de la contraception d’urgence en pharmacie, l’autorisation de la stérilisation à visée contraceptive, la prescription de la contraception et la pose du stérilet par les sages-femmes, la gratuité de certains contraceptifs pour les mineures de plus de 15 ans, le lancement d’un numéro vert gratuit (0 800 08 11 11 de 9h à 20h du lundi au samedi) ou encore la gratuité et la confidentialité de tout le parcours de soin relatif à la contraception pour les mineures de plus de 15 ans.

Mais le combat reste d’actualité. Pour ne pas revenir en arrière. Et pour progresser encore dans l’évolution des mentalités et dans l’accès à la contraception pour tou-te-s. Désormais, la contraception doit se conjuguer au féminin comme au masculin et l’information doit être complète, tout autant que l’écoute et la formation des professionnel-le-s.

Le Planning Familial 35 insiste sur le non jugement : « C’est la personne concernée qui sait le mieux ce qui est bon pour elle. Le panel contraceptif a beaucoup évolué en 50 ans et va continuer à évoluer. Maintenant, la contraception est quasi exclusivement féminine parce qu’on tient les femmes dans un rôle de procréation ou de responsable unique de sa contraception. L’égalité doit passer par le fait d’en parler et d’en discuter ensemble. »

 

 

POUR INFOS :

Le Planning Familial 35, c’est :

  • 180 adhérent-e-s

  • Une cinquantaine de bénévoles qui se mobilisent pour faire connaître le Planning et diffuser ses valeurs

  • 27 professionnel-le-s salarié-e-s qui forment et informent, qui écoutent et accompagnent les personnes au quotidien

  • 2 sites : Rennes et Saint-Malo

Célian Ramis

Mythos 2017 : Le fils, création militante et bouleversante

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Théâtre de l'Aire Libre
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Summary: 
Emmanuelle Hiron joue une femme, mère, catho et bourgeoise qui s'engage et se radicalise, dans la création Le fils, écrite par Marine Bachelot Nguyen et mise en scène par David Gauchard, à découvrir les 6 et 7 avril, à l'Aire Libre.
Text: 

L’an dernier, elle s’engageait dans la Manif pour tous et des groupes anti-avortement et ressentait l’exaltation de l’accomplissement et de l’ascension sociale. Depuis, qu’est devenue cette femme, mère de famille, pharmacienne, bourgeoise, catholique et nouvellement militante ?

Écrite par Marine Bachelot Nguyen et mise en scène par David Gauchard, la pièce Le fils avait dévoilé sa première partie à travers une lecture – réalisée par la comédienne Emmanuelle Hiron – lors de l’édition 2016 de Mythos. Cette année, l’intégralité de la création sera présentée les 6 et 7 avril, au théâtre de l’Aire libre, à St Jacques de la Lande, lors du festival des arts de la parole.

David Gauchard, metteur en scène, collabore pour la première fois avec l’auteure et metteuse en scène Marine Bachelot Nguyen. Et l’avant-goût qu’ils nous ont proposé l’an dernier à la Parcheminerie était délicieux. Poignant, criant de vérités, original et intelligent. Avec une écriture franche et sincère, teintée d’humour et d’émotions. Basée sur un fait d’actualité aussi terrible qu’intéressant, sociologiquement parlant, cette première partie nous emportait dans une histoire qu’on voudrait être inventée de toute part.

Cette histoire, David Gauchard en est à l’initiative dans le processus de création. En 2011, en allant chercher sa fille à l’école, il est marqué par un événement. Dans la rue St Hélier à Rennes, l’accès est bloqué. Et pour cause, le 10 novembre se joue une pièce de Castellucci jugée blasphématoire par le mouvement Civitas qui manifeste son mécontentement de la place de Bretagne au TNB.

« De ce mouvement jusqu’à la Manif pour tous, j’avais envie de raconter ça. On discute donc avec Marine depuis 6-7 mois. La fin est encore à inventer. Mais on voudrait le présenter avant mai 2017 et les élections. », avait-il expliqué avant de laisser la parole à Marine Bachelot Nguyen, elle-même marquée par l’événement en question et engagée pour les droits des femmes et des LGBTI :

« Je suis intéressée par la socio-politique, le documentaire et la fiction. Et ça m’intéresse aussi la question du glissement idéologique et de la radicalisation dans les milieux de droite. Voir comment on raconte ça ensuite. »

LA CRÉATION DANS SON INTÉGRALITÉ

Depuis, la pièce a fait son chemin. La première partie a été lue au festival d’Avignon, des résidences ont eu lieu, de nombreuses conversations ont réunies David Gauchard, Marine Bachelot Nguyen et Emmanuelle Hiron et la création, dont la version finale a été aboutie en octobre 2016 et a vu s’imbriquer les partitions d’Olivier Mellano jouées par un enfant claveciniste, a été dévoilée entièrement à Limoges en février dernier.

À présent, la comédienne ne lit plus. Elle s’est rendue avec l’auteure à la messe pour s’imprégner du vocabulaire religieux et jouer cette mère de famille qui se raconte et qui livre en deuxième partie le drame qu’elle a vécu.

« C’est une partie plus tendue, presque au présent. Elle évoque la raison pour laquelle elle se raconte. Elle revit les événements. C’est une partie plus violente. La première était déjà violente mais là c’est dans les mots et dans ce que ça provoque chez elle et les spectateurs. », confie Emmanuelle Hiron.

Pour la créatrice des Résidents – pièce jouée à l’occasion de l’édition 2014 de Mythos – pas évident d’incarner cette figure aux convictions diamétralement opposées aux siennes :

« C’est assez éprouvant de jouer ce personnage, qui est un personnage de théâtre inspiré de plein de faits réels, car l’histoire est éprouvante et que ce personnage nous a demandé de nous déplacer dans nos convictions personnelles. Et d’entrer en empathie avec cette femme. »

BOULEVERSEMENT ET QUESTIONNEMENT

En effet, Marine Bachelot Nguyen, de sa plume, fait émerger une personnalité complexe, composée de petites lâchetés ordinaires, prise d’émoi pour l’ascension sociale au nom de laquelle elle va s’engager dans la Manif pour tous et des groupes anti-avortement. Au fil du récit, elle s’accomplit et s’épanouit jusqu’à vivre la dramatique perte d’un de ses deux fils.

La pièce amène au bouleversement intérieur. Et au questionnement. « Est-ce qu’on va vers elle ? Est-ce avant tout une mère ? Une militante ? Quel impact le combat militant a sur les autres ? Est-ce qu’elle est responsable ? Quel est le poids de l’engagement ? Ce qu’elle vit est tragique mais ça reste une mère, les événements en plus sont proches, on est proches des élections et on voit bien les programmes proposés par Fillon ou Le Pen. Quand est-ce que tu décides que ton militantisme ou ton ascension sociale prend le pas sur ton rôle de mère ? Mais est-ce qu’elle se rend compte qu’elle prône la haine ? À cet instant, pour elle, c’est positif. Mais dans la réalité, quand tu empêches les autres d’être dans leurs bons droits, ça commence à être de l’extrémisme. », interpelle la comédienne.

Le rôle est éprouvant pour elle mais elle est fière de porter le texte « très beau, très écrit, facile à comprendre et très digeste » de l’artiste engagée qu’est Marine Bachelot Nguyen. Fière de toutes les interrogations que l’histoire racontée soulève. Remuée aussi. Car il en va de la responsabilité individuelle face à nos engagements. La pièce parle des rencontres que l’on fait, des choix aussi que l’on fait, du fait de se réaliser ou pas, des libertés.

OUVRIR LE DÉBAT

Jouer cette création avant et pendant les élections présidentielles est une volonté du metteur en scène : « On est dans une période déjà super décomplexée mais à l’approche des élections, les tensions sont vives et les gens sortent du bois. Ça l’intéressait beaucoup. Entendre résonner ça dans un théâtre, ça choque, on se dit qu’elle est folle. Mais David avait vraiment aussi cette volonté de prendre un personnage à contrepied de quelqu’un qu’on aurait envie de défendre. Ça pousse le spectateur à se poser des questions. », argumente Emmanuelle Hiron.

D’autant plus que l’auteure ne tombe pas dans la caricature. Elle explore une partie de la vie de cette femme, la dévoile, creuse dans son intimité et son engagement, sa vision d’elle en tant que mère, commerçante, épouse, femme d’un milieu bourgeois, etc. Elle donne l’occasion à son personnage de se raconter et aux spectateurs de ressentir de l’empathie, sans toutefois la déresponsabiliser ou l’excuser de son glissement idéologique.

Elle nous prend aux tripes de notre humanité pour nous interroger les un-e-s et les autres. Montrer les rouages de la radicalisation. Et susciter le débat et l’échange. Comme tel sera le cas lors de leurs représentations à la Maison des Métallos à Paris (où Emmanuelle Hiron jouera Les résidents du 21 au 26 mars) du 28 mars au 2 avril. Une rencontre aura lieu avec l’équipe artistique du spectacle le 30 mars et une autre avec Marine Bachelot Nguyen, David Gauchard et les membres du mouvement homosexuel chrétien David et Jonathan, le 1er avril.

 

Lire « Mythos 2016 : Fascinante figure de mère, bourgeoise et catho » sur yeggmag.fr

Célian Ramis

Divines, les femmes du XXIe siècle ont du clitoris !

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Cinéma Gaumont Rennes
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À partir du 31 août, le grand public peut découvrir Divines, l'oeuvre résolument explosive de la réalisatrice Houda Benyamina, révélée lors de la Quinzaine des réalisateurs à Cannes.
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À partir du 31 août, le grand public peut découvrir l'oeuvre résolument explosive de la réalisatrice Houda Benyamina, révélée lors de la Quinzaine des réalisateurs à Cannes. Présente au cinéma Gaumont de Rennes le 18 juillet dernier, pour l’avant-première de Divines, son premier long-métrage, elle était accompagnée des trois actrices principales du film, Oulaya Amamra, Déborah Lukumuena et Jisca Kalvanda.

Elle a frappé fort, Houda Benyamina, au moment du festival de Cannes. Repérée lors de la Quinzaine, elle s’est vue décerner pour son premier long-métrage la Caméra d’Or. Et a été révélée au grand public grâce à son discours viscéral et sans langue de bois marquant ainsi les esprits de par sa manière d’inciter à avoir du clito.

« Bientôt, j’en suis sûre, cette phrase (« T’as du clito », citation du film, ndlr) sera connue à l’international ! », glisse-t-elle, de passage à Rennes. Elle croit au pouvoir des petites choses qui font bouger les grandes. Si les petites filles ont conscience dès le plus jeune âge que le monde n’est pas qu’une affaire de couilles mais aussi de clitoris, la société évoluera différemment.

LA REVENDICATION D’UN FILM HUMANISTE

Elle croit en la responsabilité collective et la responsabilité individuelle, la prise de conscience. Éprise de liberté, elle joue des codes aussi bien cinématographiques que sexués. Elle ne croit pas qu’en le féminisme, mais globalement en l’humanisme.

Et c’est un film humaniste qu’elle revendique aujourd’hui. Ni un film de femmes, ni un film de banlieue, elle le présente comme un constat. « Ce n’est pas énième film de banlieue. Et même si ça l’était… Ça ne dérange personne quand un réalisateur fait un énième film parisien ! Divines est nouveau dans son ADN. Je suis une femme et je parle de ce que je connais. Et de là où je viens, les femmes sont comme ça. », lâche-t-elle d’entrée de jeu.

Houda Benyamina présente sa réalité et ses fascinations. « Française de confession musulmane, d’origine marocaine, virée du bahut qui s’est orientée vers un CAP coiffure avant de reprendre des études en arts du spectacle, d’intégrer l’ERAC (école de formation au métiers d’acteurs, ndlr) à Cannes », elle est multiple et marche loin des sentiers battus et des images stéréotypées que l’on voudrait lui coller.  

Elle parsème des bouts d’elle-même, et de son co-scénariste, dans l’ensemble de son film, bâti sur plusieurs années de galère, et ses traits de caractère dans tous les personnages. Entrecroise du Vivaldi à des chants coraniques, de la danse à du trafic de drogues. Un mélange loin d’être antinomique.

Pour la réalisatrice, « l’art incarne une forme de sacré. Vivaldi souligne la confiance et le Coran nous guide vers le chemin de la rectitude. Ce n’est pas un film sur la religion mais il y a le côté spiritualité dans le sens de la recherche de l’intime. Dans la danse, on voit aussi une sorte de prière, il répète tout le temps le même mouvement comme s’il cherchait à se dépasser jusqu’à la perfection. Alors que Dounia, elle, est en combat contre elle-même, elle est déchirée entre toutes ces aspirations, son besoin de reconnaissance. Je m’intéresse beaucoup à la dignité. »

La dignité, la reconnaissance, Dounia (Oulaya Amamra) court après. Sans relâche. Surnommée « la bâtarde », elle vit avec sa mère dans un camp roms bordant l’autoroute. Avec son acolyte Maimouna (Déborah Lukumuena), qui elle réside dans une cité voisine, elles rêvent d’argent, elles rêvent de la grande vie. Et Dounia ne va pas hésiter à se lancer dans un trafic de drogues en rencontrant Rebecca (Jisca Kalvanda), dealeuse charismatique et respectée. En parallèle, la jeune femme s’émerveille secrètement devant Djigui, danseur passionné et perfectionniste.

Pour le rôle de Dounia, Oulaya Amamra va se battre pour convaincre Houda Benyamina, sa grande sœur. « Sur le plateau, elle était très dure avec nous mais encore plus avec elle-même. », souligne la jeune actrice, rejointe par Déborah Lukumuena :

« Elle nous a aidé à nous surpasser et nous a appris l’ambition pour nous-mêmes. »

COLLER À LA RÉALITÉ

Les interprètes, la réalisatrice les a choisies pour les émotions qu’elles dégagent et pour ce dont elles sont capables humainement : « Ce sont de vraies comédiennes, je n’ai pas pris des filles de cité transformées en actrices. Il n’y a que Djigui qui est danseur professionnel et qui a dû apprendre à jouer en même temps. » Les personnages doivent être représentatifs d’eux-mêmes et gommer les frontières des assignations genrées attribuées à chaque sexe.

« Dounia est une ado plutôt dure, renfermée, qui a besoin de reconnaissance et de dignité. Rebecca recherche la reconnaissance et l’argent. Maimouna incarne l’amour absolu, c’est un personnage sacré. Rien là-dedans n’est l’apanage de l’homme. Djigui est gracieux et la grâce n’est pas un attribut féminin. Mes personnages sont des guerrières. Il n’y a pas de masculinité, je ne sais pas ce que ça veut dire. Et je pense qu’il faut redéfinir la femme du XXIe siècle. Redéfinir la féminité. », explique Houda Benyamina.

Redéfinir la féminité. Ouvrir les yeux. Pour voir que les femmes fortes sont partout. Et pouvoir ainsi proposer de justes représentations des êtres humains. Ne plus être obligée de justifier les caractères de ses personnages parce qu’ils sont hommes ou femmes.

« Pour jouer Dounia, j’ai dû opérer une transformation physique. J’étais plutôt délicate à la base…, rigole Oulaya Amamra. Je viens d’un lycée privé, je viens de la banlieue mais mes parents ont toujours évité que je traine dans la rue. C’était donc nouveau pour moi, c’était un vrai travail de composition, entre les films que Houda nous a conseillé de regarder –films de samouraïs, de gangster, Scarface ou Aliens même – et le terrain car je suis allée dormir dans un camp de roms avec Houda. Et tout ça a nourri les personnages, tout ça a fait qu’on est dans une vérité. Mais nous sommes des personnages de cinéma, même s’ils peuvent être proches de la vraie vie. »

Proches de la vraie vie car Rebecca existe réellement et la réalisatrice a souhaité la représenter à sa manière dans son long-métrage. Proches de la vraie vie car Oulaya Amamra et Déborah Lukumuena ont dû passer beaucoup de temps ensemble pour faire naitre la complicité entre les deux amies qui se portent un amour amical inconditionnel. Proches de la vraie vie car les thèmes traités sont ceux d’un quotidien universel. De ceux qui percent l’abcès sans tabous ni complexes. Pour une recherche de réelle liberté.

LE PRIX DE LA LIBERTÉ

Divines, c’est une histoire de quête. Dounia cherche à s’extirper de sa condition sociale, à travers la reconnaissance et l’argent. Poussée par cette vie vécue dans la pauvreté, elle refuse de se résoudre à rester dans cette strate.

« Elle ne peut pas ne pas s’en sortir. Mais elle doit perdre quelque chose pour comprendre, pour sa quête intérieure. Je suis convaincue que la souffrance et les erreurs permettent d’avancer. Personnellement, faut que je tombe pour comprendre. »
précise Houda Benyamina.

Ici, elle pose des questions car « le cinéma est un poseur de questions, tout en étant dans l’émotion, car le verbe, seul, peut mentir. ». Ici, elle interroge les valeurs de la jeunesse d’aujourd’hui, mise face à la dictature du capitalisme, sans en faire une critique acerbe. Simplement un constat, sans juger que l’argent est un problème en soi. Ici, elle aborde le fait d’aimer et d’être aimé-e. Ce que n’a jamais appris Dounia et qu’elle découvre.

Et aborde également la question du libre arbitre, de la responsabilité de nos actes, de la colère. La colère profonde, néfaste, dangereuse. Qui vient des entrailles et bouffe tout le reste autour.

La réalisatrice l’affirme, la colère est un sentiment mauvais et convoque Pythagore pour le confirmer : « ‘’Aucun Homme n’est libre s’il ne sait pas se contrôler’’. Dounia ne sait pas maitriser ses émotions. Comme tout le monde, elle a besoin d’apprendre de ses erreurs. On perd et on gagne. Pour moi, ça doit passer dans le corps, dans l’action. Moi, ma colère est dans mon art.»

L’heure de la révolte devrait sonner dans son prochain opus, qu’elle évoque à demi-mots lors de son passage dans la capitale bretonne.

« Lors de la Révolution française, les armes ont été prises par les pauvres. Je suis fière d’être française car on ne supporte pas l’état d’humiliation. Comment on transforme la colère en révolte ? Ce sera certainement le sujet du prochain film. Comme Pasolini, je n’invente rien, je suis simplement témoin de mon époque. Dounia est en colère, pas encore en révolte, elle n’a pas encore le verbe. La colère et l’humiliation vont nous mener à notre perte. Je n’ai pas l’impression que l’on avance à notre époque. Au contraire, on régresse. La misère est grandissante. C’est une question de responsabilité collective et individuelle. »

Son action à elle, au-delà du constat réaliste délivré dans son premier long-métrage aussi puissant que lyrique, passe par la création et la pérennité de l’association 1000 visages, fondée en 2006 avec son ami Eiji Ieno à Paris. Une structure qui permet l’accessibilité à la culture et à l’éducation à l’image pour un public qui en est éloigné.

Pénétrant dans les quartiers défavorisés, 1000 visages souhaite insuffler une nouvelle dynamique dans le secteur culturel et audiovisuel et ainsi témoigner de la réelle diversité qui nourrit la richesse de la France, pour une plus juste représentation de la société devant ou derrière la caméra.

« Pour construire une estime de moi-même, j’ai eu quelqu’un sur mon chemin pour ça. C’est pour ça que l’association 1000 visages est importante pour moi. », précise Houda Benyamina. Pas étonnant que les 3 actrices principales en soient membres et manifestent la volonté de s’investir pleinement dans cette dynamique. C’est de là qu’elles puisent leurs réseaux, formations et agents.

Un tremplin pour la suite puisque Oulaya Amamra est admise au Conservatoire. De leur côté, Jisca Kalvanda (que l’on pourra découvrir et apprécier dans le court-métrage de la réalisatrice rennaise Lauriane Lagarde, A l’horizon, lire YEGG#49 – Juillet/Août 2016, rubrique Culture) et Déborah Lukumuena intègrent des formations au Théâtre de la Colline à Paris ainsi qu’au Théâtre National de Strasbourg.

Célian Ramis

Travelling 2016 : Les femmes prennent la colère et s’en vont en lutte

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Cinéma Arvor, Rennes
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Lors du festival Travelling était projeté le documentaire Quand les femmes ont pris la colère, réalisé par Soazic Chappedelaine et René Vautier, mardi 9 février, au cinéma Arvor de Rennes.
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L’association Clair Obscur a profité du festival Travelling pour rendre hommage au réalisateur breton, René Vautier, décédé début 2015. À cette occasion, était projeté mardi 9 février, au cinéma Arvor de Rennes, le documentaire Quand les femmes ont pris la colère, réalisé par Soazic Chappedelaine, sa femme. En présence d'Eve Meuret-Campfort, docteure en sociologie et spécialiste de la lutte à Tréfimétaux.

1975. Couëron, près de Nantes. Les ouvriers de l’usine Tréfimétaux sont en grève. Ils revendiquent une augmentation de salaires. Lorsque la direction envoie un courrier aux familles sommant les hommes de plier, le coup de pression est difficile à digérer. Les femmes prennent la colère. Peu d’entre elles travaillent mais leurs maris connaissent des conditions de travail déplorables, les couples en pâtissent, ne connaissant le « confort » qu’en période de vacances. Elles s’indignent, viennent grossir les rangs des grévistes investissant alors le piquet de grève devant l’usine.

Douze d’entre elles vont rencontrer le directeur afin de négocier et lui signifier leurs revendications deux heures et demie durant. En vain. Les présentes l’assurent, discussions et échanges ont été les seuls objets de cette réunion dans le bureau. Mais de son côté, le patron ne l’entend pas de la même oreille et porte plainte pour séquestration, donnant lieu à plusieurs procès contre les femmes inculpées, les années suivantes.

En 1976, les réalisateurs René Vautier et Soazic Chappedelaine s’intéressent aux accusées, les suivant lors des manifestations organisées pour demander leur relaxe mais aussi dans leur intimité, alternant ainsi entre le collectif et l’individuel. Le duo signe un documentaire militant abordant la place des femmes dans les luttes ouvrières et les sections syndicales mais aussi leurs rapports avec leurs conditions de vie et surtout de femmes.

MUTATIONS SOCIALES

Les bouleversements sociaux sont au cœur de cette période post 68. Lutte des classes mais aussi lutte des sexes s’organisent, se côtoient mais peinent encore à se rejoindre, malgré l’évolution des mentalités. Du côté des femmes, la prise de conscience est plus nette, même si toutes ne réagissent pas simultanément. Les combats concernant la contraception, l’avortement et la sexualité ont permis un rassemblement, une bataille collective.

Mais si les groupes et sections de femmes commencent à se dessiner dans le paysage sociétal et syndical, il semblerait qu’ils ne soient encore considérer que comme secondaires. L’affaire de Tréfimétaux portera les femmes dans la lumière, placées en première ligne des manifestations et portant toutes une écharpe sur laquelle trône le mot Liberté, en référence à inculpation pour séquestration.

Un symbole fort et clair, qui s’assombrit au fil du documentaire, témoin des pensées et réflexions des 12 accusées, communistes ou non, militantes ou non, travailleuses ou non. Qui ne regrettent rien. Qui referaient la même chose si c’était à refaire.

LES FEMMES DANS LES LUTTES

Féministes ? « Il y a une prise de conscience féministe à ce moment-là mais je ne suis pas sûre qu’elles se diraient féministes… C’est aujourd’hui encore un mot qui fait peur ! », souligne Eve Meuret-Campfort, docteure en sociologie et spécialiste de la lutte à Tréfimétaux, présente pour échanger avec les spectatrices et spectateurs, à l’Arvor ce mardi 9 février.

Si cette lutte est aujourd’hui emblématique de la rencontre entre les ouvriers et les femmes, l’analyse féministe n’est apparue que bien plus tard. Sur le moment, la CGT se concentre sur l’aspect répressif et dénonce la condition de cette classe sociale avec laquelle les femmes vont être solidaires, majoritairement en qualité de « femmes d’ouvriers ».

« Cette lutte a permis de questionner les pratiques syndicales, de voir la place laissée aux femmes dans les instances… On s’est demandé alors s’il fallait soutenir les luttes quand les femmes prennent la parole même si ce n’est pas dans le fond féministe. », précise la sociologue. Le livre Elles s’en vont en lutte – Histoire et mémoire du féminisme à Rennes (1965 – 1985), écrit par les militantes rennaises Lydie Porée et Patricia Godard, fait état dans sa deuxième partie « Rennaises en mouvement » de l’investissement des femmes dans les luttes sociales.

Les auteures mettent en relief cette mise à l’écart des femmes au sein des combats « généralistes ». Pourtant, elles y prennent part, défilent dans les manifestations, se battent pour leurs droits, leurs conditions de travail et leurs conditions de vie. Mais sont cantonnées aux problèmes de femmes, dans des groupes de femmes et dans des actions entre femmes.

« Les années 70 marquent une remise en question des mœurs, de la famille, de la maternité. Mais il faut comprendre que c’est très compliqué pour elles de remettre ça en question et de l’afficher. Elles invoquent donc la solidarité des classes. », insiste Eve Meuret-Campfort. L’image publique est donc celle de femmes qui défendent leurs maris, le documentaire pointant précisément cet angle de surface.

ÉMANCIPATION INDIVIDUELLE

Car au delà de l’apparence, du lien montré entre maris et femmes, Soazic Chappedelaine et René Vautier vont creuser la réflexion qui se joue en coulisses, dans l’intimité individuelle ou en non-mixité. Certaines livrent leurs ressentis, de manière spontanée et naturelle. Des discours poignants qui démontrent l’épuisement des femmes qui s’occupent du foyer et se font battre le soir par des maris lessivés de leurs journées et conditions d’ouvriers.

C’est aussi une plongée dans le couple qui doit surmonter les conditions de vie difficiles et fatigantes. En plus des aléas de la vie. Certaines se mettent à travailler, d’autres s’engagent dans le militantisme. Toutes gardent en mémoire la lutte de Tréfimétaux et éprouvent de la fierté. Si le changement de mentalité et le chemin de l’émancipation sont longs, elles auront agi – pour leurs maris principalement – pour défendre ce qu’elles pensent être juste et gouté à une forme de liberté.

« La projection de ce film a été très subversif. A Couëron, en 1977, tout le monde, y compris les femmes, n’approuvait pas ce qui était dit dans le documentaire. », précise la docteure en sociologie. En effet, l’intime, le couple, la sexualité, la condition féminine y sont les éléments principaux, bien au delà d’une lutte syndicale. Aujourd’hui, les discours résonnent et font écho à la société contemporaine : les époques ne sont plus les mêmes, les contextes également, les luttes sont mouvantes mais qu’en est-il des combats actuels et de la place des femmes dans les syndicats ?

Le 3 mars prochain, l’association Histoire du féminisme à Rennes organise une conférence intitulée « Les ouvrières de l’usine textile SPLI (Société parisienne de lingerie indémaillable, implantée en 1966 dans la capitale bretonne, ndlr) à Rennes en 1978 : quand les femmes luttent pour leurs droits et leurs emplois », en présence de Fanny Gallot, spécialiste de l’histoire des femmes dans les luttes ouvrières. À la Maison des associations, à 18h30.

 

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