Célian Ramis

Femmes "chimiotées" : la force de vivre !

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Maison des associations, Rennes
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Entre la projection du film Les belles combattantes, l’exposition éponyme et les témoignages de trois femmes ayant été atteintes du cancer du sein, le sujet de la soirée était bel et bien celui de la résilience et du souffle de vie.
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C’est une soirée sur le fil de l’émotion que proposait l’association Yadlavie le jeudi 14 mars à la Maison des Associations de Rennes. Entre la projection du film Les belles combattantes, l’exposition éponyme et les témoignages de trois femmes ayant été atteintes du cancer du sein, le sujet était bel et bien celui de la résilience et du souffle de vie.

« C’est un film d’espoir », lance la photographe Karine Nicolleau, à qui l’on doit Les belles combattantes– à (re)découvrir sur TVR samedi 16 mars à 14h pour le documentaire et à voir à la Maison des Associations jusqu’au 12 avril pour l’exposition. 

Ainsi, durant une trentaine de minutes, l’association Yadlavie - créée en 2012 - nous permet de partager une petite partie du quotidien des Roz’Eskell (association CAP Ouest) lors de leur séjour en Chine, au pays du dragon boat, les répétitions de la comédienne Sonia Rostagni, co-auteure du spectacle 649 eurosautour du cancer du sein, et les entrainements des Riposteuses (association Solution Riposte) pratiquant l’escrime à visée rééducative. 

Dans le film, ce qui prime, ce sont les rires, les sourires, les paroles et réflexions autour des vécus des unes et des autres. Sans voyeurisme, elles livrent ici une intimité sensible de laquelle jaillit une énergie positive et une volonté inouïe de vie. Se déroule alors instantanément le fil puissant d’une oscillation entre force et fragilité qui suspend le temps pour ne laisser transparaitre que l’émotion brute et authentique.

UNE CONSCIENCE PLUS AIGUE DE LA VIE

Dans l’intitulé de la soirée, elles sont « Femmes « chimiotées » : femmes envers et contre tout ». Elles ont subi et affronté le(s) cancer(s) du sein, elles sont en rémission ou non. Les protocoles médicaux, la dépossession de leur corps, le regard des autres sur elles et leur propre regard…

Elles doivent désormais vivre avec. Elles se sont découvertes des forces insoupçonnées jusqu’ici et parlent « d’une conscience, aujourd’hui, plus aigue de la vie, du fait qu’il faut profiter davantage des choses. »

Pour Anne Patault, vice-présidente de la région Bretagne, chargée de l’égalité, de l’innovation sociale et de la vie associative, son « espèce de chance » a été de ne plus craindre la vieillesse :

« Pendant toute une époque, j’avais peur de vieillir. Maintenant, j’espère vieillir. Je me projette en vieille dame et ça me fait plaisir. »

Un point sur lequel la comédienne Sonia Rostagni la rejoint : « Chaque année supplémentaire, c’est toujours ça de pris ! »

Son spectacle, 649 euros, elle le définit comme une évidence : « Une manière de sublimer par l’art le cancer. De faire d’un truc très moche un truc esthétique. Avec une mise en scène pensée de manière à ce que je ne rejoue pas tous les soirs mon cancer à moi. Même si j’ai eu un cancer, je joue un personnage. Je suis une femme, n’importe quelle femme. Et puis la pièce permet aussi de sortir du pathos et de transmettre les choses avec humour. Ça a été un mécanisme de défense très puissant pour moi, l’humour. Je n’ai jamais autant ri que pendant la maladie. »

LES INJONCTIONS DANS LE CANCER

Si elles refusent de parler du cancer comme d’une chance, comme tel est ressenti d’une participante dans le film, elles s’accordent à aborder l’angle du changement post opération. En nuançant toutefois.

« Ça m’a donné des orientations de vie un peu différentes. J’étais un peu indolente avant, j’avais tendance à laisser filer le temps. La leçon que m’a donné la maladie c’est la notion du temps qui nous est compté. Aujourd’hui, j’ai une sorte d’impatience par rapport à des réalisations de projets par exemple. Je suis devenue plus fonceuse. Quand je suis convaincue de quelque chose, maintenant j’y vais. », souligne Anne Patault.

Même discours du côté de Sonia Rostagni :

« Des traits de caractère se sont affirmés. Je me suis découverte encore plus. »

Pour Maryse Théron, syndicaliste et membre des Roz’Eskell, pas question de se soumettre aux injonctions « de faire ça, de dire ça, de vivre le cancer de telle ou telle manière. » Elle le dit et l’affirme : 

« Je n’aime pas les injonctions ! Il n’y a pas plus de raisons de vivre ces injonctions attribuées aux femmes qui ont eu un cancer que d’autres ! On n’est pas obligées de changer parce qu’on a eu un cancer. Certaines étaient insupportables avant la maladie et le restent après. La maladie apprend l’humilité. On prend une conscience un peu plus aigue de notre mortalité. »

CHACUNE SON EXPÉRIENCE ET SON RESSENTI

Elles ne sont pas des expertes du cancer. Elles sont des femmes ayant vécu, chacune à sa manière, son ou ses cancers du sein. Ce soir-là, sans détour et sans langue de bois, les trois intervenantes témoignent de leurs expériences et ressentis individuels pouvant trouver des points de résonnance dans l’épreuve subie par le collectif.

« Ma mère commençait son Alzheimer. J’ai du lui réannoncer 100 fois que j’étais malade. J’ai fini par me dire que c’était pas plus mal qu’elle oublie. Mon entourage a été ni trop envahissant ni trop dans la compassion. C’est un équilibre difficile à trouver mais c’est important. Mais il faut savoir qu’on est toujours tout seul dans la maladie. C’est un parcours solitaire, même si j’ai toujours été accompagnée pendant les chimios ou qu’une amie venait me chercher… », précise Anne Patault qui soulève alors la question de ce que l’on peut attendre de son entourage pendant la maladie. 

Il y a ce que l’on dit aux autres, ce que l’on ressent et vit réellement. Il y a ce que l’on est capable d’endurer, ce qu’on dit aux enfants. Il y a celles et ceux qui supportent et prennent sur elles/eux, d’autres qui ne sont pas en mesure de soutenir et qui s’en vont. Il y a les médecins et les protocoles, ceux qui soignent un individu et ceux qui traitent un symptôme. Et puis la vie qui continue en parallèle. En dehors de la personne qui au même moment affronte la maladie.

Etre sujet, c’est le point sur lequel insiste Maryse Théron. Ne pas se laisser posséder par les autres, par leurs angoisses, leurs émotions, leurs conseils et savoirs.

« Être soi même son sujet. C’est moi, c’est mon cancer. C’est moi qui dit si je vais ou vais pas, qui dit ce que je fais, ce que je fais pas, etc. C’est important de se réapproprier soi-même. »
affirme-t-elle, précisant qu’il ne faut pas sous estimer le poids de la maladie. 

RETOUR À LA VIE PROFESSIONNELLE

Pas facile dans une société capitaliste avide de rentabilité et de productivité de se retirer pendant un temps de la vie professionnelle. La peur de se détacher, de se déconnecter, de ne pas retrouver sa place à son retour, la peur de ne pas être comprise en revenant par le biais d’un mi temps thérapeutique, la peur d’être jugée, la peur d’être larguée.

Si Maryse évoque le dispositif Cancer at work, prévu dans le plan Cancer pour faciliter le retour ou l’accompagnement à l’emploi, elle parle aussi d’une grande méconnaissance de la maladie.

« Les employeurs sont démunis. Il y a encore beaucoup de travail à réaliser pour informer et sensibiliser les équipes, les managers, etc. Le plan Cancer c’est bien mais il faut y mettre des moyens et pas que des discours politiques », précise-t-elle, indiquant également un manque cruel d’égalité dans l’information et l’accès à la prévention et au dépistage du cancer, notamment en direction des femmes précaires « qui n’ont pas le temps de s’occuper d’elles parce qu’elles doivent gérer les enfants, la maison, etc. »

LA HARGNE DES COMBATTANTES

Au fil de la discussion, on retrouve la même sensation que pendant le film ou l’exposition, face aux photographies de Karine Nicolleau dans la galerie de la Maison des Associations. Réunies par le cancer du sein, sur des clichés en couleur ou en noir et blanc, à bord d’un dragon boat, à croiser le sabre et l’épée, à une table ronde, elles délivrent un message fort qui encourage la force de vivre.

Elles ont le sourire des survivantes et la hargne des combattantes. Parce qu’elles ont puisé en elles des ressources auxquelles elles ne pensaient pas faire appel, elles ont découvert des forces en elles insoupçonnées.

« Il faut beaucoup d’amour de soi même pour continuer de se regarder avec douceur. »
conclut Anne Patault.

Une belle leçon de vie qu’elles partagent avec générosité lors des échanges à l’occasion de la soirée.

Célian Ramis

PMA pour tou-te-s : L'urgence !

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Le projet de loi aurait du voir le jour en 2013, et plus récemment celui qui devait être rédigé à l’automne 2018, puis début 2019 a été repoussé à juin 2019 puis de nouveau repoussé... Pourquoi ?
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C’est la thématique qu’ont choisi de développer le Collectif breton pour la PMA et l’association Georges Sand lors d’une conférence organisée le 29 janvier dernier, à l’IEP de Rennes. 

«J’avais 33 ans quand Najat Vallaud-Belkacem a annoncé que ça allait se faire. Moi qui ne voulait pas aller à l’étranger… J’en ai maintenant 40. C’est une urgence parce que je ne suis pas sûre qu’on ait réellement parlé de la PMA, de la technique médicale pour concevoir un enfant. On a entendu des discours pour beaucoup lesbophobes et transphobes. C’est un imaginaire extrêmement néfaste qui se construit en France depuis 2012. », déclare Alice Coffin, journaliste militante féministe lesbienne, qui dénonce la lesbophobie d’État nichée derrière le report systématique* d’un projet de loi encadrant l’extension de la PMA aux couples lesbiens, femmes célibataires et personnes trans.

Elle parle de « grande mythologie, grande fable, autour de la PMA ». Les politiques la promettent depuis maintenant 7 ans sans jamais tenir leurs engagements. Violences des non-actes, des discours relayés par les médias, invisibilisation des personnes concernées, manque de représentation…

Alice Coffin analyse un ensemble de faisceaux indiquant que les pouvoirs en place discriminent ardemment les lesbiennes. « Les mois à venir vont être durs. La Manif pour tous a eu des effets désastreux et il y a un vrai lien entre les propos relayés par les politiques et les agressions LGBTphobes. », conclut-elle, pessimiste mais toujours activiste.

Discriminations flagrantes, lâcheté politique, mauvais traitement médiatique, la liste des impunités est longue et toxique puisqu’elle conduit une partie de la population, privée de droits égaux à ceux des hétéros cisgenres, à l’asphyxie. Une liste à laquelle Florence Bertocchio, militante transgenre, ajoute la transphobie de la Justice et de la Santé.

La question de la conservation des gamètes est épineuse. Y avoir recours avant un traitement entrainant la stérilité, oui. Y avoir recours avant un traitement entrainant la stérilité dans le cas d’une transition, non.

« On nous dit ‘Vous n’avez qu’à adopter’ alors que c’est très compliqué d’obtenir l’agrément pour l’adoption quand on est une personne trans et ‘Vous n’avez qu’à avoir des enfants avant la transition’ mais jeune on ne pense pas toujours aux enfants qu’on voudra ou non plus tard. C’est important de pouvoir conserver ses gamètes pour pouvoir y avoir accès même après une transition. », déclare-t-elle, s’appuyant sur des décisions judiciaires clairement transphobes et un cas concret de contentieux opposant une femmes trans et un CECOS.

Les deux militantes démontrent l’urgence absolue qu’il y a à établir cette loi. Pour donner les mêmes droits à tou-te-s. Peu importe le sexe, le genre et l’orientation sexuelle. 

* Le projet de loi aurait du voir le jour en 2013, et plus récemment celui qui devait être rédigé à l’automne 2018, puis début 2019 a été repoussé à juin 2019.

Célian Ramis

Mad'âmes : les artistes indisciplinées du street art

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Pas de doute, ces indisciplinées aux pinceaux bien pendus n’ont pas fini de transformer autant l’urbanisme que les mentalités. « On n’a pas fini de nous voir sur les murs de la ville », conclut Maya Wnu, l’œil frétillant.
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Les femmes ne sont pas artistes. Les femmes ne font pas du street art. Le street art ne peut se définir que si l’on utilise uniquement de la peinture en bombe… Formulé ainsi, ce discours n’a pas de sens. Ni formulé autrement d’ailleurs. Une preuve supplémentaire en acte avec l’exposition collective MAD’ÂMES à découvrir jusqu’au 16 février à l’Impermanence galerie, à Rennes. Les huit artistes réunies mêlent leurs univers divers dans une fresque murale devant laquelle il est conseillé de prendre le temps de s’arrêter. Pour observer, se perdre dans les détails, voyager, rêver, s’émerveiller… Pour respirer, tout simplement. 

Dos à l’entrée de Beaulieu, le restaurant Le Tournebride. Et en contrebas, un parking et un accès à l’Impermanence galerie. Par les escaliers, nous accédons à cet espace dans lequel s’attèlent les artistes de l’exposition collective à venir. Le lendemain, le 18 janvier, aura lieu le vernissage de MAD’ÂMES.

Bibiche Zède, Christine (2 x) Ammour, Maïté Rouault, Valérie Martin, Maya Wnu, Helena Gath, Eve le Trévedic et Anne-Laure Chevallier œuvrent ensemble à la transformation du mur - mis à disposition par le restaurant - en une grande fresque onirique, contrastée et poétique.

On joue à s’éloigner pour profiter de la vue d’ensemble et à se rapprocher pour observer chaque détail, ce qui relève de la mission impossible. De l’origine du monde à la végétation, en passant par les éléments célestes et la faune, l’œuvre, ornée par ci par là d’or et de cuivre, est envoutante.

Les couleurs fluos du paysage se marient au noir et blanc des personnages et les différents univers propres à chaque artiste viennent créer une sorte de symbiose harmonieuse agrémentée par les nombreux rires du collectif qui, malgré le froid et la grisaille, s’applique joyeusement à la métamorphose de la façade.

SANS REVENDICATION ?

À l’invitation de Maya Wnu et Thiago Ritual, gérant-e-s de l’Impermanence galerie, elles ont toutes répondu positivement, sans se connaitre. Pour « la notion de plaisir, de désir. On nous invite à dessiner sur les murs, on dit oui ! Pour le faire, pour être ensemble, pour avoir du plaisir ! », souligne Eve le Trévedic.

L’idée initiale : réunir des univers artistiques que le duo apprécie - dans une exposition à découvrir à l’intérieur de la galerie - et les mélanger dans une fresque murale. « C’est une exposition collective féminine mais pas féministe. Même si certaines sont féministes, il n’y a pas forcément ici de revendication. C’est surtout le mot « artiste » qui intéresse. », explique Maya.

Sa description nous intrigue. On cherche alors à décortiquer le propos : « On veut arrêter d’être cataloguées comme des artistes femmes. C’est une expo normale d’artistes et on ne devrait pas avoir besoin de revendiquer qu’on est des artistes. On est des artistes, point barre. »

Malheureusement, comme le souligne Thiago Ritual, dans le milieu artistique – comme dans le reste de la société – les femmes disposent de moins d’espace de diffusion que les hommes qui eux sont plus souvent programmés et programmateurs.

Pour Bibiche Zède, « on est obligé-e-s de passer par le sexe des gens avant de se faire reconnaître comme artistes à part entière. » Ce qu’elle critique fermement :

« Artiste femme. On n’est pas obligé-e-s de savoir que j’ai des ovaires !!! » 

Ce n’est pas nouveau, partout où elles sont et vont, les femmes doivent redoubler d’effort pour prouver leurs valeurs et leurs talents. Surtout quand elles investissent un domaine pensé comme essentiellement masculin. « Les femmes ont du talent et ça peut déranger les hommes dans une société patriarcale. », insiste Valérie Martin, rejointe par Christine (2 x) Ammour :

« C’est notre image artistique qui nous relie, qu’on soit homme ou femme. » Finalement, la revendication est évidente : être considérée pour son talent et non pas pour son sexe. Une demande pleine de sens pourtant toujours pas « naturelle » puisqu’il faut encore en passer par des démonstrations des inégalités bien vivaces. 

« ON FAIT CE QU’ON VEUT ! »

Au fil de la discussion, les arguments et anecdotes autour de la place des femmes dans le street art se multiplient. « Il y a une représentation masculine du street art. On imagine des hommes avec des bombes. Alors voir une femme peindre un mur au pinceau, c’est trop ! Au Brésil, il y a plein de nanas dans ce milieu, elles sont intégrées à la scène artistique, c’est normal là-bas. », commente Thiago.

Helena Gath confirme : « En Amérique latine, en Italie, en Espagne, c’est beaucoup plus ouvert à tous les genres, styles, sexes qu’ici. Au Pérou par exemple, on voit beaucoup de femmes – principalement parce que ce sont les maitresses - peindre les murs extérieurs des écoles maternelles et primaires avec des pinceaux. »

Durant les deux journées de réalisation de la fresque, elles ont constaté le passage de plusieurs artistes reconnus dans la discipline et se sont senties observées, jugées, « comme attendues au tournant », précise Eve. Maya, qui a arrêté de peindre dans la rue parce qu’elle était la seule femme, rigole :

« Y en un qui est venu me voir pendant que je dessinais l’oiseau et qui m’a demandé ‘Mais c’est quoi le message ? Pourquoi un oiseau ?’. Je lui ai répondu que c’était parce que j’avais pas la place de faire un poney ! Et il a continué : ‘Mais pourquoi au pinceau ?’ Pour d’autres, on avait du mal à savoir ce qu’ils pensaient. Enfin, y en a 1 ou 2 qui ont dit quand même que ça leur plaisait pas. On ne dirait pas ça aux graffeurs. »

Derrière les rires, elles dénoncent le paternalisme condescendant et méprisant visant à faire sentir aux femmes qu’elles ne sont que des femmes et ainsi les amener à renoncer. Mais c’est mal connaître les MAD’ÂMES qui avec cette exposition et cette fresque murale – qui visiblement casse doublement les codes en raison des outils utilisés et du sexe des artistes – lancent « un crew » de street art du même nom.

« On fait ce qu’on veut ! On montre qu’on est là, qu’on existe, qu’on fait des trucs, rétorque Bibiche Zède. Toute peinture murale n’a pas besoin d’être validée par les graffeurs. » 

CE N’EST QUE LE DÉBUT ! 

Le collectif permet donc d’accentuer la visibilité de chacune, de développer des réseaux et de faire infuser dans les esprits que le talent n’est pas défini par le sexe de l’artiste. Après tout, que sait-on de Banksy ou de War ? Sans connaître leurs identités, on les imagine au masculin. Ici, les MAD’ÂMES s’affranchissent des codes et des normes.

En liant leurs arts, elles prennent leur pied et livrent au grand public une fresque murale onirique et poétique. L’étincelle est créée par l’assemblage des techniques (collage, pochoir, peinture, etc.) et de leurs savoir-faire et le croisement de leurs univers alors mis en dialogue. « Ce sont des univers qui créent un univers. Quand on regarde les étoiles, on en regarde plein et c’est ce qui fait l’univers. », s’amusent à déclarer Bibiche Zède et Eve le Trévedic.

Pas de doute, ces indisciplinées aux pinceaux bien pendus n’ont pas fini de transformer autant l’urbanisme que les mentalités. « On n’a pas fini de nous voir sur les murs de la ville », conclut Maya Wnu, l’œil frétillant. 

 

 

Célian Ramis

Ode à nos corps libres !

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MJC Le Grand Cordel, Rennes
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Présumés atypiques, bien moulés dans la norme, complexés, sacralisés, dépossédés, hypersexualisés… certains corps sont exposés, d’autres dissimulés. Tous sont politiques.
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Présumés atypiques, bien moulés dans la norme, complexés, sacralisés, dépossédés, hypersexualisés… certains corps sont exposés, d’autres dissimulés. Tous sont politiques. C’est ce qu’a affirmé le collectif Les Femmes Libres dans l’exposition présentée du 10 au 21 décembre 2018 à la MJC du Grand Cordel à Rennes.

« Pourquoi cette thématique ? Parce qu’on parle tout le temps du corps. Il est politique parce qu’il faut se battre sans arrêt pour l’acceptation du corps, de soi-même… Et c’est pas gagné ! » Entre consternation et espoir, Petite Poupée 7, fondatrice du collectif d’artistes féministes et queer Les Femmes Libres, milite par les arts pour une plus juste représentation des corps. Parce qu’ils sont multiples, au-delà de la perception patriarcale largement médiatisée et diffusée dans les pubs, les jeux vidéos, les films, etc.

« On se questionne beaucoup sur notre corps. Est-ce que je suis grosse ? Est-ce que je suis belle quand même ? On se compare aux autres, on a peur des vêtements que l’on porte et de ce qu’ils renvoient… C’est politique d’arriver à se dire que l’on s’accepte comme on est ! Le corps est libre ! », s’enthousiasme-t-elle.

L’expo vient casser les clichés d’un corps féminin idéalisé et fantasmé pour proclamer la diversité des genres et des corps. Dans « Mon corps est politique », la question n’est plus de savoir si sur la photo ou la peinture se tient un homme ou une femme mais plutôt comment chacun-e incarne son enveloppe charnelle et se perçoit. Et ce à quoi ça nous renvoie.

Les œuvres sont véritablement fascinantes, impactantes. Tant dans la réflexion artistique que politique. Les esthétiques se mélangent et dans la simplicité du propos nait la force du message qui tend à rendre beaux tous les corps ainsi qu’à les désacraliser afin de se distancer de la morale et des normes infligées par une société imprégnée de conventions conservatrices qui ne font que renier la multiplicité des possibilités.

« Modifier son corps dans son sexe et son genre, perdre du poids, muscler son corps en faisant du sport, c’est pareil. Si on ne voit pas ça au même niveau, c’est à cause de notre échelle de valeurs. Ma transition vers le féminin, niveau corporel, n’a pas été contraignante ou violente dans ma chair. Pourtant, c’est une violence inouïe pour la société. », explique Selene Tonon, alors présidente d’Iskis, centre LGBT+ de Rennes, invitée à animer une causerie au sein même de l’exposition, le 13 décembre dernier.

Elle dénonce le conditionnement des femmes, cis et trans, au dégoût de soi, à la comparaison permanente et aux jugements néfastes et revendique l’émancipation pour tou-te-s. 

 

Artistes exposé-e-s : Douxerose, Jorgasme, Céline Bernier, Briel Hughes Pécourt, Hugo Le Fevre Dolci, PP7 et Sofia Tabouche.

Célian Ramis

Pour se réapproprier son corps : "Appelons une vulve une vulve"

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CRIJ, Rennes
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« La médecine moderne s’est construite sur les cendres de la chasse aux sorcières », nous informe Nina Faure, réalisatrice militante du documentaire Paye (pas) ton gynéco, diffusé au CRIJ de Rennes.
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« La médecine moderne s’est construite sur les cendres de la chasse aux sorcières »,nous informe Nina Faure, réalisatrice militante du documentaire Paye (pas) ton gynéco, diffusé au CRIJ de Rennes le 27 novembre dernier lors d’une soirée organisée par le Planning Familial 35. Une explication qui permet de comprendre – sans excuser – le caractère patriarcal et sexiste de ce secteur et d’envisager, ensemble, des solutions pour lutter individuellement et collectivement contre les violences gynécologiques et obstétricales. 

« Un acte médical n’a pas à être douloureux ou humiliant. », signale en guise d’introduction Aurore, militante au PF 35 et animatrice de la soirée consacrée aux violences gynécologiques. Ce soir-là, la salle du 4 Bis est pleine à craquer, plusieurs personnes assistant à la conférence assises sur le sol ou debout au fond de la salle. 

« Ce n’est pas un hasard que nous soyons aussi nombreuses. Je me souviens quand le #Payetonutérus a été lancé, très vite, il y a eu 7000 témoignages sur Twitter. C’est ce qui m’a fait me questionner car je pensais que je n’étais pas victime. Il a fallu lire les témoignages des autres pour réaliser que j’avais été exposée à ça, aux remarques sexistes. », souligne ensuite Nina Faure. 

Avant la projection de son documentaire, mis en ligne sur YouTube le 27 juin 2018, elle en précise la genèse : « J’avais un projet de film sur le désir féminin. J’ai fait pas mal d’entretiens avec des femmes et j’ai constaté qu’elles parlaient beaucoup des violences gynécologiques. Le film ne montre pas l’entièreté du sujet mais sert à ouvrir le débat ». 

Elle milite pour une redéfinition des pratiques ainsi qu’une redéfinition de ce qu’est le corps dans l’espace social en tant que personne ayant un vagin. Et donc pour la déconstruction des idées patriarcales, très répandues encore dans la médecine moderne. Ce que confirme Elinore, médecin généraliste en exercice depuis 3 ans au Planning Familial de Rennes :

« Déconstruire plein de trucs a été un apport énorme dans ma pratique ! »

OUTILS DE PRISE (ET DE RÉVEIL) DE CONSCIENCE

« Et bah je ne vous excite pas des masses quand même ! ». Ce sont les propos d’un gynécologue face à Nina Faure, en caméra cachée lors d’une consultation, en mesurant sa tension. En réaction, elle écrit au site Gyn&co sur lequel elle a trouvé le contact du praticien afin que ce dernier soit retiré de la liste. 

La suite de son documentaire est tout aussi choquante. Au niveau du langage employé – on n’utilise pas le terme pénétration en médecine mais invasif et ce terme ne s’applique pas aux examens gynécologiques – tout comme au niveau des témoignages d’étudiant-e-s en médecine et des arguments affligeants des représentants du secteur.

D’une vingtaine de minutes environ, Paye (pas) ton gynéco sert d’outils, non seulement en terme de prise de conscience mais également comme moyen d’ouvrir le débat et de réfléchir ensemble à l’objectif commun, selon la formule du médecin et écrivain, Baptiste Beaulieu, « Soignants, soignés, réconciliés ». 

« Je suis allée voir les représentants pour essayer de comprendre pourquoi ils réagissent dans le déni, dans la négation du problème. Il y a une volonté de ne pas remettre en question l’autorité de la blouse blanche. La profession est marquée par cette volonté de protection corporatiste, c’est très patriarcal. »
explique la réalisatrice. 

L’autorité de la blouse blanche. Une des bases du problème. Parce que le médecin « est dans la position du sachant, et donc dans une position de domination. », souligne Elinore. Ce qui explique qu’il soit difficile pour les femmes de réagir ou de contester lorsqu’elles font face, jambes écartées, pieds dans l’étrier et tête du praticien au niveau de leur vulve, à des remarques ou actes sexistes et sexuel-le-s. 

Il s’agit, comme le signale Aurore - en réagissant au conseil de Martin Winckler, recommandant aux patientes de quitter le cabinet sur le champ, sans payer -  d’« une barrière symbolique ».

Et le symbole est très prégnant dans l’histoire de la gynécologie moderne : « Le speculum a été inventé par un tortionnaire qui le testait sur des esclaves ! Il y a là un rapport de domination de genre et de race. La médecine moderne s’est construite sur les cendres de la chasse aux sorcières. Les femmes ont été brûlées parce qu’elles étaient autonomes, émancipées, détenaient un savoir populaire sur le corps des femmes, concernant notamment l’avortement, la contraception et la grossesse… » 

Et ça, ça dérange. Et parce que ça dérange, le pouvoir ecclésiastique le détruit pour construire une médecine non mixte. « C’est en 1871 que les femmes sont réintroduites. Il s’agit d’une infirmière, envoyée sur le front de guerre et qui opère avec des outils conçus par des hommes. Le speculum, les forceps,… Il y a dans ces termes une puissance symbolique ! », ajoute Nina Faure. 

DÉPOSSÉDÉES DE NOS CORPS

Le Syndicat National des Gynécologues et Obstétriciens a toujours été présidé par des hommes (Bernard de Rochambeau, qui considère qu’un avortement est synonyme d’un homicide, occupe actuellement le poste). La représentation sociale du médecin est donc ainsi : homme, blanc, hétéro, cis, bourgeois.

« Je suis étonnée de l’incapacité de certains médecins à expliquer les choses aux patientes. Expliquer le corps et son fonctionnement, c’est là le devoir du médecin. Sans ça, il ne peut pas y avoir de réappropriation du corps. Parfois, en consultation, pas toujours mais j’essaye de le faire, je propose à la patiente de mettre elle-même le speculum, je demande si elle veut voir le col de l’utérus, etc. »
énonce Elinore, dans une démarche bienveillante et militante. 

Aux méthodes patriarcales s’ajoutent le manque d’écoute, d’empathie et l’application rigoureuse de certaines idées qui ont la vie dure. Comme le frottis par exemple utilisé dans le cadre du dépistage du cancer du col. Pour Elinore, « il est conseillé mais pas obligatoire. Certains médecins se disent qu’il faut le faire tous les ans, c’est comme ça, pas autrement. Mais non… »

Aujourd’hui, il est préconisé dès l’âge de 25 ans. Pas avant. Comme de nombreuses femmes, Nina Faure l’a pourtant vécu bien avant cela : « J’ai eu le menu complet dès le début ! Je trouve que c’est une conception qui nous amène à penser que notre corps est tout le temps malade et que l’on ne peut pas détecter quand il y a quelque chose. C’est la base de la dépossession : nous donner peur de notre corps en pensant qu’il peut nous trahir en permanence. 

Alors tous les ans, on nous fait venir pour le check up. C’est pas un contrôle technique ! C’est impossible de s’éloigner de cette conception alors qu’on peut très bien sentir quand on ressent une gêne, on peut observer nos pertes, etc. Avec un speculum, j’ai pu observer mon col, constater mon cycle, découvrir une partie de moi, le visualiser dans l’espace. Avant, l’intérieur de mon vagin était totalement abstrait pour moi. Mais ça a vraiment du sens dans la réappropriation du corps. »

SE RÉAPPROPRIER NOS CORPS, NOS VULVES, NOS VAGINS

Il faut attendre septembre 2017 pour qu’un manuel de SVT publie enfin un schéma du clitoris. Dans tous les autres livres scolaires, il est le grand absent. Comme dans le livre du médecin et animateur TV, Michel Cymes, Quand ça va, quand ça va pas : le corps expliqué aux enfants (et aux parents) 

« Il a totalement oublié le clitoris parce que soi-disant on ne parle pas de ça aux enfants. La page suivante, il parle érection… Et puis de manière générale, on parle du pénis pour les garçons et du vagin pour les filles, alors que chez les filles, il y a le clitoris, la vulve, le vagin… ça change l’histoire ! »

Pour elle, l’éducation à la sexualité (non sexiste) doit être intégrée dans les programmes de SVT dont les ouvrages doivent proposer des schémas anatomiques exacts. Pour ne pas laisser penser que le sexe féminin est un point. Un trou. Un rien.

« Le langage est un moyen puissant de représentation. On dit que chez les garçons, le sexe est dehors et chez les filles, le sexe est dedans. Mais NON ! La vulve est dehors. Une partie du clitoris aussi. Souvent, on dit vagin à la place de vulve. Il faut appeler une vulve une vulve ! C’est une vraie libération d’utiliser les bons mots et en plus ça fait du bien à tout le monde ! », scande la réalisatrice.

Parce que l’histoire n’est pas écrite « par les personnes qui ont un vagin », il est nécessaire aujourd’hui de redéfinir les termes du débat. D’un autre point de vue. Celui des femmes. Pour des représentations plus justes. Mais aussi pour accéder à une relation plus égale entre les médecins et les patient-e-s. 

Par sa posture de sachant-e, le/la professionnel-le de la santé domine la personne qui s’en remet à lui/elle. Quand s’ajoute des critères de sexe, la parole des femmes est minimisée et celles-ci, dès le plus jeune âge, intègrent cela comme étant la norme. Douleurs et gênes dans le bas ventre, inconfort lors de l’examen, cycle menstruel invivable et handicapant au quotidien… ce seraient elles qui exagèrent, car « ce n’est rien ». Le même rien que le sexe féminin. 

« On n’arrête pas de se dire ‘je ne suis pas victime, je vais m’en remettre’, mais non ! Même principe qu’avec les blagues, les remarques sexistes, etc. L’enchainement des petites blagues fait que notre existence est affaiblie et on n’a même plus les moyens de répondre. C’est un continuum de violences. Jusqu’à la domination. »
souligne Nina Faure. 

Les solutions sont multiples. Il y en a « toute une palette ». Au niveau individuel, elle conseille « ce qui fait du bien, ce qui fait se sentir bien avec soi. » Partir du cabinet d’un-e médecin sexiste et malveillant-e, écrire à l’établissement de santé dans lequel la personne a été violentée, maltraitée, aller (essayer de) porter plainte au commissariat…

Elle croit particulièrement au collectif pour échanger d’abord des témoignages puis réfléchir ensemble à des ressources pour amener la société à évoluer vers un traitement digne et bienveillant des personnes dans le suivi médical.

« Il faut redéfinir ce qui se passe socialement et cela se fait grâce à toutes les actions militantes. La société sexiste est partout. Quand on veut s’en défendre, on s’y re-confronte tout de suite après. Se regrouper entre femmes est un puissant outil politique. Car ça permet de prendre conscience de notre condition, ça nous arme. Être entourée de femmes, pour moi, a été une étape nécessaire pour me former et me défendre intellectuellement. »

Difficile de légitimer sa parole quand on se sent seule, anormale. On craint les « tu exagères », les « mais non, ce n’est rien », les « ça va, y a plus grave, arrête un peu ». Les femmes prennent l’habitude de voir leurs paroles minimisées. Avec le temps, elles apprennent à vivre leurs souffrances et leurs difficultés en silence. 

Heureusement, grâce aux féminismes et aux nombreuses luttes des militantes (qui n’ont pas attendu le mouvement #MeToo et #BalanceTonPorc), les témoignages se multiplient pour ne plus subir de violences dont font grandement partie les violences gynécologiques et obstétricales.

Cependant, les résistances sont malheureusement très coriaces et la déconstruction a du mal à s’opérer. Si les militantes des années 70 revendiquaient déjà le droit à disposer de leurs corps, en prônant le recours à l’auto-examen comme moyen de se les réapproprier (documentaire Clito va biendu groupe Femmes de Quimper en 1979 – Lire notre article « Sortir de l’ombre le tabou du corps et de la sexualité », 12 octobre 2018, yeggmag.fr), elles sont encore minoritaires celles qui le pratiquent.

Ce soir-là, Nina Faure est venue avec son kit, montrant différents speculums et expliquant qu’avec quelques outils et accessoires, il est possible d’observer sa vulve, son vagin, son col de l’utérus. Apprendre à distinguer comment notre sexe est bâti. Apprendre à repérer les changements lors du cycle. Apprendre à concevoir son sexe, y compris la partie interne qu’on ne voit pas et dont on ne nous parle pas mais qui existe bel et bien.

ÉDUCATION ET FORMATION, DES ENJEUX MAJEURS

L’éducation a un rôle fondamental à jouer et pourtant, la loi de 2001 n’est toujours pas appliquée dans tous les établissements, censés dispenser des séances d’éducation aux sexualités et à la vie affective à plusieurs reprises dans l’année, que ce soit en élémentaire, au collège ou au lycée.

Pareil dans la formation des étudiant-e-s en médecine. Elinore le confirme :

« Pendant nos études de médecine, on n’est pas formé-e-s à la sexualité, aux particularités féminines. Seulement à l’angle reproductif en gynéco… »

Pourtant, la formation est indispensable pour combattre les normes sexistes qui régissent nos sociétés, tout comme les médecins devraient être formé-e-s à la transmission de l’information. On le voit avec « la norme de la contraception » définie « en fonction de l’âge », souligne la médecin du PF35 : 

« Quand une femme est jeune, on va forcément lui donner la pilule, sauf si elle demande autre chose. C’est au médecin de lui donner toutes les informations sur les différentes contraceptions mais aussi sur les effets indésirables de la pilule, que ce soit sur l’humeur, la libido, etc. 

À 30 ans, beaucoup de femmes ne veulent plus la pilule. Peut-être que le médecin qui lui a donné la pilule au départ n’a pas abordé la question du désir, etc. Ce n’est pas normal. Tout comme ça ne devrait pas être un problème d’obtenir un stérilet quand on est jeune… »

Elle regrette également que la question du consentement ne soit pas automatique. Au Planning Familial, « une affiche dans la salle d’attente dit qu’ici il n’y a pas d’examen non consenti et surtout, qu’il n’y a pas toujours d’examen. Ce n’est pas obligatoire. »

Les examens intrusifs, les positions pour les pratiquer, l’écoute lors de la consultation, l’information complète (afin d’être personnalisée), l’empathie… Il est maintenant essentiel que toutes ces thématiques soient posées sur la table et discutées.

La médecine moderne ne doit pas continuer de se développer au détriment des femmes comparées à des juments lors du 42econgrès national des gynécologues et obstétriciens, qui a eu lieu les 6 et 7 décembre 2018 et qui a alors diffusé une diapo contenant les propos suivants : 

« Les femmes c’est comme les juments, celles qui ont de grosses hanches ne sont pas les plus agréables à monter, mais c’est celles qui mettent bas le plus facilement. »

Heureusement, le président du syndicat, Israel Nisand a expliqué, en s’excusant, qu’il s’agissait d’une maladresse. On aurait peut-être pu y croire (en fait non) si les intitulés des master-class au programme n’étaient pas « Ces prétendues violences obstétricales : les enjeux juridiques » et « Comment se prémunir des plaintes pour attouchements sexuels ».

On se réjouit alors de la diffusion du documentaire de Nina Faure, Paye (pas) ton gynéco, de soirées comme celle organisée par le Planning Familial le 27 novembre affichant complet et d’actions militantes libérant la parole et permettant de petit à petit se construire, dans l’individuel comme dans le collectif. 

Pour que chacun-e se réapproprie son corps, sa vulve, son vagin, son clitoris, ses fesses, ses seins, ses hanches, etc.

Célian Ramis

Les suppliantes : l'appel à l'humanité

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ADEC, Rennes
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Le Théâtre du Tiroir fait du texte d'Eschyle, Les Suppliantes, un chantier citoyen, invitant sur les planches, des comédien-ne-s amateur-e-s français-es et étranger-es-s, demandeur-se-s d’asile, à prendre la parole. Celle, souvent, de leur propre histoire.
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Près de 2500 ans après son écriture, le texte d’Eschyle, poète de la Grèce antique, reste terriblement d’actualité. Mêlant menaces de mort, droit d’asile et liberté des femmes, la pièce Les Suppliantes est adaptée par le metteur en scène lavallois Jean-Luc Bansard, du Théâtre du Tiroir. Celui-ci en fait un chantier citoyen, invitant sur les planches, des comédien-ne-s amateur-e-s français-es et étranger-es-s, demandeur-se-s d’asile, à prendre la parole. Celle, souvent, de leur propre histoire. Le 23 novembre dernier, une quarantaine de personnes et une quinzaine de nationalités et de langues s’entremêlaient sur les planches de l’ADEC, à Rennes. 

« La mort plutôt que le viol ! » C’est le cri des Danaïdes. Cinquante femmes libyennes réfugiées dans le temple de Zeus, dans la cité d’Argos en Grèce, après avoir traversé la Méditerranée pour fuir leurs cousins les Egyptiades qui les pourchassent pour les épouser de force. Face au Prince, elles demandent asile tandis que leur père Danaos, part chercher de l’aide auprès du peuple.

« J’ai peur de l’ombre. Que la question des étrangers n’apporte pas le trouble ! », déclame le souverain, craignant une guerre causée par l’accueil de ces femmes. Elles qui tiennent le signe des suppliantes, dans ce lieu célébrant le dieu des demandeurs d’asile. Elles qui prouvent, par le récit du mythe d’Io, descendre des mêmes ancêtres. Elles qui devant les hommes s’affichent en guerrières, refusant la fatalité supposée de leur condition :

« Jamais nous n’accepterons de leur être soumises. Sois du côté de la Justice et décide ! »

Devant la détermination, le courage et l’appel à l’aide des Danaïdes, le Prince s’en remet à la démocratie : « Si la cité est en danger, c’est à la cité de trancher ! » À l’unanimité, les grecs se proclament en faveur de leur protection, décision qui déclenche la colère des Egyptiens, qui décident alors de rentrer en guerre. 

LA CRÉATION D’UN CHANTIER CITOYEN

« La fiction de Eschyle rejoint la réalité d’aujourd’hui », explique Jean-Luc Bansard, metteur en scène et créateur du Théâtre du Tiroir, à Laval, dans le documentaire Hospitalières et Suppliantes, diffusé sur France 3 Pays-de-la-Loire, le 12 novembre dernier (à revoir sur le site de la chaine).

C’est un passionné et un humaniste. Depuis 30 ans, il anime le Théâtre du Tiroir de sa curiosité pour les cultures du monde qu’il découvre au fil de ses nombreux voyages. Amoureux des littératures et des langues, le déclic opère lorsqu’il entend parler du texte d’Eschyle. Il l’intègre dans ses chantiers citoyens, conçus pour faire se rencontrer sur les plateaux de théâtre et dans les salles, le maximum de personnes d’origines et de cultures différentes.

« J’ai lancé un appel à toutes les femmes qui voulaient parler du sujet des mariages forcés. J’ai eu une douzaine de femmes. Ensuite, j’ai cherché des femmes réfugiées dans les centres d’alphabétisation, au 115, etc. Il y avait pas mal de difficultés car elles ne connaissaient pas toutes la culture et la langue française et le théâtre. Sont venues des femmes algériennes, albanaises, guinéennes… On a fait des duos : une femme française / une femme étrangère. Et à chaque fois, les françaises ont du apprendre au moins une phrase dans la langue de sa binôme. », s’enthousiasme-t-il.

Il peut parler des heures durant de ses rencontres et de ce qui l’anime dans le théâtre : « Le théâtre, c’est se tenir debout et dire quelque chose au monde. Et là, c’est formidable, un cordonnier d’Erythrée porte la parole d’Eschyle. Pour moi, c’est le meilleur résultat de ce spectacle. Un paysan de Guinée parle au monde entier à travers Eschyle. Une femme de ménage française qui travaille dans les écoles de Laval, elle dit une parole qui a 2500 ans. Que demande-t-on au théâtre, si ce n’est qu’il porte la parole des plus humbles d’entre nous ? » (extrait du documentaire de Pierre Guicheney). 

DES FEMMES LIBRES ET PUISSANTES

Sur scène, le chœur des femmes est beau et puissant. Combattives, elles implorent l’aide et le soutien d’une peuple frère et ami « contre le viol et l’esclavage ». Elles chantent, elles dansent, elles s’expriment. Dans une dizaine de langues différentes (auxquelles s’ajoutent également les langues des hommes, jouant les soldats). Et également dans une langue imaginaire, inventée par Olivier Messager, réunissant les sonorités du monde entier.

« Pour moi nous sommes combattives et guerrières. Et nous ne sommes pas des victimes. », souligne Florence, dans le documentaire, précisant : « Je me sens utile. Je n’ai jamais su comment militer réellement. Et là, c’est une forme de militantisme mais au travers de la culture. »

Pour Hélène, aussi comédienne dans la pièce : « Dès la première scène, j’ai vraiment l’impression qu’on est embarquées avec eux sur le bateau. Alors tous ne sont pas arrivés par la mer bien sûr. Et ça y est, l’aventure est là, on est ensemble. On va se battre pour ce droit d’asile, et en tant que femmes pour résister à la loi des hommes et ça devient presque vrai. » 

AU-DELÀ DU RÉCIT

Presque vrai. Voire vrai tout court. Walid a fui la Syrie avec Sana, sa femme, et leur fille. Parce qu’ils étaient menacés de mort « par les groupes terroristes, qui kidnappent et violent les femmes. » Mauri a « fui la mort » qui l’attendait en Côte d’Ivoire où il a été battu et torturé et a risqué sa vie en traversant la mer dans un bateau, entassé avec d’autres :

« Mon soucis, c’est d’obtenir des papiers français, sinon je ne peux rien faire. Et c’est très dur de ne rien faire de ta vie, tu tournes en rond alors que tu es dans un pays où tu te sens à l’aise. Je me bats pour le futur, pour mes enfants, pour ne pas qu’ils subissent les souffrances que j’ai connu. »

Jeannette s’est enfuie avant d’être excisée, quittant le Kenya la veille de son mariage forcé. Arrivée en Europe, on lui propose un mariage blanc en Belgique afin d’obtenir des papiers. Elle s’y oppose. Aujourd’hui, elle crie sa liberté sur les planches du théâtre :

« Ici, on s’entend comme si on était du même père. On ne calcule même pas la couleur de peau ici. Comme si c’était une seule personne qui nous a mis au monde. Parce que même si quelqu’un se met à déconner, on arrive à lui faire comprendre ‘ça c’est pas bien, c’est mieux comme ça’ et on accepte tout de suite, on comprend tout de suite. »

L’adaptation de cette pièce multilingue est une ode à l’humanisme et un rappel à tou-te-s que le droit à la dignité nous incombe à tou-te-s. Après la représentation, pas de débat mais une invitation en musique et en danse à venir se joindre à la joyeuse troupe à l’énergie débordante, insufflée par un metteur en scène engagé et amplifiée par les sourires de la quarantaine de comédien-ne-s qui font instantanément tomber les barrières et secouent les mentalités. Bouleversant.

Célian Ramis

Conquérantes, les Soroptimist militent à Rennes

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Le 27 novembre, les Soroptimist International invitent les Rennais-es à se souvenir que les femmes ont lutté pour le droit de vote, à travers la comédie Les conquérantes, au cinéma Gaumont de Rennes.
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Chaque année depuis 6 ans, l’Union Française du Soroptimist International organise l’Opération Nationale Cinéma Soroptimist, entre le 25 novembre et le 10 décembre, dans le cadre de la journée internationale pour l’élimination des violences faites aux femmes. 

La projection a lieu dans une centaine de villes : à Rennes, Les Conquérantes, réalisé par Petra Biondina Volpe, est diffusé le 27 novembre au cinéma Gaumont, à 19h30. Les fonds récoltés à l’occasion de cette soirée seront reversés à l’association rennaise Asfad, qui accueille et accompagne les femmes autour de 3 missions : la lutte contre les violences faites aux femmes, l’inclusion sociale et professionnelle et la parentalité. 

Créé en 1921 aux Etats-Unis par Susan Noël, le club services féminin Soroptimist International est aujourd’hui une ONG présente dans 123 pays, réunissant 76 000 femmes dans 3000 clubs locaux. Celui de Rennes a fêté cette année, en octobre, ses 60 ans et compte une vingtaine de membres, dignes héritières de la fondatrice et des pionnières.

L’ESPRIT SOROP’, DE GÉNÉRATION EN GÉNÉRATION

Elles aussi conquérantes, partagent les mêmes valeurs et œuvrent pour des actions concrètes à destination des filles et des femmes. La devise : « Défendre, Comprendre, Entreprendre ». Des missions fortes, selon Solenn Douard, présidente du club SI de Rennes depuis octobre 2017 :

« Dans « Comprendre », il y a l’écoute, la posture d’empathie, d’ouverture. On prend le temps de comprendre quelque soit le degré de souffrance, la différence. Ça nous engage à être dans une attitude humaniste. Après, « Défendre » et « Entreprendre », là, ce sont vraiment deux verbes d’action forts. Quand je les vois, je vois un peu Marianne. Défendre, ça symbolise l’engagement. Je vois le côté militant. On milite pour les causes auxquelles on croit. 

Entreprendre, c’est vraiment le verbe d’action où on se mobilise concrètement dans des actions pour lever des fonds soit dans des actions de soutien d’autres organisations (comme ici pour l’Asfad, ndlr), d’autres groupes de femmes ou dans de l’aide directe, avec le soutien scolaire aux filles ou l’aide aux femmes migrantes, en terme d’intégration, d’apprentissage, etc. Ça circule dans les réseaux, dès qu’une femme arrive dans une région et cherche un logement ou un emploi, il y a cette notion d’entraide au sein du réseau. »

L’esprit des « Sœurs pour le meilleur » s’articule autour de 5 thématiques : l’accès à l’éducation des filles et des femmes, l’autonomisation et le leadership des femmes, la lutte contre les violences à l’égard des femmes, la santé et la protection de l’environnement, et la défense de la paix dans le monde.

« Quand on regarde en détail les commandements, il y a la notion d’universalité, s’organiser pour quelque chose qui est plus puissant que nous, qui nous tire et qui est noble. Il y a la notion de justice et de discernement, être juste dans ces actions, dans l’organisation des clubs et faire preuve de discernement pour que l’esprit Sorop’ perdure. Ça ne doit pas être un lieu où viennent se jouer des enjeux d’ego, de rayonnement personnel, etc. Il y a aussi l’esprit d’union, de cohésion et de solidarité entre femmes. 

Derrière ces valeurs, il y a la notion d’accueillir toutes les sœurs et la notion de réseau, de s’inviter réciproquement, d’ouvrir la porte, de s’identifier les unes les autres et de se nourrir des unes des autres, par des moments inter-clubs, pour se nourrir de l’esprit Sorop’, un peu comme dans le sport. Se revivifier de l’énergie du collectif. »

Solenn Douard le dit : la violence à l’égard des femmes, l’accès à la santé, la protection de l’environnement… sont de l’ordre de l’inacceptable. Du non négociable.

« La planète est à ressources limitées et notre premier trésor, c’est notre corps. On ne négocie pas avec ça. Ensuite, la défense de la paix, c’est la dimension universelle, c’est une cause qui doit s’imposer à tous. »
précise-t-elle, consternée et concernée. 

LA DÉTERMINATION, LE COURAGE ET LA MOTIVATION, AVANT TOUT ! 

Nicole Tanvé a animé le club de Rennes en tant que présidente pendant 3 ans avant de passer le flambeau à Solenn Douard. Elle a effectué sa première réunion, grâce à une amie déjà membre, en novembre 2013. Une année importante pour celle qui a passé plusieurs années auparavant à se battre contre le cancer du sein.

« Je suis à la retraite depuis 8 ans maintenant. La maladie - un cancer du sein très agressif - m’a fait partir à la retraite plus tôt. J’ai pris le temps de me remettre puis en 2013 j’ai commencé avec les Roz’Eskell et en fin d’année avec les Soroptimist. J’ai connu la présidente dans le cadre du travail et j’ai bien accroché. », souligne Nicole. 

En mai 2014, elle est intronisée en tant que présidente : « On a fait beaucoup d’actions. C’est ce qui me plait ! À Rennes mais aussi dans les événements comme les remises de colliers par exemple, on rencontre plein de femmes et j’ai découvert plein de Soroptimist très dynamiques ! »

Avant, elle n’avait jamais participé à une ONG. Elle ne s’était pas non plus penchée sur la question de la place des femmes dans les sociétés. Cette costarmoricaine de 65 ans s’est construite depuis petite à la force du travail et de sa détermination. C’est en travaillant pendant les vacances lorsqu’elle est adolescente qu’elle rencontre son premier patron qui lui propose un poste dans une société de gestion immobilière.

« J’ai raté mon bac par correspondance d’un point. Comme punition, on m’a dit : « Vous allez commencer à la base et faire un diplôme professionnel. Je gravissais les échelons, considérée et estimée. », se souvient-elle. 

Au fil de son parcours, elle affirme son caractère. Naviguant entre la gestion de belles propriétés et la Bourse, elle affronte les obstacles et rebondit après chaque fermeture des locaux et sociétés dans lesquels elle travaille.

« J’en ai connu des journées noires dans le monde de la Bourse mais j’ai fait beaucoup de belles rencontres ! », souligne Nicole, encore éprise de tous les postes qu’elle a occupé, à Paris comme à Rennes où elle est venue avec ses deux enfants à la suite de la mutation de son mari. 

Quand la maladie survient, elle se bat à nouveau avec ses tripes et son sourire : « Je tenais des immeubles dans mon travail, je faisais des assemblées. La dernière était le matin du 23 juin. J’ai terminé mon dossier, rangeait mon bureau et je suis allée voir le chirurgien. J’ai été arrêtée, je suis entrée à l’hôpital le 29 juin, j’ai été opérée le 30. Je ne suis pas retournée au boulot. »

Le chemin va être long et éprouvant. Des opérations, il y en aura d’autres, tout comme les séances de chimio et de radiothérapie. « J’y allais toujours très colorée. Je suis comme ça. Et je suis partie du principe qu’il fallait garder mon sourire. La vie ne m’a pas épargnée, je sais ce que c’est la vie, il y a toujours des bons côtés. Dans ma vie, j’ai eu la chance de trouver des portes ouvertes. », signale-t-elle. 

Pimpante et enthousiaste, elle continue de s’épanouir auprès des dragon ladies des Roz’Eskell, pratiquant ensemble du dragon boat (l’association CAP OUEST a été créée en 2013 pour réunir les femmes atteintes ou ayant été atteintes du cancer du sein autour d’une pratique sportive bénéfique à leurs corps, ndlr). Et aussi auprès des Soroptimist, réfléchissant ainsi à la place des femmes et aux inégalités persistantes.

En regardant en arrière, elle déclare : « Dans le milieu professionnel dans lequel j’étais, il faut s’imposer. Les femmes n’ont pas forcément des postes comme j’ai eu. J’étais femme, j’ai toujours été femme, je tenais mon poste et je ne me posais pas la question. Il ne faut pas se laisser faire. Chacun-e a sa place et sa part à prendre. J’ai eu la chance de faire des rencontres dans ma vie qui m’ont toujours dit que j’étais capable. » 

Ainsi, elle rejoint un des points essentiels prônés par l’ONG : l’éducation des filles et le leadership des femmes. Avec son franc-parler, elle conclut, s’adressant en rigolant à toutes les générations de femmes :

« Ne vous laissez pas mener par le bout du nez ! Quand je vois l’augmentation des violences faites aux femmes, je me dis aussi que c’est important de faire du sport ! Moi, j’ai fait du karaté. Un jour, j’ai surpris un homme avec la main dans mon sac. Je lui ai fait une prise, je vous raconte pas ! » 

LE POUVOIR DES RÉSEAUX

C’est elle, lorsqu’elle était présidente, qui a introduit Esmeralda Guzman au club SI de Rennes. Son enthousiasme et sa force de caractère séduisent la réflexologue – relaxologue qui partage – avec Nicole comme d’autres membres - de nombreux points communs. Dans la vivacité de son tempérament notamment.

Elle apprécie particulièrement sa manière de « mener des actions et sa capacité à transmettre. Et l’expertise de la nouvelle présidente, Solenn Douard, une jeune femme d’entreprise qui nous a amenées à faire un travail de réflexion sur le sens de notre club et la manière dont nous pouvions le pérenniser. J’ai ressenti le besoin de créer des réseaux. Les clubs Soroptimist en France sont nombreux et il me semblait nécessaire de rencontrer d’autres associations rennaises œuvrant pour les femmes en difficulté. »

Amoureuse de la langue française depuis le lycée, effectué en Amazonie colombienne, elle s’installe à Bogota et obtient une licence en Sciences de l’éducation avec une spécialité langues étrangères (français et anglais) et un master en didactique du français. Elle décroche ensuite une bourse d’assistante en espagnol et s’envole pour la France, à Nantes, en 1986.

« J’ai suivi un master 1 en didactique du français comme langue étrangère à Rennes et un master 2 en didactique des langues et des cultures, à la Sorbonne. J’ai travaillé ensuite dans l’enseignement supérieur comme lectrice dans les départements d’espagnol et de langues étrangères appliquées à l’université Rennes 2 Haute-Bretagne. », souligne Esmeralda Guzman. 

Elle est aujourd’hui réflexologue – relaxologue et se passionne pour son travail. Et s’investit pleinement dans les activités et actions qu’elle entreprend en parallèle. Auprès de l’association qu’elle a créée l’an dernier, Selvaviva, en faveur de l’environnement en Amazonie colombienne, et de ses sœurs Sorop’ :

« J’ai trouvé un point commun : le développement durable en lien avec la femme. C’est pour avoir des valeurs et des actions communes que la jeune Selvaviva a obtenu des dons du club pour soutenir un projet pilote de reforestation mené en Amazonie colombienne. » 

Au quotidien, elle ose déployer ses réseaux pour partager et faire avancer deux causes dans lesquelles elle est particulièrement engagée, convaincue que « c’est notre responsabilité en tant que citoyens de commencer à changer le monde, nous en sommes tous responsables. Il faut s’investir dès son jeune âge dans des causes qui nous interpellent. »

Pour Esmeralda Guzman, le club SI de Rennes est un espace chaleureux et convivial dans lequel on peut concilier les énergies pour une convergence des luttes. L’écoute et la bienveillance sont les maitres mots de l’actuelle présidente qui, depuis son arrivée, crée une nouvelle dynamique au sein de la structure.

« Je reviens à nos deux moteurs, Nicole qui nous booste et Solenn, qui, sans bousculer personne, nous a encouragées à nous investir chacune à notre manière et selon nos possibilités. J’ai admiré son regard pour les ainées, qui sont le socle fondateur, et la confiance accordée aux nouvelles recrues dans cette période de « relève générationnelle ». Très vite, ces deux personnes ont réussi avec tact à allier convivialité, respect et dynamisme. », insiste-t-elle. 

CONVAINCUE PAR LE LEADERSHIP DES FEMMES POUR FAIRE AVANCER LA SOCIÉTÉ

Solenn Douard croit particulièrement au leadership des femmes. « Tous les thèmes me parlent et en tant que dirigeante, femme engagée, etc. je me dis que la question du leadership des femmes est quelque chose qui me parle vraiment. Là, je parle en mon nom. Dans les entreprises, et dans les organisations en général, il y a toujours cette polarité entre masculin et féminin. », souligne la présidente, abordant ici les caractéristiques que l’on attribue d’un côté aux hommes et d’un autre côté aux femmes : 

« Le masculin, c’est ce qui est lié à l’action, la prise de décision, etc. Utile, très utile, pour faire bouger les choses, défendre des causes, etc. Et l’autre pôle, le féminin, c’est celui de la sensibilité. Ce que je trouve très intéressant et que j’ai découvert dans le cadre de mes responsabilités, c’est la puissance du « et ». Et non pas du « ou ». C’est-à-dire de ne pas trop tirer du côté du masculin ou trop tirer du côté féminin. 

On a tous une disposition plus ou moins forte d’un côté ou d’un autre, ce qui n’est pas lié au sexe, des hommes ont une sensibilité très développée, des femmes ont un côté de direction très affirmé. On a tous en nous une dimension plus ou moins développée et ce dont je prends conscience, c’est la puissance du « et ». Il ne s’agit pas de vouloir chercher à effacer notre part un peu plus « masculine » qui nous permet d’avancer, de porter des projets, mais plutôt de voir ce que l’on peut rajouter en fait. »

La complémentarité et l’alliance des pôles dont elle parle sont pour Solenn la clé pour évoluer vers « quelque chose de puissant ».

« Les femmes peuvent ouvrir la voie en fait, pour montrer à quel point injecter de la sensibilité dans une organisation, ça donne quelque chose qui devient plus puissant. Je trouve qu’elles ont la puissance pour inviter les leaders en général à oser rajouter du « féminin » dans leur façon d’être. »

Et cela l’inspire dans sa manière d’appréhender le mouvement des Soroptimist. « En entreprise, très concrètement, quand on est vraiment leader, je ne crois plus aux modèles d’hier et d’aujourd’hui. Je trouve qu’aujourd’hui, c’est plus une organisation qui fait souffrir, qui abime. Et je n’ai plus envie de ça et je ne crois pas au modèle de l’entreprise classique. Qui entretien beaucoup trop l’égo, le pouvoir, on ne dit surtout pas nos peurs, on se cache et ça crée une souffrance terrible. 

Je milite, je suis très engagée dans les mouvements de libération de l’entreprise. Quand je découvre ce milieu-là, qui est très très dur, je me dis que nos enfants de demain ne fonctionnent plus du tout comme nous. Ils ont besoin de sens dans ce qu’ils font, beaucoup plus que nous. Ils sont capables de zapper très vite si cela n’a pas de sens pour eux. »

ASSURER LA RELÈVE, EN SE NOURRISSANT DES EXPÉRIENCES DES UNES ET DES AUTRES

Aujourd’hui, le club aspire à se pérenniser davantage en accueillant de nouveaux membres. Tout aussi dynamiques que les ainées du club, principalement à la retraite mais pas sans activité et surtout pas sans envie d’en découdre avec le patriarcat. Animées par les rencontres et les histoires de vie, les Soroptimist ont participé dans leurs carrières et vies personnelles à l’amélioration des conditions des femmes.

Et se mobilisent encore, à travers leur structure, pour que cette évolution se poursuive, dans les traces des fondatrices et de leurs sœurs. De l’esprit des anciennes, Solenn Douard est admirative et respectueuse :

« J’ai vraiment envie de rendre hommage aux pionnières des SI et du club de Rennes. Rendez-vous compte 60 ans en arrière ! On est en 1958. Ce sont des femmes qui étaient médecins, juristes, etc. Elles avaient déjà réussi à se battre pour avoir accès à des postes à responsabilités ou à des postes techniques. Je me souviens d’un qui avait témoigné, elle était responsable informatique. En 1960 !»

Se souvenir d’elles, de leurs parcours et de leurs combats, est essentiel pour elle comme pour les autres membres du club. « Elles ont connu ce que nous, on ne connaitra pas. Ou en tout cas différemment. Mais à leur époque, tous les obstacles, les portes fermées, le « pas le droit d’exister » ! Et elles, elles ont du se battre pour dire « si, j’existe, je suis là et tu vas faire avec ! Je veux leur rendre hommage. Surtout qu’au niveau de Rennes, on a la chance d’avoir encore quelques unes des pionnières ! Elles gardent une sacrée énergie !»

Ne pas oublier les luttes qui ont permis de conquérir quelques uns des droits qu’il nous faut conserver. Comme tel est le cas avec le film Les conquérantes, diffusé le 27 novembre au cinéma Gaumont, revenant sur un point fondamental pour lequel il a fallu ardemment batailler : le droit de vote. Puiser dans l’expérience des plus âgées pour comprendre le présent et bâtir ensemble le futur. 

Et à Rennes, la présidente le constate, il y a de la matière et des ressources :

« Elles ont mené des actions, elles étaient dynamiques, engagées et connues dans l’écosystème de Rennes. Ça a été un club dynamique, bien placé dans son environnement, porté par des femmes pionnières dans leurs différents métiers. »

Mais elle l’avoue, « le petit virage qui a été raté, c’est le renouvellement. » Elle fait le point : « L’enjeu aujourd’hui, c’est de s’appuyer sur tout ce qu’est le SI, son rayonnement international et toute la structuration mise en place, et de capitaliser sur ce que les pionnières ont su faire pour réécrire en cohérence avec les enjeux du territoire ce qui serait pertinent de faire à Rennes, au service des 5 thèmes. »

Milieu d’innovation, terreau fertile, espace de cultures… la capitale bretonne a tout, selon elle, pour que le club se développe, s’épanouisse et vienne nourrir des jeunes attirées par ce territoire et sensibles à des problématiques sociétales sur lesquelles elles sont prêtes à s’engager.

« C’est la notion d’alliance. Je pense qu’on peut concrètement leur proposer ça à travers la culture et les valeurs Sorop’. C’est déjà un endroit dans lequel on peut se retrouver, qui est convivial, vu comme un cocon, une bulle d’oxygène, où on peut avoir une épaule sur laquelle poser nos têtes par rapport aux problématiques de la vie active et du leadership et se nourrir de l’expérience des plus anciennes ou de la richesse des environnements complètement différents. Sans oublier la visée des actions et le sens que ça a derrière ! », conclut Solenn Douard. 

Des histoires différentes, des profils variés, des combats communs et une envie identique : celle de donner accès à toutes à l’éducation et les moyens de se réaliser pleinement, en tant que femmes mais aussi et surtout en tant qu’individu égal à un autre, dans un esprit de solidarité, de partage et de sororité, avec écoute, empathie et bienveillance.

Célian Ramis

Pupille, la nouvelle pépite de Jeanne Herry

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Jeanne Herry signe Pupille, une nouvelle œuvre impeccable, dans laquelle elle n’omet aucun détail et n’émet aucun jugement vis-à-vis de ses personnages.
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Quatre ans après son premier long-métrage Elle l’adore, Jeanne Herry signe une nouvelle œuvre impeccable, dans laquelle elle n’omet aucun détail et n’émet aucun jugement vis-à-vis de ses personnages. Pupille, sur les écrans le 5 décembre, était projetait en avant-première le 14 novembre dernier au cinéma Gaumont de Rennes, en présence de la réalisatrice, d’Olivia Côte et d’Elodie Bouchez. 

Alice apprend qu’elle aura bientôt un enfant. Après 10 ans de combat, son dossier a été choisi. Elle deviendra la mère adoptive de Théo, bébé accouché sous X. Dès sa naissance, les services de l’Aide sociale à l’enfance et le service adoption se mettent instantanément à l’œuvre pour recueillir les souhaits de la mère biologique, prendre en charge l’enfant placé momentanément dans le foyer d’un assistant familial et trouver une famille.

Ici, pas de personnage principal. Mais un ensemble d’individus essentiels au bon déroulement des opérations et à l’accompagnement de ce nouveau-né. Chaque geste doit être calibré au millimètre près, tout comme chaque note d’une partition doit être jouée avec précision. Et pour cela, la cheffe d’orchestre, Jeanne Herry, ne laisse rien au hasard.

L’idée lui vient de son entourage, une amie à elle ayant adopté : « Elle m’a passé un coup de fil pour m’annoncer qu’elle allait avoir un bébé. Ça a allumé 1000 questions en moi. J’ai réalisé que je ne m’étais pas intéressée à ce qu’elle avait vécu durant toutes ces années. L’accouchement sous X, les lois, le protocole qui encadre ces parcours du combattant… »

Elle va alors se documenter et rencontrer les travailleurs sociaux de Brest afin de constituer une matière réelle et réaliste, dans laquelle elle voit « des enjeux de fiction, le côté romanesque de la vie, de beaux personnages et une belle histoire. »

La réalisatrice se lance dans l’écriture d’un scénario tendu et complet, veillant à ne jamais tomber dans la caricature ou le jugement. « Je n’ai pas de raison de juger les personnages, de les critiquer. De la mère biologique à la recueillante, le but est de comprendre les enjeux, les missions, les objectifs, les désirs et les difficultés. C’est un échiquier riche a animé. Ce n’était pas du tout intéressant de mettre des personnages qui mettent des bâtons dans les roues… », souligne Jeanne Herry. 

Dès la première scène, on sait qu’Alice sera la mère de l’enfant. Le suspens n’est pas le propos. Ce qui l’anime, elle, c’est de travailler une autre tension. Celle qu’éprouve le bébé. Celle qu’éprouve la future mère. Par où va-t-on arriver à l’aboutissement de la procédure ? C’est la question qu’elle pose et qu’elle développe, en décidant de nous montrer un service dans lequel « ça se passe bien. »

Et la force de Jeanne Herry est de filmer les histoires dans l’histoire. Celles de chacun des personnages réunis autour d’un même but mais aussi pris par les aléas de leurs propres vies. Tou-te-s sont à un tournant de leur existence. Fatigue, départ à la retraite, déboires amoureux… le film prend sa dimension complexe dans les moindres détails qui ne sont jamais laissés au hasard.

« Il y a des champs de mines et des champs de fleurs chez les gens qui adoptent, tout comme chez les gens qui travaillent pour les services sociaux. », précise Jeanne Herry qui, au-delà de l’histoire initiale, s’attache à donner la parole y compris lorsque la personne n’en est pas encore dotée, comme tel est le cas pour le bébé. 

Parce que ce qu’elle aime par dessus tout, c’est écrire des scènes dialoguées, faire parler les gens dans une action de paroles et non de bavardages : « Les actions qu’ils engagent sont vitales dans la vie des gens, et ils le font avec leur subjectivité et leur capacité d’analyse et d’empathie. Même quand on travaille bien, dans un service qui fonctionne, comme il s’agit d’un collectif dans lequel chacun est un individu avec sa vie privée, etc., forcément il y a des tensions. Il faut faire les bons gestes au bon moment, il y a un besoin de solidité, de personnes prêtes, etc. Chacun va venir se régénérer à sa façon auprès du bébé. »

Elle le dit elle-même : dans un endroit dur, de l’accouchement sous X à l’adoption, il y a des endroits d’espoir. Pupille fait du bien. Au-delà de la bienveillance qui caractérise la relation qu’entretient la réalisatrice avec ses personnages, Jeanne Herry a aussi la particularité de saisir avec subtilité la finesse des non dits.

En filmant en gros plan les regards, la peau, les mains, les gestes… elle attire notre inconscient sur la solitude des femmes. « Je suis touchée par les femmes seules. J’aime les filmer dans la solitude. Il y a en effet toute une thématique sur les femmes seules qui sont aussi des femmes désirantes. Qui matent les garçons quand même ! Je les aime bien dans leur solitude. », explique-t-elle. 

Elle le fait avec légèreté et enthousiasme. Avec un œil affuté et sensible. Sans tomber dans le pathos ou le larmoyant. Elle recrée des instants de vie, sans intervenir dans le cours des événements. Et pourtant elle s’octroie quelques libertés qu’elle intègre pour signifier que ça peut et ça devrait être normal. C’est le cas pour le rôle de Gilles Lellouche, qui interprète l’assistant familial.

« Il y a beaucoup d’éducateurs mais très peu d’hommes en tant qu’assistants familiaux. Au début, on le voit avec des enfants plutôt ados. On ne l’attend effectivement pas avec un bébé. C’est lui qui va assurer le relai dans la phase d’adaptation. Il est aussi l’homme de l’intendance, de la logistique, etc. dans son foyer, sans être dégradé dans sa virilité au quotidien. », précise la réalisatrice. 

Nuancé, détaillé, complexe, intelligent, bienveillant, parfaitement ficelé, engagé, émouvant, documenté… On pourrait en trouver bien d’autres des termes ou adjectifs pour qualifier le film de Jeanne Herry, véritable pépite qui regroupe des actrices et acteurs à la hauteur de l’exigence du scénario et des messages (Elodie Bouchez, Olivia Côte, Gilles Lellouche, Sandrine Kiberlain, Miou-Miou, Stéfi Celma, Youssef Hajdi…).

Si on peut penser l’histoire angoissante et anxiogène, les 1h45 de projection nous prouvent le contraire. On respire, on admire, on éprouve une multitude de sentiments et on relâche la pression. C’est intense et on adore ça. Un cinéma réaliste, en retenue mais sans jugements, caricatures et stéréotypes.

Célian Ramis

"Passer son temps à expliquer ce qu'est le racisme, c'est pas possible. Il y a un coût émotionnel très fort !"

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« Identités plurielles » était le thème de la deuxième conférence organisée par l’université Rennes 2 dans le cadre du cycle « Les Mardis de l’égalité », au Tambour, le 13 novembre dernier.
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« Identités plurielles » était le thème de la deuxième conférence organisée par l’université Rennes 2 dans le cadre du cycle « Les Mardis de l’égalité ». Ainsi, une projection du film documentaire Ouvrir la voix, écrit et réalisé par Amandine Gay, suivi d’un débat avec Marie Dasylva, Aurélia Décordé Gonzalez et Christelle Gomis, ont été proposés au Tambour, le 13 novembre dernier. 

Elles sont 24 femmes noires vivant en France ou en Belgique à témoigner et à ajouter leur voix à celle de la réalisatrice Amandine gay, dont le visage n’apparaît pas à l’écran. Leurs parcours sont différents. Mais leurs vécus se croisent et se ressemblent, vivant des discriminations liées à leur sexe et leur genre et à leurs origines, réelles ou supposées, et les stéréotypes racistes qui perdurent dans une société qui refuse de traiter avec son passé colonialiste.

Dans le regard de la société, dans les discours, mais aussi et surtout dans les moqueries et commentaires péjoratifs, elles se découvrent Noires. Et cette prise de conscience, qui survient souvent dès la cour de récréation à l’école, se fait « tout au long de notre vie, même quand on essaye d’oublier. » Elles n’ont pas « le privilège de l’innocence de sa couleur de peau », que les Blanc-he-s ont. Elles le ressentent et l’expriment : « La femme noire ne peut jamais être la femme qu’elle a envie d’être. »

LA VIOLENCE DE LA NORME ÉTABLIE

Aurélia Décordé Gonzalez, fondatrice et présidente de l’association d’éducation populaire déCONSTRUIRE, basée à Rennes, avait 5 ans quand elle a pris conscience qu’elle était Noire.

« C’était à Nantes, j’étais dans une école privée et dans la classe on était que deux gamins noirs. J’avais pas de copains/copines, j’étais toute seule et on m’appelait la Noireaude. J’ai découvert récemment que c’était un dessin animé sur une vache qui se plaint tout le temps. Et ça, c’était le surnom le plus amical qu’on me donnait. Y en a eu d’autres plus trash. », explique-t-elle, interrogeant également l’absence de réactions de la part des adultes : 

« Personne n’a jamais réagi. Voilà pourquoi avec l’asso, je souhaite faire des interventions en milieu scolaire. Les adultes ne sont pas formés à ces questions et même avec de la bonne volonté, il y a toujours un angle mort. »

Christelle Gomis est doctorante en Histoire contemporaine à l’Institut Universitaire Européen de Florence. Et l’expérience d’Aurélia Décordé Gonzalez fait écho à son propre vécu. Elle fait son entrée en école élémentaire en allant directement en CE1 :

« Mon camarade à côté de moi m’a dit tout de suite : « Je ne prête pas ma colle aux noir-e-s. » Le harcèlement scolaire, on en parle beaucoup en ce moment, va falloir qu’on parle également du harcèlement scolaire des enfants noirs ! Mais ce qui m’a fait le plus mal, c’est que mon petit frère, qui a 15 ans de moins que moi, en maternelle, a été mis avec un autre petit garçon noir pour lire « Mamadou fait des bêtises », « Mamadou ne sait pas lire », etc. Alors qu’on ne les faisait pas lire aux autres enfants ! C’est ça qui me fait le plus mal. »

Pour Marie Dasylva, fondatrice de l’agence d’empowerment Nkaliworks, la découverte a été plus tardive. Avant d’être coach, elle a travaillé près de 15 ans dans le milieu de la mode et du management : « À chaque fois, j’étais la seule femme noire. J’étais un accident industriel. J’ai grandi à Paris, toujours dans un environnement hyper mixte. Au fur et à mesure que je grandissais dans ma carrière, je m’apercevais que c’était des milieux blancs. »

Elle fait part de deux anecdotes illustrant un racisme totalement décomplexé : « Une fois, une collègue m’a dit : « Mais Marie, tu parles vraiment bien français. T’as pas d’accent. On se demandait avec les collègues… » J’ai imaginé leur petite réunion pour parler de moi, sans moi. A ce moment-là, je me suis dit : je suis l’autre. Une fois aussi, je portais une afro et ma cheffe m’a dit : « es-tu sûre que c’est une coiffure pro ? » Sérieusement ? En gros, est-ce que les cheveux qui poussent sur ma tête son professionnels ?... Ce sont des violences que l’on retrouve dans le milieu professionnel. J’ai fait mon travail en ayant honte. »

LE RAPPEL À L’ORDRE QUOTIDIEN DE LA DIFFÉRENCE

Et comme c’est expliqué dans le film, les trois intervenantes soulignent que les micro-agressions sont quotidiennes. Rappelant ainsi, tous les jours, qu’elles sont différentes vis-à-vis de la norme fixée : la norme blanche. Les discriminations et les stéréotypes, « les concernées savent, elles les ont éprouvé-e-s dans la chair. »

Christelle Gomis, à propos de l’université, précise : « Les femmes noires disparaissent après le premier cycle. Si on regarde en médecine, en STAPS, etc. elles disparaissent. Plus le diplôme augmente, moins on trouve de femmes noires et enfants issus de milieux modestes. On suit une licence mais on en fait une deuxième : comprendre les injonctions que l’université française nous renvoie. Essayer de contrôler la perception qu’une autre personne peut avoir sur vous, c’est comme préparer un autre diplôme en parallèle. Et ça, ça ne commence pas à l’université. Le coût du stéréotype, c’est le prolongement de ce qui se passe en maternelle, puis en primaire, puis au collège, au lycée, etc. »

Cela rejoint le propos développé par plusieurs intervenantes dans le film : on n’attend pas des femmes noires qu’elles réussissent leurs études ou leurs carrières professionnelles. Elles doivent redoubler d’effort pour prouver qu’elles sont tout autant capables que les autres.

« Je n’ai jamais vu une prof d’histoire femme noire en France, dans les chercheuses. Je dois multiplier les diplômes, les qualités, les particularités pour y arriver. Il faut se rendre indispensable. La médiocrité n’est pas possible pour nous. », souligne Christelle qui insiste sur les conséquences de ce racisme d’État : 

« Il y a un coût en terme de santé, de mentalité, de dignité. On s’habitue à ne pas répondre. On tue nos ambitions chaque jour. C’est quotidien. Et même quand on oublie, ça revient. »

SE JUSTIFIER, L’INJONCTION À LA PÉDAGOGIE…

Il leur faut alors déployer des stratégies de survie. Un domaine que connaît bien Marie Dasylva, coach stratégiste qui a développé une agence d’empowerment à Paris. Elle met en lumière l’injonction à sans cesse justifier de sa place, de son comportement, de sa présence, etc.

« J’ai été contactée une fois par une étudiante qui souhaitait travailler sur le sujet des femmes noires, pour son sujet de recherches. Sa directrice lui a dit : « Mais es-tu bien objective ? » C’est une vraie dinguerie ! Un blanc peut travailler sur le racisme, la question des prvilèges, etc. alors que c’est pourtant lui qui a le plus à perdre ! L’étudiante a eu des difficultés à défendre son sujet et la directrice a attribué le sujet à une étudiante blanche pour qu’elle soit « objective ». Autre anecdote : dans un cours, un garçon dit une étudiante noire : « T’es là grâce aux quotas. » Elle répond qu’elle est là grâce à une prépa qu’elle a faite. Il lui répond : « Peut-être qu’ils ont des quotas dans les prépas. »  Elle s’est énervée. Et le fait qu’elle se soit énervée a fait que c’était elle le problème alors que c’est elle qui a été agressée ! Le racisme est sans cesse nié, pour se protéger. »

Pour Marie Dasylva, finie la justification permanente. Finie de répondre à l’injonction à la pédagogie : « Y a Netflix maintenant ! Je n’ai pas à justifier de mon humanité. Je propose des outils d’antipédagogie : c’est à l’autre de se poser des questions. Alors bien sûr, il faut faire des films comme celui d’Amandine Gay pour mettre en lumière les femmes noires. Moi, c’est la première fois que je vois des personnes qui me ressemblent et qui sont filmées avec dignité ! Après, y a aucun moyen que toutes les micro-agressions glissent sur nous. Le meilleur moyen pour moi d’adresser ces remarques, c’est de se mettre au centre. Par exemple, quand on me touchait les cheveux, je faisais la même chose. Je lance un malaise, certes, mais la gêne, elle change de camp ! Sinon, quand on se justifie, on prend soin du dominant, encore une fois. »

Elle parle de pédagogie exigeante. Auprès des personnes qui le méritent. Autrement dit, celles qui s’intéressent et se donnent les moyens de trouver des réponses à leurs questions d’une autre manière qu’en interrogeant simplement une personne concernée sans entendre réellement son propos. Simplement pour se donner bonne conscience.

« Quand on me pose des questions, je file ma liste d’antipédagogie avec un premier article. Je vois si la personne le lit et reviens vers moi pour en parler. À partir de là, je peux lui donner à lire un 2earticle et ainsi de suite. », précise Marie. 

Du côté de l’association rennaise déCONSTRUIRE, Aurélia parle de formation. Parce qu’il est « important d’être la partie du rétro qui manque. » Elle poursuit : « La prise de conscience ne se fait pas dans la joie et la bonne humeur. Personne n’a envie de remettre en question son statut, son privilège, etc. Le racisme nous impacte tous. Les personnes dominantes n’ont aucun intérêt à perdre leurs privilèges. Pour obtenir l’égalité, va falloir un pas en arrière pour que je puisse faire un pas en avant. »

« Penser le racisme systémique, c’est de l’ordre de l’implausible pour ceux qui ne sont pas dans cette question. Une invasion d’aliens est plus facile à envisager, je vous jure ! Passer son temps à expliquer ce qu’est le racisme, c’est pas possible. Il n’y a que 24h dans une journée ! Il y a un coût émotionnel très fort. », explique Christelle Gomis, rejointe par Marie Dasylva : 

« Quand on veut apprendre, on apprend. Quand j’ai voulu apprendre l’anglais, j’ai appris l’anglais. Et je n’ai pas eu besoin d’aller faire souffrir un anglais. »

RIRE : POUR DÉTENDRE QUI ?

Après 2h de projection et plus de 30 minutes de débat concernant les stéréotypes, les discriminations, les violences et les souffrances endurées à cause du racisme systémique quotidien, ce à quoi s’ajoute la problématique du sexisme, la dernière question semble improbable, et pourtant elle est la parfaite illustration de la non-écoute de ces paroles. En résumé : les intervenantes utilisent-elles « l’humour noir » dans leurs formations ?

Aurélia Décordé Gonzalez prend la parole :

« Les discriminations, c’est pas joyeux. C’est très violent. Alors, non, je ne fais pas de blague parce que c’est pas drôle et c’est hyper violent. Ça ne me fait pas rire de vivre la discrimination. »

Marie Dasylva poursuit : « Je suis plutôt d’accord avec Aurélia. Le racisme provoque de gros dégâts. Quand tu dis que tu utilises l’humour pour « détendre le discours », moi, je vois pas pourquoi il faut détendre le discours. C’est encore une fois pour privilégier le privilégié… Je trouve l’approche dangereuse, en passant par l’humour. Il y a des vies brisées à cause de ça. Pour moi, il faut regarder le problème en face. »

Et enfin, Christelle Gomis conclut : « L’humour ne sert pas à détendre. Souvent, sur un sujet grave, l’humour sert à dénoncer. Et il faut faire attention à qui le fait. Tout le monde ne vit pas de discrimination… »

 

  • Légende photo : de gauche à droite : Marie Dasylva, Claire Lesacher, Christelle Gomis et Aurélia Décordé Gonzalez.

 

Célian Ramis

Jarid Arraes : "la littérature est toujours politique !"

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À travers ses écrits et son discours, Jarid Arraes, de passage à Rennes le 18 octobre dernier, diffuse une bonne dose d’empowerment, nécessaire à la construction des jeunes filles, particulièrement lorsqu’elles sont racisées.
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Le 18 octobre, l’auteure afrobrésilienne Jarid Arraes, invitée par le collectif Brésil de Rennes, présentait, au café Klub, son livre Dandara et les esclaves libres, auto-édité en 2015 et trois ans plus tard publié en France aux éditions Anacaona. Dans la lignée de Conceiçào Evaristo, elle vient combler le vide historique par une fiction basée sur des éléments réels de la colonisation et l’esclavage et alimentée par des mythes afrobrésiliens. À travers ses écrits et son discours, elle diffuse une bonne dose d’empowerment, nécessaire à la construction des jeunes filles, particulièrement lorsqu’elles sont racisées. 

Le 20 novembre, au Brésil, se fête symboliquement le Jour de la Conscience Noire. En hommage à la mort de Zumbi, chef du quilombo de Palmarès, qui pendant 100 ans a résisté aux assauts répétés des Portugais. En signe de reconnaissance de la contribution des Afro-Brésiliens dans l’histoire brésilienne.

Tout comme les féministes françaises ont affirmé qu’il y avait encore plus inconnu que le soldat inconnu – sa femme – l’auteure Jarid Arraes, en 2014, a interrogé lectrices et lecteurs de la revue Forum sur celle qui pourrait être sa femme, Dandara.

« L’objectif était pour moi de dénoncer et de questionner le machisme et le racisme brésiliens, à cause duquel des héroïnes comme Dandara sont systématiquement oubliées de l’Histoire. »
explique-t-elle dès le début de la préface de Dandara et les esclaves libres

Tout comme Anacaona, à Haïti, comme Njinga, en Angola, Dandara est un symbole de résistance face à la colonisation et l’esclavage. Pourtant, elles ont toutes été oubliées de l’Histoire, avant d’être réhabilitées via la littérature.

PROBLÈME DE LA REPRÉSENTATION

« J’écris et je publie des livres depuis mes 19 ans. Mais en réalité, j’écris depuis toute petite. Mon père et mon grand-père sont des écrivains et poètes. Moi, j’ai tardé car j’avais du mal à trouver des références de femmes comme moi qui écrivaient et publiaient des livres. Je viens du Nord- Est du Brésil, d’une petite ville. Je lisais des livres majoritairement écrits par des hommes et par des blancs. Ainsi, je me disais que l’écriture n’était pas un lieu pour moi.

Puis, j’ai rencontré Conceiçào Evaristo. Je me suis dit alors que c’était triste d’avoir autant lu durant toute mon enfance et de la découvrir seulement à 19 ans. Et là, j’ai découvert d’autres femmes comme elle et je me suis dit que l’écriture pouvait être un lieu pour moi. Tout ça est venu en même temps que mon identité raciale. »

Jarid Arraes a désormais 27 ans et a certainement essuyé plus de refus que la plupart des auteurs blancs qu’elle a lu pendant sa jeunesse. C’est d’ailleurs un point qu’elle souligne fermement, établissant un parallèle avec son héroïne :

« Je voulais écrire sur Dandara car elle passe par les mêmes processus que nous, les femmes noires sur le marché littéraire brésilien. C’est le même processus d’effacement. Nous n’avons pas la même visibilité et les mêmes chances que les autres. Avec Dandara, c’est un processus de sauvetage historique accompagné du sauvetage de mon identité. Dandara, elle était cheffe d’un quilombo, le plus grand camp d’esclaves fugitifs du Brésil !

Quand je l’ai découverte, j’étais révoltée qu’elle ne soit pas présentée à l’école et dans les médias. J’ai alors demandé à mes lecteurs s’ils la connaissaient et j’ai eu des commentaires très agressifs et racistes. D’autres disaient que ce n’était qu’une légende. Ça a continué de me révolter et ça m’a rendu triste. Je me suis dit : si c’est une légende, alors quelqu’un doit écrire sa légende ! »

DANDARA, UNE LÉGENDE ? PEU IMPORTE…

Le côté légendaire n’est pas exclu de l’ouvrage, qui dans sa langue originale en assume pleinement la mesure. Le titre portugais étant As lendas de Dandara, soit Les légendes de Dandara

Tout comme le prône Conceiçào Evaristo, la fiction peut servir à combler les lacunes de l’Histoire, principalement parce que l’histoire Afrobrésilienne a été balayée de l’histoire nationale brésilienne.

S’il n’y a que peu de traces de Dandara, Jarid Arraes travaille tout de même avec une matière véritable, s’octroyant quelques libertés, choisissant des noms et des armes africain-e-s par exemple. Mais aussi des libertés quant à la naissance de son personnage qui aurait été créé par Iansà, faisant partie des Orixas,les divinités originaires d’Afrique représentant les forces de la nature. 

La jeune fille est façonnée dans l’objectif de devenir une leadeuse du grand quilombo de Palmarès qui à son apogée, abritait entre 20 000 et 30 000 personnes marginalisées (principalement, d’ancien-ne-s esclaves). Déterminée, courageuse, habile, stratège, intelligente et sensible.

L’histoire, qui se déroulerait dans les années 1680-1695, est forte et poétique. La symbolique est d’une puissance inouïe et on se laisse aisément transpercer par l’empowerment que l’auteure distille dans chaque chapitre, avec une oscillation poignante entre l’horreur de la traite des Noir-e-s et l’esclavage et la combattivité des survivant-e-s.

UN MARCHÉ ÉDITORIAL SEXISTE ET RACISTE

« J’étais persuadée du succès parce que l’histoire est importante. Pas que pour moi mais pour le collectif. J’ai essuyé beaucoup beaucoup de refus. Le livre a été très rejeté du marché éditorial : je n’ai pas le profil type de l’écrivain. 90% des livres sont écrits par des blancs. 70% par des hommes. Pas étonnant que j’ai des difficultés à publier ! Une maison d’édition m’a dit que je traitais trop de la question de la couleur. Alors qu’elle n’édite que des livres avec des personnages blancs ! », s’insurge Jarid Arraes qui ne se décourage pas pour autant. 

Elle fait un prêt et publie son ouvrage sur un papier bon marché. En moins de 6 mois, les stocks sont épuisés, sans avoir été proposés en librairie. La preuve pour elle que les lacunes historiques et identitaires ont besoin d’être remplies. Depuis, plusieurs maisons d’édition sont apparues pour publier l’histoire de Dandara.

L’écrivaine rigole : « Je suis rancunière, j’ai dit non ! Sauf à une, qui ne m’avait pas dit non. 12 000 copies ont été vendues en un an, ce qui est beaucoup dans ce milieu. Le livre est traduit en français (depuis 2018, par les éditions Anacaona) et va devenir une série pour une grosse chaine TV brésilienne. Dandara était peu connue et aujourd’hui, pas que grâce à moi mais quand même, on en parle beaucoup plus.

Avec la série, elle va atteindre une portée incroyable. Et c’est bien pour ça que je signe car je n’aime pas cette chaine… J’ai longuement négocié pour qu’ils n’abiment ou ne ruinent mon travail. En tout cas, il y a vraiment une nécessité des Noir-e-s du Brésil à se reconnaître et s’identifier dans des héro-ine-s Noir-e-s. Surtout les femmes. Le Brésil fonctionne en pyramide et les femmes Noires en sont à la base. »

Entre temps, elle a déménagé à Sao Paolo. Seule manière dit-elle pour faire aboutir son travail, puisque tout est centralisé dans le Sud Est du pays. « Mais beaucoup ne peuvent pas se déplacer. Leur travail reste alors inconnu. Moi, j’ai eu la chance de pouvoir le faire, d’obtenir un prêt de ma famille et de bien connaître et utiliser les réseaux sociaux. Je suis sûre de ce que je fais et c’est important pour ensuite pouvoir affronter les critiques qui peuvent décourager… », souligne-t-elle, mettant le doigt sur une autre problématique. 

L’HISTOIRE SE RÉPÈTE

Car si son premier livre connaît le succès, par sa seule détermination personnelle avant que les vautours ne viennent partager le butin, son nouveau livre peine encore. Parce qu’elle s’est lancée dans l’écriture d’une soixantaine de cordeis, poèmes typiques de sa région :

« Ce livre a affronté les mêmes problèmes… Pourquoi le marché éditorial est-il aussi fermé pour les femmes et pour les Noir-e-s ? » 

Surtout, qu’elle a aussi écrit Heroinas Negras Brasileiras em 15 cordeis(Héroïnes Noires Brésiliennes en 15 cordeis, non traduit en français). « La majeure partie des gens qui me suivent sont noirs. Pour le dernier, qui est plus orienté poésie et thèmes généraux, j’ai fait le lancement dans la même librairie et j’ai constaté que le public était beaucoup plus blanc. J’ai réfléchi à pourquoi… Les personnes Noir-e-s veulent-elles uniquement des livres sur des personnages noirs ? Pourquoi ne se sont-elles pas reconnues dans un livre de poésie, que l’on considère comme plus élitiste ? Moi aussi, avant, je me disais que ça ne me concernait pas.

En discutant avec des auteur-e-s Noir-e-s qui n’écrivent pas sur les mêmes choses que moi, je me suis aperçue qu’ils partageaient les mêmes inquiétudes. Les Blanc-he-s ne suivent pas parce que les auteur-e-s sont Noir-e-s. Les Noir-e-s ne suivent pas si la thématique n’est pas Noire. C’est très difficile d’être une écrivaine noire dans ces conditions. », commente Jarid.

Néanmoins, elle ne se détourne pas de son objectif : briser les frontières invisibles et les étiquettes normatives. La littérature Afrobrésilienne n’est pas une littérature de banlieue. Le marché éditorial est raciste et machiste et doit se décloisonner. Les préjugés doivent être cassés et l’Histoire ne doit pas prendre partie :

« L’histoire que je raconte avec Dandara est plus grande que celle du Brésil. Dans le monde entier, il y a eu de l’esclavage. Dans le monde entier, il y a eu des luttes contre l’esclavage. Cette lutte a besoin d’être racontée dans le monde entier. À l’école, on apprend que les Noir-e-s avaient un talent pour bien se faire à l’esclavage, alors que les autres non, c’est pour ça qu’ils ont refusé d’être esclaves. C’est complètement faux ! Mais moi, c’est ce que j’ai appris à l’école ! On dit qu’ils n’étaient pas nombreux les esclaves au moment de la signature pour leur libération : bah oui, ils n’avaient pas attendu, ils s’étaient libérés ! L’Histoire a été écrite par ceux qui l’ont gagnée… Ils ont écrit de leur point de vue.

Et il y a beaucoup de paresse pour faire des recherches sur l’histoire Afrobrésilienne, tout comme il y a une mauvaise volonté pour trouver des auteur-e-s Noir-e-s au Brésil. Conceiçào est considérée depuis peu comme faisant de la littérature… C’est un problème de mauvaise foi, de mauvaise volonté et de préjugés. La littérature est toujours politique, même quand on ne le sait pas. »

 

 

 

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