Célian Ramis

La célébration du feu au-dedans des femmes

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Théâtre de la Parcheminerie
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Elle s’est inspirée d’interviews d’actrices, de militantes féministes et de nombreuses stars pour imaginer un spectacle qui célèbre les femmes et la féminité. Dans "Du feu au-dedans", Fernanda Barth manie avec tact différents archétypes féminins.
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Elle s’est inspirée d’interviews d’actrices, de militantes féministes et de nombreuses stars pour imaginer un spectacle qui célèbre les femmes et la féminité. Sur la scène de La Parcheminerie, à l'occasion du festival Mythos, jeudi 19 avril, Fernanda Barth présentait Du feu au-dedans, une pièce écrite par Régis De Martrin-Donos, dans laquelle elle manie avec tact différents archétypes féminins.  

Ce n’est pas l’histoire « du féminin qui parle du féminin ». C’est, précise la comédienne, un spectacle « d’une femme et d’un homme ». Parce qu’elle a souhaité que la pièce soit écrite par l’auteur et dramaturge, également metteur en scène, Régis De Martrin-Donos (le spectacle est né dans le cadre du Lyncéus festival de Binic, porté par le collectif Lyncéus).

Après échanges et discussions autour des figures féminines qu’elle admire et qui la fascinent, il définit une forme alliant plusieurs portraits :

« Il m’a dit « Comme ça tu joueras ces femmes dont tu rêves », qui sont devenues après des femmes dont lui il rêvait aussi. Il a ajouté des figures qui l’inspiraient. Et ça, ça m’intéresse. »

Sur scène, Fernanda Barth les fait (re)vivre et exprimer leurs paroles, leurs récits. En commençant par la bergère, au Moyen-Âge, accusée de sorcellerie. Un personnage auquel elle tient particulièrement, s’intéressant aux sorcières depuis sont enfance, « beaucoup plus qu’aux princesses ! ».

Elle aime cette figure de la femme transgressive, « étrange, belle et pas belle, qu’on veut voir et dont on a peur, et en grandissant, j’ai peut-être compris, ou en tout cas en tant qu’artiste je suis à la recherche de cette ambigüité qui me plait chez ces être fantasmés. »

Pour le spectacle, elle s’est plongée dans les récits des procès en sorcellerie. Parce qu’on ne peut trouver que des retranscriptions de ce que les femmes répondaient pour se défendre.

« Les sorcières n’ont jamais écrit, parlé ou dit ce qu’elles avaient à dire. C’est une affaire d’hommes ces procès. Ça me touche et ça me donne envie de pleurer de lire ça. J’avais envie de les convoquer, de les défendre, dire que ça a eu lieu. Ça ne change pas grand chose au monde mais ça change quelque chose pour moi de prendre la parole pour citer et célébrer ces femmes-là que j’aime. »
souligne avec émotion la comédienne.

Pas étonnant que sa bergère soit aussi précisément juste et réaliste. Parce qu’elle est une femme qui vit seule sur la falaise et communie avec la Nature, elle mérite la sentence ultime. Parce qu’elle est une femme, tout court.

« C’est donc ça le mal que j’ai en moi ? », s’interroge cette Anne Trégor, « 17 hivers », qui ainsi vient rappeler comment la société voyait les femmes à cette époque, surtout celles qui s’écartaient de la norme imposée, et ce qu’elle leur faisait subir pour les punir, allant jusqu’à les tuer ou les brûler sur le bucher.

Sur les planches et à travers Fernanda Barth, les femmes se succèdent, se croisent et se répondent. Ouvrent une porte sur une réflexion, une question ou disparaissent sur une affirmation bien sentie. Comme cette chanteuse de cabaret, ancienne star du music-hall au parlé qui rappelle celui d’Arletty, qui raconte son rapport aux hommes, à la manière dont ils l’ont « accouchée », à l’acceptation de son corps et à la sexualité des femmes :

« Trouvez un viagra pour les femmes et là on pourra parler d’égalité ! »

C’est piquant, parfois émouvant, parfois drôle ou encore parfois tendre. Et parfois, c’est tout à la fois. Que ce soit le récit d’une femme mariée depuis 15 ans qui ne supporte plus les bruits de mandibules lorsque son époux mange des écrevisses, le récit d’une prostituée espagnole qui en a fini avec la bite mais continue de prodiguer des conseils pour assurer le travail sans trop se fatiguer, ou encore celui de la journaliste intello-bobo-snob qui écrit pour un magazine féminin, en passant par les dessins d’une femme préhistorique dans sa caverne et par l’adolescente archi fan de Dalida… Toutes ont des choses à dire, des souffrances à exprimer, des questions à poser, des expériences à partager et à transmettre.

« Ce que j’aime chez elles, c’est qu’elles n’ont pas de comptes à régler avec le masculin. Elles ont des douleurs. Mais elles ne sont pas dans une sorte d’énergie revancharde. Ou dans une sorte d’aigreur. Elles ont vécu ce qu’elles ont vécu mais elles sont plutôt très vivantes. C’est ça qui me plait, elles sont dans la vie. C’est ça qui les rassemble. Ce qui les différencie c’est qu’elles viennent d’époques différents, ont des âges différents. », analyse Fernanda Barth, qui privilégie le côté humain de ces figures.

La comédienne se revendique féministe politiquement, même si elle n’est pas engagée dans un collectif ou une association. Elle lutte pour des droits égaux. Parce qu’elle a ressenti qu’être une femme dans la rue, à partir d’une certaine heure, était un problème. Parce qu’elle a observé des violences envers d’autres femmes. Des violences normalisées, malheureusement.

Elle le dit, à l’adolescence, elle a eu « un grand moment de révolte, une haine de cette prison ». À partir de là, elle a eu envie d’en faire quelque chose et d’intégrer cette dimension dans le spectacle, « au-delà d’une protestation, car ce spectacle n’a pas été écrit ou joué dans la douleur ou dans la peine. »

Sa réponse aux violences faites aux femmes, c’est la célébration au féminin. À travers la transgression des normes. Pour s’en affranchir et s’émanciper. À travers aussi la diversité et la complexité des portraits. Les époques, les classes sociales, les manières de parler, les façons de penser, de critiquer, de dénoncer ou de rendre hommage.

Sans porter de jugement sur les femmes qu’elle incarne et présente. Parce que c’est aussi le propos. Fernanda Barth célèbre le féminin et la féminité, sans toutefois chercher à mettre ces femmes (et les femmes en général) dans une case.

« Je crois que c’est dangereux de vouloir mettre les gens dans des cases, c’est dangereux de dire « c’est ça » ou « c’est pas ça ». On travaille avec des questionnements, en tout cas je travaille comme ça sur scène, avec des recherches, on pose des questions mais je n’ai pas vraiment de réponses ni d’un ordre sociologique, ni d’un ordre philosophique à donner. Mais je cherche. Alors oui, il y a des comportements que j’identifie comme très féminins ou très masculins mais je sais aussi que j’appartiens à une culture de langage, de pensée. Il faut être vigilant-e-s pour ne pas être limité-e-s et en même temps il faut vivre aussi, s’amuser ! », conclut-elle.

Célian Ramis

Mythos 2018 : Blanche Gardin, provocatrice de la philosophie mesquine

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La Parcheminerie
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A-t-on vraiment besoin d’un festival des arts de la parole ? s’interroge Blanche Gardin, le 21 avril, en arrivant sur la scène de la Parcheminerie à Rennes, à l’occasion de Mythos.
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A-t-on vraiment besoin d’un festival des arts de la parole ? s’interroge Blanche Gardin, le 21 avril, en arrivant sur la scène de la Parcheminerie à Rennes, à l’occasion de Mythos. Après Il faut que je vous parle ! et Je parle toute seule, l’humoriste caustique revient avec un nouveau spectacle de stand-up, En test.

Il aurait pu s’appeler On parle trop. Dans le viseur de Blanche Gardin, les réseaux sociaux, principalement. Qui poussent à s’exprimer, sur tout. Et surtout, sur rien. En permanence.

« Et quand tu ne parles pas, on te rappelle à l’ordre. Tu as un truc qui te dit, « Exprime toi ! » ! Mais le Monde n’a pas besoin que tout le monde donne son avis sur lui tout le temps. »
souligne-t-elle.

Il faudrait, selon elle, effectuer des minutes de silence pour le silence. Et non pour la liberté d’expression. « C’est vraiment le truc le plus con qu’on ait inventé ! », surenchérit l’humoriste à l’écriture acerbe et bien sentie. Elle parle avec le sourire, parfois en se marrant, et toujours en dénonçant l’absurdité des situations et concepts qu’elle expose.

L’affaire Weinstein et ses hashtags, l’égalité entre les sexes, les relations hommes-femmes, le sens du langage, les traumatismes, la pornographie, le féminisme, les hipsters et les vegans… Elle égratigne tout le monde et n’épargne personne, mais jamais sans un objectif précis en tête. Et n’oublie pas de se moquer d’elle-même.

À BAS LA BIENVEILLANCE

Ras-le-bol de la bienveillance ! Elle le dit sans concession : « Je suis pas gentille, je suis pas altruiste, je suis pas une bonne personne. Ma première pensée le matin, c’est pas pour les autres, en espérant qu’ils vont bien. C’est pour moi. C’est à la mode la bienveillance, avec ses postures et ses éléments de langage. Ça me rend agressive, faut de la violence ! Le confort est devenue une valeur, on s’est bien fait niquer ! J’y crois pas trop au projet bienveillance. La haine gagne toujours ! Et puis ça veut rien dire « J’aime les gens », personne aime les gens, on aime des gens mais pas les gens. Il faut haïr un peu, jalouser un peu. Je hais les hipsters et ça me fait du bien. Je ne supporte plus les gens trop optimistes ! (…) Je m’intéresse aux traumatismes et à leur réécriture. »

Elle diffuse sa « philosophie mesquine » sans langue de bois. Ça fait rire autant que ça choque. On se rappelle de ses interventions piquantes aux cérémonies des Molière en 2017 ou des César en 2018. Elle met les pieds dans le plat et en gêne plus d’un-e pour cela. On dit d’elle qu’elle a un humour noir, corrosif. Blanche Gardin ne renie pas ses qualificatifs mais n’aime pas pour autant être mise dans des cases. Elle préfère dire qu’elle rigole de la vie, qu'elle fait du spectacle vivant.

Un humour existentiel en gros. Parce qu’elle décortique ce qu’il y a de sombre en elle, comme en chacun-e d’entre nous. Sans pour autant excuser les actes les plus abjects. Par contre, rigoler de certaines dérives, d’un manque de nuances et de recul, là oui et à fond. La stand-uppeuse manie le fil du « bien » et du « mal » avec une subtilité incroyable et une grande intelligence.

Marre de s’indigner pour ce dont il faut absolument s’indigner, parce que l’on nous dit qu’il faut nous en indigner. Blanche Gardin observe les faits avec précision et cynisme et ouvre le spectre d’une réalité bien plus complexe et trash que lorsque l’on regarde vite fait par le trou de la serrure, ou pire, par celui, bien étroit, de la bienpensance.

DÉNONCER LES INJONCTIONS

C’est jouissif de rire face à une humoriste qui ne se contente pas de recracher des banalités véhiculées par le faisceau de la pensée unique. À force de travail et de réécriture, la comédienne développe son sens de la mise en valeur de faits ironiques et absurdes, dans une société qui se laisse guider dans sa routine du quotidien par les injonctions perpétuelles à correspondre aux normes de sa case.

Injonction pour un homme à être viril, donc à bander, donc à pénétrer, « parce que bander dans le vide ne suffit pas, regardez Thomas Pesquet, il a fini par se mettre à la photographie… ». Injonction pour une femme à être dans les bons rangs de la beauté et de l’hystérie, parce que « si on a bien conquis un territoire, c’est celui de la folie… et de la météo. »

Injonction à s’insurger contre le harcèlement de rue quand tout autour de nous signale que les femmes sont des objets. Injonction à s’épiler la chatte jusque dans les pornos féministes. Et finalement, injonction à ne pas penser par soi-même.

Blanche Gardin déconstruit les systèmes de domination, en renversant les situations, en analysant nos éléments de langage révélateurs d’un monde misogyne, homophobe, raciste et islamophobe.

Parce qu’on est seul-e de la naissance jusqu’à la tombe, l’humoriste joue de notre nécessité à vouloir à tout prix être dans les clous, pour plaire aux autres, en étant une « bonne personne », en tombant dans le panneau et les pièges de la bienveillance. Sans se demander ce qui se trame sous cette notion obscure.

Pour elle, la liberté, sous-jacente à son propos, c’est celle qui permet de cheminer intellectuellement. De se poser des questions, de se remettre en cause, d’interroger le pourquoi et le comment des choses, et surtout du sens qu’elles prennent et qu’on leur donne, et évidemment de rire de soi et de rire des autres.

« J’aime la campagne. Parce qu’à la campagne, les gens n’ont pas peur du silence. Ici, on a peur du rien. Mais on ne disparaît pas dans le rien. Au contraire. »

On parle trop. Pour ne rien dire. Pour ne pas réfléchir. Sa solution : « Je parle, vous m’écoutez, c’est gagnant-gagnant ! » Jouissif, tout simplement. 

Célian Ramis

Mythos 2018 : HollySiz, électrisante combattivité

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Thabor, Rennes
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Elle a besoin de s’exprimer. Par le corps et par la voix. HollySiz montait sur la scène du Cabaret botanique, dans le parc du Thabor à l’occasion du festival Mythos, le 18 avril et offrait un concert très rock.
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Elle a besoin de s’exprimer. Par le corps et par la voix. HollySiz montait sur la scène du Cabaret botanique, dans le parc du Thabor à l’occasion du festival Mythos, le 18 avril et offrait un concert très rock, un style qui correspond au message qu’elle souhaite transmettre dans son deuxième album, Rather than talking.

Le titre est révélateur. D’une époque dans laquelle elle évolue et vit pleinement. D’un tournant qu’elle observe et auquel elle souhaite prendre part. En pleine réflexion et confection de l’opus, la campagne de Trump et ses phrases misogynes. La marche des femmes. La remise en cause de droits que l’on pensait acquis, comme l’avortement.  

La chanteuse se doit d’être militante, dit-elle à la presse, en janvier dernier. Finis les beaux discours, il faut passer à l’action. Naturellement, son disque prend une direction rock.

Sans se détacher de son précédent album, elle puise dans ses influences new-yorkaises et cubaines, dans de l’électro, de la pop, du rock et du trip hop, dans son corps et dans sa tête.

Pas étonnant qu’elle entre sur scène, statique, les pieds ancrés dans le sol, le corps imposant de par ce qu’il dégage. Capuche sur la tête, on dirait une boxeuse s’apprêtant à monter sur le ring.

Juste avant de rentrer dans l’arène. Elle a la détermination d’une combattante et chante avec puissance « Unlimited ».

Une manière de donner un ton qu’elle ne délaissera à aucun moment du concert. Il faut se battre. Se battre pour prendre sa place, pour obtenir des droits, pour les sauvegarder. Et la lutte passe pour elle par le collectif. Dans l’invocation du souvenir de certaines chanteuses rock des années 90 avec « Fox » ou dans le partage avec le public.

« Communier, tous ensemble, autour de la musique, c’est ce que l’on peut faire de mieux en ce moment. », lance-t-elle avant d’entamer « Love is a temple ».

Elle s’exprime à travers l’écriture, le chant et la danse. On y trouve du Mickaël Jackson, de la salsa, du voguing et surtout du plaisir, de l’amusement et de la sensualité.

Sous le nom de Cécile Cassel, elle incarne des femmes que les autres ont décrites. Avec HollySiz, ce sont toutes ces facettes intérieures et personnelles qu’elle exprime et dévoile.

À la fois joyeuse et légère, elle abrite également en elle un côté sombre, plus énervé, qui côtoie son romantisme, ses souffrances, ses espoirs et son imaginaire.

À travers un concert structuré en plusieurs actes, elle passe d’un style à un autre, sans raccourcis et avec intelligence, prenant le temps d’explorer les sonorités, les rythmes très cadencés, les manières de chanter et les chorégraphies, comme pour démontrer la complexité et la diversité d’une personnalité qui évolue, au fil des âges et des époques, et se développe, s’affirme et s’assume.

On aime son énergie et sa manière de penser son spectacle qui implique le public, de par l’interaction mais aussi de par la force qui se dégage de la scène et qui se diffuse dans l’audience. Avec sa musique, elle transmet l’instinct de la combattante. Avec son visage, elle partage ses sourires. Et avec son corps, elle libère des ondes électrisantes. Un moment enivrant.

 

 

Célian Ramis

Mythos 2018 : Hyphen Hyphen assure le show

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Thabor, Rennes
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En 2016, Hyphen Hyphen raflait la « Révélation scène de l’année » aux Victoires de la Musique. Deux ans plus tard, le groupe montre qu’il n’a pas démérité et poursuit dans cette lignée pour un show à l’énergie brute, ce 18 avril, à Rennes.
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En 2016, Hyphen Hyphen raflait la « Révélation scène de l’année » aux Victoires de la Musique. Deux ans plus tard, le groupe montre qu’il n’a pas démérité et poursuit dans cette lignée pour un show à l’énergie brute. On en a pris plein la tronche ce mercredi 18 avril, sous le chapiteau du Cabaret Botanique, installé pour le festival Mythos.

La chaleur, déjà bien installée, est montée d’un cran dans le Magic Mirror. Dès les premières notes, Hyphen Hyphen déploie une énergie renversante à vous couper le souffle, vous saisir les entrailles et vous débrancher le cerveau.

C’est énervé, c’est viscéral. Et ça fait instantanément danser, et surtout sauter. La foule se déchaine et se laisse planer par la voix de Santa et les sonorités pop rock électro des musicien-ne-s, qui balancent sans modération une musique furieuse.

Le groupe n’a pour l’instant dévoilé auprès du grand public que « Like boys » - au message féministe, contre les harceleurs - du prochain album qui sera intitulé HH.

Mais livre ici des chansons inédites, qui paraitront bientôt, la sortie de cet opus étant prévue pour le 25 mai.

La découverte de ces nouveautés pourrait altérer l’énergie qui déferle sous le chapiteau mais pas du tout. Loin de là.

Parce que le groupe manie l’art du spectacle. Ils ont le sens du show, l’envie de dynamiter la scène et la capacité à le faire.

La proposition est explosive. Hyphen Hyphen sait créer des hymnes fédérateurs. Des refrains répétitifs, faciles à chanter, faits pour gesticuler.

Quand on ne connaît pas, il est aisé de reprendre en chœur la chanson « Young leaders », en scandant les paroles en y croyant, le temps d’un instant ou au-delà.

Santa et ses musicien-ne-s investissent l’espace et possèdent la scène, avec fougue. Avec vigueur aussi. Et avec l’envie de nous éclater. C’est festif, ça vibre et ça secoue.

Tou-te-s debout autour de la batteuse, aligné-e-s pour se déhancher ou la chanteuse suspendue au poteau latéral sur lequel elle vient de grimper, le groupe s’impose par son show transcendant.

Sur scène, les corps se tordent, sautent, se plient, se courbent, se frottent, se cherchent, se frustrent, s’emboitent, s’amusent et se libèrent, tandis que la voix s’envole dans les aigues en guise de cris qui créent un sentiment d’urgence et de plénitude tout à la fois.

Une maitrise de l’esthétique vocale, musique et scénique impressionnante, alliée à une énergie libératrice. Pour cracher ses entrailles. 

Célian Ramis

Mythos 2018 : Le temps suspendu de Selah Sue

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Thabor, Rennes
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Presque dix ans après le succès de Raggamuffin, Selah Sue opère aujourd’hui un nouveau tournant et se présente le 17 avril dans le Cabaret Botanique du Thabor, installé pour le festival Mythos, dans un cadre plus intimiste.
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Presque dix ans après la sortie de son album à succès Raggamuffin, Selah Sue continue de développer son univers singulier, se baladant entre le ragga, le jazz et la soul. Elle opère aujourd’hui un nouveau tournant et se présente le 17 avril dans le Cabaret Botanique du Thabor, installé pour le festival Mythos, dans un cadre plus intimiste.

Surprenante entrée en matière, l’artiste belge choisit de dompter le silence du public en débutant par « So this is love », la chanson de Cendrillon qu’elle a interprétée pour un CD jazzy de Disney, fin 2017. Son choix n’est pas anodin. Elle pose le cadre de son nouveau spectacle. Calme, simple, qui suspend le temps.

Son premier enfant, né l’an dernier, lui a donné envie de nouveauté, d’inattendue. C’est ce qu’elle explique passant du français à l’anglais.

Pendant un temps, elle a ressenti le besoin de coucouner son bébé, au soleil, dans un hamac. Elle chante alors cette période, sur un ton paisible.

Sa voix, sa guitare, un musicien au violoncelle. Un air presque folk. L’ambiance est planante. L’organe vocal singulier de Selah Sue s’allie parfaitement à la résonnance pure des cordes du violoncelle.

La tendresse des balades flirte avec le style qu’on lui connaît davantage à ses débuts fulgurants, qui crée des montées en puissance, avant de prendre véritablement le virage annoncé.

L’artiste le dit : après un an d’absence, six ans de tournées pour ses précédents albums (Raggamuffin et Reason), des gros instruments et des grosses productions, elle a souhaité avancer vers quelque chose de nouveau. Changer de forme. Développer de nouvelles lignes. Sa proposition : faire découvrir au public rennais des chansons pas encore gravées sur CD, aller vers de l’inédit.

Avec son micro sample, elle enregistre ses vocalises. Puis sa guitare, avant de s’en décrocher. Elle garde son flow devenu sa marque de fabrique, en plus de sa voix rocailleuse, et se fait accompagner d’un synthé, ajoutant ainsi des sonorités électro à son répertoire, qui ne tombe pas pour autant dans un côté rétro.

Elle semble expérimenter sur scène, tout en gardant la maitrise parfaite de sa musique et de son instrument vocal. Elle emmène ses chansons ailleurs. Que ce soit ses anciennes comme « Alone » ou « This world », ou des reprises comme « Que sera, sera », de Doris Day.

Et elle n’oublie pas de revenir à l’origine de ce nouvel élan, avec des chansons nouvelles comme « Fool of life », écrite pour donner l’espoir et l’assurance, à son fils comme à tou-te-s celles et ceux qui trouveront écho dans ce titre, qu’en cas de coups durs, elle sera là.

C’est l’esprit de son retour qu’elle entame avec tendresse et sérénité, avec toujours sa force musicale et ses influences ragga, qu’elle ne délaisse pas cependant. Mais la place est faite à davantage d’envolées planantes qui pourraient à force s’apparenter à un chant des sirènes qui pourraient nous donner envie de décrocher.

Toutefois, on ne se lasse que 3 minutes avant de raccrocher les wagons et de se laisser envouter par la manière dont l’auteure-compositeure-chanteuse manie le temps avec une grande intelligence artistique, le suspendant dans une bulle vaporeuse, presque éphémère, et sans aucun doute sensuelle et élégante.  

Célian Ramis

Mythos 2018 : Kimberose, la nouvelle révélation soul

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Thabor, Rennes
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En mars dernier, la sortie de l’album Chapter One installe le talent de Kimberose parmi les artistes à suivre de près. Le 17 avril, sur la scène de Mythos, dans le Cabaret Botanique, confirme que c’est bien la révélation soul de l’année.
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Révélée dans l’émission Taratata en septembre dernier, le groupe Kimberose séduit instantanément avec son EP et son titre « I’m sorry ». En mars dernier, la sortie de l’album Chapter One installe leur talent parmi les artistes à suivre de près. Le 17 avril, sur la scène de Mythos, dans le Cabaret Botanique, confirme que c’est bien la révélation soul de l’année.

Kimberose, c’est un groupe de quatre musiciens et, surtout, d’une auteure-chanteuse – Kimberly Kitson Mills – à la voix soul, douce et puissante, à la croisée de Norah Jones et Amy Winehouse. Une voix qui scotche le public, dès la deuxième chanson, qui se tient mutique, incapable même d’applaudir durant quelques secondes.

Kimberose a ce pouvoir, celui de vous hypnotiser. Parce qu’elle transmet avec générosité l’élégance et la rondeur de la soul. Sa pureté dans son contraste. Permettant ainsi de transmettre des émotions fortes, des émotions qui font vibrer.

Jusqu’à nous filer des frissons, notamment avec « Wolf », écrite à la suite du décès d’un être cher à la chanteuse, mais pas seulement. « Needed you », « Strong woman » ou encore « I’m sorry » procurent des sensations fines et intenses, subtiles et viscérales. Avec beaucoup d’aisance, la jeune artiste réussit à suspendre le temps. Et à suspendre le public à ses lèvres.

On se laisse bercer dans l’intimité de sa musique et la chaleur du chapiteau. Et on aime croiser celles à qui elle rend hommage dans la chanson sans nom, qu’elle intitule « Le slow ». Etta James, Billie Holiday, Nina Simone, Amy Winehouse, Ella Fitzgerald… Ses divinités à elle. Les grandes pointures de la soul et du jazz.

Tout fonctionne dans Kimberose : la voix, les envolées jazzy, les mélodies rappelant la soul des années 70, les rythmiques qui nous font nous mouvoir lentement. Tout en retenue, en pudeur, en finesse, en puissance et en sensualité.

On aime la générosité de son investissement, dans ses interprétations, de sa prestance et de son rapport au public. Si on note quelques redondances dans les mélodies, qui viennent se frotter à la jeunesse du projet qui peut-être n’ose encore s’affranchir des codes de leurs mentors, on apprécie le virage que prend le concert.

La voix devient plus rutilante et on s’éloigne petit à petit de l’ambiance Norah Jones pour se rapprocher d’Aretha Franklin, sans toutefois l’imiter. Le groove habite intensément la scène avec « Mine », qui suit la reprise de Lead Belly – que l’on connaît souvent plus avec la version de Nirvana – « Where did you sleep last night ? ».

Kimberose atteint l’apothéose en interprétant à nouveau leur titre phare « I’m sorry », « mais cette fois pour de vrai, maintenant que vous êtes chauds, parce que désolée de vous le dire mais vous ne l’étiez pas suffisamment tout à l’heure ». Et en effet, l’énergie circule, c’est groovy et électrique. Le public est conquis. 

Célian Ramis

Larguées, les femmes ? Pas tellement... au contraire !

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Cinéma Gaumont, Rennes
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Le 13 avril, la réalisatrice Eloïse Lang venait présenter son deuxième long-métrage, Larguées, en avant-première au cinéma Gaumont de Rennes, accompagnée de Miou Miou, Camille Chamoux, Olivia Côte et Youssef Hajdi.
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Après avoir longuement travaillé sur la pastille Connasse et le film Connasse princesse des cœurs, Eloïse Lang passe à la réalisation de son deuxième long-métrage Larguées. Le 13 avril, elle venait le présenter en avant-première au cinéma Gaumont de Rennes, accompagnée de Miou Miou, Camille Chamoux, Olivia Côte et Youssef Hajdi.

Six mois plus tôt, le mari de Françoise est parti avec une infirmière de 30 ans sa cadette. Alice et Rose, leurs filles, décident alors de tenter une opération « Sauver maman » en l’emmenant se ressourcer dans un club de vacances, à La Réunion. Et pour y parvenir, elles vont devoir mettre de côté les différences de caractère qui les opposent.

C’est le film All inclusive, de la réalisatrice et humoriste danoise Hella Joof, qui a d’abord inspiré Eloïse Lang qui a ensuite puisé dans sa propre vie et dans l’observation de ses sœurs et de ses amies. Si Miou Miou serait d’avis qu’on ne mentionne même pas l’idée originale, en revanche Camille Chamoux remet les choses en perspective :

« Les deux films n’ont rien à voir. All inclusive est chouette mais on ne peut pas comparer car Larguées est une comédie extrêmement personnelle pour Eloïse, qui a une maman et deux sœurs. Ça a servi de prétexte mais on peut parler d’un film original. »

Et l’originalité provient de la manière dont le trio principal, comme les personnages secondaires, sont portés à l’écran. Parce que parler des femmes à travers le genre de la comédie est un jeu dangereux et périlleux. Souvent casse gueule. Pratiquement tout le temps raté, à quelques exceptions près.

Dans Larguées, c’est différent. C’est rafraichissant. La réalisatrice trouve l’équilibre fragile entre les codes de la comédie nécessaires pour provoquer le rire et la complexité des protagonistes qui jamais ne sombrent dans la caricature d’elles-mêmes.

« C’est vrai que nous sommes habitué-e-s à un certain type de personnages pour les femmes, réduites à une facette, à une fonction. Vous connaissez le test de Bechdel (du nom de Alison Bechdel, il vise à démontrer par trois questions que les œuvres artistiques - type cinéma, littérature, théâtre – sont centrées sur le genre masculin, ndlr) ? Bah il le passe carrément pour une fois ! Là, elles ont une grosse évolution, chacune un prénom et ne se définissent pas que par un homme ! », souligne l’humoriste et comédienne, Camille Chamoux.

Pour Eloïse Lang, de manière générale, la « caricature vient du fantasme, qui n’est en plus pas bien maitrisé. Moi je ne fantasme pas les femmes, je les connais, j’en suis une. Ce que je raconte est incarné. »

Cela donne un trio brillant, réunissant Miou Miou dans le rôle de la mère et Camille Chamoux et Camille Cottin, dans les rôles des deux sœurs. Trois actrices marquantes de par l’esprit de liberté et d’émancipation qu’elles insufflent. Elles ne laissent rien au hasard et apportent de leurs personnalités et de leurs envies. Celles de ne pas être des clichés de femmes à contremploi.

Elles se servent des ficelles des stéréotypes pour les déconstruire intelligemment, jouant sur les subtilités du scénario qui s’affaire tout au long du film à casser les tabous autour de la vieillesse, des sexualités, des paradoxes d’une femme rock n’roll choquée par le désir encore présent de sa mère pour les hommes, de la surcharge mentale d’une mère de famille qu’elle doit en partie à elle-même.

Même les rôles que l’on pourrait définir comme secondaires sont essentiels à l’intrigue et au propos développé dans Larguées. « Rien ne doit être gratuit. J’aime que ce soit organique par rapport aux personnages, je passe beaucoup de temps à imaginer les back stories des personnages (d’où elles viennent, ce qui leur est arrivé avant l’histoire montrée, tout ce que l’on ne voit pas à l’écran en fait). Je passe beaucoup de temps, jusqu’à ce que ça semble fluide, naturel et juste. », précise la réalisatrice.

C’est ce qui fait dire à Miou Miou qu’elle aurait été folle de refuser un tel scénario. Parce que c’est « rarissime de voir un tel ton de comédie si intelligemment drôle, avec des répliques comme je n’avais jamais entendu avant ! »

Elle s’avoue même séduite par la vision proposée par Eloïse sur les clubs de vacances. Elle qui avait une image plutôt négative de ces structures les regarde désormais avec un œil nouveau. Et elle n’a pas tort. La réalisatrice propose un point de vue très simple sur le sujet. Un lieu de villégiature dans lequel tout est à portée de main et grâce auquel on peut aussi s’évader. Où est le mal ?

Et surtout, elle s’attache, sans forcer le trait, à dévoiler des animateurs et animatrices au-delà de leur image simpliste de Gentils Organisateurs. Le barman séducteur, l’animateur sportif drogué, la gentille naïve ou encore l’exotique à l’accent créole nous renvoient à nos propres stéréotypes. Eloïse Lang - ainsi que chaque comédien-ne d’une incroyable justesse - sait les mettre en relief et exploiter des personnalités plus profondes.

C’est appréciable, une comédie qui ne prend pas les personnages et le public (le film a d’ailleurs remporté le prix du public au festival de l’Alpe d’Huez en janvier dernier) pour des con-ne-s. Qui amène une évolution de chaque protagoniste en douceur et qui fait réfléchir aux situations présentées et à leur résonnance dans nos vies personnelles. Une vraie bouffée délirante d’air frais !

Au cinéma le 18 avril 2018. 

Célian Ramis

Mythos 2018 : Camille, chanteuse inouïe à qui on dit oui !

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Thabor, Rennes
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C’est organique et primitif, poétique et charnel. Le 15 avril, pour Mythos, le spectacle de Camille dépasse le cadre du simple concert pour nous porter vers un voyage sensoriel suspendu dans le temps.
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C’est organique et primitif, poétique et charnel. Le spectacle de Camille dépasse le cadre du simple concert pour nous porter vers un voyage sensoriel suspendu dans le temps. Le 15 avril, la chanteuse délurait le Cabaret Botanique, installé dans le parc du Thabor, à Rennes, à l’occasion du festival Mythos.

Elle est une artiste qui sans cesse repousse les limites de la musique. Parce qu’elle explore. Parce qu’elle expérimente. Parce qu’elle invente. Elle maitrise sa voix, sa gestuelle, ses instruments, son corps et son cerveau. Elle est complète, elle est entière. Elle vit l’instant, investit chaque sonorité et partage sans concession.

Si Camille, au départ, c’est une voix singulière et une créativité débordante, au fil des années, elle a su les apprivoiser et les transformer, jusqu’à les démultiplier. L’an dernier, lors de la sortie de son nouvel album Ouï, elle nous scotchait. Dimanche soir, à Mythos, elle nous a transcendée.

De par les propositions scéniques, à la hauteur du talent de ses compositions musicales et vocales qu’elle n’hésite pas à faire monter crescendo tout au long du concert.

Passant d’un style à un autre, d’une tenue à une autre – grâce à un système de châle sur mesure lui permettant de se draper à sa guise jusqu’à se voiler intégralement par moment – et d’un registre à un autre, elle dévoile une performance hors norme.

Elle assume son univers, elle assume sa singularité, elle assume ses multiples facettes. Qui font d’elle un ovni de la chanson française, même quand elle dérive sur les flots de la langue anglaise.

Accompagnée de choristes et d’un arsenal de percussions, elle crée une ambiance lunaire et mystique, quasi primitive et sauvage, qui investit pleinement l’espace et l’intégralité de la salle.

C’est rafraichissant et entrainant. Et plus l’heure avance, plus elle lâche le côté solennel et plus elle se lâche, et embarque le public dans des rythmiques dynamiques et déjantées.

Si les allitérations et assonances de « Sous le sable » et « Lasso » sont irrésistibles, Camille avance vers un contenu plus charnel et débridé. Plus déconstruit et libre.

Elle oscille entre polyphonies, vocalises lyriques, tonalités soul, soufflements, battements de tambours et envolées joyeuses en bande. C’est audacieux et brillant.

Elle affiche un coup un côté cheffe d’orchestre gospel dans « Ilo veyou », un coup un côté rock n’roll dans « Too drunk » ou un autre coup un coté mise à nu dans « Fille à papa » et sans filtre dans « Je ne mâche pas mes mots ».

Elle suspend le temps, le malaxe, le brouille et l’accélère en même temps. On ne comprend pas bien ce qui nous arrive face à elle mais on aime ça. Sa folie, son intimité et son génie.

Sa manière de faire danser des couples dans le public sur « Les loups », sa fragilité instantanée quand elle interprète « Seeds » ou sa fragilité poétisée dans « Pâle septembre ».

Avec Camille, tout devient matière à créer, à fabriquer, à conceptualiser, à jouer. Que ce soit avec les mots, son corps, son châle – tantôt serpillière, tantôt rideau – sa voix et ses tripes.

Elle s’amuse de rien et prend tout au sérieux. Avec légèreté, humour, tendresse et engagement. On insiste. Elle est un tout, elle est entière. Et elle est complète. 

Célian Ramis

Mythos 2018 : Anne Sylvestre chante la liberté

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Thabor, Rennes
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Celle qui n’imaginait pas en 2017 sortir un album intitulé 60 ans de chansons ! Déjà ? a fait mouche sur la scène du Cabaret Botanique, dans les jardins du Thabor, pour le festival Mythos, le 15 avril dernier.
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Celle qui petite écoutait du Charles Trenet, du Rina Ketty, du Ray Ventura et son orchestre et des opérettes, chantait des chants grégoriens avec les bonnes sœurs et n’imaginait pas en 2017 sortir un album intitulé 60 ans de chansons ! Déjà ? a fait mouche sur la scène du Cabaret Botanique, dans les jardins du Thabor, pour le festival Mythos, le 15 avril dernier.

On a longtemps dit d’elle qu’elle était une chanteuse de fabulettes. Un qualificatif qui a le don de l’énerver. Ecrivaine pour enfants, ok. Conteuse d’histoire, aussi. Parce qu’elle en a bercé des enfances au son de ses chansons poétiques et engagées. De nombreuses générations se sont retrouvées dimanche dans le Magic Mirror de Mythos pour savourer et partager, avec émotion, un nouvel instant avec la piquante Anne Sylvestre.

On l’avoue, elle n’a pas bercé notre enfance. Ni notre adolescence. On l’a découverte sur le tard. Parce qu’elle a marqué de ses textes la mémoire des générations de féministes. Avec sa venue à Rennes, on a compris pourquoi. C’est une évidence, on aime son écriture, sa poésie, sa vision des individus, son humour, son sens de la liberté.

Sa trempe et son caractère. Elle est piquante, appuie là où ça fait mal et assume son côté emmerdeuse qu’elle doit à son franc parler. « Faut pas les emmerder mes personnages ! », ous avait-elle dit la veille. Et elle non plus ! Avec elle, pas de place pour les termes et les gestes de courtoisie ou de sympathie, elle fait voler en éclats la condescendance et la fausse bienveillance.

La bien-pensance, c’est pas son truc à Anne Sylvestre. Elle préfère raconter des histoires qui touchent au plus profond. Parce qu’elles mettent en plein dans le mille. Comme « Juste une femme », à la suite de l’affaire DSK, ou « Non, tu n’as pas de nom », sur l’avortement (avant la loi Veil). Deux chansons qu’elle ne mettra pas dans son set à Rennes, malheureusement.

Mais évidemment, elle en a beaucoup d’autres à son arc. Dont la drôlissime « La faute à Eve ». Ou encore « Gay gay marions-nous ». Sans demi mesure, elle s’engage pour les droits des femmes et défend la liberté de choisir. Et la religion en prend plein son grade :

« Le bon Dieu est misogyne mais le diable lui ne l’est pas. »

Chez elle, les femmes ne sont pas des « p’tites dames », comme « Violette », elles peuvent être des mères de famille et chantaient « des chansons abolitionnistes comme une très méchante féministe » dans leur cuisine en préparant des « Calamars à l’harmonica » ou encore faire fi des conventions et des assignations qui les poussent à la douceur et la tendresse dans « Elle f’sait la gueule ».

Et quand on lui demande ce qu’elle pense de l’évolution (lente) de la place des femmes dans le domaine des arts et de la culture, elle n’hésite pas à répondre qu’il y a un manque d’images auxquelles s’identifier :

« Jeune, quand j’ai découverte Nicole Louvier qui écrivait ses chansons et les accompagnait de sa guitare, je me suis dit « ça existe ! ». Sinon il n’y avait pas de modèles… Aujourd’hui, je trouve que ça a changé. Il y a pas mal de filles. Mais je me suis aperçue que parmi les femmes, il y a beaucoup d’interprètes qui chantent ce que des hommes ont écrit et les hommes, ils écrivent ce qu’ils ont envie d’entendre. Moi c’est mon sujet, je suis une femme, je suis apte à parler de nous. »

Pas étonnant qu’elle ouvre son concert sur la réponse de Félix Leclerc, interrogé par un journaliste sur ce qu’il pense de la féminisation : « Ce serait bien. » Sans commentaire, elle enchaine sur la chanson « Vous êtes beaux », tandis que le public rit de bon cœur à la dérision dont fait très souvent preuve Anne Sylvestre.

Et au fil du spectacle, l’ambiance oscille presque entre rires et larmes. Parce qu’il y a le poids de ses textes, accompagnés par une pianiste, une violoncelliste et une clarinettiste, mais il y a aussi la mélancolie de leurs souvenirs partagés avec la chanteuse-auteure-interprète. Constamment palpable, l’émotion vogue dans le chapiteau avec générosité et sincérité.

Elle n’a plus besoin de le démontrer. Elle est entière. À prendre ou à laisser. Anne Sylvestre transpire la volonté d’émancipation et d’affranchissement des codes et des normes. Dans chaque texte, chaque échange avec le public, chaque silence, chaque geste (puisqu’elle s’affranchit même du micro en portant un micro casque).

Et même quand elle oublie les paroles de ses chansons et que le public l’applaudit pour la soutenir, elle ne peut s’empêcher de dire ce qu’elle pense : « Les chanteurs n’aiment pas se tromper et n’aiment pas qu’on les applaudisse quand ils se trompent. Je sais que c’est fait gentiment pour dire « on te soutient, c’est pas grave, on sait que tu vas y arriver la deuxième fois » mais leçon du public : n’applaudissez pas ça. »

On sent l’exigence de la performance bien faite. Du début à la fin. Pas de place pour le moins bien. Pas de place pour le doute ? On ne peut y croire venant de la part de celle qui attendra la fin du concert pour déclarer sa flamme aux « Gens qui doutent » et pour recevoir une ovation – dont elle dira que cela la réconcilie avec cette célèbre chanson - dès la fin du texte : « Merci pour la tendresse / Et tant pis pour vos fesses qui ont fait ce qu’elles ont pu »

On aime son côté Boris Vian, qui mêle poésie, humour, vérité cinglante et noire critique d’une société en déroute. À 83 ans, on peut toujours compter sur elle pour mettre le doigt là où ça fait mal : « Vous voyez, il n’y a que des femmes sur scène. Si ça vous étonne, demandez-vous pourquoi ! » Et en coulisses, elle se marre de constater que souvent, lors de ses concert, le public est majoritairement composé de femmes.

« Un jour, je me suis aperçue que si elles sont à mes concerts, ça veut dire que ce sont les pères qui gardent les enfants. Et ça, ça m’a plu ! »
nous dit-elle en se marrant.

À ce moment-là, sa fraicheur et son sourire pétillant d’humanité nous traversent, à la manière d’une Agnès Varda qui contemple la beauté intérieure des individus. Intemporelle et indémodable. 

Célian Ramis

Mythos 2018 : Lena Paugam, sur le fil de la crise du désir

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Théâtre de la Paillette, Rennes
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Lena Paugam, metteur en scène, et Sigrid Carré Lecoindre, dramaturge, ont créé ensemble Hedda, une pièce présentée à l’occasion du festival Mythos, le 18 avril, à 21h, au théâtre de la Paillette, à Rennes.
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Dans le prolongement d'une recherche sur ce qu'elle a appelé "La Crise du désir", Lena Paugam poursuit son chemin. Observatrice d’une génération en proie à la confrontation de son désir et de son empêchement, elle ne cesse de jouer des fragments, des formes, des arts, des récits individuels et des ressentis universels. Et ce sont des successions de rencontres, des histoires personnelles, un fait divers daté de 1987 et une loi votée 30 ans plus tard en Russie pour la dépénalisation des violences conjugales qui ont amené la comédienne et metteure en scène Lena Paugam à collaborer, une nouvelle fois, avec la dramaturge Sigrid Carré Lecoindre. Ensemble, elles ont créé Hedda, une pièce présentée à l’occasion du festival Mythos, les 17 et 18 avril, à 21h, au théâtre de la Paillette, à Rennes. 

« Hedda, c’est l’histoire d’un couple. À partir de sa rencontre jusqu’à un point de non retour dans une histoire d’amour qui voit la violence s'installer entre ses deux protagonistes. », explique Lena Paugam. Pour en arriver à cette version de leur création, Sigrid Carré Lecoindre et elle ont longuement travaillé sur le contenu du projet, initialement envisagé centré autour d’une femme qui bégaye sa vie.

Pour en comprendre la direction choisie, la metteure en scène - qui interprète la narratrice et le couple à elle seule – revient sur des grandes lignes de son parcours qui, entre autres, l’ont menées jusqu’à la dramaturge et à Hedda.

MANIÈRE DE S’EXPRIMER

La Briochine a toujours affiché un intérêt prononcé pour le théâtre et pour le cinéma. Mais le lycée dans lequel elle fait sa prépa a une option théâtre. « Ça aurait pu peut-être être le cinéma, s’il y avait eu l’option. », balaye-t-elle d’une phrase évasive. Ce qui est certain, c’est qu’elle aime le théâtre, son savoir-faire, sa manière de raconter des histoires et sa manière d’exprimer les choses.

« J’ai eu la chance de rencontrer des personnes qui ont su nourrir mon appétit, ma curiosité. Dans mon parcours, j’ai des personnes qui ont su entretenir mon désir de créer et d’aller plus loin dans chaque chose entreprise. Mais j’ai plein d’autres désirs : le cinéma, les arts plastiques, la scénographie, la littérature… », souligne-t-elle.

Elle le dit, elle aime les croisements, qui permettent de repousser les limites de ce qu’elle sait déjà faire. Sortant du Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique, c’est dans cette optique qu’elle crée en 2012 la compagnie Lyncéus, qui deviendra par la suite un collectif regroupant des artistes de théâtre et de cinéma.

L’idée est de porter des projets culturels de territoire en développant les écritures contemporaines, dans les Côtes d’Armor, et de faire appel à des artistes autour du Lyncéus festival, organisé chaque année depuis 2014 - durant l’été - à Binic – Etables sur mer. « La compagnie, devenue collectif d'artistes, s'est métamorphosée jusqu'à devenir et fonctionner comme un théâtre sans lieu. Travaillant d'arrache-pied à cette transformation, je me retrouvais paradoxalement sans support pour mes propres créations. », précise Lena.

Ainsi, en 2017, elle fonde la compagnie Alexandre, du nom d’un de ses doubles, du nom du petit garçon qu’elle aurait voulu être étant enfant.

LE DÉSIR, COMME PULSION CRÉATRICE

De Lyncéus à Alexandre, elle accompagne sa trajectoire d’un doctorat de recherche et de création sur le rapport entre désir et sidération : « La sidération comme l’envers du désir, l’absence, le tarissement du désir. Et de manière plus large, le désir en tant que puissance d’action, en tant que moteur, que pulsion créatrice dans la vie, comme processus dans l’existence. »

Réfléchissant à la crise du drame dans la littérature dramatique, elle observe une fragmentation des récits, avec une fragmentation de l’individu dans son ressenti et son rapport au monde. Elle constate, précisément après 1945 et à travers la philo postmoderne, l’incapacité à agir d’une génération confrontée à son impuissance.

« La crise du désir, c’est un état de corps, de pensée, où l’être se sent absolument désirant et empêché de. Il y a une tension vers l’avenir, qui subit l’inertie qui l’empêche de se projeter. »
analyse l’ancienne étudiante en Hypokhâgne et Khâgne et en philosophie.

Cette dichotomie va guider Lena Paugam dans les pièces qu’elle met en scène, autour de la jeunesse, d’actes barbares ou encore du désir amoureux. Si elle n’aborde pas la question du genre en général dans son art, elle s’y frotte en mettant en scène Et dans le regard, la tristesse d’un paysage sans nuit, d’après Les yeux bleus cheveux noirs de Marguerite Duras.

« Duras, on la rapprochait d’une « littérature de femme ». Elle a abordé de manière juste et profonde, et puissante, la question du désir féminin et du corps féminin qui désire. »

Et dans le cadre de sa thèse, on retrouve plus tard un diptyque intitulé Au point d’un désir brûlant, basé sur deux textes, dont Les Cœurs tétaniques. Celui-ci est inspiré des Trois sœurs de Tchekhov et parle de l’incapacité à vivre, à aimer, à prendre les bonnes décisions… Cette pièce, elle est signée Sigrid Carré Lecoindre.

RENCONTRE AVEC SIGRID

« Je la connaissais de la fac. Mais elle n’écrivait pas quand je l’ai rencontrée. Je lui ai passé sa première commande pour le Lyncéus festival justement. Je savais qu’elle avait une grande puissance littéraire en elle. Je ne me suis pas trompée. », s’enthousiasme-t-elle.

On sent dans sa manière d’évoquer le sujet une accointance intellectuelle évidente et une admiration viscérale pour le travail et la personnalité de Sigrid, issue du milieu musical. De la composition. Elle fait partie de ces compositeur-e-s qui ont un intérêt pour la voix, la partition vocale et de ces auteur-e-s qui transmettent une grande puissance musicale dans leur écriture.

Lena sort de son sac le texte annoté, pour nous montrer de plus près : « Il y a des enjambements, des rejets, de la ponctuation, des minuscules, des majuscules… Tout est extrêmement précis. Il y a une rythmique et des jeux d’accentuation qui sont passionnants pour des comédien-ne-s et des metteur-e-s en scène. Il y a une sensualité physique qui permet d’être au plus proche de son corps et de ses sensations. »

Elle n’est pas avare de compliments au sujet de sa collaboratrice à « l’écriture extrêmement sensible et juste dans ce qu’elle permet d’exprimer au-delà de la raison, juste par le biais musical, le biais de la langue. » Une personne « extrêmement intelligente qui saisit parfaitement les situations que je lui expose, que j’ai envie de raconter en tant que metteure en scène. »

Une dramaturge qui « s’approprie de manière très fine les sujets que je veux traiter et qui va chercher avec extrême précision les subtilités de la pensée et de l’émotion. »

HEDDA, FIGURE UNIVERSELLE ?

Lorsqu’à l’occasion de la tournée des Cœurs tétaniques, Lena est amenée à remplacer in extremis une comédienne alitée, nait alors l’évidence de la rencontre entre la comédienne et l’écriture. Et monte l’envie de Sigrid Carré Lecoindre d’écrire pour Lena Paugam.

La pièce devait être nommée Vertiges et parler d’une femme bègue. « Parce que quand j’étais jeune, j’étais bègue. Enfin, pas vraiment. J’avais beaucoup de difficultés à m’exprimer, j’étais empêchée par ma timidité, mon hypersensibilité », confie la metteure en scène.

Mais les recherches les mènent à Hedda Nussbaum, accusée par son mari en 1987 d’avoir tué leur petite fille. Rapidement, les défenseurs de Hedda lèvent le voile sur les violences conjugales qu’elle subit depuis des années. Partant de l’ouvrage Survivre au terrorisme intime (écrit par Hedda Nussbaum) et de textes pour enfants, l’auteure produit une première version poétique, très inspirée de la figure de cette femme.

Lors d’une résidence dédiée à la création son au théâtre de l’Aire Libre, à Saint-Jacques-de-la-Lande, la comédienne se lance dans une série d’improvisations. « La grosse structure de la nouvelle version vient des impros en se détachant de la figure réelle et du fait divers. », souligne-t-elle.

De la figure de Hedda Nussbaum, il ne va rester que des bribes de vécu et le prénom, auxquels vont s’ajouter des témoignages et des expériences intimes. Le nouveau texte est long. À la lecture, il faut compter 2h30. Aujourd'hui, le spectacle dure 1h15. Sur le plateau, lors des répétitions, les deux femmes coupent. Enlèvent de « très belles choses qui font désormais partie de la mémoire du texte de Sigrid mais plus du spectacle. »

Toutefois, Lena Paugam est claire : ce n’est pas un texte brut. Il mêle poésie, narration, conversation : « Il passe d’un fragment à un autre. D’un point de vue à un autre. Parfois, c’est l’homme qui parle, parfois la femme. Et parfois on ne sait pas trop. C’est intéressant pour nous de jouer sur cette ambiguïté. Dans l’énonciation, il y a des variations, tout comme dans la forme littéraire. »

UN SUJET PROFOND

La metteure en scène se refuse à parler d’un spectacle sur les violences conjugales. Parce qu’elles se sont attachées à « conter une situation complexe et à présenter des enjeux qui révèlent des comportements incompréhensibles de part et d’autre du couple. Il y a deux personnes en détresse. Pas une victime et un bourreau. La question morale n’est pas la première chose qu’on a souhaité exprimer. »

En février 2017, elle est choquée par le vote de la loi pour la dépénalisation des violences conjugales, en Russie. C’est l’événement marquant de la création. Ce qui déclenche l’envie d’aborder la thématique, encore et toujours d’actualité.

On pense à la pièce Le fils, écrite par Marine Bachelot Nguyen, mise en scène par David Gauchard (marqué par les manifestations catholiques intégristes contre les représentations d’une pièce de Castellucci, au TNB) et jouée par Emmanuelle Hiron.

À l’impact des mots qui dressent le portrait d’une femme, mère, catho, bourgeoise qui va doucement glisser vers une pensée radicale et extrême. Sans opter pour un parti pris jugeant et moralisateur, l’équipe réussit parfaitement à relater la monstruosité de la situation.

Le sujet n’est pas identique mais Hedda s’inscrit dans les créations théâtrales qui analysent, prennent du recul, décortiquent, interrogent : « On a voulu aller plus loin et se situer dans la perspective où le théâtre s’attache à traiter du « monstrueux » qui peut apparaître en chacun et qui est contingent. Par rapport à des facteurs qu’on n’arrive pas à repérer au départ dans une relation. »

À la préparation de la pièce, les deux femmes ont été accompagnées par deux hommes : Bastien Lefèvre, danseur, et Lucas Lelièvre, créateur sonore. La metteure en scène insiste sur l’intérêt et l’importance de cette équipe mixte et diverse.

« On a croisé nos expériences amoureuses et nos ressentis par rapport à nos histoires personnelles. Parce que c’est ça aussi le spectacle ; on a essayé de développer des scènes qui pourraient donner des sensations de déjà-vu. Pour chercher dans le quotidien ce qui relève de la violence psychologique. »
soulève Lena Paugam.

LE TERRORISME INTIME

Le terme de Hedda Nussbaum n’est pas mentionné dans les écrits de Sigrid Carré Lecoindre mais ça a servi de base à cette longue plongée dans des histoires plus horribles les unes que les autres. Parce qu’il est question de comment on vit dans la peur. La peur de l’autre et la peur de soi-même. De ce que l’on devient, ce qui nous échappe, du cercle vicieux, de la culpabilité qui produit l’horreur.

« Quand on ne supporte plus la présence de l’autre. Le visage du monstre. Quand on ne peut plus supporter le fait que l’autre soit une victime et fasse de nous un coupable. Quand ce sentiment-là produit une surenchère de la violence. C’est de ça dont on parle. Ça n’excuse en rien la violence. Mais c’est la force de ce spectacle qui pose des questions : est-ce qu’il reste de l’amour ? Est-ce que c’est possible de reconstruire de l’amour après le premier coup ? »

Que ce soit dans Le fils ou dans Sandre (collectif Denisyak, programmé lors de l’édition précédent de Mythos, sur le monologue d’une femme infanticide, interprétée par un homme), les rôles sont incarnés avec justesse et puissance. Et demandent un investissement et une énergie très particulière à la comédienne ou au comédien.

Le personnage de Hedda ne fait pas exception. Lena l’avoue : « Après une représentation, je suis extrêmement épuisée et rarement contente, parce que ça va mettre très longtemps avant d’obtenir la maitrise de l’objet. Tout ce qui est dans ce texte, parce que beaucoup de choses ont été apportées par moi lors des impros, ça devient une parole personnelle. Avant de jouer, je pense à toutes ces personnes qui vont se reconnaître dans ce que je vais raconter. Certaines personnes viennent me voir pour témoigner ensuite, c’est bouleversant. Elles lisent dans les ellipses tout ce qu’elles ont vécu. On peut se projeter dans ce texte. »

C’est physique, c’est mental, c’est intense. Parce qu’il faut que ce soit authentique et sincère. On puise alors dans les résonnances et les échos que l’histoire de ce couple peut avoir sur nos vies. Sans connaître des violences physiques, on ressent l’effroi, l’humiliation, la peur parce qu’on a connu ses sensations dans l’intimité à un moment donné.

Lena Paugam, très sensible aux regards et à la connexion avec le public, avoue être traversée de quelques troubles : « Il faut créer en moi l’espace de rencontre. Que je sois suffisamment ouverte pour accueillir l’écoute et disponible pour saisir le présent de cette rencontre. Ça fait pas mal de troubles. »

Avant les représentations au théâtre de la Paillette, les 17 et 18 avril, la metteure en scène reviendra le 16 avril (à 18h, à la Paillette) sur son travail, dans une rencontre croisée avec Louise Emö.

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